Le corps sensible

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Les auteurs interrogent les nouvelles réalités de l'art qui sont entrées dans la technologie des nouveaux médias, du numérique, tant dans les arts de la scène que dans l'art contemporain. L'homme auteur de sa vie présente est de plus en plus responsable face au monde. Il est devenu l'homme technologiquement modifiable dont les implants perturbent notre idée du corps biologique. L'art contemporain fait et défait l'idée du corps décoratif.

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Date de parution 01 mai 2013
Nombre de visites sur la page 43
EAN13 9782336665245
Langue Français

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LE CORPS SENSIBLE
Sous la direction de Steven Bernas
Le corps sensible
« Champs visuels » Collection dirigée par Pierre-Jean Benghozi, Raphaëlle Moine, Bruno Péquignot et Guillaume Soulez
Série : Théories de l’image / Images de la théorie Dirigée par Steven Bernas Dans les processus de création gisent les enjeux théoriques de la recherche plurielle en image. Quelles sont les formes modernes de la croyance en l'image et de quelle manière le cinéma, la photographie, l'art vidéo, travaillent sur les frontières de l'expérimentation et des mutations théoriques de l'image? Quels sont les registres de fluctuation, d'intervalle, de crise de la subjectivité dont sont victimes nos regards sur les mutations actuelles de l'image? La chair à l'image est alors un enjeu qui concerne notre lecture des changements de point de vue sur le corps du sujet et le corps de l'image. Déjà parus Jean-Claude LEMAGNY,Silence de la photographie, 2013 (à paraître) Catherine BOUKO et Steven BERNAS (sous la dir.),Corps et immersion, 2012. Lorraine ALEXANDRE,Les enjeux du portrait en art. Étude des rapports modèle, portraitiste, spectateur, 2011. Steven BERNAS et Jamil DAKHLIA (sous la dir.),Obscène, obscénités, 2008. Denis BARON,Corps et artifices, 2007 Estelle BAYON,Le cinéma obscène, 2007. Lilian SCHIAVI,Spectre-chair, 2006. Steven BERNAS et Jamil DAKHLIA (sous la dir.),La chair à l’image, 2006. Steven BERNAS,Les archaïsmes violents et l’image, 2006. Steven BERNAS,La croyance dans l’image, 2006.
Sous la direction de Steven Bernas
Le corps sensible
Colloque
© L’Harmattan, 2013 5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr ISBN : 978-2-343-00517-1 EAN : 9782343005171
Le corps sensible en question Steven Bernas Nous devons tout au corps Nous devons tout au corps. Nous lui devons nos pulsions, nos désirs, la pensée, notre équilibre chimique, la régularité des jours et de la vie. Nous dépendons de la matière qui permet à l’esprit de se croire si brillant et si puissant. Sans le corps, l’esprit n’est rien. Sans le sensible, l’art ne repose sur rien. Et la philosophie de l’art dépend du sensible et du sensoriel comme l’homme de l’oxygène. L’intellectualisme et l’abstraction figent l’intelligibilité du sensible dans des discours souvent inaccessibles qui méprisent les sens, l’éprouvé, le vécu et le vivant de l’expérience. La pensée est capable de gifler les sens, de nier les perceptions avec la violence de la certitude et de la vérité autoproclamée. Les activités sensorielles du corps sont souvent coupées de l’expérience mentale individuelle. Les idéologies que nous adoptons rejettent nos perceptions plus souvent qu’à notre tour. Or les perceptions sont souvent plus précises et plus vraies que la doxa que nous adoptons par confort. Si le sensible est ce qui peut être perçu par les sens, ces derniers sont souvent trahis par la volonté de nous rassurer sur nos peurs des perceptions, sur leur soi-disant infidélité singulière. Avons-nous peur du vertige des sens ? Nous préférons croire notre peur plus que ce que nous percevons, tant l’évidence nous apparaît trompeuse. C’est alors que nous parlons des sens trompeurs et que nous ne pouvons pas en croire nos yeux par a priori. Nous avons peur de nos émotions et de nos perceptions plutôt que d’atteindre les vérités qui nous aideront à vivre pleinement nos sens. Par conformisme, nous asphyxions le sensible en nous. Pour ne pas être atteints par l’autre qui souffre, nous éliminons l’effet des
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émotions et de l’empathie sur notre réception. Le monde n’est pas reçu en nous. Il en est exclu pour nous protéger de nos réceptions. Nous nous méfions de nos sensations Nous nous méfions du sensible, de la sensation, du perçu. Nous nous rassurons sur le réel. Le sensible est ce qui apparaît égal par nos cinq sens dans l’indistinction du travail du perçu et du perceptible. Mais notre approche trop souvent abstraite agit dans l’ignorance de ce qui caractérise la singularité de nos sens. Dans le domaine du sensible nous vivons sur un acquis, une idéologie de l’inné. De toute évidence nous sentons l’immédiat, le proche sauf quand nous fumons, respirons la pollution, l’air confiné. Alors pourquoi se poser des questions ? Nous croyons sentir et connaître le corps et nous l’instrumentalisons au mépris des règles les plus élémentaires de l’hygiène et du respect du corps. La surdité aux appels et aux signaux des sens est parfois extravagante. Écouter son corps est si absurde pour la raison que notre culture rend le corps insensible à lui-même. Pour nous, le corps n’est pas digne de notre hauteur de vue, tant notre esprit est supérieur en tout à la chair périssable qu’est la vie humaine. Écouter la sensation qui donne au vivant toute sa saveur n’a pas de sens pour notre époque tant la soumission au convenu est forte. L’idée du corps machine est devenue la projection culturelle la plus néfaste qui soit du corps outil, du corps annexe, du corps machine. Ce modèle machinal ne permet pas de comprendre le corps, il l’anesthésie, il efface l’appréhension des sensations premières. Il fait de la vie un instrument de l’esprit qui s’installe dans un corps le temps d’une vie machinale. Une telle culture de l’instrumentalisation corporelle fait de notre être un corps rendu aveugle à ce qui l’entoure. Certains artistes ont même préféré chercher dans le corps une machine modifiée et modifiable moderne. La déception vis-à-vis du corps tel qu’il est était si grande que l’homme de la fin du vingtième siècle a voulu un corps nouveau post-moderne.
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Dès lors, la rationalité de l’esprit n’atteint pas l’inconscient corporel. Il le néglige et l’affecte avec son ignorance de la vie charnelle, émotionnelle, sensorielle et affective. L’état du corps révèle beaucoup l’état de notre esprit. L’équilibre n’est jamais atteint par un corps à ce point formaté pour des idéaux sportifs, performants, utilitaires et sans satisfaction pour le corps lui-même, tant l’excès en tout a remplacé le rythme de la respiration et du respect de soi. Autrui n’est pas appréhendé comme corps, il est un outil dans nos fantasmes de toute-puissance. Unifier le corps et l’inconscient du sujet Unifier la personne entre son inconscient et le corps percevant est la meilleure idée qui soit venue à l’homme postfreudien, même si elle paraît irrecevable à bon nombre d’esprits, tant nous méprisons ce qui vient du non su qu’est le corps qui nous parle sans aucun mot. Ecouter la sensation signifie recevoir la vie. Unifier la personne par le non su du corps est le plus difficile pour l’esprit prisonnier entre sa vérité abstraite du corps idéal et ses compromis avec son vécu socialisé. Au nom d’une sensation immédiate, nous percevons ce que le corps ressent et perçoit de manière presque autonome. Le corps perçoit ce que notre esprit ne perçoit plus et n’entend plus. Le corps sentant est le premier informateur de notre vécu sensoriel et émotionnel. Notre culture a tendance à recouvrir les sens par du discours qui étouffe toute velléité, tout sursaut de conscience à l’égard du corps et de la représentation de soi. Comme l’image, nos sens sont muets. La parole tétanise parfois ce que nous sentons avec le corps. Le corps physique diffère de la construction culturelle du corps socialisé. Le corps et l’image de soi sont deux instances séparées arbitrairement et sont même devenus antithétiques dans certains discours. L’image de soi, si essentielle au sujet est devenue le lieu de tous les conflits psychiques de la modernité au lieu d’être un espace d’affirmation.
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