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Le coloris comme expérience poétique

De
200 pages

À partir d'exemples picturaux, urbanistiques, horticoles et cinématographiques, l'objet de cet ouvrage est de suivre au plus près les mouvements voire le souffle de l'expérience poétique du coloris.

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Ajouté le : 01 juillet 2014
Lecture(s) : 44
EAN13 : 9782336351407
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Guy Lecerf
Le coloris comme expérience poétique
Préface d’Annie Mollard-Desfour
Le coloris comme expérience poétique
dirigée par Michel Costantini & François Soulages Série RETINAManuela de Barros,Duchamp & Malevitch. Art & Théories du langageEric Bonnet (dir.),Le Voyage créateur Eric Bonnet (dir.),Esthétiques de l’écran. Lieux de l’image Michel Gironde (dir.),Les mémoires de la violence Michel Gironde (dir.),Méditerranée & exil Bernard Lamizet,L'œil qui lit. Introduction à la sémiotique de l'image Pascal Martin & François Soulages (dir.),Les frontières du flouFrançois Soulages (dir.),La ville & les artsFrançois Soulages & Pascal Bonafoux (dir.),Portrait anonyme Julien Verhaeghe,Art & flux. Une esthétique du contemporain Série Photographie Philippe Bazin,Face à facesPhilippe Bazin,Photographies & Photographes Benoit Blanchard,Art contemporain, le paradoxe de la photographieCatherine Couanet,Sexualités & Photographie Benjamin Deroche,Paysages transitoires. Photographie & urbanitéMichel Jamet,Photos manquées Michel Jamet,Photos réussies Anne-Lise Large,La brûlure du visible. Photographie & écritureFranck Leblanc,L’image numérisée du visagePanayotis Papadimitropoulos,Le sujet photographique Catherine Rebois,De l’expérience en art à la re-connaissance Catherine Rebois,De l’expérience à l’identité photographique Hortense Soichet,Photographie & mobilitéFrançois Soulages (dir.),Photographie & contemporainSuite des livres publiés dans la CollectionEidosà la fin du livreComité scientifique international de lecture Argentine(Silvia Solas, Univ. de La Plata),Belgique(Claude Javeau, Univ. Libre de Bruxelles),Brésil(Alberto Olivieri, Univ. Fédérale de Bahia, Salvador),Bulgarie(Ivaylo Ditchev, Univ. de Sofia St Clément d’Ohrid, Sofia),Chili(Rodrigo Zùñiga, Univ. du Chili, Santiago),Corée du Sud(Jin-Eun Seo (Daegu Arts University, Séoul),Espagne(Pilar Garcia, Univ. Sevilla),France(Michel Costantini & François Soulages, Univ. Paris 8),Géorgie(Marine Vekua, Univ. de Tbilissi),Grèce(Panayotis Papadimitropoulos, Univ. d’Ioanina),Japon(Kenji Kitamaya, Univ. Seijo, Tokyo), Hongrie(Anikó Ádam, Univ. Catholique Pázmány Péter, Egyetem),Russie(Tamara Gella, Univ. d’Orel),Slovaquie(Radovan Gura, Univ. Matej Bel, Banská Bystrica), Taïwan(Stéphanie Tsai, Univ. Centrale de Taiwan, Taïpé) Publié avec le concours de
Guy Lecerf
Le coloris comme expérience poétique
© L’Harmattan, 2014 5-7, rue de l’Ecole Polytechnique, 75005 Parishttp://www.librarieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr ISBN : 978-2-343-03629-8 EAN : 9782343036298
Préface Couleur, coloration, coloris […] le poétique est moins une propriété des choses que du langage et des images. Jean-Jacques Wunenburger 1 Couleur, coloration, coloris…Ce sont les nuances entre ces mots et concepts que Guy Lecerf théorise et expérimente. Quels sont les liens entrecouleur, colorationet coloris? Par quels procédés passe-t-on de la couleur à la coloration… et au coloris, qu’il définit comme une poétique, réalisée dans ces « moments forts » de la 2 « respiration poétique » pendant lesquels, dans la mise à distance, s’effectue l’oscillation, la fusion, la perte d’identité, le passage de la représentation à la dé-représentation, à la re-création. Et ce coloris, cette poétique se fait après-coup, loin de la présence matérielle, lorsque les choses ne sont plus et que pourtant elles demeurent.
1 Jean-Jacques Wunenburger,Gaston Bachelard, poétique des images, Paris, Editions Mimesis, 2012. 2 Jacques Sojcher,La Démarche poétique, 1996.
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Artiste plasticien et professeur à l’université de Toulouse 2 où il a mis en place des formations sur la couleur en art et design appuyées sur un groupe de recherche en ce domaine, SEPPIA, avec la création d’un DESSCouleur et projetla création de l’IUP et Couleur, image, design, Guy Lecerf s’appuie donc sur un savoir théorique et sur une pratique de la couleur et, par des exemples concrets, vécus, expérimentés - picturaux, urbanistiques, paysagers et cinématographiques, il tente de mieux saisir les ressorts de l’expérience chromatique et poétique, de la poétisation du lieu, de l’espace conçu scientifiquement à l’espace rêvé. Et ouvre au questionnement. Comment s’effectue ce passage des couleurs aux colorations, et à la poétique du coloris ? 3 Reprenant la notion de « plateaux » - plateau des couleurs, des colorations, du coloris, des fictions, du langage - Guy Lecerf établit entre ces plateaux des connexions qui mettent en relief le passage des couleurs (matérialisées, calibrées, cartographiées) aux colorations (la « couleur en projet », la « couleur-actrice »), et au coloris, résultat des interférences entre les couleurs et les colorations, où la couleur, dans un jeu visuel, langagier, prend ses distances, perd sa singularité, devient un « coloris inachevé », fusion entre matérialité et imaginaire, poésie. Puisant ses analyses dans leRépertoire des couleursde Henri Dauthenay, dans l’histoire de la catégorisation des couleurs et leur nomination en détaillant notamment la thèse de Berlin & Kay sur lesBasic Color Terms - en la discutant -, et en prenant comme exemple particulier la couleur verte dans ses mises en fiction selon les domaines (industriel, horticole, marketing), l’auteur démontre comment s’effectue le glissement de la couleur à la coloration… et à la poétique du coloris. Cette poétique du coloris est, d’autre part, mise en évidence dans le tableau de Pierre Bonnard,Le Jardin, dans les films laPiccola Russia, le
3 Gilles Deleuze, Félix Guattari,Mille plateaux, 1980.
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Festin de Babette,The Garden, Fanny Face, Think Pink et sa chanson refrain. Guy Lecerf s’attache également aux modalités de la couleur et de la coloration urbaines de Borderougeà Toulouse, de l’Eixampleà Barcelone. Analyse domaniale, cartographie, localité, modélisation de la couleur, typage des couleurs, des coloris, prototypage, contretypage, systèmes, plateaux… autant de méthodes que Guy Lecerf a expérimenté et expose. Il décrit les images, mais aussi le langage. Il sait l’importance des mots et fait œuvre de sémanticien et diachronicien :couleur, coloration, coloris, gamme, répertoire, échantillon, type, dépiction, picturalité, poétique, fiction, expérience, série… autant de termes dont il décrypte les sens dans l’expérience chromatique. Les mots […] sont de petites maisons, avec cave et grenier. […] Monter l’escalier dans la maison du mot c’est, de degré en degré, abstraire. Descendre à la cave, c’est rêver. C’est se perdre dans les lointains couloirs d’une étymologie incertaine, c’est chercher dans les mots des trésors introuvables. Monter et descendre, dans les mots même, c’est la vie du poète. Monter trop haut, descendre trop bas est permis au 4 poète qui joint le terrestre à l’aérien.Guy Lecerf veut voir dans la cellule des mots : il explore, monte de la cave au grenier, cherche les racines, tente de percer les mystères des origines, des sens, de leurs extensions et connotations. Il montre la vie des mots, entre passé, mémoire, souvenir, présent, nouveau sème et imagination. Il débusque l’origine duchromagrec, cette couleur-peau qui recouvre et traduit ainsi un concept ancien de la couleur comme fard, parure, travestissement de la réalité ; il établit les liens entre le latinviridisqualifiait la (qui végétation vigoureuse) etvirilis,vir, la vigueur, la virilité et masculinité, différent du greckhloros(qui qualifiait la
4 Bachelard,La Poétique de l’espace, 1957.
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végétation naissante), de nuance vert-jaune à jaune-vert, et fémininIl sait et démontre l’importance des mots de couleur, mais aussi la difficulté de la nomination, en prenant en particulier comme exemple leRépertoiredes couleursDauthenay dans sa tentative de dénommer les de nuances des fleurs, d’en «rendre» les nuances, pour les faire voir au plus près. La dénomination chromatique doit restituer la couleur dans ce qu’elle a de plus concret, la picturalité, mais aussi la rendre signifiante, en exprimer les connotations et la symbolique. Elle est image qui imite la réalité mais entraîne au delà, fictionnalise. Donner à voir une couleur avec les mots relève d’un défi au langage. Pour Maurice Blanchot, dansLa part du feu(1949), la couleur est comme « une incantation », le nom de la couleur rend les choses « présentes hors d’elles-mêmes, hors de leur re-présentation ». Et l’effet du « tiers 5 pictural » , lieu de l’oscillation entre subjectivité et objectivité, s’effectue dans l’après-coup de la nomination, de la lecture, comme dans l’après-coup du tableau, dans le souvenir coloré, où il y a fusion, image floue comme dans certaines peintures de Bonnard, Bacon, dans lesNymphéasde Monet, dansLumière et couleursde Turner, « lorsqu’il n’y a plus de lieu et que tout semble à refaire, au bord du chaos ». Comme dans le filmThe GardenDerek Jarman. Le de tiers pictural, cet entre-deux vibrant entre texte et image, activité qui se joue et s’actualise sur l’écran de l’œil intérieur du lecteur-spectateur, dans sacamera obscura.ces Dans « machines obscures » que nous sommes, joue la dynamique du tiers pictural, un mouvement, une énergie qui entraîne une perturbation, un surplus de sens et d’affect, une rêverie qui danse entre les deux, une impression. Après l’effacement et l’oubli, le langage permet la ré-création, dans cette « respiration poétique », « lorsqu’il n’y a plus de lieu et que tout semble à refaire, au bord du chaos ».
5 Liliane Louvel,Le tiers pictural, pour une critique intermédiale,2010.
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Un mot circule dans l’ombre Et gonfle les draperies  (Louis Émié) Quels sont ces mots qui gonflent les draperies et circulent dans l’ombre, ces fantômes créés par le langage, dans ces profondeurs oniriques atteintes lorsqu’on laisse aux mots le temps de rêver ? Ces mots qui, pour Bachelard, sont des « coquilles de parole » (La Poétique de la Rêverie,1971): comme l’enfant écoute la mer dans un coquillage, en écoutant certains mots, le poète, « rêveur de mots », entend les rumeurs d’un monde de songes. Donner à voir une couleur avec les mots relève d’un défi au langage. Et d’un défi à l’imaginaire, à la poésie. Nous avons dans la mémoire des microfilms qui ne peuvent être lus que s’ils reçoivent la lumière vive de l’imagination… Les songes, les pensées, les 6 souvenirs ne forment qu’un seul tissu. Avec Le coloris comme expérience poétiqueGuy Lecerf déplie la couleur pour nous la faire voir, ressentir, de la couleurla à coloration et aucoloris, de la matière colorée à ses mises en scène, de la sensation, à l’émotion, au subjectif, à l’expérience poétique. Annie Mollard-Desfour Linguiste, sémiologue CNRS / Universités Paris 13 Villetaneuse et Cergy-Pontoise
6 Bachelard,La Poétique de l’espace, 1957.
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