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Vingt ans d'expérience en Chine

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Description

L'auteur de ce livre fut ambassaseur du Cameroun en Chine durant 20 ans. Ce regard de l'intérieur amène tout nationaliste africain à se demander quelles leçons l'Afrique peut tirer de l'expérience chinoise, et ce que la Chine et l'Afrique peuvent faire ensemble dans un monde où s'accentuent les intolérables ingérences du Nord dans les affaires des pays du Sud.

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Informations

Publié par
Date de parution 01 janvier 2012
Nombre de lectures 48
EAN13 9782296479692
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0005€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.









VINGT ANS D’EXPÉRIENCE ENCHINE




















Points de vue
Collection dirigée par Denis Pryen
et
François Manga-Akoa


Déjà parus

Roger Démosthène CASANOVA,Putsch en Côte d’Ivoire,2011.
Ismaël Aboubacar YENIKOYE,Intelligence des individus et
intelligence des sociétés, 2011.
Pierre N’DION,Quête démocratique en Afrique tropicale, 2011.
Emmanuel EBEN-MOUSSI,Le médicament aujourd’hui.
Nouveaux développements, nouveaux questionnements, 2011.
Koffi SOUZA,Le Togo de l’Union : 2009-2010, 2011.
Lucien PAMBOU,Conseil Représentatif des Associations Noires.
Le CRAN, de l’espérance à l’utopie, 2011.
David GAKUNZI,Côte d’Ivoire : le crime parfait,2011.
Djié AHOUE,Et si Ouattara n’avait pas gagné les élections?,
2011.
Emmanuel KIGESA KANOBANA,Dipenda, Témoignage d’un
Zaïrois plein d’illusions, 2011.
Joseph NELBE-ETOO,L’Héritage des damnés de l’histoire, 2011.
Marcel PINEY,Coopération sportive français en Afrique, 2010.
Cyriaque Magloire MONGO DZON,Pour une modernité politique
en Afrique, 2010.
Thierry AMOUGOU,Le Christ était-il chrétien ? Lettre d'un
Africain à l'Eglise catholique et aux chrétiens, 2010.
Thimoté DONGOTOU,Repenser le développement durable au
e
XXI siècle, 2010.
Martin KUENGIENDA,République, Religion et Laïcité, 2010.
Maurice NGONIKA,?Congo-Brazzaville: 50 ans, quel bilan,
2010.
Dieudonné IYELI KATAMU,La musique au cœur de la société
congolaise, 2010.

Doyen Eleih-Éllé Etian









VINGT ANS D’EXPÉRIENCE ENCHINE

Un Africain raconte







Préface de Adama Gaye








Du même auteur

–Qui es-tu Jésus?, éditions CLÉ (Yaoundé, 1971). Deuxième
édition, éditions ESSTI BP (Yaoundé, 1989).
–Allah Ouakbar ou La main de Dieu, éditions ESSTI BP
(Yaoundé, 1988), coll. « Au cœur de l’événement ».
–Renouveau,es-tu ? où Éditionsen Langues étrangères (Beijing,
1993).

Ancien de l’Églisede laparoisse Marie Gocker (Église
presbytérienne camerounaise), il a par ailleurs publié trois albums
de musique, qui, tout comme ses écrits, sonWou de d’essence
coloration très chrétienne. Car, pour lui, «si quelqu’un construit
quelque chose sans Dieu, il peine en vain… »





















© L’Harmattan, 2011
5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris

http://www.librairieharmattan.com
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr

ISBN : 978-2-296-55617-1
EAN : 9782296556171











L’Amitié sino-africaine plonge ses racines dans la profondeur
des âges, et se transmet de génération en génération. Elle
saura soutenir les épreuves de l’histoire et sera toujours
intacte en dépit du temps, des vicissitudes de l’époque et des
modifications de l’échiquier mondial.

Président Jiang Zemin
au siège de l’OUA à Addis Abéba
le 13 mai 1996

Remerciements

Dans le cadre de ces remerciements, je remercie tout d’abord le
Président Paul Biya qui m’avait nommé Ambassadeur du
Cameroun en République Populaire de Chine le 14 octobre 1988,
et m’avait maintenu sa confiance pour continuer à représenter le
Cameroun dans ce grand et beau pays jusqu’au 23 juillet 2008.
Je saisis cette occasion pour rendre un vibrant et respectueux
hommage à un grand Chinois, un grand ami de l’Afrique, un grand
artisan du développement des relations d’amitié et de coopération
entre la Chine et l’Afrique, puisqu’il avait été ministre des Affaires
Étrangères de la République Populaire de Chine de mars 2003 à
avril 2007 et qu’il est actuellement Président de la Commission des
Affaires Étrangères à l’Assemblée Populaire Nationale de Chine. Il
s’agit de S.E.M. Li Zhaoxing. Le ministre Li et sa charmante et
dynamique épouse Mme Qin Xiao Mei m’ont toujours honoré de
leur amitié. Qu’ils veuillent bien trouver ici l’expression de mon
amicale et très sincère gratitude.
Mais je voudrais remercier spécialement des personnes qui
auront activement contribué à la sortie de ce livre.
Je pense tout d’abord à S.E.M. Emmanuel Mba Allo,
Ambassadeur du Gabon en Chine. Il m’aura apporté une contribution
multiforme extraordinaire. Je ne saurais citer le choix du titre sans
risquer d’oublier son travail de fourmi dans la compilation d’une
abondante bibliographie sur la Chine, les sages conseils sur le fond
et la forme du livre, ou les contacts avec les maisons d’édition, et
avec Adama Gaye, un ami qu’il m’avait fait découvrir et qui aura
eu l’amabilité de préfacer ce livre. Merci petit Frère.
Mes remerciements vont donc également à mon ami le
Journaliste, Facilitateur Adama Gaye du Sénégal, Président
fondateur de China Africa Consulting Group.

Je remercie mon petit Frère Charles Ndongo, journaliste
principal, Éditorialiste, Directeur de l’Information à la Cameroun
Radio and Television, pour ses encouragements fraternels.
Merci à mon fils Dr. Nko’o-Éleih Serge Christian Gimmy Boy
pour ses encouragements ainsi que pour son aide à un vieil homme
e
du 20siècle afin qu’il arrive à écrire quelque chose qui puisse
e
intéresser des lecteurs du 21siècle et des siècles à venir.
Merci à mes autres enfants Owona Jérémie Joseph, Jean
Baptiste Mgba, et Pirnay Fréderic qui ont réalisé le montage de la
couverture
Enfin, mes pensées très affectueuses vont vers celle qui m’aura
accompagné tout au long des vingt années passées en Chine. Mme
ELEIH Pauline ma chère épouse,mi lindo capuyito de aleli,cette
étoile noire tombée de la voie lactée directement dans mon cœur.
La Femme du Doyen. La mère de mes enfants. Ma compagne.
C’est ensemble que nous avons vécu les merveilleuses expériences
décrites dans ce livre dont elle est par conséquent comme une sorte
de coauteur.




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Préface

Un regard africain sur la Chine

Par Adama Gaye Sinologue,
Président fondateur de China Africa Consulting Group
Chercheur invité aux Universités de Pékin et Stanford,
auteur deChine-Afrique : Le dragon et l'autruche.

Éditions L'Harmattan, Paris.

Les livres sur la Chine sont devenus, si l'on ose dire, monnaie
courante. Leur occurrence témoigne de l'intérêt que suscite
maintenant ce pays dont beaucoup pensaient, il n'y a guère
longtemps encore, qu'il était voue a n'être qu'un éternel candidat au
leadership des pays pauvres du tiers-monde. Se rapprochant a vive
allure de la ligne de partage la séparant du monde développe, prête
a l'enjamber, bien que n'en faisant pas encore partie, selon les
critères macro-économiques classiques, notamment du fait de la
faiblesse de son revenuper capita5000 dollars par (environ
habitant/par an), la Chine est maintenant perçue pour ce qu'elle
est : une grande, voire une super puissance, en devenir ! Qui oserait
en douter ? Deuxième économie nationale au monde, par parité de
pouvoir d'achat, juste derrière les États-unis d'Amérique, elle est
appelée, disent les plus grands oracles de la géopolitique, pardon
de la géo-économie, à passer en tête du leadership économique
mondial, dès la fin de ce premier quart du 21eme siècle. L'évidence
saute aux yeux : la Chine est définitivement de retour.
Sa légende devient alléchante. Elle tourne autour de son
formidable réveil. Atelier ou argentier du monde, disposant des
réserves financières les plus importantes de la planète, accoudée a
une capacité manufacturière maintenue par un avantage
démographique tirant les salaires vers le bas, importatrice de dernier
ressort des matières premières les plus diverses et exportatrice de

produits manufactures en tous genres, elle est, pour un temps
encore durable, la locomotive de l'économie mondiale. Quand ses
prix sont bas, elle agit positivement sur les taux d'inflation, mais
lorsqu'en période de surchauffe ses travailleurs exigent d'être
mieux payes, la hausse des prix en son sein se traduit ailleurs, dans
le reste du monde, par un regain inflationniste. Désormais, quand
elle tousse, le monde s'enrhume.
Pour le moment, elle étale sa vitalité. Ce dynamisme lui vaut
des assauts d'attention de partout: l'Europe, endettée, lui fait les
yeux doux; l'Amérique, frappée d'hémorragie professionnelle et
desindustrialisée, rêve de recréer un nouvel équilibre du travail en
rapatriant les emplois qu'elle a perdus a son profit; l'Afrique et
l'Amérique latine, voire tous les pays que l'on qualifie encore de
sous-développés, contemplent, admiratifs, ce qui leur semble être
un modèle alternatif à celui, néo-libéral, longtemps considère
comme l'unique paradigme pour briser les chaînes de la pauvreté.
Alors que de partout, y compris dans les cercles les plus
farouchement attaches à ses dogmes, le libéralisme, a la sauce du
Consensus de Washington est malmène, voici que, redonnant des
couleurs au dirigisme étatique, un capitalisme d'État vient de l'Est,
de Pékin, charmer ceux qui désormais rêvent la nuit de ce nouveau
Consensus de Beijing ayant le vent en poupe !
L'intérêt que suscite la Chine n'est pas sans poser de sérieux
problèmes. En particulier, il peut parfois entretenir une confusion
malsaine car, en vérité, tout ou presque, et souvent n'importe quoi,
a été dit ou écrit sur l'Empire du Milieu. Les thèses les plus
fantaisistes circulent ainsi a son propos, résultantes de cette
floraison d'expertises, souvent a la petite semaine, qu'il ne cesse de
susciter. En un tournemain, de partout, des 'sinologues', flairant le
bon coup, ont émerge : leur science, assurent-ils, est complète sur
le sujet d'un pays pourtant vieux de plusieurs millénaires, a la
culture si complexe et aux traditions si insondables pour le
noninitié.
Les sinologues ayant commence leurs carrières au moment de
l'émergence de la Chine communiste, en Octobre 1949, ont laisse
la place a de nouveaux exégètes. Les premiers tentaient de suivre la
courbe sinusoïdale de la diplomatie chinoise et de son engagement
tiers-mondiste. Ils la savaient alors écartelée entre ses querelles et

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réconciliations avec les univers communistes (le révisionnisme
soviétique) et capitalistes (l'ogre américain devenu son allie a partir
des années 1970). Ceux qui s'intéressent désormais a la Chine se
concentrent sur les causes de son extraordinaire renouveau
économique. Ils sont conscients que lorsqu'elle fut assujettie à
l'erratisme et a la gestion personnalisée du pouvoir par son
libérateur, le Président Mao Tse-toung, elle avait du subir des
épisodes meurtriers. Deux parmi eux reviennent en mémoire: la
grande famine ayant entraîne la mort de millions de Chinois du fait
de l'échec retentissant de la stratégie du Grand bond en avant
(1958-1961), quand Mao avait voulu forcer l'industrialisation de
son pays; puis le chaos sociétal provoque par la révolution
culturelle (1966-1976). Même si, a ce jour, l'opacité entourant la
vie intérieure de ce pays, mais aussi les rumeurs sur le non-respect
des droits de l'homme, se conjuguent pour constituer un sérieux
bémol, il ne fait aucun doute que lorsqu'on parle de la Chine, c'est
dorénavant en termes de respect.
La voix de la Chine compte. Qu'elle soit aimée ou détestée, tout
le monde sait qu'il faut faire avec. Dans ces conditions, la connaître
devient un impératif. Or, peu d'observateurs ont eu la chance de la
connaître de l'intérieur pour donner une lecture fine de ses réalités,
raconter sa marche, ses hauts et ses bas, et proposer des pistes
concernant son futur. C'est parce qu'il est une des rares personnes a
avoir eu ce privilège que le dossier que verse a son compte
l'Ambassadeur Eleih-(llpEtian, prend un relief particulier. Ancien
Doyen du corps diplomatique en Chine, et qui y fut Ambassadeur
de son pays, le Cameroun, pendant plus de 19 ans, sans
discontinuer, il est incontestablement un témoin privilégie ayant
vu, a partir de la ligne de front, se transformer la Chine. Mieux
encore, dans un pays ou l'accès aux sources de première main, aux
acteurs de premier plan, relève de la quadrature du cercle, pour les
étrangers, il a eu la chance d'avoir un contact direct avec tout ce
que compte la Chine, dans les positions déterminantes du pays. Il a
ainsi pu traiter directement avec les plus hautes autorités de l'État
et du Parti communiste Chinois, y compris les Secrétaires
Généraux du PCC, qui sont aussi Chef de l'État, soit pour
préparer/finaliser de gros contrats soit pour poser les balises
institutionnelles de la coopération de la Chine avec l'Afrique,

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notamment, comme le rappelle un passage de son livre, la création
du Forum de coopération Chine-Afrique (Focac).
Comme il le raconte dans les pages qui suivent, il a aussi vécu
des moments historiques dont le plus marquant est sans doute celui
autour de ce qu'a Pékin on qualifie toujours pudiquement
d'événement de Tien An Mun quand le monde entier crut que la
Chine allait basculer, en Juin 1989, dans une guerre civile nouvelle
ou qu'elle allait même le même sort que l'ex-Union soviétique -le
démembrement d'un État Nation vieux de plus de 2000 ans.
Le livre du Doyen, terme par lequel la communauté
diplomatique africaine de Chine le désignait affectueusement, arrive au
bon moment. Il est surtout utile. Parce qu'au moins il contrebalance
le déséquilibre dans la production littéraire sur ce pays: jusqu'a
présent, sauf en de rares exceptions, la relation sino-africaine n'a
été commentée, analysée, documentée que par des non-Africains
ou des acteurs, parfois revendiquant une africaniste mais n'étant
pas loin de défendre des inserts obscurs, peu en phase avec les
attentes des Africains, dans ce qui doit être un dialogue stratégique
majeur, dont le continent, sauf a se suicider, ne peut se permettre
d'être le perdant. Parce qu'il est fin, capable de faire avancer des
causes sans faire du boucan, le livre qu'il vous propose n'en mérite
que plus d'être lu, archive voire étudie.
Pour ma part, en plus d'être honore de pouvoir signer cette
préface, je ne peux la conclure sans souligner combien le Doyen a
contribue a me faire connaître la Chine depuis ce jour ou son ami
l'Ambassadeur Emmanuel Mba Allo, dynamique et cultive
Ambassadeur du Gabon en Chine, me l'a présente dans un
restaurant de la capitale chinoise qui devint, par la suite, un de nos
lieux de rencontres régulières. Là, l'un et l'autre n'avaient jamais eu
de cesse d'insister sur la nécessite de développer une connaissance
africaine de la Chine.
Je ne doute pas que ce livre participe de cette exigence. Il
détaille, sur un mode quasi-verbatim l'évolution contemporaine de
la Chine, surtout sa mutation qui l'a faite passer du statut de pays
pauvre en leader d'un Sud émergent et revigore. Sa publication
intervient dans un contexte ou, énigmatique et puissante, la Chine
frappe les imaginations. Il n'est des lors pas exagère de penser qu'il
s'agit d'un ouvrage qui suscitera d'autres vocations. Cela est

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souhaitable particulièrement en Afrique ou l'entrée de la Chine,
pour le meilleur ou pour le pire, est en train de changer la face des
relations internationales de notre continent, en plus de peser sur ses
débats internes concernant les orientations économiques et
politiques qui doivent être celles de ses États...
Dans ce contexte crucial ou les mutations présentes influeront
lourdement sur l'avenir du continent, je n'ai pu refermer le livre du
DoyenELEIH-ELLE ETIAN sansêtre convaincu que l'Afrique
regorge de talents caches, comme lui. Dans son cas, on peut le
deviner capable d'être autant pour son pays, le Cameroun, que pour
l'Union Africaine, une personne-ressource utile. Avec d'autres, il
peut aider a une meilleure approche africaine de la Chine a l'heure
ou ce besoin n'a jamais été aussi pressant d'autant plus que son
rythme infernal de croissance pourrait, selon les Cassandre, se
solder par des déconvenues dont les conséquences seraient tout
aussi tragiques que son renouveau économique a bouscule, ces
dernières années, l'ordre international ne de la mondialisation.
Qu'elle progresse ou redresse, la Chine nous interpelle donc. D'où
la grande actualité du regard africain que pose sur elle l'un de ceux,
rares, qui peuvent dire, sans exagération, qu'ils en ont une fine
connaissance.


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Chapitre 1

Du début de ma mission en Chine dans la tourmente

Nommé Ambassadeur du Cameroun en Chine depuis le 14 octobre
1988, je n’étais parti de Yaoundé que le 11 février 1989, et le 13 je
débarquais à l’aéroport international de Beijing.
Premier fait marquant, je suis attendu dans un salon d’honneur
de l’aéroport par tous mes collaborateurs, et des éléments du
Protocole chinois ayant à leur tête un des Adjoints du Directeur
général du Protocole, mais aussi tous les Chefs de mission africains
conduits par leur Doyen.
Alors que je n’étais encore qu’un Ambassadeur désigné, cette
tradition, que nous avons revue plus tard, témoignait de
l’importance que le pays d’accueil et le Groupe régional accordent
au nouveau Chef de mission.
Nous regagnons l’Ambassade au centre-ville par une vieille
petite route de campagne tortueuse et entourée de sycomores.
Jeudi 16 février à 09h30 je suis reçu au Ministère des Affaires
Étrangères par le Directeur Général du Protocole à qui je remets les
Copies Figurées de mes Lettres de Créance.
Jurant avec le splendide bâtiment actuel, le Ministère des
Affaires Étrangères se trouvait alors dans un immeuble à trois
niveaux situé dans la Zhao Nei Da Jié.
Avant la présentation de mes Lettres de créance qui n’intervient
que le 21 février, je peux désormais commencer ma mission
notamment avec les visites de courtoisie.
A la différence de ce qui se passe maintenant, à cette époque la
présentation des Lettres de créance se faisait assez rapidement. On
n’attendait pas qu’il y ait un grand nombre d’Ambassadeurs pour
qu’ils présentent leurs Lettres en même temps. Ainsi le mardi 21
février à 10h30 le Directeur Général adjoint du Protocole arrive à

la Résidence avec une Mercedes 600 battant pavillons chinois et
camerounais.
10h45, départ de la Résidence.
11h, arrivée au Grand Palais du Peuple près de la grand Place
Tian An Men. Entrée par la porte Sud.
C'est à 11h02 que je remets au Président Yang Shang Kun les
Lettres par lesquelles le Président Paul Biya m’accrédite auprès de
lui comme Ambassadeur Extraordinaire et Plénipotentiaire du
Cameroun.
Le cérémonial est aussi simple que les tenues vestimentaires.
Mais il n’en est pas moins fort bien ordonnancé.
Cette formalité est suivie de la photo de famille avec tous mes
collaborateurs diplomates qui m'ont accompagné, et quelques
officiels Chinois, et surtout d'un tête-à-tête d’une quarantaine de
minutes avec le Président de la République Populaire de Chine.
11h45, départ du Grand Palais pour l'Ambassade avec cette
fois-ci le Directeur Général du Protocole lui-même en plus de son
adjoint et de quelques fonctionnaires de son Département.
Nous prenons le verre de l'amitié à la Résidence avec tous mes
collaborateurs, le Directeur Général du Protocole et ses
collaborateurs.
17h30, réception intime offerte en mon honneur par tous mes
collaborateurs dans la grande salle de réceptions de l’Ambassade.
Certains Ambassadeurs, pour fêter la présentation de leurs
Lettres de créance organisent une grande réception à laquelle ils
convient des collègues Ambassadeurs, d’autres diplomates, des
officiels du pays hôte et des correspondants potentiels de la presse
ou du monde des affaires. Cette formule est plus solennelle que le
petit pot de l’amitié que j’avais pris avec le Directeur Général du
Protocole, ou la réception intime organisée par mes collaborateurs.
Dans la culture des pays froids du Nord, la présentation des Lettres
de créance ne donne lieu à aucune manifestation festive
particulière. Mais chez les Bantous, toute occasion est bonne pour
faire une grande ou une petite Fête. C’est-à-dire boire, manger,
chanter et danser. De la naissance d’un bébé, à la mort d’un parent
ou d’un ami, en passant par le succès d’un enfant au Bac, au BEPC
voire au CEP, la Première Communion, le départ ou l’arrivée d’un

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parent de la ville ou même d’un autre village lointain, la guérison
d’un malade, le mariage, etc.
En tout cas, à partir de ce jour, mes visites de courtoisie à mes
collègues Ambassadeurs vont s’accélérer et se multiplier.
Côté chinois, le jeudi 2 mars à 16h30 le Premier ministre Li
Peng reçoit en audience collective des nouveaux Ambassadeurs,
dont moi, et des Ambassadeurs en fin de mission. Le 8 mars je suis
reçu par le ministre des Affaires Étrangères Qian Qi Chen avec qui
je m’entretiens de l’état des relations entre la Chine et le
Cameroun, et de leurs perspectives d’avenir. Il m’assure du soutien
de son Département. Et moi je lui fais part de l’inquiétude de mon
ministre Jacques Roger Booh Booh de savoir si, avec
l’affaiblissement de l’URSS, les pays africains pourraient compter sur la
Chine dans les Instances internationales, alors que jusqu’ici elle
utilise son veto au Conseil de Sécurité de l’ONU avec tant de
retenue. Mon interlocuteur me rassure que, avec ou sans le veto, les
pays africains, amis et alliés traditionnels de la Chine, pourront
toujours compter sur elle. Le lendemain 9 mars je rends visite à
l'Association du Peuple Chinois pour l'Amitié avec l'Étranger.
Mercredi 23 mars à 10h, visite de courtoisie au Maire de Beijing,
membre du Comité Permanent du Bureau Politique du PCC avec
qui j’évoque entre autres la possible coopération entre les villes de
Beijing et de Yaoundé. Lundi 11 avril à 11 h, visite à la
Commission d'État pour l’Éducation où je demande
l’accroissement des bourses chinoises aux étudiants camerounais. Mercredi
12 avril 14 h, visite de courtoisie au Ministère de la Santé où je
demande notamment l’accroissement des équipes médicales
chinoises au Cameroun de 2 à 4, avec une à Sangmélima.
Dès le mois d’avril, la situation dans le pays avait commencé à
se détériorer.

Sacré début de mission !

Il est indéniable que malgré le lancement de la politique de
Réforme et d'Ouverture par Deng Xiaoping, le Chinois Lambda ne
baignait pas dans la félicité. Il y avait une espèce de sentiment
indigène de ras-le-bol d’une populace misérable et muselée.
Presque taillable et corvéable à merci. Et comme dans beaucoup de

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pays, ce sont les jeunes qui supportaient de plus en plus
difficilement ce sentiment de frustration. Mais comme toujours,
l’on disait que ceux-ci étaient manipulés par des forces extérieures.
Quoi qu’il en soit, c’est la mort de Hu Yao Bang qui va servir de
détonateur. En effet des mécontents veulent en profiter pour
provoquer de l'agitation politique. Cette attitude est
particulièrement observée dans les milieux estudiantins auxquels se joignent
d'autres manifestants qui se rassemblent dès le 17 avril sur la
grande place Tian An Men scandant des slogans et distribuant des
tracts pour demander entre autres: plus de Libertés, plus de
Démocratie, plus de Transparence, la reconstitution de la carrière
politique du défunt, des enquêtes sur la fortune de tous les
dirigeants du pays, et même la démission du Gouvernement de Li
Peng. Par ailleurs, ils demandent des explications sur les causes et
circonstances de la mort dans le Jiangxi le 15 avril, du très
populaire prédécesseur de Zhao Zi Yang, qui avait succédé au
poste de Secrétaire général du CC du PCC à Deng Xiaoping de
1980 à 1987.
Né à Lin Yang dans la province du Hunan dans une famille de
paysans, Hu quitte sa maison à l’âge de 14 ans pour rejoindre le
PCC, dont il sera membre en 1933. Il participe à la Longue Marche
et sert dans l’Armée rouge sous Deng Xiaoping.
Après la fondation de la République populaire, il dirige la Ligue
communiste de la Jeunesse. Il tient des postes dans le Parti, et
devient rapidement une personnalité politique importante après la
Révolution culturelle. Sa popularité s’accroît encore davantage
avec son parrainage de la réhabilitation des victimes de celle-ci à la
fin des années 1970. Il prend des positions et adopte des mesures
inédites sur la situation au Tibet en 1980. Et en 1981, il occupe les
fonctions de Président du Parti après l’éviction de Hua Guo Feng,
le rival de Deng Xiaoping.
Bien qu’il fût ainsi un associé important de Deng Xiaoping, le
réformateur audacieux et dévoué Hu Yao Bang fut accusé le 16
janvier 1987 de commettre «des erreurs dans les questions à
propos des principes politiques importants» et contraint de
démissionner de ses fonctions de Secrétaire général du CC du
PCC. Il fut ensuite démis de toutes ses fonctions dans le Parti. Une
vague de manifestations étudiantes favorables à la Démocratie

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avait en effet eu lieu en 1976 dont il partageait sans doute les
convictions démocratiques.
Hu Yao Bang s’éteignait donc le 15 avril 1989 des suites d’un
infarctus après une réunion du Bureau Politique du Comité Central
du PCC. D’où la demande d’explications des manifestants de la
Place Tian An Men sur cette mort jugée suspecte…
Outre les manifestations de la Place Tian An Men, l’on signale
également la grève des cours à l'École Normale Supérieure et à
l'Université Populaire de Beijing. On craint que cette grève
déborde dans d'autres Universités chinoises de province. Et l'on
signale des actes de vandalisme à Changsha, Chef-lieu de la
province du Hunan où des manifestants ont pillé et saccagé de
nombreux magasins.
Au début du mois de mai, certain des manifestants qui occupent
et polluent gravement la Place Tian An Men où ils ont érigé une
réplique de la statue de la Liberté de New York entament une grève
de la faim, tandis que d’autres envisagent de s'immoler par le feu si
leurs revendications ne sont pas satisfaites. Parmi les autres
groupes sociaux de plus en plus nombreux qui se joignent au
mouvement estudiantin, l’on compte notamment des paysans, et le
personnel des services de Santé. Tout ceci fait que, en visite
officielle en Chine, le premier ministre soviétique Michael
Gorbatchev qui est reçu au Grand Palais du Peuple, est obligé d’y
entrer par la porte Sud au lieu de la porte Nord donnant sur
l’avenue Changan qui longe la Place Tian An Men toute proche.
Le Secrétaire général Zhao Zi Yang et le Premier ministre Li
Peng se rendent sur place pour exhorter les enfants à arrêter la
grève de la faim tout en laissant ouvertes les portes pour une
négociation responsable de leurs revendications, d’accepter d’aller
se faire soigner à l’hôpital. Mais ils essuient un refus catégorique.
Face au Premier ministre stoïque et imperturbable, le Père Zhao en
a les larmes aux yeux devant les caméras de la télévision. Ce qu’on
lui reprochera comme une attitude de faiblesse…
Cette situation, qui rappelle celle de 1976, sera certainement
jugulée par tous les moyens. Mais il y a tout lieu de s'attendre là
encore, à une épuration, à une redistribution des positions au sein
de la direction politique, voire de l'armée, et à une réévaluation du
processus de reforme démocratique et d'Ouverture sur l'extérieur.

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