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Le pari de la participation

De
152 pages
L'appel à la participation des habitants, des citoyens, ou des usagers a envahi l'espace public, alors que dans le même temps les pratiques de participation elles-mêmes paraissent promises à l'impasse et au désintérêt. Fondé sur l'analyse de cas concrets, cet ouvrage étudie les raisons de ce paradoxe et dresse les contours des transformations actuelles de nos façons de "faire société" qui en sont à l'origine.
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Le pari de la participation

Questions Contemporaines Collection dirigée par J.P. Chagnollaud, B.PéquignotetD.Rolland
Chômage, exclusion, globalisation... Jamais les « questions contemporaines» n'ont été aussi nombreuses et aussi complexes à appréhender. Le pari de la collection « Questions contemporaines» est d'offrir un espace de réflexion et de débat à tous ceux, chercheurs, militants ou praticiens, qui osent penser autrement, exprimer des idées neuves et ouvrir de nouvelles pistes à la réflexion collective.

Dernières parutions Stéphane ENCEL, Histoire et religions: l'impossible dialogue ?, 2006. Patrick GREPINET, La crise du logement, 2006. Jacques RAYMOND, Comprendre les crises alimentaires, 2006. Raymond MICOULAUT, Tchernobyl, 2006. Daniel ARNAUD, La Corse et l'idée républicaine, 2006. Jacques DUPÂQUIER, Yves-Marie LANLAU, Immigration / Intégration. Un essai d'évaluation des coûts économiques et financiers,2006. Olivier ESTEVES, Une histoire populaire du boycott, tome 1 1880-1960 L'armée du nombre, 2006. Olivier ESTEVES, Une histoire populaire du boycott, tome 2 1989-2005 La mondialisation malheureuse, 2006. Cyril LE TALLEC, Les sectes politiques. 1965-1995, 2006. Allaoui ASKANDARI, L'évolution du marché foncier à Mayotte, 2006. Samuel PELRAS, La démocratie libérale en procès, 2006. Gérard KEBADJIAN, Europe et globalisation, 2006. Alice LANDAU, La globalisation et les pays en développement: marginalisation et espoir, 2006. Vincenzo SUS CA, A l'ombre de Berlusconi. Les médias, l'imaginaire et les catastrophes de la modernité, 2006. Francis PAVÉ (sous la direction de), La modernisation silencieuse des services publics, 2006.

Jean-Luc Charlot

Le pari de la participation
Approximation d'une activité politique

L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique; FRANCE
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www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.IT harmattanl@wanadoo.fr
2006 ISBN: 2-296-00674-4 EAN:9782296006744 @ L'Harmattan,

A Bernard Erne

Avant-propos

« La participation, ce n'est décidément pas de la tarte...». Cette formule, finalement quelque peu rafraîchissante dans le contexte où elle fut prononcée, résume une partie de la problématique, ainsi que l'amorce de ce livre. Elle me fut confiée par un maire adjoint en charge de la question de Citoyenneté, alors que nous sortions ensemble d'une réunion publique consacrée à la présentation de la démarche proposée par la municipalité dont il était un des élus. Une proposition qui devait permettre de constituer, et il l'espérait alors, faire vivre des Conseils consultatifs de quartier dans cette ville moyenne, située quelque part dans l'Ouest de la France, mais en bord de mer, assurément. Pas de la tarte? Et pourtant, le maire venait, avec un talent certain et une conviction communicative, d'affirmer sa volonté de «faire vivre une véritable démocratie participative et d'élargir ainsi, sur le territoire communal, le périmètre et le champ de la démocratie ». Profitant du mouvement initié par la loi du 27 février 2002, relative à la démocratie de proximité, qui fait obligation aux communes de plus de quatre-vingt mille habitants de mettre en place des Conseils de quartier, cette commune quoique n'atteignant pas ce seuil démographique d'obligation, avait décidé de tenter« d'impliquer les habitants dans l'évolution de leur quartier pour qu'ils s'approprient leur territoire, afin d'en faire les acteurs d'une gestion collective des problèmes, ceci afin de reconstruire la confiance entre élus, techniciens et
habitants» 1

.

1 « Morceaux choisis» de la délibération municipale relative au développement de la démocratie participative et la mise en place de Conseils de quartiers. 7

Pas de la tarte? Et pourtant, une démarche originale venait d'être proposée afin d'accompagner et de concrétiser cette intention. Fondée sur une mise en place progressive de ces Conseils, elle s'incarnait dans la proposition finalement audacieuse, que le Conseil Municipal élabore ces Conseils de quartier avec les habitants eux-mêmes. Des Conseils provisoires, constitués d'élus et d'habitants volontaires seraient institués afin de travailler à l'élaboration d'une Charte de fonctionnement des futurs Conseils de quartier. Il était ainsi proposé de mettre en discussion les objectifs de ces futurs conseils, leur rôle et attributions (ainsi que ceux de leurs membres), leur composition, leur organisation (animation, suivi et coordination) et de l'éventuelle mise en place d'un règlement intérieur. Une confrontation et une synthèse finale des travaux respectifs de ces Conseils provisoires devant conduire à l'élaboration de la Charte de fonctionnement unique, soumise à l'approbation du Conseil Municipal, prévue une année plus tard. Pas de la tarte? Et pourtant, la municipalité avait décidé de financer la mise à disposition d'appuis et de ressources méthodologiques au travail de ces Conseils provisoires, concrétisée par l'intervention de trois associations, qui, chacune en utilisant des supports divers (vidéo, théâtre-forum, animation de débats), développaient des méthodes éprouvées, facilitant l'expression et la confrontation de points de vue. La volonté municipale, communiquée ce matin-là, s'avérait donc complète et cohérente: une intention politique volontariste se concrétisant par une démarche participative afin de définir ces futures instances dédiées à la participation, accompagnée de moyens mis à la disposition de cette ambition! Pourquoi suis-je sorti de cette réunion publique, convaincu que les résultats obtenus, six mois plus tard, ne seraient pas à la hauteur des ambitions affichées, et cette 8

fois-ci pourtant, accompagnée de moyens conséquents pour les réaliser? Pas à cause des échanges, inévitables lors de la phase de démarrage d'un tel processus, qui émaillèrent son déroulement et qui relevaient (à juste titre) la quasi absence de jeunes et de personnes d'origine étrangère (selon la formule consacrée). Ou qui rappelaient une série d'anciennes occasions de concertation concernant l'aménagement urbain, pour lesquelles l'invitation à la prise en compte de l'avis des habitants, n'avait pas paru évidente en définitive... Pas à cause non plus d'autres (également inévitables) prises de position où affleuraient trop évidemment des considérations liées aux rapports de la majorité et des oppositions municipales, laissant sousentendre l'intention démagogique et manipulatoire de ce projet. Pas à cause, enfin, d'un doute sur le travail et l'énergie qui seraient investis par ceux des habitants qui participeraient à cette première étape. Sans doute aucun, et j'en étais certain, ces habitants se réuniraient, échangeraient, discuteraient, s'engueuleraient même parfois et élaboreraient en définitive des principes de fonctionnement pour leurs futurs Conseils de quartier, dont ils seraient, à n'en pas douter les premiers membres, pour la plupart. L'invitation à la participation, conçue à une échelle communale trouve toujours son «public », tant cette aspiration à participer et à s'impliquer, quoique inspirée de motivations certes diverses, est manifeste en France et n'attend qu'une occasion pour s'épanouir. Non. Les raisons du pessimisme qui caractérisait mon état d'âme à ce moment-là, avaient une toute autre origine. Apparu particulièrement lors du glissement de position qui s'était opéré, presque de façon pernicieuse, dans la deuxième partie de la réunion que le maire avait du quitter pour causes d'autres obligations à honorer. Et précisément quand le maire-adjoint, qui le remplaçait dans la conduite de celle-ci, admit qu'il ne fallait pas que la méthode 9

proposée vous apparaisse comme quelque chose qui vous encadre, qui fixe la réflexion, car au fond, il n y a pas de principe arrêté... Ouvrant ainsi la voie à une discussion sans fin sur la méthode, et à une redéfinition des règles du jeu! Un objet nécessairement flou et sujet à de légitimes controverses (à quoi peu bien servir une instance de démocratie participative ?), se trouvait ainsi contaminé par le flou soudain du chemin proposé afin de préciser cet objet. La confusion, un instant suspendue, pouvait de nouveau occuper toute la place de la discussion, puisque l'on ne savait même plus comment on allait faire pour débattre, argumenter et construire un point de vue collectif. Ce genre d'occasion perdue, de rendez-vous raté avant que d'être pris, et tant de fois constatés et observés au cours de maintes pérégrinations que j'ai eues à effectuer à des fonctions et à des titres divers, au chevet de tentatives multiples visant à associer des habitants, des usagers de services ou des adhérents d'associations à l'élaboration collective de projets ou de décisions, me placent aujourd'hui dans une obligation d'écrire. Ecrire afin de proposer un contrepoint à un certain dénigrement constant de la participation, dont elle fait l'objet de la part d'une partie des élites politiques, administratives, du monde de l'entreprise ou bien encore universitaires. J'emploie ici le terme «d'élite », en connaissant combien son usage est délicat dans les régimes démocratiques, et combien le dénigrement de ces élites est également devenu une pratique courante, autant que de peu de pertinence, pour l'analyse de ce que l'on désigne improprement par le malaise ou la panne de la démocratie représentative. Je veux, usant de ce terme d'élite, simplement spécifier la position supérieure qu'elle révèle de la part de ceux qui argumentent cette critique de la participation, par la mise en cause insidieuse de la capacité de tous et de chacun à concevoir l'élaboration de 10

solutions aux problèmes les concernant. Laissant sourdre leur certitude qu'au fond, les« gouvernés» ne seraient aptes qu'à désigner les gouvernants. Ecrire pour proposer également un contrepoint aux militants d'une participation conçue comme l'unique registre véritablement démocratique, et comme l'étape ultime vers l'avènement d'un autre monde possible. Et qui, portés le plus souvent par l'enthousiasme d'un altermondialisme rédempteur, chevillé lui-même aux résultats supposés de pratiques brésiliennes dont l'analyse apparaît le plus souvent peu contextualisée, évite le plus souvent de penser, par exemple, la question de l'articulation entre la participation et la démocratie représentati ve. Ecrire aussi, afin d'éviter la lassitude, cet avant poste toujours possible au cynisme ou à l'aquabonisme2, qui me guette comme chacun, au détour d'un constat de trop de la « baisse du pouvoir d'achat »3 de la démocratie participative. Ecrire enfin, pour penser G'allais dire enfin!) la question de l'invention de nouvelles façons d'être et surtout d'agir ensemble, dont j'affirme que sa résolution est une nécessité dans la société française de la seconde modernité. Ecrire un livre donc, en sachant qu'il s'apparente plutôt à un carnet de notes d'un premier repérage aux fins de penser une question, qui n'est, il est vrai, décidément pas de la tarte... Et puis une dernière raison, s'il en fallait une, s'est imposée à moi lors de la rédaction de cet opuscule. Une cause venant contrarier l'éventuelle paresse qui pouvait
Mais oui, c'est vrai, « à quoi» bon tout cela? 3 Ceci étant posé comme un clin d' œil au constat de la «baisse du pouvoir d'achat» de la démocratie représentative, analysée par Zaki Laïdi, La gauche à venir. Politique et mondialisation, Paris, L'Aube, 2001.
2

Il

m'advenir. Une nouvelle, venue d'un autre pays, la Russie, oùj'ai contribué comme expert dans le cadre d'un projet européen Tacis, à conforter la démocratie locale dans une ville non loin de Saint Pétersbourg, ceci en y favorisant la participation des habitants. Cette nouvelle la voici: le maire de cette ville, dont j'avais, avec d'autres participants français à ce projet, épaulé des projets de développement de la vie associative, de mise en œuvre de conseils de quartier et de coopératives de propriétaires venant d'accéder à leur logement dans le cadre d'une grande réforme de l'habitat, faisait soudain l'objet de poursuites judiciaires, impliquant sa destitution immédiate et, quelles que soient les conclusions du procès à venir, la fin de sa carrière politique. Le prétexte à ces poursuites n'est pas avéré. Ces poursuites constituent une manœuvre, sur fond d'intérêt politico-économique, qui vise l'empêchement de la réélection d'un maire tentant une voie incertaine dans l'édification de processus de démocratisation locale, dans un pays où la sortie d'un régime communiste confrontée à l'envahissement de l'économie de marché, rend la transition pour le moins improbable4. La suite des évènements le prouvant, puisqu'il lui sera proposé un accord suggérant d'abandonner ses ambitions électorales contre le renoncement des autorités judiciaires à le poursuivre. Ce qu'il accepta. J'ai partagé avec ce maire et certains de ses collaborateurs, de nombreuses discussions consacrées à la question démocratique, qu'il qualifia, lors d'un dernier toast proposé lors de la journée consacrée au bilan de ce programme, d'aussi vives que tardives. Les soirées prolongées, comme les militants de toute obédience le savent bien, étant le moment le plus favorable à ce genre de discussions. Chacun de nous, de notre place, partagions
4

Jean-Luc Charlot, «Back from Pétersbourg », La Revue des Deux 12

Mondes, septembre 2005.

la même certitude concernant cette nécessité d'inventer de nouvelles façons d'être et d'agir ensemble, en France, aussi bien qu'en Russie. Ce livre alors, se devait d'être écrit, au moins pour celui-là, Alexandre Lissine, qui, làbas, en fut empêché. Et ce, en y pensant à chaque ligne...

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Introduction
« Dans son sens fort, penser ne veut pas dire avoir des opinions sur une situation, réfléchir à quelque chose depuis l'extérieur: la pensée en tant qu'acte, implique le développement de dimensions nouvelles de la situation, et modifie la situation même en introduisant en son sein de nouvelles potentialités. » M. Benasayag, Lafragilité, Paris, La Découverte, 2004. « Le monde a-t-il jamais été transformé autrement que par la pensée et son support magique le mot? » J-B. Pontalis, Perdre de vue, Paris, Folio Essais, 1988.