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Les Libéraux dans l'Union Européenne

De
410 pages
Depuis le XIXème siècle, les partis libéraux ont contribué de manière décisive au développement de régimes démocratiques et constitutionnels en Europe. Au gré des vicissitudes du continent, des affres de deux guerres mondiales, des ravages causés par les idéologies totalitaires, les partis libéraux ont tenu le cap, celui de rester fidèles à leurs valeurs en les mettant au service d'un idéal intangible : la liberté. Ce tome analyse la situation des partis libéraux aux Pays-Bas, en Belgique, au Grand-Duché de Luxembourg, au Danemark, en Suède, en Finlande, en Autriche et en Irlande.
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penser
le tempsLes L ibéraux présent
ans L’nion euroéenne
Richesse et diversité des partis libéraux dans 15 États membres
Tome 2 Thierry Coosemans
eDepuis le courant du XIX siècle, les partis libéraux ont, à des stades divers, contribué de
manière décisive au développement et à l’enracinement de régimes démocratiques et
constitutionnels en Europe. Ils luttèrent en première ligne pour une « constitutionnalisation »
des régimes politiques européens qui mette fn à l’absolutisme royal, encadrant de jeunes
monarchies constitutionnelles ou guidant des régimes républicains. Les Libéraux
Au gré des vicissitudes du continent, des afres de deux guerres mondiales, des ravages
causés par les idéologies totalitaires et inhumaines que furent le nazisme, le fascisme, le ans L’nion euroenne
communisme, la division du continent européen durant la guerre froide, les partis libéraux Tome 2
ont tenu le cap, celui de rester fdèles à leurs valeurs en les mettant au service d’un idéal
intangible : la liberté. Au lendemain de la seconde guerre mondiale, tous s’engagèrent dans Richesse et diversité des partis libéraux
la voie de l’ambitieux projet de construction d’une Union européenne.
dans 15 États membres
Riche de son histoire, le libéralisme et les partis politiques s’en réclamant n’ont cessé de
s’adapter, de se transformer pour rencontrer les préoccupations de leur époque.
Le présent ouvrage nous invite à découvrir la richesse et la diversité des partis libéraux dans Tome 2
15 États membres de l’Union européenne.
Ce tome 2 est consacré aux Pays-Bas, à la Belgique, au Grand-Duché de Luxembourg, au
Danemark, à la Suède, à la Finlande, à l’Autriche et à l’Irlande. Le tome 1 analyse, lui, la Pays-Bas
situation en Grande-Bretagne, en Allemagne, en Italie, en France, en Espagne, au Portugal
Belgiqueet en Grèce.
Grand-Duché de Luxembourg
Docteur en sciences politiques et sociales de l’Université libre de Bruxelles,
DanemarkThierry Coosemans a efectué l’essentiel de sa carrière professionnelle au sein du
monde libéral belge et européen. Il fut conseiller de plusieurs présidents successifs du
SuèdeMouvement réformateur (ex-Parti réformateur libéral), de présidents d’assemblée, de
ministres et de députés. Il collabora au Centre d’études Jean Gol. De 2007 à 2012, il
fut membre du conseil d’administration et trésorier du Forum libéral européen, qui Finlande
regroupe une trentaine de think tanks libéraux en Europe. Membre de l’Association
belge de science politique, collaborateur scientifque au Centre d’étude de la vie politique (CEVIPOL) de Irlande
l’Université libre de Bruxelles, il est l’auteur de nombreuses publications scientifques.
Autriche
Cette collection a pour ambition de proposer au lecteur un ensemble de travaux penser
- études et essais - portant sur les thèmes d’actualité ou aptes à éclairer les grands le temps
événements du temps présent.présent
Illustration de couverture : © Monkey Business - Thinkstock
ISBN : 978-2-336-31187-6
37 €
updppéuddu
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Les L ibéraux
Thierry Coosemans
ans L’nion euroéenne












Les libéraux dans l’Union européenne

Richesse et diversité des partis libéraux dans 15 États membres




Collection « Penser le temps présent »


Cette collection a pour ambition de proposer au lecteur un ensemble de
travaux – études et essais – portant sur les thèmes d’actualité ou aptes à
éclairer les grands événements du temps présent.

Déjà parus

EPPREH-BUTET (Raphaël), BEN BARKA (Mokhtar), Le président Barack
Obama à l’épreuve du pouvoir, Bilan de son premier mandat et perspectives
d’avenir, 2015.
BENBIH (Rachid), Migrants d’Afrique de l’Ouest au Maroc, 2015.
BENZENINE (Belkacem), Penser la laïcité dans les pays arabes. De la
Renaissance arabe à nos jours, 2014.
CONTI (Bartolomeo), L’islam en Italie. Les leaders musulmans entre
intégration et séparation, 2014.
GABRIEL-OYHAMBURU (Kattalin), Du nationalisme au terrorisme
basque, 2014.
COSSE (Jean-Pierre), Alain Juppé et le Rwanda, 2014.
DA COSTA (Pascal), États-Unis, Europe, Chine. Des États au cœur des
crises financières et économiques mondiales, 2013.
NASRAOUI (Mustapha), Le migrant clandestin, Le paradoxe de l’être et de
la société, 2013.




Thierry Coosemans












Les libéraux dans l’Union européenne

Richesse et diversité des partis libéraux dans 15 États membres


Tome 2

Pays-Bas – Belgique – Grand-Duché de Luxembourg –
Danemark – Suède – Finlande – Irlande – Autriche














































































































Du même auteur

Radioscopie des urnes congolaises.
Une étude originale des élections en RDC,
L’Harmattan, 2008.

































© L’Harmattan, 2016
5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris

http://www.harmattan.fr
diffusion.harmattan@wanadoo.fr

ISBN : 978-2-336-31187-6
EAN : 9782336311876
VIII.
Les Pays-Bas – Le double héritage
du libéralisme conservateur (VVD)
et du social-libéralisme (D66)

La création du Royaume des Pays-Bas moderne et le rôle des
libéraux dans ce processus
La place de la Hollande dans le concert des nations, au gré des
soubresauts du continent européen
À la fin du XVIIIe siècle, les Pays-Bas subissent les conséquences de la
Révolution française. En 1795, les troupes françaises soutiennent la création
d’une République batave, qui devient, en 1806, le Royaume de Hollande.
Après l’avoir offerte à son frère Louis, Napoléon Ier l’intègre à l’Empire
français en 1810. Lors du congrès de Vienne (1815), les puissances alliées
victorieuses de Napoléon portent Guillaume Ier (fils du Stathouder
Guillaume V et Prince d’Orange, revenu de son exil en Angleterre) à la tête
d’un nouvel État « tampon » groupant les provinces hollandaises (les
anciennes Provinces unies) et les provinces belges (les neuf départements
réunis de l’époque française, étendant principalement leur juridiction sur les
territoires des anciens Pays-Bas autrichiens et de la Principauté épiscopale
liégeoise d’ancien régime).

Mais en 1830, les Belges se révoltent et proclament leur indépendance.
Après un conflit armé en 1831, suivi de huit ans d’escarmouches, les
royaumes de Hollande et de Belgique ratifient leur séparation, en 1839, à
Londres.

L’empreinte de Johan Rudolf Thorbeke (1798-1872)

Succédant à son père en 1840, le nouveau Roi Guillaume II prend la
mesure des révolutions qui éclatent un peu partout en Europe en 1848, et il
invite les libéraux, qui ne constituent pas encore un parti organisé en tant que
tel, à initier diverses réformes constitutionnelles. Il est dès lors d’usage de
considérer que le libéralisme néerlandais trouve ses racines, au milieu du
XIXème siècle, dans la lutte pour une démocratisation du régime contre les
1conservateurs, partisans du pouvoir royal. À la tête de neuf députés

1 BORELLA François, Les partis politiques dans l’Europe des Neuf, Collection
PointPolitique, n° Po 95, Editions du Seuil, Paris, 1979, p. 191.
5
« libéraux » qui exigent du Roi une constitution plus démocratique que celle
de 1813 et qui introduise une responsabilité plus limitée du souverain. Johan
2Rudolph Thorbecke s’impose comme le leader du parti libéral. Au cours de
ses trois mandats de Premier ministre, Thorbecke limite le pouvoir
monarchique, proclame la liberté de presse, de réunion et de religion,
introduit la responsabilité ministérielle devant les « États Généraux », élargit
3le droit de vote et enfin, développe une politique de libre-échange qui
4contribue à améliorer la situation commerciale des Pays-Bas. La hiérarchie
des normes de l’État est d’ailleurs passée à la postérité sous le nom de « Huis
van Thorbecke ».

La création du premier parti libéral : Union Libérale (Liberale Unie) en
1885

À cause de l'agressivité des forces calvinistes, mais aussi catholiques,
vis5à-vis de la société séculière, il faut attendre 1885 pour que les associations
électorales libérales constituent une Union Libérale (ou Liberale Unie). Si
l’on se réfère à la définition de Maurice Duverger, il s’agit en fait d’un parti
de cadres, qui présente une cohésion assez lâche et dont les structures sont
faibles. En termes de clivages, les libéraux rencontraient un écho favorable
auprès des citadins et des marchands, alors que le courant conservateur
bénéficiait, pour sa part, de l'appui des populations rurales et des
6aristocrates.

Au tournant du XXème siècle : les scissions et fusions au sein du
mouvement libéral entre « progressistes » et « conservateurs »

Toutefois, si cette bourgeoisie se considérait comme l’élite intellectuelle
de la nation, le mouvement libéral se divise entre une tendance dite
« progressiste » et une tendance dite « conservatrice », essentiellement sur la
question de l'extension du droit de vote. Au niveau partisan, l'aile gauche ou
progressiste du mouvement libéral crée en 1881, le
VrijzinnigDemocratische Bond (VDB) ou Parti Radical Progressiste, tandis qu'en
1894, la tendance conservatrice fonde le Bond van Vrij-Liberalen (BVL) ou
Union des Libéraux Indépendants. En 1901, le centre se rapproche des

2 D’autres personnalités libérales jouèrent un rôle en vue, comme Van Houten, Fransen van de
Putte, Kappeyne van de Coppello ou Tak van Poortvliet
3 Les réformes de 1887 et de 1896 doublèrent la taille du corps électoral
4 BORELLA François, op. cit., p. 191.
5 La « question scolaire » contribua à diviser conservateurs (défenseurs des écoles
confessionnelles) et libéraux, à la recherche d’un financement pour les écoles publiques
laïques qu’ils appelaient de leurs vœux. Les catholiques cherchèrent un soutien auprès des
classes populaires, et se rapprochèrent du parti contre-révolutionnaire des protestants
6 BORELLA François, op. cit., p. 191.
6
radicaux progressistes et crée l'Union Démocratique Libérale. Conséquence
directe de l'introduction du suffrage général et de la représentation
proportionnelle en 1917 : les éléments restants de l'Union Libérale
(conservateurs modérés) et l'Union des Libéraux Indépendants
(conservateurs) fondent en 1921 le Liberale Staatspartij-De Vrijheidsbond
(ou Parti libéral national), héritier de la Liberale Unie, ultérieurement
7rebaptisé Partij van de Vrijheid (PvdV), Parti de la liberté.

Le lourd déclin des partis libéraux à la veille de la Seconde Guerre
mondiale (1922-1939)

Divisés, pâtissant de l'extension du suffrage à la classe ouvrière dont
tirèrent profit les partis socialistes et religieux, les libéraux déclinent au
cours de l'entre-deux-guerres. Ils ne doivent qu‘à l’introduction de la
représentation proportionnelle de ne pas être complètement rayés de la carte
électorale. Ainsi, l'électorat du Liberale Staatspartij oscille entre seulement
3,9% des voix en 1939 et 9,3% en 1922, tandis que celui du
Vrijzinnig8Democratische Bond varie de 4,2% en 1922 et 6,2% en 1929.

L’après-Seconde Guerre mondiale, l’unification des libéraux au sein
du Volkspartij voor Vrijheid en Democratie (VVD) (1948)

À l’issue de la Seconde Guerre mondiale, l’heure est à l’ouverture et le
Partij van de Arbeid (PvdA), le parti socialiste, parvient effectivement à
rallier des chrétiens progressistes et des libéraux de gauche de l'Union
démocratique libérale (VDB). Une autre tendance du mouvement libéral,
menée par Pieter Jacobus Oud, ministre des Finances avant-guerre et maire
de Rotterdam, refuse cependant la politique restée très à gauche du PvdA. En
1948, il s’unit au Partij van de Vrijheid sous le nom de Volkspartij voor
Vrijheid en Democratie (VVD) auquel adhèrent aussi une partie des anciens
9radicaux et des libéraux restés indépendants.

Dès 1948, les socialistes menés par le très populaire Willem Drees
impriment leur marque à la politique néerlandaise et, au cours des dix années
suivantes, concrétisèrent leur programme de protection sociale. Pour sa part,

7 DAALDER Hans & KOOLE Ruud, « Liberal parties in the Netherlands », in KIRCHNER
Emil J. (Edited by), Liberal Parties in Western Europe, Cambridge University Press, 1988, p.
162. ; IRWIN Galen A., « The Netherlands », in MERKL Peter H., Western European Party
Systems - Trends and Prospects, The Free Press, Collier Macmillan Publishers, London,
1980,p. 165 et ss.; KOOLE Ruud, « Les partis libéraux aux Pays-Bas », in DELWIT Pascal
(Edité par), Libéralismes et partis libéraux en Europe, Institut de sociologie – Sociologie
politique, Editions de l’Université de Bruxelles, Bruxelles, 2002,p. 232
8 DAALDER Hans & KOOLE Ruud, op. cit., p. 162.
9 BORELLA François, op. cit., p. 193-194.
7
le VVD participe au gouvernement entre 1948 et 1952, moins en raison de
10son poids électoral somme toute modeste ou de convergences
programmatiques avec ses partenaires que parce que sa participation
permettait d'atteindre la majorité des deux tiers nécessaire aux modifications
constitutionnelles relatives à l'indépendance de l'Indonésie.

Généalogie des partis libéraux néerlandais


Liberale Unie
(1885)
Radicale Bond (1891) Bond van
VrijLiberalen(1894)
Vrijzinnig-Democratisch Liberale Staatspartij
Bond (1881) (1921)
Partij van de Vrijheid
(1946) Partij van de Arbeid
(1948)
Volkspartij voor
Vrijheid en
Democratie (1948)
Partij voor de
Vrijheid (2006)


Au cours des années cinquante, le parti libéral reste dominé par Pieter
Jacobus Oud, qui contrôle tant le groupe parlementaire que l’appareil du
parti. Né en 1886, Pieter Jacobus Oud commença sa carrière politique en
1911 comme député du Vrijzinnig-Democratische Bond (VDB), puis en
deviendra le secrétaire (1919-1933), avant d’être ministre des Finances
(1933-1937), chef du groupe parlementaire (1937-1938) et maire de
Rotterdam (1938-1941). Franc-maçon, membre de la loge « L’Union
Royale » de La Haye, après un court passage au PvdA, il contribuera à la
11fondation du VVD.

10 Il obtint successivement 6.4% en 1946, 7.9% en 1948, 8.8% en 1952
11 Notices biographiques disponibles notamment sur le site du Documentatie centrum
Nederlandse politieke Partijen – Rijksuniversiteit Groningen –
www.dnpp.ub.rug.nl/dnpp/pp/vvd/vz
8
Il fallut attendre le début des années soixante pour que les structures
régionales du parti se révoltent et que la fonction de président du parti et du
12groupe parlementaire soit séparée. Mais la période est faste pour le VVD,
dont la progression électorale se révèle constante, tant en voix qu’en sièges :
8,8% en 1956, 12,2% en 1959, 10,3% en 1963, 10,7% en 1967, 10,3% en
131971, 14,4% en 1972, et 17,9% en 1977.

En 1963, Pieter Jacobus Oud cède la direction du parti à Edzo Toxopeus.
Né en septembre 1918, avocat à Breda, Edzo Toxopeus commença sa
carrière politique comme conseiller municipal dans cette ville (1949-1959),
puis devint député de 1956 à 1959. Il occupe la fonction de ministre de
l’Intérieur au sein de deux gouvernements successifs, de 1959 à 1965. Il
retourne ensuite siéger à la Chambre, et devient chef du groupe
14parlementaire du VVD en 1966.
En 1969, c’est au tour de Willem Jacob (Molly) Geertsema de prendre la
tête du VVD. Député depuis 1959, bourgmestre de Wassenaar, il fut lui aussi
vice-Premier ministre et ministre de l’Intérieur, dans les cabinets de coalition
Biesheuvel I (1971-1972) et Biesheuvel II (1972-1973), regroupant le VVD
et les 3 partis confessionnels KVP (Katholieke Volkspartij), Christelijk-
15Historische Unie (CHU) et ARP (Anti-Revolutionaire Partij).
En 1971, le leadership du VVD est repris par Hans Wiegel, ancien
président de l’association des jeunes du parti (Jongerenorganisatie Vrijheid
en Democratie - JOVD) et député depuis 1967, qui devient son chef de
16groupe parlementaire.

L’émergence d’une nouvelle force libérale : Democraten 66 (1966)

Pourtant, la société hollandaise se transforme, et de nouveaux thèmes de
débat émergent, comme le rôle des Pays-Bas au sein de l'OTAN, le
désarmement nucléaire, le logement, le divorce, la criminalité et
l’environnement. Les organisations sur lesquelles s’appuie le « système en
piliers » perdent en importance, notamment dans le monde catholique.



12 KOOLE Ruud, « Les partis libéraux aux Pays-Bas », op. cit., p. 233
13 Au sujet des résultats détaillés des élections, nationales ou européennes, veuillez vous
reporter, sauf indications contraires, au site Parlement & Politiek www.parlement.com
14 Notices biographiques disponibles notamment sur le site du Documentatie centrum
Nederlandse politieke Partijen – Rijksuniversiteit Groningen – www.dnpp.ub.rug.nl/dnpp/pp/
vvd/vz
15 Ibid.
16

9
En 1966, le VVD est secoué par le conflit qui oppose son chef de groupe
au conseil communal d’Amsterdam, Hans Ruyters (par ailleurs journaliste au
17Handelsblad), au nouveau leader du parti, Edzo Toxopeus , au sujet du
mariage de la Princesse Béatrix avec un aristocrate allemand, Claus von
Amsberg, ex-officier de la Wehrmacht. Hans Ruyters est exclu du VVD et
18contribue, avec un autre journaliste, Hans Van Mierlo , à créer un nouveau
parti: Democraten 66 (D'66), ayant vocation à réformer la constitution et la
vie politique néerlandaise. Son principal credo : un engagement au
changement inspiré par un sens des responsabilités pour le futur. Cette
nouvelle formation propose un programme novateur, comme la participation
directe des citoyens à la vie publique par l'élection du Premier ministre au
suffrage universel, l'instauration du gouvernement de législature, ou encore
le remplacement du système électoral de représentation proportionnelle au
profit du scrutin majoritaire. Aux premières élections qui suivent sa création,
en 1967, D’66 obtient 7 sièges avec 4,5% des voix, puis 11 sièges pour 6,8%
19des voix en 1971. Il constitue alors un shadow cabinet avec le PvdA et le
Politieke Partij Radikalen (PPR). Les rumeurs de fusion de ces trois partis au
sein d'un parti progressiste unique causent préjudice à D'66, dont l'électorat
ne parvient plus à distinguer la spécificité par rapport au PvdA. En 1973, il
chute à 4,2% des voix (et 6 sièges) et son leader Hans Van Mierlo
démissionne. La direction de D'66 est reprise par le physicien et écrivain Jan
Terlouw, qui entreprend de repositionner le parti comme un parti libéral
progressiste indépendant ou, pour reprendre ses propres termes, un parti
libéral post-socialiste. Les thèmes de prédilection du parti sont l'innovation
industrielle, une politique active en matière d'environnement et l'autonomie
de l'individu sur les questions éthiques comme l'avortement ou
20l'émancipation sexuelle.

L’alternance au pouvoir (1981-1994)

À la coalition VVD-CDA (1977-1981) succède une éphémère tripartite
CDA-PvdA-D66 (1981-1982)

Le bon résultat obtenu en 1977 par le VVD (17,9%, soit +3,5%) lui
permet de participer, après huit mois de négociations, à une coalition avec le
CDA, sous la direction du Premier ministre démocrate-chrétien Van Agt. Au
sein de ce gouvernement, Hans Wiegel occupait le poste de vice-ministre

17 Notices biographiques disponibles notamment sur le site du Documentatie centrum
Nederlandse politieke Partijen – Rijksuniversiteit Groningen –
www.dnpp.ub.rug.nl/dnpp/pp/d66/vz
18 Ibid.
19 Au sujet des résultats détaillés des élections, nationales ou européennes, veuillez vous
reporter, sauf indications contraires, au site Parlement & Politiek www.parlement.com
20 KOOLE Ruud, « Les partis libéraux aux Pays-Bas », op. cit., p. 236 et ss
10
président et ministre de l’Intérieur. Le VVD disposait encore de plusieurs
portefeuilles importants, comme les affaires étrangères (Chris van der
Klauw), l’enseignement (Arie Pais), les affaires économiques, puis les
21finances (Gijs van Aardenne), etc.

À cette coalition succède, après les élections législatives du 26 mai 1981,
une coalition de centre-gauche réunissant le CDA (30,8% et 48 sièges) et le
PvdA (28,2% et 44 sièges), rejoints par D'66 qui sous l'impulsion de Jan
Terlouw, remonte à 11,1% des voix et 17 sièges. Le VVD se tasse
22légèrement, avec 17,3% des voix, et rejoint l’opposition.

La coalition CDA-PvdA-D66 qui est constituée le 11 septembre connaîtra
une existence aussi courte que mouvementée : démissionnaire le 16 octobre,
remise sur les rails le 5 novembre 1981, elle éclate définitivement en mai
231982.
Au sein de ce cabinet Van Agt II, pour le compte de D66, Jan Terlouw
était vice-ministre président et ministre des Affaires économiques, Hans Van
Mierlo ministre de la Défense et Henk Zeevalking ministre des Transports et
des voies navigables. Le parti comptait en outre 3 secrétaires d’État. Au sein
du cabinet Van Agt III, Max Rood devient ministre de l’Intérieur et Erwin
24Nijpels ministre du Logement et de l’Aménagement du territoire.

Les premières élections européennes de juin 1979 : 4 élus libéraux du
VVD rejoignent le groupe libéral

25Lors des premières élections européennes au suffrage universel direct
de juin 1979, le CDA (35,6% et 10 sièges) précède largement le PvdA
(30,4% et 9 sièges). Ils rejoignent respectivement les groupes du PPE et
26socialistes. Le groupe ELDR (actuellement ALDE) accueille les quatre élus

21 Au sujet de la composition des gouvernements néerlandais, consultez le site Parlement &
Politiek www.parlement.com
22 Au sujet des résultats détaillés des élections, nationales ou européennes, veuillez vous
reporter, sauf indications contraires, au site Parlement & Politiek www.parlement.com
23 de GORTER Sadi, « Les Pays-Bas en 1982 », in GROSSER Alfred, Les pays d'Europe
occidentale en 1982, Notes et études documentaires, La documentation française, p. 103.
24 Au sujet de la composition des gouvernements néerlandais, consultez le site Parlement &
Politiek www.parlement.com
25 Au cours de la période considérée, le nombre de sièges dévolus aux États membres lors des
élections européennes a varié au fil des élargissements. Ainsi, s’agissant des Pays-Bas, le
nombre de sièges à pourvoir fut successivement de 25 (de la législature 1979-1984 à la
législature 1989-1994), 31 (législature 1994-1999), 31 (législature 1999-2004), 27 (législature
2004-2009), 25 (législature 2009-2014), 26 (législature 2014-2019).
26 Le CDA et le PvdA figurent en effet au rang des membres fondateurs, respectivement du
Parti Populaire Européen (PPE) et de l’Union Européenne des Partis Socialistes (UEPS).
11
du VVD, qui décroche 16,4%. Avec 9,0% des voix, D66 s’adjuge 2 sièges.
27Ses élus siègent comme non-inscrits.

Les coalitions CDA-VVD sous le leadership de Ruud Lubbers
(19821989)

Député depuis 1977, Eduardus Hermannes Theresia Maria (Ed)
Nijpels est désigné chef de groupe parlementaire en 1982, et prend ainsi la
28direction du VVD. Il mène son parti à la victoire lors des élections
législatives de 1982, lors desquelles le VVD enregistre une forte poussée,
avec 23,1% des voix et 36 sièges, tandis que D'66 perd plus de la moitié de
29ses électeurs en l'espace d'un an: 4,3% contre 11,1% en 1981. Le leader de
D’66, Jan Terlouw, cède la présidence de sa formation à Maarten Engwirda,
30spécialiste des questions économiques et financières.

De ce scrutin se dégage un gouvernement de coalition de centre-droit
réunissant le CDA (qui chute pourtant à 29,4% et 45 sièges) et le VVD,
dirigé par le chrétien-démocrate Ruud Lubbers. Le cabinet Lubbers peut
encore compter sur l'appoint de la droite religieuse du cartel
SGP-RPF31 32GPV , ainsi que sur l'extrême droite du Centrumpartij.
Au sein de ce gouvernement, Rudolf de Korte devient vice
ministreprésident et ministre des Affaires économiques. Le VVD dispose encore des
portefeuilles de la défense (Wim van Eekelen, puis Frits Bolkestein), de la
justice (Frits Korthals Altes), du logement, de l'aménagement du territoire et
de l'environnement (Ed Nijpels), des transports et des voies navigables
(Neelie Smit-Kroes) et de l'enseignement et des sciences (Nell Ginjaar-
33Maas).


27 Au sujet des résultats détaillés des élections, nationales ou européennes, veuillez vous
reporter, sauf indications contraires, au site Parlement & Politiek www.parlement.com
28 Notices biographiques disponibles notamment sur le site du Documentatie centrum
Nederlandse politieke Partijen–Rijksuniversiteit Groningen, www. dnpp.ub.rug.nl
29 de GORTER Sadi, « Les Pays-Bas en 1982 », op. cit., p. 105.
30e Partijen – Rijksuniversiteit Groningen – www.dnpp.ub.rug.nl
31 Staatskundig Gereformeerde Partij (SGP), Reformatorisch Politieke Federatie (RPF),
Gereformeerd Politiek Verbond (GPV). Ces deux derniers partis constituent aujourd’hui la
Christen Unie (CU), dont l’orientation en matière éthique est celle d’un calvinisme rigoureux,
mais dont le programme socio-économique est plutôt à gauche. Le SGP, par contre, défend
une approche calviniste encore plus stricte : son refus d’accepter des femmes dans ses rangs
lui vaut ainsi de ne pas bénéficier de subventions publiques.
32 HUIJBREGTS Charles, « Les Pays-Bas en 1984», in GROSSER Alfred, Les pays d'Europe
occidentale en 1984-85, Notes et études documentaires, La documentation française, p. 105.
33 Au sujet de la composition des gouvernements néerlandais, consultez le site Parlement &
Politiek www.parlement.com
12
Le rapport de force entre les deux grands partis s’inverse lors des
élections européennes de juin 1984 : le PvdA s’adjuge 33,7% et 9 sièges,
pour seulement 30,0% et 8 sièges au CDA. Le VVD croît à 18,9% et 5
sièges, tandis que D66 disparaît du PE (2,2%). Avec 5,2% des voix, le cartel
34SGP-RPF-GPV décroche 1 siège, et le cartel CPN-EVP-PPR-PSP 5,6%
35des voix et 2 sièges.

Les élections législatives du 21 mai 1986 voient la coalition
gouvernementale sortante confirmer sa majorité, avec 81 sièges sur 150.
Mais ce scrutin est marqué par une redistribution des sièges à l'intérieur de
chaque bloc, au profit des éléments les plus modérés. À gauche, le PvdA
gagne 3% et 5 sièges. À droite, avec 17,4% des voix, le VVD paie les
conséquences du mécontentement social et perd près de 6% des voix (à
17,4%) et 9 sièges, au profit du CDA qui en gagne 9 (avec 34,6% des
36voix). Sa réorientation - symbolisée par une nouvelle abréviation (D66,
sans apostrophe) - permet à D66 de remonter à 6,1% des voix et 9 sièges en
1986. Toutefois, le parti reste dans l'opposition à la coalition de centre-droit
CDA-VVD. Après avoir été brièvement membre de D66 en 1969-1970, puis
directeur du centre d’étude du VVD (Telderstichting) en 1979-1982, Joris
Jacob Clemens Voorhoeve devient député VVD en 1982, et en 1986, devient
37 38le leader du parti.
Le CDA reprend le leadership lors des élections européennes de 1989,
avec 34,6% et 10 sièges. Il devance le PvdA qui recule à 30,7% et 8 sièges,
tandis que le VVD chute à 13,6% et 3 sièges. D66 obtient 5,6% et retrouve
39un siège au PE. Son élu rejoint le groupe ELDR (actuellement ALDE).
Groenlinks obtient 7,2% des voix et 2 sièges, le cartel SGP-RPF-GPV 5,9%
40des voix et 1 siège.

34 Communistische Partij Nederland (CPN), Pacifistisch Socialistische Partij (PSP), olieteke
Partij Radikalen (PPR) et Evangelische Volkspartij (EVP)
35 Au sujet des résultats détaillés des élections, nationales ou européennes, veuillez vous
reporter, sauf indications contraires, au site Parlement & Politiek www.parlement.com
36 BOYER Jean-Claude, « Les Pays-Bas en 1986: l'austérité maintenue », in GROSSER
Alfred, Les pays d'Europe occidentale - Edition 1987, Notes et études documentaires, La
documentation française, p. 97.
37 Il quitte la présidence du VVD suite à l’échec des libéraux lors des législatives anticipées
de septembre 1989. 1990, revient à la politique en 1994 comme ministre de la défense de la
coalition violette. Réélu à la Chambre en 1998, il quitte la vie politique pour intégrer le
Conseil d’État. En juin 2009, il adhère de nouveau au D66 et est expulsé du VVD en
septembre 2010.
38 Notices biographiques disponibles notamment sur le site du Documentatie centrum
Nederlandse politieke Partijen – Rijksuniversiteit Groningen – www.dnpp.ub.rug.nl/
39 Il fallut encore attendre novembre 1994 pour que le congrès de D66 décide de formuler une
demande d'adhésion à la Fédération libérale, alors qu’auparavant, le parti avouait des affinités
avec des LibDems britanniques, Radikale Venstre, le Partito Repubblicano Italiano ou le
Mouvement des Radicaux de Gauche français.
40 Au sujet des résultats détaillés des élections, nationales ou européennes, veuillez vous
13
D66 en quête d’identité

À l’issue des élections européennes de juin 1984, lors desquelles il ne
parvient pas à décrocher d’élus, les jours de D'66 semblent comptés. En
1985, Hans Van Mierlo revient à l’avant-scène et donne une nouvelle
impulsion au parti. Son nouveau programme, A reason for being s'assigne
pour tâche de réformer radicalement la culture politique, refusant de se
positionner par rapport à des clivages idéologiques issus du XIXème siècle.
Les problèmes de l'heure, comme le développement des technologies de
l'information, l'internationalisation de l'économie ou les questions
environnementales, doivent être abordés de façon pragmatique, sans a priori
idéologique, au-delà des clivages traditionnels, même si Hans Van Mierlo
admet lui-même que tant le libéralisme que le socialisme furent pour D’66,
une source d’inspiration : things that were complementary have become
opposites, have become caricatures of themselves: Liberty against equality,
individual against community, deregulation against government,
41individuality against solidarity. Le parti se définit comme une synthèse de
social-démocratie et de libéralisme, et se présente désormais comme une
alternative libérale progressiste au VVD et au PvdA.

Le VVD dans l’opposition (1989-1994)

Le leadership du VVD est repris en 1990 par Frits Bolkestein, ministre de
la défense sortant, qui devient le chef de file des libéraux au parlement
néerlandais. Personnalité éclectique (il a fait des études de mathématiques,
de physique, de grec et de philosophie à l'Université d'Amsterdam, aux
Etats-Unis et au Royaume-Uni, puis de droit à l'Université de Leyde), connu
pour son franc-parler et ses positions tranchées sur l’immigration, Frits
Bolkestein fut élu député pour la première fois en 1978. De 1982 à 1986 il
42est secrétaire d'État au commerce extérieur.


reporter, sauf indications contraires, au site Parlement & Politiek www.parlement.com
41 D66 International Quarterly, Vol 3, Issue 4, December 1994-January 1995. Document
aimablement transmis par le secrétariat international de D66.
42 Il sera mis en cause et contraint à la démission en 1996 pour avoir tenté d'obtenir auprès de
la ministre de la santé Els Borst le remboursement d'un médicament d’une entreprise
pharmaceutique dont il est administrateur. Il sera ensuite président de l'Internationale
libérale de 1996 à 1999, fonction qu’il quittera pour devenir commissaire européen en charge
du marché intérieur, de la fiscalité et de l'union douanière. Notices biographiques disponibles
notamment sur le site du Documentatie centrum Nederlandse politieke Partijen –
Rijksuniversiteit Groningen – www.dnpp.ub.rug.nl/dnpp/pp/vvd/vz
14
À la fin de la législature, les rapports entre les deux partenaires se
radicalisent et une crise survient sur le financement d'un important
programme de défense de l'environnement. En effet, les libéraux refusent
tant une augmentation de la pression fiscale que la diminution du budget de
la défense. Ils s’en trouvent sanctionnés lors des législatives de 1989 : ils
chutent à 17,4% et perdent 5 sièges (22). Les chrétiens-démocrates, qui
croissent légèrement à 35,3% mais restent à 54 sièges, s'allient aux
socialistes, qui pourtant chutent à 31,9% et perdent 3 sièges (49). D66
progresse en s'adjugeant 7,9% et 12 sièges, et plaide à cette occasion pour
une coalition de centre-gauche.
Pour Jean-Claude Boyer, inquiets de leurs reculs électoraux successifs,
qui risquent de les marginaliser sur l'échiquier politique au profit d'un parti
chrétien-démocrate représentant de plus en plus le « vote utile » à droite, les
libéraux acceptent ainsi l'idée d'une « cure d'opposition », leur permettant
de se désolidariser des aspects les moins populaires de la politique
43d'austérité du gouvernement Lubbers.

La coalition violette, une formule inédite associant les deux partis
libéraux (1994-2002)

Cette cure d’opposition permit effectivement au VVD de se « refaire une
santé » et, lors des élections législatives de mai 1994, il remporte une large
victoire, avec 20,5% des voix et 31 sièges. D66 réalise son meilleur score
historique : 15,5% des voix et 24 sièges. Le CDA chute lourdement de
35,3% à 22,2% et perd 20 sièges, alors que le PvdA recule de 31,9% à
24,0% et perd 12 sièges. Une coalition PvdA-D66-VVD (surnommée la
coalition violette ou Paars 1) est constituée sous la direction du socialiste
44Wim Kok.

Au sein du gouvernement Kok I, le VVD obtient les portefeuilles
suivants : vice-ministre-président et ministre de l'Intérieur (Hans Dijkstal),
ministre des Finances (Gerrit Zalm), ministre de la Défense, ministre chargé
des Antilles néerlandaises et d'Aruba (Joris Voorhoeve), ministre des
Transports et des voies d'eau (Annemarie Jorritsma) et ministre de
l'Agriculture, de la Protection de la nature et de la Pêche (Jozias van
Aartsen). En outre, le VVD dispose de 3 secrétaires d’État : affaires
européennes (Michiel Patijn) ; sécurité sociale et des conditions de travail

43 BOYER Jean-Claude, « Les Pays-Bas en 1989: retour à la « grande coalition », in
GROSSER Alfred, Les pays d'Europe occidentale - Edition 1990, Notes et études
documentaires, La documentation française, p. 104.
44 DAY Alan J. & DEGENHARDT Henry W. (Compiled by), Political Parties of the World,
A Keesing's Reference Publication, 2nd Edition, Longman Group Ltd, 1984, p. 325 ; D66
International Quarterly, Vol 3, Issue 4, December 1994-January 1995.
15
(Robin Linschoten, puis Frank de Grave) ; bien-être, handicap, jeunesse,
45personnes âgées, minorités et sports (Erica Terpstra).

Pour sa part, D66 occupe les fonctions de vice-ministre-président et
ministre des Affaires étrangères (Hans Van Mierlo), de ministre de la Justice
(Winnie Sorgdrager), de ministre des Affaires économiques (Hans Wijers) et
de ministre de la Santé, du Bien-être et des Sports (Els Borst). D66 compte
encore 3 secrétaires d’État : information urbaine, de la sécurité, des élections
et des affaires politiques (Jacob Kohnstamm), politique culturelle, artistique
et médiatique (Aad Nuis) ; secrétaire d'État auprès du ministre de la défense
chargé du personnel, du matériel et de la restructuration des armées (Jan
Gmelich Meijling) et logement, de l'assainissement, des constructions
46durables et de la politique d'implantation (Dick Tommel).

Le leader du VVD, Frits Bolkestein, refuse toutefois d'entrer au
gouvernement afin de préserver sa liberté d'expression. Le CDA perd son
rôle de parti-pivot. Pour Ruud Koole, cette nouvelle formule politique à trois
composantes sanctionne la fin de la « pilarisation » de la vie politique
néerlandaise illustrée d'abord par la prédominance acquise par les deux partis
les moins marqués par cette caractéristique (D66 et VVD) en même temps
qu'elle met un terme à la stratégie de polarisation lancée par les
sociaux47démocrates dans les années soixante et soixante-dix.

Lors des élections européennes de juin 1994, le PvdA s’effondre avec
seulement 22,9% et 8 sièges, pour 30,8% et 10 sièges au CDA. Le VVD
progresse à 17,9% et 6 sièges, et D66 à 11,7% et 4 sièges. Groenlinks obtient
3,7% des voix et 1 siège, et le cartel SGP-RPF-GPV 7,6% des voix et 2
48sièges.

Cette coalition violette fut reconduite lors des élections du 6 mai 1998, à
l'issue desquelles le VVD remporte une brillante victoire en passant de
20,5% des voix (et 31 sièges) à 24,7% (et 38 sièges). Par contre, D66 chute
lourdement de 15.5 des voix (et 24 sièges) à 9,0% et (14 sièges). Le
partenaire socialiste de la coalition croît de 24,0% (et 37 sièges) à 29,0% (et
45 sièges). Les chrétiens-démocrates enregistrent un recul historique, en
passant de 22.2% à 18,4%. Dès janvier 1998, le congrès du VVD avait
clairement montré qu’il rejetait toute alternative à droite et jouait la carte de

45 Au sujet de la composition des gouvernements néerlandais, consultez le site Parlement &
Politiek www.parlement.com
46 Ibid.
47 HERMET Guy, HOTTINGER Julian Thomas, SEILER Daniel-Louis (Sous la direction
de), Les partis politiques en Europe de l'Ouest, Editions Economica, Paris, 1998, pp. 358-359.
48 Au sujet des résultats détaillés des élections, nationales ou européennes, veuillez vous
reporter, sauf indications contraires, au site Parlement & Politiek www.parlement.com
16
la « grande alliance » avec les socialistes du PvdA en supprimant les aspects
les plus controversés de son programme social, comme la baisse du salaire
49minimum et de la durée d’indemnisation du chômage. Paars 2 (ou Kok II)
est ainsi sur les rails.

Dans le gouvernement Kok II, le VVD dispose des portefeuilles de
viceministre-présidente, ministre des Affaires économiques (Annemarie
Jorritsma), ministre des Affaires étrangères (Jozias van Aartsen), de ministre
de la Justice (Benk Korthals), de ministre de l'Éducation, de la Culture et de
la Science (Loek Hermans) et de ministre des Finances (Gerrit Zalm). Le
VVD a en outre 4 portefeuilles de secrétaires d’État, occupés par Henk van
Hoof (secrétaire d'État auprès du ministre de la défense, chargé du personnel,
du matériel, des opérations et de la coopération militaire), Johan Remkes
(logement et urbanisme), Monique de Vries (télécommunications, postes et
50eaux), Hans Hoogervorst (sécurité sociale et des conditions de travail).

Pour sa part, D66 occupe les fonctions de vice-ministre-président,
ministre de la Santé, du Bien-être et des Sports (Els Borst), de ministre de la
Défense (Frank De Grave), de ministre des grandes villes et de l'intégration
(Roger van Boxtel) et de ministre de l'Agriculture, de la protection de la
nature et de la pêche (Haio Apotheker, puis Laurens-Jan Brinkhorst). D66
dispose en outre de deux postes de secrétaires d’État : commerce extérieur,
tourisme et consommation (Gerrit Ybema) et politique de l'emploi et de
51l'émancipation (Annelies Verstand).

Après avoir effectué une carrière de haut fonctionnaire dans
l’administration, au ministère des Finances, puis de l’Économie, et enfin au
bureau de planification central dont il sera directeur jusqu’en 1994,
professeur de politique économique à l'université libre d'Amsterdam, Gerrit
Zalm est nommé ministre des Finances dans la première coalition violette, et
reconduit lors de la seconde coalition violette. Suite à la défaite du VVD, il
est choisi pour remplacer Hans Dijkstal comme président du groupe
parlementaire et chef politique du VVD. Sous sa direction, le VVD
progresse lors des élections législatives anticipées du 22 janvier 2003. Il
devient vice-Premier ministre et ministre des Finances dans le gouvernement
de Jan Peter Balkenende, Premier ministre sortant. Il détient le record de
longévité à la tête du ministère des Finances avec un mandat cumulé de onze
52ans.

49 Ibid.
50 Au sujet de la composition des gouvernements néerlandais, consultez le site Parlement &
Politiek www.parlement.com
51 Ibid.
52 Notices biographiques disponibles notamment sur le site du Documentatie centrum
17
Nouvelle crise de leadership pour D66

D66 a traversé une crise de leadership, après la renonciation de son chef
53historique, Hans van Mierlo, et celle du favori des sondages, Hans Wijers.
Au-delà de l’incapacité de sa tête de liste Els Borst à s’imposer dans
l’opinion, D66 s’est trouvé victime de son rôle de « parti charnière » de la
coalition et donc, comme le note Christophe De Voogd, de la réussite de
celle-ci qui a naturellement profité à ses deux puissants alliés du VVD et du
PvdA. Ses revendications, constitutionnelles en faveur de l’élection du maire
et de l’introduction du référendum, et sociétales en faveur du mariage
homosexuel ou de la légalisation de l’euthanasie, pour originales qu’elles
soient dans le paysage politique néerlandais, ne suffisent pas à attirer les
suffrages d’une opinion avant tout préoccupée par les grands enjeux
54économiques et sociaux.

La gestion de cette coalition ne sera pas de tout repos. Ainsi, en mai
1999, le cabinet violet sera temporairement démissionnaire à la suite de
graves divergences au sujet de l’instauration du « référendum correctif »,
souhaité par D66 et rejeté par le VVD. En décembre 2001, le Premier
ministre Wim Kok annonce qu’il ne briguera pas de troisième mandat. Il
cède le leadership du PvdA à Ad Melkert.

Lors des élections européennes de juin 1999, les deux principaux partis
reculent : le CDA obtient 26,9% des voix et 9 sièges, et le PvdA 20,1% et 6
sièges. Le VVD poursuit sa croissance (19,7% et 6 sièges), tandis que D66
perd la moitié de ses sièges (2 au lieu de 4, avec 5,8%). La plus importante
55progression est celle des Groenlinks, avec 11,9% et quatre élus.
L’approche de ce gouvernement à l’égard de l’intégration européenne
connaîtra elle aussi une inflexion, notamment sous l’impulsion du VVD dont
le leader Frits Bolkestein considérait l’Europe comme achevée. Le nouveau
ministre des Affaires étrangères, le libéral Jozias van Aartsen accentua la
défense des intérêts nationaux, ce qui constitua, pour Christophe De Voogd,
une rupture avec l’orthodoxie communautaire traditionnellement défendue
56par la diplomatie néerlandaise.


Nederlandse politieke Partijen www.dnpp.ub.rug.nl/dnpp/pp/vvd/vz
53 Notices biographiques disponibles notamment sur le site du Documentatie centrum e Partijenwww.dnpp.ub.rug.nl/dnpp/pp/d66/vz
54 De VOOGD Christophe, Pays-Bas, « victoire et doutes de la coalition violette », in
GROSSER Alfred, Les pays d'Europe occidentale - Edition 1998, Notes et études
documentaires, La documentation française, Paris, p. 115 à 128
55 Au sujet des résultats détaillés des élections, nationales ou européennes, veuillez vous
reporter, sauf indications contraires, au site Parlement & Politiek www.parlement.com
56 Ibid.
18
Les Pays-Bas dans l’instabilité (2002-2010)

La démission du gouvernement Kok (2002)

Peu avant les élections législatives, prévues de longue date pour le 15 mai
2002, le gouvernement de Wim Kok est contraint de démissionner dès le 16
avril suite à la publication du rapport officiel de l’Institut néerlandais de
documentation sur la guerre critiquant la politique de La Haye lors de la
chute de l’enclave de Srebrenica en juillet 1995, admettant ainsi la
coresponsabilité politique des Pays-Bas pour la situation dans laquelle les
massacres ont pu se produire. Aux yeux de beaucoup d’analystes politiques,
cette démission permet surtout d’éviter que les partis d’opposition ne
s’emparent de ce sujet délicat durant la campagne.

Le « phénomène » Pim Fortuyn et l’éphémère coalition avec le CDA et le
VVD

Mais dans le courant de l’année 2002, c’est le « phénomène » Pim
Fortuyn qui va mobiliser l’attention de la classe politique et des médias,
suscitant l’inquiétude dans l’ensemble de l’Union européenne.
Sociologue de 54 ans, Pim Fortuyn a d’abord milité au PvdA d’où il a été
exclu pour ses propos sur l’immigration. Il a alors rejoint le CDA, puis faute
d’obtenir l’investiture qu’il désirait, le mouvement « Leefbaar Nederland »
en 2001. Le 9 février 2002, soit un mois avant le scrutin municipal, il se voit
privé de son investiture à cause de ses dérapages verbaux contre les
immigrés et les musulmans, et constitue sa propre liste Leefbaar Rotterdam
(« Rotterdam vivable ») qui s’adjuge 34% des voix dans la deuxième ville du
pays. Son programme est centré sur l’arrêt de l’immigration : « Les Pays-Bas
sont pleins » constituant la véritable devise de son mouvement. Selon André
Krouwel, politologue à l’université libre d’Amsterdam, Pim Fortuyn a
compris que, malgré les performances économiques néerlandaises, les
électeurs sont de plus en plus nombreux à estimer que la classe politique au
pouvoir est incapable de régler les problèmes auxquels les citoyens sont
confrontés quotidiennement. Homosexuel militant, chef politique
charismatique, démagogue et arrogant, Pim Fortuyn, contrairement aux
autres leaders européens d’extrême droite que sont par exemple Jean-Marie
Le Pen ou Jörg Haider, ne se situait pas dans la nostalgie des mouvements
fascistes des années trente et quarante. Si le parti qu’il a créé est cependant
bien une formation d’extrême droite, c’est «au sens initial du terme extrême,
c’est-à-dire le plus éloigné du centre» selon les mots d’un politologue
néerlandais. Le leader populiste avait centré sa campagne sur
19
l’immigration, l’insécurité, et l’islam, qualifié par lui de «culture
57retardée».
Pim Fortuyn est abattu le 6 mai de plusieurs balles alors qu’il sortait des
studios d’une radio, ce qui a profondément choqué tant la classe politique
que l’ensemble de la population d’un pays où la recherche du consensus et
58le dialogue constituent depuis toujours le socle du système politique.

Les élections législatives de mai 2002 : lourde chute des partis libéraux

Les élections législatives du 15 mai 2002, qui consacrent l’écrasante
victoire des chrétiens-démocrates, ont fait l’effet d’un véritable séisme
politique aux Pays-Bas. La LPF fait son entrée en force au parlement, avec
17,0% des voix et 26 sièges alors que la coalition violette enregistre une
lourde défaite : le PvdA perd 22 sièges (à 15,1% des voix), réalisant son plus
mauvais score depuis la deuxième guerre mondiale. Le VVD perd 15 sièges
(avec 15,4%) et D66 7 sièges (avec 5,1%). Le CDA est l’autre grand
vainqueur du scrutin, qui obtient 43 sièges (+14) avec 27,9% des voix. Le
leader démocrate-chrétien Jan Peter Balkenende constitue alors un
59gouvernement regroupant le CDA, la LPF et le VVD.

Dans le gouvernement Balkenende I, les ministres VVD sont Johan
Remkes, vice-ministre-président, ministre de l'Intérieur et des Relations au
sein du Royaume, Hans Hoogervorst comme ministre des finances, Benk
Korthals, puis Henk Kamp comme ministre de la Défense et Hans
Hoogervorst, comme ministre du Logement, de l’Aménagement du territoire
et de l’Environnement. Le VVD dispose en outre de 4 secrétaires d’État :
Atzo Nicolai (affaires européennes), Annette Nijs (formation
professionnelle, enseignement supérieur et vie étudiante), Mélanie Schultz
van Haegen (aviation civile, transport fluvial et maritime, mer et chemins de
60fer) et Mark Rutte (emploi, sécurité sociale et retraites).

Mais les tensions internes à la LPF, incapable de gérer l’héritage de son
défunt chef charismatique, inexpérimentée dans la gestion des affaires
publiques, contraignent le gouvernement à la démission le 16 octobre, après
seulement 87 jours d’existence. Cependant, une partie des analystes
politiques ont mis en cause la responsabilité personnelle et l’inexpérience du

57 DELOY Corinne, Elections législatives aux Pays-Bas, 15 mai 2002 - Le point à sept jours
du scrutin, Fondation Robert-Schuman (OEE).
5815 mai 2002 : séisme politique aux Pays-Bas, Fondation
RobertSchuman (OEE).
59 Au sujet des résultats détaillés des élections, nationales ou européennes, veuillez vous
reporter, sauf indications contraires, au site Parlement & Politiek www.parlement.com
60 Au sujet de la composition des gouvernements néerlandais, consultez le site Parlement &
Politiek www.parlement.com
20
leader du CDA à qui il est reproché de ne pas avoir su prendre la mesure de
la crise et de ne pas être parvenu à faire régner l'ordre au sein de sa majorité.
Pour sa part, la LPF n'a pas pu réaliser l'impossible, à savoir continuer à
critiquer l'appareil politique tout en devenant un véritable parti de
61 gouvernement capable de faire des propositions constructives.

Une coalition inédite CDA-VVD-D66 (2003)

Dans la foulée, les législatives du 22 janvier 2003 voient le CDA
s’imposer d’une courte tête, gagnant un siège avec 28,6% des voix et
devançant le PvdA de deux sièges seulement. Avec un gain de 19 sièges et
27,3% des voix, les socialistes connaissent une progression spectaculaire et
redeviennent la deuxième formation politique du pays. Avec seulement
5,7%, la LPF perd près des trois quarts de ses sièges, chutant de 26 à 8
sièges. Le VVD s’adjuge 4 sièges supplémentaires, avec 17,9% des voix.
D66 continue de reculer et, avec 4,1% des voix seulement, perd un nouveau
62siège, entraînant la démission de son leader Thom de Graaf . Groenlinks se
tasse à 5,1%, tandis que le SP poursuit sa progression, avec 6,3%. La liste
Christen-Unie recueille 2,1% et le 1,6%. Jan Peter Balkenende constitue un
63 64gouvernement regroupant le CDA, D66 et le VVD.

Au sein du gouvernement Balkenende II, Gerrit Zalm est
vice-ministreprésident, ministre des Finances. Les autres ministres VVD sont Rita
Verdonck (ministre de l’Immigration et de l'intégration), Johan Remkes
(intérieur), Henk Kamp (défense), Sybilla Dekker (logement, aménagement
du territoire et environnement), et Hans Hoogervorst (santé, bien-être et
65sports).
S’agissant des secrétaires d’État, Atzo Nicolai était secrétaire d'État
auprès du ministre des affaires étrangères chargé des affaires européennes,
Mélanie Schultz van Haegen secrétaire d'État auprès du ministre des
Transports et des voies d’eau, Annette Nijs secrétaire d'État auprès de la
ministre de l'Éducation, de la Culture et de la Science (remplacée à ce poste
en juin 2004 par Mark Rutte), et Mark Rutte secrétaire d'État auprès du

61 DELOY Corinne, Victoire des chrétiens démocrates et effondrement des populistes aux
Pays-Bas, Fondation Robert-Schuman (OEE),
62 Notices biographiques disponibles notamment sur le site du Documentatie centrum
Nederlandse politieke Partijen – Rijksuniversiteit Groningen – www.dnpp.ub.rug.nl
63 Ibid.
64 Au sujet des résultats détaillés des élections, nationales ou européennes, veuillez vous
reporter, sauf indications contraires, au site Parlement & Politiek www.parlement.com
65 Au sujet de la composition des gouvernements néerlandais, consultez le site Parlement &
Politiek www.parlement.com
21
ministre des Affaires sociales et de l’Emploi (remplacé à ce poste en juin
662004 par Henk Van Hoof).

Pour le compte de D66, Thom de Graaf était vice-ministre-président du
gouvernement et ministre de la réforme administrative et des Relations au
sein du Royaume. En mars 2005, il est remplacé par le ministre des Affaires
économiques Laurens-Jan Brinkhorst au poste de vice-ministre-président,
alors que le portefeuille de la réforme administrative et des relations au sein
du Royaume revient à Alexander Pechthold. En outre, Medy van der Laan
était secrétaire d'État chargée de la culture et des technologies de
67l'information et de la communication.

Les élections européennes de juin 2004 : nouveau recul des partis
libéraux

Les élections européennes de 2004 sont marquées par l’émergence de la
liste EurTrans (7,3% des voix et 2 sièges), menée par l’ancien fonctionnaire
européen Paul Van Buitenen, dont les « révélations » furent à l’origine de la
démission de la Commission Santer en 1999. Les deux partis de la coalition
gouvernementale enregistrent un recul par rapport à 1999 : le CDA passe de
26,9% et 9 sièges à 24,4% et 7 sièges, tandis que le VVD passe de 19,7% et
6 sièges à 13,2% et 4 sièges. Avec 23,6% des voix et 7 sièges, le PvdA
continue de progresser par rapport au scrutin de 1999 (20,1% et 6 sièges). À
l’exception du SP (qui croît de 5,0% et 1 siège à 7,0% et 2 sièges), les autres
partis d’opposition reculent : D66 passe de 5,8% et 2 sièges à 4,2% et 1 seul
siège ; Groenlinks chute de 11,9% et 4 sièges à 7,4% et 2 sièges ; et Christen
68 69Unie obtient 5,9% et 2 sièges.

Président du groupe parlementaire du VVD, Jozias Johannes van Aartsen
prend aussi la direction du parti en novembre 2004. Il démissionne en
mars 2006, pour assumer la responsabilité du résultat médiocre des libéraux
70 aux municipales.

66 Ibid.
67
68 COOSEMANS Thierry, L’élection du Parlement Européen de juin 2004, op. cit., p. 43.
69 Au sujet des résultats détaillés des élections, nationales ou européennes, veuillez vous
reporter, sauf indications contraires, au site Parlement & Politiek www.parlement.com
70 Diplôme en droit de l'université libre d'Amsterdam, Jozias Johannes van Aartsen fut entre
autres collaborateur du groupe parlementaire du VVD, directeur de la Telderstichting (le
centre d’études du parti), chef de cabinet du secrétaire général du ministère de l'Intérieur. Il
fut en 1994 ministre de l'agriculture dans la coalition Paars 1, puis ministre des affaires
étrangères dans la coalition Paars 2. – Source : Notices biographiques disponibles notamment
sur le site du Documentatie centrum Nederlandse politieke Partijen – Rijksuniversiteit
Groningen – www.dnpp.ub.rug.nl/dnpp/pp/vvd/vz
22
Le « non » néerlandais à la constitution européenne (2005)

Le 1er juin 2005, les Néerlandais rejettent, par référendum (61,6% contre
38,4% de « oui », mais avec un taux de participation de 63,4% seulement), le
projet de constitution européenne. Selon les analystes politiques, ce vote
exprime surtout l’opposition des Néerlandais à une éventuelle adhésion de la
71Turquie à l’Union et, plus largement, leur crainte de l’étranger.

Le VVD dans la tourmente : l’affaire Ayaan Hirsi Ali et la dissidence de
Geert Wilders (2006)

En juin 2006, la ministre de l’Intégration, la libérale Rita Verdonk (VVD)
suscite une vive polémique en décidant de retirer sa nationalité néerlandaise
à la députée d’origine somalienne Ayaan Hirsi Ali (elle aussi membre du
VVD), après que celle-ci eût avoué avoir menti sur sa véritable identité et
sur son parcours d’exilée lors de sa demande d’asile politique aux Pays-Bas.
Après plusieurs semaines de pressions et de tergiversations, la ministre
revient sur sa décision, mais trop tard : Ayaan Hirsi Ali, qui se consacre à la
lutte pour l’amélioration de la condition des femmes musulmanes et vit sous
protection policière permanente depuis l’assassinat du cinéaste Theo van
Gogh par un islamiste, s’est expatriée aux États-Unis. Dans la foulée, D66
dépose une motion de censure contre Rita Verdonk, mais, faute d’obtenir le
soutien d’une majorité parlementaire en faveur de cette résolution, D66
quitte le gouvernement et provoque ainsi la chute de la coalition
gouvernementale. Le Premier ministre décide dès lors de convoquer des
72élections anticipées le 22 novembre 2006.

Au sein de l’éphémère gouvernement Balkenende III (juillet
2006novembre 2006), les ministres VVD sont Gerrit Zalm
(vice-ministreprésident, ministre des Finances), Rita Verdonck (ministre de l'Immigration
et de l'intégration), Johan Remkes (ministre de l’Intérieur), Atzo Nicolaï
(ministre de la Réforme administrative et des Relations au sein du
Royaume), Henk Kamp (ministre de la Défense), Sybilla Dekker, puis Pieter
Winsemius (ministre du Logement, de l’Aménagement du territoire et de
l’Environnement), Hans Hoogervorst (ministre de la Santé, du Bien-être et
des Sports). En outre, les 3 secrétaires d’État sont Bruno Bruins (secrétaire
d'État auprès de la ministre de l'Éducation, de la Culture et de la Science) ;
Mélanie Schultz van Haegen (secrétaire d'État auprès du ministre des

71 DELOY Corinne, Elections législatives aux Pays-Bas, 22 novembre 2006, Fondation
Robert-Schuman (OEE).
72 Ibid.
23
Transports et des voies d’eau) et Henk Van Hoof (secrétaire d'État auprès du
73ministre des Affaires sociales et de l’Emploi).

Le VVD axe sa campagne sur une baisse des impôts sur le revenu de 3%,
la suppression de l’impôt immobilier, la baisse des droits de succession
prélevés sur les héritages et une baisse des cotisations sociales. Mais il doit
surtout subir la dissidence de son député Geert Wilders, qui avait fondé le
Partij voor de Vrijheid (PVV) dont le programme prévoit la fermeture des
frontières à l’immigration non occidentale, l’interdiction de la double
nationalité, l’interdiction de construction de mosquées et d’écoles
musulmanes au cours des cinq prochaines années, et l’obligation pour les
74immigrés installés aux Pays-Bas de signer un « contrat d’assimilation ».

Les libéraux dans l’opposition (2006-2010)

Lors du scrutin du 22 novembre 2006, le CDA confirme sa position de
premier parti néerlandais, avec 26,5% (-2,1%) et 41 sièges (soit une perte de
3 sièges). Le PvdA, dirigé par Wouter Bos, ne profite guère de son statut de
principale formation d’opposition, en chutant à 21,2% (-6,2%) et obtient 33
sièges (-10). Le SP réalise une percée spectaculaire avec 16,6% (+10,3%) et
25 sièges (+17). Le VVD recule à la quatrième position avec 14,6% (-3,3%)
et 22 sièges (-6). D66 remporte 2,0% (-2,1%) et 3 sièges. Groenlinks obtient
4,6% (-0,5%) et 7 députés (-1), Christen Unie 4,0% (+1,9%) et 6 sièges (+3),
et le SGP 1,6% et 2 sièges. Le nouveau Partij voor de Vrijheid (PVV)
obtient 5,9% et 9 sièges. Un nouveau parti de la défense des animaux fait
son entrée au Parlement avec 2 sièges (1,8%). À l’issue de ces élections, le
Premier ministre Balkenende est reconduit dans ses fonctions, mais à la tête
d’une coalition rassemblant désormais le CDA, le PvdA et, pour la première
75fois, la Christen Unie.

Lors des élections européennes de juin 2009, les trois principaux partis du
pays sont en recul : le PvdA s’effondre, perdant la moitié de ses électeurs et
passant de 23.6% à 12.1% des voix avec pour conséquence la perte de 4
sièges (soit 3 sièges au lieu de 7). Le CDA recule lui aussi nettement,
passant de 24.4% à 20,1% (– 4,3%) et de 7 à 5 sièges (– 2), alors que les
libéraux du VVD passent de 13.2% à 11.4% (– 1,8%) et de 4 à 3 sièges (– 1).
Le grand vainqueur du scrutin est sans conteste le PVV. La formation

73 Au sujet de la composition des gouvernements néerlandais, consultez le site Parlement &
Politiek www.parlement.com
74 Ibid.
75 DELOY Corinne, Victoire du parti du Premier ministre Jan Peter Balkenende et percée de
l’extrême-gauche aux élections législatives néerlandaises, Fondation Robert-Schuman (OEE).
Au sujet des résultats détaillés des élections, nationales ou européennes, veuillez vous
reporter, sauf indications contraires, au site Parlement & Politiek www.parlement.com
24
populiste de Geert Wilders s’adjuge 17,0% des voix et fait son entrée au
Parlement européen avec 4 sièges. D66 progresse lui aussi nettement,
passant de 4.2% à 11.3% (+7,1%) et de 1 à 3 sièges (+2). Groenlinks passe
de 7.4% à 8.9% et gagne 1 siège (de 2 à 3) alors que la CU gagne 0,9% (de
5.9% à 6.8%), un score qui lui permet de conserver ses 2 sièges, à l’instar du
SP, qui reste stable, avec 7,1% (+0,1%), et conserve ses 2 sièges. Enfin, la
liste EurTrans, qui avait obtenu 7.3% et 2 sièges en 2004, disparaît du
76Parlement européen.

Le VVD devient le premier parti politique du pays (2010-2015)

La victoire du VVD aux élections législatives de juin 2010 : Mark Rutte
devient Premier ministre d’une coalition avec le CDA

Au début de l’année 2010, des tensions apparaissent au sein du
gouvernement quant à l’avenir du détachement militaire néerlandais présent
en Afghanistan suite à la demande de l’OTAN de voir les militaires bataves
prolonger leur mission pour une année supplémentaire afin de contribuer à la
77formation des militaires afghans . Le PvdA entendait en effet faire respecter
le calendrier voté en 2007, ce dernier prévoyant un retrait des troupes
néerlandaises pour l’année 2010, alors que le CDA semblait plus enclin à
accéder à la demande de l’Alliance. L’incapacité des partenaires de la
coalition à arriver à un accord entraîna la chute du gouvernement et la
convocation d’élections législatives anticipées pour le 9 juin 2010.

Ce scrutin voit la victoire des libéraux du VVD, emmenés par Mark
Rutte. Ces derniers deviennent en effet le premier parti du pays avec un
score de 20,4% des voix (en progression de 5,8%) 31 sièges (soit un gain de
789 sièges) . Ils devancent de justesse le PvdA, qui recueille 19,6% des voix
(1,6%) et 30 sièges (-3 sièges) et les populistes du PVV. Autre grand
vainqueur du scrutin, ce dernier, emmené par Geert Wilders, remporte en
effet 15,5% des voix (+9,6%) et triple presque le nombre de ses députés en
79remportant 24 sièges (contre 9 lors du précédent scrutin) !

76 COOSEMANS Thierry, Les résultats des élections européennes de mai 2014 dans les États
membres, op. cit., p. 44. Au sujet des résultats détaillés des élections, nationales ou
européennes, veuillez vous reporter, sauf indications contraires, au site Parlement & Politiek
www.parlement.com
77 « L’Afghanistan précipite la fin de la coalition aux Pays-Bas », in Le Figaro, 20 février
2010 ; DELOY Corinne, Elections législatives aux Pays-Bas – 9 juin 2010, Fondation Robert
Schuman (OEE), 10 mai 2010.
78 DELOY Corinne, Libéraux et travaillistes sont au coude-à-coude aux élections législatives
néerlandaises où le parti populiste de Geert Wilders arrive en troisième position, 11 juin
2010, Fondation Robert Schuman (OEE), 10 mai 2010.
79 Au sujet des résultats détaillés des élections, nationales ou européennes, veuillez vous
25
Le CDA, parti du Premier ministre Balkenende, s’effondre quant à lui à
13,7% des voix (en baisse de 12,8%) et perd près de la moitié de ses élus,
avec à peine 21 sièges. Le SP, auteur d’une percée spectaculaire 4 ans plus
tôt, retombe pour sa part à 9,9% et perd 10 sièges (soit 15 sièges). Les
libéraux de D66 triplent quant à eux leur score et enregistrent un score de
6,9% des voix, soit 10 sièges (+7). Ils devancent Groenlinks qui enregistrent
un score de 6,6% (+2%) soit 10 sièges (+3), Christen Unie en légère baisse
(3,3% -5 sièges) et le SGP (1,7% des voix – 2 sièges). Enfin, le PvdD (parti
de défense des animaux), arrive à se maintenir à la chambre basse avec un
80score de 1,3% des voix qui lui permet de conserver ses 2 sièges.

Après avoir entamé des négociations avec les travaillistes, les libéraux
doivent constater le blocage sur une série de questions économiques
(notamment la réduction des dépenses publiques réclamée par le VVD) et
81finissent par abandonner cette option , ce qui n’empêche pas Mark Rutte de
devenir, en octobre 2010, le premier chef de gouvernement libéral des
Pays82 83Bas depuis 1918 à la tête d’une coalition VVD-CDA .

Le VVD dispose des portefeuilles de ministre des Affaires étrangères
(Uri Rosenthal), de ministre des Infrastructures et de l'Environnement
(Melanie Schultz van Haegen), de ministre des Affaires sociales et des
Conditions de travail (Henk Kamp), de ministre de la Sécurité et de la
Justice (Ivo Opstelten), et de ministre de la Santé, du Bien-être et des Sports
(Edith Schippers). On y ajoutera 3 postes de secrétaires d’État, confiés à
Frans Weekers (secrétaire d'État aux finances), Halbe Zijlstra (secrétaire
d'État auprès de la ministre de l'Éducation, de la Culture et de la Science) et
Paul de Krom (secrétaire d'État auprès du ministre des Affaires sociales et de
84l’Emploi).

Ce gouvernement minoritaire (le premier depuis la fin de la Seconde
85Guerre mondiale ) obtient par ailleurs le soutien extérieur des populistes du
PVV, moyennant un durcissement de la politique migratoire ainsi que
l’interdiction de la burqa. Un soutien qui n’offre cependant que de justesse la
majorité au gouvernement, avec à peine 76 sièges sur 150 à la chambre basse

reporter, sauf indications contraires, au site Parlement & Politiek www.parlement.com
80 Ibid.
81 « Les libéraux néerlandais vont former un gouvernement de coalition minoritaire soutenu
par le parti de Geert Wilders », in Le Monde, 8 octobre 2010.
82 BURG Didier, « Poigne de fer dans gant de velours », in Le Soir, 11 octobre 2010.
83 « Les libéraux néerlandais vont former… », op. cit.,
84 Au sujet de la composition des gouvernements néerlandais, consultez le site Parlement &
Politiek www.parlement.com
85 BURG Didier, « Poigne de fer dans gant de velours », op. cit.
26
86du parlement néerlandais. Rapidement, des tensions apparaissent entre la
majorité et ses encombrants alliés du PVV. Ces dernières culminent au
printemps 2012 lors des négociations sur les réformes menées afin de réduire
87le déficit budgétaire . Le PVV finit par retirer son soutien au gouvernement,
ce qui entraîne la chute de ce dernier et la tenue de nouvelles élections
anticipées, non sans avoir réussi à obtenir une majorité alternative pour faire
voter son plan d’austérité grâce à l’appui de D66, de Christen Unie et des
88écologistes .
La campagne électorale se focalise rapidement sur l’Europe dans un
contexte de crise de l’euro et du plan de sauvetage à la Grèce. Le VVD
promeut notamment une réduction des charges et des impôts mais aussi une
position plus ferme de l’Union européenne face aux États du Sud de
89l’Europe.

Les élections législatives anticipées de septembre 2012 : nouvelle
progression du VVD et changement de partenaire de coalition

Les élections anticipées du 12 septembre 2012 récompensent cette
stratégie en renforçant le leadership du VVD. Les libéraux réalisent ainsi un
score historique en récoltant 26,5% (en hausse de 6,1% !) et en obtenant 41
90 sièges (+10) !

Autres grands vainqueurs du scrutin, les travaillistes enregistrent
également des gains substantiels, tant en voix (24,7% - soit un gain de 5,1%)
qu’en nombre de sièges puisqu’ils obtiennent 39 élus (+9). Le PVV, s’il
conserve son statut de troisième parti, retombe néanmoins à 10,1% (perdant
plus du tiers de son électorat), n’obtenant plus que 15 sièges (contre 24 sous
la précédente législature). Il devance le SP (qui reste stable avec 9,6% et 15
sièges) et les démocrates-chrétiens du CDA, qui connaît une nouvelle
déroute (ainsi qu’un score historiquement bas) et ne récolte plus que 8,5%
des voix (soit une baisse de 5,2% des voix) et 13 sièges (-8). D66 réalise
pour sa part un score de 7,9% des voix (+1%) qui lui permet de remporter
deux sièges supplémentaires (soit 12 sièges), Christen Unie le talonnant
avec un score de 3,1% (soit 5 sièges). Suivent les écologistes de Groenlinks

86 « Les libéraux néerlandais vont former… », op. cit.,
87 « Vers des élections anticipées aux Pays-Bas après l’échec des négociations budgétaires »,
in Le Monde, 21 avril 2012.
88 « Pays-Bas : accord sur l’austérité », in Le Figaro, 26 avril 2012.
89 DELOY Corinne, Les socialistes sont en perte de vitesse dans les sondages à une semaine
des élections législatives aux Pays-Bas, Fondation Robert Schuman (OEE), 10 mai 2010.
90Nette victoire des partis pro-européens aux élections législatives aux
Pays-Bas, Fondation Robert Schuman (OEE), 13 septembre 2012. Au sujet des résultats
détaillés des élections, nationales ou européennes, veuillez vous reporter, sauf indications
contraires, au site Parlement & Politiek www.parlement.com
27
qui connaissent un sévère revers avec un score d’à peine 2,3% (en baisse de
4,3%), soit 3 sièges (-7), le SGP enregistrant une très légère hausse (2,1% -
soit 3 sièges) et le parti des animaux (PvdD) arrivant une nouvelle fois à
91conserver ses 2 sièges avec un score de 1,9%.

Le résultat du scrutin conduit à la formation d’un gouvernement de
coalition réunissant libéraux du VVD et travaillistes du PvdA en novembre
922012 . Ce gouvernement, dans lequel Mark Rutte occupe à nouveau le poste
de Premier ministre prévoit notamment une extension de l’âge de la retraite
de 65 à 67 ans à l’horizon 2021 ainsi qu’une réduction des dépenses de l’État
de 16 milliards d’euros sur les quatre prochaines années avec pour objectif
93un retour à l’équilibre pour 2017 .

La législature est marquée, outre par l’abdication de la Reine Beatrix et
94l’accession au trône du Prince Willem-Alexander , par la récession
95économique , la perte du triple A suite à l’abaissement de la note du pays
96par l’agence de notation Standard & Poors ainsi que l’adoption de mesures
impopulaires qui engendrent un fort mécontentement au sein de la
population qui sanctionne les partis de la majorité à l’occasion des élections
97intermédiaires (élections communales de mars 2014 , élections européennes
98de mai 2014 – voir plus bas – et provinciales de mars 2015 ). Le VVD est
également éclaboussé par une série de scandales de doubles notes de frais
ainsi que par la révélation d’un accord passé dans les années 90 entre le
secrétaire d’État du ministre de la Justice et de la Sécurité Ivo Opstelten (à
savoir Fred Teeven, alors magistrat) et un trafiquant de drogue, affaire qui
99aboutit à la démission de ces derniers en mars 2015 .


91 Au sujet des résultats détaillés des élections, nationales ou européennes, veuillez vous
reporter, sauf indications contraires, au site Parlement & Politiek www.parlement.com
92 Agence de presse AFP, « Le monde en bref du 6 novembre 2012 », 6 novembre 2012.
93 « Vers un gouvernement libéral-travailliste aux Pays-Bas », Agence de presse Reuters, 29
octobre 2012.
94 STROOBANTS Jean-Pierre, « Amsterdam, 14h45 : « Vive le Roi ! », in Le Monde, 30 avril
2013.
95 Malgré une hausse des exportations, les Pays-Bas seront en
récession en 2013 », in Le Monde, 23 août 2013 ; STROOBANTS, Jean-Pierre, « Le
gouvernement néerlandais présente des perspectives économiques moroses », in Le Monde, 17
septembre 2013
96 STROOBANTS Jean-Pierre, « Les Pays-Bas, affaiblis par la rigueur, perdent à leur tour
leur triple A », in Le Monde, 29 novembre 2013.
97 Elections en Europe, 22 mars 2014. elections-en-europe.net/
98 STROOBANTS Jean-Pierre, « Le gouvernement néerlandais essuie un revers aux élections
provinciales », in Le Monde, 19 mars 2015.
99 « Pays-Bas : le parti de Mark Rutte dans la tourmente », in Le Monde, 10 mars 2015.
28
Le scrutin de mai 2014 confirme cette tendance d’élection « défouloir »
pour les électeurs néerlandais. Ainsi, alors que de nombreux observateurs
annonçaient une victoire du parti d’extrême droite PVV, celui-ci ne réalise
pas le résultat prévu. Au contraire, il recule nettement, passant de 17,0% des
100voix à 13.3% (– 3,7%), tout en préservant ses 4 sièges . Les deux partis
libéraux sont en progrès : le VVD passe de 11.4% à 12.2% (+0,8%) et
conserve ses 3 sièges, alors que D66 gagne 4,2% des voix (de 11.3% à
15,5%) et progresse de 3 à 4 sièges (+1). Le CDA conserve ses 5 sièges mais
perd 4.9% des voix (passant de 20.1% à 15.2%). Le PvdA conserve ses 3
députés mais recule, passant de 12.1% à 9.4% (– 2,7%). À gauche, le SP
progresse en pourcents (de 7,1% à 9,6%, soit +2,5%) mais stagne à 2 élus,
alors que Groenlinks recule de 1,9% (de 8,9% à 7,0%) et perd un de ses élus
(2 au lieu de 3). La liste commune à la CU et au SGP s’adjuge 2 sièges, avec
7,7%. Avec 4,2%, le PvdD fait son entrée au Parlement européen, avec 1
101siège.

Le système partisan néerlandais : la persistance des clivages
traditionnels

La « pilarisation » et la démocratie du consensus

Si l’on se réfère au paradigme de Lipset et Rokkan, le système partisan
néerlandais s’est articulé autour de deux clivages : la religion, dans un
premier temps (trois groupes coexistent depuis le XVIème siècle: les
catholiques romains, les protestants orthodoxes et la minorité humaniste ou
séculière), et la classe sociale ensuite. Pays d’industrialisation tardive par
rapport à d’autres pays d’Europe occidentale, les Pays-Bas n’ont connu le
clivage social qu’à partir des années 1880. Le ciment religieux, tant du côté
catholique que protestant, fit que seul le groupe séculier fut sensible à ce
clivage. Lorsque l’appartenance sociale remplace la religion comme clivage
principal, les termes « gauche » et « droite » qui, auparavant, illustraient la
séparation entre partis « religieux » et « non-religieux » deviennent
synonymes (du moins dans leur acception socio-économique) de
102« conservateurs » et « progressistes ».


100 COOSEMANS Thierry, Les résultats des élections européennes de mai 2014… dans les
États membres, op. cit., p. 45
101 Au sujet des résultats détaillés des élections, nationales ou européennes, veuillez vous
reporter, sauf indications contraires, au site Parlement & Politiek www.parlement.com
102 DAALDER Hans & KOOLE Ruud, Liberal parties in the Netherlands, op. cit., p.
164172.
29
C’est sur cette base qu’émergent trois véritables sous-cultures
(catholiques, protestants et classe ouvrière séculière) qui entreprennent de
s’organiser tout au long du XXème siècle en « piliers » ou zuilen. Cette
segmentation est passée à la postérité sous le nom de verzuiling ou
103 104« pilarisation ». Une démocratie de consensus, en quelque sorte , fondée
sur un haut degré de coopération (accommodation) entre les leaders des
105piliers. Nous aurons l’occasion de présenter plus loin la dimension
« consociationnelle » du système politique néerlandais.

Certains auteurs, comme Pieter Tops et Karl Dittrich, précisent toutefois
que le degré de « pilarisation » varia selon les sous-cultures: très développé
chez les catholiques et les protestants, relativement développé chez les
socialistes mais beaucoup moins chez les libéraux. G. Taal incrimine leur
106position dominante. Ruud Koole estime d’ailleurs qu’ils ne se seraient
prêtés que de mauvaise grâce à ce système des piliers, qui commence
d'ailleurs à s'effriter dans les années soixante sous l'influence d'un fort
107courant d'individualisme qui traverse la société néerlandaise. Céline Belot
et Bruno Cautrès mettent pour leur part en exergue deux clivages qui leur
semblent essentiels: celui qui oppose les catholiques aux protestants
orthodoxes, d’une part, et celui qui sépare la classe ouvrière laïque de la
108classe moyenne laïque d’autre part.

Le clivage socio-économique

Le clivage socio-économique a donc engendré, sur son versant ouvrier, le
109PvdA et, sur son versant bourgeois, le VVD. Pourtant Ruud Koole
considère que le PvdA associa, dès le départ, des traits issus du socialisme,

103 LIJPHART A., The Politics of Accommodation: Pluralism and Democracy in the
Netherlands, University of California Press, Berkeley, 1975; VAN SCHENDELEN MPCM,
Consociationalism, Pillarization and Conflict-Management in the Low Countries, Special
Issues of Acta Politica, 1984, cité par TEN NAPEL Hans-Martien, «The Netherlands:
Resilience Amidst Change», BROUGHTON David & DONOVAN Mark (Eds), Changing
Party Systems in Western Europe, Pinter Publishers, London and New York, 1999, p. 165.
104 BELOT Céline et CAUTRES Bruno, « Vers un espace public européen ? Les élections
européennes de juin 2004. Résultats et éléments d’analyses », « Notre Europe », Etudes et
Recherches n°40, juin 2005, 113 pages. Document disponible sur le site www.notre-europe.eu
105 TOPS Pieter & DITTRICH Karl, «The Role of Policy in Dutch Coalition Building,
194681», in LAVER M.J & BUDGE Ian, Party Policy and Government Coalitions, St Martin's
Press, The MacMillan Press Ltd, London, 1992, p. 278.
106 TAAL G., Liberalen en Radicalen in Nederland (1872-1901), The Hague, Nijhoff, 1980
107 HERMET Guy et al., op. cit., p. 355-359
108 BELOT Céline et CAUTRES Bruno, op. cit.
109 VAN LAER Jean, 200 millions de voix - Une géographie des familles politiques
européennes, Préface de Maurice Duverger, Société Royale Belge de Géographie et
Laboratoire de Géographie humaine de l'Université Libre de Bruxelles, Bruxelles, Février
1984, p. 20-21
30
du libéralisme et du personnalisme, même si les anciens socialistes
110dépassent en nombre les autres participants. D’ailleurs, lorsqu’il s’agit de
constituer en 1994 une coalition gouvernementale avec le VVD et D66,
l’auteur invite à se souvenir que le parti compte, aujourd’hui plus qu’hier,
nombre de membres qui prônent et recommandent des mesures néolibérales
dans le domaine économique : les électeurs du PvdA ont des positions
111idéologiques variées.

Un système multi-partite et multi-dimensionnel

À l’issue de la Seconde Guerre mondiale, les Pays-Bas retrouvent un
système non seulement multi-partite mais aussi multi-dimensionnel. Les
piliers ont tous leur expression politique avec le Katholieke Volkspartij
(catholique), le Anti-Revolutionaire Partij, la Christelijke Historische Unie
(protestant), le PvdA (socialiste) et le VVD (libéral). Ensemble, ces partis
112s’adjugeront entre 86 et 92% des voix au cours des vingt années à venir.
À partir du milieu des années soixante, le système politique néerlandais se
trouve soumis à de nouvelles contingences, et notamment le projet
« radical » de D66 qui entendait faire « exploser » le système partisan par un
changement constitutionnel, y compris une modification du système
électoral. Les partis confessionnels restent sur la défensive, et peinent à
formuler une stratégie cohérente. Du côté de la droite séculière, le VVD
adopte très vite un style plus populiste, orienté vers la majorité conservatrice
113des classes moyennes.

L’influence de la création d’un parti démocrate-chrétien sur les partis
libéraux

La création du Christen Demokratisch Appel (CDA) en 1980 consacre le
rapprochement entrepris depuis la fin des années soixante entre les partis
confessionnels : le catholicisme politique (dont l’Expression politique fut le
Katholieke Volkspartij-KVP), le calvinisme intransigeant (symbolisé par
l'Anti-Revolutionaire Partij-ARP) et l'aile conservatrice de l’Église réformée
114(représentée par la Christelijke Historische Unie-CHU).

La création d'un parti démocrate-chrétien unique aurait été impossible
avant la Seconde Guerre mondiale, en raison du fossé profond entre

110 KOOLE Ruud, Les partis libéraux aux Pays-Bas, op. cit., p. 243
111 Ibid., p. 243
112 TEN NAPEL Hans-Martien, op. cit., p. 172.; TROMP Bart, «Party Strategies and System
Change in the Netherlands», in MAIR Peter et SMITH Gordon (Edited by), Understanding
party system change in Western Europe, Franck Cass, London, 1990, p. 88
113 HERMET Guy et al., op. cit., p. 358-359, p. 370; TROMP Bart, op. cit., p. 86-87
114 La création du CDA fut finalisée en octobre 1980.
31
protestants et catholiques dans la vie religieuse, familiale, sociale,
associative, professionnelle, culturelle, sportive, bien qu'ils aient été presque
115toujours dans le passé condamnés à gouverner ensemble. Toutefois,
comme le souligne Bart Tromp, sa conception même le rendait toutefois
miné par les contradictions idéologiques, personnelles et
116organisationnelles. Si les élections de 1981, 1982 et 1986 confirment
117l’ancrage du CDA comme force durable , essentiellement grâce à la forte
popularité de son leader Ruud Lubbers, le parti n’en est pas moins confronté
à plusieurs problèmes fondamentaux, en particulier la déconfessionalisation
croissante de la société : ainsi, en 1991, plus d’un Néerlandais sur deux ne
118déclarait aucune affiliation à une Église. Lorsque Ruud Lubbers se retira
de la vie politique nationale, le CDA connut une série de crises de leadership
avant que n’émerge, finalement, Jan-Peter Balkenende.

Cela étant, comme l’a observé Jean-Claude Boyer, le CDA est parvenu à
dépasser les anciens clivages entre protestants et catholiques au profit d’un
éventail d'attitudes plus large, entre une aile droite « libérale » et une aile
gauche « sociale », cette dernière permettant à la formation de mordre sur
119l'électorat populaire, notamment dans les régions catholiques du Sud. Il
exploite le déclin des partis confessionnels en s’attaquant à leur électorat
conservateur, ce qui permit aux libéraux « d’amortir » la création de D66,
qui ne constitue donc pas une menace directe. De plus, le VVD se dote, au
début des années soixante-dix, de leaders jeunes, comme Hans Wiegel et Ed
Nijpels, lui permettant d’attirer les jeunes classes moyennes par un discours
articulé autour de la réduction de la pression fiscale et du rôle de l’État, des
politiques davantage tournées vers les entreprises et une politique étrangère
120atlantiste.


115 TROMP Bart, op. cit., p. 87
116 Ibid.
117 Ibid. p. 90.
118 LUCARDIE Paul, « Conscience chrétienne ou conservatisme social: le dilemme de la
démocratie-chrétienne hollandaise », in DELWIT Pascal (Edité par), Démocraties chrétiennes
et conservatismes en Europe – Une nouvelle convergence ?, Institut de sociologie –
Sociologie politique, Editions de l’Université de Bruxelles, Bruxelles, 2003, p. 260
119 BOYEZ Jean-Claude, « Les Pays-Bas en 1989: retour à la « grande coalition », GROSSER
Alfred, Les pays d'Europe occidentale - Edition 1990, Notes et études documentaires, La
documentation française, p. 103-105
120 WOLINETZ Steven B., «The Netherlands: Continuity and Change in a Fragmented Party
System», in WOLINETZ Steven B. (Edited by), Parties and Party Systems in Liberal
Democracies, Routledge, London and New York, 1988, p. 150.
32
La nouvelle configuration des années 80 : 3 partis dominants et une
constellation de petits partis

Ainsi, à la fin des années quatre-vingt, le système partisan néerlandais
s’est modifié par rapport aux années soixante : une configuration stable à
cinq partis a été remplacée par une domination de trois partis (CDA, PvdA et
VVD), mais entourés de plusieurs autres. Si sous certains aspects, les
alternatives semblent, dans les années quatre-vingt, assez identiques à celles
des années soixante, le contenu et le format de la compétition partisane ont
changé. Plutôt que de compter sur des clientèles fixes, les partis s’adressent à
un électorat plus volatil et l’offre des partis se diversifie: les libéraux et les
121socialistes ont pénétré les régions catholiques du Sud.

Cela étant, le morcellement du spectre partisan généré par un système
électoral de représentation proportionnelle intégrale autant que la position
stratégique de la démocratie-chrétienne sur l'échiquier politique ont empêché
l’instauration d’un véritable régime « d'alternance » entre deux blocs
distincts. De plus, le PvdA s’oriente davantage à gauche et le CDA à droite,
122ce qui donne au système partisan un aspect plus tranché. Pour sa part,
Peter Mair considère que les caractéristiques du système néerlandais n’ont
123pas tellement changé en vingt ans et continuent d’être consensuelles.

Il n’en reste pas moins qu’en 1994, libéraux et socialistes parviennent à
s’unir pour repousser le CDA dans l’opposition et mettre ainsi un terme à
son statut de parti pivot incontournable. Paul Lucardie explique ce
rapprochement entre libéraux et socialistes par un amenuisement de la
distance idéologique entre ces deux formations, principalement en raison du
recentrage du PvdA et de l’abandon de certains idéaux socialistes. Ainsi,
les conflits de classe auraient été vidés de leur signification et la
démocratiechrétienne aurait perdu, pour reprendre l’analyse de Kees Van Kersbergen,
124sa fonction de médiateur entre le capital et le travail.


121 LUCARDIE Paul, Conscience chrétienne ou conservatisme social, op. cit., p. 260
122 WOLINETZ Steven, op. cit., p. 152.
123 MAIR Peter, «The correlates of consensus democracy and the puzzle of Dutch politics»,
West European Politics, 17, 1994, p. 99-121; BARTOLONI S. & MAIR P., Identity,
Competition and Electoral Availability: the stabilisation of European electorates, 1885-1985,
Cambridge University Press, 1990. MAIR Peter, «Myths of electoral change and the survival
of traditional parties: the 1992 Stein Rokkan Lecture», in European Journal of Political
Research, 24, 1993 Cités par TEN NAPEL Hans-Martien, op. cit., pp. 181-182.
124 VAN KERSBERGEN Kees, « Hopen op macht. De neergang van de Nederlandse
christen-democratie in vergelijkend perspectif», Jaarboek, 1995, DNPP, Groningen, Centre de
documentation des partis politiques néerlandais, 1996, pp. 92-112, Cité par LUCARDIE Paul,
Conscience chrétienne ou conservatisme social…, op. cit., pp. 265-267
33
La baisse du conflit de classe

Depuis 1980, le conflit de classe aurait diminué d’intensité, bien qu’il
reste dominant, d’autant que la fin de la guerre froide réduit la distance
gauche-droite. La « niche électorale » de partis centristes comme le CDA ou
D66 s’en est trouvée réduite. Sur l’axe socio-économique, qui constitue le
principal clivage de la vie politique néerlandaise depuis 1918, le CDA a
toujours occupé une position centriste et pivotale, entre la gauche (PvdA,
D66, Groenlinks) et la droite (VVD).

Enfin, sur le clivage Église-État, la tendance s’est inversée au profit des
partis laïques (qui purent d’ailleurs se passer du CDA pour constituer un
gouvernement « violet » en 1994) alors que les petits partis protestants se
regroupent au sein de Christen Unie et pourraient concurrencer le CDA sur
ce segment électorat « confessionnel ». Sur l’axe Église-État, le CDA
occupait presque seul le versant religieux, n’y subissant que la faible
concurrence des trois petits partis réformés et calvinistes (SGP, RPF,
125GVP).

Les tableaux ci-après illustrent l’analyse faite par Paul Lucardie du
126système partisan néerlandais.

Les deux dimensions du système de partis aux Pays-Bas (1980)

Religieux


SGP GPV
RPF CDA
Gauche Droite

PvdA VVD


D66
Laïque


125 Ibid.
126 Ces tableaux sont évidemment antérieurs à l’implantation du VVD.
34
Les deux dimensions du système de partis aux Pays-Bas (après 2000)

Religieux

SGP
CU
CDA
Gauche Droite
SP
PvdA VVD D66
GL
Laïque


L’éclatement du spectre partisan et la volatilité électorale accrue

Le paysage politique néerlandais, qui se résuma longtemps aux trois
partis traditionnels (VVD, PvdA et CDA) est aujourd’hui complètement
éclaté. L’arrivée de nouveaux partis politiques à partir des années 1960 puis
la crise économique des années 1990 affectant l’État-providence et brouillant
les clivages idéologiques, la volatilité électorale n’a fait que se renforcer.

Enfin, les années 2000 marquent les débuts des partis populistes avec Pim
Fortuyn d’abord, Geert Wilders ensuite. Leurs succès, même relatifs,
traduisent une désaffection croissante des Néerlandais pour leur classe
politique.

Dans un paysage de plus en plus éclaté, les alliances deviennent de plus
en plus difficiles, comme en témoigne la difficulté de Mark Rutte à former
son premier gouvernement, et de plus en plus hétérogènes, comme en
témoigne l’alliance entre libéraux et travaillistes au lendemain du scrutin de
2012.

Dans un tel contexte, les formations sont contraintes de ratisser
relativement large et de faire preuve d’un certain pragmatisme, ce qui les
127amène parfois à sortir des carcans doctrinaires ou idéologiques . Le VVD

127 STROOBANTS Jean-Pierre, « Aux Pays-Bas, l’alliance gouvernementale en perte de
vitesse face aux populistes », in Le Monde, 8 janvier 2014.
35
n’échappe pas à la règle, pas plus que D66, les deux formations se
revendiquant ouvertement du libéralisme. Quant à Geert Wilders et à sa
formation, le PVV, ils surfent sur la vague populiste qui gangrène l’Europe
dans le sillage de la crise économique dans laquelle le Vieux continent est
enlisé depuis plusieurs années.

L’identité et le positionnement des partis libéraux

Le VVD

La plupart des analystes positionnent aujourd’hui le VVD résolument à
« droite », voire lui prêtent même une dimension « conservatrice ». Ainsi,
pour Daniel-Louis Seiler, l'évolution du libéralisme du type « Old Bourgeois
Left », au conservatisme libéral du type Tory fut lente et harmonieuse. On l'a
vu les libéraux néerlandais se révélèrent, dès l'origine, un parti tolérant et
ouvert. Par ailleurs le départ des radicaux de gauche et leur fusion avec les
128socialistes facilitèrent considérablement la dérive droitière du VVD.
Historiquement, rappelle Ruud Koole, le VVD regroupe la fraction la plus
129conservatrice du libéralisme néerlandais, rassemblant les personnes aisées.
D’autres analystes tempèrent ce jugement. Ainsi, pour F. Van Holthoon, le
130VVD serait le représentant du « libéralisme utilitariste ».

D66 : du catch-all party au « libéralisme social » ?

D66 se défend d'être un parti de masse, d'être lié à un quelconque groupe
de pression ou à une classe sociale déterminée, ni d'en défendre les
131intérêts. Toutefois, au fil des années, D66 s'est de plus en plus présenté
dans des termes idéologiques. Fondé comme un parti pragmatique, il a voulu
être une « alternative raisonnable » aux partis traditionnels, dans les années
quatre-vingt, pour devenir un parti progressiste libéral (selon quelques-uns
de ses membres) à la fin de cette décennie. Il n'a toujours pas de déclaration
de principes, mais son programme politique contient de plus en plus de
déclarations idéologiques. Finalement, à l'automne de 1998, D66 a choisi de
se nommer parti social-libéral, tout en mettant en évidence le fait qu'il n'y

128 SEILER Daniel-Louis, Les partis politiques dans le Benelux, Working Paper n°48, Institut
de Ciencies Politiques i Socials, Barcelona, 1992, 42 pages. Document disponible sur le site:
www.icps.es, p. 20.
129 HERMET Guy et al., op. cit., p. 370.
130 VAN HOLTHOON F.L., D66 en de Liberale Erfenis, Een essay. du
« Documentatiecentrum Nederlandse Politieke Partijen » de l’Université de Groninguen -
www.dnpp.eldoc.ub.rug.nl
131 Ibid.
36
avait aucun changement idéologique réel. L'étiquette ne faisait que confirmer
132l'approche adoptée par D66 depuis l'origine.

Pour Ruud Koole, D66 apparaît comme la résultante de deux
phénomènes: l'atmosphère de « fin des idéologies » qui a baigné la fin des
années cinquante et le début des années soixante, et la vague démocratique
qui a traversé l'Atlantique pour toucher l'Europe. Dès la fin des années
soixante-dix, et à la suite d'une série de défaites électorales, le parti se
présente davantage comme un quatrième courant politique et, dans cette
133perspective, accorde une attention nouvelle à l'environnement. L’auteur
estime encore que, tributaire de résultats électoraux fluctuants, D66 peut
cependant parvenir à se créer sa propre « niche » idéologique dans le
système hollandais de partis, ce qui le rendrait moins dépendant de la
popularité personnelle de son chef. Au fil des années, D66 s’est de plus en
plus présenté dans des termes idéologiques. Fondé comme un parti
pragmatique, il a voulu être une « alternative raisonnable » aux partis
traditionnels, dans les années quatre-vingt, pour devenir un parti
progressiste libéral (selon quelques-uns de ses membres) à la fin de cette
134décennie.

Jean Van Laer situe D66 au centre-gauche, comme un parti réformiste,
anti-establishment même si son électorat et son programme le placent dans
135un contexte plus bourgeois; il s'apparenterait assez au MRG français.
Daniel-Louis Seiler y voit l'héritier de la tradition Vrijzinnig, qui incarne la
rénovation moderniste analogue à celles des clubs de gauche et surtout du
Club Jean Moulin dans la France de la même époque, tandis que Paul
Lucardie le compare aux libéraux britanniques, aux Républicains italiens,
aux Radicaux français et aux Démocrates américains - but in the Dutch
136context, it has always been a deviant case, difficult to classify. Mais la
question reste controversée, notamment dans la mesure où quelque 50% des
électeurs de D66 se définissent comme post-matérialistes, tels que définis
par Inglehart. Faut-il dès lors classer D66 dans ce clivage? Observant qu’il
fut l’un des premiers partis aux Pays-Bas à avoir mis en évidence
l'importance de la protection de l'environnement, Ruud Koole estime en effet
que D66 peut être considéré comme un proto-parti d'un parti
post137matérialiste. Pour F. Van Holthoon, D66 serait le promoteur d’un

132 KOOLE Ruud, Les partis libéraux aux Pays-Bas, op. cit., p. 238
133 HERMET Guy et al., op. cit., p. 358-359., p. 365.
134ys-Bas, op. cit., pp. 237-238
135 VAN LAER Jean, op. cit., p. 21.
136 LUCARDIE Paul, op. cit., p. 132.
137 KOOLE Ruud, Les partis libéraux aux Pays-Bas, op. cit., p. 237
37
libéralisme émancipateur, dans la lignée de John Stuart Mill, que l’auteur
138décrit – non sans audace - comme étant D66 avant la lettre.

Le PVV : au-delà des apparences et de l’étiquette, la haine et
l’intolérance

On ne peut par ailleurs pas faire l’économie d’une brève analyse d’un
autre parti se revendiquant de la « liberté », à savoir les populistes du PVV
(Partij Voor de Vrijheid – « parti pour la liberté »).

Cette formation, fondée en 2006 par un ancien député du VVD, Geert
Wilders, rendu célèbre pour avoir contribué à la réalisation d’un
court139métrage incendiaire islamophobe intitulé « Fitna » , est généralement
présentée comme une formation populiste particulièrement hostile à la
religion islamique et justifiant cette hostilité par une volonté de défendre des
valeurs fondamentales de la société néerlandaise, telles que l’égalité, la
liberté ou encore les droits des femmes et des homosexuels. Hostile à
l’immigration, le PVV prône notamment l’expulsion des immigrés sans
emploi et refuse la construction de nouvelles mosquées. Enfin, la formation
de Geert Wilders se pose également comme un parti hostile aux élites et
affiche un euroscepticisme assumé. Le parti de la liberté souffre néanmoins
d’un manque de cohérence idéologique. Ainsi, plutôt situé à l’extrême droite
de l’échiquier politique néerlandais sur les questions sécuritaires et
d’immigration, il n’en demeure pas moins intraitable sur la défense de
l’État140providence et les questions sociales.

Après une première percée lors des législatives de 2006, le PVV devient,
à l’occasion des élections européennes de 2009, le second parti des
Pays141Bas, engrangeant à cette occasion 17% des suffrages . La formation
poursuit sa progression lors des élections municipales de mars 2010, arrivant
en tête dans la commune d’Almere (avec un score de 21,6% des voix) et en
seconde position à La Haye avec un score de 16,9%. Elle ne se présentait par
142contre que dans ces deux communes . Après être devenu la troisième
formation politique à l’occasion des législatives de 2010, le parti enregistre
un revers lors des élections anticipées de 2012. Les élections européennes de

138 VAN HOLTHOON F.L., op. cit.
139 BRINKS Jan Herman, PAROISSIEN Elsa, « Fragilités du pacte démocratique aux
PaysBas : Geert Wilders et l’islam », in Politique étrangère, 2010/4, pp. 899-911.
140 DELOY Corinne, La gauche de la gauche, favorite des élections législatives
néerlandaises, Fondation Robert Schuman (OEE), 20 août 2012.
141 COOSEMANS Thierry, Les résultats des élections européennes de mai 2014 dans les
États membres, op. cit., p. 44
142 MARION Joseph, « Nouvelle percée de l’extrême-droite aux Pays-Bas », in Le Figaro, 4
mars 2010.
38
2014, en vue desquelles Wilders affiche un rapprochement avec Marine Le
143Pen , confirment ce tassement, le PVV conservant néanmoins ses 4
144eurodéputés .

Quelques considérations sur les élus européens des partis libéraux
néerlandais

Deux traits communs s'imposent à l'analyse de la composition de la
délégation néerlandaise depuis l'élection du Parlement européen au suffrage
universel: expérience et longévité.

Le premier trait commun ressort de l'étude du passé et de l'expérience
acquise par les députés néerlandais avant leur élection sur des matières
strictement européennes. Les exemples abondent en ce sens, en particulier au
sein du VVD: Florus Wijsenbeek fut secrétaire général de la Fédération
ELDR et collaborateur du groupe ELDR (actuellement ALDE); Jessica
Larive fut directrice de cabinet du président du groupe, Martin Bangemann;
Hans Nord fut secrétaire général du PE; Cornelius Berkhouwer fut président
145(controversé ) du PE de 1973 à 1975 ; Jan Mulder fut fonctionnaire à la
Commission européenne. D66 n'est pas en reste, puisque Jan Brinkhorst, élu
en juin 1994, était jusqu'à cette date directeur général à la Commission
européenne.

La longévité de carrière de ces élus est tout aussi remarquable. Au sein de
D66, en dépit de la faible représentation européenne du parti depuis 1979,
deux élus ont accompli un double mandat: Doeke Eisma (1979-1984 et
1994-1999) et Jan-Willem Bertens (sans interruption de 1989 à 1999). La
délégation s’est renouvelée en juillet 1999, avec l’arrivée de Lousewies van
der Laan et Bob van den Bos.

Dans les rangs du VVD, la plupart des élus siégeant ou ayant siégé au PE
ont connu plusieurs législatures: trois successives pour Gijs de Vries, Jessica
Larive et Florus Wijsenbeek, et deux successives pour Hans Nord, Hendrik
Louwes, Jan Mulder, Jan Kees Wiebenga et Elly Plooij-van Gorsel.

On relèvera qu'aucun élu néerlandais n'a jamais démissionné en cours de
mandat: tous ont terminé la législature pour laquelle ils avaient été élus, à

143 MESTRE Abel, STROOBANTS Jean-Pierre, TRUC Olivier, « Marine Le Pen étend son
réseau en Europe », in Le Monde, 14 novembre 2013.
144 COOSEMANS Thierry, Les résultats des élections européennes de mai 2014 dans les
États membres, op. cit., p. 45
145 A ce sujet, Florus Wijsenbeek nous rappella que le chef de groupe libéral de l’époque, Jean
Durieux, n’eut, selon lui, de cesse de « saboter » la présidence de Cornelius Berkhouwer.
39
l'exception de Gijs de Vries, appelé en 1998 à exercer des responsabilités
ministérielles aux Pays-Bas. Cette expérience et cette longévité sont les
raisons fondamentales de la grande influence exercée par la délégation
néerlandaise (et singulièrement celle du VVD) au sein du groupe ELDR
(actuellement ALDE), culminant avec l'élection de Gijs de Vries à la
présidence du groupe en juillet 1994. Après avoir présidé l’Internationale
Libérale de 2009 à 2014, Hans Van Baelen a été élu président de l’ALDE en
novembre 2015.

Elections législatives et européennes -
Evolution en pourcents du VVD et de D66
30,0%
24,7%
26,5%
23,1%25,0%
20,4%19,7%19,9%18,9% 17,9% 18,0%20,0% 15,5%
16,4% 15,4%
14,6% 14,6%17,3%
13,2%15,0% 17,4%
11,4%
11,0% 15,5%
13,6%
12,0%10,0% 11,7%
6,1% 11,3% 7,9%9,0% 9,0%
7,9%
5,0% 6,9%2,2% 5,9% 5,8% 5,1%
4,3% 4,0% 4,2% 2,0%
0,0%
VVD D66


Elections législatives - Evolution en sièges du
VVD et de D66
45 41
38
40 36
2835 31 31
27 2230 26
24 24
25 22
1720
14
12 1215
109
710 6 6
3
5
0
VVD D66


40

EUR Juin 1979
LEG Mai 1981
LEG Septembre 1982
EUR Juin 1984
LE Mai 986G 1
EUR Juin 1989
LEG Septembre 1989
LEG Mai 1994
EUR Juin 1994
LEG Mai 1998
EUR Juin 1999
LEG Mai 2002
LEG Jan 2003
EUR Juin 2004
LEG Novembre 2006
EUR Juin 2009
LEG Juin 2010
E rL G septemb e 2012
EUR mai 2014
Mai 1981
Septembre 1982
Mai 1986
Septembre 1989
Mai 1994
Mai 1998
Mai 2002
Janvier 2003
Novembre 2006
Juin 2010
Septembre 2012