Renouvellement de la pensée nationaliste arabe
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Description

Ce livre incite à la réflexion et offre des idées pour mieux comprendre la pensée nationaliste arabe, qui appelle à la cohésion de tous les membres et de tous les peuples de la nation arabe, indépendamment de- leurs convictions ou de leurs appartenances religieuses. Il a surtout pour objectif de moderniser cette pensée, à travers une réflexion sérieuse autour d’une notion contemporaine, sans pour autant renier les héritages culturels et en faire des éléments de confrontation.C’est aussi un ouvrage de références, qui présente les courants nationalistes les plus influents en Iraq, en Egypte, en Syrie, en Palestine et au Liban. Il examine leurs différends et leurs points forts.

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Publié par
Date de parution 24 juin 2015
Nombre de lectures 3
EAN13 9791022500623
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,044€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

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Tous droits de reproduction, d’adaptation ou de traduction, par quelque procédé que ce soit, réservés pour tous les pays à l’Éditeur.
1430-2009
ISBN 978-2-84161-313-7 // EAN 9782841613137
Renouvellement de la pensée arabe
Dr. Mustapha Al Feqi
Traduit de l’arabe par L’équipe Albouraq
M USTAPHA A L F EQI
• Diplômé de la Faculté de l’économie et des sciences politiques. Université du Caire (1966). A obtenu un doctorat en philosophie des sciences politiques. Université de Londres, (1977).
• Diplomate au Ministère égyptien des Affaires étrangères. Il a occupé la fonction de Secrétaire général du Conseil consultatif de la politique extérieure. Il a été directeur de l’institut des Hautes études diplomatiques. Il a été ambassadeur d’Égypte à Londres, en Inde, en Autriche, à la République Tchèque, en Slovénie et en Croatie. Il a été ambassadeur non permanent et délégué d’Égypte auprès d’organisations internationales à Vienne.
• De 1985 à 1992, il a exercé la fonction de Secrétaire de l’information auprès du Président de la République d’Égypte.
• De 1987 à 1993, il a enseigné à l’Université américaine du Caire et a été professeur émérite de dizaines d’échelons scientifiques dans des universités égyptiennes.
• Conférencier dans un grand nombre de capitales arabes et étrangères et interlocuteur principal à la séance d’inauguration du cénacle économique international de Davos en Suisse, Janvier 1995.
• Il a reçu de nombreuses distinctions, décorations et médailles dans son pays et à l’étranger : En 1965, la Coupe de l’éloquence du Club de la Semaine des Jeunes universitaires égyptiens. En 1966, le premier prix du Conseil supérieur des sciences, des arts et des lettres, pour ses articles politiques adressés aux jeunes. Le prix du « Meilleur livre sur la pensée politique » du Salon international du livre du Caire en 1993. Le prix du Pays initiateur, en 1994. La dernière décoration en date est celle du plus haut grade, celle des Sciences et des Arts, qui lui a été décernée par le gouvernement autrichien en 1998.
Membre du Conseil supérieur de la Culture (comité des sciences politiques). Il a publié des dizaines d’articles en arabe et en anglais dans des revues périodiques arabes et étrangères. Il est l’auteur de plusieurs ouvrages en arabe et en anglais. Il est co-auteur de l’encyclopédie Copte (Paris, 1990) et de l’encyclopédie Al-Shurûq (Le Caire, 1993).
I NTRODUCTION
Les ethnies ont joué un rôle important dans l’histoire de l’humanité. Elles ont été directement impliquées dans presque tous les conflits que les peuples ont connus. Le terme « ethnie » exprime une conviction personnelle, des particularités communes distinguant les uns de tous les autres. Elles donnent un sentiment d’appartenance qui fait de « la question ethnique » un préalable à toutes les différences religieuses, ou aux courants de pensée. Ce sont des liens qui ne sont pas exempts de partialité et un phénomène qui atteint les limites du fanatisme. Aussi, ce dernier aboutit-il, dans plusieurs cas, à un rapprochement entre le nationalisme et le racisme, sachant que les ethnies sont contemporaines aux États/Nation, apparues une fois que l’identité des peuples a été identifiée et que la maturité des nations a été achevée. Le Moyen-Orient a connu, à travers sa longue histoire, divers peuples dans ses différentes régions 1 jusqu’à ce que l’islam devienne, de nos jours, la religion prédominante et que le nationalisme devienne le courant le plus répandu. Les populations de la nation arabe parlent la même langue, partagent la même culture, la même histoire, ont subi les mêmes vagues de civilisation.
En pensant écrire sur « le renouveau de la pensée nationaliste », l’idée n’est pas de la faire revivre. La notion de renouveau suppose la volonté d’apporter des éléments nouveaux, un changement. Donc, ce n’est pas redonner vie à une âme peu enthousiaste ou peu influente. En premier lieu, le renouvellement se conçoit comme une renaissance, liée à de nouvelles évolutions. Elle englobe les événements passés et les changements subis sur la scène politique arabe, depuis la fin de la période de l’expansion nationaliste, qui a vu ses élans brisés depuis bientôt trois décennies.
Il est donc indispensable de présenter clairement, au début de cet ouvrage, les objectifs qui ont présidé au choix de ce thème, dont le souci principal est une contribution à moderniser la pensée et le mouvement unioniste arabes. Naturellement, cet essai obéit à un certain nombre de considérations et de motivations que je résume ainsi :
Premièrement : Le nationalisme arabe a connu des flux et des reflux, des évolutions et des échecs, car il était un mouvement à caractère nationaliste qui appelle à la cohésion de tous ses membres, à la volonté d’un retour aux sources, à la reconquête de la gloire et de l’âge d’or de cette histoire. L’âme des nations reste vivante… Les peuples survivront malgré tout… Même si les structures et les constitutions changent, que la société se moule dans de nouvelles formes d’existence, il n’en demeure pas moins, que le « souffle de vie » ne disparaît, pas plus que cette nation ne sombre dans le néant.
Partant de cette situation, les conditions dans lesquelles vit la nation arabe durant les dernières années sont celles des luttes politiques, des divergences d’opinions et de désaccord sur les priorités. Or, l’âme de la nation est toujours la même. La cohésion arabe n’est pas un sujet de discorde nationaliste autant qu’elle est une préoccupation politique. Les Arabes ont connu des périodes de gloire nationale et aussi des échecs historiques. La nation a appris que son passé est étroitement lié à son présent, tandis que son avenir est lié à sa capacité de résistance, à sa force de confrontation et à son action permanente.
Deuxièmement : La pensée nationaliste arabe est historiquement liée à l’islam apparu dans la région. Le débat s’anime toujours quand il s’agit de poser ces questions : L’arabisme a-t-il porté les populations à accepter l’islam et les nations à y croire ? Ou alors c’est l’islam qui a donné aux sociétés antéislamiques, de la Presqu’île arabique, cette capacité d’entreprendre des conquêtes et de répandre la foi ? Sachant que l’arabe est la langue du Saint Coran et que le Messager de l’islam est un Arabe.
Il n’y a aucun doute que ce débat se fonde sur une problématique dénuée de fondement. Le concept de l’arabisme signifie, implicitement, la culture musulmane. Il comprend les origines de l’appel à l’islam, comme points essentiels de l’identification du nationalisme qui fait de toute réflexion sur la civilisation arabo-islamique, une question adoptée par tous les Arabes, indépendamment de leurs convictions ou de leurs différences communautaires.
Troisièmement : Parler « du renouvellement de la pensée nationaliste arabe », ne signifie pas une mise en opposition directe du problème des influences culturelles. Nous pensons que l’évolution des nations et l’histoire des peuples sont le résultat d’un cumul de diverses cultures, apportées en terre arabe. Ces civilisations ont laissé des traces et contribué à l’identité culturelle des populations arabes. L’Histoire se compose de mouvements cumulatifs qui ne sont pas nécessairement des éléments de confrontation. Nous ne ressentons, en parlant de la rénovation de la pensée nationaliste arabe, aucune gêne si nous nous enthousiasmons pour l’époque Pharaonique en Égypte, Babylonienne en Irak, ou Phénicienne en Syrie, ou pour l’origine des Berbères en Afrique du Nord. Ce sont tous des héritages culturels, des aspects historiques qui se sont croisés, pour se fondre dans l’identité arabe.
Bref, nous pensons, en appelant à la modernisation du nationalisme, à la spécificité territoriale, dans un contexte ethnique, aux particularités de chacun à l’intérieur d’une même nation.
Quatrièmement : Le fait que les États arabes soient préoccupés par leurs problèmes et concentrés sur leurs affaires intérieures, ne signifie pas nécessairement que l’isolement national et le repli local vont perdurer aux dépens de leurs intérêts suprêmes. En revanche, la situation arabe actuelle exige de nous, beaucoup plus que par le passé, la nécessité d’une réflexion sérieuse autour d’une notion contemporaine du nationalisme. Cette nation arabe doit tenir compte de la modernité tout en veillant à conserver ses propres repères.
Cinquièmement : En ce début, il m’importe de signaler que nous devons tous garder un sentiment d’objectivité et de neutralité lorsque nous abordons l’histoire des mouvements nationalistes contemporains arabes. Nous ne devons pas nous passionner pour une tendance déterminée ou un mouvement particulier pour des raisons dogmatiques et ou de fanatisme régional. Notre considération pour le Baath arabe n’est pas contradictoire avec notre estime pour les courants nassériens. Notre point de vue sur la pensée des nationalistes arabes n’est aucunement contradictoire avec notre respect pour le mouvement des unionistes socialistes ni avec la gauche aux dépens de la gauche nationaliste, malgré toutes ses alliances historiques et ses échecs contemporains.
En revanche, j’ajoute que je ne ressens aucun embarras à déclarer que plusieurs principes de notre histoire nationaliste contemporaine exigent de nous une révision honnête, un examen méticuleux, une analyse sincère. Par exemple, personnellement, je suis contre le fait de critiquer le Parti Syrien Nationaliste Progressiste. En revanche, je pense qu’il est temps de lui redonner toute la considération qu’il mérite, et rendre hommage à ses dirigeants. Ce parti traduit des efforts longuement poursuivis, il incarne l’esprit du nationalisme. Il représente l’espoir de toute unité.
Plusieurs données de notre histoire nationaliste exigent de nous une révision et une étude objective. Le paganisme est opposé à la raison, et le jugement dans l’absolu est opposé aux évolutions de l’histoire.
Sixièmement : Si la grande Révolution arabe, dirigée par le Shérif Al-Hassan pendant la Première Guerre mondiale, était une tentative populaire de se débarrasser de l’Empire ottoman qui rendait l’âme, la révolution égyptienne de 1952 représente une confrontation arabe générale. Elle a dépassé les frontières égyptiennes pour ne former qu’un seul mouvement arabe, opposé aux symboles du suivisme politique et de la domination étrangère. Alors qu’entre les deux révolutions, les tentatives se sont multipliées, les opinions se sont diversifiées dans un contexte global, mais ayant foi dans une seule nation dont les particularités sont communes et l’appartenance nationale évidente.
Partant de là et dans les conditions actuelles, tout débat sur la pensée nationaliste arabe contemporaine doit nécessairement être différent des conceptions antérieures. Aujourd’hui, nous ne pouvons pas ignorer ce qui se passe sur la scène internationale et régionale, allant du nouvel ordre mondial jusqu’aux futurs accords de paix entre les Arabes et Israël.
En bref, nous ne devons pas rester inactifs devant de nouvelles théories, ni reprendre des formules figées, ni encore s’attacher à tourner autour des slogans ou des phrases à effet dépassés par le temps. Bien plus, nous sommes persuadés qu’il existe une nation arabe qui fait face au plus grand défi de son histoire contemporaine, qu’elle a besoin de prendre conscience de son unité inachevée, en tenant compte de toutes les différences, en ayant une foi solide dans les constances… Une nation arabe dynamique, qui joue un rôle civilisateur dans notre monde contemporain… Une nation arabe capable de se débarrasser des discours vibrants pour qu’on ne qualifie plus sa langue de « phénomène vocal »… Une nation honnête avec elle-même, qui exprime de manière sincère sa pensée, pour que les autres ne l’accusent plus de schizophrénie… Enfin, une nation ouverte sur le monde extérieur, réfléchie et sans fanatisme.… Le futur exigera une grande vigilance et une conscience aigue des problèmes qui lui seront posés… Ainsi pourra-t-elle enfin suivre le chemin du progrès et du renouveau dans sa conception du monde.
Dr Mustapha Al Feqi
C HAPITRE I
E NTRE RELIGION ET NATION
Il n’y a lieu de distinguer une nation d’une autre qu’à travers la langue La nation arabe est (arabe) avant toute religion ou Confession. Cette question est si claire et si nette qu’il n’est nul besoin de le prouver.
Jamaleddin Al-Afghani.
Le débat s’anime entre partisans de la pensée nationaliste et ceux du courant communautariste, autour de l’antériorité de chacun de ces courants. Les uns ont cherché dans les sources, les autres ont fouillé dans les origines pour comprendre la nature des liens existant entre la religion et la nation, et pour déterminer les points caractérisant leur divergence ou leur convergence. Durant ces dernières années, les discussions ont été vives, à plusieurs occasions, entre ceux qui donnent la priorité à la religion, considérant que l’État confessionnel prime, à notre époque, sur l’État/nation et ceux qui, en revanche, considèrent qu’à l’origine de l’émergence des sociétés civiles et des entités politiques, il y eut la tribu dont la constitution a évolué pour former une population, en se concentrant sur l’idée de « la nation ». De telle sorte, la nationalité –même avant de connaître sa composition raciale ou sa substantialité émotionnelle– est le premier phénomène qu’a connu l’humanité.
Si nous parcourons les ouvrages de la pensée politique moderne, nous verrons que la nation et la religion n’ont pas fait bon ménage ensemble, à l’exception d’une seule fois : Quand elles ont dû affronter le même adversaire, celui du régime communiste fondé sur le marxisme. Ce dernier avait, à son tour, beaucoup d’hostilité à l’égard des deux camps. La religion a subi le même sort que la nation. Un sentiment de réprobation dont l’origine remonte à une pensée matérialiste et dialectique. Le marxisme les accusait d’être les responsables de la dislocation de la race humaine, de la division de l’humanité, ce qui est contradictoire avec l’importance de la pensée marxiste, son appel à l’union de la classe ouvrière, sans considération aucune pour la différence de nationalité ou de confession.
Si nous passons outre la vision globale pour examiner, plus particulièrement, la relation entre religion et nation au Moyen-Orient, terre d’origine des trois religions monothéistes et foyer des peuples qu’a connus la région, nous arriverons à connaître, à la fin, la nature des liens entre l’islam et l’arabisme, en estimant que le premier est la religion de la majorité des habitants, alors que l’arabisme est la conscience nationale de ses populations. Les spécialistes vont plus loin dans leur recherche. Ils examinent l’origine des liens entre les deux. Cela suscite la même interrogation : Lequel des deux a devancé l’autre et l’a introduit dans la région ? On peut se poser cette même question en la reformulant : Est-ce l’arabe, langue des sociétés peu évoluées, qui a porté la religion musulmane à des sociétés plus développées, plus unies et plus civilisées ? Ou alors c’est l’islam qui est allé vers ces communautés et ces civilisations, pour que les populations l’aient bien accueilli –chacun avait ses propres raisons– alors qu’il a été difficile à quelques populations d’accepter l’arabisme, en tant que langue, culture et mode de vie ? De la sorte, nous nous trouvons devant une seule logique qui veut que la majorité des Arabes soient des musulmans, alors que la majorité des musulmans ne sont pas des Arabes.
Dans ce cas, il n’y a pas lieu de discorde. Le rapport commutatif entre l’islam et l’arabisme devient alors évident et ne demande aucune confirmation. Ce sont là deux faces d’une même pièce de monnaie, fondée sur le fait que l’islam est un message céleste envoyé à un Prophète arabe ; que le Saint Coran est le premier glossaire de la langue arabe, avant qu’il ne soit un Livre saint, avec sa puissance spirituelle. Les Arabes sont donc au cœur de l’islam. Abdelrahman Al-Kawakibi a atteint la vérité en disant : « Les Arabes sont les seuls capables de rassembler la religion et aussi d’assurer l’unité moyen-orientale 2 ».
Par conséquent, la problématique qui oppose l’islam à l’arabisme est sans fondement. L’islam, s’adressant à tous les peuples, est à l’origine du particularisme arabe. Aussi, l’arabisme ne peut évoluer sans admettre les bienfaits de l’islam qui a assuré sa pérennité et son expansion. C’est lui qui a conféré aux tribus antéislamiques un ascendant sur les populations avoisinantes.
Dans ce contexte, j’emprunte un discours marqué de l’imammartyr, Hassan Al-Bana, qui a dit : « L’islam est né arabe, il a été répandu par les Arabes, son Livre a été écrit dans un arabe explicite, les nations se sont réunifiées en son nom et grâce à cette langue… Les Arabes sont la première communauté de l’islam et son peuple privilégié… L’islam ne se relèvera qu’une fois l’unité et la renaissance des Arabes seront réalisées… Il n’y a pas d’union possible sans le rassemblement des Arabes eux-mêmes. La même langue, la même terre, les mêmes espoirs, la même histoire. Il est donc du devoir de tout musulman de faire revivre l’unité arabe, de l’approuver et de l’assister 3 ».
En réalité la problématique relative à l’incompatibilité de la religion et de la nationalité n’est pas toujours fondée sur les mêmes arguments ni de la même manière dans toutes les sociétés. Ceux qui appellent à « l’unité islamique » ne sont pas nécessairement les ennemis de l’unité arabe. La réalité est qu’ils privilégient la religion et la considèrent comme facteur essentiel dans une nation, seule capable de servir leur appel et consolider leur pensée. Nous remarquons qu’un certain nombre de penseurs islamiques contemporains rejettent toute contradiction entre l’arabisme et l’islam, considérant que ce fait est sciemment prémédité et volontaire 4 ».
Mais le point culminant de cette divergence réelle et le centre de cette probable contradiction entre l’arabisme et l’islam, irritent effectivement ceux qui considèrent que l’islam constitue une nation et une religion à la fois ; la générosité de la religion islamique, l’attachement du musulman à la Chari‘a et aux enseignements précis qu’elle donne à sa vie quotidienne depuis la naissance jusqu’à la mort, les précisions faites sur le mariage et le divorce, l’héritage et le comportement, font du Musulman quelqu’un qui vit, en fin de compte, pleinement sa religion. Il s’y réfère pour toute interrogation. Le plus important est que la religion détermine sa relation avec les autres suivant des préceptes et des textes sacrés. L’exemple le plus édifiant est celui du fondement spirituel et national selon lequel les Moudjahidins algériens ont mené leur combat contre l’occupation française. Pour eux, l’islam était à la fois religion et nation. L’arabisme n’était pas encore enraciné en Algérie. Le mouvement arabisant algérien était peu influent. C’est pourquoi le combattant algérien n’avait comme support que sa religion pour lutter contre son ennemi, non musulman. Les Algériens et les Français parlaient la même langue à cette époque. Ils appartenaient à une culture commune. Il n’y avait pas de critère de discorde, de distinction identitaire, d’autodétermination, sauf sur les questions de religion et de spiritualité. Il n’est donc pas surprenant que ceux qui prétendent que l’islam a beaucoup plus d’influence sur les croyants que l’élément national, se retrouvent du côté opposé à la pensée nationaliste.
Il se peut que la pensée de Abu Al-A‘lâ Al-Mawdûdî, de Sayed Qotb et d’autres penseurs islamiques, soit à l’origine de cette vision défiante envers le nationalisme en général, et l’arabisme en particulier. Ils y trouvent une tentative sectaire qui porte préjudice à la conception de la nation musulmane et est considérée comme une pensée raciste qui échappe à la houlette de « l’unité islamique ».
Le fait remarquable chez les partisans du courant islamiste qui est sceptique à l’égard de la pensée nationaliste arabe contemporaine, se fondent surtout sur l’existence d’un certain nombre de partisans de la pensée nationaliste et des orientations arabisantes -en particulier en Syrie- qui sont non musulmans. Ils prétendent que toutes les aberrations du mouvement socialiste égyptien sont l’émanation de pionniers juifs, de même, ceux qui appellent au nationalisme en Syrie, sont conduits parfois par des chrétiens. Ils citent quelques noms, comme Antoun Saadé et Michel Aflaq. Les partisans du courant islamiste, tout en craignant l’extension du nationalisme arabe, pensent que le communisme et le nationalisme nuisent au progrès de l’islam.
Cela n’empêche pas les initiatives sincères des uns et des autres. Les deux tendances ont affiché leur bonne volonté au moment où ils avaient pris position envers la cause palestinienne qui comporte les deux dimensions : confessionnelle et nationale. Les islamistes évoquant le conflit arabo-israélien, rappellent une vérité historique : Ce sont les Frères musulmans, jeunes volontaires, qui ont participé activement au tout début de la guerre arabo-israélienne en 1948. Ils affirment ipso facto leur participation à une cause nationale d’inspiration islamique. Alors que les nationalistes s’en défendent et disent n’avoir aucune raison de renier le facteur islamique, concernant la cause nationale au cours de l’histoire arabe contemporaine. Par ailleurs, ils affirment que les pionniers non musulmans du mouvement nationaliste étaient, malgré leur différence de confession, les fils naturels de la culture arabo-musulmane. De même que certains groupuscules issus des sociétés musulmanes, qui sont à la recherche d’une identité nationaliste, sans contradiction avec leurs convictions religieuses.
Dans ce contexte, les propos de Georges Antonious tirés de sa chronique sont édifiants quand il dit : « La religion musulmane et la langue arabe ont continué leur évolution rapide durant des siècles grâce à leur grande capacité d’expansion, contenue en elles. Elles se composent de deux mondes. Le premier est beaucoup plus vaste que le second. Ce sont le monde musulman et le monde arabe. Le premier a englobé le second. Progressivement, le monde musulman s’est propagé en Inde, en Chine et jusqu’à l’extrême est africain. Alors que le monde arabe est resté enclavé dans les pays qui ont atteint un arabisme profond. Cette situation leur a été avantageuse pour trois facteurs : La domination de l’Arabe, en tant que langue nationale, l’adoption par les habitants de cette région des us et des coutumes arabes, l’installation d’un grand nombre d’Arabes dans ces pays et leur intégration aux populations locales 5 ».
Nous relatons le témoignage d’un autre nationaliste arabe chrétien, Michel Aflaq, pionnier de la pensée nationaliste contemporaine. Il soutient, lors de la commémoration de la naissance du Prophète arabe : « L’islam, incarné par le vie du Saint Prophète, ne constitue pas pour les Arabes un simple événement historique, s’expliquant par la temporalité, l’espace, les objectifs et les conséquences, mais par sa profondeur, sa rigueur et ses étendues. L’islam est étroitement et absolument lié à la vie des Arabes. C’est une image sincère, un symbole parfait et éternel de la nature humaine, de sa valeur enrichissante, de ses objectifs authentiques. Alors, il peut être renouvelable dans son âme et non dans sa forme ou ses lettres. L’islam est le sursaut dynamique qui fait bouger toutes les forces de la nation arabe. Il réanime la vie, dépasse les barrières des traditions, et les entraves aux réformes 6 ».
Ce que nous trouvons, dans la relation entre l’islam et l’arabisme, concerne aussi le niveau de disproportion de l’impact et de l’influence que laisse chacun des deux éléments sur les populations de la région. En Syrie, la population est davantage attachée à l’arabisme bien que l’islam soit la religion d’une large majorité. Son appartenance à l’islam est incontestable. Or, le nationalisme y est profondément enraciné. Aussi, cette région a vécu des combats acharnés entre les Arabes et les Turcs au début du 20 e siècle. Nous nous souvenons encore des échafauds de Jamal Pacha, le dirigeant musulman, surnommé le bourreau. Les séquelles de ses atrocités fut l’expansion de l’arabisme et non de l’islamisme. Ce phénomène a poussé les Syriens et les Libanais à se focaliser, par exemple, sur le facteur nationaliste, qui est celui de l’arabisme, dans une tentative de s’auto-distinguer et d’afficher leur identité, sans pour autant insister sur l’islam qui ne les reconnaîtra jamais dans leur lutte contre les Turcs musulmans.
La situation en Égypte est différente, car l’islam a toujours été influencé par l’histoire sociale des Fatimides. Aussi, l’Égypte s’intéresse-t-elle depuis toujours à la religion, avant et après l’islam. Les Égyptiens ne sont jamais entrés en guerre, contre un adversaire musulman, comme ce fut le cas en Syrie contre les Turcs. Alors qu’en Syrie les combats étaient féroces et meurtriers, en Égypte, tout au moins, ce fut la lutte entre les dirigeants, d’une part Mohamed Ali, le puissant gouverneur de l’Égypte et d’autre part le Sultan ottoman. La lutte de l’Égypte contre l’occupant étranger était dirigée contre des forces non musulmanes, en l’occurrence la France et la Grande Bretagne.
Nous ne faisons que rappeler, si nous ajoutons que le mouvement national égyptien, avant Saad Zaghloul et avant la Révolution de 1919, était d’inspiration islamiste. Ahmed ‘Orabi, et après lui Mustapha Kamel, ont mené leur combat contre l’occupation étrangère sous la protection du prince des Croyants, le Calife des musulmans ottomans. Nous nous souvenons toujours de la manière dont le Calife ottoman a abandonné la révolution de ‘Orabi dans ses derniers moments. Sa trahison fut à l’origine de la perte des « Arabistes ». Le parti nationaliste fondé et dirigé par Mustapha Kamel avait la bénédiction du Calife ottoman, qui l’avait honoré du titre de Pacha, en signe de soutien et d’approbation de ses orientations. L’influence du courant islamique sur le mouvement nationaliste ne cessa qu’avec la Révolution populaire, menée par une délégation égyptienne, à sa tête Saad Zaghloul, qui fit d’autres propositions dont les plus importantes sont : L’unité des mouvements nationaux de lutte contre l’occupation britannique et la concentration sur ce qu’il avait appelé à cette époque « le nationalisme égyptien ».
De cette manière, nous voyons que la religion et le nationalisme se livrent parfois à des confrontations. D’autre fois, les intérêts de l’un et de l’autre s’entremêlent et s’entrecroisent pour devenir des courants islamiques et arabes à la fois. Par exemple, il me semble que le désaccord qui oppose l’Organisation de la Libération de la Palestine au Hamas, n’est qu’une illustration de cette possible confrontation. En même temps et d’un autre côté, nous trouvons une unité arabo-islamique concernant Jérusalem. Cela confirme que les deux courants vont dans le même sens et ont les mêmes objectifs. En réalité, le plus grand danger qui menace la région arabe, sera la confrontation islamo-arabe. Elle ressemble à cette conspiration qui nourrit les conflits arabo-perses menés sous l’égide d’un même islam. Alors que l’Histoire et les témoins d’aujourd’hui confirment que la divergence est préméditée et artificielle et que les relations entre les deux parties doivent être constructives et non un facteur de division, de déchirement et de lutte.
La religion et le nationalisme se résument tous les deux par l’unité des rangs et de la parole. Il n’y a pas de raison valable pour attiser les conflits et justifier les désaccords.
C HAPITRE II
L E ROI DES A RABES ET LA GRANDE RÉVOLTE
La joie envahissait Damas d’un bout à l’autre, les hommes de Damas lançaient leurs tarbouches dans l’air, tant ils sont émus et excités. Les Damascènes retiraient leur voile et dispersaient les roses et les hommes couvraient de tapis les chemins.
Scène de joie de l’accueil fait à Faysal 1 er à Damas.
Lawrence d’Arabie, « La révolte arabe ».
Le déclenchement de la Grande Révolte arabe, dirigée par l’Émir de la Mecque, le Shérif Hussein ben Ali, est considéré encore de nos jours, comme un événement capital, un tournant historique dans la nouvelle géopolitique du Moyen-Orient, mis à part son influence sur le mouvement nationaliste et sur la scène politique arabe. Le rôle joué par les Hachémites dans la politique de certains pays arabes est l’aboutissement conséquent de cette Grande Révolte qui a laissé ses empreintes sur l’avenir de la nation arabe.
En réalité, les origines de ce mouvement nationaliste contemporain arabe sont à rechercher beaucoup plus loin. Gorges Antonious écrit dans son livre célèbre Le réveil des Arabes que « la première opération organisée du mouvement nationaliste s’effectua en 1875. Cinq jeunes hommes, ayant fait leurs études à l’université protestante de Beyrouth, ont créé une association clandestine. Ce fut deux ans avant l’intronisation du Sultan Abdel Hamid. Ils étaient tous chrétiens. Mais ils avaient senti la nécessité de faire participer à leur mouvement des musulmans et des druzes. Ils sont arrivés à enrôler vingt-deux membres, tous des intellectuels, appartenant à des confessions différentes 7 ».
Ainsi les origines de la pensée nationaliste contemporaine remontent au 19 e siècle. Les Syriens ont devancé les autres peuples arabes dans la lutte contre l’occupation turque et la domination ottomane.
Nous n’allons pas plus loin. Beaucoup de contemporains de cette révolte se sont attardés sur ses événements et sur leurs réalités. Or, nous signalons clairement que la Grande Révolte, déclenchée pendant la 1 ère Guerre mondiale, représentait la première confrontation avec l’ennemi, sans pour autant s’appuyer sur le facteur ethnique. Ce fut une lutte organisée sans référence à l’islam. Les Arabes et les Turcs sont des coreligionnaires, des musulmans. Écoutons ce qu’avait dit Lawrence, l’officier et l’agent secret britannique qui avait vécu tous les événements de la Grande Révolte, au jour le jour. Conseiller du Shérif Hussein et de ses fils, il accompagna Faysal 1 er lors de son entrée à Damas. Lawrence s’interroge : « Le nationalisme vaincra-t-il un jour le penchant confessionnel ? La foi nationaliste l’emportera-t-elle sur les croyances religieuses ? Plus clairement, est-ce que les hautes valeurs politiques se substitueront-elles aux révélations divines et aux intuitions ? Est-ce que la Syrie pourra transformer son idéal religieux et le remplacer par une appartenance nationale ? 8 »
Les historiens ne sont pas d’accord et le resteront longtemps dans leur évaluation des objectifs de la Grande Révolte arabe et de son influence sur l’avenir de la nation arabe. Les Turcs, appuyés par quelques usurpateurs arabo-musulmans, voulaient porter atteinte au fondement de cette révolte. Ils prétendent qu’elle représente un méfait pour l’islam et qu’elle est l’alliée des forces non musulmanes, à leur tête la Grande Bretagne –qui exerce une suprématie et une autorité dans la Péninsule arabique– contre le Calife musulman et le Sultan ottoman.
Jamal Pacha disait dans un discours : « Nous avons le regret de dire qu’une personne peu scrupuleuse a entravé notre lutte contre l’ennemi en s’alliant, sur la terre sainte de l’islam, à une puissance chrétienne qui vise à porter préjudice à l’islam et à s’emparer de sa capitale. Cette personne sans grande valeur, qui ne ressent aucune honte en se prenant pour le descendant du Prophète, a porté l’empire ottoman à mener une campagne contre elle, au lieu d’affronter et de vaincre les Britanniques au Caire et sur les rivages du Canal de Suez. Ce traître ne sert que les intérêts des Britanniques. Or, l’islam vaincra à la fin ».
Même si les avis divergent sur le sens de cette révolution, rien ne nous empêche de dire qu’elle a été à l’origine de la désagrégation de l’Empire ottoman dans les régions arabes. Mohamed Ali et ses fils avaient posé les premiers jalons, un siècle auparavant, permettant à l’Égypte de jouir d’une sorte d’auto-nomie, sous le pouvoir de la dynastie alaouite, par rapport au Califat ottoman.
Ce qui nous laisse avancer qu’un grand nombre d’historiens pensent que la Grande Révolte arabe était une tentative visant à finir avec la présence turque dans l’Orient arabe, à l’instar de ce qui est arrivé aux Ottomans dans d’autres régions européennes et asiatiques. Le docteur Abdelaziz Al-Ghanaoui écrit dans son livre célèbre sur l’Empire ottoman : « Les gouvernements et les populations européennes, qui étaient sous domination ottomane, se sont réveillés pour se trouver, pour la première fois de leur histoire, gouvernés par un dirigeant musulman. Ils ont tout fait pour chasser de leurs territoires cette autorité musulmane et ottomane. Ils ont été appuyés par des États européens qui n’avaient pas connu l’expansion ottomane, mais animés par une seule motivation, celle de la victoire de la chrétienté, l’extermination de l’islam, le renforcement de leurs intérêts personnels et le partage entre eux des territoires sous autorités ottomanes

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