Quelle Afrique pour les jeunes ?

Quelle Afrique pour les jeunes ?

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168 pages
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Description

Ce livre est une lettre ouverte d'un panafricaniste convaincu. Il s'adresse aux jeunes, car ce sont eux qui peuvent encore nourrir de grands rêves et qui ont encore la capacité de s'indigner. Le panafricanisme est pour l'auteur la seule voie royale qui permettra aux jeunes de retrouver une certaine cohérence, un sens et surtout de reprendre l'initiative. Cette lettre ne comporte pas de recettes mais propose une démarche en fournissant des repères.

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Ajouté le 15 avril 2015
Nombre de lectures 18
EAN13 9782336374840
Langue Français
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DavidBarry
QUELLE AFRIQUE POUR LES JEUNES ?
Lettre ouverte
L’ armattan International Burkina Faso
Quelle Afrique pour les jeunes ?
David Barry
Quelle Afrique pour les jeunes ?
Lettre ouverte
L’Harmattan
© L’Harmattan, 2015 5-7, rue de l’École-Polytechnique ; 75005 Paris http://www.harmattan.fr diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr ISBN : 978-2-343-06009-5 EAN : 9782343060095
Introduction Je vais encourir bien des reproches, mais qu’importe. J’ai toujours entretenu avec la vérité des relations stables. Disons que j’ai peu de talent pour le mensonge.S’il m’est arrivé de mentir, c’était pour ne pas peiner autrui. Il m’est arrivé aussi, tout comme le grand poète turc Nazim Hikmet le disait, « de mentir sans raison ».On ne m’a jamais pris en flagrant délit de flagornerie, ni de bassesse. J’ai enseigné à mes enfants qu’il fallait tout au long de leur vie poser des actes qui feront qu’ils n’auront jamais à baisser la tête. Pouvoir regarder tout le monde dans les yeux, pouvoir se regarder dans la glace avec fierté. Cela suppose qu’il faut vivre dans la vérité, la vérité dont Albert Camus a dit « Qu’elle est la seule puissance allègre, irrépressible, une énergie jeune et immortelle en nous. L’homme de vérité ne vieillit pas. Encore un effort et il ne mourra pas », ajoutait-il. Vivre dans la vérité, c’est une formule qui me séduit. Qu’est-ce que c’est que vivre dans la vérité ? Une définition négative est facile : c’est ne pas mentir, ne pas se cacher, ne rien dissimuler. C’est par la vérité qu’on se lave l’âme et la qualité d’un homme, c’est d’être vrai.
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André Breton disait qu’il aurait voulu vivre dans une maison de verre où rien n’est secret et qui est ouverte à tous les regards. J’invite donc les jeunes à vivre dans la vérité. Ils verront, ce n’est pas facile. Il leur faudra du courage pour ne pas subir tous les jours les lois du mensonge qui passent ou qui sont solidement ancrées. Ce qu’on croit vrai, il faut le dire et le dire hardiment. Comme l’autre, je ne dirai que ce que je crois vrai, ce qui est facile. Je dirai tout ce que je crois vrai, ce qui est plus difficile, au risque de choquer, au risque d’être en désaccord avec tel ou tel de mes amis. Cette lettre s’adresse en priorité aux jeunes de 18 à 30 ans. Pourquoi cette limitation volontaire d’âge? Parce que c’est cette frange de la jeunesse qui est encore capable de dire « Non » et de traduire son indignation en actes. Parce que c’est cette frange de la jeunesse qui ne s’est pas encore trop compromise avec les puissants du jour. Parce que c’est cette frange de la jeunesse qui ne s’est pas encore installée dans le fauteuil confortable des convenances, des calculs mesquins. Parce que c’est elle qui n’a pas encore son avenir derrière elle. Autant de raisons pour que je me tourne vers elle du haut de mes 60 ans largement dépassés, pour partager avec elle mes réflexions et lui suggérer des actions que je crois salutaires pour l’Afrique. Et surtout lui donner les repères qui lui manquent selon moi. Si je m’en tiens essentiellement aux 18-30 ans, c’est parce que la plupart des gens de plus de trente ans laissent leurs moyens de vivre compromettre leurs raisons de vivre. Ils tiennent trop à leur chère carcasse. Ces gens, graves et mûrs, ne sont pas prêts à engager tout leur être, ce dont sont capables les jeunes (pas ceux dont les pantalons tombent sur les fesses, car je suis persuadé que
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l’horizon de leurs idées ne dépasse pas cette partie de leur anatomie). On dira que plus l’on vieillit, plus la foi jurée devient une charge encombrante. On constate que ce que ces gens perdent en conscience, ils le rattrapent en ventre. Je n’irai pas jusqu’à dire comme Jean-Paul Sartre que « tout homme passé la trentaine devient une crapule ». Je n’irai pas non plus jusqu’à dire que l’âge idiot c’est à trente fleurs. Cependant, force est de reconnaître que c’est l’âge où le ventre prend naissance, où il prend puissance, où il vous grignote le cœur. C’est aussi l’âge où, outre la carrière – mais tout cela participe de la même chose – beaucoup songent aux honneurs, aux décorations. Et à la chasse aux décorations, certains sont prêts à toutes les bassesses. C’est amusant de scruter le visage des personnes qu’on décore, au moment où elles reçoivent leur distinction. Certains sont émus jusqu’aux larmes. La superbe récompense qui leur échoie ! D’autres arborent un sourire de satisfaction tout en ayant l’air suffisants, et parmi eux, ceux qui ont pleuré et supplié pour avoir le sésame, du moins le croient-ils. Il y a des gens qui sont vraiment méritants. Mais il y a aussi la cohorte des forbans, des détourneurs de deniers publics et de ceux qui n’ont jamais posé un seul acte digne. Et c’est là que le bât blesse. Honneur à tous ceux qui n’ont jamais été décorés et qui ont œuvré avec efficacité dans la discrétion. C’est vrai que trop souvent la société n’a que mépris pour les discrets, et c’est vraiment dommage ! Honneur à tous ces travailleurs de l’ombre qui font avancer le pays ou qui le nourrissent, et que pourtant on ignore superbement ! Ils ne demandent rien. Et la comédie humaine peut se poursuivre sans eux.
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