La politique étrangère de Joseph Kabila

-

Livres
220 pages
Lire un extrait
Obtenez un accès à la bibliothèque pour le consulter en ligne
En savoir plus

Description

Pillage, prédation, corruption, déficit démocratique entrent aujourd'hui dans la somme des facteurs internes qui expliquent les choix de la politique étrangère entreprise par Joseph Kabila. Son but est de recoller les morceaux de la carte du pays et de le replacer dans son contexte des rapports internationaux contemporains. L'auteur interroge les théories classiques de la politique étrangère et soutient que les "Petits Etats" ne sont pas capables de formuler leurs propres politiques étrangères autonomes et de les mettre en oeuvre.

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 01 octobre 2014
Nombre de lectures 32
EAN13 9782336358314
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0005€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Signaler un problème
Blàise Sary Ngoy
LA POLITIQUE ÉTRANGÈRE DE JOSEPH KABILA
Les pOlitiques ÉtRànGèRes des étàts menàcÉs de dÉcOmpOsitiOn
PRÉfàce de DiuR KàtOnd
La politique étrangère de Joseph Kabila
Photo de couverture : Rencontre du Président congolais, Joseph KABILA avec quelques principaux acteurs de la crise © L'HARMATTAN, 2014 5-7, rue de l'École-Polytechnique ; 75005 Parishttp://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr ISBN : 978-2-343-02991-7 EAN : 9782343029917
Blaise Sary Ngoy La politique étrangère de Joseph Kabila Les politiques étrangères des États menacés de décomposition PRÉFACE DEDIURKATOND
Notes de cours Dirigée par Benjamin Mulamba Mbuyi L'objet de la collection est de susciter les publications dont la vocation est double : d'une part offrir aux professeurs d'universités l'opportunité de publier leurs notes de cours, utilisées tout au long de leur carrière, et d'autre part offrir aux étudiants et chercheurs les outils de travail dont ils ont grandement besoin. La collection s’adresse principalement aux étudiants et se propose d’envisager toutes les questions qui touchent tous les aspects de droit, de science politique et de relations internationales qui font l’objet d’un enseignement universitaire autonome. Nous privilégierons la publication de manuels de grande qualité scientifique qui seront mis à la disposition des étudiants, régulièrement révisés comme des outils pédagogiques et utilisés dans un grand nombre d’institutions universitaires à travers le monde. Déjà parus : Zacharie NTUMBA MUSUKA,Le rôle du juge administratif congolais dans l’émergence de l’état de droit, 2014. Stanislas BOGOY NANGAMA,La pédagogie générale, 2014. Stanislas BOGOY NANGAMA,La pédagogie comparée, Historique, Théories et Méthodes, 2013. Floribert Nzuzi MAKAYA,Les finances publiques dans les constitutions de la République démocratique du Congo, 2012. Kazumba K. TSHITEYA,Introduction aux théories et doctrines politiques et sociales, 2012. Benjamin MULAMBA MBUYI,Droit International Public, Les sources, 2012. Benjamin MULAMBA MBUYI,Droit des Organisations Internationales, 2012.
Préface
Rédiger un ouvrage en matière de politique étrangère des États africains est un pas que beaucoup n’osent pas franchir par le temps qui court, surtout lorsqu’il s’agit de la politique étrangère d’un Chef d’État. Les obstacles de tout ordre sont immenses. L’accès aux données fiables (accords, alliances, visites, correspondances personnelles, notes confidentielles, entretiens, rapports des envoyés spéciaux ou des chefs des missions, appels téléphoniques) constitue la première limite. La suspicion, les appréhensions et les préjugés de ceux qui manipulent l’habitude d’étiqueter les écrits, de les lire avec l’œil gauche et de les catégoriser en les attribuant à des tendances constituent un deuxième obstacle. De même, les difficultés d’ordre matériel dans les pays où la recherche scientifique fait figure d’enfant pauvre (ressources financières) peuvent conduire aussi à biaiser les analyses.
Par ailleurs, la politique étrangère d’un État relève dans presque tous les pays, du domaine réservé ; elle est marquée par les confidences et les secrets. Il n’est pas évident, pour un non initié, d’avoir le privilège d’être invité à la table des « grands ». Ainsi, nombreuses analyses et essais relèvent de l’imaginaire et se limitent à la formulation des hypothèses et à la projection des intentions. Faut-il se contenter, dans ce cas, de décrire les déclarations, décrypter les images, sonder les opinions ? Même dans ce cas, l’opinion la plus large est souvent ignorante de l’actualité internationale et des activités de son pays. Il n’est donc pas facile de procéder aux enquêtes, sauf dans les cas des événements tragiques, très vite véhiculés par la presse. Aussi, il n’est toujours pas donné de réfléchir sur les politiques des États périphériques qui vivent dans l’incapacité de formuler leurs propres politiques étrangères. Dès lors, les études sur la politique étrangère, même dans les pays occidentaux, se reportent souvent aux récits journalistiques, aux communiqués officiels diffusés ou aux réactions
5
intellectuelles, relatives aux événements circonstanciels. Mais, en dépit de ces limites, ne dit-on pas que l’intuition compréhensive est la source du savoir et la mère de la science ?
L’auteur dePolitique étrangère de Joseph Kabila n’échappe pas à ces remarques. Son livre, fort basé sur l’intuition s’inscrit dans le schéma et traduit en même temps la fécondité de l’imagination. On n’y trouve pas les notes confidentielles, l’analyse des rapports et du contenu des accords ; les résultats des conversations n’y sont pas décryptés. Toutefois, son contenu est plus qu’une simple répétition historique des faits connus. Il constitue une bonne référence sur des données présentées sous l’angle de l’analyse de politique étrangère des États et s’adresse aussi bien au public moins avisé qu’aux professionnels appelés à comprendre comment les États sans ressources utiles peuvent en pleine guerre de décomposition, réussir à impliquer des acteurs, nombreux, dans la recherche des solutions en vue de recouvrer leur statut d’État souverain. Jusque-là nous étions servis par les récits. Voilà une autre approche de dire l’évolution de la crise qui secoue le Congo.
Une chose manquait : l’interprétation de ces récits sous l’angle diplo-matique. Le livre permet de comprendre comment le jeu d’intérêt entre les acteurs poursuivant des objectifs complexes et contradictoires influe sur l’évolution du conflit. Il décrypte les dessous des cartes et les informations diverses abordées sous l’angle des politiques extérieures des États. Cette approche nous épargne des récits historiques habituels. On n’y trouve pas l’examen des conversations confidentielles, ni des écrits, encore moins des rapports sur la médiation, mais une réponse aux préoccupations de savoir comment un État défaillant, sans ressources nécessaires, peut se sauver d’une menace extérieure de sa balkanisation.
La spécificité de l’analyse porte sur le fait d’aller au-delà de simple description des événements déjà racontés par divers auteurs. Plus intéressant, le livre établit un pont qui manquait entre la gestion calamiteuse les tombeurs de Mobutu et les causes premières de la guerre, guerre souvent attribuée au complot ourdi par les États prédateurs. Ces sources lointaines, externes et
6
internes sont jugées comme ayant été les plus déterminantes, d’autant plus qu’elles constituent les facteurs qui ont conditionné la politique étrangère de Joseph Kabila au moment où il accède pour la première fois au sommet du pouvoir. Par ailleurs, des informations sur les relations houleuses entretenues durant le conflit avec les principaux pays occidentaux sont mises en exergue. L’auteur y revient et nous fait découvrir les causes de l’usure de la guerre, à travers les rôles joués par chacun des membres de la troïka. En dépit de la bonne foi et de la politique de rupture observée par Joseph Kabila, les pays tuteurs sont restés dubitatifs durant la guerre qui a conduit aux accords de Sun City ; durant toute la période des troubles qui caractérisent l’est du pays, ils continuent à contribuer d’une manière ou d’une autre à peser dans le pourrissement de la crise. Leurs implications, moins fondées sur la défense du droit international sont inscrites principalement dans le contexte de la politique étrangère de non-indifférence applicable à l’égard des États défaillants et qui justifie les interventions institutionnelles chargées de trouver le compromis, l’équilibre, parfois par le recours à la contrainte. De toute évidence, l’application sélective de ce principe dans certains conflits permet de calmer les crises et non à les éliminer.
Les États tuteurs, loin d’aider un pays en détresse, conformément au droit international, loin de défendre le principe de la souveraineté, ils sont motivés, moins par la sauvegarde de l’intégrité du territoire, mais par le devoir de responsabilité. Le Congo, État sans ressources et ne disposant pas de capacités à appliquer sa propre politique étrangère est ainsi tenu de s’insérer dans la logique de la soumission et de l’obéissance en vue d’écarter des menaces qui pèsent sur son identité. C’est là, la voie obligée devant le pourrissement de la situation et au vu des fausses signatures de paix, des alliances contre nature souvent conclues sur le terrain par les troupes armées. Pour l’auteur, le salut du Congo se trouve dans la rupture avec le passé, dans l’obéissance, le suivisme et la soumission aux ordres dictés par les médiateurs. S’inscrivant en faux contre l’approche chronologique des récits, il estime que les raccourcis présentent le désavantage de biaiser la réalité. Œuvre des historiens, ils sont datés et étiquetés parfois sans souci d’en déterminer le contenu politique.
7
Il invite à cet effet, les lecteurs à lire autrement la politique étrangère du Congo à travers le décryptage des accords, des alliances, des actes posés, des correspondances officielles, des rapports et des notes confidentiels. Il propose d’y lire les styles et les pratiques diplomatiques, les jeux d’influence, les appréhensions, les intentions manifestes et les désaccords. Il propose d’y lire les calculs d’intérêt, la nature de la coopération liée, les mythes fondateurs des comportements, les jeux de recentrage des équilibres, les insuffisances des logiques, la justification des violences, etc. Le fondement de toute politique étrangère repose, finalement, selon lui sur trois objectifs majeurs : le rayonnement international, la sécurité intérieure et la prospérité globale.
Comment lire ces objectifs à travers la politique étrangère de Joseph Kabila ? La soumission et l’obéissance ont permis, durant la première crise d’entre 1998 et 2003 de tirer le pays de la décomposition et l’ont replacé sur la scène internationale. La même voie semble la seule qui convienne en ce 1 qui concerne le conflit qui a opposé le M23 au gouvernement de Kinshasa . « J’ai redessiné la carte du Congo », ne cesse de le dire, Joseph Kabila. De ce fait, on peut déduire que la sauvegarde de l’unité et la protection de l’identité nationale en sont les fruits à gagner. Cependant, ce profit ne doit pas occulter les relations tumultueuses et orageuses que Joseph Kabila a eues et continue à avoir encore avec les principaux partenaires, à savoir : les États-Unis, la France, la Belgique et l’Angola. Ces États, principaux acteurs entretiennent des relations, tantôt cordiales, tantôt tendues et même hypocrites. En leur qualité des puissances tutélaires, ils soumettent le Congo à une relation d’aliénation, en appui à la médiation et à la réconciliation. Ils assument ainsi le patronage en dictant leurs ordres contraignants. Et l’engagement timide des forces de l’ONU déployées sur le terrain, contrairement à ce que l’on peut penser, contribue selon l’auteur à pérenniser le conflit. La chute de
1 La solution militaire reste problématique, même si Joseph Kabila ne l’exclut pas. Elle dépend étroitement des capacités dont dispose le pays ; or pour le moment, l’armée présente encore des faiblesses inimaginables, à tout point de vue.
8
Goma le 20 novembre 2012, devant plus de 1000 soldats de la MONUSCO est attribuable à cette attitude. À quoi sont dues les limites des résultats enregistrés à Sun City ? Pourquoi la trêve n’a été que de courte durée ? Qu’est-ce qui explique la reprise de la guerre conduite par le M23 ? L’auteur nous livre ses explications titrées dans les faiblesses relevées à travers les résultats enregistrés. Dans ce même ordre d’idées, il nous plonge dans une réflexion combien intéressante sur la diplomatie économique du cuivre que mènent différents responsables politiques du Congo, depuis 1960. Le livre se termine ainsi par une question plus importante et controversée, à ce jour, à savoir : celle des relations avec la Chine. Si ce géant économique est considéré comme nouveau partenaire les relations sont plus amicales avec les pays pauvres, quel avenir peut-on tirer de ses rapports avec le Congo Kinshasa ? En effet, la production et le commerce des minerais constituent l’essentiel des échanges entre les deux pays. Mais, quel est le profit que le Congo en tire ? Pays producteur des matières premières, ne se fait-il pas des illusions d’en tirer une richesse ? Le partenariat conclu dans ce contexte était-il celui de win win ? Pour l’auteur, cette relation économique n’a rien de nouveau. La Chine n’invente pas un nouveau capitalisme à visage humain. La relation avec le Congo est appauvrissante ; elle n’offre aucune chance, au Congo, de sortir du piège de son développement industriel extraverti. Le commerce du cuivre est une malédiction. Les preuves de cette illusion sont puisées dans le décor qu’offrent les accords conclus entre la Chine et les autres pays africains, producteurs des matières premières. L’auteur pronostique et tire une conclusion pessimiste. La diplomatie économique anachronique du cuivre appauvrit le Congo et enrichit les acheteurs (Chine). À la lecture de ce livre, un débat passionnant est soulevé. Quelle est finalement la place de la politique étrangère du Congo Kinshasa dans la poursuite de ses intérêts et de son rayonnement ? Comment le pays parviendra-t-il à assurer sa défense, d’une manière autonome, sans se soumettre aux exigences des autres ? Quelle est, par ailleurs, l’image que véhiculent les différents acteurs de cette politique ? Quelle serait la meilleure politique étrangère conforme aux aspirations de
9