Mes chères études

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Description

Laura, 19 ans, simple étudiante en première année d'université, veut réussir ses études à tout prix. Malgré un job alimentaire, elle n'arrive pas à subvenir à ses besoins et tombe dans une précarité financière telle, qu'un soir de désespoir, à court de solutions, elle s'aventure à répondre à une annonce trouvée sur Internet. Joe, 57 ans, recherche étudiante pour moments tendres. Cent euros de l'heure. Une fois pas plus, se promet-elle. Trois jours plus tard, Laura est dans une chambre d'hôtel avec Joe. Et c'est le début de l'engrenage. L'exaltation d'un argent si « facilement » gagné. Oublier les sensations détestables et ne se rappeler que l'enveloppe remplie d'argent. Dès le deuxième client, Laura, jeune étudiante meurtrie dans sa chair, mais déjà prostituée, veut arrêter. Y parviendra-t-elle ?

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Ajouté le 15 octobre 2013
Nombre de lectures 58
EAN13 9791022000000
Langue Français
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MES CHÈRES
ÉTUDES
Scénario : Emmanuelle Bercot
Réalisation : Emmanuelle Bercot
Version : 20 avril 2009
© Presses Electroniques de France, 2013Nota Bene
Ceci est un scénario de fiction, inspiré d’une histoire vraie, dont a témoigné une jeune
étudiante, Laura.D, dans un livre Mes chères études.
Par volonté de dépasser le simple cadre de la fiction, de courtes séquences de
témoignages réels, d’étudiantes ayant été amenées à se prostituer, viendront parfois
s’intercaler entre les scènes de fiction dédiées à suivre le trajet de Laura.D.
La place et le contenu de ces témoignages ne sont pas préétablis et ne figurent donc
pas dans le scénario. Cependant, le lecteur peut, à sa guise, avoir en tête ce dispositif.1. INT.JOUR - SALLE DE BAINS
En pré générique:
Une jeune fille, 18 ans, dans une salle de bain. Son corps.
Elle est à demi nue. Juste un soutien gorge élimé sur les seins, des bas jusqu’au
milieu de ses cuisses, un jean et une culotte tire-bouchonnés autour d’une cheville.
À cheval au-dessus de la baignoire, pour ne pas mouiller ses bas, elle tient une
pomme de douche retournée vers son sexe, y dirigeant un jet d’eau puissant.
Ça lui éclabousse le visage et les cheveux.
Elle s’éjecte de la baignoire et dans des gestes précipités, fébriles, elle se sèche l’entre
jambe avec un séchoir à cheveux, en même temps qu’elle fouille dans un petit tiroir où
elle attrape un préservatif, puis un deuxième.
Accroupie elle les met dans son sac à main, posé au sol.
Précipitamment, elle enfile son jean.
De la poche arrière, tombe une carte d’étudiante, qu’elle ramasse, qu’elle ouvre et
qu’elle regarde avec satisfaction.
On découvre son identité : Laura Delmas.
Son corps, filmé par fragments, ses cheveux tombant sur sa figure, on n’a pas encore
vu son visage.
VOIX OFF
Je voulais réussir mes études. À tout prix.2. INT.JOUR - AMPHI FAC
Sur le générique,
Gros plan d’une jeune fille, prenant en note un cours magistral sur la poésie espagnole.
Son stylo court sur sa feuille. Puis ralentit. Son autre main serre son ventre.
Elle relève le visage, l’air mal-en-point, mais entêtée à suivre le cours.
On est dans le grand amphi d’une Université.
PROF
( O F F )
Dans une phrase comme : « Elle ressent les effets d'une blessure infiniment
savoureuse, sans déceler toutefois comment elle fut blessée, ni par qui. Elle
reconnaît bien que c'est une chose précieuse et voudrait ne jamais guérir de
cette blessure ».
Face à lui, dans les gradins, une multitude de visages d’étudiants.
PROF
La poésie de la dévotion, en tout cas chez Thérèse d’Avila…
VOIX OFF LAURA
J’avais pas de bourse parce que mes parents, ils étaient dans la mauvaise
fourchette. Pas assez riches. Mais pas assez pauvres.
Soudain, au milieu d’un rang, la silhouette d’une étudiante qui, cherchant à sortir de sa
rangée, s’écroule par terre.
On se précipite autour d’elle. Le prof accourt.
La jeune fille est allongée sur le sol. Évanouie. Petit oiseau tombé de son nid.
Une autre étudiante, Fanny, aux vêtements très colorés, s’adresse au prof, agenouillé
auprès de l’élève.
FANNY
Laura. Laura Delmas.
Laura revient à elle.3. VIGNETTE – CAISSE ENREGISTREUSE
En images virtuelles, une succession de chiffres, comme sur le cadran d’une caisse
enregistreuse avec des effets sonores distincts, selon qu’il s’agit de débit ou de crédit.
EDF - 67 / Débit bancaire - 370 / Loyer - 300 / Impôts locaux - 52 / Salaire +
400 / Livres fac - 65 / Nourriture 0
Le total clignote : - 4014. INT.JOUR - BUREAU DU C.R.O.U.S
Laura est dans un petit bureau administratif, face à une assistante sociale.
ASSISTANTE SOCIALE
Oui, mais vous me dites que vous ne pouvez pas payer les 15 euros par
semaine pour les tickets repas du CROUS… Ce n’est que trois euros le
repas, notez, on peut difficilement faire moins…
LAURA
Ben ça fait 60 par mois. Je les trouve où ?
ASSISTANTE SOCIALE
Bon donc, la dernière solution, c’est d’attaquer vos parents en justice, ça se
fait hein... Ils se doivent, légalement, de subvenir à vos besoins… Vous êtes
dans votre droit. Et là, il y va de votre santé, hein…
LAURA
Ah d’accord, j’en suis là ?... Mon père il est maçon, ma mère elle est
infirmière, c’est pas qu’ils veulent pas, c’est qu’ils peuvent pas.
ASSISTANTE SOCIALE
Ben oui, mais vous ne voulez pas non plus entendre parler des restos du
cœur, alors…
Laura avale sa salive.
ASSISTANTE SOCIALE
Moi j’ai pas de solution miracle…
Laura se lève, reprend ses papiers.
LAURA
J’ai l’air trop bien portante ou quoi ? C’est mes grosses joues, c’est ça ?
ASSISTANTE SOCIALE
Ohhh ! ! ! Non mais vous avez pas quelqu’un, un petit ami, qui pourrait vous
aider ? Remplir un peu le frigidaire…5. INT.NUIT - APPART MANU/LAURA
Un petit deux pièces. Le minimum de confort. Quelques petites touches hispanisantes.
Laura est devant le frigidaire vide de sa cuisine. Manifestement, elle a pleuré.
En hauteur, les placards sont ouverts : deux espaces distincts. L’un qui abrite quelques
boîtes de conserve et pâtes, l’autre complètement vide, juste un vieux pot de Nutella
sur une des étagères.
VOIX OFF LAURA
Mon petit ami ?...
Bruit de la porte d’entrée, off.
Manu, une vingtaine d’années, l’allure nonchalante, les yeux rougis du fumeur de
joints, entre. Il est beau comme un dieu.
MANU
T’es pas en train de réviser, toi ?
Laura désigne les placards de la cuisine.
LAURA
Pourquoi t’as fait ça ?
MANU
Parce que j’en ai marre que tu te reposes sur moi en permanence.
Manu parle calmement, regardant Laura dans les yeux. Il part au salon.
VOIX OFF LAURA
… C’est depuis que je vivais avec lui que j’étais dans cette merde... Avant,
j’arrivais à m’en sortir !
Laura rejoint Manu au salon.
LAURA
T’en as marre que je me repose sur toi, c’est ça que t’as dit ?
MANU
Ben ouais…
En furie, elle hurle et les larmes reviennent.
LAURA
J’ai rendu mon abonnement de téléphone pour pouvoir faire tes putains de
courses, alors que tu vides le frigo avec tes copains pendant que moi je
bosse. Et les 300 euros que je te file pour le loyer, tu t’achètes du shit et des
fringues avec, parce que c’est ta mère qui te le paye le loyer, tu crois que je
le sais pas ? !
Manu retourne à la cuisine, elle le suit.Il fouille du côté le plus rempli des placards.
MANU
Écoute Laura, j’ai pas de comptes à te rendre sur comment je dépense ma
tune. Et l’argent que tu me files pour le loyer c’est le mien, puisque tu me le
dois. Qu’est-ce qui te prend là ? On était d’accord quand t’es venue habiter
ici que tu partageais les frais ? Fais pas chier !
LAURA
Oui, mais après tu m’as demandé la moitié du loyer et ça c’était pas prévu
au départ…
MANU
Ben ouais mais normal, tu vis là, tu partages, non ?
Manu mange un Twix. Il désigne les placards.
MANU
Comme ça on se prendra plus la tête. Chacun fait ses courses. Chacun a
son placard. Y’a plus d’embrouilles. On n’aime pas les mêmes choses de
toute façon.
Laura se retient de pleurer.
MANU
Tu t’en sors pas ?
Félin, il s’approche, lui enlève tendrement la mèche de cheveux qu’elle a en travers du
visage.
MANU
Hein, bébé ?
LAURA
Je vais chercher un deuxième boulot. Je vais prendre un deuxième boulot.
Tant pis.
Il lui fait un bisou sur la joue.
MANU
(Gentiment)
Ben oui, prends un deuxième taf, si tu t’en sors pas…
Le ventre de Laura gargouille.
MANU
(Riant)
T’as faim ?... C’est con, ton placard est vide…
Manu s’approche tout près de Laura, tendant le bout de Twix qui dépasse de sa
bouche vers la sienne.
Laura mord dans le bout de Twix, leurs lèvres se touchent.
Ils se sourient et s’embrassent à pleine bouche.VOIX OFF LAURA
Manu, il avait beau être le pire radin de la terre, j’y pouvais rien, je l’aimais
comme une folle.6. INT.NUIT - CHAMBRE MANU/LAURA
Les vêtements enlevés à la hâte traînent par terre. Manu et Laura, tous deux en t-shirt,
lui encore avec ses chaussettes, font l’amour en travers du lit, matelas posé au sol.
Il est au-dessus d’elle. Il va et vient péniblement, s’arrête.
LAURA
Tu bandes pas assez. T’es trop stone.
MANU
Aide-moi…
Laura descend sa main et commence à caresser le sexe de Manu. Un peu
mécaniquement. Pas très sensuellement. Maladroitement.
MANU
Plus fort. Serre plus fort.
La lumière se coupe, dans la chambre et dans le salon.
Manu se dresse.
Laura est assise dans le lit, piteuse.
On entend off Manu manier le disjoncteur.
MANU
( O F F )
T’as pas payé l’EDF ?
LAURA
Si…
Il revient dans la chambre, furax.
MANU
C’est quoi alors ? T’as pas payé…
LAURA
Non.
Il rentre dans le lit et s’enroule brutalement dans la couette, tournant le dos à Laura. Il
se met en position de sommeil.
LAURA
J’irai payer demain.
MANU
Avec quoi ?
Il tire un coup sec sur la couette.7. INT.NUIT - CHAMBRE MANU/LAURA
En plein écran, en sur-impression sur le visage de Laura, ou encore en split-screen,
montage cut, inserts d’une série de mots sur un écran d’ordinateur:
Aides à la personne.
Services ménagers.
Heures de ménage, repassage, nourrir le chat.
Voiture nécessaire.
Vendeuse en boulangerie. 20h/semaine.
Jobs étudiants.
Libre le soir et la nuit.
En bas d’une page qui défile, une fenêtre : réservée aux plus de 18 ans.
On passe dessus puis on y revient.
Le visage de Laura hypnotisé.
Ses yeux affolés, puis intrigués.
Sa main qui s’active frénétiquement sur la souris, défilant, cliquant.
À l’écran, on peut lire ces mots (en montage cut ou en surimpression sur le visage de
Laura) : Jeune homme 50 ans. Massages. Très bonne rémunération.
Moments tendres. Étudiantes bienvenues.
La bouche entrouverte, les yeux comme des soucoupes, elle paraît en apnée.
VOIX OFF LAURA
Dans toute vie, il y a une nuit où on mûrit trop vite, où rien ne sera plus
jamais comme avant.
Elle tourne son visage vers Manu, qui dort à quelques mètres d’elle.
Une couverture enroulée autour de ses épaules, assise dans un coin de la chambre,
on la découvre devant l’ordinateur portable qui marche sur batterie, sans doute
connecté sur le wifi d’un voisin.
Face à l’écran, Laura est en ébullition.
VOIX OFF LAURA
Ne pas penser, Laura, tape juste ces foutus messages et tu sortiras de la
merde dans laquelle tu es. C’est la seule solution et tu le sais.Les doigts de Laura qui tapent, tapent sur le clavier, à toute vitesse.
Ses yeux fiévreux qui suivent le texte sur l’écran.
Jeune fille étudiante, 19 ans, fortement intéressée.
(Elle efface « fortement intéressée ». Le réécrit aussitôt)
Voudrait avoir des précisions. Merci.
Des clics successifs sur Envoyer, de sa boîte mail.
VOIX OFF LAURA
Dans ma folie, j’ai envoyé une quarantaine de réponses. Sans prendre le
temps de réfléchir, pour ne pas imaginer le monde dans lequel je
m’aventurais. Et en cinq minutes, je suis tombée.
Laura reste interdite un moment, la bouche ouverte, hallucinée.8. INT.NUIT - CUISINE
VOIX OFF LAURA
Le premier message, on s’en souvient toujours. Pour moi ça a été Joe, un
surnom bizarre.
(Sur l’écran de l’ordinateur, on y lit un message)
Laura… j’aime ce prénom. Bon point !
Moi c’est Joe. J’ai la cinquantaine, mais j’ai l’allure très jeune. Je suis prof
d’EPS, bien conservé, j’aime la jeunesse, je suis champion du département
en tir à l’arc, mais si on se rencontre, je ne vous ferai aucun mal c’est
promis… Je plaisante.
On découvre Laura transie de froid ou de fébrilité, assise sur le petit tabouret de la
cuisine cette fois, faisant face à l’ordinateur posé sur la petite table.
VOIX OFF LAURA
Tout le monde manque de quelque chose. Moi d’argent. Lui se plaignait de
la routine dans son couple. Il voulait joindre l’utile à l’agréable… Il voulait
m’aider.
(Sur l’écran, la fin du message)
J’aimerais aider des étudiantes en contrepartie de moments tendres.
Êtes-vous intéressée ? J’attends votre réponse très impatiemment.
Joe.
(Elle lit bouche bée, le souffle suspendu)
(Elle tape)
Tendres, comment ?
La flèche sur l’écran va sur envoyer. Le mail s’envole.
En montage cut, les mots suivants:
Tendres comme tu voudras.
Des caresses.
Des massages.
Ta peau douce. Mes mains expertes.
De la tendresse avant tout.
(Laura lit ces mots avec avidité)
(Elle se mord les lèvres. Elle répond)
Mais ce n’est pas « sexuel » ?
Je n’ai pas de formation de masseuse …
(Laura passe par une série d’émotions. On ne quitte pas son visage. Sa
respiration se fait plus sonore)(Elle fixe une photo de Joe affichée à l’écran, avec ces mots)
Je m’occupe de tout. Laisse-toi faire.
Tu n’as rien à craindre. Je t’expliquerai. Je t’apprendrai. Je suis un
gentleman. Ma photo, pour te le prouver. Ça s’arrêtera quand tu voudras. Le
sexe ce n’est pas l’essentiel.
VOIX OFF LAURA
Cent euros, pour une heure ! On s’était donné rendez-vous trois jours plus
tard, dans un hôtel. J’avais trois jours pour trouver une autre solution.
Laura est devant son placard vide. Elle prend le pot de Nutella.
Le regard dans le vide, comme absorbée très loin dans ses pensées, elle lèche la
dernière cuillerée de Nutella jusqu’au fer de la cuillère.9. INT.JOUR - PAVILLON PARENTS
Laura est face à sa mère, dans la cuisine du petit pavillon familial.
La mère, la main devant sa bouche, tient un papier bancaire.
LA MÈRE
Je dirai rien à Papa. Déjà qu’il te pardonne pas… s’il apprend ça, il va se
dire que sa fille est une clocharde… Et ça… !
VOIX OFF LAURA
Être interdit bancaire, ça avait été la hantise de mon père toute sa vie,
maintenant c’était la mienne. Tout mais pas ça.
LAURA
Ah non pleure pas, Maman. C’est pas grave. Je vais me débrouiller. Il me
reste trois jours.
La mère acquiesce en ravalant ses larmes.
LAURA
Je vais me débrouiller. Je vais demander à Manu.
LA MÈRE
Manu ? Pfff !
(Silence)
Comment te tirer de là ?... Avec Papa qui a perdu son chantier, J’ai même
pas pu encore rembourser tonton Jacky des 404 euros 60.
LAURA
C’est Tonton Jacky qui avait payé l’inscription de la fac ?
LA MÈRE
Ben… oui.
LAURA
Pense plus à ça, Maman. Je vais trouver la solution. Y’a toujours une
solution.
LA MÈRE
Non pas toujours.
LAURA
Mais si.