Témoignage sur la crise ivoirienne

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Description

Le régime du Président Laurent Gbagbo est freiné dans son élan par l'éclatement d'une crise armée, le 19 septembre 2002, une crise qui se présente sous la forme d'un coup d'Etat manqué et qui se mue en rébellion avec pour conséquence la division du pays. A l'avènement de la crise, le ministre de la Défense et de la Protection civile se trouve, dans l'exercice de ses fonctions, seul à la barre ce 19 septembre. Ce livre est donc à la fois une autobiographie, le témoignage d'un acteur de premier plan et un essai politique.

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Date de parution 01 juillet 2010
Nombre de visites sur la page 423
EAN13 9782336256689
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0005 €. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

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Témoignage sur lacrise ivoirienne
De la lutte pour la Démocratieà l’épreuvede la rébellionMoïse Lida Kouassi
Témoignage sur la crise ivoirienne
De la lutte pour la Démocratieà l’épreuvede la rébellion
L’HARMATTAN© L'HARMATTAN, 2010
5-7, rue de l'École-Polytechnique ; 75005 Paris
http://www.librairieharmattan.com
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr
ISBN : 978-2-296-11787-7
EAN : 9782296117877SOMMAIRE
LISTEDES ACRONYMES p. 8
CARTEDELACOTE D’IVOIRE DIVISEE p. 10
DEDICACE p. 11
PREFACES I. ETII . p. 13
AVANT-PROPOS p. 27
INTRODUCTION p. 29
PREMIERE PARTIE : p. 33
DE LA LUTTE POUR LA DEMOCRATIE
DEUXIEME PARTIE : p. 159
AL’EPREUVEDELAREBELLION
CONCLUSION p. 247
BIBLIOGRAPHIESELECTIVE p. 251
LISTEDES ANNEXES p. 255
ANNEXES p. 256
TABLEDES MATIERES p. 271
7LISTEDES ACRONYMES
AITACI: Association des Ingénieurs, Techniciens et
Assimilés de Côted’Ivoire
ARSO: Aménagement de la Région du Sud-Ouest
CDU: Christlich-Demokratische Union (Union
DémocrateChrétienne)
CCER: Centre de Collecte et d’Exploitation du
Renseignement
CNSP : Conseil National de Salut Public (junte militaire)
COGEXIM: Compagnie Généraled’Export-Import
CTK: Compagnie Territorialede Korhogo
CSU: Christlich-Soziale Union (Union Sociale-Chrétienne)
ENSEA: Ecole Nationale de Statistique Appliquée
ENSOA: Ecole Nationale des Sous-Officiers d’Active
FEANF: Fédération des Etudiants d’Afrique Noireen France
FESCI: Fédération Estudiantineet Scolairede Côted’Ivoire
FIRPAC : Force d’Intervention Rapide Para-Commando
FMI: Fond Monétaire International
FPI: Front Populaire Ivoirien
LIDHO: Ligue Ivoiriennedes Droits de l’Homme
MACA: Maison d’Arrêt et de Correction d’Abidjan
MDL: Maréchal Des Logis (sous-officier de gendarmerie)
MEECI: Mouvement des Elèves et Etudiants de Côte
d’Ivoire
MIDH: Mouvement Ivoirien des Droits de l’Homme
MPCI: Mouvement Patriotiquede Côted’Ivoire
MPI: Mouvement Populaire Ivoirien
MRG: Mouvement des Radicaux de Gauche
OLPED: Organisationpour la Libertéde la Presse, de
l’Ethique et de la Déontologie
PDCI-RDA: Parti Démocratique de Côte
d’IvoireRassemblement Démocratique Africain
PIT: Parti Ivoirien des Travailleurs
RDR : Rassemblement Des Républicains
RTI: Radio Télévision Ivoirienne
S/M: Second-Maître (sous-officier marinier)
SPD: Sozialdemokratische Partei Deutschlands
SNO: Secrétariat National à l’Organisation(FPI)
8SYNARES: Syndicat National de la Rechercheet de
l’Enseignement Supérieur
UER : Unitéd’Enseignement et de Recherches
UNEECI: Union Nationale des Elèves et Etudiants de Côte
d’Ivoire
UNITA: Union Nationale pourl’Indépendance Totale de
l’Angola .CARTEDELACOTE D’IVOIREDIVISEE
10DEDICACE
A notre trèsregretté
MaîtreEmile BOGADOUDOU ,
A tousnos martyrs, qui comme lui ,
Sonttombéssurle longchemin de la lutte
pourles Libertés;
A tous ceux qui ont cru et croient encore
au projet deRefondation de la Côted’Ivoire .
11PREFACES
I .
La lecture attentive du « témoignage» de Moïse Lida
Kouassi sera précieuse pourquiconquechercheà rétablir les
faits de lacrise qui déstabilise la Côted’Ivoiredepuis au
moinsl’avènement du multipartisme .
La crise politique resteen apparence remarquable par ces
dernièresmanifestations violentes de 2002 à 2003. Mais
l’ampleursoudainedes affrontements armés, excepté les
atrocités, s’est bien plus rapidement estompée que dans
d’autressituations, plus dramatiqueencore, sur lecontinent .
Ici, la politiquea pris ledessus, plus vite qu’ailleurs. Il est
vrai que la répétition desincidentspolitiques qui ont conduit
àcetinstant tragiquede la nuit du 18au 19 septembre 2002
reste plussignificative encore que les affrontements ultimes .
La signature des causes profondes estlà, dans l’accumulation
de ces contradictions critiques qui ont paru surprendrechacun
des acteurs, sauf, apparemment, un certain Alassane Dramane
Ouattara .
La chronique de «cette guerre annoncée»a déjàétéfaite .
Mais Lida nous aide ici à mieux la comprendreencore .
L’auteur racontebien l’irruptionsurla scène ivoiriennedece
« phénomène Ouattara», qui afocalisé tout le débat ,
reléguant tousles contentieux primaires ettous les acteurs
traditionnels au second rang .
Lacrise ivoirienneest bien finalement cellede l’identitéde
monsieur Ouattara et dessiens et decette volontédecertaines
puissances de s’en servir pour asseoir une domination
continuée sur la Côted’Ivoire. Ouattara, un homme structuré
et déterminé, mêmeau pire. Bien mieux,décidément, que
tous ces hommes politiques, pourtant les plussoutenus des
13nôtres, qu’il a objectivement empêchédegouverner,chacun
sontour.
Le méritede l’auteur est d’avoirrestitué des faits qui nous
permettent chacun de faire une lecture plussereine de la
situation.
Cette nuit du 18 au 19 septembre 2002, tout sembla
s’accélérertellement! Aujourd’hui, ceux qui ne saventpasne
réalisent pas vraiment que le pays aétéà un doigt de perdre
sa liberté. Ceux qui, comme moi, l’apprirent en étant hors du
pays virent d’abord se dérouler de longues heures d’angoisse,
bientôt amplifiéesparl’éloignement, la rareté lancinantede
l’information et laconfusion entretenue par ces réseaux déjà
à l’œuvre .
Des casernes (combien ?) avaient été attaquées ,
simultanément,au petit matin,à Korhogo, Bouaké et
Abidjan. Le ministred’Etat Boga Doudou, le «dur» du
régime, avait été retrouvé mort et le ministred’Etatministre
de la Défense, le non moins « sécurocrate» Moïse Lida
Kouassi, un momentintrouvable, dirigeait desopérations
presque seul au poste. Rien de précis n’était connu du public,
en dehors des « thèses»de RFI. Le communiqué, bientôt
rassurant, lu par le ministrede la Défense sur les antennes
pouvait paraître trop officiel pour être vrai, en dehors de
confirmations factuelles. Le président de la Républiqueétait
en voyage officiel en Italie avec sa famille. Le premier
Ministre Affi Nguessan était à une conférence à
Yamoussoukro. Les assaillants semblaient décidément avoir
bien choisi le moment !
Alors que, néanmoins, l’armée semblaitprendre ledessus à
Abidjan,d’où les assaillants avaient été vite chassés, il
semblait bienqu’elleavait succombé cependant à Korhogo et
à Bouaké. Bien que vaillante, lefait est que l’armée se
trouvait dans une situation de nudité incroyable, si l’on s’en
tient du moins aux discours récentssurle sujet. Les arsenaux
avaient été soigneusement pillés par les différentesmutineries
14etsurtout par lecoup d’Etat de Robert Guéi. Ils n’avaient été
que peu comblés par lesquelques livraisons de Kadhafi et de
Dos Santos. Pas assez d’armes, ni légères, ni lourdes. Pas
assez de munitions de toute façon. Une puissancedefeu
limitéedonc. Lesquelques rares blindés disponibles avaient
connu desjours meilleurs. L’essentiel de l’artillerie se
trouvait, paraît-il,à Bouaké, aux mains desrebelles. Les
avions de chasse aussi. Les transmissions et les
communications étaient réduites à leur plus simple
expression. Bref, une armée sous-équipée etsous-entraînée
faisait face à sonpremier défimajeur depuis l’indépendance .
On la découvrira bientôt démotivée par l’absencede
véritables chefs. Lechefd’état-majorlongtemps introuvable ;
quelques officierssupérieurs déjà tombés.
Pêle-mêle, quelques faits sont déjà remarquables, unefoisles
émotions contenues. Ils expliquent bien des chosespour qui
sait les lire; comme par exemple l’insistance des Français
pourprotéger d’abordet avant tout Ouattara, refugié tout de
suiteà l’ambassade d’Allemagne, grâceà une opération aussi
honteuse que plus tard «célèbre». L’ambassadeur français
ira même jusqu’à menacer de représailles le ministrede la
Défensede Côted’Ivoire, peu pressé de pourvoir à la sécurité
du seul Ouattara. La désertion deslignes de défense par les
chefs d’unearmée surtout tenue par desofficiers de second
rang et dessous-officiers, tous d’une vaillanceencore peu
récompensée àce jour, traduisait simplement lacarence
profonde du commandement supérieur. La facilité
d’infiltration desrebelles derrière les lignesn’était pas en
reste. L’armement spécialisédeceux-citraduisait bien toutes
les complicités extérieures. Au demeurant,ces premières
déclarations françaises insistant sur la guerre «
ivoiroivoirienne» n’étaient-ellespas trop audiblespour être
honnêtes? À partir de là, le refus du gouvernement Chirac
d’autoriser l’aide française, pourtant prescrite parles accords
de défense, n’était-il pas attendu? Etque diredeces
nombreuses entravesimprovisées par l’ambassadeur de
France sur lechemin de la reconquêtede Bouaké ?
15Moïse Lida Kouassi donne ici aux observations premières
une cohérence que seul untémoin privilégié pouvait apporter.
La qualité de sacontribution tient d’abordà cette narration
froide des faits, même sur lessujetslesplus délicats: le refus
de ses camarades d’accéder à toutes lesmesuresprudentielles
réclamées, l’attaque de sa résidence et sonsauvetage
miraculeux, les accusations reçues au sujet de la mort de
Robert Guéi, l’échec destentatives de reprisede Bouaké, les
menaces contre sa vie, lecomplot desnouveaux stratèges du
FPI,etc .
La sincéritéde Lida resteémouvante. Elle vient sans doute
d’aborddece parcours politiquedont il commence par parler
abondamment. Comme poursedémarquer de tous cessoldats
de la dernière heure qui pullulèrent dèsles premières
menaces éloignées.
Maconvictionprofondeest que Lida est l’une des grandes
victimes de ce jourtragiquede septembre 2002, lorsque tout
paru s’effondrer. Il aura souffert, lui-même etpour safamille,
dans sachair et dans son âme, davantageentout cas que ne
l’ont dépeint ces adversaires de l’intérieur, bien étranges, qui
l’ont livré tout de suite en bouc émissairede leurs propres
turpitudes. Sa version de l’histoireétait ainsi de cellesqui
étaient attendues avec impatience .
Pourtant, il faudra regarder,au-delàdecette contribution
étonnantede simplicité et defraîcheurpolitique, la restitution
précisede notrehistoire immédiate. Le déferlement de la
violencece 19septembre 2002 parutsurprendre tout le
monde. Pourtant tout était écrit.
Le parti unique, c’était d’abord la culture de l’immobilisme
politique. Avec le recul, on s’aperçoitqu’il a surtout produit
la pertedu sens de l’histoireet de cette leçon élémentaire que
ses dirigeantsn’ont sans doute jamais assimilée: tout
système politique ne vautque parsacapacitéà absorberses
contradictions sociales. Regardons ensemblecomment et de
quoisont nées les grandesrévolutions !
16Il était évident pour des gens avertis etsoucieux de préserver
même leurs seuls acquis, que le blocage systématiquede la
démocratie en Côted’Ivoire ne pouvait que produire
l’accumulation des contradictions jusqu’à des antagonismes
de rupture. Sauf pour certains dirigeants anciens de ce pays ,
déjàdépassés par l’histoire, à leurpropre insu. Tout autre
projet de véritable subversionou déstabilisationn’avait qu’à
profiter de l’aubaine. Ce quefirent Ouattara etsessoutiens
étrangers .
« La guerre des héritiers» ne pouvait qu’être une sorte
d’enzyme, ladernière fuséede la violence, dans ce tir
inexorable vers l’orage politique .
L’arbitrageconfus des Français etledéveloppement du
désordre politique (défaire sans faire, tout en espérant que
surgiront du chaos immédiat dessolutions sous contrôle) ,
feront le reste. Les autorités françaisesont passé leurtemps à
user de prétendues contradictions internes(deux régimes de
cohabitation) pourmasquer l’unicité de laclasse politique
française (comme aux temps de la coloniale) sur les
ambitions de satrape de ce pays dominateur: s’assurer des
réserves de richesse ainsi que d’un marchécaptifet créerici
une stationsolide de reconversion de la pauvreté
sousrégionale. La Côted’Ivoiredoit appartenir à tous. Ainsi
a-telle été créée, pourservir de déversoir desresponsabilitésmal
assuméespar ces gouvernements, quinedoiventsurtout pas
continuer d’expédier leurs « boatpeople» à travers la
Méditerranée .
Ainsi devait périrl’ivoirité, concept «bédiéen»aussi
« imprudent» que « subversif». Il fallait un président aux
ordres pourréglerle tout comme avant, sous Houphouët. Peu
importe qu’on eût besoin de faire un coup d’Etat en 1999.
Robert Guéi, qui avait déjàété recruté, devait céderla place à
un certain Ouattara au bout d’un processus de transition
dédié. Que n’a-t-ilpas compris ou admis cetteévidence !?
17Mais Gbagbo était, de toute façon, le « joker du peuple». La
réaction du peupledans cette victoirede 2000 fut aussi
inattendue quedésespéréecontre le jeu desréseaux et des
faiseurs de ladémocratiedétournée. Ils espéraient contrôler
touslesrésultats. Le peuplea décidé, même au prix de sa vie,
que seulsses choix devaient s’imposer.
Moïse Lida Kouassi a suivitout cela,d’abordenobservateur
engagé, puis rapidement en acteursouvent décisif. Certes ,
Lida n’est pas exactement un produit de cette« gauche
historique»dont les membres etles élèves avaienttrès tôt
leursicônes et leurs groupes de lutte clandestins. A
l’avènement du multipartisme, c’est d’abord la personnalité
d’un certain Laurent Gbagboquil’attiredans la lutte, comme
un aimant attiredesmatières minérales. Les idées de Gbagbo
ont laissé peu de personnesindifférentes à l’époque. Lida
n’est certespas unmembrefondateur du FPI et il ne le
revendique pas. Il aura été d’abord recruté par Boga. Mais
Gbagbol’aadopté sans tarder. Cettecapacité du leader du
Front Populaireà sélectionnerlesplus actifs et à rechercher
leur contribution à la lutteest incontestablement l’une de ses
qualités .
Le séjour commun avec Gbagbo enprison en1992, la
productivité intellectuellede Lida,ce talent vite affirmédans
lagestion dessituations de crise, en feront un acteurmajeur
de chacun des événementsquimarqueront la vie politiquede
la Côted’Ivoire pendant ces années 90 hautement chargées
enincidents de toutes sortes: lecoup de filet de février92, le
boycott actifen1995, le coup d’Etat de 1999 etc .
A l’avènement du coup d’Etat de 1999, il afallu l’audace et
l’esprit d’à propos de quelques-uns comme Lida pourque le
FPI se faufile au milieu du désordre créé par Robert Guéi et
ses « jeunes gens» jusqu’au pouvoir d’Etat. Lida raconte ici
par le menu toutes ces péripétiespendant lesquellesse joua le
destin du pays .
18Quand Laurent Gbagbo arriveau pouvoir en 2000, Lida fait
partie« naturellement» du groupe restreint deceux qui
gouvernent réellement derrière l’affichage officiel. La
compagniedes Laurent Gbagbo, Aboudrahamane Sangaré,
Simone Gbagbo, Boga Doudou, Affi Nguessan, Mamadou
Coulibaly était plusquegratifiante; uneconsécration !
Ilse produisit alors une chose que l’auteurlui-mêmecomprit
bien tard! Lesquelques privilèges visiblesquecette position
pouvait procurer ne pouvaient que susciter les sentiments
habituels autour de tousles chefs. C’est ainsi naturellement
que Lida fut déclaré parquelques opportunistes comme la
tête de turc idéale. Le responsable unique (commentle
pouvait-il, même physiquement ?) de toutes ces erreurs de
jugementquiont affaiblile systèmeau point de le rendre
vulnérable. Malheur aux vaincus !
Que ne fut-il pas mort d’ailleurs (on veut dire« tué ») ,
comme Boga, semblaient direcesnouveaux stratèges du jour
qui se pressaientpour prendre la place. Las! Lida vivant et
toujours aussi combatif, semblaitsurvivre incroyablement .
Une sorte« d’arrogance de lafoi ». La miseà mort devenait
donc inévitable!
Certes, des erreurs de jugement etplus sûrement de
communicationont été sans doutecommises par l’homme !
Maisiln’était pas le seul à se fourvoyer etses erreurs à lui
étaient bien loin d’être lesseules. Moïse Lida Kouassi aurait
peut-êtredû en parler davantage, pourmontrer comment elles
ne pouvaientpas avoir eu les dimensions qu’onleur prêta
malicieusement. Mais à quoi bon, puisque ces écrits-ci sont
lesrares défenses dontil dispose, mêmeaujourd’hui !
Tout ce qu’on a pu dire pourjustifier la« miseà mort»du
«coupable» était évidemment faux : le détournement des 50
milliards destinés à l’achat d’armes, la livraison d’armes à
l’ennemi, l’assassinat de Boga Doudou etc. Le plus grand mal
vinttoujours ainsi de ces fausses accusations, sans
démonstration, nipreuve, ni mêmecommencement d’indice,
19parlesquellesquelques zélés affaiblissaient objectivementles
lignes de défensede la nation en danger. La guerre
psychologiquede l’ennemi, qui voulait d’emblée supprimer
les cadres, comme dans une opération commando classique,
étaitlogiqueet attendue parles esprits avertis. Mais les « tirs
amis» sur les lignes arrières sont toujours plus désastreux ,
parce qu’inattendus.
Les auteurs,coauteurs et complices seront-ils jugés un jour,à
leur tour, par le tribunal du FPI ? Leurs erreurs paraissent
pourtant aujourd’hui si évidentes !
En attendant la nécessaire réhabilitation, la multiplication des
témoignages honnêtespourrait peut-être nousréconciliertous
avec tous ces espoirs placés depuis les années 90 par ce
peuple ivoirien assoiffé de libertéet de renaissance politique .
Hautles cœurs et en avant camarade!
Kabran Appia
Députéà l’Assemblée nationale de Côted’Ivoire
Ancien MinistreII
Beaucoup aétéécritsurlacrise ivoirienne tant par des
plumes dans la liechaude des évènementsque par celle dans
le lit éprouvé du pouvoir. Des envolées de plumes d’aigles à
celles desmoineaux,destamiseurs de mots,enjoliveurs du
jardin littéraireaux vautours vautrés dans le ventredes
putréfactions sociales, chacun s’est adonné à cette
commensalité politique procédant de l’irrédentisme de
mission, je souligne la rébellion de 2002 .
Il eutmême unpasticheur qui au demeurantpour sefaire la
plume dans lacélébritéd’un grandauteur du XIXème siècle
pour grandir intellectuellement dans sagrandeur passée la
postérité. Je renvoieà l’auteur de l’opuscule« Gbagbole
petit» comme si la sécheresse imaginative l’invitaà
s’abreuver dans le flux imaginatif abondant d’énergie
créatrice de Victor Hugo qui brocardant lecoup d’Etat de
1848, forgea la fameuseformule« Napoléon le petit » .
Sisémantiquement Victor Hugo,admirateur de Napoléon
Bonaparte s’attaque avec verveà la pantalonnade politiquede
Napoléon III (Louis Napoléon Bonaparte), l’auteur de la
feuille de choux qui échoue dans lechamp littéraire ivoirien
semble nous dire que lorsque le tam-tam crépiteen Afrique
toutle monde trémousse. Même les paralytiques. Ainsi tout
comme toute image ne fait pas roimage, lacomparaison ne
fera pasmotionscientifique .
Le livre de Lida Kouassi intitulé« Témoignage»eutpar
conséquent des devanciers dans le paysage de la littérature
politique .
Ilreste que l’auteur, sans complaisance, jetant unregard froid
sur la vie politique ivoirienne incandescente, l’opère parla
plume sans l’anesthésier.
21Cette œuvre protéiforme, autobiographique, politique,
historique voire littéraire, à traversle librecours que donne
l’auteur à sa plume par des effets de styleet des formules
incisives,apporte une lumièrecertaine surlagestion du
pouvoir, les conflits souterrains etparfois ouvertsqui
minaient l’équipegouvernanted’un pays historiquement
miné .
En effet, portant sonscaphandred’objectivité, l’auteurplonge
sa plumedans sa vie pour en extraire la lumière nécessaireà
l’éclairagede sa prisedeconscience .
Le regard sur soine l’égare nullement dans une posture
narcissique mais participed’une réactivation de tout ce qui
pouvait expliquer sa transmutationsociopolitique .
Ainsi, l’enfance de Lida Kouassi fonctionne comme un
momentinitiatique le conduisant vers un lieu ou le
nombrilisme juvénile se dissout dans le magma des
événements d’une autredimension,d’une autre nature, je
souligne l’histoire politique .
C’est dans l’histoire, tamisant les faits à l’instar de
l’orpailleur à la recherchede pépites d’or,dans son art de
sélection des faits que se produit laconnaissancedes hommes
et donc la renaissancede Lida Kouassi.
On saisit pourquoi l’auteur, dans le moule de l’action
historique, procèdeà une transmutation,enretournant son
regard débarrassédesnimbes de l’enfance sur la réalité .
Du regard du dedans,celui de ladégustation des fruits du
champ édénique de l’enfance au regard du dehors,celui de
l’êtreensituation, Lida Kouassi seforge un caractère et une
déterminationpour donner des coups et enrecevoir. Car il
fautparfois sinonsouvent avoir la peau lithique enpolitique
pourne paslaisser transmettre le moindre gémissement de
douleur .
L’auteur sefait alors éthologue,analystedu comportement
des espèces de lafaune politique en général et surtout
partisane enparticulier. Il comprit,enle laissant transparaître
à mots feutrésou à traverslessilences du non-dit littéraire,
que lafaune politique, toujours à l’affût desmoindres failles
22de l’autre ou les créant,cherchehabilement à réduireet
détruire la capacité de résistance de celuiqu’elle veut
éliminer du champ politique. La politique s’apparentant au
combat des condamnés à mort des étrusques sur la tombe
d’un grand guerrier, se saisit comme une activité de la
mortsurvie .
Comme l’écrivait Huainan Zi, célèbre auteur chinois de
l’antiquité,dans ses « Grandstraités »:
Les hommes aux appétits voraces et aux passions dévorantes
Couvent la puissanced’un regard plein d’envie ;
Fascinésqu’ils sont par lestitres etlespositions ;
Ils n’ont qu’une ambition: déposerles autres par leur
habileté ,
Ets’installersurles hauteurs de la société.
Lida Kouassi découvre doncdans ce jeu de la mort-survie, au
sein de sonpropre partioù les ambitions « postgbagboïstes »
produisent un centro-sinistra, c'est-à-dire un affaiblissement ,
unmanquedecohésion au sein de l’équipegouvernanteavant
l’irruption de la rébellion de 2002 .
Cetteanalysede l’auteurintroduit le lecteur dans le jeu de
positionnementpolitiquede ses camarades etpermet(enfin !)
de situer les responsabilitésquant à la question de
l’équipement des forces armées. Qui donc s’opposait à
l’achat des armes?
Certainsministresne s’arcboutaient-ils pas, en réalité, sur
leur position en feignant de donner la primauté au
développement économique? Mais quelpays au monde
peutil ensedéveloppant se passer de l’équipement de son armée
pourprotégersesrichesses, sa population et sa souveraineté ?
Cetteautophagie politique traduisait, si ce n’est un
amateurismedecertains,du moinsl’expression d’une culture
d’autruche. Pourtant lechamp politique, transversalement
structuré parla tension permanenteattisée à souhait par des
médias de services commandités d’ici et d’ailleurs et un
environnement ivoirophobe savamment voilé par desthèses
panafricanistes anesthésiantes à l’envi, invitait lesministres à
23ne pas baisser lagarde pour assurerla sécuritéglobaledu
pays .
Car, ignorer les enchaînements dialectiques des faits
historiquesportant le sceau desluttespolitiques de 1960 à
2002, relevait, si ce n’est de lacécitégestionnaire, du moins
de laculturedes délices de Capoue .
En effet,comme atteints par l’ivresse du pouvoir aveuglant et
se livrant àdes coups basqui, bien souvent, transforment
l’arènedu pouvoir en champ d’intrigues, maniant des flèches
de parthes,certains gouvernantsoubliaientque le socle de la
société se transmuait ensable mouvant .
Or, la politiquedans ces conditions aux relents cadavériques ,
ne peutse payer desrepossans courirle risque du péril
collectif .
A l’évidence, le volet éclairant de l’informationrelative à la
question de l’armement nourrira, je l’espère, bien desplumes ,
mêmecelles des autruches, réchauffera les gorges chaudes.
C’est que le livre à thèse de Lida Kouassi que voici a le
méritede l’élévationintellectuellede l’écriture politiqueen
prenant de ladistance parrapport aux tabouspartisans pour
s’affranchir de la languedebois.
Débarrassé doncdes lunettes de girafe en procédant à
l’introspection de sachapelle politique, Lida Kouassi qui fut
au ban des accusés, ne nouslivre pas un discours pro domo ,
maisinaugure une nouvelle méthode d’analysedu champ
politique ivoirien: se regarder dans le miroir des faits sans
esprit de boutique, c'est-à-direcalculateurpour avoir toujours
raison eninsultant l’intelligence de laconscience collective .
C’est cela aussi être politique etintellectuel en exerçant
librementsa réflexionpour renaîtredans lebonheur d’une
culture politique non partisane. Dépasserles carcans étiolants
par les échellesqui conduisent dans les hautes cimes de la
véritéhistorique .
24Cetteécriture d’élévation de la pensée participed’une
certaine pédagogiede lectureet de relecturedes faits pour
faire parlerles faits et éviter de parler à leur place. Lefaisant
par une écriture qui ne vomit pas les insultes, les anathèmes ,
les salissures de tout acabit, mais qui se nourrit de l’art
scripturaire, voilà le pari du livre de Lida Kouassi.
Ce livre d’introversion analytique éloigne le lecteur des
plumes d’extraversionidéologique, je souligne cellesqui
fonctionnent comme des cous degirafe scrutant le lointain en
négligeant parfoissinon souvent les sables mouvants et
éprouvant à la fois chaque partipolitique .
C’est pourquoi cettedémarched’autocritique confèreà
l’œuvrede Lida Kouassi une dimension paraclétiquecertaine
dans le jardin culturel ivoirien.
Professeur Henri Légré Okou
Membrede l’Académiedes Sciences d’Outre-MerAVANT-PROPOS
« Témoignage». Ce livre portebien sontitre .
Iltémoigne surl’évolution de la lutte pour l’avènement de la
démocratieen Côted’Ivoire, telle qu’elle aété menée en
généralparlesorganisations de la sociétécivile etles forces
politiques.
Iltémoigne surl’actionmenée,enparticulierparle FPI, qui a
entraînédans ladynamique de sa lutte pourleslibertés ,
l’ensembledesnouveaux acteurs de ladémocratie opposés au
régimedu parti uniqueen Côted’Ivoire .
Il témoigne sur l’itinéraire qui conduit l’auteur du
militantisme syndical au militantisme politique .
Iltémoignage surson action entant qu’acteursurla scène
politique .
Ilpermet au lecteur de revoir les acteurs de la vie politique
ivoirienneenpleineactionmais aussi,d’entrer dans les
coulisses de la scène pour y découvrirlesmécanismesqui
jusqu’iciont réglé le jeu politiqueen Côted’Ivoire. On voit
ainsi des forces favorables à la pensée unique mettre tout en
œuvre pour étouffertoute velléité d’instaurer une vie
politiquebasée sur l’expression démocratique. On partage la
fiertédeceux qui, malgré tout, ont pu bravertous les dangers
et faire triompherlechoix démocratique. On comprend que la
crise que vit aujourd’hui la Côted’Ivoirea ses racines dans
les régimes d’Houphouët-Boigny et de Konan Bédié. Les
dirigeants actuelsn’en sont réellement que les gestionnaires.
Le lecteurne peut alors empêcherle sentiment de révolte qui
s’empare de lui face à l’acharnement orchestréde l’intérieur
par desnationaux contre le nouveau régime et amplifiéà
l’extérieur par leurs alliés.
Ilne peutnon plusréprimer sadéception face aux querelles
intestines qui risquent de nuireà l’action héroïque que
mènent les nouveaux dirigeants. Mais l’auteur, qui est l’une
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