Pourquoi j'ai cessé d'être islamiste: itinéraire au coeur de l'islam en France

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Français
139 pages
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Description

«En cherchant Dieu, à travers l’islam, j’avais fini par trouver l’islamisme. Et cet islamisme, le mien, ici, en France, ne m’a pas conduit à Dieu. Il m’en a éloigné et m’a éloigné de moi-même». Pourquoi un gamin sans histoire, brillant écolier a-t-il fini par perdre pied ? Est-ce le décès précoce de son père qui va l’enfermer dans la spirale de la délinquance ? La mort tragique d’un jeune de son quartier l’a-t-elle poussé à devenir islamiste ? Eviter les raccourcis, voilà ce à quoi nous invite Farid Abdelkrim en retraçant son itinéraire riche d’enseignements. Dans ce livre, cet homme désormais libre nous offre un regard inattendu, plein de fraîcheur et sans concession sur notre société. Au fil des pages se déclinent les raisons qui vont amener un adolescent en quête de sens et d’identité à devenir un zélateur acharné. Sont dépeintes quelques-unes des phases qui vont conduire un enfant de la République à devenir apatride. Et en décortiquant les méandres, mais aussi la structure et le modus operandi de l’organisation islamiste des Frères musulmans à laquelle il a appartenu durant plus d’une quinzaine d’années, l’auteur nous raconte pourquoi et comment il va finir par en sortir. Une sortie vers la lumière suivie de ce cri d’espoir salvateur. «Non, raisonnablement, je ne crois plus que Dieu m’ait confié la mission d’annoncer au monde entier que je suis le meilleur sous le seul prétexte que je serais dépositaire de sa religion. Il me semble plutôt que ses enseignements sont une invitation à partager, à condition de les incarner sciemment, des valeurs universelles qui respirent l’incitation à devenir meilleur. Les enseignements qui ressortent de ma lecture de l’islam m’intiment également le devoir de fournir les garanties en actes que ce dont je suis porteur ne constitue en rien une menace pour autrui, pour son intégrité, pour sa liberté, pour ses convictions… Telle est ma façon de me dire et d’être croyant désormais». Un livre sans précédent, incontournable et haletant.

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Date de parution 19 février 2015
Nombre de lectures 3
EAN13 9782359301410
Langue Français

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Collection
• MISE AU POINT •
Droits réservés Pourquoi j’ai cessé d’être islamiste
ISBN : 978-2-35930-141-0 ©Les points sur les i 16 Boulevard Saint-Germain 75005 Paris
www.i-editions.com
Farid Abdelkrim
Pourquoi j’ai cessé d’être islamiste Itinéraire au cœur de l’islam de France
À maMére, puisse Dieu lui prêter vie encore un temps, À monPére, paix à son âme, ÀMounya, fidèle et attentive, ÀZaïnabetMoussa, présents malgré leur absence, À mes frères, authentiques,Fayçal,Mohammed,NasseretMoustapha, Et àHayet, la vie.
AVANT-PROPOS
L’islamisme est un terme qui ressemble un peu à un grandsouk. Avec des définitions et des interprétations diverses et variées, on peut aisément le qualifier de vocable valise. Alors pour éviter les raccourcis, ce livre aborde le sujet en se proposant de le rattacher à trois dimensions : un espace géographique délimité, un temps donné et un groupe précis d’individus. L’islamisme en question se situe donc en France pour la période qui concerne les trente dernières années. Quant aux femmes et aux hommes qui y adhèrent, ils viennent originellement du Liban, du Yémen, de Syrie, d’Égypte, d’Irak… et surtout du Maghreb. À quoi se sont ajoutés sur le tard quelques jeunes gens issus de l’immigration maghrébine nés en France ainsi qu’une faible poignée de convertis. Cette précaution, nécessaire, offre d’appréhender c et univers islamiste en préférant la complexité aux raccourcis. Par ce retour sans conce ssion sur mon itinéraire au cœur de la confrérie desFrères musulmans, mon souci est de partager le regard que je porte aujourd’hui sur l’envers de ce décor. Sans préméditation, mon désir est de revenir sur ce que je considère être une contribution conséquente au préjudice infligé à une religion et, par conséquent, à la construction malheureuse de certains amalgames très en vogue. Dans cet ouvrage, je me prête volontiers au jeu des questions, même celles qui peuvent fâcher, en tentant d’y apporter des réponses justes . Qu’est-ce que l’islamisme desFrères musulmansen France ? Pourquoi et comment ai-je été recruté ? Y a-t-il un projet politique ? Une stratégie pour y parvenir ? Des justifications théoriques de l’usage de la violence pour islamiser la société ? Quelles sont les logiques de fonctionnement ? Et les dysfonctionnements ? Et tout au bout de ces questions et de toutes les autres, celle-ci, qui les résume : qu’est-ce qui fait que j’en suis sorti ? Le lecteur est dès à présent averti que ce livre relate la lecture critique qu’un ex-membre de l’UOIF(Union des Organisations Islamiques de France) fait de l’organisation à laquelle il a appartenu durant plus d’une quinzaine d’années. Cet teUnion représente la mouvance des Frères musulmansen France et se caractérise principalement par son interprétation politique et idéologique de l’islam. Ceci dit, il serait infondé , voire totalement ridicule, d’assimiler la doctrine de l’Unioncelles du à Salafisme ounéo-Wahhabisme, dufondamentalisme, de l’intégrisme, de l’extrémisme… Que dire alors d’un quelconque parallèle avec leterrorisme ? Elle se veut assurément être l’incarnation d’un islamisme dit réformiste et légaliste… Tout ceci n’empêche en rien la présence de processu s d’enrôlement, de mécanismes de mise sous tutelle d’individus, de jeux de domination et de pouvoir, d’infantilisation… Et, plus problématique encore, la justification de tout cela par la convocation, plus que l’évocation, d’un Dieu accessoire, quand Il n’est pas simplement instrumentalisé. S’il est vrai que les reproches faits à l’Unionsont nombreux dans les pages qui suivent, les porter à la connaissance du grand public ne répond pas à une volonté de règlement de compte. Il ne s’agit pas non plus de la diaboliser ou encore d’appeler à sa dissolution. Mon intention est seulement de démontrer en quoi, selon moi, l’islami sme n’est pas l’islam, mais également pourquoi il ne peut ni ne doit être perçu comme tel. Un message que je crois clair et sincère à destination de mes concitoyens ainsi qu’à ceux des membres de l’UOIFqui seront disposés à y prêter attention.
I EL-KANTARA, UN PONT
Ça aurait pu être simple, mais il fallait que ce soit compliqué
1
Ma mère, fraîchement septuagénaire, est bien encore de ce monde malgré ce qu’il est convenu d’appeler une invitation sans appel à le qu itter en 2009. Il faut croire que son heure n’avait pas sonné ou, pour paraphraser sa sœur aînée : La mort s’est présentée à ma petite sœur et elle a préféré déserter. Bien que se sentant plus proche du crépuscule de so n existence que de son aube, cela ne l’empêche pourtant pas d’être une bonne vivante. Avec sa mémoire encore très vive, elle puise dans son passé des souvenirs pour nous les raconter, nous les transmettre à mes frères et moi. Évoquant souvent ses enfants et leurs personnalités respectives, elle établit entre eux des palmarès qui changent sans cesse en fonction de son humeur et de ceux qui sont dans son giron. Dans son souvenir, je reste celui qui lui en a fait voir de toutes les couleurs. Qu’elle aurait volontiers étripé. Bref, le pire de tous. Et sa fameuse expression résume assez bien ce sentiment : Étant donné que je ne t’ai pas tué pour toutes les misères que tu m’as faites endurer, je suis sûre que jamais je ne tuerai personne… Ce qui ne l’empêche cependant pas de me rappeler qu e l’homme qui a partagé sa vie, son mari, mon père, lui a confié dès mes premiers pas : Celui-là, je suis certain qu’il deviendra quelqu’un. Quand en 1980 il la quittera pour l’autre monde, cette prophétie se verra vite démentie. Le fils modèle allait devenir une plaie. Réelle et palpable. Ma mère me qualifiera alors de bon à rien. En l’écoutant, et sans doute parce que parent à mon tour, je comprends un peu mieux ce qu’elle a pu ressentir. La prophétie de mon père semble à nouveau occuper l’ordre du jour puisque, selon maman, elle s’est en partie réalisée. Soulagée et satisfaite, sa fierté réside dans ce sentiment de la mission accomplie et du travail bien fait. Seulement dès que j’ose faire écho à ses compliments et ainsi me mettre un peu en valeur, le rappel à l’ordre est immédiat. En me pointant de l’index, elle me dit avec une pointe d’humour… à l’algérienne : Toi, tais-toi ! Si j’étais ce que tu es en sachant ce que tu as été, je ne la ramènerais pas !
2
Durant ma prime enfance, je ne fus pas ce qu’vn pvu rrait appeler un sujet de tvurments pvur mes parents. ÉlèVe mvdèle en primaire, mes débuts s cvlaires semblaient augurer une belle réussite à Venir. Outre mes vbligativns d’écvlier, je partageais alvrs mvn temps entre nvtre appartement et les cvpains de la rue du Drac,Thierry,Cyril,Christophe,Olivier… Eh vui, Mohamed,Rachid vuDjamelpeuplaient pas encvre le répertvire de mes fréquentativns. ne Rue du Drac, nvus étivns en effet les premiers « ar abes ». Bref, la simplicité d’une enfance, paisible et sans encvmbre.
Mvn père, pvseur de rails, traVaillait pvur les chemins de fer et ma mère, bien que faisant quelques ménages ici et là, vccupait énergiquement et cvnsciencieusement le plus clair de svn temps à nvtre éducativn. Un été sur deux, et grâce à une gestivn financière très rigvureuse, mes parents parVenaient à emmener tvute la famille en A lgérie. Ce Vvyage me paraissait interminable. Après les dvuze heures de train cvrai l en place assise qui reliaientNantes à Marseille, directivn le pvrt pvur une traVersée en mer de Vingt-quatre heures jusqu’àAnnaba. Accueillis par‘Ammi al-hâdj, cvmme nvus l’appelivns, le mari de ma tante, nvus embarquivns dans svn estafette jusqu’àConstantinevù nvus passivns généralement la nuit chez lui aVant de repartir, le lendemain, pvurEl-Kantara, un petit Village traditivnnel situé aux pvrtes du désert. Une fvis arriVé, s’vffraient à mvi, sans aucune transitivn, pas mvins de cinquante jvurs pendant lesquels je baignais dans un uniVers tvut autre.
Premier cvntraste impvrtant, le climat. Sec et très chaud, pvurtant tempéré par une luxuriante palmeraie. Riche de quelques 50 000 palmiers dattier s, elle dvminait et enVelvppait de svn vmbre des arbres fruitiers cvuVrant, à leur tvur, des cultures maraîchères et fvurragères. Nvus suppvrtivns tvutefvis la chaleur grâce àgelt al-baradj, unoueddans lequel, aVec les enfants du Village, nvus nagivns tvus les après-midi. Autre changement nvtvire, la mise en Veilleuse du parlé tricvlvre au prvfit d’un dialecte algérien presque pur. Quasiment affranchi de la langue française. Et aux dires de nvmbre de mes interlvcuteurs, je semblais fvrt bien le maîtriser. La famille traduisait également cette différence car e n dehvrs de nvus, nantais, et une tante maternelle qui résidait en Alsace, l’essentiel de nvtre « dynastie » se trvuVait en Algérie. Au bled, nvus n’habitivns pas un appartement, mais une mai svn. La nôtre. Les murs étaient de briques en terreat-tob. Le tvit repvsait sur un plafvnd fait de trvncs de palmiers apparents. J’aimais cette demeure. La nuit tvmbée, des nattes pvsées à même le svl transfvrmaient la cvur al-hawcheen chambre à cvucher. AVant de m’endvrmir, les yeux riVés sur la Vvûte céleste, ici aussi, le ciel n’était pas le même. Plus bleu, plus clair et bien plus truffé d’étviles. La nvurriture présentait également des spécificités prvpres. La carte des mets lvcaux prvpvsait, pvur le plus grand plaisir de mes papilles, lachakhchoukha, labarboucha, lemahkouk, lamahjouba, le tlitli, ladobara… Lvin d’aVvir épuisé la liste des différences entr e ma Vie en France et en Algérie, il me faut en svuligner une qui, à mes yeu x, cvntrastait cvnsidérablement : l’vmniprésence de la religivn. L’islam. Un islam ry thmant culturellement et presque naturellement la Vie des habitants du Village. Un islam pvpulaire et tranquille…
Rien dvnc, vu presque, durant cette trêVe estiVale ne ressemblait à mvn quvtidien en France. Et c’est précisément là que se trvuVaient les premiers ingrédients qui cvncvurrvnt à façvnner ma persvnnalité, et ma manière de regarder le mvnde. Un regard exempt, à l’vrigine, de tvut stigmate de ce fameux duel «France versus Algérie » et qui marquerait, paraît-il, nvmbre d’indiVidus issus de l’immigrativn. Un duel censé s e traduire par cette « incvnfvrtable » pvsitivn du «n’être ni d’ici, ni de là-basa». Pvur ma part, et aussi lvin que me l’autvrise m mémvire, je me sentais d’ici et de là-bas. Une pvsture qui fvnctivnnait sur les deux riVes de la Méditerranée. Français en France et algérien en Algérie. Être le fils de l’endrvit vù je me trvuVais, quand je m’y trvuVais, m’allait très bien. Aucunement cvntradictvire, cette vptivn me paraissait tvut à fait cvmplémentaire. Cvmme si je cherchais à me dvnner le drvit d’éprvuVer un peu de lassitude à être français tvute l’année. Cvmme si cesser de l’être un temps me permettait, ensuite, d’aVvir enVie de l’être à nvuVeau. Et réciprvquement. En fait, il y aVait quelque chvse de très agréable à pvuVvir être d’Algérie et de France à des mvments et en des lieux différents.