Soldats de la République. Les Tirailleurs sénégalais dans la tourmente

-

Français
215 pages
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Les tirailleurs sénégalais ont été durant les 70 ans qui nous séparent de juin 1940 les grands oubliés de notre histoire nationale. Ils étaient pourtant les soldats de la République, ils seront ceux de la France Libre avant d'être les exclus de la victoire. Qui se souvient de ces soldats noirs massacrés par sections entières, victimes de préjugés raciaux, de la haine, ou de la folie des hommes ?

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Publié par
Date de parution 01 décembre 2010
Nombre de lectures 208
EAN13 9782336250595
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0005€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

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Soldats de la République
Les Tirailleurs sénégalais dans la tourmente

France mai-juin 1940

© L’Harmattan, 2010
5-7, rue de l’Ecole polytechnique, 75005 Paris

http://www.librairieharmattan.com
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr

ISBN : 978-2-296-12578-0
EAN : 9782296125780

Jean-François Mouragues

Soldats de la République
Les Tirailleurs sénégalais dans la tourmente

France mai-juin 1940

L’Harmattan

Historiques
dirigée par Bruno Péquignot et Denis Rolland

La collection "Historiques" a pour vocation de présenter les
recherches les plus récentes en sciences historiques. La
collection est ouverte à la diversité des thèmes d'étude et des
périodes historiques.
Elle comprend deux séries : la première s'intitulant "Travaux"
est ouverte aux études respectant une démarche scientifique
(l'accent est particulièrement mis sur la recherche
universitaire) tandis que la seconde, intitulée "Sources", a
pour objectif d'éditer des témoignages de contemporains
relatifs à des événements d'ampleur historique ou de publier
tout texte dont la diffusion enrichira le corpus documentaire
de l'historien.

Série Travaux

Dernières parutions

Tchavdar MARINOV,La Question Macédonienne de 1944 à
nos jours. Communisme et nationalisme dans les Balkans,
2010.
Jean-René PRESNEAU,L'éducation des sourds et muets, des
aveugles et des contrefaits,1750-1789, 2010.
Simone GOUGEAUD-ARNAUDEAU, Le comte de Caylus
(1692-1765), pour l'amour des arts, 2010.
Daniel PERRON,Histoire du repos dominical. Un jour pour
faire société, 2010.
Nadège COMPARD,Immigrés et romans noirs (1950-2000),
2010.
Arnauld CAPPEAU,Conflits et relations de voisinage dans
e
les campagnes du Rhône auXIXsiècle, 2010.

« Ecoutezmoi, Tirailleurs sénégalais,
dans la solitude de la terre noire et de la
mort,
Ecoutez-nous, Morts étendus dans l'eau
au profond des plaines du Nord et de
l'Est,
Recevez ce sol rouge, sous le soleil d'été
ce sol rougi du sang des blanches
hosties,
Recevez le salut de vos camarades noirs,
Tirailleurs sénégalais,
Morts pour la République. »

Léopold Sédard Senghor

e
Soldat de 2Classe engagé volontaire au
e
3 RIC.

"Oeuvres poétiques hosties noires".



« Je pense à toi, quand naît la rose,
Quand l'herbe reverdit dans un creux du
vallon,
Quand la vie embellit toute chose,
Fait éclore le germe, féconde le sillon. »

Louis Torcatis

e
Instituteur, lieutenant de réserve au 3
RIC.
Martyr de la Résistance assassiné dans sa
cellule en 1944

Poème décembre 1940.

TABLE DES MATIERES



PRINCIPALES ABRÉVIATIONS UTILISÉES................................ 11
INTRODUCTION................................................................................. 13
PREMIÈRE PARTIE : LA « FORCE NOIRE » UNE NÉCESSITÉ
POUR LA FRANCE. ............................................................................ 17
1. LESAFRICAINS DANS LAFRANCE DE L’APRÈSGUERRE. ............ 17
- Les Africains à Perpignan............................................................ 17
e
- Organisation du 24RTS.............................................................. 39
2. DE LA MONTÉE DES PÉRILS À LA MOBILISATION.......................... 49
- La montée des périls. ................................................................... 49
- De la mobilisation à la "Drôle de Guerre".................................. 56
DEUXIÈME PARTIE : DE LA «CAMPAGNE DU NORD » À LA
« CAMPAGNE DE FRANCE ». .......................................................... 69
E
1. LE24 RTSÀ L’ÉPREUVE DU FEU. .............................................. 69
- Contrer la Course à la mer des troupes allemandes.................... 69
- Les Combats d'Aubigny................................................................ 75
2. LACAMPAGNE DEFRANCE......................................................... 85
- Résister sans esprit de recul......................................................... 85
- Le commencement de la fin........................................................ 111
- Combats pour l'honneur............................................................. 122
TROISIÈME PARTIE. DES MASSACRES À LA CAPTIVITÉ... 135
1. LA"HONTENOIRE",LES SENEGALAIS VICTIME DE L'IDEOLIGIE
NAZIE……………………………………………………………..... 135
- Les massacres des tirailleurs. .................................................... 135
- Vers la captivité. ........................................................................ 158
2. L’ÉTRANGE DÉFAITE ET L’OUBLI............................................... 170
- La guerre est finie. ..................................................................... 171
- Morts pour la France................................................................. 178
- Le temps du souvenir.................................................................. 184
INMEMORIAM.................................................................. 189
REMERCIEMENTS................................................................. 19
Annexes......................................................................................... 193
e
Annexe 1. Le drapeau du 24RTS. ............................................... 195
Annexe 2. Citations individuelles. ................................................ 196

e
Annexe 3 Organigramme de l'EM - CRE du 24RTS au 25 août
1939.............................................................................................. 201
e
Annexe 4. Organigramme du 1/24RTS au 23 mai 1940............. 20
e
Annexe 5. Organigramme du 2/24RTS au 30 mai 1940............. 203
e
Annexe 6. Organigramme du 3/24RTS au 23 mai 1940.............
e e
Annexe 7. Organigramme de la 10Compagnie du 3/24RTS. ... 205
BIBLIOGRAPHIE. .............................................................................213



















10


Principales Abréviations Utilisées

AC.
AD.
CAB.
CDT
Cdt
CHR.
CHETOM
des
CA.
Cal
Cie
CR.
CRE.
d'engins
CTTIC

CDAC.

BDAC.
(47 AC)
BATS
tirailleurs
BCC
BTN.
DBMIC.

DCA
DI
DIC.
DINA
EM.
FM.
FV.
GSD

Anti-char
Artillerie divisionnaire
Compagnie d'appui au bataillon
Compagnie de commandement
Commandant
Compagnie hors rang
Centre d'Histoire et d'Etudes
Troupes d'Outre-Mer
Corps d'armée
Caporal
Compagnie
Centre de résistance
Compagnie régimentaire

Centre de Transit des Troupes
Coloniales Indigènes
Compagnie divisionnaire
antichars (25 AC)
Batterie divisionnaire anti-chars

Bataillon autonome de
sénégalais
Bataillon de Chars de Combat
Bataillon
Demie brigade de mitrailleurs
indigènes coloniaux
Défense contre avions.
Division d'infanterie
Division d'infanterie coloniale
Division nord africaine
Etat-major
Fusil-mitrailleur
Fusilier voltigeur
Groupement sanitaire
divisionnaire

GRDI

Mle
ID.
PA.
PAD
PC.
QG.
RAC.
RALC.

RIC.
RICM.

RICMS.

RMIC.

RMICL.
d'infanterie
RMVLE

RTC
coloniaux
RTM.
marocains
RTS.
sénégalais
SEM.
SHAT

S.H.D

SM.
TC.
TR.
et
e
1/24 RTS

Groupement de reconnaissance
divisionnaire
Matricule
Infanterie Divisionnaire
Point d'appui
Parc d'artillerie divisionnaire
Poste de commandement
Quartier général
Régiment d'artillerie coloniale
Régiment d'artillerie lourde
coloniale
Régiment d'infanterie coloniale
Régiment d'infanterie coloniale
du Maroc
Régiment d'infanterie coloniale
mixte sénégalais
Régiment de mitrailleurs
d'infanterie coloniale
Régiment de marche
coloniale du Levant
Régiment de marche de
volontaires de légion étrangère.
Régiment de tirailleurs

Régiment de tirailleurs

Régiment de tirailleurs

Section d'état major
Service historique de l'armée de
terre
Service historique de la défense
(ex SHAT)
Section de mitrailleuses
Train cavalerie (hippomobile)
Train régimentaire (automobile
hippomobile
er e
1 bataillondu 24RTS.

12

Introduction


C’est à la suite de recherches familiales sur le rôle
joué par mon grand-père lors de la campagne de France de
mai et juin 1940 que le hasard m’a fait rencontrer un «Ancien
e
de la Coloniale» qui avait appartenu au 24régiment de
tirailleurs sénégalais (RTS). Ce dernier, dépositaire d’une
partie des archives de son unité, a bien voulu me
communiquer ces documents. Concernant mon grand-père, je
e
n’ai trouvé que peu de choses, en revanche l’histoire du 24
RTS était riche en hauts faits et en tragédies. Parallèlement,
dans la presse allemande une violente polémique se
développait en Allemagne quant au rôle supposé de son
armée régulière dans les crimes de guerre commis durant la
Seconde Guerre mondiale. A ce sujet, plusieurs articles ont
été publiés dans les colonnes de la presse nationale et
régionale, notamment dans celles du quotidien
"l'Indépendant". Ils avaient trait aux manifestations hostiles
provoquées en Allemagne par une exposition itinérante, sur le
rôle actif de l'armée allemande dans les crimes commis entre
1939 et 1945. Il s'en est suivi outre-Rhin une prise de
conscience qui dérange l'Histoire officielle, et qui établit
enfin les responsabilités de chacun. Les crimes de guerre
n'étaient pas uniquement imputables aux Nazis, aux "Waffen
SS", mais aussi à des unités de l'armée régulière; ils ne se
limitaient pas à la Pologne et à l'ex-URSS, mais avaient été
aussi perpétrés sur d'autres fronts. Malgré les témoignages et
les archives, des tentatives de négation de ces crimes ont été
avancées par des mouvements conservateurs: l'Armée ne
pouvait avoir mal agi. Les faits sont têtus, ils s'imposent à
nous, et même s'ils n'ont pas été systématiques, ces crimes
ont bel et bien été commis contre des soldats français, et tout
particulièrement contre des soldats africains, ces troupes
noires que les Allemands haïssaient, qu'ils qualifiaient de
sous-hommes, de «honte noire», mais qu'ils redoutaient.

Que faire des documents que l’on m’avait confiés?
J’entrepris la collecte de témoignages de première main
auprès de survivants européens, militaires de carrière, ou
simples soldats rappelés, de veuves, d’enfants de tués. Puis la
seconde phase a consisté à aborder les documents, à croiser
les témoignages, à collecter d’autres sources, à savoir: les
rapports d’officiers détenus par le Ministère de la Défense à
Vincennes et à Fréjus. Malgré ces divers déplacements,
beaucoup de documents capitaux semblent à jamais perdus,
ou, n’ont à ce jour pas été répertoriés. Informés de mon
travail de «bénédictin », d’autres sources privées s’ouvrirent
à moi, intense travail de correspondance qui me permit de
recomposer l’histoire extraordinaire d’hommes ordinaires qui
avaient été mobilisés pour défendre leur pays: la France.
Soldats européens souvent rappelés, ouvriers, paysans,
soldats africains volontaires ou non, ils ont été unis dans
l’action et le sacrifice. Ce travail de mémoire, de recollement
de témoignages, n’est pas une glorification du «bon vieux
temps des colonies», il vise avant tout à redonner la place
que les Tirailleurs Sénégalais méritent dans notre Histoire. Ce
travail de compilation, de témoignages de vétérans, d’analyse
de faits objectifs, replace ces protagonistes au cœur de notre
Histoire. Vaincue en juin 1940, la France a vécu avec cette
honte qui ne la quitte plus depuis. Qui se souvient des
combats acharnés de mai et juin 1940, livrés par certaines
unités, le plus souvent composées «d’indigènes »qui se
battront jusqu’au bout, jusqu'à leur anéantissement par les
forces mécanisées ennemies? Qui se souvient de ces
prisonniers noirs massacrés après leur capture du seul fait de
la couleur de leur peau ?Les survivants ont été renvoyés en
Afrique sans gloire, sans reconnaissance de la Nation.
Pourtant, ce seront ces mêmes hommes qui participeront aux
combats de la Libération en Corse, en Provence ou dans les
maquis. Retirés du front à l’approche du très dur hiver 1944,
ou transférés sur la poche de Royan, officiellement pour des

14

considérations « climatiques »,officieusement pour éviter de
réitérer l’erreur de 1919, les Sénégalais seront les grands
absents du défilé de la victoire de 1945. La France oublieuse
du sacrifice de ses soldats noirs, honorait ses héros de la
Résistance, ses libérateurs, se souvenait d’un Préfet nommé
Jean Moulin, mais savait-elle que c’est pour éviter de
cautionner des pseudo-crimes imputés aux Africains que ce
dernier se trancha la gorge dans sa cellule le 17 juin 1940 à
Chartres. Cet ouvrage a pour but d’honorer la mémoire de ces
soldats Noirs, de ces « Indigènes » morts pour la République,
afin qu’ils retrouvent la place qui est la leur dans notre
Histoire. Pour ce faire, nous analyserons les raisons qui ont
amené les tirailleurs sénégalais à jouer un rôle de plus en plus
important dans notre corps de bataille, nous analyserons aussi
le processus d’intégration de ce corps de troupe en métropole,
l’organisation en temps de paix et lors de la mobilisation.
Puis il conviendra d’étudier l’implication des troupes
coloniales indigènes dans la Campagne du Nord et dans les
combats qu’ils livreront « sans esprit de recul » jusqu’à la fin
durant la Campagne de France. Cette fin sera développée
dans la troisième partie. Souvent tragique, la reddition des
unités sera marquée par des crimes de guerre, des massacres
procédant de la nazification des esprits les plus jeunes.
Comment les Africains ont-ils vécu ces épreuves, les
massacres et la captivité pour les plus chanceux? Comment
s’est opérée leur libération? Quel bilan peut-on établir à
l’issue de ce conflit pour les Sénégalais ? Autant de questions
qui n’ont le plus souvent jamais été abordées en profondeur
et auxquelles il conviendra d’apporter des éléments de
réponse.

Il est de notre devoir de ne pas oublier ce qui va
suivre.

15

Première partie : La « Force Noire » une
nécessité pour la France

Sortie vainqueur mais exsangue de la Première Guerre mondiale
qui se soldait par un armistice et non une capitulation de la part de
l’Allemagne, la France n’aura d’autre solution que de se tourner
vers son empire colonial pour assurer les missions militaires de
temps de paix. Les soldats des différents continents et
principalement ceux d’Afrique Noire ont révélé durant tout le
conflit une très grande ardeur au combat, obligeant les plus
suspicieux et les plus réticents à leur encontre à modifier leurs
jugements. D’importants contingents de militaires en provenance
d’Afrique de l’Ouest traverseront la Méditerranée, découvrant pour
la première fois la lointaine Patrie, ils s’installeront durablement
dans les villes du sud de la France.

1. Les Africains dans la France de l’Après
Guerre

Après le retour des derniers conscrits de la Grande Guerre, dès
1923 les contingents africains, nord-africains, indochinois et
malgaches remplacent les unités métropolitaines dans les garnisons
du sud de la France pour ce qui concerne les tirailleurs sénégalais.

- Les Africains à Perpignan

La fin de la Première Guerre mondiale est marquée par une
profonde réorganisation des troupes coloniales. La pénurie de main
d’œuvre due aux pertes effroyables subies pendant le premier
1
conflit mondial (1.355.000 morts et 3.595.000 blessés),et ses

1
Près de 9.millions d’hommes, le plus souvent âgés de moins de 30 ans
trouveront la mort de part et d’autre sur l’ensemble des fronts. A ces
morts il ne faut pas oublier d’ajouter les quelques 6 millions d'invalides.
La France quant à elle a été le pays le plus touché, proportionnellement à
sa population: 1,4 million de tués et de disparus, soit 10% de la


conséquences terribles sur les populations et l'économie expliquent
en partie cette situation. De plus, les rigueurs budgétaires imposées
par l'effort de reconstruction et l'absence de menace de la part de
l'Allemagne vaincue ont raison d'une grande partie de l'infanterie
française. Sur l’ensemble des fronts de France et d’Orient près de 5
millions d’hommes sont encore sous les drapeaux. L’entretien
d’une telle masse d’hommes en armes pèse sur les finances
publiques à tel point que devant le mécontentement de la troupe,
dont certains sont aux armées depuis 1911 et les risques de
mutineries palpables (la flotte de la Mer Noire se révoltera en
1919), le format des armées passe de 43 divisions d’infanterie en
1920 à 32 divisions en 1928. Les troupes coloniales aussi voient
près de 80% des régiments qui la composent dissous. Seuls
ers e ee e
subsistent en tant que régiments "blancs", les 1, 2, 3 , 21 , 23
Régiments d’Infanterie Coloniale (RIC), le Régiment d’Infanterie
e e
Coloniale du Maroc (RICM) en métropole, les 9et 11RIC en
e e
Indochine, et le 16RIC en Chine. Le 24RIC n'échappe pas à
cette réorganisation. C'est ainsi que disparaît en 1923 ce
prestigieux régiment qui tenait garnison depuis 1902 à Perpignan.
e
Bien qu’auréolé de gloire, le 24RIC qui s'était particulièrement
illustré pendant toute la Grande Guerre en perdant plus de 8000
hommes dans la Somme, à Verdun, au Chemin des Dames, au Fort
de la Pompelle et à Reims sera sacrifié sur l’autel des finances
publiques. Son drapeau décoré de la Légion d'Honneur dès 1914
2
pour la capture d'un étendard allemand,de deux croix de guerre à
l'Ordre de l'Armée et d’une autre à l'ordre du Corps d'Armée, ainsi
que de la fourragère aux couleurs de la croix de guerre, sera rangé
avec ceux des autres formations dissoutes à l’Hôtel des Invalides.
Paradoxalement, alors que disparaissent la plupart des régiments
blancs de l'infanterie coloniale, des formations africaines plus


population active masculine. Sources « La France dans la guerre ». Paris,
Armand Colin, 1989. Stéphane Audoin-Rouzeau.
2
Pour les troupes coloniales deux autres régiments auront droit au même
honneur, le RICM en 1916 pour la prise du fort de Douaumont et le 43e
RIC en 1919 pour les 7 palmes gagnées durant tout le conflit.

18

3
connues sous l'appellation de Tirailleurs Coloniaux,puis, en 1926,
sous l'appellation générique de Tirailleurs Sénégalais, sont mises
sur pied. Les tirailleurs sénégalais remontent aux Compagnies des
« Volontaires du Sénégal » créées en 1789 avec d’anciens esclaves.
Ces unités noires eurent tout d’abord pour mission la défense des
navires et de la ville de St Louis du Sénégal et de l’Ile de Gorée.
Puis, dès 1822, elles furent rattachées aux troupes européennes
présentes au Sénégal. A partir de 1827 débuta l’expansion
coloniale au delà des frontières du Sénégal, et ce n’est que le 21
juillet 1857 sur la demande du général Faidherbe, gouverneur
général de l’Afrique de l’Ouest Française, que sera officialisée la
création d’un corps d’infanterie indigène autonome. En 1880 un
second bataillon est créé suivi huit ans plus tard par la création
d’un troisième bataillon. On compte alors plus de quinze
er
compagnies de tirailleurs. Le 7 mai 1900 est créé le 1régiment de
tirailleurs sénégalais, et cette même année les troupes de marine
deviennent troupes coloniales, elles sortent du giron de la marine et
sont prises en compte par l’armée de terre. Les unités africaines qui
ont été utilisées lors de la Première Guerre sous la forme de
bataillons de tirailleurs sénégalais (BTS) vont stationner en
permanence en métropole à partir de 1923. Les régiments noirs
4
sont implantés dans des garnisons du sud de la France,ce sont les
e ee e ee
4 , 8 , 12 , 14 , 16 , et 24régiments de tirailleurs sénégalais (RTS),
qui avec les régiments Nord-Africains présents dans le Centre et
5
l’Est de la France,vont pallier au déficit démographique généré
par les pertes irremplaçables occasionnées par le Premier Conflit
Mondial. Le service militaire qui avait été porté à 3 ans en 1913 est
allégé pour les Européens : beaucoup d’hommes soutien de famille


3
e
Le16 novembre 1922 le 24RIC devient Régiment Indigène Colonial et trois
années plus tard le 11 mai en application d’un décret du Conseil des Ministres CM
e e
1213/1/8 du 01/05/1925 le 24RTC est transformé en 24Régiment de Tirailleurs
Sénégalais.
4
e ee
4RTS à Toulon et Fréjus, le 8RTS à Toulon, le 12RTS à La Rochelle et
e e
Saintes, le 14RTS à Mont de Marsan et Tarbes, le 16RTS à Montauban et
e
Cahors, le 24RTS à Perpignan et Sète.
5
21régiments de Tirailleurs Algériens, Tunisiens, Marocains, 6 régiments de
Spahis et 11 bataillons d’Infanterie Légère d’Afrique servent alors en France ou
en Allemagne.

19

sont dispensés, et la France exsangue verse dans le pacifisme dont
elle ne se réveillera qu’en 1934, mais trop tard. Ces régiments
coloniaux vont s’avérer plus «économiques et plus dociles» que
les unités blanches. Perpignan, ville frontière et ville citadelle à
e
forte tradition militaire, récupère un régiment colonial, le 24RTS,
régiment qui malgré sa nouvelle appellation et sa composition,
hérite des traditions et du drapeau aux huit inscriptions de son
e
prédécesseur :le 24Régiment d’Infanterie Coloniale (RIC).
e
Régiment de près de 1800 hommes en temps de paix, le 24RTS
est articulé en 3 bataillons. Deux d'entre eux sont stationnés à
e eer
Perpignan (les 2et 3), et le dernier à Sète (1bataillon) où il
e
occupe le Quartier Vauban laissé vacant par le bataillon du 24RIC
qui y stationnait jusqu’à sa dissolution. Les casernements, à
l’exception de la caserne des Esplanades construite au tout début
de la Grande Guerre sur l’un des glacis de la citadelle, sont
relativement vétustes: ils ont vu passer les armées de Louis XIV,
de la Révolution et de l’Empire, ils ne disposent d’aucun confort,
d’aucun système de chauffage, ni de sanitaires. De plus,
e
l’éclatement du 24RTS sur deux sites distincts (Perpignan et Sète)
éloignés de plus de 150 kilomètres l’un de l’autre est préjudiciable
à l’homogénéité de l’encadrement, les forts de Prats de Mollo, de
Bellegarde, du Perthus, de Mont-Louis et le Château Royal de
Collioure sont trop exigus pour accueillir chacun un bataillon. Les
Africains vont s’intégrer petit à petit dans la cité, et dans la vie des
quartiers, car les casernements sont disséminés dans la ville, ils
feront vivre une multitude de petits commerces et seront tout au
long de leur séjour bien acceptés par la population. Leur présence
n’a pas défrayé la chronique dans ce département rural et viticole
contrairement à ce qui a pu se passer outre-Rhin, où leur arrivée a
été vécue comme une humiliation et une honte par la population,
provoquant une levée de boucliers dans la presse allemande et
internationale.« Lacampagne menée en Allemagne contre la
« HonteNoire »avait été commencée bien avant la guerre, elle
reprit avec tant d’acuité qu’elle nous empêcha d’employer les
Sénégalais à la garde des terres de la Ruhr. Ce fut d’ailleurs une
faute car leur valeur et leur discipline leur auraient permis, malgré

20

les provocations des Allemands, de réduire à néant les calomnies
colportées contre eux. On employa donc les Sénégalais en France
6
et dans les territoires d’opérations extérieures.»Dans les villes du
Sud de la France, ces soldats vont s’imposer par leur bonne
humeur, l’intérêt qu’ils portent aux choses de la terre. Leur
silhouette rehaussée d’une chéchia de laine feutrée écarlate sera
très familière aux habitants de ces cités. Les Sénégalais au sortir de
la guerre portent toujours la tenue de toile avec les initiales TS en
drap rouge sur les pattes d’encolure, mais en récompense de leur
conduite au feu, les Africains se voient conférer comme leurs
frères d’armes européens le port de l’ancre des troupes coloniales
sur les pattes de col en remplacement de l’initiale TS. Cela ne se
fera pas sans un certain «grincement de dents» parmi les
sousofficiers et officiers vétérans des conquêtes coloniales. Il en sera de
même lorsqu’on autorisera tous les sous-officiers africains à porter
le képi à l’ancre de marine. Mais s’ils portent les mêmes attributs,
une différence se fera dans la couleur de ceux-ci. L’ancre
d’encolure est de couleur rouge pour les Européens des régiments
d’infanterie coloniale, et jonquille pour les Africains de régiments
de tirailleurs sénégalais. Malhabiles avec leurs brodequins cloutés
auxquels ils ne sont pas habitués, ils traversent toutes les semaines,
Nouba en tête, la ville de Perpignan qui se réveille au son des
clairons et de la grosse caisse régimentaire. Le coupe-coupe qui
pend à leur ceinture marque les esprits des touts petits. Cet outil
qui a été adopté en 1898, et qui sert avant tout comme sabre
d’abattis, sera utilisé lors de la Première Guerre comme arme
blanche, contribuant à renvoyer côté Allemand une image de
sauvagerie ou d’extrême bravoure côté Français.Chaque jour,
chaque semaine, des colonnes de soldats arrivent en gare ou partent
en manœuvres. Pour l’entraînement les Sénégalais bénéficient dans
les Pyrénées-Orientales de plusieurs sites remarquables proches de
Perpignan. Ces manœuvres peuvent ainsi se réaliser soit au niveau
de la section, de la compagnie, du bataillon voire du régiment au
complet. Situés dans un rayon de 12 kilomètres autour de la
citadelle de Perpignan, ces terrains d’exercices bénéficient de très
grandes surfaces qui permettent l’instruction complète des unités

6
e
193
Note du colonel Durand commandant le 5RTS. Fez. Maroc0.

21