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Le gouverneur de province en République Démocratique du Congo

De
349 pages
L'auteur rend compte ici de son expérience de serviteur de l'Etat, dans l'immense administration territoriale congolaise. Il livre un corpus d'enseignements sur l'histoire administrative et politique de la République Démocratique du Congo, de l'indépendance du pays à nos jours. L'ouvrage montre la vision de ce haut fonctionnaire à la retraite sur la gestion de la cité - ici réduite à la "province" -, entendue comme une méthode, comme un style, comme un art.
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Le Gouverneur de Province
En République Démocratique du Congo

Valérien SALUMU AMISI

Le Gouverneur de Province
En République Démocratique du Congo

Préface de Louis Kalubi M'Kola

L~

Paris:

(Ç) L'Harmattan, 2009 5-7, rue de l'Ecole polytechnique, http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan I @wanadoo.fr .........................-...........................................................
L'Harmattan-RDC

75005

Paris

Eddie Tambwe et Léon Matangila 1025 Avenue By Pass KinshasalLemba, RDCongo ISBN: 978-2-296-07068-4 EAN : 9782296070684

A l'Eternel, mon Dieu Tout Puissant et Père Qui m'a tout donné gratuitement; Sans lui je ne peux rien faire. A mon épouse depuis la jeunesse, avec qui j'ai partagé les meilleurs et les pires moments depuis 1961. A mes enfants chéris qUI me soutiennent dans la vieillesse heureuse.

Sommaire

Préface
Remerciements

9
11 13 territoriale 15

Introduction
Chapitre I : Ma longue expérience dans l'administration Chapitre II: Qui est le Gouverneur de Province ? Chapitre III: Qualités intrinsèques requises au Gouverneur de Province Chapitre IV: Gouverneur de Province: responsable politique et de sécurité

53 79

117 183 235

Chapitre V : Gouverneur de Province G.P. Responsable administratif
Chapitre VI : Gouverneur de Province G.P. Responsable du développement Chapitre VII: Le Cabinet du Gouverneur Conclusion générale: Les bons atouts du Gouverneur de Province de la 3èmeRépublique Annexes des canevas

259 315 327 345

Bibliographie

PREFACE
De Louis KALUBI M'KOLA1 Voici quelques années que j'ai rencontré un homme aux convictions solides. Maintenant je le connais mieux et je peux affirmer qu'en lui, il y a eu quelque chose de particulier. C'est dans ce cadre qu'il a voulu partager ses souvenirs avec ses contemporains. Il est donc très proche de Teilhard de Chardin dans sa théorie de : « La collaboration humaine à la création continue du monde. » Le voici très jeune, vers la fin des années 1960, s'engageant pour servir la patrie comme « Commissaire de District ». C'est en 1967, le début de sa carrière dans l'administration territoriale. L'ambition ou le devoir, les hasards de la vie ou la force du destin, portent les hommes à diriger leurs semblables. Cette mission fut celle de Salumu Amisi Valérien. A la lecture son témoignage, on rencontre la vision d'une mission, celle de composer avec les personnes, les choses et le temps. Dans les pages qui suivent, sont rassemblés quelques enseignements de l'histoire administrative et de l'expérience. C'est spécifiquement de la gestion de la cité qu'il s'agit, réduite au niveau de «province» et entendue comme une méthode, comme un style, comme un art. Son témoignage dénote aussi d'une certaine éthique des rapports sociaux, rendus si difficiles dans la gestion de notre nation, où l'homme est devenu l'auteur de sa plus grande angoisse. On peut dire que ce livre ne traite pas de l'actualité, au sens où ce terme est entendu par la presse quotidienne. Certes, il esquisse une analyse de l'univers administratif dans lequel l'auteur a vécu, étendu aux limites des régions ou des provinces, dominé par les forces antagoniques, pour la plupart possédées par les tenants du Mouvement Populaire de la Révolution « MPR » parti-Etat et subies par le peuple. Le Gouverneur de Province Honoraire, Salumu Amisi Valérien, est soucieux avant tout de dégager l'appareil conceptuel, indispensable à la saisie des rapports « gouvernés-gouvernants », puis la portée des « déterminants» qui affectent ces rapports. Mais, l'essentiel est que les instruments d'analyse demeurent utilisables et que les changements
I Louis KALUBI M'KOLA est professeur ordinaire à la Faculté des Sciences Politiques et Administratives de l'Université Pédagogique Nationale (UPN) de Kinshasa- Ngaliema.

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intervenus au cours des années s'insèrent dans les cadres tracés. Or, ce travail n'a pas l'impossible prétention de résumer les évènements de la période du Président Mobutu, mais voudrait montrer brièvement que la gestion des provinces, dérive de tendances issues de la colonisation mais perceptibles au moment où certains nationalistes arrivent à la gestion des entités administratives de notre pays.

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REMERCIEMENTS De l'auteur Avant tout, je remercie l'Eternel mon Dieu et Père qui est Tout pour moi. En effet, ce que je suis, tout ce que j'ai et tout ce que je fais, c'est par sa grâce; car il est écrit dans l'Evangile de Jean, chapitre IS, verset 5 que: « Je suis le cep, vous êtes les sarments. Celui qui demeure en moi et en qui je demeure porte beaucoup de fruits. car sans moi vous ne pouvez rien faire ». Ensuite, je remercie mon ami et frère en Christ, Monsieur Louis Kalubi M'Kola, Professeur ordinaire et Chef du Département d'Histoire à l'Université Pédagogique Nationale «UPN en sigle» à Kinshasa-Ngaliema, qui ne cessait de m'inviter à écrire les souvenirs de ma longue expérience professionnelle et autres domaines, particulièrement l'expérience politique et administrative dans l'administration territoriale. En effet, mon ami me disait que si je n'écris rien, tout ce que j'ai fait ne sera pas connu, même pas par mes propres enfants. Par contre, si je laisse des traces écrites, c'est une richesse importante qui servira d'exemple et de repère aux générations futures. Le Professeur Kalubi était même disposé à mettre gracieusement, à ma disposition, un étudiant finaliste en histoire, pour avoir des entretiens à bâtons rompus avec lui, ensuite ce dernier se chargerait d'écrire mes souvenirs. Mais, comme je dispose d'assez de temps libre, j'ai préféré d'abord rédiger moi-même le texte de base, ensuite le lui donner afin qu'il le lise. Après sa lecture, il m'a prodigué des conseils appropriés tant sur le fond que sur la forme. En outre, je remercie l'Honorable Alexis Thambwe Mwamba, Député National élu dans la circonscription électorale de Kindu et l'un des principaux leaders du Maniema. En effet, ce dernier m'avait demandé, en ma qualité d'ancien haut cadre de l'administration territoriale, ayant gravi régulièrement les échelons politiques et administratifs jusqu'à celui de Gouverneur de Province, de prodiguer des sages conseils pratiques aux Gouverneur et Vice Gouverneur de Province du Maniema nouvellement élus en mars 2007. Par mes conseils pratiques, ces derniers s'inspireraient utilement de ma longue expérience professionnelle dans l'administration territoriale, afin de mieux diriger notre chère Province du Maniema. En réfléchissant sur ce qu'il fallait dire au Gouverneur et au Vice Gouverneur de Province nouvellement élus, j'avais estimé nécessaire de mettre mes idées par écrit, afin de mieux les coordonner et de leur donner un document dont ils pourront s'en servir comme une référence contenant des suggestions utiles. En effet, même l'Eternel notre Dieu a mis par écrit toute sa Parole dans le Saint Livre appelé « La BruLE ». En voici deux passages expressifs parmi tant d'autres: 11

pour t'enseigner des choses sûres, des paroles vraies
(Proverbes. 22: 20-21.)

- « L'Eternel dit à Moïse: Monte vers moi sur la montagne, et reste là .. je te donnerai des tables de pierre, la loi et les ordonnances que j'ai écrites pour leur instruction. »(Exode 24 : 12). - « N'ai-je pas déjà pour toi mis par écrit des conseils et des réflexions,



En écrivant des conseils pratiques, je me suis souvenu des encouragements du Professeur Kalubi qui m'invitait à écrire sur l'expérience professionnelle. Logiquement, j'ai donc estimé que c'était une occasion opportune de commencer par décrire comment et où j'avais pu réaliser, dans mes fonctions politiques et administratives dans l'administration territoriale, les œuvres inoubliables en faveur de mes administrés. Il y a lieu de signaler ici que ces œuvres étaient accomplies parfois avec très peu de moyens financiers. Ensuite, j'avais jugé nécessaire d'exprimer mes avis et considérations sur : - les modes de désignation,

-

les qualités attendus d'un gouverneur de Province; la manière de ce dernier d'assumer correctement

ses attributions

professionnelles, en vue d'atteindre le meilleur rendement dans l'exercice de ses fonctions à la fois complexes et exaltantes du Gouverneur de Province. D'où, ce titre globalisant de : «GOUVERNEUR DE PROVINCE EN R.D.C.»

Enfin, je remercie également tous ceux qui m'ont aidé, d'une manière ou d'une autre, à réaliser cette œuvre qui sera certainement bénéfique pour la génération actuelle et future des Gouverneurs de Province en particulier et, des Territoriaux ainsi que des enseignants et chercheurs en général.

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INTRODUCTION La présente publication n'est pas un livre théorique, ni la conclusion des enquêtes menées sur terrain professionnel de plusieurs Gouverneurs de Province, ni le résultat d'une recherche scientifique documentaire en rapport avec les activités professionnelles du Gouverneur de Province. Il s'agit, tout simplement, de l'expression de mes idées personnelles basées sur une longue expérience professionnelle. En effet, je suis un ancien fonctionnaire de l'Etat, ayant gravi régulièrement les échelons de l'administration territoriale jusqu'à celui de Gouverneur de Province. En tant qu'ancien fonctionnaire de carrière, retraité au grade de secrétaire général d'administration publique en 2003, je me réfère plus à l'expérience vécue dans l'administration territoriale, qu'à mes solides connaissances théoriques des sciences administratives. En effet, je suis licencié en sciences politiques, administratives et sociales de l'Ecole Nationale de Droit et d'Administration «ENDA en sigle », troisième promotion, première session de juillet 1966, à Kinshasa-Ngaliema, avant l'intégration de cette Ecole supérieure spécialisée dans le système général de « l'Université Nationale du Congo ». Après mes études supérieures, j'ai exercé longtemps les fonctions politiques et administratives ci-après: Maire de Ville et Commissaire de District de : - Ville de Mbandaka à l'Equateur de 1967 à 1970 ; - District de Tanganyika au Katanga de 1970 à 1974 ; - District de Mai-Ndombe au Bandundu de 1974 à 1975 ; - Ville de Kikwit au Bandundu de 1975 à 1978 ; - Ville de Kolwezi au Katanga en 1978 ; - District de Lulua au Kasaï Occidental de 1978 à 1979. Vice Gouverneur de Province : - l' Hôtel de Ville de Kinshasa de 1979 à 1980 ; - province du Shaba (Katanga) de 1980 à 1982 ; - Conseiller chargé de missions au ministère de l'intérieur à Kinshasa de 1982 à 1983 ; - province du Haut Zaïre de 1983 à 1984. Gouverneur de la Province du Haut Zaïre de janvier 1985 à août 1988. Ainsi donc, j'ai exercé effectivement les fonctions politiques et administratives dans l'administration territoriale, d'une manière ininterrompue, de 1967 à 1988, soit pendant 21 ans. Je suis resté gouverneur en instance d'affectation au ministère de l'intérieur à Kinshasa, de 1988 13

jusqu'à la mise en retraite au grade de secrétaire général d'administration publique en avri12003. En plus, j'ai été désigné: - Président délégué général (P.D.G.) d'une entreprise publique dénommée la Caisse de Stabilisation Cotonnière « CS CO en sigle» à Kinshasa, de 1997 à 2001. - j'ai été député national durant la deuxième transition politique de 2003 à 2006, pour le compte du Mouvement de Libération du Congo «MLC» parti politique de tendance libérale. Avec le recul de temps, l'expérience professionnelle acquise dans l'administration territoriale est complétée par: la gestion d'une entreprise publique; la lecture de plusieurs ouvrages doctrinaires en administration publique, en management et en développement communautaire; L'analyse des textes légaux et réglementaires, particulièrement ceux relatifs à l'administration publique en général et à l'administration territoriale en particulier; l'enseignement des cas pratiques en administration publique aux

étudiants finalistes du I er cycle de la section de l'administration générale à
l'Ecole Nationale d'Administration Publique (ENAP) à Kinshasa-Gombe. La participation aux débats parlementaires et aux séminaires ateliers en rapport avec la décentralisation administrative, considérée comme meilleur mode de gestion administrative pour atteindre le développement intégré; l'exercice des fonctions de« Consultant Indépendant» en administration locale, la décentralisation et la bonne gouvernance. Par cet ouvrage pratique, j'exprime mon souci de mettre mon expérience professionnelle à la disposition des gouverneurs de province en particulier et des professionnels de l'administration territoriale en général. Ce livre peut aussi intéresser les amateurs, les enseignants et les chercheurs en administration territoriale. Pour exprimer mes idées d'une manière ordonnée, ce livre est subdivisé en huit chapitres: 1. ma longue expérience dans l'administration territoriale. 2. qui est le Gouverneur de Province ? Les qualités attendues d'un gouverneur de Province. 3. gouverneur de Province, responsable de la politique et de la sécurité. 4. gouverneur de Province responsable administratif. 5. gouverneur de Province, responsable du développement. 6. LIe Cabinet du Gouverneur de Province. 7. Les atouts du Gouverneur de Province de la troisième République.

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CHAPITRE I. MA LONGUE EXPERIENCE DANS L'ADMINISTRATION TERRITORIALE Je suis un des rares territoriaux qui, durant 21 ans consécutifs, j'ai été placé à la tête des circonscriptions administratives déconcentrées en tant que Commissaire de District et à la tête des entités territoriales décentralisées, en tant que Maire de Ville, Vice Gouverneur et Gouverneur de Province. Dans l'exercice de mes fonctions dans la territoriale, j'avais l'ambition d'imiter les meilleurs Chefs des Postes d'encadrement administratif et des Administrateurs de Territoire coloniaux qui ont laissé d'innombrables souvenirs dans mon Territoire de Kasongo au Maniema et dont les noms sont bien connus des anciens administrés. Par exemple: Monsieur Elois, Administrateur de Territoire de Kasongo et Monsieur Van Meel, le premier Agent Territorial responsable de la Cité de Kasongo. Tous les deux avaient bâti la Cité de Kasongo en 1954-55 et veillaient à sa propreté. Je me rappelle aussi du nom de Monsieur Desy, communément appelé «Kamwanga Muchele », c'est-à-dire: 'sans secret', qui était Agent Territorial, Chef de Poste administratif d'encadrement à Wamaza dans le Territoire de Kabambare. Ce dernier avait construit la plupart des gîtes d'étape ou maisons de passage dans sa juridiction, dont l'une est encore visible sur la montagne d'Abimba près de Wamaza. C'est pourquoi, moi aussi, je voulais à tout prix, laisser des souvenirs indélébiles partout où j'étais affecté, en cherchant à réaliser: - un minimum des réalisations sans moyens financiers ou matériels extérieurs; - un certain nombre des œuvres avec peu de moyens extérieurs; - un maximum des oeuvres avec peu de moyens extérieurs; Ainsi, de par mes réalisations concrètes, mon nom reste dans les souvenirs de mes administrés, car j'avais la conviction que «vouloir c'est pouvOIr». Toutefois, savoir: il convient de rappeler ici deux réalités référentielles, à

. ma longue expérience dans l'administration s'étend de 1967 à 1988 ; . la rédaction de ce livre se termine en 2008.

territoriale

Donc, mes premières expériences politiques et administratives datent de 1967, soit il y a plus de 40 ans et, les dernières ont lieu en 1988, il Y a 20 ans. Par conséquent, il manque involontairement beaucoup de précisions importantes dans ce livre, notamment en ce qui concerne: 15

- les évènements signalés; - les quantités annoncées, - les photos des œuvres réalisées ou les copies des documents importants évoqués. En effet, durant l'exercice de mes fonctions, je ne pensais pas rédiger plus tard un livre, ce qui m'aurait poussé à collecter toutes les données préparatoires à sa rédaction et illustration. A cet effet, je me réfère opportunément à la réflexion exprimée par Monsieur Pétillon, ancien Gouverneur général du Congo Belge, dans le préambule de son livre intitulé: «LE RECIT. Congo 1929-1958 ». A ce dernier, comme à moi, il avait été demandé d'écrire les souvenirs de son passé colonial, - confronté aux mêmes difficultés que moi-, il déclara: « Ce que je souhaite en débutant qu'on retienne est ceci: en 1958, lorsque prit
fin ma carrière en tant que Gouverneur Général en juillet,..., je n'emportai aucun papier qui aurait pu me servir. La conséquence en jùt que je ne pus trouver les précisions de dates, les circonstances et les textes dont j'avais besoin pour mes livres que dans ma propre mémoire ou les publications courantes dont n'importe qui peut disposer Et pourtant, ce que certains m'avaient dit continua de me hanter. Notamment, qu'après tout il n'était pas nécessaire de faire de l'histoire « événementielle ».

Ce qui importait surtout était de révéler comment on était passé de l'heure coloniale - avec ses mentalités et ses comportements,- à celle de l'émancipation progressive et de l'indépendance. ...S'il suffit, comme ils le prétendent, de dire en gros comment selon moi on passa de la colonisation à l'indépendance, l'affaire revêt un autre aspect. Pour cela, il ne faut guère de documentation touffue, de dates précises, de textes authentiques, ni de ma part d'exposé scientifique. Il suffira pour cette période de trente ans, de certains souvenirs et de la relation objective d'une longue évolution. Je crois que cela je puis le tenter. Evidemment, si j'avais tenu un journal ou seulement un agenda détaillé, l'entreprise serait aujourd'hui plus aisée.. ..Quel besoin aurais-je pu éprouver de rédiger chaque nuit un journal? Sauf, bien sûr, si j'avais nourri le dessein de publier plus tard un ouvrage autobiographique. Cette intention, je ne l'ai jamais eue, même après les événements qui menèrent à l'indépendance Il ne m'incombe plus maintenant que de rassembler les souvenirs qui me restent. Une dernière remarque toutefois. Comme j'en ai l'intention, mon récit se limite au temps de ma carrière. »1 A la lumière de ce qui précède, je fais mienne la réflexion de Monsieur Pétillon. C'est pourquoi, je préviens que dans ma longue expérience, je n'évoquerai sommairement que mes réalisations concrètes:
1

L. A. PETILLON. Gouverneur Général honoraire et ancien Ministre du Congo
RECIT Congo 1929-1958. La Renaissance du livre.

Belge et du Ruanda-Urundi. Bruxelles, pp.lO-ll

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- d'abord, sans ressources financières, en tant qu'autorité administrative déconcentrée; - ensuite, avec ressources financières propres, en tant qu'autorité administrative déconcentrée.
1. AUTORITE ADMINISTRATIF DE DISTRICT. DECONCENTREE :COMMISSAIRE

L'autorité administrative déconcentrée est celle qui dirige une circonscription administrative comme le District, caractérisée par l'absence d'une personnalité juridique distincte de celle de l'Etat. En conséquence, cette autorité administrative n'a pas de budget pour disposer des ressources financières propres. Toutes les dépenses sont financées par le budget de l'Etat sous forme des subventions mensuelles. C'est pourquoi, l'autorité administrative qui dirige le District est placée sous l'autorité hiérarchique du Gouverneur de Province en tant que Représentant du pouvoir central. Cela justifie sa nomination discrétionnaire par le pouvoir central, et ce, généralement parmi les hauts fonctionnaires de carrière soumis aux statuts de l'Administration Publique de l'Etat. Ayant dirigé trois Districts, à savoir: Tanganika au Katanga, celui de Mai-Ndombe au Bandundu et de la Lulua au Kasai-Occidental, je peux affirmer en résumé que la mission principale du Commissaire de District est celle de représenter l'Etat dans sa juridiction. Il est un échelon intermédiaire entre le Gouverneur de Province et les Administrateurs de Territoire. Ces derniers supervisent et contrôlent les activités des chefs de cité, des Chefs de Collectivité Secteur et Chefferie. A cet effet, le Commissaire de District a une mission générale de veiller au bon fonctionnement des services administratifs dans sa juridiction, en inspectant et exerçant, par délégation, des pouvoirs de tutelle administrative sur toutes les entités administratives décentralisées de sa juridiction. Ses rapports sont adressés au Gouverneur de Province, son autorité hiérarchique. Malgré l'absence des ressources financières propres, mon ambition de laisser des traces inoubliables en faveur de mes administrés a été quand même réalisée de la manière suivante. - DU TANGANIKA A KALEMIE AU KATANGA 1970 1974. Tanganika, c'est l'un des quatre Districts qui composent actuellement la province du Katanga, à savoir: le Haut Katanga au Sud Est, le Lualaba au Centre Ouest, le Haut Lomami au Centre Nord et le Tanganika au Nord. Ce District est limité au Nord par les provinces du Sud Kivu et du Maniema. Au Sud, ce District partage ses limites avec la Zambie, les Districts du Haut Katanga et du Haut Lomami. A l'Est, c'est le Lac Tanganika d'où il tire son appellation.

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A l'Ouest, c'est la province sœur du Kasaï Oriental. Le District du Tanganika est composé de 6 Territoires, à savoir: Kabalo, Kalemie, Kongolo, Manono, Moba et Nyunzu. Le chef lieu est à Kalemie. Dans ce District, j'ai réalisé les actions sui vantes: Première action. Assainissement du centre administratif du district. commercial de Kalemie et du quartier

Quelques semaines après mon arrivée à Kalemie, j'étais désagréablement surpris de constater que le centre commercial, se trouvant au bord du lac Tanganika, était souvent inondé pendant et après les grandes pluies. Voulant connaître la justification de cet évènement malheureux qui indisposait tout le monde, il m'était expliqué que la cause était l'ensablement du canal principal conduisant les eaux des pluies venant de la colline surplombant le centre commercial, passant par l'avenue Katanga Kivu jusqu'au lac. La solution durable était donc le débouchage de ce canal en enlevant tout le sable. Suivant les explications complémentaires données par les services techniques et les anciens de Kalemie, l'une des raisons principales de la descente de la terre et du sable de la colline vers le Lac Tanganika durant les grandes pluies, était les constructions et les cultures anarchiques sur la colline surplombant le centre commercial. En conséquence, pour résoudre ce problème d'une manière durable, il fallait absolument et avant tout, supprimer cette cause, en interdisant formellement toute construction et toute culture sur la colline. L'Administrateur de Territoire et le Chef de Cité de Kalemie étaient chargés, chacun en ce qui le concernait, de l'exécution rigoureuse de cette décision salvatrice pour le centre commercial. Ne disposant pas des ressources financières suffisantes pour engager les travailleurs devant déboucher complètement le canal en question, avec les subventions mensuelles de fonctionnement, entretiens et réparations, j'ai dû acheter quelques bêches et pelles ainsi que des brouettes. Ensuite, j'avais mobilisé les agents et fonctionnaires de l'Etat chaque samedi, pour déboucher le canal posant problème. En semaine une équipe de travailleurs des Travaux Publics était commis à ce travail. Il convient de rappeler ici que, durant le régime du président Mobutu, le samedi était décrété jour de «salongo », c'est-à-dire celui réservé à tout le monde d'effectuer des travaux collectifs d'intérêt général. Au bout de quelques semaines des travaux collectifs appuyés par le travail en semaine de la petite équipe des agents des T.P., le canal était totalement désensablé. En conséquence, les eaux des pluies y coulaient rapidement jusqu'au lac et, conséquemment, le centre commercial n'était plus inondé. Après ce travail bien réussi, j'avais chargé le chef de service des Travaux Publics de District de former une équipe permanente composée des agents des T.P. district, territoire et cité pour enlever régulièrement la terre et le sable dans ce canal après chaque pluie. 18

Ainsi, durant tout mon séjour à Kalemie, le centre commercial était épargné des inondations indésirables des eaux des pluies. Concernant la beauté et la propreté de la cité de Kalemie, spécialement le centre commercial et le quartier administratif, j'avais conçu et mis en place quatre opérations: - la première était celle d'attribuer à chaque entreprise publique et privée, à chaque service administratif du District et du Territoire, une place permanente pour les travaux collectifs de «salongo» de chaque samedi. De son coté, le Chef de Cité devait faire la même chose en ce qui concernait les habitants de chaque quartier. Ainsi donc, chaque groupe connaissait le travail collectif à faire chaque samedi qui consistait en: désherbage, enlèvement des immondices ou curage des caniveaux. Par cette répartition des places permanentes à chaque intervenant dans le travail collectif de salongo, la possibilité de contrôler l'exécution correcte des tâches de chaque groupe était facile. - la deuxième consistait à demander à tous les habitants de Kalemie, spécialement ceux du centre commercial, de peindre l'extérieur de leurs maisons, de préférence en blanc.

- la troisième, j'avais acheté quelques sacs de chaux, ensuite chargé le chef des services des travaux publics de chauler, jusqu'à un niveau de 1,50 m., tous les arbres se trouvant le long de l'avenue principale du centre commercial et ceux des avenues de la colline Etat qui est le quartier administratif. - la quatrième, j'avais fait rassembler des vieux fûts vides qui traînaient aux garages STA civile et militaire, les faire couper en deux, ensuite les peindre en blanc, et les placer à tous les 200 m le long de l'avenue principale du centre commercial et de celle menant vers la colline Etat. Ces vieux fûts vides servaient de poubelles publiques. Le service d'hygiène était chargé de vider régulièrement ces fûts poubelles avec le concours d'un véhicule des TP et ou des commerçants qui mettaient gracieusement leurs véhicules à ma disposition, voyant que l'opération était avantageuse pour tout le monde. A moins d'une année, les habitants de Kalemie et tous les visiteurs avaient constaté que la Cité avait complètement changé, devenant bien assainie et plus propre qu'avant, à la grande satisfaction de tous, sans que le Commissaire de District ait engagé beaucoup de frais financiers.
Deuxième action: construction du marché central de Kalemie. Mon collègue et ami, Monsieur KUSABA NSIMBA, alors Commissaire de District du Maniema voisin, dans la province du Kivu (avant le démembrement de cette ancienne province en 1988), m'avait demandé de retirer pour lui sa commande de ciment à la cimenterie du lac (Ciment Lac) à Kalemie, ensuite faciliter l'expédition rapide de ce ciment par train jusqu'à Kindu. En effet, mon collègue et ami avait entamé les travaux de 19

construction du marché central dans la ville de Kindu, chef lieu du District du Maniema. Ce qui, volontiers, fut fait par moi jusqu'à la fin des travaux. L'initiative de mon collègue du Maniema était considérée par moi comme très louable et intéressante. Mais, tout compte fait, avec la subvention mensuelle reçue pour assurer le fonctionnement des services administratifs, l'entretien et réparation des bâtiments ainsi que des véhicules STA du District, je ne pouvais pas construire un marché central à Kalemie. Alors je m'étais rappelé que le Gouverneur de Province, bien que n'étant pas une autorité décentralisée en ce moment -là, disposait d'un fonds spécial dont j'ignorais l'origine. Ce fonds était destiné au développement de la province du Katanga. Pour imiter mon collègue du Maniema, j'avais ordonné au chef des services des T.P. de concevoir un plan du nouveau marché sur le site de celui de Katanga Kivu. Ce plan a été discuté et approuvé par le comité sousrégional du Mouvement Populaire de la Révolution, MPR en sigle, Parti Etat, afin de donner à ce projet une coloration politique de premier rang pour la population de Kalemie en particulier et celle du District de Tanganika en général. Ensuite, l'Ingénieur des T.P. était chargé de confectionner un dossier techniquement complet pour la faisabilité de ce projet de construction du marché central de Kalemie, ainsi que toutes les justifications plausibles de demande de financement des travaux par le fonds spécial du développement de la province du Katanga. Ce dossier technique et politique devait être soumis à l'approbation du Gouverneur de Province à Lubumbashi. Considérant l'importance de ce dossier pour mon avenir politique et administratif, je l'avais amené moi-même pour le présenter et le défendre auprès du Gouverneur de Province, avec des commentaires politiques et administratifs appropriés. Après son examen par les services techniques de la province, le dossier était déclaré acceptable et réalisable par les fonds du développement du Katanga, sous la surveillance et la responsabilité du Commissaire de District du Tanganika que j'étais. A la fin des travaux, le marché central de Kalemie était inauguré par le Gouverneur de Province lui-même, à la grande satisfaction de toute la population. Je ne me rappelle plus le coût exact des travaux de ce marché. Cette réalisation avait haussé ma cote auprès du Gouverneur de Province qui, à juste titre, avait apprécié et soutenu mon esprit d'initiative ainsi que mon honnêteté dans la réalisation du projet. Comme il fallait s'y attendre, certains de mes collègues Commissaires de District au Katanga étaient devenus jaloux de moi, alors qu'ils n'avaient pas des projets bien préparés et justifiés comme le mien. Cet exemple mérite d'être retenu, car il en sera de même des Gouverneurs de Province nommés dont les projets d'investissement seront financés par la caisse nationale de péréquation. Les Gouverneurs de Province qui seront plus entreprenants et qui présenteront les projets bien élaborés et défendus,

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obtiendront les financements, alors que ceux qui le seront moins, ne seront pas satisfaits. Un homme averti en vaut deux. Troisième action. Achat des motos et camionnettes Collectivité. pour les Chefs de

Après la tournée d'inspection dans toutes les collectivités secteurs et chefferies du District de Tanganika, je m'étais rendu compte que beaucoup de Collectivités avaient une population contribuable importante, des bonnes routes de desserte agricole, de bons bâtiments administratifs, mais les chefs marchaient à pieds ou roulaient à vélo. Ainsi donc, j'avais imaginé que si les chefs mettaient de coté, uniquement des ressources financières générées par la contribution personnelle minimum (C.P.M.), ils pouvaient bien acheter des motos ou des véhicules pour faciliter leurs déplacements. Le fonctionnement normal de leurs Collectivités serait bien assuré par des recettes générées par d'autres taxes fiscales et administratives rémunératoires, sans oublier les recettes réalisées par des tribunaux coutumiers. Pour matérialiser cet objectif, j'avais convoqué une réunion de tous les Chefs de Collectivité secteurs et chefferies, afin de leur faire la proposition ci-dessus. Après examen, ils avaient tous accepté la proposition et en conséquence, chaque Chef devait ouvrir un compte bloqué à la succursale de la Banque Commerciale Zaïroise (Congolaise) à Kalemie, afin d'y loger toutes les recettes générées par la Contribution Personnelle Minimum 'C.P.M'. Les Administrateurs de Territoire étaient chargés de veiller à l'exécution de cette opération. A la fin de l'exercice budgétaire d'une année, chaque collectivité disposait d'assez d'argent pour s'acheter une camionnette ou une moto. Afin d'obtenir un rabais sur les prix d'achat globaux, en ma qualité de l'autorité de tutelle administrative sur les Collectivités, j'avais suggéré et obtenu aux Chefs de passer une commande collective à la représentation d'une agence automobile à Kalemie. Quelques semaines plus tard, les Chefs de Collectivité étaient servis en véhicule ou moto, suivant leur capacité financière. Par ce fait, la joie et le prestige des chefs étaient au Zénith et ils avaient tous loué mon initiative bénéfique pour eux et pour le rendement administratif dans leurs Collectivités. En effet, plus le Chef de Collectivité était mobile, mieux il pouvait encadrer ses administrés. DANS LE DISTRICT DU MAI-NDOMBE: 1974.

Dans ce District situé au Nord de la province de Bandundu, dont le Chef lieu est la cité d' Inongo, j'y avais travaillé moins d'une année, c'est pourquoi je n'y ai pas laissé des souvenirs remarquables, à part quelques amitiés avec des gens honorables.

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- De Lulua

à Tshimbulu: 1978-1979.

En ce moment-là, la province du Kasaï Occidental était composée de deux Districts, à savoir: le Kasaï à l'Ouest et la Lulua à l'Est, tous deux séparés au Centre par la Ville de Kananga, chef lieu de la province. D'autres frontières du District de la Lulua étaient: au Nord le District de Sankuru (Kasaï Oriental) ;- à l'Est le District de Tshilenge (Kasaï Oriental) et au Sud le District de Lualaba (Katanga) ainsi que la République sœur d'Angola. Le District était composé de cinq Territoires, à savoir: Demba, Dibaya, Dimbelenge, Kazumba et Luiza. Le Chef lieu était à Tshimbulu dans le Territoire de Dibaya. Après avoir dirigé les grandes Villes comme Mbandaka, Kikwit et Kolwezi, ainsi que le grand et important District du Tanganika, ma mutation pour le District de la Lulua à Tshimbulu qui n'avait même pas le statut de Cité, surtout venant de la grande Ville minière de Kolwezi, cette mutation était considérée par moi, au départ, comme une punition, sans en savoir pourquoi. Pire encore, je venais de perdre tous mes biens pillés durant la guerre de Kolwezi de mai 1978, celle dite de six jours. En tant que Territorial désireux d'imiter les colonialistes surnommés «BULA MATADI », c'est-à-dire: les casseurs des pierres pour se frayer le chemin, je m'étais résigné à accepter quand même cette mutation qui me semblait punitive sans cause connue. A Tshimbulu, chef lieu du District de LULUA où, pour la première fois dans ma carrière politique et administrative dans l'administration territoriale, je vivais sans eau de la REGIDESO ni le courant électrique de la SNEL à la maison ni au bureau. Malgré tout cela, je voulais quand même faire quelque chose de différent par rapport à mes prédécesseurs. J'avais pensé à quelques projets réalisables avec les moyens de bord très limités, dont la seule source financière était la subvention mensuelle reçue du Gouvernement pour le fonctionnement des services administratifs, l'entretien et réparations des véhicules et immeubles à usage public. Mes préoccupations concernaient notamment: l'adduction d'eau potable, la culture du riz irrigué et la construction du marché central de Tshimbulu. Première action: adduction d'eau potable. A mon arrivée à Tshimbulu, le problème d'eau potable était crucial pour moi et surtout pour mes enfants habitués à avoir de l'eau de la REGIDESO à la maison partout où j'avais travaillé auparavant. En plus de la quantité, il y avait aussi et surtout le problème de la qualité d'eau. En effet, nous avions de l'eau en grande quantité uniquement pendant la saison des pluies. Par contre, durant la saison sèche, il fallait aller chercher de l'eau de qualité discutable à la rivière Tshimayi pour les travaux de ménage et à la source mal aménagée pour la boisson, et ce, après l'avoir préalablement bouillie. Afin de remédier dans l'urgence à la situation primordiale de l'eau potable, j'avais recommandé au chef de service du développement rural de 22

réfléchir sur l'aménagement artisanal d'un site de captage d'eau à partir d'une source naturelle au quartier administratif. Cette source d'eau serait aménagée en construisant un site de captage avec: des pierres, des graviers puis du sable fin pour filtrer naturellement l'eau, avant sa sortie dans un ou plusieurs tuyaux à placer en aval de l'ouvrage. Au bout de quelques semaines, l'étude faite était bien sûr concluante. Un dossier technique comprenant le schéma de construction de l'ouvrage artisanal ainsi que l'état de besoins chiffrés en matériaux m'était présenté. Je ne me rappelle plus le coût exact. Ne disposant pas des ressources financières suffisantes, à part les subventions mensuelles destinées au fonctionnement des services administratifs, à l'entretien et réparations des véhicules et des bâtiments à usage administratif du District, j'avais acheté uniquement quelques sacs de ciment. Les matériaux de base: pierres, graviers et sable étaient ramassés et transportés par les agents des travaux publics et ceux du développement rural. Tous les travaux étaient exécutés par les mêmes agents qualifiés durant les heures normales du travail, sans nécessiter un paiement supplémentaire quelconque. L'expérience tentée au quartier administratif, sans engager beaucoup de frais financiers, était bien réalisée à la satisfaction de tous les habitants qui pouvaient ainsi accéder gratuitement à l'eau potable de bonne qualité et en quantité suffisante. Après mon départ, je ne sais pas si l'opération était poursuivie à des sources naturelles d'eau dans d'autres quartiers de la Cité. Heureusement, un peu plus tard, la REGIDESO s'était installée à Tshimbulu pour y résoudre définitivement le problème de l'eau. Deuxième action: le riz irrigué à Tshimbulu. Certains Kasaïens se moquaient des habitants de Tshimbulu en les appelant en Tshiluba, l'une des langues nationales parlée au Kasaï, en disant avec mépris: « Bena Tshimbulu banwa mayi a bisese ». Ce qui se traduit en français par« les habitants de Tshimbulu qui boivent l'eau des marais. Pour ma part, je voulais mettre ces marais en valeur au lieu de les considérer comme objet de moquerie. En effet, les marais bien aménagés à la source, peuvent produire de l'eau potable de bonne qualité. Le reste de marais peut être mis en valeur en y produisant, au moins deux fois par an, du riz irrigué en grande quantité et de bonne qualité, en vue de procurer la nourriture suffisante et une source certaine de richesse à la population. Concernant la faisabilité de la culture du riz irrigué dans les marais de Tshimbulu, je voulais rééditer l'expérience de Kikwit, en pratiquant cette culture dans des vallées marécageuses environnant la cité. Pour ce faire, j'avais envoyé l'agronome, chef des services agricoles du District, auprès de la mission agricole chinoise à Kinshasa Ndjili, afin d'y apprendre la technique de la culture du riz irrigué et d'obtenir des semences adaptées à cette culture. Au moment de ma mutation, l'Agronome se trouvait encore en stage à Kinshasa et je n'ai pu réaliser ce projet bénéfique pour la population 23

qui aurait cultivé et mangé du riz local en abondance. Je ne sais pas ce qui doit s'être passé après mon départ en 1979. Troisième action: construction du marché central de Tshimbulu. Après avoir visité la Cité de Tshimbulu, j'avais constaté que l'état de son marché central laissait beaucoup à désirer. Les étalages étaient en désordre, non couverts, et à certains endroits les marchandises et les vivres étaient étalés à même le sol. Les boutiques y étaient construites en désordre et les marchandises n'étaient pas exposées par catégorie dans le marché. Il fallait donc faire quelque chose pour que la Cité de Tshimbulu ait un marché central bien construit et aménagé. Concernant la construction du marché central, le District et la Province ne pouvaient pas financer ces travaux. En effet, en ce moment -là (1978-79) même les provinces n'étaient pas décentralisées. Donc, aucune des deux circonscriptions administratives déconcentrées n'avait des ressources financières propres. Comme je voulais absolument construire ce marché comme à Kalemie au Katanga, j'avais convoqué une réunion des hommes d'affaires de Tshimbulu et ceux de Kananga originaires de Tshimbulu, ainsi que les vendeuses et les vendeurs à ce marché central. Le but de la réunion était de leur parler de la nécessité de construire ce marché central. Les boutiques construites côte à côte tout autour clôtureraient le marché. Ensuite, les étalages couverts seraient construits à l'intérieur, y compris les toilettes publiques. L'autorité publique ne pouvant pas construire ce marché, chaque commerçant et vendeur pouvaient le faire à leurs frais. Les boutiques, étalages ou toilettes resteraient la propriété privée des constructeurs. Chacun pourrait récupérer son argent, même gagner du bénéfice, en mettant en location son ou ses bâtiments. . Après débat et délibérations, mes invités avaient accepté mes propositions. L'accord de principe de tout le monde m'avait permis de charger le chef des services des T.P. de concevoir un plan d'aménagement du marché de Tshimbulu qui serait soumis à l'approbation des hommes d'affaires et des vendeurs concernés pour l'exécution des travaux. Après la réflexion et l'exécution des travaux, le chef des services des T.P. m'avait présenté le plan du marché qui me semblait bien fait. Au cours d'une assemblée générale, des hommes d'affaires et des vendeurs du marché central, le plan d'aménagement du marché avait été présenté et accepté moyennant quelques modifications. Chaque commerçant et vendeur avait choisi ce dont il était capable de construire. l'étais agréablement surpris de constater que même les mamans vendeuses, supposées possédant peu de revenues, avaient souscrit pour construire leurs propres étalages suivant le modèle du plan. Même certains fonctionnaires et agents de l'Etat, originaires ou non, avaient estimé que c'était une bonne occasion d'investir utilement leur argent, afin de réaliser

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ultérieurement des bénéfices sur le loyer qui serait payé par des vendeuses et des vendeurs locataires dans ce marché central. Malheureusement pour les habitants de Tshimbulu, avant même de débuter les travaux, j'étais promu Vice Gouverneur de Province et affecté à la Ville de Kinshasa. Arrivé à Tshimbulu, venant de Kolwezi, c'était comme - je l'ai déjà dit haut -, une sorte de mutation punitive sans cause connue. Je m'y étais quand même résigné à travailler dans les conditions les plus désagréables de ma carrière dans l'administration territoriale. Cependant, j'avais mis tout mon cœur, non seulement pour m'adapter à la situation trouvée, mais aussi et surtout pour améliorer ma propre condition de vie ainsi que celle de mes administrés. C'est un exemple à suivre. A moins de deux ans, mes chefs hiérarchiques à Kinshasa qui connaissaient le rendement positif de mon travail dans des postes antérieurs avaient, d'une part, apprécié mon obéissance et, d'autre part, appris les nouvelles concernant tous les projets de développement de Tshimbulu conçus par moi et dont, pour certains, l'exécution avait déjà débutée. Et voilà, comme on dit que « Dieu ne dort pas », c'était au moment où je ne m'y attendais pas, que j'avais appris par la radio, que j'étais promu Vice Gouverneur de Province. C'était une surprise agréable et un soulagement certain pour moi et pour toute ma famille qui supportait mal la vie sans eau de la REGIDESO ni courant électrique de la SNEL à la maison. Après Tshimbulu, quelle ironie du sort? En tant que Vice Gouverneur de Province, j'étais affecté à l'Hôtel de la Ville province de Kinshasa. C'est la normalité des choses. Quand un agent a été excellent, il mérite une récompense, une promotion; car la désignation à ce niveau n'était pas un fait de hasard. Eu égard à ce qui précède, je peux affirmer que même sans ressources financières suffisantes, un bon territorial peut bien réaliser les actions remarquables en faveur de ses administrés. Il suffit d'avoir la bonne volonté, de l'imagination féconde pour concevoir d'abord des projets, ensuite chercher assidûment les moyens nécessaires pour faire quelque chose. Vraiment, vouloir c'est pouvoir. Ces exemples donnés concernant les fonctions de Commissaire de District ne sont plus d'intérêt, car cet échelon est supprimé dans la structure administrative de l'administration en province. - Suppression de l'échelon «district» ET CONSEQUENCE. EN PROVINCE. JUSTIFICATION

Justification de la suppression de District. C'est à la Conférence Nationale Souveraine de 1992 réunissant toutes les forces vives de la nation à Kinshasa, que l'idée de supprimer les Districts appelés en ce moment les « Sous Régions» a été lancée et sera retenue. En effet, adoptée en Novembre 1992 par la Conférence Nationale Souveraine, la Constitution de la République Fédérale du Congo prévoyait déjà, en son 25

article 2 de l'annexe constitutionnel, les dispositions suivantes: «L'érection en provinces des sous régions actuelles remplissant les conditions prévues aux articles 9 et 10 ne sera pas soumise à la procédure de révision prévue par les articles 201 et 202 de la présente Constitution ». L'esprit de la réforme constitutionnelle actuelle concernant l'organisation politique et administrative de la République Démocratique du Congo, c'est sûrement la confirmation de la position adoptée en 1992 par la Conférence Nationale Souveraine, à savoir: la suppression de l'échelon District dans la structure administrative territoriale. En effet, l'article 2 de la Constitution du 18 février 2006 dispose que: «la République Démocratique du Congo est composée de la Ville de Kinshasa et des 25 provinces dotées de la personnalité juridique ». L'énumération de ces 25 provinces concerne pratiquement tous les actuels districts qui deviendront provinces dans trois ans, excepté les districts situés dans la province du Bas- Congo qui seront quand même supprimés dans la province du Kongo Central. Celui de Plateau au Bandundu sera aussi supprimé, mais ses territoires seront probablement dans la prochaine province de Mai-Ndombe. En effet, la suppression des Districts interviendra en application du titre VIII ; dispositions transitoires et finales de la constitution de février 2006,

spécialement à son article 226 alinéa 1e qui stipule que:

«Les dispositions de l'alinéa premier de l'article 2 de la présente constitution entreront en vigueur endéans 36 mois qui suivront l'installation effective des institutions politiques prévues par la présente constitution ». (Il s'agit des 26 provinces). Conséquence de la suppression de District. Eu égard à ce qui précède, les missions révolues maintenant au Commissaire de District, reviendront au Gouverneur de Province qui traitera directement avec les Administrateurs de Territoire sans passer par l'intermédiaire du Commissaire de District qui n'existera plus. Parmi les missions dévolues au Commissaire de District, il y a lieu de noter notamment celles de l'itinérance mensuelle et de l'inspection annuelle des territoires. Cependant, il y a lieu d'espérer le retour éventuel de l'échelon district dans la structure administrative provinciale. En effet, l'article 196 alinéa 2 de la Constitution prévoit que: « Les subdivisions territoriales à l'intérieur des provinces sont fixées par une loi organique ». Donc, en application de cet article constitutionnel, il n'est pas exclu que certaines provinces, si pas toutes, envisageraient de rétablir le District dans leurs nouvelles subdivisions territoriales administratives à l'intérieur de leurs provinces respectives.

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2. AUTORITE ADMINISTRATIF DECENTRALISEE: MAIRE DE VILLE ET GOUVERNEUR DE PROVINCE. A titre de rappel, durant ma carrière politique et administrative, j'ai eu le privilège de diriger deux sortes d'entités territoriales décentralisées. Il s'agit de trois villes et d'une province. - La Ville de Mbandaka à l'Equateur, la Ville de Kikwit au Bandundu et la Ville de Kolwezi au Katanga. - La Ville province de Kinshasa et la Province du Shaba en tant que Vice Gouverneur, ainsi que la Province du Haut Zaïre, en tant que Gouverneur de Province. Des entités territoriales décentralisées sont caractérisées, chacune, par la possession d'une personnalité juridique distincte de celle de l'Etat et d'une autonomie de gestion administrative et financière. Cependant, les autorités administratives qui les dirigent portent deux casquettes. Elles représentent l'Etat ou le pouvoir central dans leur juridiction. Pour ce faire, elles sont chargées de veiller au bon fonctionnement de tous les services publics de l'Etat y oeuvrant. Dans ce cas, elles sont soumises à l'autorité hiérarchique du pouvoir central au même titre que d'autres autorités administratives déconcentrées. Elles représentent en même temps la Province ou le pouvoir local. Pour ce faire, elles sont chargées de veiller au bon fonctionnement de tous les services publics locaux. Dans ce cas, elles sont chargées d'appliquer les décisions et résolutions des assemblées locales composées des élus locaux qui délibèrent et décident sur les affaires d'intérêt local. Les autorités qui dirigent des entités administratives décentralisées sont soumises à un contrôle à priori ou à posteriori, suivant une procédure spéciale appelée: la tutelle administrative. La Loi portant organisation territoriale, politique et administrative de la République définit, en principe, l'organisation et le fonctionnement de la tutelle administrative. J'y reviendrai plus loin. Dans la théorie générale de la décentralisation, les dirigeants des entités territoriales décentralisées sont élus par les assemblées délibérantes correspondantes. Mais, dans notre pays, depuis la prise du pouvoir par un coup d'Etat militaire du Général Mobutu devenu Président de la république depuis le 24 novembre 1965, jusqu'à la Constitution de février 2006, ces dirigeants étaient toujours nommés par le pouvoir central, excepté les Bourgmestres avant 1977 et les Chefs des Collectivités Secteurs. Je vous dirai mon avis sur ce point relatif aux constats de l'évolution d'accès aux fonctions de Gouverneur de Province et ses conséquences. Le but principal de ce livre, dans cette partie, est de témoigner de la manière dont je résolvais les problèmes pratiques qui se posaient à moi, dans l'exercice de mes fonctions. C'est pourquoi, je vais décrire ci-dessous mes principales réalisations en faveur des administrés, en tant qu'autorité administrative décentralisée ayant des ressources financières propres. Il s'agit de la qualité de Maire de Ville et celle de Gouverneur de Province. 27

MAIRE DE VILLE: - DANS LA VILLE DE MBANDAKA:

1967 -1970.

Mbandaka est le Chef lieu de la province de l'Equateur. En ce temps- là, la Ville était composée de deux Communes, à savoir: Mbandaka et Wangata, plus une zone annexe qui englobait les localités rurales voisines aux deux Communes. Les Communes étaient dirigées par des bourgmestres d'abord élus, ensuite nommés. Par contre, la zone annexe était administrée par un Agent Territorial, fonctionnaire de carrière ayant au moins le grade de «Chef de Bureau ». Je rappelle ici que l'Ordonnance-Loi n° 68-025 du 20 janvier 1968 relative à l'organisation des villes autres que la ville de Kinshasa avait supprimé la décentralisation au niveau de commune, seule la ville le demeurait. En effet, les articles I eT,28, 76, et 80 de cette Ordonnance-Loi stipulaient que: Article I eT. Il Y a, dans chaque ville, autre que la ville de Kinshasa: I ° un Premier Bourgmestre (Maire) assisté d'un Premier Bourgmestre Adjoint au moins et de trois Premiers Bourgmestres Adjoints au plus; 2° un Bourgmestre et un Bourgmestre Adjoint par commune; 3° un Conseil de ville (suppression du conseil communal). Article 28. Le conseil de ville se compose: I. du Premier Bourgmestre « Maire» (nommé), 2. des Bourgmestres et des chefs des circonscriptions englobées dans la ville (nommés), 3. de deux représentants du parti (MPR), 4. de trois représentants des entreprises de capitaux désignés de commun accord par les associations et organismes déterminés par le Gouverneur de Province, 5. de trois représentants des classes moyennes désignés de commun accord par les associations et organismes déterminés par le Gouverneur de Province, 6. de trois représentants de l'emploi désignés de commun accord par les associations et organismes déterminés par le Gouverneur de Province, 7. de notables, à raison d'un notable par commune et par circonscription englobée dans la ville.

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La désignation des membres visés aux numéros 3, 4, 5, et 6 est constatée par l'arrêté du Gouverneur de Province. Les membres visés au numéro 7 sont nommés par le Gouverneur de Province. Article 76. Les villes sont subrogées dans tous les droits et obligations communes urbaines qui en font partie. Article 80. Les dispositions du décret du 13 octobre 1959 cessent d'être applicables aux villes.. .. (ce décret reconnaissait la décentralisation des villes et communes). A mon arrivée à la tête de la Ville de Mbandaka, le Maire était sans véhicule. Mon prédécesseur utilisait la voiture privée du Maire Adjoint pour ses déplacements, ou bien il s'arrangeait avec certains amis, puisque, en ce temps - là, il n' y avait pas des voitures taxis dans la ville. Cette situation était très inconfortable pour moi. Il fallait absolument trouver d'urgence une solution pour mes déplacements, afin de sauvegarder la dignité de l'autorité urbaine. La solution ne proviendrait que dans la recherche des voies et moyens pouvant aboutir à l'accroissement des recettes et à l'encadrement efficace des dépenses de la Ville. Accroissement des recettes de la Ville. des

Après avoir examiné toutes les sources des recettes de la ville, j'avais constaté que l'assiette fiscale principale était la taxe bière versée par le dépôt relais de la brasserie car, en ce temps là, il n'y avait pas de brasserie à Mbandaka. Il fallait donc, de toute urgence, surveiller cette source principale des recettes générées par la taxe bière de trois manières. 1. d'abord, m'organiser pour connaître les statistiques réelles de la quantité de bière reçue par le dépôt relais de la brasserie à Mbandaka, au lieu de me contenter de la déclaration faite par le dépositaire. 2. ensuite, comme il y avait d'autres quantités de bière que certains commerçants emmenaient directement de Kinshasa à Mbandaka par bateau ONATRA ou par d'autres embarquements privés, il fallait renforcer l'équipe de surveillance le long du fleuve, afin de connaître les quantités réelles de casiers de bière qui entraient dans la ville, en vue de soumettre au paiement de la taxe appropriée, tous les transporteurs ou les propriétaires privés des casiers de bière transportés par des embarcations privées et par ONA TRA. 3. en plus de la taxe bière, il fallait aussi recenser systématiquement tous les débits des boissons par catégorie, ensuite contrôler rigoureusement la 29

régularité de paiement correspondant à la licence idoine pour chaque catégorie de débit des boissons. Après quelques mois d'application de ces dispositions, le résultat positif était vite remarquable dans la caisse de la ville qui était bien renflouée. Malheureusement, je ne me rappelle plus la proportion exacte des rentrées. Néanmoins, avec cet accroissement des recettes, j'ai pu réaliser quelques exploits notamment l'achat des véhicules, l'entretien de la voirie et la propriété de la ville, ainsi que le paiement régulier du personnel. Achat des véhicules. En moins de six mois, le Maire de la ville avait acheté, à crédit auprès d'une agence automobile, une voiture officielle neuve, de marque Opel Capitan. Roulant en voiture officielle, je pouvais y arborer deux fanions officiels: l'un de l'emblème national et l'autre de celui de la ville. En effet, en ce temps- là, le Gouverneur, le Commissaire de District et le Maire de Ville étaient autorisés à circuler avec le fanion de l'emblème national placé devant, à droite de leur véhicule officiel. L'encadrement efficace des toutes les recettes et le contrôle des opérations comptables du receveur urbain étaient des mécanismes de bonne gestion très payants. A la fin de la première année, j'avais apuré le crédit de la voiture officielle. Avec la confiance acquise à cause des paiements mensuels réguliers, j'étais à mesure d'acheter, encore à crédit auprès de la même agence automobile, un camion neuf, de marque Toyota. Entretien de la voirie et la propreté de la ville. Le camion était utilisé surtout à l'enlèvement des immondices et le transport de la limonite servant à boucher les troues sur la voirie urbaine. Grâce à ce camion, la voirie urbaine était progressivement réhabilitée et la ville débarrassée des immondices devenait de plus en plus propre. Paiement régulier du personnel. Avec l'amélioration ou l'accroissement des recettes, le paiement des salaires du personnel urbain était devenu régulier. En effet, mes prédécesseurs se plaignaient de l'insuffisance des recettes dans la caisse de la ville. (En ce moment- là les Communes n'étaient pas décentralisées, seule la Ville l'était.). Le secret de cette réussite fondamentale est simple. Il s'agit de la conception et de l'application d'une bonne organisation et d'un bon fonctionnement des services administratifs, suivant les principes du management basés sur la division de travail et le contrôle interne du travail fait par chaque membre, en plaçant l'homme qu'il faut à la place qu'il faut. e' est la bonne gouvernance.

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- DANS

LA VILLE DE KIKWIT: 1975 -1978.

En ce temps- là, la province de Bandundu était composée de deux Villes. Celle de Bandundu, chef lieu de la province, et celle de Kikwit, ancien chef lieu du District du Kwilu, avant le coup d'Etat de Mobutu en novembre 1965. Cette Ville était composée de quatre Communes: Kazamba, Lukemi, Lukolela et Nzinda. La Ville de Kikwit est complètement enclavée dans le District du Kwilu et entourée des Territoires suivants: au Nord Gungu, au Sud Masi-Manimba, à l'Est Idiofa et à l'Ouest Bulungu. Dans cette ville mes principales réalisations avaient touché trois axes, à savoir: - lutter contre les accusations par lettres anonymes; - la culture du riz irrigué et - l'asphaltage partiel de la voirie urbaine. Première action: Lutter contre les accusations par lettres anonymes. Constat. La Ville de Kikwit était caractérisée par des accusations, vraies ou fausses, par des lettres anonymes adressées aux autorités provinciales et nationales contre les dirigeants de la ville. Stratégies. Pour lutter contre cette pratique habituelle des Kikwitois, j'avais instauré une réunion mensuelle, dans la salle de réunions du Conseil de Ville. Cette réunion regroupait, au tour de moi, tous les Notables appelés « Lemba » qui représentaient les différentes mutualités tribales des résidents de la ville. Au cours de ces réunions informelles, sans ordre du jour contraignant, j'étais disposé à discuter avec mes interlocuteurs sur tous les problèmes de la ville, sans questions tabous. Le nombre de participants n'était pas limité aux seuls invités car, chaque Notable pouvait bien se faire accompagner des personnes de son choix. A cette occasion, les Lembas étaient permis de dire tout ce qu'ils considéraient comme mauvais dans l'administration urbaine et, en conséquence, ils me proposaient des solutions qu'ils estimaient convenables. A mon tour, je répondais à toutes leurs préoccupations, en donnant des explications appropriées, ou des promesses formelles, pour étudier les problèmes soulevés, afin de remédier aux situations jugées insatisfaisantes. Librement, au tour d'un verre de vin de palme accompagné des noix de cola, nous trouvions un compromis, acceptable par tous, pour chaque problème envisagé. Les promesses faites durant ces réunions étaient examinées rapidement. 31

Il Y a lieu de signaler ici qu'avant chaque réunion mensuelle, je visitais individuellement les Lembas les plus influents et intransigeants, ainsi que les principaux chefs des confessions religieuses. Le but de ces visites, sur rendez-vous ou à l'improviste, était bien sûr de sonder leurs idées sur la situation générale de la ville. Au cours des conversations à bâtons rompus, je laissais plus parler mes interlocuteurs. Ensuite je m'efforçais de donner des explications plausibles à mes interlocuteurs sur les problèmes soulevés, afin de les convaincre sur la réalité ou la véracité de la situation controversée. Il va sans dire que ces entretiens préliminaires et exploratoires avec les faiseurs de l'opinion publique ciblés, me permettaient de connaître, à l'avance, les positions de mes interlocuteurs à la prochaine réunion. Cette connaissance préalable des principales préoccupations des administrés me permettait en même temps, d'amorcer malicieusement les solutions acceptables par la majorité de Lembas lors de la prochaine réunion mensuelle. Résultat. Le résultat positif de cette stratégie de dialogue informel avec les faiseurs de l'opinion publique était très remarquable. Les accusations, vraies ou fausses, par des lettres anonymes envoyées à Bandundu Ville ou à Kinshasa, avaient cessées. Le Gouverneur de Province et les autorités de Kinshasa qui étaient habitués à recevoir plusieurs lettres anonymes accusant l'autorité administrative urbaine de Kikwit, entendez le Maire de la ville, étaient étonnés, car ils ne comprenaient pas pourquoi ce changement inattendu des mentalités des habitants de Kikwit. Certains de mes chefs hiérarchiques me considéraient même comme un complice qui composait discrètement avec la population, dont une partie non négligeable était considérée comme des rebelles mulelistes et ce, pour combattre le régime du Président Mobutu. C'est à cause de cette complicité présumée que j'étais accepté si miraculeusement par la population bouillante et protestataire de Kikwit. Appréciation de la hiérarchie. C'est plus tard que j'étais informé des plusieurs missions secrètes envoyées à Kikwit, afin de chercher à découvrir les causes réelles de cette complicité étrange entre la population protestataire avérée et accusatrice habituelle de Kikwit d'une part et, d'autre part, son nouveau Maire qui n'était pas accusé par des lettres anonymes comme ses prédécesseurs. Lorsque ces enquêteurs discrets avaient découvert le secret de la complicité basée sur des relations harmonieuses et de compréhension mutuelle entre les administrés et leur Maire, certains m'avaient félicité pour avoir découvert le remède miracle pour diriger la Ville de Kikwit où il y a beaucoup de personnes lettrées.

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Justification de mon comportement à Kikwit. Mon comportement à Kikwit était justifié par le fait que, comparativement, la mentalité des habitants de Kikwit ressemble, à peu d'éléments près, à celle des habitants de Kasongo, mon Territoire d'origine au Maniema. Il s'agit d'une population très éveillée, protestataire habituelle, mais ouverte au dialogue sincère. Cependant, lorsqu'elle se sent brimée, étouffée par des injustices à caractère dictatorial, elle s'exprime par des révoltes ou par des accusations par des lettres anonymes avec à l'appui, des preuves parfois probantes. Donc, une des meilleures solutions pour apaiser cette population bouillante était, à mon avis, le dialogue franc avec les faiseurs de l'opinion publique et le respect de la parole donnée. Conseils pratiques. Voilà un exemple à suivre par les territoriaux en général et le Gouverneur de Province en particulier. Le dialogue n'est pas une faiblesse de l'autorité ni un fait de hasard. Il ne s'improvise pas, il faut le préparer notamment par : - la connaissance du milieu et des faiseurs de l'opinion publique; - le discernement préalable des principales préoccupations des administrés; -l'usage d'un langage inspirant la confiance entre les interlocuteurs; - les contacts directs et le respect des engagements pris à l'issue des débats contradictoires. En effet, avant d'entamer un dialogue avec les faiseurs de l'opinion publique, il est vivement recommandé de bien étudier et connaître les mentalités de vos administrés, afin de savoir comment adopter une stratégie idoine pour bien diriger la juridiction. Les administrés à fréquenter et à écouter plus sont notamment: - les vieux et les notables influents, - les Présidents des mutualités tribales ou socio- professionnelles; - les présidents des organisations et associations importantes; - les chefs des confessions religieuses et autres groupes de pression qui sont tous considérés généralement comme les faiseurs de l'opinion publique. Deuxième action: culture du riz irrigué. Constat. Après une visite à la mission agricole chinoise située au bord de la rivière Kwilu à la ville basse, j'étais surpris par la quantité et la qualité du riz produit par les Chinois le long de cette rivière. Alors, je m'étais demandé: pourquoi les jeunes désœuvrés de la ville ne produiraient pas du riz irrigué le long d'autres rivières et dans des vallées marécageuses de la ville? A la fin de la visite, au cours de l'entretien avec les Chinois, j'avais sollicité et obtenu de mes interlocuteurs la possibilité d'encadrer des jeunes 33

de la ville pour la production du riz irrigué dans d'autres sites, notamment le long des rivières Lukolela et Nzinda. En plus, les Chinois étaient disposés à fournir des outils agricoles et des semences appropriées aux jeunes volontaires, à titre de crédit agricole à récupérer progressivement après plusieurs récoltes. Les Chinois pouvaient aussi usiner le riz paddy produit par des jeunes, voire même acheter toute la production, au cas où les jeunes producteurs manqueraient des clients acheteurs de leur riz. Stratégies. Encouragé par les dispositions favorables des Chinois, j'avais discuté d'abord du problème avec le secrétaire sous-régional de la Jeunesse du Mouvement Populaire de la Révolution 'JMPR'; afin d'étudier la faisabilité de cette opération que je me proposais de déclencher avec la jeunesse désoeuvrée du Parti. A l'issue de cet entretien, nous nous étions convenus de convoquer une assemblée générale des comités des jeunes, en présence des Commissaires des Zones urbaines, entendez les bourgmestres de commune, afin de recruter le premier groupe de jeunes volontaires qui montreraient l'exemple aux autres qui suivraient ultérieurement. Aussitôt convenu avec le Secrétaire sous-régional de la JMPR, j'avais convoqué une assemblée générale des comités des jeunes, en présence des Commissaires des zones urbaines. J'avais commencé par leur faire le compte rendu de ma visite à la mission agricole chinoise, le constat de la qualité et de la quantité du riz irrigué y produit, mes entretiens avec les Chinois, les propositions concrètes de ces derniers pour encadrer et relancer la culture du riz irrigué par des jeunes, notamment le long de toutes les rivières de la ville. Après la restitution de ma visite à la mission agricole chinoise, j'avais exprimé aux jeunes mon désir ardent de constituer, dans les brefs délais, des équipes des jeunes volontaires, pour débuter l'opération expérimentale de la culture du riz irrigué le long des rivières Lukolela et Nzinda. J'avais tout de suite précisé que les champs et le riz produit appartiendraient aux jeunes en propriété privée. C'est pourquoi eux-mêmes s'engageraient à prendre, à titre de crédit agricole, des outils agricoles et des semences appropriées chez les Chinois. Les jeunes se conviendraient eux-mêmes avec les Chinois, sur les modalités de payer progressivement le prix convenu des outils agricoles et des semences, suivant l'évolution des productions de riz. Réaction des jeunes désœuvrés. A l'issue de la réunion, j'étais agréablement surpris d'entendre l'acceptation spontanée de plusieurs jeunes désœuvrés, disposés à commencer immédiatement le travail. Je ne me rappelle plus le nombre exact du premier groupe des jeunes pionniers.

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