Images rupestres du Maroc

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Français
202 pages
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Description

Ce livre présente les aspects principaux de l'art rupestre marocain, depuis les images anthropomorphes, le plus souvent discrètes, jusqu'aux panoplies des âges des métaux, en passant par un bestiaire d'une richesse et d'une variété insoupçonnées. Privilégiant le sujet gravé plutôt que les aires rupestres, l'ouvrage s'appuie sur un panorama de 95 planches de dessins, regroupant plus de 900 images, pour présenter et analyser les thèmes.

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Date de parution 01 décembre 2016
Nombre de lectures 37
EAN13 9782140024603
Langue Français
Poids de l'ouvrage 30 Mo

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Images rupestres du Maroc
Étude thématique
Images rupestres du Maroc
Alain Rodrigue Images rupestres du Maroc Étude thématique
Du même auteur L'art rupestre du Haut Atlas marocain, L'Harmattan, 1999. Préhistoire du Maroc, La Croisée des Chemins, Rabat, 2002. Images gravées du Maroc. Analyse et typologie, Kalimat Babel, Rabat, 2006. Gravures rupestres de la province d'Es-Smara, Marsam, Rabat, 2008 (en collaboration avec A. Al Khatib et M. Ouachi). L'art rupestre du Maroc : les sites principaux. Des pasteursdu Dra aux métallurgistes de l'Atlas, L'Harmattan, 2009. La Seguia El Hamra. Contribution à l'étude de laPréhistoire du Sahara Occidental, L'Harmattan, 2011. © L’Harmattan, 2016 5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris http://www.harmattan.fr diffusion.harmattan@wanadoo.fr ISBN : 978-2-343-10420-1 EAN : 9782343104201
AVERTISSEMENT Ce livre reprend l'essentiel d'un texte ainsi que les illustrations d'un livre publié au Maroc par les éditions Kalimat Babel en 2006 (Dépôt légal 2522/2006, ISBN 9954-8741-0-0), sous le titre Images gravées du Maroc.Une distribution en France avait été prévue. Quelques mois après sa publication, ce livre connut le destin peu glorieux du piratage : il fut intégralement scanné et distribué dans tout le Maroc, au grand dam (et aux frais !) de l'éditeur et de l'auteur, qui perdaient ainsi tout espoir de voir se concrétiser au moins une de leurs attentes : distribuer le livre en France. L'opération frauduleuse, grandement facilitée par les prouesses de l'informatique et contre laquelle éditeur et auteur avaient bien peu de recours, pour ne pas dire aucun, a eu l'avantage, si l'on peut dire, de me faire reprendre le texte pour l'alimenter, le corriger, en un mot : le refondre. Les maladresses d'appels des figures dans le texte ont été corrigées. Le vocabulaire a été simplifié et, lorsque cela m'a semblé nécessaire, expliqué. Certaines assertions ont été actualisées. Les annexes ont été allégées, certaines d'entre elles étant jugées redondantes et peu utiles. Avec l'accord des Éditions Kalimat Babel, c'est donc un nouveau livre qui est proposé aujourd'hui, même si, dans ses grandes lignes, le texte ainsi que les problématiques qu'il pose, illustrés par des planches de dessins inchangées, restent les mêmes.
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AVANT-PROPOS L'étude des gravures et des peintures que nos lointains ancêtres ont effectuées sur les parois des profondes cavités, les surfaces protégées des auvents, les dalles rocheuses à l'air libre, cette étude est, depuis une vingtaine d'années, en pleine expansion. Partout, de la Mongolie à la Patagonie, de la Sibérie à l'Amérique du Sud, les chercheurs découvrent, sporadiquement, les traces de cette expression picturale très ancienne que l'on appelle « art rupestre », manifestation humble et émouvante d'un souci autre que celui de simplement survivre. Il n'est pas une revue qui ne fasse régulièrement état de la formidable et bouleversante découverte de gravures ou de peintures dans des zones où nul n'avait préjugé de leur existence. Ces découvertes, ainsi que les profondes remises en question qu'elles peuvent entraîner, lorsqu'elles chahutent des hypothèses aussi fragiles qu'éphémères, aussi bien au sein du monde des pariétalistes, des préhistoriens de l'art, que parmi le grand public, sont de plus en plus médiatisées. Les archéologues ne sauraient s'en plaindre : ils ne sont plus les doux rêveurs, vaguement explorateurs et coureurs de trésors, que le cinéma a complaisamment dépeints. Dans tous les cas, la vulgarisation des connaissances, dans le sens noble du terme, est fortement souhaitable. Mais la médiatisation, pas toujours bien canalisée ou maîtrisée, a aussi, parfois, de bien funestes conséquences : destructions, pillages, commerce illicite. Par ailleurs, l'intérêt grandissant pour les déserts, qu'il faut peut-être considérer comme un corollaire au désarroi du citadin moderne, mais peut-être aussi comme un appât bassement pécuniaire pour les trésors archéologiques que ces déserts contiennent, n'est pas allé au même rythme que les mesures prises par les organismes étatiques pour protéger et valoriser leur patrimoine. Ce que je viens de formuler quant à la répartition de l'expression rupestre dans le monde, de l'« image rupestre », puisque c'est le terme que je vais utiliser dans cet ouvrage, conduit, quoi qu'il en soit, à une première constatation : cette manifestation de l'intelligence et de l'habilité des hommes préhistoriques est universelle et non le privilège de quelque groupe humain, dans un quartier du monde bien localisé. L'image rupestre, cette pulsion qui a conduit des « artistes » à reproduire les mondes réels et imaginaires qui étaient les leurs, est apparue en plusieurs points du globe, sous des aspects et à des moments différents. Dans de vastes contrées et pendant des dizaines de siècles, l'art rupestre s'est résumé à de très discrètes incisions, plus ou moins répétitives, plus ou moins rythmées, sur des parois, des fragments d'os ou d'ivoire. Bien plus tard, l'expression rupestre a littéralement explosé en fresques polychromes
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monumentales. Des lieux célèbres viennent à l'esprit, ces « capitales » de la préhistoire qui jalonnent la zone franco-cantabrique. Les pariétalistes vont se pencher, avec la même sollicitude, sur des signes anarchiques et incompréhensibles qu'avec nos critères d'hommes modernes nous jugeons peu esthétiques, aussi bien que sur les peintures saisissantes de réalisme et qui font l'unanimité pour leur gigantisme, leur charge émotionnelle, leur mystère... Mais quelle que soit l'image, les préhistoriens de l'art sont mis en présence de thèmes appartenant aux mythes universaux des débuts du monde aussi bien que des expressions de comportements sacralisés et tout autant d'images qui relatent des évènements familiers et anecdotiques. Dans tous les cas, on doit se garder de donner aux différents aspects de l'expression rupestre préhistorique des gradations qualitatives ou émotionnelles qui ne peuvent être que subjectives : ce serait une erreur de considérer que les peintures des grottes de Dordogne seraient les premières et les seules qui pourraient se targuer de passer pour l'expression de comportements religieux, initiatiques ou chamaniques, selon les différentes hypothèses en vogue ou les convenances de chacun. Les pariétalistes d'expérience, sinon de renom, n'en sont plus là, heureusement. C'est avec une grande prudence, dont je me suis moi-même efforcé de faire preuve pendant mes années de recherches sur l'expression rupestre, qu'il faut aborder les images du Maroc. À la lecture d'un corpus, au détour d'un article paru dans une revue spécialisée, sur le terrain même, celui (ou celle) qui serait mis en présence de l'image rupestre marocaine serait immédiatement tenté par le jeu des comparaisons... et serait probablement déçu en confrontant cette image avec les gravures monumentales du Sahara Central ou les peintures polychromes de Dordogne. Très vite aussi, sous l'emprise d'un tropisme bien naturel, l'intérêt risquerait de se porter sur les gravures élégantes et parfois étranges, exécutées en grands traits polis, plutôt que sur les plages piquetées minuscules et répétitives au sujet desquelles l'observateur serait, de plus, tenté de réfuter toute éventuelle référence mythique ou sacrée. Voilà la raison même de mon avant-propos : l'image rupestre marocaine est... marocaine, si l'on veut bien me passer ce truisme élémentaire, en ce sens que cette expression rupestre est d'une totale originalité, même si elle demeure culturellement profondément maghrébine, saharienne, dans le choix des sujets traités. Cependant (et le lecteur le découvrira bien souvent), je serai amené à opérer des rapprochements stylistiques et thématiques non seulement avec les autres pays du Maghreb et le Sahara, mais aussi avec l'Europe. C'est bien là le très grand intérêt de l'image rupestre marocaine. Dans toute la zone sud-maghrébine qui a très probablement joué le rôle de refuge
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pour les pasteurs venus des pâturages perdus au cœur de ce qui devenait le plus grand désert du monde, les conditions géologiques, topographiques, hydrographiques du Maroc, constituent, en se conjuguant, une opportunité d'expression picturale d'exception. Le Sud marocain, et plus exactement la bande transatlasique étroite qui s'étend de Figuig à Assa, est certainement l'endroit du Maghreb qui a vu les derniers éléphants, les derniers rhinocéros, les dernières girafes ayant vécu sur la rive septentrionale de l'actuel désert du Sahara. Au nord de cette zone, les contreforts de l'Atlas sont quant à eux l'unique endroit du Maghreb qui puisse témoigner avec autant d'évidence de l'extraordinaire aventure de la métallurgie, directement importée d'Europe.
Mais tout a une fin : cédant peut-être le pas à l'écriture, peut-être bannie par de nouvelles mythologies aniconiques, la pratique de l'image rupestre disparaît. Pour les images qu'ils laissaient derrière eux, les graveurs et les peintres n'ont laissé aucune notice explicative, le sens de la plupart de leurs dessins restant à jamais crypté. Comme toutes les images rupestres du monde, les gravures et les peintures du Maroc sont des squelettes auxquels les préhistoriens de l'art tentent de redonner quelques chairs en les scrutant, les inventoriant, les classant... mais en continuant d'ignorer les raisons profondes de leur existence.
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