Du droit à l

Du droit à l'art

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153 pages
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Description

Les rapports de l'art au droit et du droit à l'art sont anciens, au moins autant que quelques-uns des conflits qui les opposent, ou qui opposent l'art soit au pouvoir, soit au modèle social. Ce que ce livre propose est un recul réflexif sur les mutations introduites non seulement par la technologie mais aussi par les changements dans la pratique même de l'art et la façon de penser de ce dernier, lesquels font éclater les cadres traditionnels qui le définissent.

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Ajouté le 01 juin 2011
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EAN13 9782296465558
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© LHarmattan, 2011 5-7, rue de lEcole polytechnique, 75005 Paris
http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr
ISBN : 978-2-296-55221-0 EAN : 9782296552210
Du
droit
à
l’art
Collection « Esthétiques » Dirigée par Jean-Louis Déotte Comité de lecture : Jacques Boulet, Alain Brossat (culture & politique), Pierre Durieu, Véronique Fabbri, Daniel Payot, André Rouillé, Peter Szendy, Humbertus Von Hameluxen (Al.), Anne Gossot (Jp), Carsten Juhl (Scand.), Germain Rœsz (ARS), Georges Teyssot (USA), RenéVinçon (It.), Suzanne Liandrat-Guigues. Pour situer notre collection, nous pouvons reprendre les termes de Benjamin annonçant son projet de revue :Angelus Novus. « En justifiant sa propre forme, la revue dont voici le projet voudrait faire en sorte qu’on ait confiance en son contenu. sa forme est née de la réflexion sur ce qui fait l’essence de la revue et elle peut, non pas rendre le programme inutile, mais éviter qu’il suscite une productivité illusoire. Les programmes ne valent que pour l’activité que quelques individus ou quelques personnes étroitement liées entre elles déploient en direction d’un but précis : une revue, qui expression vitale d’un certain esprit, est toujours bien plus imprévisible et plus inconsciente, mais aussi plus riche d’avenir et de développement que ne peut l’être toute manifestation de la volonté, une telle revue se méprendrait sur elle-même si elle voulait se reconnaître dans des principes, quels qu’ils soient. Par conséquent, pour autant que l’on puisse en attendre une réflexion — et, bien comprise, une telle attente est légitimement sans limites —, la réflexion que voici devra porter, moins sur ses pensées et ses opinions que sur les fondements et ses lois ; d’ailleurs, on ne doit plus attendre de l’être humain qu’il ait toujours conscience de ses tendances les plus intimes, mais bien qu’il ait conscience de sa destination. La véritable destination d’une revue est de témoigner de l’esprit de son époque. L’actualité de cet esprit importe plus à mes yeux, que son unité ou sa clarté elles-mêmes ; voilà ce qui la condamnerait — tel un quotidien — à l’inconsistance si ne prenait forme en elle une vie assez puissante pour sauver encore ce qui est problématique, pour la simple raison qu’elle l’admet. En effet, l’existence d’une revue dont l’actualité est dépourvue de toute prétention historique est justifiée… »
Série  Ars» « Coordonnée par Germain Rœsz La collection Ars donne la parole aux créateurs. Du faire au dire, Ars implique les acteurs de la création (les fabricants ainsi que les observateurs de la fabrique) à formuler — sur un terrain qui semble parfois étranger — leurs projets, leurs ambitions, leurs inquiétudes, leurs découvertes. Sur les modes analytiques, critiques, politiques, polémiques, esthétiques et dans les formes du journal, de l’essai, de l’entretien, du collage, il s’agit d’énoncer une parole du faire-créateur. Rendre manifeste, de la revendication à l’adhésion, ce qui tisse les contradictions et les débats de la création contemporaine. Une complémentarité nécessaire en quelque sorte de la collection « Esthétiques ».
Dernières parutions Jean-François ROBIC,Copier-créer, essais sur la reproductibilité dans l’art, Ars, 2008 (grand format). Germain RŒSZ(sous la direction de),Essai sur l’Archéologie du signe d’Henri Maccheroni, textes de Jean-François Lyotard, Michel Butor, Jean Petitot, Michel Vachey, Raphaël Monticelli, Ars, 2008. Jean LEGROS,Carnet d’un peintre, textes réunis par Micheline Legros, préface de Germain Rœsz, Ars, 2008. Daphné LESERGENT,Image charnière : le récit d’un regard, préface de Germain Rœsz, 2009. Pierre LITZLER,Dessins narratifs de l’architecture, 2009. Jean-François ROBIC(sous la direction de),Représentation et politique, préface de Germain Rœsz, 2010. Didier COUREAU,Flux cinématographiques, cinématographie des flux, 2010.
Sous la direction de Xavier Hascher
DU DROIT À LART
LHarmattan
INTRODUCTION Droit(s) de l’art, droit à l’art
« Du droit à l’art » — la formule qui sert de titre au présent livre — peut se comprendre de façon abstraite comme la direction dé-signée par une flèche pointant du domaine du droit vers celui de l’art. Ce dernier relève en effet, comme toute activité humaine, de règles qui définissent le fonctionnement de la société et distin-guent ce qui est licite de ce qui ne l’est pas dans les relations entre les individus, ou entre l’individu et le groupe. Si l’on se représente schématiquement la relation du droit à l’art comme étant cette flèche, on peut tout aussi bien imaginer qu’il existe une flèche parallèle à celle-là et pointant en direction opposée, représentant la relation inverse de l’art au droit. Existe-t-il pourtant une telle réciprocité de relation ? En admettant que l’on réponde oui à cette question, alors se pose la question de savoir si les flux auxquels renvoient chacune de ces flèches sont de nature comparable à leur complémentarité près. Si tel était le cas, alors la double relation entre art et droit pourrait être conçue comme harmonieuse, à savoir que s’établirait un circuit où les demandes exprimées d’une part recevraient d’autre part une ré-ponse satisfaisante. Droit et art sont deux champs qui possèdent a priori peu d’élé-ments communs. On dirait au contraire que tout les oppose : l’un — le droit — est ancré dans le réel, dont il cherche à ordonner l’usage ; l’autre — l’art — dans l’imaginaire, même si l’on peut dire qu’il cherche à en ramener les fruits dans le réel. L’artiste
8DU DROIT À L’ART
cultive la chimère, et l’on voit mal quel droit viendrait régler l’édi-fication des châteaux en Espagne. Il n’est certes pas interdit au juriste de taquiner la muse, mais ceci n’a pas de rapport direct avec son activité principale ; d’un autre côté, l’étude du droit peut sembler offrir un débouché plus assuré au jeune artiste dépourvu d’une confiance suffisante en son talent, que la poursuite d’une incertaine vocation. La seule chose qui puisse rapprocher le droit de l’art (sans que cela leur soit, de loin, exclusif) est leur com-mune préoccupation de la forme : mais on sent bien que ce n’est pas là-dessus que se fonde leur relation. Lorsqu’on met en présence un artiste et un juriste, il y a fort à parier qu’ils ne tarderont pas à s’affronter. On pourrait même al-ler jusqu’à dire qu’ils incarnent des attitudes inconciliables face à la vie. Interprétée en termes freudiens1, la position de l’artiste correspond à la prévalence psychologique du processus primaire, c’est-à-dire de la recherche de la satisfaction (même symbolique) des pulsions au détriment de l’adaptation au monde et du respect des règles de la vie sociale. Par contraste, le droit représente cette adaptation elle-même puisqu’il pose les limites d’une telle re-cherche de satisfaction. Vu sous cet angle, l’art est par essence égoïste et conduit à la désocialisation celui qui, même sans le pratiquer, y investit une part trop importante de lui-même; rétif à toute règle extérieure, l’art se révèle incompatible avec tout ce qui guide l’esprit du droit. Le reste, c’est-à-dire tout ce qui ne répond pas de cette exigence, n’est qu’artisanat répétitif, labeur d’échoppier. Artiste et juriste n’ont rien à se dire. Cette disparité fondamentale peut même se comprendre à l’échelle culturelle des nations et recouvrir un antagonisme entre Nord et Sud, ou monde anglophone et monde latin, ou encore (en termes wébériens) morale protestante et morale catholique. C’est ce que suggère déjà une gravure satirique anglaise du dix-hui-tième siècle illustrant la victoire remportée en 1739 par l’amiral
1. Il ne s’agit pas là de la conception de la personnalité psychique de l’artiste chez Freud, qui est bien évidemment plus complexe que cela.
INTRODUCTION
9 britannique Edward Vernon sur les garnisons espagnoles de Porto Bello, dans ce qui est aujourd’hui le Panama.
Gravure satirique anglaise (1740) illustrant la victoire britannique de Porto Bello.Catalogue of Political and Personal Satires, British Museum, Londres, 1877, vol. 3, pl. 2421.
Cette gravure met en scène d’une part, au centre, l’amiral, der-rière qui est dépeint le combat des navires de George II contre la flottille et le fortin ennemis ; d’autre part, à la dextre du premier personnage, la reine consort d’Espagne, Élisabeth. Au-dessus de celle-ci, occupant la partie supérieure gauche de l’image, flotte un nuage sur lequel est bâti un château. En bas et de chaque côté, un cartouche avec, à droite, l’allégorie de la justice, à gauche (la reine étant pour ainsi dire assise sur le bord du cartouche) celle de la folie. On lit dans la légende : Whilst Spain by Folly, Castles builds, and places them in the Air, Britain with Justice wrongs redresses, and makes Commerce her Care.
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DU DROIT À L’ART
[Tandis que, par folie, l’Espagne Bâtit des châteaux dans le ciel, L’Angleterre redresse les torts avec justice Et fait du commerce son occupation.] L’irrationalité et la démesure, qui sont les défauts attribués à l’Espagne, dessinent en négatif les vertus dont se crédite elle-même l’Angleterre. L’emprise de la passion, la sujétion à l’ima-ginaire, vont ensemble avec le mépris du droit ; la primauté de la raison, la prise en compte du réel, s’accordent au contraire avec son respect. Le point à souligner est l’association introduite entre droit et commerce, activité pragmatique et pacifique qui met le monde en valeur, faisant contraste avec l’agressivité belligérante de l’Espagne qui gaspille ses richesses dans des dépenses impro-ductives d’apparat. Mais l’Angleterre, cette « nation de boutiquiers » selon le mot de Napoléon, sait aussi prendre les armes ; elle n’use alors de la force qu’au nom même du droit et pour le rétablissement de ce-lui-ci. En principe sinon en pratique, elle agit ainsi pour le bien de tous et de façon désintéressée. L’intrusion de la dimension commerciale met en correspondance droit et prospérité, négoce, enrichissement, coexistence paisible des individus comme des nations. Le droit devient le garant du commerce et son allié natu-rel ; protéger les échanges et, par là, le bien-être des nations que ceux-ci sont réputés assurer, voilà son objet principal. Les États sont au sein du concert des nations comme les individus dans la société ; lorsque l’un d’eux, par sa mauvaise conduite, se place en marge du groupe, il peut être exercé à son encontre une con-trainte légitime. Ce qu’on lit ici, c’est que le juridique et l’écono-mique ont partie liée. Mais il ne faut pas prendre cette observa-tion dans le sens d’une critique du droit en lui-même : celui-ci est simplement à l’image de la société qu’il organise, il ne s’en dis-tingue pas. L’exemple de cette gravure range sans conteste l’art et l’ar-tiste du côté des bâtisseurs de châteaux en l’air. Revenant au mi-crocosme de l’individu, on ne peut que constater que, même si