Le (mal)traitement des nouveaux hérétiques
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Description

La France a toujours détesté les hérétiques et les marges religieuses. Il n'est donc pas étonnant que le combat contre les hérétiques religieux soit devenu une cause nationale subventionnée et institutionnalisée. Etendu aux formes alternatives ou marginales, les professeurs de yoga, les sophrologues ou les médecins alternatifs se voient considérés comme de dangereux gourous. Les auteurs nous invitent à une incursion dans la sphère de la discrimination religieuse en France avec un détour par le Japon et la Belgique.

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 01 mars 2013
Nombre de lectures 22
EAN13 9782336661438
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0005€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

Coordonné par
Régis Dericquebourg

Le(mal)traitement
des nouveauxhérétiques

La France et ses minorités religieuses








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La France et ses minorités religieuses


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La France et ses minorités religieuses





































































































































© L’Harmattan, 2013
5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris

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INTRODUCTION

Nous présentons les actes d’une journée d’étude qui s’est
déroulée le 7 octobre 2011 à la Maison de l’Espérance à Paris.
L’évènement était organisé par l’Observatoire européen des
religions et de la laïcité. Ce dernier s’était déjà associé au
colloque «Réveil du Religieux, éveil de la société» organisé par
Dominique Kounkou.

Globalement, ce livre fait suite auBilan de la liberté religieuse
coordonné par Dominique Kounkou (Paris, L’Harmattan,
2008). Il évoque le traitement social des groupes religieux
minoritaires. L’observatoire a commencé sa série de journées
d’étude en abordant une nouvelle fois le thème de la
discrimination des groupes religieux minoritaires, une des rares
discrimination qui soit tolérée et même encouragée par le biais du
subventionnement et de l’institutionnalisation de la chasse aux
hérétiques. Il était important de le faire car la controverse sur
les dites sectes est devenue un des thèmes majeurs de la
sociologie des groupes religieux minoritaires et des spiritualités
alternatives surtout en France où le traitement des nouveaux
hérétiques est devenu un sujet de terrain pour des chercheurs
étrangers. Elle a intéressé James Beckford (Cult controversies
Londres, New York, Tavistock, 1985) et très récemment Susan
Palmer qui a publié récemment:The New Heretics of France.
Minority religions, la République, and the
governmentSponsored «War on Sects». (New York, Oxford University
Press, 2011).

Toutefois, nous n’avons pas l’intention de poursuivre avec ce
thème. D’abord parce que la vocation de l’observatoire est de
livrer des études de sciences sociales et de sciences humaines
sur les religions et en particulier sur les groupes religieux
minoritaires car ces derniers ne sont pas au premier plan des études
sur les religions en Europe. Ensuite, parce que la composition
de l’auditoire de la journée d’étude n’a pas démontré un intérêt
particulier chez ces groupes religieux minoritaires dits
« sectes » pour la question de la liberté religieuse. Beaucoup de
groupes avaient reçu une invitation, peu y ont répondu. Ceux

7

qui y ont assisté sont presque toujours les mêmes. Ce sont ceux
qui pensent que la lutte pour être libre de pratiquer leur propre
religion passe par une revendication de la liberté totale de culte
et qui ne considèrent pas que «la secte c’est l’autre» et qu’il
vaut mieux négocier des arrangements particuliers avec les
agents de l’intolérance officiellement organisée.

On le sait, la France considère les nouveaux hérétiques comme
le plus grand des fléaux. Dans ce pays où des centaines de
milliers de gens vivent dans la rue, où des bidonvilles s’installent à
la périphérie des villes, où plus de cent mille enfants ne
mangent pas à leur faim, la lutte contre les hérétiques religieux est
devenue une cause nationale subventionnée. Les politiciens et
leurs alliés veulent éradiquer les croyances minoritaires. Sont
assimilés à ces derniers: les professeurs de yoga (soudain
devenus de dangereux gourous), les sophrologues et les médecins
alternatifs..

Le fait n’étonnera pas. La France a toujours détesté les
hérétiques et les marges religieuses. Elle fut le pays du massacre des
protestants et elle eut un gouvernement de collaboration qui
s’est appliqué à livrer des Juifs aux nazis avec un zèle qui
surprend. Il n’est donc pas étonnant que la France ait rejoint le
camp des pays qui luttent officiellement contre les sectes.

La lutte française contre les sectes s’est institutionnalisée sous
le mandat d’un président de la république qui avait fréquenté
l’extrême-droite dans sa jeunesse et qui avait conservé des
amitiés de ce bord politique pendant un mandat qui fut de type
« radical-socialiste ».A l’époque, la stigmatisation des
« sectes » est venue à point pour détourner l’attention du public
de certains scandales politiques, de la corruption et de quelques
échecs économiques. Cela a continué sous les autres
gouvernements successifs puisque c’est pratique.

Tous les ministères ont été conviés à lutter contre les hérétiques
religieux mais les instruments du combat ont été principalement
les associations d’opposants aux sectes. Celles-ci ont été
subventionnées par plusieurs niveaux de l’administration. Pour

8

coordonner le tout, une «mission de lutte contre les sectes»
rebaptisée plus tard: «mission de lutte contre les dérives
sectaires » a été fondée. La création d’une mission dédiée à la lutte
antisecte n’est pas neuve. L’Allemagne nazie et l’Union
soviétique en ont créées. Les journalistes de la presse opportuniste et
les animateurs de télévision furent conviés à amplifier les
arguments de la mission et des associations. Dans une société de
consommation, la lutte contre les hérétiques devint une
marchandise.

En dehors de cette situation, je voudrais ajouter une remarque
d’ordre global. La crise financière et économique qui secoue le
monde a permis de montrer un processus qui s’est accéléré
depuis une trentaine d’années: celui de la domination totale des
banques. Nous sommes peut-être entrés dans la troisième phase
du capitalisme que Marx évoquait c'est-à-dire le temps où les
banquiers dictent leurs lois aux États.

Les banquiers manipulent les politiciens professionnels pour
soumettre les peuples à leur loi. Les politiciens doivent éliminer
toutes les résistances à la loi du profit notamment les
contestataires et les marges qui ne se plient pas à la vision d’un homme
unidimensionnel qui serait un consommateur formaté baptisé
« bon citoyen ».

Il faut donc éliminer ceux qui considèrent que « vivre et penser
comme des porcs » selon l’expression de Gilles Chatelet (Vivre
et penser comme des porcs,Paris, Gallimard, 1999) n’est pas le
but ultime de l’existence comme il faut éliminer tous les modes
de vie dits «alternatifs ». En institutionnalisant la lutte » contre
les groupes religieux minoritaires et contre les choix alternatifs
de vie, la France (comme d’autres pays qui luttent contre les
sectes sans pour autant défendre le monopole d’une religion
officielle ou quasi-officielle) a poussé aux extrêmes la
rationalité de la gestion financière de la vie. Or, certains ne vivent pas la
religiosité minoritaire comme un « opium du peuple ». Elle est
le ferment d’une vie plus ascétique, elle dénonce le culte du
« veau d’or », elle entraîne un retrait de la consommation, voire
un retranchement du monde selon un mode de vie qui ne reflète

9

pas les idéaux de la consommation ostentatoire et de la
croissance infinie. Elle favorise la quête métaphysique en même
temps qu’elle détourne les hommes des orientations militaristes
et industrielles.

Le fait n’est pas neuf, il a été mis en évidence par le sociologue
Jean Séguy quand celui-ci enseignait la théorie de la
protestation socioreligieuse. Et avant, l’incompatibilité d’un certain
capitalisme avec la spiritualité a été relevée par Max Weber en
ces termes : « Le système capitaliste a besoin de ce dévouement
à la vocation (Beruf) de gagner de l’argent. Cette attitude à
l’égard des biens matériels est à ce point adaptée au système, si
intimement lié aux conditions de survie dans la lutte
économique pour l’existence, qu’il ne saurait plus être question,
aujourd’hui d’une relation nécessaire de cette façon de vivre avec
une quelconque Weltanschauung (idéologie) moniste. En fait,
ceux qui adoptent cette attitude n’ont plus besoin du soutien
d’aucune force religieuse, et ils ressentent les tentatives de la
religion pour influer sur la vie économique –dans la mesure où
ces tentatives sont encore sensibles –comme les entraves
analogues à la réglementation de l’économie par l’Etat. Ce sont
alors les intérêts commerciaux, sociaux et politiques qui tendent
à déterminer opinions et comportements. Quiconque n’adapte
pas sa conduite aux conditions du succès capitaliste va à sa
perte ou, à tout le moins, ne peut s’élever bien haut. Ces
phénomènes sont ceux d’une époque où le capital moderne ayant
remporté la victoire, s’est émancipé de ses anciens tuteurs.»
(Les tuteurs sont la religion et le capitalisme traditionnel). (Max
Weber, Ethique protestante et esprit du capitalisme,Paris, Plon,
p.73-74).

Lutter contre les alternatives religieuses portées par les classes
moyennes, c’est aussi s’attaquer à ces classes qui semblent être
devenues superflues et que les politiciens veulent réduire à un
salariat plus pauvre par l’abaissement des rémunérations
intermédiaires et par l’accroissement de la fiscalité qui les frappe.
Enfin, combattre les groupes religieux minoritaires permet
d’entraver la liberté de se réunir et de former des réseaux
so

10

ciaux en dehors des pistes idéologiques valorisées et
consensuelles.

Ce livre réunit les contributions de personnes qui se sont déjà
retrouvées au cours de journées d’études. Nous n’en n’avons
pas sollicitées d’autres afin de leur épargner la recherche d’un
prétexte pour refuser de se montrer avec nous. Nous
comprenons qu’il faut veiller à ses fréquentations quand on veut faire
une bonne carrière et recevoir des décorations honorifiques.

Nous remercions ces amis qui ont parlé. Nous éprouvons du
plaisir à réunir leurs publications. J’espère les réunir dans une
autre publication scientifique. Je remercie M. Gilbert Pasche de
s’être chargé de la mise en page du livre.

Régis Dericquebourg
25 juin 2012.

11

LES SECTES CATASTROPHISTES SONT-ELLES DANGEREUSES?
BUGARACH(AUDE)ET LA FIN DU MONDE EN
L’AN2012VERONIQUECAMPION-VINCENT

Le phénomène Bugarach, apparu en novembre 2010, est né de
la rencontre entre divers courants de l’ésotérisme contemporain.
On en propose ici une présentation succincte, tirée d’un article
de presse :

Depuis qu’une « prophétie » fait un lien entre leur village et la
fin du monde, les habitants de Bugarach subissent une
déferlante de curieux. Ce village de l’Aude, qui compte 200
habitants, et surtout le Pic qui le surplombe seraient, selon une
histoire qui circule, un des seuls endroits sur terre qui
échapperaient à l’apocalypse prédite par le calendrier maya pour le
solstice d’hiver de 2012.

Le phénomène a commencé en novembre 2010. Le maire de la
commune est alerté par un ami de voyages organisés par des
agences américaines pour se rendre à Bugarach le 21 décembre
2012, et en informe le conseil municipal.
Un journaliste du quotidien local,L’Indépendant, fait une pleine
page le lendemain sur le sujet. Depuis, tous les médias défilent
1
dans ce petit village.

2
Dès le début 2011, Bugarach est célèbre . Après une baisse en
3 4
mars 2011, les références ont augmenté en décembre.

J’ai publié une analyse détaillée du phénomène Bugarach de
5
décembre 2010 à mai 2011.

1
« Bugarach, l’apocalypse attire les curieux »La Croix2011.06.15.
2
125 000 références sur Google.com à l’interrogation « BUGARACH2012 » le
18 février 2011.
3
46 600 et 70 100 références sur Google.com et Google.fr. le 11 mars 2011.
4
247 000 références sur Google.com et Google.fr. le 3 décembre 2011.
5
Voir Véronique Campion-Vincent « Bugarach (Aude) et la fin du monde en
l’an 2012»Archives suisses des traditions populaires/ Schweizerisches
Archiv fürVolskunde,107, 2011.

13

Fin du monde en 2012 ?

Les croyances en une fin du monde – ou plutôt en un
changement radical du «monde tel que nous le connaissons», soit
6
selon l’acronyme anglaisTEOTWAWKI, le 21 décembre 2012 –
sont liées à un courant ésotérique centré sur les peuples
premiers et les civilisations disparues considérés comme
dépositaires du sacré perdu par les civilisations de l’Occident.
Cellesci seraient vouées à une disparition prochaine de par leur
matérialisme et leur acceptation de la dictature de la Science.

Les spéculations de ce courant se basent sur la coïncidence de la
7
date avec celle de la fin d’un cycle calendaire Maya.

L’astronome E.C. Krupp présente rapidement ces cycles :

Les temps mayas démarraient à une date initiale significative
sur les plans religieux et cosmiques : la date de création de l’ère
actuelle. Une date de Compte Long énumère les jours à partir de
ce point de départ mythique. Selon la plupart des experts,
ce point de départ correspond au 11 août 3114 avant l’ère
chrétienne.

La plupart des durées calendaires mayas sont des multiples de
20. Une durée de 7 200 jours (360 × 20) était dénomméekatun.
Il faut 20 katuns pour faire unbaktun000× 7200 = 144 (20
jours). Quoique certaines inscriptions anciennes fassent du
ème
13 baktunune date importante de redémarrage, d’autres
impliquent que le calendrier poursuit simplement sa course. Par
8
exemple il faut 20 baktuns pour faire unpictun .


6
TheEndOfTheWorldAsWeKnowIt. L’interrogation «TEOTWAWKI» sur
Google.com donne 122 000 refs (le 18 février 2011), 127 000 refs (le 15 mars
2011) et 558 000 refs le 3 décembre 2011.
7
L’interrogation «TEOTWAWKI2012MAYA* » donne 82 100 références (le 15
mars 2011) ; 248 000 refs le 3 décembre 2011.
8
E.C.Krupp «The Great 2012 Scare»Sky and Telescope2009 November
http://www.skyandtelescope.com/about/pressreleases/64679127.html
Accessible également sur le site de la NASA

14

En 1975, Frank Waters dans un ouvrage célèbre aux USA
Mexico MystiqueIl dénomma les’intéressa au 13° Baktun «
ème
13 baktunun «Grand Cycle Maya» surestima sa durée à
5 200 ans (5 125 ans en fait) et établit une correspondance entre
5 cycles et 5 ères, chacune se terminant par la destruction et la
renaissance du monde. Il n’y a aucune tradition maya
authen9
tique derrière tout ceci» . Ainsi s’explique le sous-titre
flamboyant deMexico Mystique:The Coming Sixth World of
Consciousness[Le sixième monde à venir de la conscience].

Paru en 1975 également le livre de Dennis et Terence McKenna
The Invisible Landscape : Mind, Hallucinogens, and the I
ème
10
Chingbaktun, en en donnant la date exacte:parlait du 13
21 décembre 2012, et en la considérant comme « une chance de
11
transformation ». Terence McKenna (1946-2000) était un
célèbre prophète des drogues psychédéliques et de la
contreculture.

En 1987 un autre prophète et visionnaire a repris et lancé cette
idée de la fin d’une ère/fin d’un monde le 21 décembre 2012 : le
12
Mexicain-Américain José Argüelles. DansThe Mayan Factor
il développait son annonce d’un bouleversement total de
l’univers le 21 décembre 2012. Il s’agissait d’un processus
évolutif dont le premier stade était fixé au 16-17 août 1987.

Selon Argüelles les Mayas étaient des envoyés d’une
civilisation galactique, «navigateurs ou cartographes des eaux de la
synchronisation galactique, » successeurs des Égyptiens dans ce
rôle :« Troismille ans plus tôt c’étaient les Égyptiens qui
avaient ancré et dirigé le trajet de la terre, par la grande
pyra13
mide, dans l’océan de la vie galactique ».


9
E.C. Krupp, November 2009
10
New York, Seabury Press, 1975.
11
E.C. Krupp, November 2009
12
JoséArgüellesThe Mayan Factor, Path Beyond Technology. Rochester
VT, Bear & Company, 1996 (ed.orig.1987).
13
Argüelles 1996/1987, p. 37.

15