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Récusation du mandat d'arrêt de Bruguière contre le Rwanda

De
204 pages
L'arrêt Bruguière est-il à inscrire dans la recherche de la vérité sur l'attentat du 6 avril 1994 qui a causé la mort du Président Habyarimana du Rwanda ? L'arrêt n'est-il pas à inscrire parmi les erreurs de la France ? En raison des conséquences dommageables pour les deux Etats et pour la Francophonie, est-il acceptable de faire supporter les externalités négatives découlant de cet arrêt aux générations futures ? L'Organisation internationale de la Francophonie doit-elle rester inactive face à ce conflit ?
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RÉCUSA TION
DU MANDAT D'ARRÊT DE BRUGUIÈRE
CONTRE LE RWANDA@
L'Harmattan, 2007
5-7, rue de l'Ecole polytechnique; 75005 Paris
http://www.librairicharmattan.com
diffusion.harmattan@wanadoo. fr
harmattan 1@wanadoo. fr
ISBN: 978-2-296-04623-8
I ~AN : 9782296046238Tafsir DIALLO
RÉCUSATION
DU MANDAT D'ARRÊT DE BRUGUIÈRE
CONTRE LE RWANDA
Préface du professeur
Jean-Max MEZZADRI
L' HarmattanTable des matières
]DEDICACE 3
PREFACE ... 15
]SIGLESETABREVIATIONS 2
INTR0 DUCTION 23
CHAPITREPRELIMINAIRE:LESFAITS 27
PREMIERE PARTIE: ANALYSE DE LA PERTINENCE DES
ARGUMENTS AVANCES PAR LE JUGE 31
].] ANALYSE DESMOTIFSDUREJETDES PISTESAUTRESQUECELLEDU
FPR ... ... 33
1.1.1 - Exploration et rejet de la piste burundaise 34
A - Les éléments qui militent en faveur de la piste burundaise 34
Existence de mobiles pour l'assassinat du Président burundais 35
Saisie de documents compromettants auprès d'un lieutenant-colonel
de l'armée burundaise 36
B Les motivations du juge à rejeter la piste burundaise 37-
Un arf:,rumentdiscutable: le déni du caractère opérationnel des
documents saisis 37
Un argument décisif: l'impossibilité matérielle d'organiser un
attentat au Rwanda 38
1.1.2 -Analyse du rejet de la piste des' 'Hutu modérés" aidés des
FAR 39
A - De la disculpation hâtive des Hutu modérés 39
B - Les éléments importants contre les Hutu modérés occultés par le
juge 40
C Les éléments disponibles ne permettent pas de disculper les Hutu
modérés. ...... .. ..... ................. ...... ... .............. 45
1.1.3 -Analyse du rejet de la piste belge 46
A - Les faits et arguments soulevés par le juge pour disculper la
Belgique 47
B - Les éléments susceptibles d'incriminer la Belgique ou des Belges 49
La circulation des rumeurs désignant les troupes belges comme
auteurs de l'attentat 49
L'existence des motifs de réalisation de l'attentat: raisons politiques
et antécédents de collaboration avec les Américains 51
La disponibilité des moyens de réalisation de l'attentat. 57
L'inexistence de preuves matérielles 58
1.1.4 -Analyse de la piste.française 58
A Eléments avancés contre la France 58-
Les éléments avancés par la source belge 58Les éléments avancés par "l'International Strategical and Tactical
Organization" 61
L'origine des missiles 64
B Analyse des motifs du rejet de la piste française 65
1.1.5 -Rejet de la piste des "extrémistes Hutu" 67
A Les faits et arguments avancés pour disculper" les extrémistes
Hutu" .. 68
B - Analyse des arguments retenus pour disculper" les extrémistes
Hutu" 7 1
Les extrémistes Hutu n'auraient pas été préparés à l'attentat 71
L'assimilation de la constitution du Comité de crise à un coup d'Etat
aurait été invoquée par un journal proche du FPR 75
Il n'existerait pas de mobiles justifiant l'attentat 77
Les extrémistes Hutu ne disposeraient ni d'équipement, ni de
compétences pour l'exécution de l'attentat... 81
Le choix du type d'attentat ne serait pas justifié 86
Les barrages et tueries de la nuit de l'attentat ne sauraient justifier
I'accusation.. 87
C - L' impossibil ité de disculper" les extrémistes Hutu" en r état actuel
des enquêtes 88
1.2 ANALYSE DESMOTIFSDELARETENTIONDE LAPISTEFPR 90
Remarques préliminaires 911.2.1 -
A Un déséquilibre prononcé de l'analyse des pistes 91-
B Une forte importance accordée aux missiles: chronologie des-
enquêtes. .. . . . . ... . . . . . . .. .. . ... . . .. ... . . ... . . .. .. . . . ... . . . . ... .. . .. . .. . .. . . . . .. .. . . . .. . .. . ... 93
"
1.2.2 - Présentation et ana~vse des argun1ents 96
A - Les mobiles: HABY ARIMANA obstacle à l'accès au pouvoir et à
la volonté d'hégémonie de KAGAME 97
B - La découverte du Network Commando: du rapport du groupe
d'enquêteurs de l'ONU aux témoignages des membres du FPR 103
Le rapport du Groupe d'enquêteurs de l'ONU 103
L'existence et la portée du Network Commando 107
C - Les moyens matériels: identification des missiles sol-air "ayant
servi" à }'attentat 109
D Réception et acheminement des missiles sur le lieu de l'attentat: de-
Mulindi au C.N.D 118
E La réalisation pratique de l'attentat 121-
La décision de réaliser l'attentat.. 121
L'organisation de la "réunion prétexte" de DAR ES-SALAAM. 124
L'acheminement des missiles à la ferme 124
L'exécution de l'attentat 126
La controverse relative au câblage de la réussite de la mission 128
F - La réaction du FPR relative à l'attentat, "dénonciation des Accords
d'Arusha et l'offensive militaire" 132
La réception de l'information relative à l'attentat au QG de Mulindi
.. ... . .. ... .. .... .. .. .... . .. .... .. .. ... ... . .. . . ... ... . .. . ... .. . .. .. .. ... I 33
10La dénonciation de la caducité des Accords d'Arusha et l'offensive
.,mil ita i re . . . .. . . . . .. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .. . . . . . . . . . . . . . . . . . . .. . . . . . . . . . . . . . .. . . . . . . . . . . I 36
Le refus de KAGAME de toute enquête sur l'attentat du 6 avril 94G -
.. . .. .. ... ... .. . . . . ... . . ... . .. . .. .. . ... . . . .. .. .. . ... . . . . ... . .. .. .. . ... . .. . .. . . .. . . ... 143
"
DEUXIEME PARTIE: ARRET BRUGUIERE, UNE REPETITION
D'ERRE URS ANTERIE URES t49
2.1- CONSEQUENCES DE L'ARRET BRU GU lE RE POUR LA FRANCE ET LE
R WAND A . .. .. . . . .. . . . . . . . . . .. . .. . . .. . . . . . . . . . . . . . . . . . . .. . . . . .. . . . . . .. . . .. . . . . . . . . . . . . . . . .. . . .. . . . . .. 1 5 1
2.1.1 - Conséquences prévisibles pour le Rwanda 151
2.1.2 - Pour la France: impact.faible à court terme, incertain à
long terme .152
2.2 EVITER DES ERREURS ANTERIEURES SIMILAIRES 155
2.2.1 - De l'abandon de la Nouvelle France à la vente de la
Louisiane: la perte de l'Amérique du Nord 156
A Des ambitions françaises vite déçues en Amérique du Nord 156-
B Conséquences actuelles de la perte du Québec et de la Louisiane 159
2.2.2 - La plus grande erreur de la France du X¥e siècle: la non
prise en compte des propositions du Général de GA ULLE dans les
années 30 .159
A La décennie d'inaction et de balbutiements 160
B Les Conséquences du drame de 40 sur le rayonnement de la France-
164
C Et si Charles de GAULLE avait accédé au pouvoir en même tenlps-
qu' HitIer ? 165
2.2.3 - Quelques erreurs spéc!fiques en Afrique et dans le monde
francophone ... 166
A L'indifférence anachronique de la France à l'égard de la Guinée 166-
Le "non" justifie le retrait de la France en Guinée 167
Le ~~non", un appui important de la Guinée au maintien de l'Empire
colonial 171
Le retour timide de la France en Guinée est-il justifié ? 172
B La "vaticanisation" ou la ~Joccartisation" des relations franco--
africaines après le discours de la Baule 176
C Le rapport de la France avec les autres "Grands" de la-
Francophonie 181
D - L'Afrique, charge ou opportunité pour la France et la
Francophonie? 183
E - La France et les Français, ambassadeurs des anglo-saxons 185
IlTROISIEME PARTIE: APPEL A LA RECONCILIATION DE LA
FRAN CE ET DUR WANDA I89
3.1 L'INTERET ET LES BASES DE LA RECONCILIA TION 191
3.1.1 - L'intérêt de la réconciliation 191
A - L'intérêt de la pour le FPR et le Rwanda 191
B L'intérêt de la réconciliation pour la France et la Francophonie.. 192-
3.1.2 - Les bases de la réconciliation... 193
A Détermination des bases de la réconciliation 193-
B Mise en place d'une commission internationale d'enquête 195-
3.2 LES ACTEURSDE LARECONCILIATION 195
A Les cercles franco-africains au service de la réconciliation 195-
B La Belgique, autre acteur incontournable de la réconciliation 196-
C - L'Organisation Internationale de la Francophonie a-t-elle le droit de
rester inactive face à un tel différend? 197
L'OIF a-t-elle la compétence pour aborder le différend entre la
France et le Rwanda? 197
Quel rôle l'OIF devrait-elle jouer en l'occurrence? 199
CONCLUSIONET PERSPECTiVES 20 l
BIB LI OG RA P HIE. .. . . .. . . .. . . . . ... . . . . . . . . . . . . . . . . . . .. . . .. . .. . . .. . . . . . . . . . . . . . . .. . . . . . .. . . . . . . . . . . 205
12Dédicace
Je dédie cet essai à mon grand père ELHAJ MOHAMED
TAHIROU DIALLO, paix à son âme et à mon maître ELHAJ
ABDOUL KARIM DIALLO.
Ma gratitude au Professeur ZAKP A KOMENAN Rolland
A ma mère et à mon père. A mon épouse.
A mes enfants Mohamed Tahirou et FâtimatouPréface
J'ai coutume, pour une sorte de raisonnement par
récurrence, de m'imposer, par une discipline intellectuelle
dont je dois reconnaitre qu'elle est pour ce qui me concerne
philosophique, c'est-à-dire académique, de me poser au
préalable des questions telles que celles-ci: «qui parle? » ;
«À quel titre parle-t-il? » ; « A-t-il de bonnes raisons d'en
parler? » Avant de me demander, avec une spontanéité et
une innocence candides, «de quoi s'agit-il? » Ou «quelle
est l'idée que l'on soutient et que l'on s'efforce de me faire
partager? ».
Il me revient donc de présenter au lecteur la personne,
la personnalité et le personnage de DIALLO Tafsir, auteur du
présent document.
La personne, chez nous en Afrique, ne se réduit
jamais à la singularité individuelle. Le «nous» englobe,
dissimule mais aussi révèle le «je» qui l'exprime et le
représente; ici comme ailleurs, 1'homme ne devient homme
que parmi les hommes, à cette différence près qu'ici mieux
qu'ailleurs, on le sait et on le revendique.
La voix de Tafsir est donc la voix de ces Africains qui
veulent comprendre le monde complexe et interdépendant
dans lequel ils vivent et essaient de s'y frayer un chemin. Je
suis de Labé, en Guinée, j'ai étudié à Alexandrie, dans le
creuset des intelligences alternatives, j 'habite à Abidjan, dont
je sais bien qu'elle est moins qu'hier et mieux que demain, je
vous parle du Rwanda et je m'adresse à vous, France de
toutes les références, de toutes les ambitions, de toutes les
frustrati ons.
La personnalité de DIALLO Tafsir se dessine en
filigrane dans les arcanes de cette histoire plurielle dont les
linéaments s'entrecroisent au point de se demander parfois sile destin ne s'amuse pas à brouiller les cartes plutôt qu'à
dénouer les fils d'Ariane, tant on hésite à trancher, sinon une
fois pour toutes, du moins une bonne fois, le nœud gordien.
En tout état de cause, il faut que DIALLO ait une
personnalité bien trempée et une plume bien acérée pour que
l'implacable raisonnement à la syllogistique aristotélico-
cartésienne, traversé ici ou là par de fulgurantes intuitions
hégéliano-bergsoniennes, conduise le lecteur, pas à pas, main
dans la main, à la conclusion, à la conviction, à la décision.
Le personnage enfin, c'est un juriste doublé d'un
expert en gestion de projets, qui troque son costume trois
pièces de conférencier international pour I'habit passe-
muraille du contestataire engagé. « Le monde est une pièce de
théâtre où chacun revêt tour à tour plusieurs masques»
disait SHAKESPEARE: c'est la ronde de la vie, c'est avec
Tafsir, la farandole de la joie de vivre, c'est-à-dire de
réfléchir, de penser et d'espérer que demain, dès l'aube, tout
cela vaudra action et transformation de ce monde qui,
décidément, ne tourne pas dans le sens des aiguilles de la
justice, à plus forte raison dans l'esprit de ces jeunes
intellectuels africains qui voudraient bien que, de temps en
temps, le temps s'arrête ou au contraire s'accélère, au gré des
obscurs linéaments de 1'histoire qui ne sait point interpréter
elle-même ses propres errements, ses propres échecs, ses
propres défaites.
Implacable raisonnement à la syllogistique aristotélo -
cartésienne, dirais-je: oui, la plume alerte de TAFSIR nous
tient en haleine de bout en bout, ne nous épargnant aucune
incise, ne faisant l'économie d'aucune contre-proposition,
d'aucune contre-preuve; entraînés comme dans un entonnoir
vers le goulot de la conviction ou, à tout le moins, du doute et
de l'expectative.
On appréciera par exemple la méthode d'enquête de
police mise en œuvre jusque dans les moindres détails, étayée
16sur la transcription des minutes, des interrogatoires et des
interventions des différents acteurs et analystes de la tragédie.
Ainsi de la distinction opérée entre la dissociation et la
connexion des différentes pistes, dont la valeur heuristique
est de ce fait bien différente; ainsi encore de la modernité de
l'argumentaire, quand on nous parle par exemple de la
traçabilité des missiles responsables de l'attentat contre le
Président Juvénal HABY ARIMANA. A contrario, on notera
que les erreurs relevées concernant l'enquête au plan
méthodologique comme les fautes commises au plan
déontologique sont suffisamment mises en relief pour
dessiner une sorte de négatif de l'action de la police, une
sorte de caricature de la démarche de la justice. Ainsi de ce
mirage du présent dans le passé, comme le dirait BERGSON,
qui conduit le juge BRUGUIERE à effectuer une évaluation
ex-post et à dire, parce que bien sûr il connaissait la suite des
évènements, que les extrémistes HUTU n'ont pas profité de
l'attentat, ce qui lui permet ipso facto d'affinner qu'ils ne
sauraient dès lors être accusés d'en être les auteurs; ainsi
encore, concernant le «Network commando », de la gravité
des accusations fort justement portées contre le même juge
BRUGUIERE, à la lumière du mode d'interrogatoire des
témoins qu'il pratique, suggérant, voire imposant des
réponses avant même que d'avoir accordé aux prévenus le
droit de répondre librement et spontanément à ses questions.
Cette rigueur dans l'appareil juridique mise en place
ne nous prive pas, pour autant, de la profondeur des analyses
présentées. On notera dans ce deuxième volet de notre
préambule, que les enjeux de ce débat sont régionaux, sous-
régionaux, continentaux, voire planétaires, car il ne s'agit de
rien moins que du présent et de l'avenir d'un monde que l'on
veut multiculturel et plurilinguistique.
Ainsi nous rappelle-t-on que François
MITTERRAND, à tort ou à raison, a perçu l'attaque du FPR
17comme une attaque des anglophones contre les francophones.
Et plus près de nous, on nous dit que l'arrêt BRUGUIERE a
exacerbé le conflit latent entre le RWANDA et la FRANCE,
au risque de creuser encore le fossé qui sépare les deux
ensembles linguistico-culturels.
Que DIALLO TAFSIR milite pour une préservation,
voire pour un élargissement du champ de la francophonie,
quoi de plus normal pour un Africain francophone, issu de
surcroit de l'Université francophone d'Alexandrie, au fait de
la prégnance des langues nationales dans son pays d'origine,
(la GUINEE) et dans son pays d'adoption, (la Côte d'Ivoire),
au fait des débats récurrents sur l'introduction des langues
nationales dans le cursus scolaire et universitaire, et en même
temps complice et/ou victime de l'omniprésence de l'anglais
sur la scène internationale des échanges académiques et
scientifiques.
C'est ce qui explique à mes yeux l'intérêt porté par
notre jeune chercheur, par notre jeune auteur DIALLO
TAFSIR, au RWANDA, dont François MITTERRAND
disait à juste titre qu'il constitue un espace privilégié et
susceptible de devenir un outil puissant de prévision
géostratégique régionale. Le RWANDA constitue donc une
zone tampon entre le monde francophone et le monde
anglophone et il mérite, à ce titre, que l'on s'interroge avec
une grande attention mais aussi avec une grande prudence,
sur l'avenir des relations entre le RWANDA et la France.
Alors, me direz-vous, qui nous a parlé, dans ce
brillant réquisitoire pour la réconciliation et pour la
revalorisation du «champ» d'action de la France en
Afrique? Un jeune intellectuel plein d'avenir, à la croisée des
chemins et dont on espère, à tout le moins, que des
opportunités lui seront offertes pour mettre son esprit teinté
d'un humanisme éclairé et de bon aloi au service de son pays
natal, la GUINEE CONAKRY, dont on sait combien elle est,
18plus encore que les autres pays de la sous-région, à la croisée
des chemins du développement, car il s'agit, bien sûr, de
défendre, c'est du moins ma conviction et l'engagement dont
témoigne l'auteur de cet article, les intérêts bien entendus de
la France, incontestablement porteuse d'une certaine idée de
la liberté démocratique et de la dignité humaine.
Mais que de chemins à parcourir pour que ce
développement s'accompagne d'une véritable promotion de
la démocratie. Nous sommes, fort heureusement, très
éloignés de ce communautarisme qui conduisait la Belgique,
en 1932, à catégoriser les populations rwandaises en
introduisant sur la carte d'identité la mention de l'ethnie.
Mais sommes-nous certains d'en être définitivement
éloignés? Ne lit-on pas aussi dans cette analyse que le
Président KAGAME savait fort bien qu'il n'avait aucune
chance de remporter une élection démocratique parce que la
démographie ethnique le lui interdisait? Du RWANDA à la
Côte d'Ivoire, la conséquence n'est-elle pas la même? Et
que dire du découpage ethnico-politique du paysage politique
guinéen? La France, oui la France, encore elle, n' a-t-elle pas,
ici et maintenant, à contribuer, dans la sérénité retrouvée,
avec la pleine conscience de la difficulté de la tâche, avec une
prudence qui doit se situer sur la ligne de crête fragile et
acérée qui sépare et rapproche l'indifférence et l'ingérence, à
ouvrir le débat?
Pour la France, au regret de ne pas avoir eu, en son
temps, le sens de l'histoire pour elle, (<< et si de GAULLE
avait accédé au pouvoir en même temps que Hitler? »). Pour
la Guinée, remords de vivre tardivement, la difficulté de
saisir l'opportunité de reprendre à temps le train de I'histoire
(.. .). Pour l'auteur de cette analyse, DIALLO TAFSIR, regret
de ne pas avoir eu, au moment opportun, l'âge de
l'engagement citoyen, (le voyage de Giscard d'Estaing en
Guinée ).
19Pour l'amitié franco-africaine enfin, nostalgie du
chant des partisans, du chant de l'action généreuse et
ambitieuse de la coopération bilatérale, mais ce n'est point le
chant du cygne mais bien le champ des signes de la
refondation d'une diplomatie exigeante et transparente.
Pourquoi cette affinité élective? Parce que ce sont elles,
(l'Afrique, la France), parce que ce sont elles, (la France,
l'Afrique) = continuons donc ensemble, la «France ne peut
être la France sans la grandeur », Charles de GAULLE.
MEZZADRI Jean-Max, Professeur agrégé des Universités
20Sigles et abréviations
APR : Armée Patriotique Rwandaise
CDR : Coalition pour la Défense de la République
CND : Centre National pour le Développement
DAMI Détachement d'Assistance Militaire et
d' Instructi on
DGSE : Direction Générale de la Surveillance
Extérieure
FAR : Forces Armées Rwandaises
FAZ : Forces Zaïroises
FMI : Fonds Monétaire International
FPR : Front Patriotique du Rwanda
GTBE : Gouvernement Transitoire à Base Elargie
ISTO International Strategical and Tactical
Organization
MANP ADS: Man Portable Air Defence Systems
MDR : Mouvement Démocratique Républicain
MINUAR : Mission des Nations Unies pour le Rwanda
MIP : d'Information Parlementaire
MRND : Mouvement Républicain National pour le
Développement et la Démocratie
OIF Organisation Internationale de la
Francophonie
OUA : Organisation de l'Unité Africaine
RFI : Radio France Internationale
RTLM : Radio Télévision Libres des Milles Collines
TPIR : Tribunal Pénal International pour le Rwanda
UE : Union Européenne
UNIT A : Union Nationale pour l'Indépendance Totale
de l'Angola
URSS Union des Républiques Socialistes
Soviétiques« Toute ma vie, je me suis .fait une certaine idée de la France. Le
sentiment me l'inspire aussi bien que la raison (..J. J'ai, d'instinct,
l'impression que la Providence l'a créée pour des succès achevés ou
des malheurs exemplaires. S'il advient que la médiocrité marque,
pourtant, ses faits et gestes, j'en éprouve la sensation d'une absurde
anomalie, imputable aux fautes des Français, non au génie de la
patrie. Mais aussi, le côté positif de mon esprit me convainc que la
France n'est réellement elle-même qu'au premier rang; (..) que
notre pays, tel qu'il est parmi les autres, tels qu'ils sont, doit, sous
peine de danger mortel, viser haut et se tenir droit. Bre.f, à mon sens,
la France ne peut être la France sans la grandeur ».
Général Charles de GAULLE
Introduction
Le vendredi 17 novembre 2006, en signant
l'ordonnance de soit communiqué d'un mandat d'arrêt
international contre les plus hautes autorités de Kigali, le juge
Jean-Louis BRUGUIERE a posé un acte majeur dans les
relations entre le Rwanda et la France. L'action du juge a le
mérite de relancer le débat sur le génocide de 1994 et
d'inciter à un réexamen des auteurs de l'attentat du 06 avril
94. Au-delà de la rupture des relations diplomatiques entre
Paris et Kigali et des attaques frontales qui s'en suivirent, cet
arrêt pourrait avoir une incidence sur l'avenir de la
Francophonie et sur la langue à usage commun qu'est le
français. Il pourrait également se poser un problème majeur:
la stratégie, l'adaptation et / ou l'application de la politique
française à l'évolution du monde. L'avenir du français est-il
scellé d'avance? Les Français ont-ils abandonné leur âme au
profit d'un portefeuille d'actions? Auront-ils la possibilité de
conserver leur position actuelle sans le maintien de leur attraitculturell ? Quel avenir pour la France dans un monde en
perpétuelle mutation? N'allons pas vite en besogne. Ne
confondons pas le souhait des uns et la réalité.
La France est une grande puissance, membre du G8,
un concentré de technologies et d'intelligences. Nul ne
saurait nier le génie français. Le monde restera marqué par la
Révolution française, les travaux et découvertes de ses
chercheurs, savants, artistes et écrivains. La statue de la
Liberté aux USA, le Christ rédempteur au Brésil. .. sont, entre
autres, la marque de son génie. Sans doute, elle n'est plus à la
première place, là où elle se serait mieux sentie d'après le
Général de GAULLE. Le désastre de 1940, la sortie des
Etats-Unis de leur isolement, le nouvel ordre économique
2èmemondial issu de la Guerre mondiale, le mouvement de
décolonisation l'ont profondément marqué. La langue
anglaise, autrefois moins attrayante, a pris le relais dans le
monde des affaires. La guerre froide, puis la lutte contre le
terrorisme ont donné aux Américains des motifs de contrôle
2èmeet de domination du monde. La Guerre mondiale n'a pas
permis aux Américains de tester le New Deal et d'en
percevoir les limites. En peu de temps, ils ont eu un marché
étendu à l'ensemble de la planète. Désormais, c'est la lutte
pour les secondes places qui est engagée.
Le monde est en perpétuelle mutation. Des pays,
autrefois sous-développés comme la Chine, l'Inde, le Brésil,
l'Indonésie, les Emirats Arabes Unis... défient les grandes
puissances. Aujourd'hui, plus qu'hier, aucune erreur n'est
permise de la part d'un Etat. Les acquis doivent être
préservés et les nouvelles opportunités exploitées. La France
ne saurait échapper à cette exigence. Elle doit sa place à des
hommes et dirigeants exceptionnels. La France aurait-elle été
si différente de l'Italie actuelle (sans rayonnement et sans
)
On évite volontiers le mot domination culturelle qui ferait penser au
colonialisme culturel ou simplement à l'imposition d'une culture
24