Scènes de la vie familiale

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Ingmar Bergman a toujours filmé le sujet humain dans toutes ses complexités : que ce soit l'affrontement conjugal, l'incertitude face à Dieu ou le rôle de l'artiste dans le monde qui l'entoure. Mais qu'en est-il de la filiation ? Comment met-il en scène la relation parent-enfant ? À partir de plusieurs analyses filmiques, ce livre entend révéler la particularité et les spécificités de cette relation dans l'oeuvre de Bergman.

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Date de parution 01 juillet 2017
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EAN13 9782140040788
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0005 €. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

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Raphaël Yung Mariano
Scènes de la vie familiale
Ingmar Bergman
Scènes de la vie familiale
Ingmar Bergman a toujours filmé le sujet humain dans toutes ses
complexités : que ce soit l’afrontement conjugal, l’incertitude face à Dieu
ou le rôle de l’artiste dans le monde qui l’entoure… Ingmar Bergman
Mais qu’en est-il de la fliation ? Si les liens confictuels qu’avait Bergman
avec son père pasteur sont connus et font partie du mythe du cinéaste,
comment met-il en scène la relation parent-enfant ?
De manière paradoxale, peu de flms traitent frontalement de la question -
parmi eux, Sonate d’automne (1978), Fanny & Alexandre (1982) et
Sarabande (2003). À partir de plusieurs analyses flmiques, ce livre entend
révéler la particularité et les spécifcités de cette relation dans l’œuvre de
Bergman. On interrogera ces scènes de la vie familiale au gré d’un nouage
de deux approches, l’une esthétique, l’autre psychanalytique, en vue de
réféchir aux problèmes de l’image en général.
Raphaël Yung Mariano est doctorant à l’Université Paris 8. Après des
études en esthétique du cinéma, il travaille actuellement au sein du
laboratoire AIAC (Arts des images & Art Contemporain) sur la relation
entre identité et images. Il est membre de RETINA.International.
Préface de Murielle Gagnebin
En couverture : Fanny & Alexandre, 1982, un flm de Ingmar
Bergman ; production : Gaumont, Svenska Filminstitutte,
Personaflm, Sveriges TV 1.
ISBN : 978-2-343-12476-6
14 e
Scènes de la vie familiale Raphaël Yung Mariano
Collection Eidos
Série RETINA











Scènes de la vie familiale
Ingmar Bergman












ème Ce livre est le 104 livre de la

dirigée par
François Soulages & Michel Costantini

Comité scientifique international de lecture
Argentine (Silvia Solas, Univ. de La Plata), Brésil (Alberto Olivieri, Univ. Fédérale
de Bahia), Bulgarie (Ivaylo Ditchev, Univ. de Sofia St Clément d’Ohrid), Chili
(Rodrigo Zuniga, Univ. du Chile, Santiago), Corée du Sud (Jin-Eun Seo, Daegu Arts
University, Séoul), Espagne (Pilar Garcia, Univ. Sevilla), France (Michel Costantini
& François Soulages, Univ. Paris 8), Géorgie (Marine Vekua, Univ. de Tbilissi),
Grèce (Panayotis Papadimitropoulos, Univ. d’Ioanina), Japon (Kenji Kitamaya,
Univ. Seijo, Tokyo), Hongrie (Anikó Ádam, Univ. Pázmány Péter, Egyetem), Russie
(Tamara Gella, Univ. d’Orel), Slovaquie (Radovan Gura, Univ. Matej Bel, Banská
Bystrica), Taïwan (Stéphanie Tsai, Unv. Centrale de Taiwan, Taipei)

Série RETINA
3 François Soulages (dir.), La ville & les arts
11 Michel Gironde (dir.), Les mémoires de la violence
13 Eric Bonnet (dir.), Le Voyage créateur
14 Eric Bonnet (dir.), Esthétiques de l’écran. Lieux de l’image
17 Manuela de Barros, Duchamp & Malevitch. Art & Théories du langage
18 Bernard Lamizet, L'œil qui lit. Introduction à la sémiotique de l'image
30 François Soulages & Pascal Bonafoux (dir.), Portrait anonyme
31 Julien Verhaeghe, Art & flux. Une esthétique du contemporain
35 Pascal Martin & François Soulages (dir.), Les frontières du flou
36 Pascal Martin & François Soulages (dir.), Les frontières du flou au cinéma
37 Gezim Qendro, Le surréalisme socialiste. L’autopsie de l’utopie
38 Nathalie Reymond À propos de quelques peintures et d’une sculpture
39 Guy Lecerf, Le coloris comme expérience poétique
40 Marie-Luce Liberge, Images & violences de l'histoire
41 Pascal Bonafoux, Autoportrait. Or tout paraît
42 Kenji Kitayama, L'art, excès & frontières
43 Françoise Py (dir.), Du maniérismeà l’art post-moderne
44 Bertrand Naivin, Roy Lichtenstein, De la tête moderne au profil Facebook
48 Marc Veyrat, La Société i Matériel. De l’information comme matériau artistique, 1
49 Dominique Chateau, Théorie de la fiction. Mondes possibles et logique narrative
51 Patrick Nardin, Effacer, Défaire, Dérégler... entre peinture, vidéo, cinéma
e55 Françoise Py (dir.), Métamorphoses allemandes & avant-gardes au XX siècle
56 François Soulages & Sandrine Le Corre (dir.), Les frontières des écrans
60 François Soulages & Aniko Adam (dir.), Les frontières des rêves
61 M. Rinn & N. Narváez Bruneau (dir.), L’Afrique en images.
62 Michel Godefroy, Chirurgie esthétique & frontières de l’identité
63 Thierry Tremblay, Frontières du sujet. Une esthétique du déclin

Suite des livres publiés dans la Collection Eidos à la fin du livre

Publié avec le concours de






Raphaël Yung Mariano





Scènes de la vie familiale
Ingmar Bergman



Préface de Murielle Gagnebin











































































































Secrétariat de rédaction : Pauline Renié






© L’Harmattan, 2017
5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris

http://www.editions-harmattan.fr

ISBN : 978-2-343-12476-6
EAN : 9782343124766







Remerciements

Je remercie
François Soulages, à qui je dois l’édition de ce livre ;
Murielle Gagnebin, pour avoir cru en mes capacités,
pour son aide et son exigence ;
Catherine Magistry et Alain Letoulat (†) pour m’avoir
fait découvrir Bergman ;
ma famille et Alexandra pour la présence et le soutien.











Préface

Yung Mariano & la forme sonate


Quelle n’a pas été ma joie lorsque Raphaël Yung
Mariano m’a proposé de rédiger cette préface ! C’était un
beau cadeau.
En premier lieu, j’aimerais saluer son regard
pénétrant. Tout d’abord, parce qu’il est chargé d’une
émotion plastique absolument sincère. De plus, Yung
Mariano va chercher à même la « matière » filmique ses
rimes chromatiques, ses figures cinématographiques : la
diversité des angles de vue, des plongées et des
contreplongées, des inserts, des très gros plans, du montage, bref
tous les ressorts du cinéma. Ensuite, parce que sa
perspicacité permet d’élaborer une esthétique
psychanalytique dans le monde clos, voire étouffant,
sombre, sinon tragique de Bergman, monde paradoxal où la
mort et l’art se fécondent réciproquement. « Et si la seule
issue était l’art » se demande dès le début Raphaël Yung
Mariano ?
Il construit ainsi ses micro-lectures à travers trois
chefs-d’œuvre : Sarabande, Sonate d’automne, Fanny &
Alexandre. Et adopte pour écriture la forme sonate. C’est
dire qu’énoncés des conflits, réitérations des thèmes,
variations des détails, répétitions des mots, des verbes ont
une fonction épistémologique et musicale. Musicalité, toute
à l’écoute des pièces de Bach utilisées par Bergman, tantôt
7 lorsque des personnages jouent du piano, tantôt comme
mesure extra-diégétique ; épistémè où les grandes structures
de la psychanalyse sont étudiées à même la poïétique et les
formes du cinéma. Manquements psychiques, crocs de
l’absence, de la solitude, dépression, tiercéité, régression,
vacillements identitaires, dépersonnalisations, désirs
incestuels, expériences de deuil, mélancolie, ludisme, appel
à la sublimation, chacune de ces structures apparaît au gré
des nouages dévoilés par Yung Mariano, toujours
ingénieux. Elles progressent suivant les films et se font
écho, dessinant une cartographie qui vient faire taire les
douleurs et les mutilations psychiques. Au terme de cette
enquête subtile, une fois les mises en scène de Bergman
repérées, un nouveau départ vers l’imagination créatrice est
suggéré.
Mais auparavant, désirs de meurtre : parricides,
matricides, suicides ont été traqués, cependant que Yung
Mariano a soin de démonter leurs enjeux pulsionnels, ne se
fiant qu’à la force des espaces revendiqués par Bergman.
Ceux-ci, venant contre-investir des situations pénibles,
mortifères, ébauchent une architectonique des couleurs et
des valeurs, des fragments de corps et des détails propices,
devant l’œil futé de Yung Mariano, à être le prélude aux
retours divers et madrés du refoulé. Le tout conduisant à
l’appel vers quelque sublimation, sublimation toujours
jumelée à une reviviscence de l’énergie vitale, indispensable
à la magie de l’acte créateur.
Repérage des pulsions, des manifestations
défensives, des retours inlassables d’un refoulé primitif, on
a là l’exercice d’une méthode que j’ai jadis inventée,
véritable chemin menant au vœu inconscient de l’œuvre.
Cette voie analytique permettant l’accès au cœur
silencieux de l’œuvre est proche, on le constatera, de la
structure du symptôme. Toutefois, en art, le symptôme n’a
pas sa place, puisqu’il vient à se résoudre de façon
économique et dynamique. Structurée comme un symptôme,
l’œuvre, mise en pièce ici par l’auteur, dévoile in fine sa
puissance.
8 Des théoriciens servent à Raphaël Yung Mariano
de piliers pour frayer son questionnement sur les relations
intimes au noyau des familles : S. Freud, D.W. Winnicott,
M. de M’Uzan, P. Fédida, J. Laplanche, A. Anzieu, W.
Bion, A. Le Guen, J-C. Arfouilloux, L. Laufer, D. Brun et
encore d’autres.
Désir de voir autrement, remise en marche de la
parole, victoire sur l’informe, sur la nuit, valorisation des
lieux de passage, des seuils : les clés de l’acte sublimatoire se
donnent, une à une.
Le « devenir-adulte » si implacable proposé par
Bergman rencontre ici la pensée philosophique de Raphaël
Yung Mariano au travers de trois concours du combattant,
épuisant certes, même si toujours soucieux de l’infantile
créateur, caché au fond des cœurs. Le désir d’image s’ouvre
là, pleinement.

Murielle Gagnebin

Professeur émérite à la Sorbonne Nouvelle
Psychanalyste,
Membre titulaire de la Société psychanalytique de Paris

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Introduction


Ingmar Bergman compte parmi les grandes figures
du cinéma de la modernité, mais aussi de toute l’histoire du
septième art. Il aborde des thèmes universels – l’art, la
mort, le couple – mais sa mise en scène particulière fait de
lui un des rares à avoir trouvé un langage
cinématographique qui lui est propre. On connaît
également son enfance difficile avec des parents
autoritaires, et notamment un père pasteur. L’image de
l’enfant qui, enfermé dans le placard, développe toute son
imagination grâce à une lanterne magique, constitue une
fable importante de l’artiste. Si la relation conflictuelle avec
ses parents est connue – toutes les notices sur Bergman
commencent par cette indication – qu’en est-il de sa
représentation dans ses œuvres ?
De manière paradoxale, peu de films traitent
principalement de la relation parent-enfant dans la
filmographie du cinéaste. Denis Marion parle d’un « fait
1surprenant » et, en effet, on peut compter seulement trois
ou quatre films ayant pour thème principal ce sujet. Il est
intéressant de noter que parmi ces films, il y a Fanny &
Alexandre – annoncé en 1982 « comme son dernier film
pour le cinéma » –, et Sarabande, véritable dernière œuvre de
Bergman, quelques années avant sa mort. Traiter la

1 Denis Marion, Ingmar Bergman, Paris, Gallimard, 1979, p. 82.
11 question familiale dans ces deux « dernières » œuvres n’est
pas dû au hasard, et c’est in fine ce que je souhaiterais
interroger ici. Mais avant d’aborder la place particulière de
cette relation dans l’œuvre en entier, il faut, tout d’abord,
étudier les films au cas par cas. Comment Bergman met en
scène la famille ? De quelle manière est filmée la relation
parent-enfant ?
Bergman a toujours choisi de traiter un parent à la
fois. Soit le père est absent, soit c’est la mère. Pour chaque
film, il choisit de faire reposer la faute sur une seule figure
parentale. Par conséquent, c’est bien l’analyse de l’ensemble
des films abordant la question qui nous permettra de
comprendre la conception globale de Bergman sur la
relation parent-enfant. Pourquoi Bergman choisit-il de
mettre en scène un seul parent ? Quelles sont les
conséquences de cette absence ? Quel rôle doit avoir le
parent présent ? Quelles solutions propose Bergman face à
la carence d’une figure parentale ?
Nous l’avons vu, les films ne sont pas si nombreux,
alors comment traiter ce problème ? « Dans les affaires
humaines, le plus complexe ne peut se développer qu’à
1partir du plus simple » écrit Winnicott. Or, le plus simple
dans un film, c’est une scène particulière. Je partirai donc
d’une étude précise de ces scènes de la vie familiale où parent et
enfant sont confrontés – ce qui explique notre titre. Ainsi,
cette analyse locale permettra d’interroger, dans un second
temps, la place de la relation parent-enfant dans l’œuvre
globale de Bergman.


Méthode

Pour éclairer notre analyse filmique, je souhaite
convoquer la psychanalyse. Cette discipline me paraît la
plus appropriée pour notre propos tant elle a apporté de
précisions sur les relations parent-enfant. En outre, aborder
l’œuvre de Bergman par la psychanalyse est une approche

1 Donald W. Winnicott, L’enfant et sa famille, Paris, Payot, 2008, p. 56.
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