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Terrorisme, islamisme et sacrifice

De
386 pages
Le terrorisme, phénomène complexe, se définit désormais dans le cadre de la transnationalisation du crime. Avec les nouvelles technologies, les agents de la terreur jouent des frustrations sociales et indentitaires pour contester la hiérarchie mondiale. Paradoxalement, à l'heure de la technologie toute-puissante, cette guerre redonne à l'humain toute sa centralité. Dans cette guerre des valeurs, l'islam s'est affirmé comme l'opposant le plus virulent à l'hégémonie occidentale. Apôtres de la violence obsolue, ils offrent un spectacle tout aussi extrême, où la mort s'offre le premier rôle.
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JeanStéphane Viallefont
TERRORISME, ISLAMISME ET SACRIFICE
La mort en transfiguration
Préface de François Dieu
TERRORISME, ISLAMISME ET SACRIFICE La mort en transfiguration
CollectionSécurité et Sociétédirigée par François Dieu Cette collection publie les travaux de chercheurs de toutes disciplines intéressées par les problèmes de sécurité. Elle se propose d'aborder ces questions en toute liberté de probléma-tique et de méthodologie, en étudiant notamment le développement des fonctions et institu-tions policières, les politiques publiques de sécurité, les manifestations de violence et formes de délinquance qui menacent les sociétés contemporaines, les risques techniques et les sys-tèmes de protection qu'ils suscitent. Déjà parusMichel Bergès,Le syndicalisme policier en France, 1995 François Dieu,Politiques publiques de sécurité, 1999 Olivier Philippe,La représentation de la police dans le cinéma français, 1999 François Dieu et Paul Mignon,La force publique au travail. Deux études sur les conditions de travail des policiers et des gendarmes, 1999 Georges Carrot,La Garde nationale.Une force publique ambiguë, 2000 Jean-Hugues Matelly,Gendarmerie et crimes de sang, 2000 Magali Sabatier,Lacoopération policière européenne, 2001 Maurice Chalom et Luce Léonard,Insécurité, police de proximité et gouvernance locale, 2001 Damian Moore,Ethnicité et politique de la ville en France et en Grande-Bretagne, 2001 François Dieu et Paul Mignon,Sécurité et proximité. La mission de surveillance générale de la gendarmerie, 2002 e Catherine Denys,Sécurité et police au XVIII siècle dans les villes de la frontière franco-belge, 2002 François Dieu,Policer la proximité. Les expériences françaises, britanniques et new yor-kaises, 2003 Christian Chocquet,Terrorisme et criminalité organisée, 2003 Benoît Dupont,Construction et réformes d'une police : le cas australien, 2003 Alain Pinel,Une police de Vichy. Les groupes mobiles de réserve (1941-1944), 2004 François Dieu,Police de la route et gendarmerie, 2005 Jean-Hugues Matelly,Une police judiciaire… militaire ? La gendarmerie en question, 2006 François Dieu (sous la dir.),Questions de sécurité, 2006 Laurent Mucchielli (sous la dir.),Gendarmes et voleurs, 2007 François Dieu et Pascal Suhard,Justice et femme battue. Enquête sur le traitement judiciaire des violences conjugales, 2008 Pierre Thys,Les armes « à létalité réduite », 2010 Chikao Uranaka,Police et contrôle social au Japon, 2010
Jean-Stéphane Viallefont TERRORISME, ISLAMISME ET SACRIFICE
La mort en transfiguration Préface de François Dieu
© L’Harmattan, 2016 5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris http://www.harmattan.fr diffusion.harmattan@wanadoo.fr ISBN : 978-2-343-10278-8 EAN : 9782343102788
SOMMAIREPRÉFACE ..................................................................................................... 7 INTRODUCTION ...................................................................................... 27 TITRE I : L'ESPRIT DU TERRORISME ............................................... 51 Chapitre 1 : Aux origines du terrorisme ....................................................... 53 Chapitre 2 : Un phénomène politique et transnational complexe ................. 79 Chapitre 3 : La communication de la terreur .............................................. 115 TITRE II : LA TERREUR djihadiste..................................................... 143 Chapitre 4 : Comment devient-on djihadiste ? .......................................... 145 Chapitre 5 : L'omnipotence du djihad......................................................... 179 Chapitre 6 : Les excès de la« guerre contre le terrorisme »......................209 TITRE III : LE SACRIFICE MEURTRIER COMME FORME DE COMMUNICATION POLITIQUE ........................................................ 239 Chapitre 7 : Questions de Mort................................................................... 241 Chapitre 8 : L’Être bombe .......................................................................... 269 Chapitre 9 : Le capital social endommagé .................................................. 297 CONCLUSION ......................................................................................... 321 POSTFACE : LES DÉFIS DU« DJIHAD POUR TOUS » ...................333 BIBLIOGRAPHIE ................................................................................... 357 TABLE DES MATIÈRES........................................................................ 375
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PRÉFACE Quelques éléments sur la politique française de lutte anti-terroriste François DIEU Professeur de sociologie Université Toulouse 1 Capitole(CERP/IDETCOM)Le terrorisme n’est pas, loin s’en faut, un phénomène nouveau. C’est un fléau chronique, protéiforme et en perpétuelle mutation. Ainsi le terrorisme des années 1970 et 1980, avec ses revendications révolutionnaires et sépara-tistes, a été supplanté, ces dernières années, par les actions d’une nébuleuse d’organisations islamistes et djihadistes en lien avec « Al Qaeda » et l’« État islamique », engagées dans une guerre asymétrique de religion/civilisation contre l’Occident et ses alliés, utilisant à la fois les technologies d’information les plus modernes et les procédés de violence les plus ar-chaïques. Les attentats de New York (11 septembre 2001), de Madrid (11 mars 2004) et de Londres (7 juillet 2005) ont constitué des événements traumatisants pour les États occidentaux, leur opinion publique et leurs ressortissants, tout en ayant donné lieu depuis à de nombreuses répliques. Leur territoire est depuis jugé vulnérable par les autorités politiques chargées de leur protec-tion, alors même qu’elles disposent des moyens policiers et militaires pour se prémunir face à des menaces plus traditionnelles.
La France dispose d’une solide expérience en matière de terrorisme, en ayant été confrontée à de multiples reprises, dans la seconde moitié du vingtième siècle et en ce début de troisième millénaire, à des attentats, dont les pré-mices se situent dans les violences anarchistes de la fin du dix-neuvième siècle. Sans être exhaustif, on peut ainsi mentionner : la guerre d’Algérie (1954-1962), avec les attentats du FLN et de l’OAS ; le terrorisme d’extrême gauche des années 1970 et 1980, avec les attentats d’Action directe (1979 à 1987), notamment les assassinats de l'ingénieur-général René Audran en 1985 et du PDG de Renault Georges Besse en 1986 ; le terrorisme sépara-
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tiste : en Corse (FLNC) avec des attentats qui culminent en 1998 avec l’assassinat du Préfet Erignac, au Pays basque (ETA et GAL) et en Nou-velle-Calédonie (l'événement le plus retentissant étant la prise d'otages d'Ou-véa en 1988) ; les attentats en lien avec des conflits extérieurs : le terrorisme arménien (au début des années 1980 contre des intérêts turcs) ; le terrorisme palestinien (dans les années 1970 et 1980, la France étant la cible d'actions terroristes en provenance du Moyen-Orient, Liban et Palestine, principale-ment par les groupes d'Abou Nidal, de Carlos ou liés au Hezbollah) ; le ter-rorisme libyen (attentat contre un DC 10 d’UTA au-dessus du Niger en 1989 qui a fait 170 morts) et surtout la guerre civile en Algérie dans les années 1990 : après l'annulation des élections de 1991 remportées par le Front isla-mique du salut (FIS), l'Algérie s'est enlisée dans une guerre civile marquée par une violence extrême qui s'est exportée sur le territoire français via les Groupes islamiques armés (GIA). Les principaux actes terroristes officielle-ment attribués à ces groupes sur le territoire français sont le détournement du vol AF 8969 en décembre 1994 et la vague d'attentats commis en 1995-1996, dont celui du RER B à la station Saint-Michel (25 juillet 1995 ; 8 morts et 117 blessés), ainsi que celui du RER B à la station Port-Royal en 1996 (3 décembre 1996 ; 4 morts et 91 blessés). Enfin, ces dernières années, la France doit faire face au terrorisme islamiste radical, une menace plus diffuse et qui n'émane plus d'États identifiés. Quatre principaux attentats ont profondément affecté la société française : - les tueries de Mohammed Merah de mars 2012 à Toulouse et Montauban (7 morts) ; - celles des frères Saïd et Chérif Kouachi et de leur acolyte Amedy Couliba-ly, le 7 et 9 janvier 2015 à Paris et dans sa région (au siège de Charlie Heb-do, à Montrouge, à Dammartin-en-Goële et à l’Hypercasher de la porte de Vincennes) (17 morts) ; - celles du 13 novembre 2015 : une série de fusillades et d'attaques-suicides meurtrières perpétrées dans la soirée à Paris et dans sa périphérie par trois commandos distincts (130 morts et 413 blessés) ; - celles de Mohamed Lahouaiej Bouhlel à Nice le 14 juillet 2016 qui a jeté son camion sur la foule amassée sur la Promenade des Anglais après le feu d’artifice de la fête nationale (86 morts et 434 blessés). Auxquels s’ajoutent d’autres attentats, notamment : 3 février 2015 : Moussa Coulibaly agresse à l'arme blanche trois militaires en mission devant un centre communautaire juif à Nice ; 9-10 avril 2015 : « TV5 Monde » est l’objet d’une cyberattaque qui entraîne l'arrêt de la diffusion de ses pro-grammes, revendiquée par le groupe « Cybercaliphate » se réclamant de l’État islamique ; 19 avril 2015 : Sid Ahmed Ghlam est arrêté alors qu’il préparait un attentat contre les deux principales églises de Villejuif (Val-de-
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Marne) ; 26 juin 2015 : à Saint-Quentin-Fallavier (Isère), un employé d’une entreprise de transport, Yassin Salhi, à l'aide d'une voiture bélier, fait explo-ser des bonbonnes de gaz dans une usine classée « Seveso », le corps décapi-té de son patron étant retrouvé à proximité du site ; 21 août 2015 : Ayoub El Kahzani est maîtrisé dans le Thalys Amsterdam-Paris, à hauteur d’Oignies (Pas-de-Calais), par plusieurs passagers, dont deux militaires et un étudiant américains, alors qu’il s’apprêtait à vider la dizaine de chargeurs de sa ka-lachnikov ; 13 juin 2016 : Larossi Abdalla assassine à leur domicile de Ma-gnanville (Yvelines) le Commandant de police Jean-Baptiste Salvaing et sa compagne Jessica Schneider sous les yeux de leur fils de trois ans, avant d’être ensuite abattu par le RAID ; 26 juillet 2016 : Adel Kermiche et Abdel Malik Petitjean, armés de couteaux, prennent en otage cinq personnes, dont un prêtre, Jacques Hamel, qu’ils égorgent, dans une église de Saint-Étienne-du-Rouvray (Seine Maritime), avant d’être abattus par la police. D’autres États européens ont également été frappés par le terrorisme isla-miste, notamment la Belgique, avec la tuerie du Musée juif de Belgique (le 24 mai 2014, à Bruxelles, Mehdi Nemmouche abat quatre personnes) et les attentats du 22 mars 2016 (deux à l’aéroport et le troisième dans une rame de métro : 32 morts et 340 blessés) et le Danemark, avec les fusillades de Co-penhague (le 14 février 2015, lors d'une conférence publique, organisée pour rendre hommage aux victimes de l'attentat contre Charlie Hebdo, une per-sonne est tuée et trois policiers sont blessés par Omar Abdel Hamid El-Hussein ; le lendemain, le même assassin tue une personne et en blesse deux autres à la grande synagogue de Copenhague, avant d’être abattu par la po-lice), sans oublier la Turquie (le 29 juin 2016, trois terroristes se font sauter dans le terminal de l’aéroport d’Istanbul faisant 41 morts et 340 blessés). Cette menace du terrorisme islamiste a conduit à la réapparition brutale, en France, de la figure de l’« ennemi intérieur » : le terroriste n’est plus forcé-ment un combattant de l’ombre venu plus ou moins clandestinement sur le sol national pour perpétrer un attentat, mais un ressortissant français embri-gadé ou radicalisé par des organisations islamistes. Environ 2 000 Français ou résidents en France sont recensés par les services de police pour leur im-plication dans les filières djihadistes, dont un demi-millier qui se trouve-raient en Syrie et en Irak. Il y a également des « individus dormants » et autres « loups solitaires » qui peuvent être en lien avec des acteurs terroristes et tous ceux qui, sur les réseaux sociaux, appellent et provoquent au terro-risme. Au total, ce seraient 3 000 personnes qui seraient à surveiller compte tenu d’un possible basculement dans des actes terroristes. C’est à cette forme de terrorisme contre laquelle nos gouvernants ont déclaré le 14 novembre 2015 et prorogé depuis un état d’urgence, voire de guerre, qu’est consacré l’ouvrage de Jean-Stéphane Viallefont, dans le sillage d’une recherche doctorale menée au sein de l’Université Toulouse 1 Capitole, dans
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