Jean-Christophe Averty : penser la télévision au XXe siècle
190 pages
Français

Jean-Christophe Averty : penser la télévision au XXe siècle

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190 pages
Français

Description

Dès qu'il s'agit d'histoire de la création à la télévision, on évoque l'oeuvre de Jean-Christophe Averty (1928-2017), considéré comme le meilleur « metteur en scène » ou « metteur en page » de toute l'histoire de la télévision. Mais comment Averty pense-t-il - dès la fin des années 1950 - la question de l'image électronique et des codes visuels, en rupture avec le principe du direct ? Comment envisage-t-il la question esthétique ? Quelle est son originalité ? Quelle idée se fait-il de ses obligations envers le public ? Ce livre propose aux téléspectateurs aussi bien qu'aux professionnels et étudiants une réflexion sur les multiples dimensions de cette oeuvre télévisuelle originale, et sur la manière dont Averty a exploré « l'effet télé ».

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Date de parution 09 juillet 2019
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EAN13 9782140126185
Langue Français
Poids de l'ouvrage 2 Mo

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Exrait

Sous la direction de Sylvie P
Jean-Christophe Averty : penser la télévisione au  siècle
Le s m éd ia s en a c t e s
Jean-Christophe Averty : e penser la télévision au xx siècle
© L’Harmattan, 2019 5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris www.editions-harmattan.fr ISBN : 978-2-343-17794-6 EAN : 9782343177946
Sous la direction de Sylvie PIERRE Jean-ChristopheAverty: e penser la télévisionau xxsiècle
Un Averty en vaut trois.
Préface
Par Pascal Ory
Le premier fut celui que j’eus la chance de rencontrer, en marge de la défunte émission radiophonique desPapous, de glorieuse mémoire, dont j’étais à l’époque un invité aussi erratique qu’ébloui. Je portais un nom qui était d’emblée sympathique à cet amoureux fou du style New Orleans, le renvoyant au premier grand tromboniste de l’histoire du jazz, à la tête du premier orchestre de jazz noir jamais enregistré, ce Kid Ory qu’il ne manqua pas d’aller filmer quand son Creole Orchestra vint jouer à Paris, salle Pleyel. Il m’appelait donc « le Kid », ce qui est sans doute le plus beau surnom qui m’ait été donné. La grande exposition de désoccultation du Collège de « Pataphysique », tenue à Chartres en l’an 2000vulg., acheva de nous rapprocher, tout comme l’identité scolaire qui faisait de moi un ancien élève, sept années durant, du lycée de Rennes, où était né le Père Ubu. On me parlait de sa tyrannique imprévisibilité, de ses colères, de son amertume. Je ne l’ai connu qu’aimable et, puisqu’il était déjà tard, attendrissant.
Il faut dire que le deuxième Averty avait lui aussi tout pour plaire. C’était l’Averty de mon adolescence. Je fis un effort pour vaincre ma timidité et aller vers le premier ; celui-là fut plus direct. Il me fit le cadeau d’entrer chez moi — c’est-à-dire chez mes parents — un beau jour d’octobre 1963, par une de ces « étranges lucarnes » dont parlaitLe Canard enchaîné. L’effraction s’appelaitLes Raisins verts, et je ne fus pas le seul à ne pas m’en remettre. J’ignorais, à l’époque,
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qu’il s’était, pour l’occasion, fait assister de Jean-Loup Dabadie, cet auteur méconnu du grand public que l’Académie française s’est honorée en élisant. Ma dernière année de téléspectateur régulier commença en beauté, le 21 septembre 1965, avec unUbu roiqui acheva, sur le coup, de me convaincre que la télévision pouvait être un art.
Et c’est là que tout se complique. Le troisième Averty est e celui d’aujourd’hui, du XXI siècle. C’est un artiste, oui, mais d’un art qui, présentement, n’existe pas. Au reste, l’art télévisuel suit en cela le triste destin d’un autre avortement : l’art radiophonique. Une ancienne familiarité avec les années 1930 m’a appris que cette décennie-là a bruissé de manifestes, de causeries et de congrès voués à la défense et à l’illustration de cet art-là. En pure perte. Car l’art ne se décrète pas, c’est la société qui artifie — ou pas. Il n’y a pas d’art, seulement des preuves d’art : des lieux de patrimoine, des lieux de création à destination d’un public non sélectif, des lieux d’analyse, de théorisation et de controverses, des centres de recherche... Malgré les courageux efforts de tel Web magazine, de tel groupe de chercheurs, le plafond de verre s’interpose toujours et, surtout, l’équivoque impose sa règle : la radio n’est pas un art, mais un média. Elle intéresse le chercheur, elle interpelle le penseur comme média, et basta. On aura compris que le même schéma s’applique à la télévision. Depuis le temps où Jean-Christophe Averty a commencé de faire entendre — et, d’abord, voir — sa singularité, c’est-à-dire depuis déjà plus d’un demi-siècle, la télévision a, assurément, trouvé un espace universitaire. Mais si les approches historiques, sociologiques, médiologiques n’en manquent pas, très rares sont les études qui prennent la télévision comme susceptible d’une analyse en termes esthétiques.
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Le vieux François Mauriac était, une fois de plus, plus jeune que la plupart des téléspectateurs de son temps quand il saluait en Averty « un jeune homme, qui s’adonne à un art jeune ». La publication de la biographie de Sylvie Pierre et, ici même, celle des actes du premier colloque consacré, en France, à un auteur de télévision reprennent un fil qu’avait commencé à tisser, il y a près de trente ans, Anne-Marie Duguet, sans susciter beaucoup d’émules (citons François Jost, Joris Guibert). La lecture croisée de ces premières synthèses et de ces premières analyses permet de dresser le portrait d’Averty en costume d’artiste, à commencer par son souci de la forme et, plus précisément, de son autonomie, conformément au projet de Jarry d’« inutilité du théâtre au théâtre ». Averty est en France l’un des premiers réalisateurs de télévision qui parle de celle-ci comme d’un art électronique, qui affiche son goût pour les trucages et les montages non conformistes, qui se plante devant le cadre de vision du téléspectateur comme devant un tableau, un collage, une scène de prestidigitation — Méliès est, à l’évidence, l’un de ses ancêtres.
Mais il n’est pas non plus sans signification que le premier téléaste français reconnu comme tel par la postérité ait été présent dans presque toutes les catégories de la création télévisuelle, puisque ce diable d’homme aura touché, avec une égale énergie, à presque tous les genres, de la dramatique à la variété en passant par le concert de jazz ou l’émission pour la jeunesse. On tient sans doute là la plus sûre garantie de sa survie : ce moderniste est un homme de patrimoine, ce non-conformiste respecte les règles des genres, cet artiste joue aussi un rôle culturel, qui s’amuse à jouer le cheval de Troie du surréalisme — Aragon et Prévert ne s’y sont pas trompés — en faisant découvrir à des centaines de milliers de téléspectateurs Jarry et Roussel, Tzara et Musidora, Dali et Boris Vian.
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