La Géopolitique Pour les Nuls
317 pages
Français

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La Géopolitique Pour les Nuls

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Description


Balkans, Darfour, Irak, Moyen-Orient: la guerre n'est pas une fatalité.






Employé à tort et à travers, le mot " géopolitique " associe deux termes d'origine grecque : géo et politique. " Géo ", c'est la Terre. La " politique ", c'est l'organisation de la cité. Combinant ces deux notions, la géopolitique met à jour les mécanismes qui régissent les rapports entre les sociétés et leur environnement. De même que les crises économiques obéissent à des logiques qui peuvent être décortiquées, les guerres sont le produit de déséquilibres, de rivalités, d'engrenages qui peuvent être déchiffrés. Cet ouvrage fait ainsi le pari que les problématiques géopolitiques locales et planétaires sont accessibles à tout individu muni de connaissances élémentaires.


C'est important. Car comprendre les facteurs géographiques, historiques, techniques, économiques et culturels qui façonnent un peuple, un État ou, plus généralement, une communauté humaine, c'est rendre le monde moins opaque, mais aussi plus sûr !






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Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 17 décembre 2010
Nombre de lectures 117
EAN13 9782754016544
Licence : Tous droits réservés
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page €. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

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La Géopolitique pour les Nuls

© Éditions First, 2008. Publié en accord avec Wiley Publishing, Inc.



« Pour les Nuls » est une marque déposée de Wiley Publishing, Inc.
« For Dummies » est une marque déposée de Wiley Publishing, Inc.



ISBN : 978-2-7540-0623-1

Dépôt légal : 3e trimestre 2008

En partenariat avec le CNL.

ISBN numérique : 9782754016544



Ouvrage dirigé par Benjamin Arranger
Correction : Correctif
Mise en page et cartographie : De Visu
Dessins humoristiques : Marc Chalvin
Couverture : KN Conception
Fabrication : Antoine Paolucci
Production : Emmanuelle Clément



Nous nous efforçons de publier des ouvrages qui correspondent à vos attentes et votre satisfaction est pour nous une priorité. En avant-première, nos prochaines parutions, des résumés de tous les ouvrages du catalogue. Alors, n’hésitez pas à nous faire part de vos commentaires :



Éditions First
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À propos de l’auteur

Philippe Moreau Defarges est l’un des grands spécialistes français des relations internationales, de la géopolitique, de la construction européenne et de la mondialisation.



Ministre plénipotentiaire, il est chercheur à l’Institut français des relations internationales (IFRI), codirecteur du rapport annuel Ramsès et enseigne à l’Institut d’études politiques de Paris. Il est déjà l’auteur des ouvrages suivants : L’Europe et son identité dans le monde (Éditions STH, 1983), Les Relations internationales dans le monde d’aujourd’hui (Éditions STH, 3e édition, 1987), La Mondialisation (Dunod, « Ramsès », 1993), La France dans le monde au XXesiècle (Hachette, « Les fondamentaux », 1994), Les Grands Concepts de la politique internationale (Hachette, « Les fondamentaux », 1995), Problèmes stratégiques contemporains (Hachette, 2e édition, 1995), La Communauté internationale (PUF, « Que sais-je ? », n° 3549, 2000), Repentance et réconciliation (Presses de Sciences-Po, « Bibliothèque du citoyen », 2000), Un monde d’ingérences (Presses de Sciences-Po, coll. « Bibliothèque du citoyen », 2e édition, 2000), Dictionnaire de géopolitique (Armand Colin, 2002), Comprendre la Constitution européenne (Éditions d’Organisation, 2e édition, 2005), Constitution européenne : voter en connaissance de cause (Éditions d’Organisation, 2005), Les Institutions européennes (Armand Colin, « Cursus », 7e édition, 2005), Introduction à la géopolitique (Seuil, « Points essais », 2e édition, 2005), Droits d’ingérence (Presses de Sciences-Po, 2006), Où va l’Europe ? (Eyrolles, 2006), Relations internationales (2 tomes, Seuil, « Point essais », 7e édition, 2007), L’Ordre mondial (Armand Colin, « Cursus », 4e édition, 2008), La Gouvernance (PUF, « Que sais-je ? », n° 3676, 3e édition, 2008), La Mondialisation (PUF, « Que sais-je ? », n° 1687, 7e édition, 2008).

Remerciements

Un tel livre est nourri de tout ce qui a modelé son auteur : sa vie, ses expériences de toutes sortes, ses innombrables souvenirs. Traiter de la géopolitique, c’est s’interroger sur les hommes, leurs motifs, leurs sentiments, leurs illusions, sur tout ce qui les fait agir consciemment ou même inconsciemment. L’auteur doit donc remercier tous ceux qu’il a rencontrés, avec lesquels il s’est passé quelque chose.



Je remercie d’abord ma famille, mes parents, ma sœur, mon beau-frère, mes frères, leurs enfants. Tant de choses germent dans cet univers, laissant des traces ineffaçables qui façonnent perceptions et raisonnements…



Je remercie tous ceux qui ont participé à ce moment essentiel de ma vie : le Cambodge (1967-1968).



Je remercie les auteurs ou les professeurs qui m’ont appris l’exigence absolue de clarté. Être compréhensible, ne jamais décréter. Raymond Aron, Raymond Barre, Jean Laloy, Michel Foucault m’ont aidé à cerner cet impératif de clarté. Peut-être ces maîtres ne seraient-ils pas tout à fait d’accord avec moi, mais cette quête de clarté m’a convaincu que la vulgarisation est l’une des tâches les plus nobles et les plus passionnantes qui soient pour une « tête d’œuf ».



Je remercie mes camarades de lycée, de Sciences-Po, de l’Ena. Parmi beaucoup d’autres, je cite à nouveau Philippe Galliot, compagnon des jours difficiles, que j’ai connu à l’Ena.



Je remercie le ministère des Affaires étrangères. Sous ses rigidités, l’administration française révèle d’étranges et bienveillantes souplesses. Je remercie également l’Institut français des relations internationales (IFRI) et d’abord son fondateur-directeur, Thierry de Montbrial, grâce auxquels j’ai pu faire ce que je préfère : analyser et expliquer.



Je remercie tous ceux qui ont été mes étudiants à Sciences-Po. Sans eux, je n’aurais jamais réussi mes livres. Enseigner a vraiment été mon oxygène, m’a constamment contraint à me renouveler. J’ai toujours été exigeant, beaucoup d’étudiants m’en ont été reconnaissants et je ne l’ai jamais oublié.



Je remercie les Éditions First, et surtout mon éditeur dans cette maison, Benjamin Arranger, de m’avoir permis de faire de la géopolitique une discipline intelligible.



Enfin, je remercie ma chère compagne, Marie-Odile Réglade, pour sa vivacité décapante.

La Géopolitique pour les Nuls

Sommaire

Page de Copyright
Page de titre
À propos de l’auteur
Remerciements
Introduction
À propos de ce livre
Les conventions utilisées dans ce livre
Comment ce livre est organisé
Première partie : Les clés de la géopolitique
Deuxième partie : La guerre et la paix
Troisième partie : Le grand puzzle planétaire
Quatrième partie : Une Terre, des hommes : les chantiers de la mondialisation
Cinquième partie : Partie des dix
Sixième partie : Annexes
Les icônes utilisées dans ce livre
Et maintenant, par où commencer ?
Première partie - Les clés de la géopolitique
Chapitre 1 - Notions de base
Le propre de l’homme
L’homme, un animal parmi les autres
L’homme, un animal à part
Trois interrogations incontournables
Le passé
L’esprit du temps
La localisation dans l’espace
Tout ce qui est géopolitique est rapport de force
Le rapport de force est à la fois donné et construit
Tout rapport de force est « en situation »
Tout rapport de force est dynamique et imprévisible
Les composantes des rapports de force
La recomposition sans fin des structures géopolitiques
L’empire
La cité
L’État-nation
Chapitre 2 - Du nouveau sous le soleil ?
Les conséquences du progrès technique sur les conflits territoriaux
La révolution du Néolithique
La fin de la sédentarisation ?
Les territoires, enjeux toujours centraux
Les constructions idéologiques
Des humanités fermées à une humanité ouverte
Les universalismes, instruments géopolitiques équivoques
Un enjeu permanent
Le pouvoir, la puissance : immuables ou évolutifs ?
Des structures de plus en plus vastes et rationnelles
Le « sens de l’histoire »
Les « grands hommes »
Alexandre
Jésus
Mahomet
Napoléon
Lénine
Staline
Hitler
Mao
Chapitre 3 - Grandeur et misère de la science géopolitique
Les origines de la géopolitique
Le scientisme
Le darwinisme social
Naissance de la géopolitique classique
Alfred T. Mahan
Halford J. Mackinder
Karl Haushofer
La fin de la Geopolitik allemande
Haushofer, le penseur inutile
Échec sur toute la ligne
La Geopolitik est morte ? Vive la géopolitique !
Chapitre 4 - La démarche géopolitique
La géographie
La localisation
La configuration ou le relief
Le climat
Territoires, ressources et populations
L’histoire
Les permanences
Les cycles

Les ruptures
Les traumatismes
Les engrenages
Les structures
Niveaux, dynamiques et écarts de développement
Sociétés fermées et sociétés ouvertes
Les régimes politiques
Deuxième partie - La guerre et la paix
Chapitre 5 - Le combat, roi suprême de toutes choses
La guerre dans tous ses états
La guerre, acte de civilisation
La guerre, onde de choc
La guerre en mutation
De la guerre de conquête aux guerres d’autodétermination
Du pillage au développement économique
L’équilibre de la terreur
Les garde-fous internationaux
Le long et difficile chemin vers la paix
La paix-trêve
La paix-construction
Chapitre 6 - La paix, à quelles conditions ?
La théorie aristotélicienne des régimes
La paix hégémonique de l’empire
La loi du plus fort
La décomposition des paix impériales
La paix intermittente de l’équilibre
Les jeux d’équilibre
La rupture des équilibres
La paix démocratique ou paix institutionnelle
La sécurité collective
Les équivoques du contrat
La paix réelle, une alchimie instable
L’Europe du XIXesiècle, entre équilibres et empires
Le monde depuis les années 1990
Demain, la paix ?
Troisième partie - Le grand puzzle planétaire
Chapitre 7 - L’Europe, laboratoire de la paix
L’Europe, berceau du monde moderne
La multiplication des réseaux de communication
La mondialisation des rivalités européennes
L’universalisation des idées européennes
Les graines de la discorde
Une paix fragile
L’Europe occidentale sous la protection de l’empire américain
L’expérimentation de la paix institutionnelle : la construction européenne
Quelle Europe pour demain ?
L’Europe jusqu’où ?
Quel système politique ?
Quelle présence internationale ?
Chapitre 8 - Le Moyen-Orient, poudrière de la planète
La terre des commencements
Le berceau de la civilisation
La naissance des monothéismes
Le carrefour de toutes les convoitises
Derrière le mythe de l’âge d’or, un monde divisé
La mise sous tutelle par l’Occident
L’émancipation manquée
L’islamisme, utopie de rechange
Entre paix et chaos
La question stato-nationale
Quelles structures régionales ?
Chapitre 9 - L’Asie, arène de colosses
Les grands Empires asiatiques
Chine, l’ouverture forcée
Les illusions perdues du Japon
L’Inde : jouer dans la cour des grands
Du dépeçage à la renaissance
Une décolonisation portée par l’idée nationale
L’irrésistible décollage
L’Asie, nouveau centre du monde ?
Le développement appelle-t-il la démocratie ?
Les valeurs asiatiques, vrai ou faux débat ?
Au-delà de l’équilibre des puissances ?
Chapitre 10 - L’Afrique, continent à la dérive
Une inscription tragique dans la mondialisation
Un continent impénétrable
Le commerce des esclaves
Le dépeçage
Une décolonisation ratée

Des indépendances octroyées
Pourquoi un tel échec ?
L’Afrique peut-elle émerger ?
Quel développement économique ?
Quel État ?
Quelle organisation pour le continent ?
Chapitre 11 - « Île » était une fois : l’Amérique
Une colonisation en deux temps
L’Amérique latine
L’Amérique anglo-américaine
La naissance d’un colosse
La « nation dangereuse »
La forteresse américaine
Un couple déséquilibré
Les « Latinos », entre fièvre nationaliste et réveil douloureux
Les « gringos », entre générosité et paranoïa
Une Amérique rééquilibrée et réconciliée ?
Une Amérique latine guérie de ses délires ?
Des États-Unis plus attentifs ?
Quatrième partie - Une Terre, des hommes : les chantiers de la mondialisation
Chapitre 12 - Bâtir la paix : l’Onu
Une création des États-Unis
Les États-Unis, promoteurs de l’universalisation de la démocratie
Les équivoques de la position américaine
Un contrat social planétaire
D’une société primitive à une société institutionnalisée
La difficile domestication des États
Une égalité de principe
Lutter contre les « brebis galeuses »
La force légitime, entre États souverains et Conseil de sécurité
Les oscillations du Conseil de sécurité
Les bricolages de la pratique
Des avancées, malgré tout
Chapitre 13 - Gérer la maison Terre : l’économie mondialisée
Un espace économique mondialisé
L’explosion des échanges
L’universalisation de la compétition
La marchandisation du monde
La gouvernance économique planétaire
La déréglementation des échanges mondiaux
Le cadre institutionnel
Le cadre juridique
Y a-t-il un pilote dans l’avion ?
La gestion des ressources
Chassez le naturel…
L’éveil des consciences
La réglementation par le marché
Chapitre 14 - Droits de l’homme, droits humains
Deux siècles de combat
La diffusion des droits de l’homme
Un fusil à tirer dans les coins
Un processus sans fin
La protection des droits humains
Les protections mondiales
Les protections régionales
Les droits de l’homme en question
Les droits de l’homme, fruits de la modernité européenne
Les droits de l’homme pour les non-Occidentaux
Le droit d’ingérence, pour quoi faire ?
La souveraineté des États subordonnée à l’impératif de solidarité universelle
De la théorie à la pratique
Sortir de l’impasse
Cinquième partie - Partie des dix
Chapitre 15 - Dix dates clés
La fin de l’Empire romain d’Occident (476)
La prise de Constantinople (1453)
La découverte de l’Amérique (1492)
La création des États-Unis d’Amérique (1776)
La déclaration de guerre de la France révolutionnaire à l’Autriche et à la Prusse (1792)
L’éclatement de la Première Guerre mondiale (1914)
La fin de la Seconde Guerre mondiale (1945)
La conférence de Bandung (1955)
La fin de l’utopie soviétique (1989-1991)
Le premier sommet de la Terre (1992)
Chapitre 16 - Dix grandes figures
Napoléon Ier, le promoteur de l’idée nationale
Otto von Bismarck, le fondateur du nationalisme allemand
Alfred T. Mahan, le père de la géopolitique américaine

Introduction

«Les États-Unis veulent être les maîtres du monde !

  • – Mais non, c’est la Chine !
  • – Vous oubliez l’Inde, le Brésil !
  • – Et le Japon ?
  • – De toute façon, le plus important n’est pas là, ce qui gouverne aujourd’hui, ce sont les marchés, c’est l’argent !
  • – Mais non, ce qui importe, c’est le pétrole ! Celui qui contrôle le pétrole domine le monde ! »

Ainsi vont les discussions géopolitiques au café du Commerce…



Encore faut-il distinguer deux types de géopoliticiens :

  • coche.jpgLe géopoliticien amateur se repère généralement de loin. Porté par l’enthousiasme du novice, il adore les chiffres bien calibrés et les faits spectaculaires. Plein de certitudes et prodigue en conseils, il aligne avec fracas les millions (les milliards !) et les contrevérités. Selon lui, tout est complot : complot judéo-soviétique, complot américano-soviétique, complot américano-juif, complot islamo-chinois, complot de la finance internationale, etc. À l’écouter parler, on entend déjà sonner les trompettes de l’Apocalypse.
  • coche.jpgLe géopoliticien professionnel appartient à une catégorie plus sophistiquée. Pour ce dernier, qui cherche à protéger son fonds de commerce, la géopolitique est trop complexe pour être comprise par le commun des mortels. Seul le spécialiste, doté d’outils adaptés, peut pénétrer le mystérieux labyrinthe planétaire. Avec un air entendu, il invoque les noms de Machiavel, Talleyrand, Metternich, Bismarck, Kissinger… et fait du géopoliticien un personnage tout-puissant, manipulateur de forces cachées, mage des relations internationales, joueur d’échecs planétaire.

Face à ces discours alarmistes ou pleins de morgue, l’homme de la rue, pris entre deux feux, oscille entre affolement et scepticisme. Ce qu’il voit au journal télévisé ne facilite pas sa compréhension. Qu’on parle de « géopolitique », et c’est un déferlement immédiat d’images de guerre, d’attentats et de références exotiques : Balkans, Caucase, Asie centrale… La géopolitique, pense hâtivement le téléspectateur abreuvé d’informations qu’il peine à décrypter, c’est l’affaire des « autres », de ceux qui ne sont pas « comme nous », des peuples des contrées sauvages qui se battent pour un bout de terre aride, ou des puissants qui tirent les ficelles. Mais en pensant cela, il se trompe lourdement !



La géopolitique associe deux termes d’origine grecque : géo et politique. « Géo », c’est la Terre, notre planète. La « politique », dans le sens le plus large, désigne quant à elle le « vivre ensemble », l’organisation de la cité, les relations de pouvoir entre les hommes. Combinant ces deux notions, la géopolitique cherche à analyser les rapports entre les hommes ou, plus précisément, entre les entités politiques et leur environnement. Comment ces entités sont-elles modelées par les territoires dans lesquelles elles se développent ? Comment ces entités transforment-elles à leur tour ces territoires ? Etc. En cela, la géopolitique nous concerne tous. Il convient de souligner cette évidence.



Comprendre les facteurs géographiques, historiques, techniques, économiques et culturels qui façonnent un peuple, un État ou, plus généralement, une communauté humaine, c’est rendre le monde moins opaque, mais aussi moins incertain. Les crises, notamment économiques, donnent aux hommes un terrible sentiment d’impuissance. Pourtant, elles obéissent à des logiques, à des enchaînements qui peuvent être décortiqués. De même, les guerres ne résultent ni de la fatalité ni du caprice : elles sont le produit de déséquilibres, de rivalités, d’engrenages qui peuvent et doivent être déchiffrés. Les enjeux géopolitiques, en un mot, peuvent être expliqués. Leur ressort, ce sont les passions humaines : la peur, l’envie, l’ambition ou, parfois, le souci des autres.

À propos de ce livre

Cet ouvrage ne vise en aucune manière à mettre sur pied une nouvelle théorie géopolitique. Il cherche encore moins à proposer des choix politiques ou stratégiques. Son but est à la fois plus modeste et plus ambitieux : faire comprendre à tous ce terme obscur et souvent utilisé à toutes les sauces : « géopolitique ». La science géopolitique ne fait que parcourir les lieux où s’expriment les appétits, les passions, les préjugés et les illusions des hommes. Il s’agit ici de montrer à chacun qu’elle est accessible à tout curieux soucieux de penser par lui-même, au prix de quelques connaissances élémentaires.



En la matière, certaines notions s’avèrent fondamentales. Si elles ne sont pas bien assimilées, tout le reste est confusion. Prenons un concept établi, celui d’État-nation. Improprement associées, les notions d’État et de nation sont loin de se confondre. L’État et la nation entretiennent en effet des relations contradictoires et dynamiques. Il existe des États multinationaux, comme la Russie, et des groupes sociaux revendiquant le statut de nation mais dépourvus d’État, comme les Catalans ou les Kurdes. Toutes les notions majeures de la géopolitique requièrent ainsi un travail de clarification qui sera entrepris dans ce livre.



Comme la géopolitique part de la géographie, des territoires, La Géopolitique pour les Nuls parcourra aussi les grandes régions du monde : l’Europe, le Moyen-Orient, l’Asie, l’Afrique et l’Amérique. Chacune de ces régions a sa problématique géopolitique, qui résulte de multiples facteurs, tous en mouvement et en interaction : géographie, histoire, cultures, religions, économie, structures politiques, etc. Ces problématiques sont marquées par des constantes mais se modifient en permanence. Chaque région a une sorte d’identité géopolitique mais ses frontières sont floues et mouvantes. Les régions peuvent s’entremêler, se superposer, se déplacer. Leur nom et leur délimitation viennent des hommes ; ce sont des qualificatifs conventionnels : si l’Europe ou le Moyen-Orient coïncident avec des réalités géographiques, ce n’en sont pas moins des inventions humaines, des représentations, des idées et, in fine, des enjeux que ce livre s’efforcera d’expliquer.



En se proposant de mettre au jour les mécanismes qui régissent les rapports entre les sociétés et leur milieu, l’auteur de ce livre forme le vœu que les hommes seront peut-être plus aptes à vivre ensemble sans s’entretuer…

Les conventions utilisées dans ce livre

Ce livre n’utilise pas beaucoup de termes savants, bizarres ou inhabituels. Mais la géopolitique a un vocabulaire qui lui est propre et qu’il faut connaître (par exemple, le terme de « multilatéralisme »). À chaque fois que j’utilise et définis un nouveau terme, je mets ce terme en italique. La plupart de ces mots sont repris et définis dans le glossaire qui se trouve en annexe A.



De même, quand je parle d’un organisme ou d’une organisation politique pour la première fois (par exemple, le Fonds monétaire international), je donne son nom complet à la première occurrence ; par la suite, je l’écris normalement en utilisant simplement l’abréviation usuelle (par exemple, FMI, Onu ou UE).

Comment ce livre est organisé

Cet ouvrage compte six parties (annexes incluses) découpées en dix-huit chapitres. Il suit une démarche simple. La première partie examine les fondements de la géopolitique : qu’est-ce que la géopolitique ? À quoi s’intéresse-t-elle ? Quand naît-elle, etc. ? La deuxième partie, s’appuyant sur ces fondements, s’interroge sur ce qui est au cœur de la géopolitique : la guerre et la paix. Pourquoi la guerre ? À quoi sert-elle ? Comment y mettre fin ? La troisième partie passe en revue les grandes régions du monde et dégage leur problématique, indiquant au lecteur les questions qu’il lui faut poser ou se poser lorsqu’il lit son journal ou regarde la télévision. La quatrième partie s’élève au-dessus des différentes parties du monde et envisage la Terre comme une totalité, en étudiant les enjeux géopolitiques planétaires. L’ouvrage se conclut par la traditionnelle « partie des dix », familière aux amateurs des livres « pour les Nuls ».

Première partie : Les clés de la géopolitique

Cette première partie s’intéresse en premier lieu aux questions qui s’inscrivent au cœur de la démarche géopolitique : les rapports entre, d’une part, les hommes et leur environnement, et, d’autre part, les événements – innovations techniques, hausse (ou déclin) démographique, enrichissement (ou appauvrissement), bouleversements politiques, etc. – qui les affectent.



Outre cette mise en place des fondamentaux, cette partie accorde une attention particulière au « moment » géopolitique. Ce moment qui s’étend sur environ un siècle (seconde moitié du XIXe siècle - première moitié du XXe siècle) coïncide avec l’invention puis avec l’essor de la géopolitique. À l’ère du scientisme triomphant, les géopoliticiens prétendent non seulement expliquer les comportements des entités politiques mais aussi fixer la politique étrangère de ces dernières. Comme on s’en doute, cette histoire d’apprenti sorcier finira mal, le politique, se révélant le plus rusé, se servira de la géopolitique pour justifier « scientifiquement » ses délires les plus destructeurs.

Deuxième partie : La guerre et la paix

Pourquoi fait-on la guerre ? Pourquoi fait-on la paix ? Qu’est-ce que la guerre ? Qu’est-ce que la paix ? Ces questions sont au centre de la géopolitique. Les hommes oscillent entre ordre et désordre, entre conflit et coopération. L’homme est un animal violent, mais c’est aussi un calculateur intelligent. Depuis le Néolithique, la guerre marque les rapports entre les groupes humains. Peut-elle disparaître ? À quelles conditions ? Cette disparition ne serait-elle pas plutôt une métamorphose, la violence restant toujours présente mais en se manifestant sous d’autres formes ? Que peut être une paix authentique ? Tels sont les fils conducteurs de la deuxième partie.

Troisième partie : Le grand puzzle planétaire

Le monde est divisé en grandes régions : Europe, Asie, Moyen-Orient… Ces régions sont le produit d’une « géohistoire » toujours en changement. La problématique géopolitique de chacune de ces régions est façonnée par la géographie, l’histoire, des héritages, des traumatismes. Les chapitres de cette partie se penchent sur ces régions, en dégagent les traits fondamentaux sans oublier que tout est histoire, que rien n’est figé. Ancrés dans le passé, ces chapitres tracent les avenirs possibles de ces régions.

Quatrième partie : Une Terre, des hommes : les chantiers de la mondialisation

La Terre a toujours été « une » tant par les phénomènes géologiques que par les déplacements des hommes, partis du centre de l’Afrique pour se répandre sur le monde. Avec les grandes découvertes à partir du XVe siècle puis les vagues des révolutions industrielles, les flux et les interdépendances croissent à un rythme de plus en plus rapide, inscrivant notre planète dans un système technico-économique de plus en plus intégré. De nos jours, les échanges (marchandises, services, hommes, modes, idées…) se diffusent partout, se « planétarisent » – on parle encore de globalisation. Cette quatrième partie traite des enjeux géopolitiques planétaires à l’heure du triomphe de la mondialisation : comment organiser et maintenir la paix mondiale ? Comment veiller à la sécurité des échanges ? Comment promouvoir une meilleure vie commune entre les hommes et leur maison, la Terre, alors que la démographie, l’industrialisation et l’urbanisation bouleversent tous les équilibres écologiques ? Comment, enfin, garantir les droits de l’homme ?

Cinquième partie : Partie des dix

La « partie des dix » revient sur quatre thèmes abordés dans cet ouvrage tout en les traitant de façon plus synthétique : dix tournants de la géopolitique mondiale, dix individus qui ont façonné l’histoire, dix régions sensibles et les dix étapes par lesquelles la Terre s’est constituée en un espace géopolitique unique. Si vous êtes pressé, vous pouvez éventuellement commencer par là.

Sixième partie : Annexes

Vous trouverez ici un glossaire des notions essentielles abordées dans cet ouvrage, une synthèse des données démographiques, géographiques et économiques pour chaque pays, ainsi que des recommandations de lecture et des sites internet consacrés à la géopolitique.

Les icônes utilisées dans ce livre

Des icônes placées dans la marge tout au long de ce livre vous permettront de repérer en un clin d’œil le type d’informations proposées selon les passages du texte. Elles orientent votre lecture au gré de vos envies ou vous aident à revenir sur tel ou tel point précis. En voici la liste :

i0002.jpgLa géopolitique offre un terrain de prédilection aux adeptes des affirmations abruptes et des élucubrations fumeuses : « Les démocraties sont pacifiques », « Les frontières n’existent plus », « C’est la fin de l’histoire », « L’État est mort », « Le droit international est l’instrument des plus forts », entend-on dire avec le plus grand sérieux ! Cette icône signale une idée reçue, un truisme (lieu commun) à éviter.

i0003.jpgUne question complexe peut être soudainement éclairée par deux ou trois évidences qui résument l’essentiel. Par exemple, la Palestine (Israël, Gaza, Cisjordanie) est toute petite (sa superficie équivaut à celle de la région Lorraine) ; or elle héberge 6 millions d’habitants (contre 2,5 millions pour la Lorraine). D’où les problèmes de cohabitation entre juifs et arabo-musulmans et la difficulté de créer deux États parfaitement indépendants. En outre, aucune question géopolitique n’est compréhensible hors du temps. Il faut identifier le ou les moments où la question naît puis récapituler ses principaux clivages chronologiques. Cette icône signale des informations et des dates à retenir absolument.

i0004.jpgCet ouvrage se veut ouvert à tous. Il n’est pas nécessaire d’être agrégé de sciences politiques, option questions internationales, pour le comprendre. Toutefois, certains points particuliers requièrent une attention plus soutenue pour être assimilés. Cette icône pointe les éventuelles difficultés que vous rencontrerez tout au long de ce livre, ou les passages plus techniques directement relatifs à une notion importante (par exemple, le concept d’État-nation), à une institution (les tribunaux pénaux internationaux) ou à un point de droit international (les traités de paix). Faites un petit effort, et je suis persuadé que vous les surmonterez sans aucun problème.

Et maintenant, par où commencer ?

Le lecteur est invité à lire La Géopolitique pour les Nuls en suivant l’ordre proposé. Le livre commençant par les idées générales, les principes et les problématiques conceptuelles, puis « descendant » vers les enjeux géopolitiques concrets, d’abord régionaux puis planétaires, le lecteur abordera ainsi telle ou telle question en étant déjà équipé des instruments nécessaires à sa compréhension.



Néanmoins, chaque chapitre abordant un point particulier, le lecteur pressé ou intéressé par un dossier précis trouvera dans le sommaire et l’index le moyen d’accéder directement à l’information recherchée. Si vous souhaitez découvrir la question de la paix sans entrer dans les détails, commencez par le chapitre 6. Si la seule chose qui vous intéresse est le conflit israélo-palestinien, penchez-vous sur le chapitre 8, consacré au Moyen-Orient. Si vous avez entendu parler du Conseil de sécurité des Nations unies et que vous vous sentez incapable d’attendre pour découvrir de quoi il s’agit, allez au chapitre 12. Et si vous avez lu sur Internet que l’Asie était une arène de géants, allez voir cette question de plus près au chapitre 9. Vous pourrez toujours revenir en arrière à un autre moment pour lire l’épopée de la construction européenne, au chapitre 7, ou savoir qui était réellement Winston Churchill, une grande figure du siècle parmi d’autres, au chapitre 16. C’est un peu comme un buffet. Choisissez ce qui vous fait envie, dans l’ordre qui vous convient, et consommez-le à votre guise.

Première partie

Les clés de la géopolitique

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Dans cette partie…



Je vous donne les clés qui vous permettront d’entrer dans le « temple » de la géopolitique si bien gardé par les spécialistes, sans vous perdre dans les impasses habituelles. Nous nous demanderons, dans le chapitre 1, ce qu’est la géopolitique, quel est son objet, en posant un certain nombre de fondamentaux. Dans le chapitre 2, nous expliquerons ce qui change et ce qui ne change pas en géopolitique. Le chapitre 3 racontera les aventures et mésaventures de la géopolitique devenue science. Enfin, le chapitre 4 recensera les questions que doit se poser toute démarche géopolitique.

Chapitre 1

Notions de base

« Tout empire périra », a écrit un grand historien des relations internationales, Jean-Baptiste Duroselle (1917-1994). Comme tout ce qui est humain naît, grandit, décline, meurt et parfois renaît, les empires naissent et meurent. Les individus, les sociétés, les peuples, les nations naissent et meurent également. Partant de ce postulat, la géopolitique est la discipline qui réfléchit sur les relations sans fin entre espace, temps et politique. Pourquoi et comment telle entité géopolitique (cité, empire, État…) prend-elle forme ? Pourquoi survit-elle ou disparaît-elle ? Pour la géopolitique, qui puise dans la plus ancienne philosophie grecque, « jamais l’homme ne se baigne deux fois dans le même fleuve » (Héraclite). Chaque événement est unique, radicalement différent de tout autre événement. Le politique n’est qu’une expression particulière de l’humain, celle qui conduit les hommes à vivre ensemble, à édifier des sociétés et, simultanément, à ne cesser de s’entredéchirer, de se faire la guerre.