Nouvelle politique étrangère
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Description

Depuis la fin de la guerre froide, la gestion des affaires extérieures des pays et gouvernements ainsi que le travail diplomatique sont en mutation permanente afin de s’adapter aux nouvelles réalités mondiales. La décentralisation de l’ordre mondial, la montée des régionalismes, l’émergence de nouvelles puissances économiques, la précarisation de la sécurité internationale de même que les changements climatiques et technologiques ne sont que quelques-uns des nombreux bouleversements qui sont survenus sur la scène internationale.
Dans un contexte de mondialisation et de continentalisation, chaque État et chaque gouvernement doit repenser sa politique étrangère et revoir ses stratégies diplomatiques. Parallèlement, les paradigmes scientifiques qui tentent d’expliquer ces phénomènes doivent être reconsidérés. Le présent ouvrage constitue une remarquable réflexion sur la nécessité de repenser le cadre et les niveaux d’analyse de la politique étrangère en réaction à cette mouvance et à cette gouvernance mondiales. Réunissant les textes de chercheurs québécois, canadiens, européens et africains, il aborde les grands défis de la fin du XXe siècle et présente clairement les répercussions de certains phénomènes mondiaux et de certaines tendances globales sur l’évolution de la gouvernance des affaires du monde. Il propose, aussi bien aux diplomates de carrière qu’aux nouvelles générations de décideurs et de diplomates, des réponses aux questions théoriques et pratiques contemporaines en matière de politique étrangère.

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 11 mai 2016
Nombre de lectures 0
EAN13 9782760544987
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0055€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

Nouvelle politique trang re
Presses de l Universit du Qu bec
Le Delta I, 2875, boulevard Laurier
bureau 450, Qu bec (Qu bec) G1V 2M2
T l phone: 418 657-4399 - T l copieur: 418 657-2096
Courriel: puq@puq.ca - Internet: www.puq.ca
Diffusion / Distribution:
CANADA
Prologue inc., 1650, boulevard Lionel-Bertrand
Boisbriand (Qu bec) J7H 1N7 - T l.: 450 434-0306 / 1 800 363-2864
FRANCE
AFPU-D - Association fran aise des Presses d universit Sodis, 128, avenue du Mar chal de Lattre de Tassigny, 77403 Lagny, France - T l.: 01 60078299
BELGIQUE
Patrimoine SPRL, avenue Milcamps 119 1030 Bruxelles, Belgique - T l.: 02 7366847
SUISSE
Servidis SA, chemin des Chalets 7
1279 Chavannes-de-Bogis, Suisse - T l.: 022 960.95.32

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Nouvelle politique trang re

Sous la direction de
Charlie Mballa et Nelson Michaud
Pr face de Michel Robitaille
Catalogage avant publication de Biblioth que et Archives nationales du Qu bec et Biblioth que et Archives Canada
Vedette principale au titre:
Nouvelle politique trang re
Comprend des r f rences bibliographiques et un index.
ISBN 978-2-7605-4496-3
ISBN EPUB 978-2-7605-4498-7
I. Relations internationales. 2. Diplomatie. I. Mballa, Charlie.
II. Michaud, Nelson, 1960-.
JZ1242.N68 2016 327 C2016-940247-9

Conception graphique Julie Rivard
Image de couverture iStock
Mise en pages Info 1000 Mots
D p t l gal: 2 e trimestre 2016
Biblioth que et Archives nationales du Qu bec
Biblioth que et Archives Canada
2016 - Presses de l Universit du Qu bec
Tous droits de reproduction, de traduction et d adaptation r serv s
Imprim au Canada D4496-1 [01]
Pr face
Michel Robitaille D l gu g n ral du Qu bec Paris Repr sentant personnel du premier ministre pour la francophonie Pr sident du Groupe des ambassadeurs francophones de France

Depuis la fin des ann es 1980, le monde est en mutation. Nous avons v cu la fin de la guerre froide, la chute du mur de Berlin et l mergence de nouvelles puissances. Le monde est maintenant caract ris par la multipolarisation de la sc ne internationale, la mondialisation des changes et une r volution des technologies de l information et de la communication qui rendent l actualit accessible en temps r el, peu importe o nous nous trouvons.
Ces changements, qui semblaient nous mener vers un monde d ouverture et une re de d veloppement pacifique favorisant le multilat ralisme, ont r cemment c d le pas un monde nouveau. Il s agit d un monde anxiog ne, traumatis par des menaces plan taires sans cesse grandissantes, d coulant des succ s des groupes int gristes et de la multiplication des actes de terrorisme aux quatre coins du monde. M me les r volutions du printemps arabe, qui devaient d boucher sur davantage de d mocratie, ont surtout g n r , pour le moment, la mont e en puissance des groupes extr mistes.
Cette nouvelle r alit est venue freiner les lans d ouverture de la mondialisation et remettre en cause la grande mobilit des personnes, comme c est notamment le cas dans l espace Schengen de l Union europ enne, l int rieur de la zone englobant les 26 pays qui en sont membres.
Face de tels bouleversements, chaque tat et chaque gouvernement doit red finir son r le sur la sc ne internationale, repenser sa politique trang re, revoir ses strat gies et s interroger sur la forme que pourrait prendre une r organisation de son r seau diplomatique. Tout cela dans le but de mieux d fendre et promouvoir ses int r ts dans ce nouveau contexte de mondialisation et d ins curit .
uvrant depuis 40 ans dans le domaine des relations internationales au sein du gouvernement du Qu bec et de son r seau de repr sentations l tranger, j ai v cu sur le terrain les effets significatifs et sans cesse acc l r s de ces changements tout d abord qualifi s d internationalisation, puis de mondialisation. J ai t t moin du r le de plus en plus d terminant d acteurs autres que les tats dans les affaires mondiales tels les organisations internationales, les gouvernements infranationaux, les ONG et la soci t civile. Il est fini le temps o seuls les diplomates d tats souverains avaient le monopole de l exercice de la diplomatie. Il faut maintenant composer avec tous les acteurs ext rieurs qui n ont pas n cessairement les m mes pratiques ou les m mes objectifs, mais qui exercent une influence r elle sur les gouvernements.
La soci t civile, par exemple, est de plus en plus mobilis e autour d enjeux transnationaux et est m me d avoir une influence d cisive sur l agenda international, comme on a pu notamment le constater lorsqu une campagne mondiale d ONG a d bouch sur le trait d Ottawa bannissant les mines antipersonnelles.
La gestion des affaires ext rieures des pays et gouvernements ainsi que le travail diplomatique sont donc en mutation permanente pour adapter les strat gies et les actions de ces derniers cette nouvelle r alit . La diplomatie se fait d sormais beaucoup plus dans une logique d influence que dans la traditionnelle approche de confrontation qui caract risait un monde bipolaire. Ce nouveau monde globalis favorise une souverainet partag e, les int grations r gionales, la coop ration et la d fense d int r ts communs plusieurs tats.
J ai pu, une fois de plus, le constater lors de ma participation la 21 e Conf rence des parties sur les changements climatiques de l Organisation des Nations Unies (COP21) qui s est tenue Paris du 30 novembre au 11 d cembre 2015. La COP21 a t pr c d e de plusieurs mois de tractations diplomatiques men es par le ministre des Affaires trang res de la R publique fran aise. La totalit de l impressionnant r seau de repr sentations diplomatiques de la France a t mise contribution pendant plus d un an dans le cadre d une vaste op ration strat gique de soft power qui a r ussi influencer les politiques d environnement de plusieurs tats. Ces actions concert es de la France et son succ s convaincre, m me les plus r calcitrants, ont men un accord historique, que l on estimait improbable, entre 196 pays qui ont convenu d une cible de r duction du r chauffement de la plan te deux degr s. C est cette m me COP21 que, pour la premi re fois, dans le cadre des conf rences de l ONU sur le climat, des tats f d r s et des territoires ont t consid r s comme faisant partie de la solution. Ils ont ainsi t invit s pr senter leurs initiatives dans l enceinte officielle, normalement exclusivement r serv e aux membres, confirmant ainsi le nouveau et d terminant r le que sont appel s jouer les tats infranationaux et les territoires.
Le Qu bec, tat infranational qui fait partie de la courte liste de ces tats non souverains, utilise tous les leviers sa disposition pour servir ses int r ts l international. Il agit sur tous les fronts gr ce son r seau de 26 repr sentations gouvernementales travers le monde, son statut de membre permanent de l Organisation internationale de la francophonie, sa pr sence l UNESCO, son appartenance de tr s nombreux forums et regroupements r gionaux d tats f d r s et de territoires ainsi qu l action soutenue d un minist re exclusivement consacr la gestion de ses relations internationales.
Le pr sent ouvrage collectif Nouvelle politique trang re , codirig par Charlie Mballa et Nelson Michaud, est une remarquable r flexion sur la n cessit de reconsid rer le cadre et les niveaux d analyse en politique trang re en r action cette mouvance et cette gouvernance mondiales. Il aborde, en des termes accessibles, les grands d fis d coulant de la mondialisation et de la continentalisation. Il pr sente clairement les r percussions de ces deux tendances sur l volution de la gouvernance des affaires du monde.
Il a la tr s grande qualit d tre r dig par des professeurs et chercheurs qu b cois, canadiens, europ ens et africains repr sentant diverses traditions universitaires et diff rents univers culturels. Ces auteurs ont tous eu le souci de proposer, aussi bien aux diplomates de carri re de longue exp rience qu aux nouvelles g n rations de d cideurs et de diplomates, des r ponses aux questions th oriques et pratiques de notre temps.
La lecture de l ouvrage que vous avez entre les mains vous apportera un nouvel clairage sur les enjeux r els de la diplomatie contemporaine et vous permettra de mieux comprendre comment la politique trang re r ussit s ins rer dans le contexte tumultueux de la gouvernance globale.
Enfin, je suis persuad que cet ouvrage en inspirera plusieurs et qu il confortera peut- tre m me certains qui consid rent entreprendre une stimulante carri re diplomatique.
Table des mati res
Pr face
Michel Robitaille
Introduction / Politique trang re, politique globale et diplomatie: fronti res et passerelles
Charlie Mballa et Nelson Michaud
Chapitre 1 / La th orie g n rale de la politique trang re: l impossible mission d objectivation?
S bastien Barthe et Charles-Philippe David
1/ Le r alisme et la politique trang re tatique
2/ Les approches lib rales classiques et contemporaines de la politique trang re
3/ Les th ories de la d cision l preuve de la politique ext rieure
4/ Les obstacles perceptuels et cognitifs la prise de d cision
5/ Les contraintes bureaucratiques la prise de d cision
6/ Le constructivisme comme via media th orique pour aborder le ph nom ne de la politique trang re
Conclusion
Bibliographie
Chapitre 2 / L volution de la pens e en politique trang re: la construction d une th orie-cadre d hier aujourd hui
Philippe Constantineau
Chapitre 3 / La red couverte des approches sociologiques et psychologiques appliqu es l analyse de la politique trang re
Patrick David Houghton
1/ La fin de la guerre froide et la hausse du subjectivisme
2/ La grande d b cle
3/ La red couverte des approches sociologiques
4/ La red couverte des approches psychologiques
5/ Constructivisme et cognitivisme: une combinaison possible?
Bibliographie
Chapitre 4 / La politique trang re travers e par le haut et par le bas: transnationalisation, d centralisation, sectorisation et privatisation
Charlie Mballa
1/ Politique trang re et politiques trang res: entre dilution et fragmentation
1.1/ Les dynamiques d appropriation collective de la politique trang re
1.2/ Les dynamiques d appropriation subjective de la politique trang re
2/ La politique trang re dans un contexte de brouillage des fronti res: des vicissitudes de la puissance souveraine la subversion de dynamiques r ticulaires
3/ Les ambivalences de la ph nom nalit de politique trang re: esquisse de rep rage
Conclusion
Bibliographie
Chapitre 5 / La politique trang re en qu te de nouveaux leviers: l universalisme d mocratique, ultime "grande illusion des diplomaties occidentales?
Philippe Moreau Defarges
1/ Leviers universalistes: probl matique
1.1/ Rep res historiques
1.2/ Nouveaux facteurs structurants: d -territorialisation et fragmentation
2/ Les tats occidentaux et l universalisme d mocratique ou l arroseur arros
3/ L incertaine plan tarisation de l universalisme d mocratique
3.1/ La d mocratie et les droits de l Homme: des notions en d composition-recomposition permanentes
3.2/ La d mocratie et les droits de l Homme: deux notions happ es par la mondialisation
3.3/ La d mocratie entre plan tarisation et universalisation
Bibliographie
Chapitre 6 / La politique trang re l preuve du soft power
Fr d ric Mayer
1/ La politique trang re
2/ Le soft power
3/ De nouvelles possibilit s
4/ Le prestige ou le succ s des institutions?
5/ Les autres sources
6/ Des indicateurs
7/ Le soft power passif et le soft poweractif
8/ Le soft power et la diplomatie publique
Conclusion
Bibliographie
Chapitre 7 / Entre d mocratie et diplomatie publique: o se trouve la politique trang re?
Evan H. Potter
1/ La diplomatie publique: concept et pratique
2/ Le contexte en changement: tendances et acteurs
3/ La diplomatie 2.0: une nouvelle diplomatie publique pour le XXI e si cle?
Conclusion
Bibliographie
Chapitre 8 / Les alliances et les alignements: les d terminants strat giques et thiques des coalitions politiques internationales
Carlos R. S. Milani
1/ La politique trang re comme politique publique
2/ Les facteurs conomiques, nerg tiques et g opolitiques de la puissance
3/ Le soft power , exp rience multilat rale et coop ration Sud-Sud
Conclusion: un projet politique de d veloppement autonome
Bibliographie
Chapitre 9 / La politique trang re, le f d ralisme et la gouvernance paliers multiples: l exemple des n gociations commerciales
St phane Paquin
1/ Th ories du f d ralisme et des n gociations commerciales
2/ F d ralisme et n gociations internationales au Canada
3/ La conclusion de trait s au Canada
4/ Les m canismes intergouvernementaux commerciaux
Conclusion
Bibliographie
Chapitre 10 / La politique trang re dans un pays en d veloppement: sym tries et asym tries, mim tisme et parall lisme
Oumar Ba
1/ Les d terminants objectifs de la politique trang re
1.1/ La construction constitutionnelle d un monopole
1.2/ Des invariants diplomatiques structurants
2/ Les d terminants subjectifs de la politique trang re s n galaise: un pr sident, une vision?
2.1/ Les visions r alistes
2.2/ La vision lib rale d Abdoulaye Wade: complexit s diplomatiques et revirements g opolitiques
Conclusion
Bibliographie
Conclusion / La politique trang re: une trange politique?
Charlie Mballa et Nelson Michaud
Notices biographiques
Index
I NTRODUCTION /
Politique trang re, politique globale et diplomatie
Fronti res et passerelles
Charlie Mballa et Nelson Michaud 1

Les transformations auxquelles le syst me des relations internationales a t confront depuis la fin des ann es 1990 se traduisent par plusieurs manifestations qui nous sont aujourd hui famili res: la d centralisation de l ordre mondial cons cutive la fin de la guerre froide; la mont e des r gionalismes; l mergence de nouvelles puissances conomiques; la pr carisation de la s curit internationale; les transitions d mocratiques; les changements climatiques et technologiques; etc. Ces transformations ne vont pas, aujourd hui, sans remettre en question la politique trang re et son syst me international d insertion. Sont particuli rement vis s par ces volutions, l environnement, les acteurs et les processus de politique trang re ainsi que le regard que l observateur jette sur le ph nom ne. Parall lement, les nombreux bouleversements survenus en politique int rieure concourent l volution de l ordre mondial, de la diplomatie et une reconsid ration des paradigmes scientifiques qui tentent d expliquer ces ph nom nes. L ensemble de ces red finitions est de nature brouiller la fronti re, parfois reconnue, mais souvent pratiqu e entre les nombreuses sous-disciplines des sciences politiques et les champs analytiques connexes.
Par-del les champs heuristiques, les diff rentes invasions caract re pist mologique attribu es la pluralisation des acteurs et des sujets internationaux nous imposent de prendre quelques pr cautions s mantiques pour ne pas fondre la politique trang re dans son contexte et la confondre avec ses moyens. D s lors, voquer la politique globale revient discerner les diff rentes relations de parall lisme et les intersections qui traversent la politique trang re et son environnement et d m ler tout un r seau complexe de relations multiscalaires. Situer la politique trang re par rapport la diplomatie vise restituer les volutions qui en ont affect les instruments et les pratiques.
Ainsi, la politique trang re concerne ce que les tats font au confluent d un environnement interne et d un environnement externe. Le processus d ploy (comment ils le font) rel ve davantage de la diplomatie, comme nous le verrons plus loin. La politique trang re a souvent t reconnue comme un ensemble d actions tatiques poursuivant des buts internationaux pr cis, dont le principal n est autre que l exercice d une influence sur le syst me international, chacune de ces actions reposant sur une doctrine internationale. Pour sa part, cette doctrine b n ficie d un dispositif de formulation et de mise en uvre propre.
La nature intrins quement tatique, traditionnellement reconnue la politique trang re, soul ve de plus en plus de doutes et l expression "politique globale semble se donner la vocation de les dissiper, du fait de la convoitise que suscitent l objet et le champ d tude qui nous int ressent. Consacr e au syst me politique et conomique de notre monde et analys e comme domaine d tude, la "politique globale , dans une perspective transnationaliste, renvoie cet espace d centralis o interagissent un nombre toujours grandissant d acteurs non tatiques dont l influence cumul e repr sente un d fi de taille au monopole de l tat sur l volution de celui-ci. Ce d fi, devons-nous le rappeler, renvoie divers ph nom nes l origine des th ses du d p rissement ou du retrait de l tat (Strange, 1996), du d clin de l tat territorial (Herz, 1957) ou encore de l " tat r duit (Bernier et Gow, 1994). Ces th ses, favorables la croyance grandissante au mythe d un tat sans pouvoir (Weiss, 1998), t moignent de plus de la d su tude progressive de la souverainet et de l ordre international qui y est rattach . Elles sont amplifi es notamment par le d veloppement des flux de tous ordres, allant de la circulation des biens, des services, des capitaux, des personnes de toute nationalit aux changes d informations et de fa ons de faire (best practices) , dans des domaines tr s vari s. cela Keohane et Nye (1989; Keohane et al. , 1971) ajoutent le r le r gulateur des organisations internationales dans les domaines commercial et conomique et la circulation des id es diffus es par les ONG. Ces chercheurs en arrivent conclure l imp rative n cessit de l adoption d approches plus "collaboratives dans la gestion des affaires de l tat et du monde. Sont particuli rement vis s par la posture collaborative recommand e les rapports entre acteurs h t roclites mis en commun: organisations internationales et r gionales, tats, grandes entreprises, organisations non gouvernementales et individus. Le r sultat ultime qu ils pr disent est le renforcement de la dimension manag riale de l tat et l att nuation de la perception coercitive de ce dernier.
En tenant compte de ces l ments, la "politique globale est donc une d signation proche des postures inclusives dans l analyse des relations internationales et de la diplomatie, l instar de celle propos e par Melissen et Sharp (2006), faisant des tats des acteurs diplomatiques "parmi tant d autres ou par le Global Policy Institute de Durham. Ce dernier a rig la global policy en un champ d tude qui se consacre l ensemble des ph nom nes et processus mondiaux l origine des flux transcontinentaux et transr gionaux ainsi qu aux r seaux d activit s et d interaction qui s y rattachent. Les chercheurs qui s y int ressent se pr occupent d analyser les acteurs publics et priv s agissant en r seau et formant un cadre de gouvernance multiniveaux. Ces acteurs tablissent ou transcendent un ensemble de r gimes nationaux, internationaux et transnationaux. Pour cette cole anglaise, le concept de politique globale, popularis dans une revue ad hoc (Global Policy Journal) , renvoie six types d int r ts heuristiques.
Le premier concerne les r gimes conventionnels et les modes d action concert s qui s y rapportent, l chelle internationale, et qui visent s attaquer, de mani re collective, des ph nom nes repr sentant un risque plan taire. Font partie de cette cat gorie, les solutions collectives apport es par des gouvernements et des tats-nations aux enjeux et probl mes cruciaux d int r t commun que pose l intensification de la mondialisation, depuis les cinquante derni res ann es.
Le deuxi me type d int r t concerne les modes non conventionnels de coordination l chelle mondiale et les politiques relatives des domaines de politique internationale non traditionnels, tels l opinion publique internationale, le travail des enfants, le bien- tre au travail, etc.
Le troisi me type d int r t renvoie l incidence des id es (d bats thiques et innovants) sur les institutions, les politiques informationnelles, les processus de modernisation des politiques publiques. Il fait galement r f rence aux r percussions des id es sur les th ories normatives relatives au nouvel ordre mondial et la gouvernance globale.
Les trois derniers types d int r ts sont regroup s en un seul, qui porte sur un ensemble d effets spill over. Il s agit d effets qui d coulent de la formulation traditionnelle des politiques nationales ou des r percussions extrafrontali res des mod les nationaux de gouvernance.
De ces trois derniers types de mutation regroup s, le premier concerne les mod les exp rimentaux de formulation des politiques publiques influenc s par des dynamiques d int gration sectorielle (cas des politiques europ ennes) et g ographique (exp riences nord et sud-am ricaines, asiatiques et africaines). Le deuxi me type recouvre les mutations des mod les de gouvernance, notamment le passage d une gouvernance unipolaire ( tats-Unis) une gouvernance multipolaire port e par des blocs r gionaux en mergence (Chine, Inde et Am rique latine). Chacun de ces blocs incarne une approche particuli re de construction des politiques publiques. Le dernier type de mutation observ e dans ce groupe vise le r seau constitu d acteurs h t rog nes, notamment non gouvernementaux (entreprises priv es, institutions r gionales et transnationales, organisations professionnelles et groupes d int r t, m dias) dot s de pouvoirs asym triques et soumis des dynamiques d interd pendance galement asym triques.
De cette vision de la politique globale d fendue par les auteurs du Global Policy Journal , d coule un nouveau type de gouvernance: la gouvernance globale ( global governance) , terme tr s r pandu dans les crits scientifiques concernant les relations internationales, o l expression tend souvent se confondre avec la notion de politique trang re. La gouvernance globale serait ainsi la politique trang re dans un contexte de complexit , face la multiplication quasi infinie d acteurs porteurs de puissance sur la sc ne internationale (Paquin, 2006).
Partant du caract re h t roclite des acteurs, de l asym trie de leur puissance, de l interd pendance de leurs relations (Keohane et Nye, 1977) et de la singularit des "int r ts nationaux (Krasner, 1978), nous pouvons nous int resser aux m canismes d interaction observables. Ces derniers interpellent d abord la diplomatie, en ce qu elle concerne la mani re dont les int r ts communs sont trait s, puis les modes de gestion des situations discordantes, voire conflictuelles, et, enfin, le champ d tudes qui s y consacre.
Plus pr cis ment, la diplomatie est aussi vieille que la politique trang re. Elle a, depuis longtemps, servi d instrument cette derni re. Nous la d finissons comme l utilisation pacifique de ressources, notamment humaines, mais aussi politiques et conomiques, par les acteurs de politique trang re, pour mettre en uvre une doctrine internationale. Au service de la politique globale et de la politique trang re, elle exerce diff rentes fonctions, dont quatre sont ch res Hedley Bull (2012). Ce dernier, dans une tradition bien grotienne, fait ainsi r f rence la communication, l information, la n gociation et la mitigation des conflits. Dans le nouveau contexte de dilution des fronti res du "dedans et du "dehors , de "d su tude de l interne et de l externe (Hocking, 1994), du mondial et du local, du national et du r gional (Aldecoa et Keating, 1999), les pratiques sous-jacentes ces fonctions et les acteurs diplomatiques les exer ant ont connu une volution importante. Il est tr s probable qu ils soient encore appel s se d velopper, la faveur de la vision que les dirigeants ont du contexte que nous venons d voquer et de leur capacit favoriser l adaptation de leurs soci t s respectives aux contraintes et opportunit s environnementales.
Dans quelle mesure la politique trang re r ussit-elle s ins rer dans le contexte tumultueux de la gouvernance globale? Quelles sont les diff rentes trajectoires des acteurs dans leurs efforts pour r pondre la pression de ce nouveau contexte? Le recours l expression "nouvelle diplomatie (Lee et Smith, 2011; Massart-Pi rard, 2005) traduit justement cette qu te d adaptation permanente des fonctions et des moyens de la politique trang re au contexte et ses contraintes. Ce besoin d adaptation est encore plus ressenti face aux exigences particuli res que la mondialisation et la continentalisation exercent sur l nonciation des doctrines internationales (politique trang re) ainsi que sur les moyens et processus de leur mise en uvre (diplomatie). Bien que les deux vocables d signent des r alit s visiblement comparables, la mondialisation voque d abord l ouverture au monde et la continentalisation est surtout per ue du point de vue conomique, mais aussi sous l angle des droits sociaux et des diversit s culturelle et juridique (Michaud, 2003). Les deux ph nom nes ont toutefois pour effet de modifier, parfois de mani re perceptible, la trajectoire des axes de priorit de la politique trang re, soit en les r orientant, soit en les diversifiant, comme la d monstration en avait t faite propos de la politique trang re d acteurs f d r s ou r gionaux comme le Qu bec (Michaud, 2003). Du fait de l intensification des interactions humaines, spatiales et cognitives (Lee et Smith, 2011), ces deux ph nom nes exigent une mise en commun des probl mes publics l chelle plan taire et dans des secteurs de plus en plus nombreux: la gestion des citoyens install s l tranger (les "diasporas ); la diffusion de certaines valeurs comme la d mocratie, les droits de la personne, la protection de l environnement et autres actes de l tat l chelle globale; la r gulation de la gouvernance num rique; la gestion des risques et des menaces la sant publique, etc. Leur prise en compte d passe aujourd hui les outils traditionnels de la diplomatie, sans oublier les contraintes certaines qu ils exercent sur les diplomates. Ces contraintes se posent d abord en termes d expertise pointue dans des domaines parfois peu traditionnels de politique trang re. La nouvelle diplomatie repr sente ainsi un ensemble de r ponses adapt es ces contraintes nouvelles ou nouvellement ressenties.
Face la diversification des enjeux et des domaines et la complexification de la gouvernance, la diversification/sp cialisation des ressources semble une des r ponses pouvant s imposer. Devant cet imp ratif d adaptation et de r novation de la diplomatie, les trajectoires des acteurs varient en fonction de leur capacit d insertion dans la gouvernance globale, leur capacit de mobilisation de ressources multiniveaux et multisectorielles ainsi que leur capacit renouveler leurs instruments diplomatiques.
Il s agit de variables au caract re op rationnel ind niable, mais dont les r percussions sur le plan th orique sont heuristiquement stimulantes. En s y int ressant, les chercheurs et sp cialistes, dont les contributions sont r unies dans le pr sent ouvrage, ont voulu r pondre une question commune: l irruption de nouveaux acteurs diplomatiques, le recours aux m canismes traditionnels de politique trang re par des acteurs non traditionnels, l apparition de nouveaux enjeux dans l horizon diplomatique international ne poussent-ils pas reconsid rer le cadre et les niveaux d analyse en politique trang re?
Sans vouloir enfermer les diff rents apports des contributeurs, cet ouvrage cherche animer les r flexions inspir es par cette question centrale en faisant la part belle l examen de l ad quation entre la nature des moyens analytiques et celle d un objet "politique ins r dans un monde de plus en plus interconnect et r ellement global. L articulation entre l internationalisation croissante des questions internes et l invasion diplomatique des questions conomiques, commerciales, sociales et culturelles, notamment, est galement au c ur des analyses.
Ces derni res s articulent ainsi autour de trois interrogations structurantes: a) Comment imaginer aujourd hui un cadre pist mologique de la politique trang re qui tienne compte des diff rents facteurs contextuels? b) Comment analyser la politique trang re comme politique publique face au ph nom ne de dilution des fronti res pist mologiques et la reconfiguration du syst me d interactions? c) Quelles le ons pratiques et th oriques tirer des diff rentes formes d exp rimentation de la politique trang re induite par la pluralisation des acteurs et des moyens diplomatiques?
Pour r pondre ces interrogations, nous avons r uni les contributions des sp cialistes repr sentant divers univers culturels et diff rentes traditions universitaires. Relativement la d finition de l objet, S bastien Barthe et Charles-Philippe David croient que cette question n est toujours pas tranch e pour ce champ d expertise aux vis es la fois explicative et prescriptive, abstraite et pratique. Pourtant, le caract re relativement jeune de la discipline acad mique des relations internationales, en sciences sociales, n a pas emp ch la croissance des travaux scientifiques qui lui sont consacr s, notamment ceux particuli rement consacr s l analyse de la politique trang re. Ce qui fait dire Philippe Constantineau que l uvre d objectivation ne saurait plus tre consid r e comme une mission impossible, tant donn que les acquis analytiques disponibles peuvent conduire un cadre th orique qui puisse rendre compte des diff rences conceptuelles, notamment entre la politique trang re et la politique globale. Ce cadre est imaginer au-del de l h t rog n it des situations g opolitiques ou de la confusion (l incertitude, tout le moins) dans laquelle la fin de la guerre froide a plong les th ories de politique trang re et des relations internationales.
Dans cet environnement global d apr s-guerre froide, David Patrick Houghton nous convie une r flexion qui incite appr hender le contexte qui a succ d la guerre froide comme un ensemble d occasions permettant non seulement de d terminer les perdants et les gagnants de ces ann es d incertitude, mais aussi d orienter le point de vue de l observateur vers des cibles conceptuelles qui fassent une part belle au monde tel que le refl tent nos interventions perceptuelles et cognitives. C est l enjeu m thodologique qui, d apr s lui, m rite l attention de l analyste, invit ne pas se limiter consid rer le monde comme il est. Ce monde, objet de tous les attributs et pith tes (monde global, monde en r seau, monde transnational ou monde en miettes), aurait fait tomber, comme l voque Charlie Mballa, un pan important des dogmes structurants de la vulgate westphalienne dans la "th orie de la relativit : la logique territoriale. Cette derni re est en effet contredite par le pouvoir plan taire et structurant des id es, des id ologies, bref par une vision du monde (Weltanschauung) propre la politique globale.
Ceci tant pos , il faut se garder de s emmurer dans la pens e et les id ologies universalistes. Ainsi, Philippe Moreau Defarges, sous l angle des grandes illusions id ologiques diffus es par les d mocraties occidentales, attire notre attention sur un ensemble d inclinaisons qui tendraient prendre la politique trang re pour une simple projection ext rieure de la politique int rieure d un tat, sur la base de certains principes et valeurs articul s ou non, mais de plus en plus homog nes. C est justement par le prisme de la d mocratie qu Evan H. Potter observe les changements qui affectent la politique trang re et la diplomatie, subverties par un ensemble de ph nom nes, dont la diplomatie publique, l invasion d acteurs gouvernementaux non centraux, c t de bien d autres tendances qui obligent revoir les approches classiques. Longtemps consid r es comme posture intellectuelle l gitime, ces derni res ont accord une place de pr dilection la coercition, alors enjeu et objet majeurs pour les chercheurs. Dans ce contexte red fini que nous venons d voquer en d but d introduction, elles ne peuvent plus tre seules. Pour saisir les nouvelles dimensions ainsi apport es, il nous faut recourir une grille d analyse permettant d claircir une grande partie des relations internationales, ce jour peu expliqu es, voire inexpliqu es par les approches classiques. C est ce quoi Fr d ric Mayer nous invite. Prolongeant la r flexion de Mballa sur la ph nom nalit de politique trang re et celle de Moreau Defarges sur les valeurs, Mayer embrasse la nouvelle r alit voulant que la politique trang re ait pris de nouvelles formes et que ses grilles d analyse doivent, en cons quence, progresser avec elle. Pour faire uvre utile, l analyste doit, comme il nous le sugg re, se pr occuper de consid rer de pr s l ad quation entre les moyens (la diplomatie) et les objectifs des acteurs (la politique trang re).
Du coup, nous retournons au concept de capacit , en compagnie de Carlos R. S. Milani qui analyse la politique trang re la fois comme une constituante de la politique d tat n cessaire pour combler ses besoins structurels de survie et de s curit , et comme politique publique, susceptible par cons quent de changer selon les coalitions politiques au pouvoir et les volutions propres la d mocratie repr sentative. Cette analyse est poursuivie tant par St phane Paquin que par Oumar Ba qui soulignent l importance des syst mes d interaction dans lesquels la politique trang re est ins r e. Sous cet angle, nous pouvons arriver saisir l effet structurant des arrangements institutionnels (Paquin) et l influence des dirigeants au pouvoir sur la direction que peut prendre la politique trang re (Ba). La question de la gouvernance n en est pas loin, ce qui fait ressurgir le ph nom ne de dilution des fronti res pist mologiques ou de double nature de la politique trang re, une dimension abondamment trait e dans le pr sent ouvrage. Ne devrait-on pas, d s lors, reconsid rer l analyse des processus d cisionnels au regard des arrangements institutionnels des acteurs? C est du moins l une des questions que se pose aussi St phane Paquin, en tudiant le cas des n gociations commerciales internationales. Celles-ci d montrent, en effet, la d su tude des approches centralisatrices face au ph nom ne de gouvernance et au concept de gouvernance paliers multiples, r put avoir une capacit explicative plus forte, notamment lorsqu il est question de diplomatie commerciale dans un contexte de f d ralisme.
Nous pouvons reconna tre, au terme de ces lignes introductives, que l "interne n aura jamais t aussi proche du "global , depuis que la gestion de l tat et des affaires du monde est devenue une attribution des acteurs la fois du "dedans et du "dehors , du "haut et du "bas , d fendant aussi bien l "int r t national que les int r ts globaux. Pour comprendre et rendre compte des dynamiques de nos soci t s d aujourd hui de plus en plus interconnect es et r ellement globales, les dimensions perceptuelles, cognitives et organisationnelles sont, certes, tr s puissantes, mais insuffisantes. Elles doivent d sormais se conjuguer avec l observation des pratiques et des r cits de vie de toute nature, inspir s des exp riences concr tes, capable d accompagner, dans un contexte de turbulences et de risques, la construction des identit s collectives, tout en respectant les trajectoires particuli res des acteurs.
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1 Nos remerciements les plus sinc res Kim Nossal (School of Policy Studies, Queen s University) pour sa contribution et ses conseils.
CHAPITRE 1 /
La th orie g n rale de la politique trang re
L impossible mission d objectivation?
S bastien Barthe et Charles-Philippe David

R sum
Si les relations internationales restent une discipline universitaire assez jeune en sciences sociales, les travaux scientifiques qui lui sont consacr s, notamment ceux concernant pr cis ment la politique trang re, sont croissants. Pourtant, la question de la d finition de l objet n est toujours pas tranch e pour ce champ d expertise aux vis es la fois explicatives et prescriptives, abstraites et pratiques. Prises individuellement, les approches th oriques des relations internationales ne semblent nous offrir que des portraits partiels de la complexit qui marque notre poque. Ce chapitre souligne l int r t de la combinaison de diff rentes approches, si nous voulons avoir notre port e de puissants outils analytiques pour comprendre les dynamiques d un monde de plus en plus interconnect et r ellement global.
Mots cl s
politique globale politique trang re r aliste politique trang re lib rale politique trang re compar e analyse d cisionnelle institutionnalisme n olib ral constructivisme syst me international s curit collective identit ( tatique, collective, nationale)
Les relations internationales (RI), comme discipline universitaire, demeurent l une des plus jeunes sciences sociales. S inspirant des id es et des m thodes provenant de sources aussi diverses que le droit, l histoire, l conomie et la sociologie, ses pionniers de l entre-deux-guerres se sont efforc s de cr er un discours scientifique propre l tude du politique lorsque ce dernier transcende les fronti res des tats. D s le d part, et particuli rement dans le monde anglo-saxon, cette nouvelle science de l international ne s est pas voulue une entreprise uniquement th orique. Issu d une volont g n rale d viter un retour aux conditions politiques qui avaient rendu la Grande Guerre possible, le discours des RI ses origines tait galement travers par une volont vidente (et souvent avou e) de guider les dirigeants des puissances victorieuses vers un monde plus stable et s curitaire pour l humanit enti re 1 . Et bien s r, ces avis portent en premier lieu sur les d cisions strat giques et diplomatiques que ces dirigeants ont avantage prendre pour assurer autant la survie que la prosp rit de leurs nations; d o l int r t, quasi secondaire l poque, de d velopper une certaine connaissance th orique du comportement g n ral des tats dans leurs interactions afin d en d gager la m canique profonde et de g n rer ainsi des recommandations scientifiquement fond es. Malgr les volutions substantielles de la sc ne internationale depuis les origines de notre discipline, force est de constater que le d couplage de ces deux vis es, l une explicative et l autre prescriptive, est loin d tre acquis. Probablement que l objet d tude propre notre champ d expertise, qui doit encore tenir compte de la pr sence et de l influence des tats comme acteurs incontournables - certains diraient primordiaux, d autres principaux - rend in vitable le d veloppement d une connaissance la fois abstraite et pratique non seulement de l international, mais galement de la politique trang re. Ce faisant, et de mani re volontaire ou non, nous laborons des sch mes desquels les d cideurs de politique trang re peuvent toujours s inspirer pour guider leur navigation sur les eaux tumultueuses de la politique globale.
Le pr sent chapitre tentera de d gager ce que les approches th oriques "positivistes des relations internationales peuvent nous sugg rer comme interpr tations des forces qui fa onnent le comportement des tats dans leurs interactions mutuelles, ainsi que dans celles qu ils tablissent avec les autres acteurs de la politique globale. Notre attention se limitera donc aux th ories r alistes, lib rales, d cisionnelles et constructivistes, laissant d autres le soin d analyser de mani re similaire les th ories "post-positivistes et critiques qui alimentent galement les d bats th oriques dans notre discipline. Pour atteindre notre objectif principal, qui est de relever les visions que nous offrent les th ories de RI de la politique trang re des tats, il nous faudra quelquefois revenir sur les pr misses propres chacune des approches que nous aborderons, afin de bien situer dans quel contexte leurs recommandations font sens. Nous porterons galement une attention particuli re la fa on dont est consid r le ph nom ne de la d finition des int r ts nationaux par chaque cadre d analyse, puisqu il est g n ralement admis que de cette activit d coulent les pr dispositions qui guident l laboration des politiques strat giques et diplomatiques. Nous proc derons en pr sentant tour tour les familles th oriques, dans le but de souligner la coh rence logique qui anime chacune d entre elles. Nous terminerons notre tour d horizon en offrant diverses pistes de r flexion sur les limites qui rendent chacune des approches tudi es incompl tes en elles-m mes, et qui militent en faveur d un certain pluralisme th orique pour d velopper une connaissance plus compl te de la politique trang re des tats.
1/ Le r alisme et la politique trang re tatique
Bien qu une telle consid ration demeure toujours discutable, plusieurs s entendront pour consid rer le r alisme comme la tradition philosophique la plus ancienne des relations internationales. Ses postulats pur s, qui confinent la sc ne internationale au domaine de la n cessit , de la r currence et de la trag die, en font sans conteste une des approches les plus puissantes que notre discipline puisse offrir pour saisir les racines du comportement des tats sur la sc ne mondiale. Le r alisme est galement l un des rares produits endog nes de notre discipline bien connus en dehors des cercles universitaires internationalistes. Cela explique certainement autant l attrait qu il peut exercer aupr s d une frange toujours nombreuse de chercheurs en RI, toutes langues et origines nationales confondues, que le r le d pouvantail que lui font jouer les th oriciens plus critiques de la politique globale. Une pr sentation des visions th oriques sur la politique trang re pourrait donc difficilement commencer autrement que par la prise en compte des postulats r alistes en la mati re.
Si le XX e si cle a transform le r alisme d une orientation philosophique g n rale un ensemble de th ories pr tention scientifique, plusieurs historiens, philosophes et praticiens des si cles pass s ont laiss une trace ind l bile sur les d veloppements r cents de cette approche. Comme le rappelle Dario Battistella (2012), le r alisme contemporain offre trois postulats qui ont trait la politique trang re et qui r ussissent faire consensus au sein d une famille o les luttes fratricides sont monnaie courante. Ces trois postulats concernent la rationalit instrumentale qui anime les d cideurs tatiques, l unit de l tat et sa pr pond rance comme acteur de la politique globale, ainsi que la s paration nette entre les consid rations politiques int rieures et ext rieures. Le chemin pour se rendre une telle unit th orique n a cependant pas t des plus simples. Si l ancien g n ral et historien ath nien Thucydide (460-406 av. J.-C.) est g n ralement consid r comme le premier penseur r aliste que nous a laiss l histoire 2 , tant son Histoire de la guerre du P loponn se contient de nombreux passages qui expriment les fondements de l approche (absence d autorit inter tatique capable d imposer un r glement pacifique aux cit s en guerre; droit des cit s de d fendre leurs int r ts par la force; vertu de l quilibre des puissances, dont la rupture a entra n la guerre), c est cependant Machiavel (1469-1527) qui fait figure de premier r aliste moderne. Le Prince nous offre une r flexion sur les relations entre tats qui fait encore cole chez les r alistes contemporains. partir de sa consid ration tr s n gative de la nature humaine (ingrate, sauvage, violente, conspiratrice, arrogante, insatiable), qui demeure inchang e depuis la cr ation des hommes, il en vient conseiller aux princes de ne se soucier que de la p rennit de leur pouvoir, ce qui suppose de chercher continuellement tendre leur domination sur les autres tats. Dans la mesure o , chez Machiavel, ni l autorit eccl siale ni le pouvoir imp rial ne sauraient se pr senter comme garants de la s curit des princes, il fait figure de pr curseur du r alisme moderne qui reconna t l anarchie du syst me international comme structure imp rative des rapports entre les unit s politiques, qui les contraint toutes la m fiance envers leurs semblables et leur permet de r gler leurs diff rends par la force. Le philosophe anglais Thomas Hobbes (1588-1679), pour sa part, est certainement l une des sources les plus influentes sur la vision r aliste contemporaine des rapports inter tatiques et de la politique trang re. Hobbes, de mani re beaucoup plus explicite que Machiavel avant lui, expose les fondements de la nature humaine, la qu te individuelle de la s curit qui m ne au contrat social et l impossibilit pour tout tat d accepter d tre domin par d autres comme les facteurs qui rendent impossible le d passement de l anarchie des relations internationales. Ce faisant, la politique trang re ne pourra tre jamais plus que la d fense des int r ts de l tat dans un monde hostile.
Pour toute la sagesse qu ils ont pu insuffler la philosophie politique de l international, Thucydide, Machiavel et Hobbes demeurent des pr curseurs du r alisme moderne. Ce dernier appara t dans la premi re moiti du XX e si cle et conna tra trois vagues de d veloppement universitaire: une premi re, qui l emportera sur l id alisme de l entre-deux-guerres dans ce qui est consid r comme le premier "grand d bat th orique de notre discipline et produira les analyses maintenant classiques que nous associons des g ants tels Edward H. Carr (1964), Hans J. Morgenthau (1948), George F. Kennan (1951), Henry Kissinger (1957) et Raymond Aron (1962); une seconde, lanc e par Kenneth N. Waltz en 1979 avec la publication de son magnum opus, Theory of International Politics , qui voit na tre un "n or alisme soucieux de devenir une v ritable th orie scientifique de la politique internationale; une troisi me, o l on voit appara tre l appellation de "r alistes n oclassiques , qui regroupe des chercheurs revendiquant la fois la prise en compte des contraintes structurelles aux relations entre les tats, comme les expriment les n or alistes, et celle des facteurs internes qui d terminent les d cisions de politique trang re des tats, sujet au centre des r flexions des r alistes classiques. Parmi ces r alistes n oclassiques, on comptera William C. Wohlforth (1993), Gideon Rose (1998), Randall L. Schweller (1998) et Fareed Zakaria (1998).
Apr s la Seconde Guerre mondiale, le r alisme conna tra un essor impressionnant dans le monde universitaire am ricain, aliment par le besoin de conseil en mati re de politique trang re d un gouvernement et d un peuple qui se retrouvent subitement au c ur des lignes de failles politico-strat giques internationales sans poss der de grandes traditions ou institutions pour faire face ce d fi. Se confondent, dans ce contexte, la noble cause scientifique de la qu te des "lois objectives qui r gissent les relations internationales et le souci de d velopper un type de connaissance utilisable par les d cideurs de la politique trang re am ricaine. ce titre, Hans J. Morgenthau saura admirablement tirer son pingle du jeu avec la publication en 1948 de l ouvrage r aliste classique le mieux connu encore de nos jours, Politics among Nations. Dans la seconde dition de cet ouvrage (paru en 1952), Morgenthau noncera six c l bres principes du r alisme politique, dont deux retiendront particuli rement notre attention ici 3 : la s paration des consid rations politiques int rieures et ext rieures, d une part, et la d finition de l int r t national en termes de puissance, d autre part. Du fait de son interpr tation de la nature humaine qui cherche sans cesse affirmer sa volont et dominer son semblable lorsque n cessaire pour atteindre ce but 4 , et de sa conception franchement hobbesienne de l absence de solution au probl me de l anarchie des relations inter tatiques, Morgenthau ne consid re pas comme tr s important de savoir qui se trouve la t te de tel ou tel tat. Les d cideurs tatiques sont certes libres de choisir les d tails dans l orientation de politique trang re de leur pays, et ils se doivent de ne pas errer en agissant sur la base d un optimisme na f lorsqu ils sont confront s des situations demandant une r action rapide de leur nation sur la sc ne mondiale. Mais la "grande strat gie d un tat et la planification long terme de la politique trang re qui en d coule devraient reposer sur l augmentation constante et prudente des instruments de la puissance (qu ils soient militaires, conomiques, scientifiques, d mographiques ou autres), s agissant l du meilleur gage de survie de l tat dans un monde cruel 5 , peu importe la conjoncture propre une poque pr cise. Dans un tel contexte, se soucier de l humeur populaire, qui peine concevoir de telles consid rations sur la longue dur e, en plus d tre une proie facile manipuler, ne peut tre une fa on efficace de remplir la mission sacr e de la survie de l tat dont sont charg s ses dirigeants.
Raymond Aron peut pr tendre de son c t avoir d velopp une vision de la politique internationale bel et bien r aliste, mais somme toute moins rigide que celle de Morgenthau, dont les le ons en mati re de politique trang re devraient galement attirer ici notre attention. Renon ant au d veloppement d une th orie pr dictive des relations internationales, Aron propose une approche plus sociologique du ph nom ne, qui laisse place un ventail plus large de choix pouvant s offrir aux dirigeants tatiques. En renon ant ne consid rer que seule puisse tre rationnelle la maximisation de la puissance comme motivation de l int r t national, il rappelle plusieurs reprises dans son magistral Paix et guerre entre les nations qu il serait futile de chercher r duire la multiplicit des int r ts des tats une seule pr occupation qui guiderait sans exception toutes les d cisions prises en mati re de s curit et de diplomatie. Si l anarchie force effectivement les tats se munir d instruments pouvant les aider garantir leur survie, ils peuvent tout de m me chercher atteindre divers objectifs, lesquels ne peuvent tre formellement hi rarchis s au moyen d une th orie passe-partout s appliquant tous les tats tous les moments. Qui plus est, Aron int gre les notions d homog n it et d h t rog n it des syst mes internationaux, et aboutit l id e que la proximit id ologique entre certains tats peut les aider surmonter leurs diff rences, alors qu inversement, l animosit id ologique peut accentuer les risques de conflit. Il est alors clair que, pour Raymond Aron, les seules consid rations mat rielles de la puissance ne devraient pas tre automatiquement le premier souci des dirigeants tatiques, comme le laissait entendre Morgenthau.
La th orie n or aliste de Kenneth N. Waltz repr sente un probl me de taille lorsqu il s agit de consid rer son apport l tude de la politique trang re des tats. Car de l avis de son auteur (1990), sa construction th orique qui place l anarchie comme structure d terminante de la politique internationale renonce une fois pour toutes servir de guide aux praticiens en la mati re, pr f rant plut t se concentrer sur les types de d veloppement des syst mes internationaux pris dans leur ensemble. Par exemple, alors que l tat d quilibre entre les (grandes) puissances constitue selon les r alistes classiques un gage de paix, ces derniers consid rent ce type d "architecture internationale comme le fruit de volont s politiques qui, soucieuses de garantir leur propre s curit , s entendent pour g rer leurs relations mutuelles de cette mani re. Waltz, s il est galement fortement pr occup par l quilibre de la puissance dans un syst me international, aborde la question sous l angle de l in vitabilit qu une pr pond rance de puissance de la part d une unit du syst me soit contrebalanc e par les actions, concert es ou non, des autres unit s. D s lors, la recherche d un quilibre dans la r partition de la puissance sur le plan syst mique ne demande pas de s attarder sur les r flexions et les actions de tel ou tel tat un moment donn : il s agit d une propri t mergeant du syst me, un tat d auto-organisation vers lequel tout syst me (international) tendra naturellement 6 . Cela tant dit, plusieurs ont tout de m me r ussi trouver chez Waltz une mati re l tat brut pouvant tre model e en une s rie de maximes sur la politique trang re. Entre autres, Waltz se voit dans l obligation de consid rer le nombre de configurations syst miques qui peuvent r sulter de l quilibrage de la puissance. Il en arrive un triptyque: un syst me international peut tre soit unipolaire, soit bipolaire, soit multipolaire. Dans un syst me unipolaire, un seul tat poss de beaucoup plus de puissance que les autres, ce qui entra ne un mouvement g n ral pour contrer cette pr pond rance: il s agit d une configuration hautement instable de la politique internationale. Un syst me multipolaire est sensiblement moins instable, de par la multiplicit des grandes puissances qui complique sensiblement les calculs strat giques de tout un chacun, et qui, finalement, peut entra ner de longues p riodes de paix relative. Un syst me bipolaire, enfin, saura se montrer le plus stable: incapables de se d fier directement sans risquer une guerre o l une et l autre auront beaucoup perdre, chacune des deux puissances principales cherchera consolider son influence dans sa sph re d int r t, tout en gardant comme objectif de ne pas se faire d passer par sa rivale. De nombreuses le ons peuvent d s lors se trouver inspir es par la th orie de Waltz, au grand dam de son auteur: les d cideurs de politique trang re devraient se soucier grandement de la distribution de la puissance sur le plan international et moduler leur d finition de l int r t national et de leurs actions en cons quence; dans un syst me unipolaire, il est p rilleux long terme de s aligner sur l h g mon; dans un syst me bipolaire, les deux plus grands devraient travailler mettre en place des m canismes (la dissuasion nucl aire ou le contr le des armements strat giques, par exemple) dont la fonction est de r duire les risques de confrontation directe
Si la th orie de Waltz n a peut- tre pas r ussi clore d finitivement les d bats th oriques en relations internationales comme son auteur l avait esp r il y a trente ans, elle aura indirectement contribu clarifier la vision r aliste de la politique trang re. De nos jours en effet, les r alistes en RI se rep rent assez facilement par leur int r t marqu pour d battre: de la long vit potentielle de l ordre (unipolaire ou multipolaire) issu de la fin de la guerre froide et de ses cons quences sur la politique trang re am ricaine (Mearsheimer, 1990; Huntington, 1999; Kapstein et Mastanduno, 1999; Brooks et Wohlforth, 2002; Ikenberry, 2002; Brzezinski, 2004; Layne, 2006); de la pr f rence que les tats devraient avoir (ou non) envers la maximisation de leur puissance (particuli rement militaire) au d triment d une recherche plus prudente de la s curit passant par une autorestriction strat gique (Mearsheimer, 2001); de l utilit de la dissuasion (nucl aire ou conventionnelle) comme strat gie militaire et politique (Waltz et Sagan, 1995; Mearsheimer et Walt, 2003). De par ces d bats, la palette des recommandations r alistes en mati re de politique trang re ne cesse de cro tre. Mais comme toujours, une politique trang re guid e par des r flexions r alistes se reconna t par l accent qui est mis sur les questions de s curit militaire et conomique, de m me que par son peu d espoir de pouvoir compter sur les autres pour assurer ces n cessit s. Dans un monde anarchique o le "chacun pour soi demeure la strat gie la plus prouv e, les choses ne sauraient tre diff rentes.
2/ Les approches lib rales classiques et contemporaines de la politique trang re
La vision lib rale des relations internationales nous offre une perspective beaucoup plus positive des rapports internationaux que ne peut le faire la plus conciliante des approches r alistes. Au moins quatre id es emprunt es aux philosophes lib raux classiques peuvent nous guider pour commencer saisir ce que ce courant th orique peut nous enseigner en mati re de politique trang re. Premi rement, on notera une vision franchement plus optimiste de la nature humaine, comparativement au sombre portrait dress par les r alistes. H rit e la fois de la philosophie sto cienne gr co-romaine et de la morale chr tienne m di vale 7 , la foi en l universalit du genre humain et en la nature fonci rement pacifique de l homme marque profond ment les lib raux classiques, de John Locke (1632-1704) Benjamin Constant (1767-1830) et John Stuart Mill (1806-1873), en passant par Jean-Jacques Rousseau (1712-1778) et Emmanuel Kant (1724-1804). C est donc une vision g n ralement progressiste de la politique mondiale qui anime les lib raux, bien que la majorit d entre eux restent conscients des difficult s qui se dressent sur le chemin menant un monde plus juste et pacifique. Deuxi mement, les lib raux mettent en relation la nature du r gime politique d un tat et son comportement l international, relevant particuli rement le pacifisme des r gimes r publicains et d mocratiques les uns envers les autres, si ce n est l gard des r gimes autoritaires. Troisi mement, les lib raux ont depuis Adam Smith et David Ricardo fortement associ paix et prosp rit , voyant dans l organisation capitaliste des soci t s nationales comme dans celle du commerce international le gage d un partage des richesses profitant tous. On notera tout de suite, cependant, que la dimension conomique des relations internationales n aura pas t au XX e si cle l int r t principal des lib raux uvrant dans la discipline des RI, qui semblent souvent avoir laiss ces r flexions leurs confr res conomistes. Enfin, il ne faut pas oublier de mentionner la place de choix que les lib raux accordent au droit dans la r gulation des rapports internationaux. Si la tradition m di vale de la guerre juste marque un jalon important de leur r flexion en la mati re, elle m nera terme aux r flexions des lib raux internationalistes de la fin du XIX e si cle et du d but du XX e si cle, qui feront du droit international le socle sur lequel la paix entre les tats doit reposer. C est sur cette base que l argument id aliste, premier v ritable courant th orique de notre discipline naissante apr s la Grande Guerre, aboutira la notion de s curit collective telle que pens e par Norman Angell (1910), David Davies (1930), Leonard Woolf (1916) ou Alfred Zimmern (1936 et 1939), sans oublier le pr sident am ricain Woodrow Wilson ou le diplomate canadien Raoul Dandurand.
De nos jours, le lib ralisme en relations internationales propose plusieurs interpr tations des facteurs d terminants et des comportements rationnels que devraient adopter les tats, dans l articulation de leurs politiques trang res respectives. En premier lieu, l id e d une paix perp tuelle acquise par la consolidation d une f d ration de r publiques s est transform e en th orie de la paix d mocratique, selon laquelle les tats d mocratiques ne se font pas la guerre entre eux (ce qui ne signifie nullement qu ils viteront tout prix un affrontement arm avec des tats non d mocratiques). S appuyant sur des travaux empiriques colligeant un nombre impressionnant de donn es longitudinales sur les relations entre tats, cette th orie a facilement conquis l auditoire des chancelleries occidentales depuis la fin de la guerre froide. Ces derni res sont m me all es plus loin en reconnaissant comme mutuellement n cessaires les r formes lib rales d mocratiques et conomiques. Il est clair que, consid r s sous cet angle, les int r ts nationaux des d mocraties r sident dans la diffusion de leur mod le politico- conomique, garant d une pacification des rapports inter tatiques long terme.
Les th oriciens de la perspective transnationaliste nous rappellent quant eux qu au cours des derni res d cennies, la politique globale est devenue un espace d centralis o interagissent un nombre toujours grandissant d acteurs non tatiques dont l influence cumulative repr sente un d fi de taille au monopole de l tat sur l volution de cet espace centralis . Les auteurs phares de cette approche (Keohane et Nye, 1977; Rosenau, 1980, 1990, 2003; Merle, 1988; Badie et Smouts, 1992; Badie, 1999) proposent de consid rer le monde comme un ensemble complexe, o les notions de souverainet et de puissance ont perdu leur pertinence d antan et o l interd pendance entre tous les types d acteurs influence la marge de man uvre de ces derniers dans leurs choix et actions. Les d cideurs de politique trang re devraient en ce sens prendre en compte ces volutions, renoncer voir dans la puissance militaire un outil utile pour garantir la s curit , se soucier grandement des facteurs qui influencent la prosp rit du pays et composer avec (pour ne pas dire utiliser) la pr sence d acteurs non tatiques influents pour favoriser l atteinte de leurs propres objectifs. Si l int r t national devient un objet en constante red finition chez les transnationalistes, c est bien parce que l environnement international ne pardonnera pas une rigidit en la mati re.
L institutionnalisme n olib ral, pour sa part, est l incarnation moderne de la vieille id e du pouvoir bienveillant des institutions internationales pour pacifier les relations entre tats. Soucieux de d velopper une r ponse directe au n or alisme de Waltz, les n olib raux en RI ( ne pas confondre avec les n olib raux conomiques) tentent d abord de prouver qu avec les m mes pr misses quant la fonction structurante de l anarchie sur le comportement des tats, il est plus raisonnable de consid rer la coop ration (et non la comp tition) comme tant la strat gie la plus rationnelle que ces derniers puissent adopter dans la conduite de leurs relations avec leurs pairs. Ce faisant, la mise sur pied de r gimes et d institutions internationales repr sente la normalit , et non l exception, des relations internationales. La le on en mati re de politique trang re est vidente: coop rer est g n ralement plus payant que faire cavalier seul, et les institutions internationales constituent des forums de choix pour atteindre des r sultats b n fiques pour la majorit . De l , il n y a qu un pas vers l id e que les d cisions prises travers ces institutions sont porteuses d une l gitimit que les actions unilat rales des tats ne sauraient jamais poss der, surtout lorsqu il s agit de questions fondamentales comme la s curit , le d veloppement ou le commerce. Ainsi, le n olib ralisme rejoint d autres courants lib raux lorsque son plaidoyer pour une gouvernance multilat rale des enjeux les plus br lants de l heure co ncide avec les aspirations des juristes internationaux, des id alistes et des chantres de la paix d mocratique.
Finalement, on notera que les lib raux en relations internationales adoptent des approches analytiques qui permettent de prendre en compte, de mani re beaucoup plus satisfaisante que ne le font habituellement les r alistes, les multiples facteurs "internes qui peuvent intervenir dans la formulation de la politique trang re des tats. C est certainement pour cette raison que plusieurs d entre eux assimilent les approches d cisionnelles de la politique trang re, sujet de la section suivante, la mouvance lib rale en RI. Si un tel rapprochement n est pas compl tement abusif sur le plan ontologique, il emp che cependant d op rer une distinction fondamentale qui permet habituellement de d partager lib raux et th oriciens de la prise de d cision: les premiers sont les h ritiers d une tradition politique normative, dont les pr misses orientent toujours, d une mani re ou d une autre, les conclusions auxquelles ils arrivent, alors que les seconds esp rent le plus souvent d velopper des analyses, d tach es de tout jugement normatif, sur l orientation souhaitable des rapports inter tatiques (bien qu ils mettent souvent des opinions sur le bien-fond de telle ou telle d cision de politique trang re). De plus, la variable de l environnement international est consid r e comme beaucoup plus d terminante sur le comportement des tats chez les lib raux que chez les adeptes des approches d cisionnelles, qui vont consid rer que cette variable est int ressante dans la mesure o elle nous renseigne sur la perception d un probl me de politique trang re qu op re un d cideur en la mati re.
3/ Les th ories de la d cision l preuve de la politique ext rieure
Nous avons not en introduction que l mergence de la discipline des relations internationales apr s la Premi re Guerre mondiale a t marqu e par le souci, chez ses premiers praticiens, de favoriser le passage de leurs grandes id es pour r former le syst me international dans les cercles d cisionnels. La mont e en puissance de la perspective r aliste en RI, apr s la Seconde Guerre mondiale, a fait bien peu pour accro tre la distance entre universitaires et politiciens. C est dans ce contexte que plusieurs internationalistes am ricains ont exprim leur inconfort vis- -vis du nouveau dogme r aliste, le jugeant trop normatif et bien pauvrement outill sur le plan analytique pour pr tendre au statut de th orie scientifique (Snyder, Bruck et Sapin, 2002). Participant de la "r volution b havioriste des ann es 1950 8 , qui balaie alors l ensemble des sciences sociales anglo-saxonnes, c est vers l tude de la prise de d cision en mati re de politique trang re que plusieurs fonderont leurs espoirs d atteindre ventuellement une v ritable science de l international. Les th ses d velopp es s int ressent grandement aux avanc es effectu es au m me moment en psychologie (o merge l tude de la cognition) et en sociologie (particuli rement en ce qui concerne la connaissance sur les organisations) (Legrand, 2004, p. 82). Pendant une dizaine d ann es, on aurait pu croire que l analyse des facteurs d terminant les d cisions de politique trang re aurait pu ventuellement supplanter les perspectives r alistes et lib rales, alors moins soucieuses de rigueur scientifique. C tait cependant sans compter sur l offensive men e au milieu des ann es 1960 par le jeune James N. Rosenau, qui proposera d abandonner l tude (infructueuse, son avis) des sources du comportement des d cideurs pour se concentrer sur la compilation de l ensemble des interactions entre les nations, dans le but d en d gager les tendances principales (Rosenau, 1966).
Cette voie de recherche, qui prendra le nom de politique trang re compar e (comparative foreign policy) lorsqu elle alimentera bon nombre de projets de recherche aux tats-Unis, conna tra ses heures de gloire dans les ann es 1970 avant de tomber dans l oubli, faute de financement, au milieu des ann es 1980. Pour notre part, nous ne nous int resserons pas cette voie de recherche maintenant moribonde, pour nous concentrer plut t sur les approches d cisionnelles de l analyse de la politique trang re, approches qui ont su voluer, se renouveler et s adapter aux changements de la politique globale depuis les ann es 1950.
Pour les chercheurs rompus aux approches d cisionnelles de la politique trang re, "le pain et le beurre des relations internationales, ce sont les d cideurs humains , nous rappelle Valerie Hudson (2007, p. 4). Les relations inter tatiques et transnationales seraient, en fin de compte, le fruit de d cisions prises par des individus, seuls ou en groupe. Le d fi particulier auquel r pondent les analyses d cisionnelles de la politique trang re consiste retracer les facteurs qui influencent les d cisions prises par ces individus. Les difficult s que nous rencontrons comprendre les d cisions et les d cideurs ne sauraient tenir qu au seul manque d informations issues du "terrain (bien que ce puisse tre souvent le cas, par exemple lorsque nous tudions des processus se d roulant dans des tats autoritaires): m me les syst mes d cisionnels les plus ouverts et les mieux document s semblent souvent r sister nos tentatives d valuation. Une fois les facteurs mat riels et le contexte politique analys s, comment en effet expliquer les choix des d cideurs? L analyse d cisionnelle consiste toujours comprendre et r aliser que, dans toute situation, les choix sont multiples et impr visibles, que les d cideurs peuvent agir autrement que ce que l on anticiperait et, souvent, qu ils prennent des paris et parfois se trompent, commettant des erreurs qui auraient pu tre vit es 9 . Nous tenterons maintenant de circonscrire les diverses avanc es associ es aux analyses d cisionnelles de la politique trang re. Celles-ci d coulent pour la plupart d une remise en cause de postulats tr s r pandus en th orie des relations internationales: la prise en compte de l tat comme acteur unitaire, la rationalit instrumentale et le jugement parfaitement exerc par les d cideurs tatiques, la s paration des domaines politiques "int rieur et "ext rieur aux fronti res de l tat. Principalement, les analyses d cisionnelles ouvrent la "bo te noire de l tat et s attardent sur deux types de facteurs qui orientent les processus de prise de d cision: d une part, les facteurs cognitifs et psychologiques qui fa onnent le sens que les d cideurs attribuent aux id es (autrement dit, les limites biologiques, inh rentes au fonctionnement du cerveau humain et de sa psych , qui pr disposent les d cideurs l adoption ou au rejet de telle ou telle id e); d autre part, les facteurs bureaucratiques qui, soulignant la nature minemment politique et souvent conflictuelle des processus d cisionnels, d montrent que ce n est pas tant la valeur des id es que leur capacit d adaptation un environnement hostile qui permet de comprendre comment l une, plus que l autre, a surv cu jusqu devenir une directive de politique trang re. Le travail du chercheur consiste en quelque sorte "reconstruire les processus d cisionnels pour tenter de comprendre ce qui s est pass 10 . Finalement, il appara t vident que l "int r t national d une politique trang re repose sur des dimensions perceptuelles, cognitives et organisationnelles tr s puissantes qui, malheureusement, rendent tr s al atoire toute tentative d explication d terministe de l action de l tat dans le monde. Les th ories r alistes et lib rales des relations internationales sont souvent inad quates ou peu utiles pour approfondir ces facteurs capitaux, c est pourquoi il nous semble strat giquement tr s louable de les compl ter par des analyses de la prise de d cision.
Avant de nous lancer r solument dans notre valuation de ces facteurs bureaucratiques et cognitifs, il importe d effectuer quelques constatations d usage quant la d finition que l on peut donner la notion de "rationalit , celle-ci se trouvant au c ur de l valuation port e sur les processus et les d cisions de politique trang re. Dans un premier temps, on notera que le constat d chec d une politique trang re d montre souvent les limites d une analyse qui reposerait uniquement sur une d finition instrumentale de la rationalit . Dans les faits, une d cision suit rarement un parcours logique et structur duquel ressort l option la plus profitable (diagnostic recherche valuation r vision choix) 11 . M me si, du point de vue des d cideurs, une d cision peut sembler "rationnelle , il n est pas du tout assur que ce jugement puisse tre objectivement fond . Et bien que l on puisse dire que, g n ralement, un meilleur processus aboutit une meilleure d cision, m me dans un tel cas il demeure hasardeux de consid rer l option adopt e comme tant la plus optimale d un point de vue objectif.
Il est en revanche plus facile d montrer qu un processus d cisionnel vici a toutes les chances de produire une mauvaise d cision - quoiqu il soit possible qu un processus largement d ficient r ussisse produire une d cision en apparence r ussie et somme toute rationnelle. En tout tat de cause, c est souvent le jugement des d cideurs qui est soumis aux valuations de chercheurs: ont-ils r ussi bien g rer les options sur la table, leurs motions, les tensions bureaucratiques? Leur sentiment de satisfaction (ou d insatisfaction, selon le cas) tait-il justifi ? cet gard, nombre de travaux affirment qu un bon jugement repose sur l exp rience et l intuition qui, ensemble, permettent aux d cideurs d viter les d rapages 12 . La prise de d cision peut aboutir des choix d fectueux sur d autres bases que celle de la rationalit (par exemple des compromis entre valeurs ou objectifs contradictoires, des solutions satisfaisantes a minima mais non optimales, des calculs politiques et non m ritocratiques). Dans tous les cas, l valuation de la rationalit des d cideurs demeure elle-m me une entreprise partiellement subjective de la part des chercheurs. Finalement, il semble plus important de tenter de comprendre comment et pourquoi les d cideurs construisent la rationalit qu ils attribuent leurs d cisions.
4/ Les obstacles perceptuels et cognitifs la prise de d cision
Dans la r alit des relations inter tatiques et de la politique trang re, aucune d cision ne saurait tre objectivement rationnelle. Les approches cognitives partent de ce constat pour d velopper un type d explication o l on consid re que les d cideurs jugent les informations qu ils re oivent et qu ils traitent, de m me qu ils formulent des pr f rences pour certaines options, en fonction de leurs pr dispositions. La cognition est alors le premier facteur d terminant dans la d cision: face des informations et des positions discordantes de la part de ses conseillers, un d cideur adoptera le comportement qui lui semblera le plus satisfaisant, selon la perception qu il a de l enjeu. Les analyses d cisionnelles s attardent expliquer ce comportement visant r duire ou liminer cette incertitude. Quelles strat gies mentales un d cideur a-t-il employ es pour r duire les dissonances cognitives, qu on peut d finir comme l existence simultan e d id es oppos es et impossibles concilier? Plusieurs dimensions doivent tre prises en compte: les valeurs, les croyances, les images, les st r otypes, les attitudes, les v nements formateurs, le caract re, l apprentissage d cisionnel Pour le d cideur, il n est jamais vident que sa perception des choses soit conforme la r alit . En quelque sorte, tous les efforts de l appareil d cisionnel devraient tre conjugu s pour adapter la perception la r alit , mais cette pr caution est sujette tant d interpr tations, d obstacles et de filtres (perceptuels et bureaucratiques) qu elle s en trouve d form e, trop souvent au point d tre sujette des distorsions extr mes. Les recherches sur la prise de d cision d voilent les mani res par lesquelles les acteurs du processus d forment ce principe de pr caution et accentuent le foss perceptuel, une cons quence f cheuse qui teinte d s lors toutes les tapes subs quentes du processus. Elles analysent galement les comportements psychologiques qui permettent aux d cideurs de maintenir une certaine coh rence dans leurs buts et actions, en cartant toute information discordante ou dissension perturbante. Qui plus est, elles d crivent les strat gies qui dissimulent, voire d nouent, des dissonances.
On comptera parmi ces strat gies, dans un premier temps, les "filtres individuels qui aident un d cideur trier et traiter l information: son caract re, sa personnalit , son style d cisionnel, son jugement, ses motivations, ses valeurs, ses croyances - tous h rit s de son histoire et de son apprentissage personnel. Des facteurs tels que la d termination du d cideur, ses intuitions, son instinct, sa curiosit , son engagement dans la prise de d cision approfondissent notre compr hension de ces filtres. Il n est pas particuli rement ais d valuer ce genre de facteurs. Non seulement le chercheur n a la plupart du temps qu un acc s post hoc et limit aux d cideurs qu il tudie, mais il est en plus tributaire de la pr carit des souvenirs de ses sujets et ne peut carter les risques de manipulation inh rents ce type d exercice.
Dans un deuxi me temps, les analyses cognitives s int ressent aux formes de simplification qui consistent rendre compr hensibles des enjeux complexes, notamment par l emploi de m thodes heuristiques tels l exag ration, la pens e magique, les st r otypes ou les v ux pieux, qui ne rassurent qu en apparence les d cideurs sur la justesse et la coh rence de leurs choix. Les sciences cognitives tudient les m canismes par lesquels le cerveau absorbe et trie l information, puis d cide de ce qui est important et de ce qui ne l est pas, de ce qui doit tre fait ou ne pas tre consid r . Ces m canismes sont intimement li s aux exp riences individuelles et idiosyncrasies qui alimentent les "filtres que l individu d ploie lorsqu il "d cide . Celui-ci ne r agit donc jamais tout fait ladite "r alit , mais construit plut t une r ponse satisfaisante face sa perception de la r alit . En politique trang re, trois filtres sont particuli rement l uvre. Les premiers sont les "biais , des sch mes qui offrent des "raccourcis perceptuels afin de simplifier la r alit . Par l action de ceux-ci, le d cideur en vient attribuer des origines et des raisons d tre toutes simples, voire simplistes, certains ph nom nes ou probl mes. On parlera alors d "erreur d attribution , dont la plus connue consiste consid rer que le comportement d un adversaire potentiel est principalement guid par sa mauvaise volont , alors que le d cideur comprend que ses propres d cisions sont le r sultat de contraintes sur lesquelles il sait ne pouvoir exercer beaucoup de contr le. Le second filtre est celui de l "exag ration , qui accentue hors de proportion l attrait pour une perception de la r alit au d triment de toutes les autres, afin de rationaliser une d cision ou un comportement qui appara t au d cideur comme souhaitable. Le troisi me et dernier filtre est la "pens e magique , qui consiste prendre ses d sirs pour la r alit , concevoir des certitudes l o il n y a souvent que des doutes.
Dans un troisi me temps, on notera l int r t suscit par le chercheur am ricain Irving Janis (1972) qui, en d veloppant sa th se des effets n fastes de la pens e groupale, a propos un programme de recherche particuli rement fructueux dans le domaine de l analyse de la politique trang re (Janis, 1982; t Hart, 1990, 1997; Kowert, 2002; Badie, 2010). La pens e groupale, en g n ral tr s nuisible, transpose les al as reli s l incertitude de l individu au groupe de prise de d cision, en amenant ce dernier rallier une option au d triment des autres, donnant ainsi la perverse illusion d une d cision optimale, car "faisant consensus . Or, il est bien tabli que le conformisme, qui est un ph nom ne somme toute courant (et dangereux) dans le processus d cisionnel, vise express ment liminer toute forme de dissonance cognitive chez les participants aux d lib rations du groupe, mais quel prix On l observe chez les individus lorsqu ils font preuve d autocensure envers leurs opinions et leurs points de vue pour respecter ce qu ils consid rent tre une bauche de consensus au sein d un groupe d cisionnel. Une telle tendance, lorsqu elle est g n ralis e dans un groupe, aboutit cimenter une pens e groupale. Elle se traduit alors de plusieurs fa ons: par une illusion d invuln rabilit , une croyance dans la justesse morale de ses opinions, une rationalisation collective, une vision st r otyp e de l adversaire, des pressions sur les "dissidents pour qu ils se conforment aux points de vue majoritaires du groupe et - surtout - l apparence trompeuse d unanimit . Le conformisme qui est la base de la pens e groupale peut se produire soit horizontalement (par les pressions et les exigences de la coll gialit ), soit verticalement (par l influence exerc e par les manipulateurs et les surveillants du processus d cisionnel). Il ressort de ce dernier point une le on importante: si la pens e groupale peut tr s bien merger de mani re spontan e et na ve, elle est en fait, dans la majorit des cas, promue par des entrepreneurs de la prise de d cision. Ceux-ci parviennent alors exploiter et aplanir les rivalit s entre participants pour accomplir l objectif d une r ponse en apparence uniforme et unanime.
Enfin, le recours la m moire, par l utilisation d analogies historiques, permet de raccrocher les d cideurs une exp rience pass e pour les guider dans leur prise de d cision. Si la pens e analogique est une caract ristique fondamentale de la pens e humaine (Khong, 1992), le recours aux analogies historiques constitue une strat gie cognitive courante autant pour donner un sens une d cision que pour la l gitimer (May, 1973; May et Neustadt, 1986; Vertzberger, 1986, 1990; Rosoux, 2001). Ces analogies tablissent des parall les entre des v nements, se fiant des interpr tations issues des le ons de l histoire. Autant le "syndrome de Munich (qui d nonce l apaisement et justifie le recours la force) que le "syndrome du Vi t Nam (qui, l inverse, recommande la prudence et craint le marasme en cas d intervention militaire) constituent deux excellents exemples d une utilisation parfois aventureuse de l histoire par les d cideurs, dans la mesure o la concordance entre une situation quelconque et ses r f rents historiques peut n tre qu illusoire (Record, 2002). De la m me mani re, le recours des m taphores par les d cideurs peut tre tout aussi dommageable, particuli rement lorsqu elles se fondent sur des mythes qui ne r sistent pas la r alit : par exemple, la croyance funeste en l universalit ou en la sup riorit morale de "nos valeurs, ou celle qui pr conise invariablement l outil militaire pour atteindre des fins politiques 13 . En particulier, la tendance st r otyper de fa on exag r e un adversaire nourrit ces heuristiques qui servent souvent de justification l action et instrumentalisent la rh torique. Les processus de "d monisation comportent videmment des risques r els, comme celui d enfermer le processus d cisionnel dans une logique belliqueuse, la confrontation tant alors jug e sur la base d un pr tendu jeu somme nulle, sans issue aucune pour la diplomatie. Ainsi, les analogies sont souvent trompeuses et n gligent la complexit de l histoire. Le recours la m moire historique demeure un exercice p rilleux.
5/ Les contraintes bureaucratiques la prise de d cision
Les rivalit s entre bureaucraties l int rieur d un gouvernement sont souvent bien plus s v res que celles entre nations. Analys e sous le prisme des rivalit s organisationnelles, la politique trang re n appara t plus comme le fruit d un tat unitaire et rationnel, car elle semble alors plus influenc e: 1) par la pr sence de diverses organisations aux programmes politiques tr s diff rents; et 2) par le poids des cultures bureaucratiques propres chaque division administrative du gouvernement. Deux grandes branches de cette approche (dont les Am ricains Herbert A. Simon [1959], Graham T. Allison [1971] et Morton H. Halperin [1974], ainsi que les Fran ais Michel Crozier [1963] et Erhard Friedberg [1977] repr sentent les pionniers), et une s rie de concepts les accompagnant, ont fait leur marque aupr s des politologues depuis les ann es 1960.
D une part, le mod le d analyse organisationnel se penche sur les particularit s propres aux diverses unit s qui composent le gouvernement: la culture et les routines de l organisation, son territoire et sa sph re d influence (ce que les Am ricains nomment le turf d une organisation, en r f rence aux gangs de rue qui s vissent dans la plupart des grandes villes de ce pays), son personnel et ses budgets, son autonomie, son influence, son moral. Les organisations d montrent une capacit lacunaire aux changements et une inertie qui expliquent la difficult qu elles rencontrent lorsqu elles doivent modifier leurs comportements. Cela s explique entre autres par le fait que le fondement d une organisation r side en son int r t, tel que d fini par la mission promue par son personnel, ainsi que par les budgets qui lui sont octroy s. Farouchement d fendue par le personnel, la mission change peu avec le temps et produit en retour le refus de s adapter incommodant grandement plusieurs d cideurs comme des analystes. Qui plus est, la culture d une organisation p se beaucoup sur le jugement de ses repr sentants, qui deviennent ainsi (quelquefois de mani re non intentionnelle) tributaires de biais qui viendront influencer les positions qu ils prennent sur diff rents enjeux. Selon la formule consacr e par Graham T. Allison, "la position que vous d fendez s explique par la position que vous occupez (Allison et Zelikow, 1999, p. 307) - un th or me g n ralement exact, mais qui peut tre infl chi par le jeu bureaucratique.
D autre part, le mod le d analyse bureaucratique s attache tudier les acteurs et les facteurs qui influent sur le processus d cisionnel: les participants et leurs prises de position, le jeu des n gociations et du marchandage, les comit s intergouvernementaux, la pr paration des options, les programmes et les r sultats. L ambition propre l analyse bureaucratique est de reconstruire le contexte et de retracer l volution d une d cision, l int rieur du gouvernement, pour tenter de comprendre qui ont t les participants, quelles options ont t pr sent es et d battues, comment l une d entre elles a t retenue. la suite de ces analyses, force est de constater que les d cisions sont sujettes de nombreuses influences diverses, ce qui accentue leur caract re al atoire. Bien qu elles ne soient g n ralement pas d termin es l avance, les d cisions peuvent tout de m me faire l objet de manipulations par des entrepreneurs du processus d cisionnel, qui agissent de mani re strat gique pour obtenir le r sultat qu ils esp rent. Le sp cialiste du jeu bureaucratique, Morton H. Halperin (Halperin et Clapp, 2006), d crit et analyse toute une s rie de techniques et de strat gies gr ce auxquelles les fonctionnaires peuvent influencer ce jeu, autant par la voie de la n gociation que par celle de la coercition. La mise sur pied ou la cooptation de coalitions, les man uvres d latrices, le contr le de nominations cl s, les fuites dans les m dias, l influence indirecte aupr s des d cideurs ultimes et la marginalisation de certains participants sont au nombre de ces strat gies qui font ressortir la nature hautement comp titive et souvent cruelle des interactions entre les composantes de l appareil gouvernemental qui laborent la politique trang re d un tat. L approche bureaucratique d voile ainsi le monde secret de la prise de d cision et n a de cesse de nous tonner avec les r v lations qu elle produit sur les pr occupations personnelles, organisationnelles et politiques des participants aux processus de prise de d cision en mati re de politique trang re. Lorsqu elle se conjugue avec l analyse des motivations et des cognitions des d cideurs, nous obtenons un mod le d explication de la politique trang re qui puise sa force non pas dans la simplicit de ses arguments, mais bien dans toute la nuance qu il peut mobiliser pour mieux comprendre les positions qu adoptent les tats sur la sc ne internationale. De l avis de Valerie Hudson (2002, 2005), ce travail analytique demeure essentiel pour asseoir la cr dibilit des th ories plus g n rales qui animent la discipline des relations internationales. La simplification de la r alit que ces derni res proposent ne saurait en effet tre justifi e que dans la mesure o au moins quelques chercheurs continuent de s attarder aux multiples facteurs qui fa onnent le comportement de ces tres humains qui, en derni re analyse, ont le pouvoir de d cider des actions men es par leur tat au-del de ses fronti res juridiquement reconnues.
6/ Le constructivisme comme via media th orique pour aborder le ph nom ne de la politique trang re
Apparu dans les derni res ann es de la guerre froide, le constructivisme en relations internationales d montre le besoin d offrir une perspective plus profonde de la m canique des rapports sociaux qui sous-tendent la politique globale et, ce faisant, d obtenir un portrait plus raffin des rapports inter tatiques que ne peuvent dresser les r alistes, les lib raux ou m me les th oriciens des approches d cisionnelles. Alexander Wendt, qui a lanc le d bat en 1987 par la publication d un article dans la prestigieuse revue International Organization , posera en 1992 les jalons de l approche constructiviste dominante dans son article "Anarchy is what states make of it dont les id es formeront le c ur de son livre publi en 1999, Social Theory of International Relations. Il prend alors position en faveur d une forme de constructivisme qui, centr sur les tats 14 , postule simplement que ces derniers reproduisent inconsciemment l anarchie internationale dans la mesure o leurs actions sont guid es par cette anarchie, uniquement parce qu ils croient qu il s agit l d une contrainte qui les d passe. Ainsi, s ils sont les victimes d un environnement hostile, c est uniquement parce qu ils le per oivent comme tel et laborent leurs int r ts nationaux en cons quence.

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