Les partis politiques italiens

Les partis politiques italiens

Français
245 pages

Description

Cette étude est une précieuse introduction à une histoire d'une grande complexité : la vie politique italienne à travers les partis politiques qui l'incarnent (1861-2018). L'observateur, qu'il soit italien ou non, se trouve devant un système souvent opaque, que la lecture de la presse quotidienne contribue mal à l'éclairer. Des positions extrémistes se sont développées, notamment sur les thèmes de l'organisation de l'État et de l'unité nationale ou sur l'accueil des immigrés, mais dans l'ensemble, comme dans la période de lutte contre les terrorismes, les institutions ont tenu.

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Date de parution 16 octobre 2018
Nombre de lectures 0
EAN13 9782140103186
Langue Français
Poids de l'ouvrage 1 Mo

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Paolo Carusi
LES PARTIS POLITIQUES ITALIENS DE L’UNITÉ DU PAYS À NOS JOURS
L’HARMATTAN 5-7 rue de l’École Polytechnique 75005 Paris
Collection « Penser le Temps Présent »
Cette collection a pour ambition de proposer au lecteur un ensemble de travaux – études et essais – portant sur les thè-mes d’actualité ou aptes à éclairer les grands événements du temps présent.
Publication réalisée avec le concours de Volume stampato con il contributo di DIPARTIMENTO DISTUDIUMANISTICI UNIVERSITÀ DIROMA-TRE
Traduction de l’italien et mise en page réalisées par L’Harmattan Italia
NOTICE: toutes les citations ont été retraduites de l’italien
www.editions-harmattan.fr © L’Harmattan, Paris, 2018 ISBN: 978-2-336-31232-3 © pour l’édition originale italienne intitulée I partiti politici italiani dall’Unità ad oggi, (3) Edizioni Studium, Roma, 2015
SOMMAIRE
Préface,JEAN-DOMINIQUEDURAND
Introduction à l’édition française
I. L’HISTOIRE
1.1861-1890 : La représentation individuelle Notes
2.1890-1919 : La quête d’agrégation Notes
3.1919-1943 : Mort et renaissance des partis politiques Notes
4.1943-1947 : L’unité antifasciste Notes
5.1947-1962 : Le centrisme Notes
6.1962-1979 : Du lancement du centre-gauche à l’échec de la solidarité nationale Notes
7.1979-1992 : De la stagnation à l’effondrement du système des partis Notes
8.1992-2014 : Une transition en cours Notes
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II. L’HISTORIOGRAPHIE
1.Une historiographie « des » partis ? Notes
2.L’élargissement du cadre de l’enquête Notes
3.La rencontre avec les sciences sociales Notes
4.L’historiographie sur les partis dans les toutes dernières décennies Notes
III. LA MÉTHODOLOGIE
1.Les sources de l’histoire des partis Notes
2.Les différentes approches méthodologiques Notes
3.Nouvelles perspectives de recherche Notes
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Préface
JEAN-DOMINIQUEDURAND Professeur émérite d’Histoire contemporaine à l’Université de Lyon
L’étude du professeur Paolo Carusi de l’Université de ‘Roma-Tre’, est une précieuse introduction à une histoire d’une grande complexité : la vie politique italienne à travers les partis politiques qui l’incarnent. Son décryptage ainsi que son suivi restent en effet toujours un exercice très délicat. L’observateur, qu’il soit italien ou non, se trouve devant un système souvent opaque, que la lecture de la presse quotidien-ne – qui donne plus de place à la chronique des événements et des déclarations sous forme de petites phrases, qu’à la réflexion politique – contribue mal à l’éclairer. Un article d’un quotidien,Avvenire, du 25 novembre 2007, que j’ai choisi parmi tant d’autres, est révélateur du jeu poli-tique en Italie :
« La rupture entre Alliance nationale et Forza Italia semble sérieu-se. Et puis il y a l’Union démocrate-chrétienne qui semble plus divisée. Il y a la tendance Giovanardi - Barbieri décidée à s’ap-puyer sur le nouveau parti annoncé par le Cavaliere, mais il y a aussi le groupe Tabacci - Baccini qui, malgré la froideur de Montezemolo, continue à travailler à la ‘Rose blanche’ [c’est-à-dire une sorte de réunion du centre]. Et précisément Tabacci après avoir établi une longue liste des possibles interlocuteurs, depuis Di Pietro jusqu’à Follini et même jusqu’au ministre Fioroni, invite Casini à ‘sortir de son tacticisme et à converger sur notre vision stratégique’. Ces mouvements, à l’intérieur de l’UDC, ne plaisent pas au président de la droite, Teodoro Buontempo. Contre l’ex-pré-sident de la Chambre : le ‘cheval de Troie du centre-droit’. Et contre l’UDC ‘coupable’ de vouloir s’allier avec le centre-gauche. Peut-être qu’il court trop, Buontempo. Aujourd’hui le défi des cen-tristes semble toujours d’être de rivaliser avec le Cavaliere pour la direction du centre-droit, et Vietti le dit avec clarté : ‘nous n’avons
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pas peur d’accepter la concurrence au centre avec le Parti du peu-ple pour la conquête du vote des modérés’. Berlusconi se tait, mais Daniele Cappezzone, hierleaderdes radicaux et aujourd’hui tou-jours plus proche du nouveau sujet politique pensé par le Cavaliere, le ‘caresse dans le sens du poil’ : ‘j’ai choisi de passer au centre-droit et je suis à la disposition de Silvio Berlusconi pour donner une petite contribution à son nouveau projet politique’ ».
C’est à n’y rien comprendre ! Quel citoyen peut-il compren-dre un tel entremêlement de personnages et de structures, et se retrouver dans un tel système ? Cet extrait de presse illustre, sans l’éclairer, la vie politique italienne : sa complexité, le rôle des individualités, et, au-delà des grandes coalitions qui tentent de se forger, son éclatement. L’Italie a pourtant connu dans le passé récent de très grands par-tis politiques ; en l’occurrence, le Parti démocrate-chrétien et le Parti communiste, qui à eux deux ont rassemblé, jusqu’au début des années 1990, près de 75 % de l’électorat, avec des millions d’adhérents. Mais un politologue italien avait qualifié d’« imparfait » ce bipartisme apparent parce qu’il n’ouvrait pas sur l’alternance : en effet, l’Italie a connu pendant près de 50 ans un gouvernement démocrate-chrétien allié avec d’autres petits partis, mais sans véritable alternance parce que le Parti communiste était le Parti communiste, porteur d’un discours révolutionnaire, malgré son évolution beaucoup plus ouverte que d’autres en Europe. Tout cela masquait une instabilité remarquable et de fond, en raison de l’existence à l’intérieur de ces partis (et notamment du Parti démocrate-chrétien) du jeu des courants et de l’appoint toujours indispensable de petites formations, pour constituer des majorités parlementaires. Plus récemment, la chute de la Démocratie chrétienne, entre 1992 et 1994, a peut-être ouvert la voie à la recherche d’une meilleure stabilité par l’adoption d’un système électoral à un tour, mais avec cependant le maintien d’une dose non négli-geable de proportionnelle. Cela a également entraîné la forma-tion de deux coalitions : la Casa delle Libertà à droite et au cen-tre-droit ; l’Ulivo au centre-gauche. Du coup, on en est venu à
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parler improprement de l’avènement d’une deuxième République. En réalité, si on y regarde de plus près, et du fait que les institutions n’ont pas été réformées, avec notamment deux Chambres ayant les mêmes pouvoirs, l’évolution poli-tique indique que les gouvernements successifs restent tou-jours à la merci d’évolutions individuelles, de la part de tellea-derou de telle petite formation. On ne cesse de parler de bipar-tisme, mais il s’agit en fait de deux coalitions de partis plus ou moins forts, et même les grands partis, le Parti démocrate par exemple à gauche est miné par les luttes de courants et de per-sonnalités. C’est ce que l’auteur nomme « une transition » tou-jours inachevée. Mais une transition vers quoi ? Les derniers événements, avec la victoire de partis populistes ou extrémis-tes, lors des élections législatives du 4 mars 2018, ne semblent pas fournir de réponse claire. La lecture de cet ouvrage donne pourtant quelques utiles clés d’interprétation, comme la notion de transformisme. Celle-ci apparaît dans le système politique italien dès la réali-sation de l’Unité. Elle est liée au fait que la vie politique s’est organisée alors plus autour de quelques fortes personnalités qu’autour de partis politiques solides. Dans les années 1870, la formation des Ministères étaient le fait surtout de combinaisons, de coteries ou de coalitions d’intérêts. Le mottransformisme provient d’un discours prononcé par le chef du Gouvernement Agostino Depretis en octobre 1882 ; il appelait « à la transfor-mation (la trasformazione) des partis ». D’où le terme trans-formisme pour désigner les alliances de coalition et justifier les changements de majorité au cours d’une même législature. Il n’y a pas l’équivalent dans le vocabulaire politique français, si ce n’est peut-être le terme opportunisme. Mais il ne s’agit pas vraiment d’opportunisme. L’opportunisme a une charge péjo-rative, alors que le transformisme est vu plutôt, à ce moment-là en tout cas, comme quelque chose de plus positif, qui empê-che précisément la rigidité et qui permet de changer des majo-rités et donc d’avoir des systèmes plus souples. Or ce phéno-mène – qui a certainement ses avantages, mais avec de sérieux inconvénients – a perduré jusqu’à aujourd’hui.
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Entre 1945 et 1992, la Démocratie chrétienne était elle-même un vaste partiinterclassiste, c’est-à-dire regroupant des personnes venant de toutes les classes sociales, partagé entre de nombreux courants et sous-courants. Le transformisme s’est alors opéré d’une manière discrète, à l’intérieur même du parti dominant. Depuis sa chute, le transformisme reste une tendan-ce lourde. Il contribue à accentuer la coupure visible entre la population et un monde politique clos, souvent ésotérique. Il y a là un système que l’homme de la rue désigne, avec mépris, sous le terme dePalazzo, terme qui exprime le monde des poli-ticiens avec ses propres règles du jeu, qui tourne sur lui-même et ignore les vrais problèmes du pays. Le phénomène se mesure aussi à l’aune de l’éclatement des partis politiques. Ce transformisme est favorisé par le fait que les partis sont faibles et organisés autour d’une personnalité, avec deux périodes exceptionnelles : le temps du fascisme qui a éliminé les expressions de la démocratie et la période 1945-1992, au cours de laquelle la vie politique italienne a été struc-turée par deux très grands et puissants partis politiques (la Démocratie chrétienne et le Parti communiste). Mais le pre-mier, avec ses nombreux courants, restait dans la tradition de la fragmentation. On cherche toujours à réformer le système élec-toral, mais sans jamais trouver la solution qui permettrait de stabiliser le système politique qui reste dominé par les petits partis et par les personnalités. La fragmentation accompagne le localisme (ou campanilis-me) dont Paolo Carusi montre qu’il est indissociable du pro-cessus de création de l’État italien unitaire. Il y voit « un mal congénital » lié à la nécessité pour les parlementaires de défen-dre leur territoire face à un système politique très centralisé, construit plus sur la domination du Piémont sur le reste de la Péninsule, que sur une agrégation véritable voulue et acceptée par les régions. Le processus unitaire s’est longtemps fondé sur une petite élite sociale avec un corps électoral limité à 2% de la population masculine en âge de voter en 1877 (le suffrage universel masculin n’est adopté qu’en 1911), sur l’autorité militaire et celle des préfets. Le sentiment national reste faible.
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