La communication politique européenne sans l
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La communication politique européenne sans l'Europe

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Description

Dans la plupart des pays de l'Union Européenne, à commencer par la France, la communication politique des élections au Parlement européen de 2009 s'est placée sous le signe paradoxal de l'absence de l'Europe dans les débats. Les enjeux politiques, économiques et sociaux de chacun des pays ont largement pris le pas sur l'objet théorique de la communication, l'élection des députés de l'Union Européenne et les enjeux européens corollaires.

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 01 février 2012
Nombre de lectures 9
EAN13 9782296480810
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0005€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait


© L’Harmattan, 2012
5-7, rue de l’Ecole polytechnique, 75005 Paris

http://www.librairieharmattan.com
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr

ISBN : 978-2-296-56808-2
EAN : 9782296568082

La communication politique
européenne sans l’Europe
Les élections au Parlement
européen de 2009

Communication et Civilisation
Collection dirigée par Nicolas Pelissier

La collectionCommunication et Civilisation, créée en septembre
1996, s’est donné un double objectif. D’une part, promouvoir des
recherches originales menées sur l’information et la communication
en France, en publiant notamment les travaux de jeunes chercheurs
dont les découvertes gagnent à connaître une diffusion plus large.
D’autre part, valoriser les études portant sur l’internationalisation de la
communication et ses interactions avec les cultures locales.
Information et communication sont ici envisagées dans leur acception
la plus large, celle qui motive le statut d’interdiscipline des sciences
qui les étudient. Que l’on se réfère à l’anthropologie, aux
technosciences, à la philosophie ou à l’histoire, il s’agit de révéler la
très grande diversité de l’approche communicationnelle des
phénomènes humains.
Cependant, ni l’information, ni la communication ne doivent être
envisagées comme des objets autonomes et autosuffisants.

Dernières parutions

Emmanuelle JACQUES,Le plaisir de jouer ensemble. Joueurs
casuals et Interfaces gestuelles de la Wii, 2011.
Jean-Bernard CHEYMOL,La brièveté télévisuelle, 2011.
Audrey ALVÈS,Les Médiations de l’écrivain, 2011.
Laurent Charles BOYOMO-ASSALA et Jean-François TETU,
Communication et modernité sociale, Questions Nord/Sud,
2010.
Lucienne CORNU, Parina HASSANALY et Nicolas
PELISSIER,Information et nouvelles technologies en
Méditerranée, 2010.
Gloria AWAD,Ontologie du journalisme, 2010.
Marc HIVER,Adorno et les industries culturelles.
Communication, musiques et cinéma, 2010.
Françoise ALBERTINI & Nicolas PELISSIER (dir.),Les
Sciences de l’Information et de la Communication à la rencontre
desCultural Studies, 2009.
Patrick AMEY,La parole à la télévision. Les dispositifs des
talkshows, 2009.
R. RINGOOT et J. P. UTARD,Les Genres journalistiques, 2009.

La communication politique
européenne sans l’Europe
Les élections au Parlement
européen de 2009

Dirigé par Philippe J. Maarek

Ouvrage publié sous l’égide du Centre d’Études Comparées en Communication

Politique et Publique (Ceccopop), membre du Laboratoire de Recherche sur la

Gouvernance Publique : Territoire et Communication (Largotec), EA 4688.

Avec le soutien du Conseil général du Val-de-Marne

L’Harmattan

Du même auteur:

Dans la même collection, chez L’Harmattan
La communication politique des Présidentielles de 2007 : de la démocratie
participative à la démocratie représentative,(direction), 2009
Chronique d’un « non » annoncé : La communication politique et
l’Europe (juin 2004-mai 2005),(direction), 2007
La communication politique française après le tournant de 2002,
(direction), 2004

Chez d’autres éditeurs
Communication et Marketing de l’homme politique,
e
3 édition,LITEC/Lexis-Nexis, 2007
Média et malentendus, cinéma et communication politique,
Edilig, collection Médiathèque, 1986
La Censure cinématographique,
LITEC/Lexis-Nexis, 1982
De mai 68 aux films X, cinéma, politique et société,
Dujarric, 1979

À l’étranger

Campaign Communication and Political Marketing,
Wiley-Blackwell, Oxford/Boston, 2011

Marketing politico y communicacion,
e
2 édition,Paidos/Planeta, Barcelone, 2009

Political Communication in a new Era,
(co-direction, avec Gadi Wolfsfeld), Routledge, Londres, 2003

Communication and Political Marketing,
John Libbey, Londres, 1995

Introduction
De l’euroscepticisme à l’absence d’Europe?

Philippe J. Maarek
Professeur en Sciences de l’information et de la communication
Université Paris-Est (UPEC)
Directeur du Centre d’études comparées
1
en communication politique et publique (Ceccopop)
Président de la Section de recherches en communication politique
de l’AIERI/IAMCR

La communication politique des élections au Parlement européen semble
décidément une affaire de plus en plus inextricable. Nous avions fait, en
2007, le bilan des deux années de communication politique et d’élections
pour l’Union Européenne qui s’étaient conclues par le “non” français au
Référendum dit “constitutionnel” de 2005. Nous avions alors constaté que ce
vote négatif de l’électorat avait été en partie annoncé par une communication
politique d’un pessimisme envers l’Europe pour le moins étonnant de la part
de maints partis politiques concourant pour l’obtention des suffrages lors des
élections au Parlement européen en France en 2004. En effet, les travaux de
notre équipe de recherche et des collègues français et étrangers qui avaient
bien voulu s’y associer avaient clairement montré que l’on était passé en 2004
de “l’européisme” à “l’euroscepticisme”. Nous avions aussi observé une très
nette montée des préoccupations nationales dans la communication politique
de maints partis. Ainsi nous était venu tout naturellement le titre de l’ouvrage
que nous avions publié pour faire le bilan de nos travaux sur les campagnes
parlementaire de 2004 et référendaire de 2005: “Chronique d’un “non”
2
annoncé : La communication politique et l’Europe (juin 2004-mai 2005)”.

1 – Le Ceccopop fait partie du Laboratoire de Recherche sur la Gouvernance Publique : Territoire
et Communication (Largotec), Équipe de Recherche reconnue par le Ministère de l’Éducation
Nationale (EA 4688).
2 – Philippe J. Maarek (dir.), L’Harmattan, coll. Communication et Civilisation, 244 pages.

7

Un espace public européen, ou une simple communauté
de destins?

L’observation des résultats bruts des élections au Parlement européen
de 2009 pourrait à cet égard être trompeuse, en donnant l’impression
d’une sorte d’unification de l’électorat de l’Union européenne, ce qui
pourrait sembler aller dans le sens d’une européanité pragmatique de
construction empirique. Les tendances majeures du vote dans l’ensemble
des pays de l’Union sont en effet remarquablement similaires : une poussée
simultanée des partis de droite, devenant nettement majoritaires au
Parlement européen, et un net progrès des partis écologiques, au détriment
principalement des partis se revendiquant du socialisme :

Tableau 1 :La répartition des parlementaires européens
après les élections de 2004 et 2009
20042009
sièges% sièges %
Gauche unitaire européenne
Gauche verte nordique (GUE-NGL)41 5,6 34 4,6
Verts - Alliance libre européenne (V-ALE)42 5,7 56 7,6
Socialistes (PSE)200 27,3 185 25,3
Alliance des démocrates
et des libéraux pour l’Europe (ADLE)88 12,085 11,5
Parti populaire européen
(Démocrates-Chrétiens) et des
Démocrates européens (PPE-DE)268 36,6 264 35,8
Conservateurs et réformateurs européens56 7,6
Union pour l’Europe des nations (UEN)27 3,7
Indépendance-Démocratie (ID)37 5,1
Europe pour la liberté et la démocratie27 3,7
Non-inscrits 294,0 29 3,9
Total 732100,0 736100,0

En France, ce mouvement général avait été particulièrement net,
puisque contrairement à certaines prévisions, le parti majoritaire au
sein du Parlement national, l’UMP, avait réussi à fortement augmenter
sa représentation, ce qui est toujours difficile en période d’élections
intermédiaires. Quant au regroupement écologiste, “Europe Écologie”,
réunissant pour la première fois la totalité du spectre politique de ce

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courant, grâce au charisme de Daniel Cohn-Bendit, il avait réussi une
percée le mettant à égalité avec un Parti socialiste en pleine déroute :

Tableau 2 :La répartition des parlementaires européens
élus en France après les élections de 2004 et 2009
20042009
sièges% sièges %
PS 3139,7 1419,4
UMP (et alliés)17 21,829 40,3
UDF/MoDem 1114,1 68,3
FN 79,0 34,2
Les Verts6 7,7
Europe Écologie14 19,4
MPF (et alliés)3 3,81 1,4
PCF (et alliés)3 3,8
Front de gauche (et alliés)5 6,9
Total 78100,0 72100,0

De prime abord, ces résultats si homogènes, avec un passage général à
travers l’Europe à un vote “bleu horizon”, nettement à droite, au détriment
de la plupart des partis socialistes, mais aussi une poussée des partis se
revendiquant de l’écologie, sembleraient indiquer que cet “espace public
européen” tant ressassé semble bien en voie de constitution.
Trois facteurs permettent toutefois de nuancer fortement, en tout cas de
poser une interrogation. D’abord, on peut avancer le fait que cette poussée
“européenne”, en quelque sorte, vers la droite et/ou l’écologie se soit aussi
produite en parallèle à l’interne dans une majorité des États composant
e
l’Union européenne: tout au long de la première décennie du 21siècle, les
différentes élections menées dans le cadre national ont irrésistiblement mené
au pouvoir des partis ou regroupements de droite, et les partis se revendiquant
de l’écologie ont progressé –sans parler de la reprise de thèmes écologiques
dans les programmes des autres partis. Il n’y a donc pas forcément là du
nouveau. Un deuxième facteur, favorisant traditionnellement la droite, est la
grave crise économique mondiale, frappant tout particulièrement l’Europe, et
encore plus grave en Europe du Sud: à tort ou à raison, l’électorat considère
souvent que les partis conservateurs sont les plus à même de gérer l’économie
dans ces circonstances. Enfin, rien d’étonnant à ce que les partis se prévalant
de l’écologie aient le vent en poupe: les mots «développement durable»
sont énoncés dans tous les discours, figurent dans les programmes des partis

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de toutes obédiences politiques, et les médias se repaissent de colonnes
sur le réchauffement de l’atmosphère et les rebondissements climatiques
corollaires. L’espace public européen ne serait donc pas tant ancré dans le
domaine politique que dans un parallélisme de destins, en somme, d’électeurs
situés dans une même communauté géo-économique leur instillant une
communauté de comportements devant une communauté de situations
similaires ou voisines – ce qui formerait d’ailleurs tout de même un petit pas
vers cet “espace public européen”.

Carences volontaires et involontaires
de la communication politique des Européennes

La lecture des travaux des chercheurs s’étant joints à nos travaux pour
cet ouvrage sur la communication politique de ces élections parlementaires
européennes, qu’ils soient Français ou étrangers, qu’ils aient travaillé sur
la France ou sur d’autres pays européens, montre hélas que la communauté
de destins parallèles, entraînant en toute logique des réactions électorales
similaires, est bien plus proche de la réponse que l’avancée vers un espace
public européen.
Nombre d’entre eux, pour ne pas dire la quasi-totalité, concourent dans la
constatation que les efforts de communication politique de la plupart des partis
européens apparaissent bien en deçà de ce qui serait nécessaire pour endiguer
une participation d’une faiblesse croissante – la participation de l’ensemble
3
de l’électorat européen en 2009 ne s’est élevée qu’à 43% . Christina
HoltzBacha et Jacob Leidenberger le montrent tout particulièrement pour ce qui
est de l’Allemagne, tandis que Donatella Campus et Sofia Ventura ou Richard
Nadeau et Patrick Lemieux constatent même que la couverture médiatique
par les correspondants de la presse québécoise a été celle d’une élection
mineure, de “second rang”, approximativement de l’ordre du dixième de
ce qui a été celle de l’élection présidentielle française, par exemple, sans
parler des élections chez leur grand voisin du Sud. De même, la prééminence
souvent donnée sur l’anecdotique plutôt que sur le fond dans les reportages
leur semble montrer l’absence d’enjeu ressentie par les correspondants et
leurs interlocuteurs de la rédaction montréalaise. D’ailleurs, c’est bien parce
que ces élections apparaissent comme étant de second rang que certaines
personnalités politiques se refusent d’y participer. Marlène
Coulomb

3 – D’après www.europe-politique.eu consulté le 20/6/2011.

1

0

Gully montre bien que le machisme seul de la sphère politico-médiatique
française a détourné de cette réalité les commentaires accompagnant le refus
ou la réticence de deux femmes appartenant au Gouvernement à se lancer
dans la campagne –Rama Yade et Rachida Dati. Dans le même sens, dans
plusieurs chapitres de cet ouvrage, les auteurs rappellent que comme seuls
des candidats “de second rang” ont été désignés comme têtes de liste, dans la
plupart des cas, les leaders de leurs partis politiques de rattachement ne leur
ont même pas toujours laissé le privilège de défendre leurs couleurs dans
la principale occasion de se faire valoir aux yeux du grand public, le débat
télévisé précédant l’élection ! On le vit aussi en France lors du fameux débat
de l’émission deFrance 2 “À vous de juger”du 4 juin 2009, où François
Bayrou agressa Daniel Cohn-Bendit verbalement: Pascal Durand, directeur
de campagne de Daniel Cohn-Bendit, a fort à propos souligné à Guillaume
Houzel et à Philippe Maarek lors de l’entretien publié dans cet ouvrage que
Daniel Cohn-Bendit était le seul des hommes politiques présents sur le plateau
ce jour-là qui était candidat à l’élection dont on débattait…
Plus inquiétante pour l’idée d’européanité est la constatation que
la prééminence à son détriment des enjeux nationaux dans les discours,
programmes et éléments de la campagne de communication politique de 2009
a été encore plus forte que ce que nous avions constaté dans notre travail précité
sur les élections de 2004. En France, Philippe Maarek, Héloïse Pourtier-Tillinac
et Brigitte Sebbah ont constaté que les spots de la campagne officielle ont trahi
cruellement qu’encore moins de partis qu’en 2004 avaient mis l’Europe au
centre de leurs préoccupations, se focalisant encore plus nettement sur une
problématique nationale. À cet égard, le parti de François Bayrou fait le grand
écart, passant d’une série de clips à la parole partagée et au didactisme européen
remarquable en 2004 à des monologues du seul François Bayrou dédiés à des
attaques politiques principalement hexagonales en 2009. Cette monopolisation
des enjeux nationaux au détriment des problématiques européennes est
également tout particulièrement soulignée par Donatella Campus et Sofia
Ventura pour l’Italie, Christina Holtz-Bacha et Jacob Leidenberger pour
l’Allemagne. Pour la Grèce, Sofia Kaitatzi-Whitlock dissocie judicieusement
la relative force de la couverture quantitative de l’élection européenne et la
faiblesse qualitative des aspects européens du vote à venir – cette fois, les
discours et messages de la campagne sont tournés vers la faiblesse économique
du pays, en une sorte de connivence entre les médias et la sphère politique.
Pour l’Espagne, Teresa Sàdaba, Jordi Rodrìguez-Virgili et Matias Jove
décrivent, en se servant de la théorie du “framing”, un paysage assez voisin.
Simplement, la crise économique de la péninsule prévaut largement sur les
enjeux européens de l’élection –ainsi que devient évidente la lassitude des

1

1

électeurs devant l’impuissance apparente du Parti socialiste, le PSOE – avec un
maintien paradoxal de la prééminence des deux partis majoritaires, l’intensité
de leurs désaccords retenant l’attention des votants! Pour la Belgique, enfin,
Sofie Van Bauwel et Karin Raeymaeckers expliquent que la concomitance le
même jour d’un scrutin régional et du vote pour le Parlement européen a encore
plus écarté l’Europe de la communication des partis et des hommes politiques,
sans parler des médias, presque uniquement préoccupés du scrutin régional
du fait de la déchirure linguistique du pays. Si aucun chercheur d’Europe de
l’Est n’a pu participer à nos travaux, les mêmes constatations de la prévalence
des enjeux nationaux sur les enjeux européens dominent dans les discours des
partis politiques avant et durant la campagne, il faut le signaler au passage, si
4
l’on en croit les écrits auxquels nous avons pu accéder.
En somme, la seule direction un tant soit peu commune semble se
situer du côté des écologistes, la vague verte, certes pas seulement réduite
à l’Europe, ayant pris une force nouvelle inhabituelle lors des élections de
2009. En France, Pascal Durand, le directeur de campagne de Daniel
CohnBendit, nous a ainsi expliqué comment ce dernier a réussi une entreprise
difficile, de contournement d’abord, puis de ralliement autour de lui, des
différentes forces politiques se revendiquant de l’écologie, en prônant
un discours précis, et une communication politique de solutions plus que
de slogans. Pascal Durand a également mis l’accent sur le fait qu’Europe
Écologie a su comprendre que l’élection au Parlement européen est sans
aucun doute celle qui est la plus favorable à un regroupement pour ce type de
forces politiques transverses, car il n’y a qu’un seul tour: ainsi, les clivages
qui déchirent d’habitude les sympathisants de l’écologie sont temporairement
oubliés, puisque la question du ralliement ou non à un parti de gouvernement
– et lequel ? – ne se pose pas ici. Christina Holtz-Bacha et Jacob Leidenberger
rappellent aussi que contrairement à ce qui s’était produit en 2004, la
campagne des différents partis se recommandant de l’écologie en Europe
n’a pas été unifiée techniquement en 2009, ce qui a sans doute permis une
meilleure adaptation aux différents publics nationaux – mais ici, en somme,
au détriment encore de la construction d’un espace public européen du point
de vue de la méthodologie de communication politique, pourrait-on dire.

4 – Voir notamment, écrit quelques mois avant le début de la campagne,The role of European
political parties in closing the communication gap within the European Union, a critical view,
un travail très critique, de fait, sur la faible effectivité de la communication de l’Europe vers ses
citoyens, qu’il s’agisse de l’Union européenne elle-même ou des différents partis politiques des
pays d’Europe (inCentral European Journal of Communication,vol. 1, 1, automne 2008, pp.
41-48).

1

2

La technique, au fond, semble être le seul élément fédérateur de la
communication politique de ces élections au Parlement européen de 2009.
Jean-Luc Michel l’explicite ainsi dans son utile étude de l’Europe 2.0 et
de l’implantation des réseaux sociaux électroniques dans les campagnes
électorales. Par ailleurs, Nicolas Vanbremeersch, fondateur de “Spintank”,
qui a travaillé sur la campagne sur Internet de Michel Barnier, a expliqué lors
d’un entretien avec Heloïse Pourtier-Tillinac que l’intégration d’Internet aux
campagnes de communication politique n’a jamais été aussi nette qu’en 2009.
En revanche, le retard de maints hommes et partis politiques français dans leur
utilisation des clips audiovisuels politiques a été encore manifeste en 2009,
comme le montrent Philippe Maarek, Héloïse Pourtier-Tillinac et Brigitte
Sebbah, sans aucun doute du fait que la libéralisation des moyens de mise en
scène utilisables, trop récente (2004), n’a pas encore été bien assimilée par
tous – en contraste par exemple à ce que montrent Christina Holtz-Bacha et
Jacob Leidenberger pour l’Allemagne.
Nous avions constaté en analysant à l’époque la communication politique
des élections au Parlement européen de 2004 que l’on semblait passer d’un
“européisme” à un “europessimisme”, une observation d’ailleurs discernable
à l’étranger, puisque Richard Nadeau et Patrick Lemieux nous disent bien
dans le présent ouvrage que la faiblesse de la couverture de ces élections au
Québec semble bien s’être corollairement agravée, après 1999, signe que la
“secondarisation” de ces élections devenait de plus en plus évidente pour les
correspondants de presse parisiens et pour leurs rédactions montréalaises.
Certes mobilisée,volens nolens,par la crise économique mondiale, la
communication politique des élections de 2009 au Parlement européen
semble bien avoir franchi une étape, mais dans le “mauvais sens”, si l’on peut
dire, puisque ce n’est plus “l’europessimisme”, mais bien l’absence d’Europe,
qui ressort le plus dans la communication politique des élections au Parlement
européen de 2009.

Première partie

Retour sur quelques saillances
de la communication des Européennes
en France

Les spots de la campagne officielle
des élections européennes de 2009

Philippe J. Maarek, Héloïse Pourtier-Tillinac
et Brigitte Sebbah
Université Paris-Est (UPEC), Ceccocop/Largotec

Depuis que le CSA a libéralisé les conditions de réalisation des spots des
campagnes officielles de communication lors des élections, en 2004, on aurait
pu penser que les partis politiques auraient pris leur rythme de croisière et
que cinq ans, mais plusieurs campagnes importantes après, leur usage pour le
retour des élections européennes de 2009 se serait normalisé, en quelque sorte.
En effet, que ce soit lors des élections européennes de 2004, de la campagne
référendaire de 2005, ou lors des élections présidentielles de 2007, il était
clairement apparu un double phénomène, de déficit de compréhension par
certains partis de leur mécanisme, d’une part – évident lors de la campagne
de Ségolène Royal de 2007 par exemple, et un problème d’égalité d’accès
au média, d’autre part, les “petits” partis étant le plus souvent encore plus
1
marginalisés sur le petit écran par l’insuffisance de leurs moyens.
Nous allons constater que, sur la forme, commencée sous l’angle de
la polémique, obérée par une programmation inconséquente, la campagne
audiovisuelle officielle des élections parlementaires européennes de 2009 a
2
été presque aussi décevante du point de vue du fond que celle de 2004.
Pour répondre à notre questionnement, nous avons visionné la totalité
des spots audiovisuels de la campagne officielle de 2009 diffusés du 25 mai
au 5 juin surFrance 2, France 3etLa Cinq.Comme c’était le cas pour les
dernières européennes de 2004, la plupart des partis ont fait le choix d’une
campagne pluri-spots, proposant au moins deux versions de spots. Cette

1 –Sur ces points, v. notamment Maarek, 2007 et 2009.
2 – C’est, d’une certaine façon, ce qu’en a conclu l’un des rares médias qui se sont penchés
sur ces spots,Libération,qui a même attribué une récompense aux différents clips, dans une
cérémonie des Odes d’or, qui moqua les mises en scène les plus« réussies »(ou plutôt manquées).
V. http://www.liberation.fr/medias/0101571812-nos-spots-chouchous-de-bruxelles (dernière
consultation le 31 juillet 2011).

1

7

variété de spots est en partie le résultat de la répartition du temps d’antenne par
le CSA aux différentes listes qui mène à diffuser, selon le temps imparti, des
versions courtes et une ou plusieurs versions longues. Dans une perspective
comparatiste, notre protocole d’enquête s’est déployé sur deux champs
distincts, celui de la forme du spot et de sa réalisation technique, et celui du
contenu et des thématiques abordées. Nous verrons que la cohérence entre
ces deux champs n’est pas toujours observée pour un seul et même spot, ce
qui peut se traduire par des maladresses techniques, un défaut de ciblage de
l’électeur, ou même, des contradictions entre le message et sa mise en scène.

1. Uncampagne audiovisuelle mal partie, entre la polémique
et une programmation inconséquente

1.1 Depolémique en polémiques

La tension qui régnait en 2009 dans la sphère politique se traduisit par
plusieurs polémiques concernant directement ou indirectement l’intervention
de l’audiovisuel dans la campagne, et qui mobilisèrent considérablement le
CSA.

1.1.1 Laquestion du spot contre l’abstention dû au Service
d’information du Gouvernement

La polémique, en vérité, commença dès avant le début de la campagne, à
propos du spot télévisé de la campagne officielle d’incitation à la participation
au scrutin due au Service d’information du Gouvernement. Le SIG avait en
effet décidé de combler le vide laissé par le décommissionnement du Centre
d’information civique en 1999, et de diffuser sur de nombreuses chaînes
un clip d’incitation au vote qui faisait un montage des grandes étapes de la
construction européenne.
Très vite, le Parti socialiste dénonça ce clip officiel du gouvernement
comme une “propagande” de l’UMP. Il souligna en particulier l’absence dans
le spot d’images du Parlement européen, et le fait qu’on y voyait Nicolas
Sarkozy, accusant donc de mélange des genres le SIG et son directeur, Thierry
Saussez, dont la proximité politique avec le Président et le parti qui l’avait mené
à l’élection était patente. D’ores et déjà, cette polémique, qui se concrétisa par
un recours du Parti socialiste auprès du CSA, symbolise en quelque sorte les
tensions et les opacités du message autour de l’enjeu de l’abstention.

1

8

Saisi au nom du Parti socialiste par son porte-parole, Benoît Hamon, le
CSA, réuni en assemblée plénière le 20 mai 2009, débouta la demande de
3
suspension de la diffusion de ce clip formulée par le PS . Il considéra que le
messagepas une incitation à voter en faveur de certains candidats« n’était
et qu’il ne constituait pas une émission publicitaire à caractère politique »,se
gardant ainsi de faire une interprétation trop étendue de la loi du 30 septembre
1986 sur la liberté de la communication audiovisuelle qui les définit. La
diffusion du spot avait commencé dès le 9 mai et put donc se poursuivre
4
jusqu’à dépasser le cap du millier de passages télévisés.

1.1.2 Ladiffusion deHomel’avant-veille du scrutin

Deux jours avant le scrutin, la chaîne –d’État –France 2avait diffusé
le documentaire de Yann Arthus-Bertrand,Home,en faisant une publicité
considérable autour de sa programmation. Après le scrutin, un député de
l’UMP se fit le porte-parole de nombre de ses collègues en se plaignant auprès
du CSA que cette diffusion avait favorisé considérablement le parti Vert – un
retour de balancier, en somme, par rapport à la diffusion de l’agression d’un
vieillard parTF1la veille du premier tour du scrutin présidentiel de 2002 qui
vit la défaite de Lionel Jospin.
Le 5 juin 2009, le CSA le débouta en considérant que la diffusion avait
été prévue de longue date (près de deux ans) et conçue pour se dérouler
simultanément dans plus de 130 pays. Là, sa décision semble aller de soi,
même s’il est clair que la coïncidence entre cette diffusion et le bon résultat
des écologiste est forte.

1.1.3. Unerépartition des temps d’antenne contestée
à plusieurs égards

La répartition du temps d’antenne entre les partis politiques par le CSA
elle-même a créé la polémique sur le rapport entre la représentativité et le

3 – V. Rapport annuel du CSA de 2009, consultable à http://www.csa.fr/rapport2009/donnees/
rapport/III_suivi.htm (accédé le 31/3/11).
4 – Cette décision montre d’ailleurs d’une certaine façon une sorte de petite rebellion du CSA
lui-même, qui venait de voir infirmer par le Conseil d’État sa position traditionnelle de non
comptabilisation du temps de parole du Président de la République dans celui de la majorité qui
le soutenait (Décision de l’Assemblée du contentieux nº 311136 du 8 avril 2009).

19

temps d’antenne qu’il accordait à certains partis. Ajoutée à cela, vient se
greffer une conséquence malheureuse de la répartition concrète des temps
d’antenne effectuée par le CSA en 2009.
Durant les deux dernières semaines de campagne des élections
européennes, du 25 mai au 5 juin, le CSA devait en effet répartir trois
heures de spots électoraux sur les télévisions et les radios publiques
entre les formations politiques. Sur ces trois heures, deux heures furent
réservées d’emblée à six “grandes formations politiques” que les groupes
parlementaires de l’Assemblée et du Sénat devaient parrainer (soit 20 minutes
de temps d’antenne pour chaque formation). La dernière heure restante devait
être partagée entre les “petites formations”, au prorata du nombre de députés
français lorsque c’était possible.
Les premières polémiques quant à cette répartition furent les désormais
traditionnelles protestations des partis non représentés au Parlement, et n’ayant
donc pas le bénéfice du plus gros du temps d’antenne de la campagne officielle
– protestation d’ailleurs directement effectuée par Jean-Marie Le Pen au sein
de son spot. Mais de nouvelles polémiques surgirent en 2009, essentiellement
à cause de l’importance du temps d’antenne accordé par le CSA à deux partis :
le MoDem d’un côté et le Parti radical de gauche de l’autre.
Le cas du MoDem était en effet problématique: considéré comme un
parti institutionnel, notamment depuis les résultats de F. Bayrou aux élections
présidentielles de 2007, ce dernier ne disposait toutefois ni de groupe à
l’Assemblée ni au Sénat. La décision du CSA d’accepter le MoDem sans le
parrainage d’un groupe parlementaire qui lui soit propre et de lui accorder
20 minutes d’antenne comme s’il en avait bénéficié a donc déclenché des
protestations, notamment du côté de NPA. Au lieu des 3 min 20 s qui sont
revenues aux partis non parrainés, le MoDem disposa donc de 20 min de
spots (deux heures divisées par 6 partis). Le CSA avait en effet accepté que
le MoDem soit parrainé par le groupe Union centriste du Sénat, bien que ce
groupe ne le représente en réalité pas, et que les sénateurs se revendiquant
de lui en son sein y soient nettement minoritaires. La représentation du
Parti radical fut également le fruit d’une acrobatie similaire. PCF, PS,
PRG, Nouveau Centre, UMP, et MoDem bénéficièrent donc chacun de
20 minutes pour leurs spots de la campagne officielle, là où les 18 autres
partis qui l’ont demandé (et qui devaient avoir déposé une liste dans au moins
5 circonscriptions) n’ont même pas disposé de trois minutes et demie chacun.
Derrière ces polémiques de coulisse, la répartition des temps d’antenne
pour la campagne audiovisuelle entraîna une aberration visible pour tous les
électeurs, en tous cas ceux qui suivaient la campagne officielle, qui n’a pas
aidé à sa lisibilité, et à celle de l’élection par ricochet. En effet, la répartition

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