LE CINÉMA DES ANNÉES TRENTE PAR CEUX QUI L

LE CINÉMA DES ANNÉES TRENTE PAR CEUX QUI L'ONT FAIT

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Arletty, Jean-Pierre Aumont, Jean Dréville, Françoise Giroud, Michèle Morgan, Elvire Popesco

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Ajouté le 01 janvier 2001
Nombre de lectures 70
EAN13 9782296141834
Langue Français
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Le Cinéma des Années Trente

Par ceux qui l'ont fait

Tome II L'Avant-Guerre: 1935-1939 Interviews exclusives

Titres à paraître

Tome III: Tome IV: Tome V:

Les Années Quarante: Le Cinéma de l'Occupation (1940-1944) Les Années Quarante: Le Cinéma d'AprèsGuerre (1945-1950) Les Années Cinquante: la Qualité Française (1951-1957) Ginette Leclerc ( biographie) Arletty ( biographie)

Christian GILLES

des

Le Cinéma Années Trente

Par ceux qui l'ont fait

Tome II

L'Avant-Guerre.

1935-1939

Interviews exclusives

L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique 75005 Paris FRANCE

L'Harmattan Inc. 55, rue Saint-Jacques Montréal (Qc) CANADA H2Y lK9

L'Harmattan Hongrie Hargita u. 3 1026 Budapest HONGRIE

L'Harmattan Italia Via Bava, 37 10214 Torino ITALIE

Collection Champs visuels dirigée par Pierre-Jean Benghozi, Jean-Pierre Esquenazi et Bruno Péquignot
Une collection d'ouvrages qui traitent de façon interdisciplinaire des images, peinture, photographie, B.D., télévision, cinéma (acteurs, auteurs, marché, metteurs en scène, thèmes, techniques, publics etc.). Cette collection est ouverte à toutes les démarches théoriques et méthodologiques appliquées aux questions spécifiques des usages esthétiques et sociaux des techniques de l'image fixe ou animée, sans craindre la confrontation des idées, mais aussi sans dogmatisme.

Dernières parutions
Jacky LAFORTUNE, Craie a(c)tion dans la ville, 2000. Collectif, Cinéma et audio-visuel, 2000. Isabelle JURA, Des ima~~s et des enfants, 2000.

@ L'Harmattan, 2000 ISBN: 2-7475-0009-8

Journal d'une époque:

1935-1939

En 1934, le cinéma - ce reflet si fidèle de la vie économique et sociale d'un pays - essuie une grave crise financière. L'affaire Stavisky tient la une de l'actualité et le scandale qu'elle entraîne en fait l'événement le plus spectaculaire du moment. L'argent, et ses turpitudes, devient un sujet qu'affectionnent les cinéastes. Aussi de "Ces messieurs de la santé" (Pierre Colombier, 1933) à "La banque N émo" (Marguerite Viel, 1934) en passant par la comédie satirique de Maurice Tourneur" Avec le sourire" (1936), l'écran va-t-il tenter de répondre aux questions, de calmer les inquiétudes du peuple français, alors que l'on chante ironiquement avec Danielle Darrieux et Albert Préjean "La crise est finie" (Robert Siodmak, 1934 ). "Le crime de Monsieur Lange" (1935), la chronique de mœurs réalisée par Jean Renoir, introduit au cinéma les idées généreuses du Front Populaire. Les scénaristes semblent se pencher davantage sur les problèmes du social et "La belle équipe" (Julien Duvivier, 1936) devient le film symbole de toute une génération. C'est en effet une véritable bouffée d'air pur: les copains, les guinguettes au bord de l'eau, une chanson gaie, des sourires candides... Malgré la grisaille sous-jacente, l'espoir est permis.

Les cinéastes
Toujours présente, la " vieille garde" réunit à nouveau Baroncelli, Benoît-Lévy, Bernard, Duvivier, Feyder,

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Gance, Grémillon, L'Herbier, Poirier, Tourneur (notons l'absence de René Clair qui tourne alors en GrandeBretagne). A leurs côtés, une nouvelle génération de metteurs en scène s'épanouit avec talent: Marc Allégret, Claude Autant-Lara, Pierre Chenal, Christian-Jaque, Henri Decoin, Jean Delannoy, Jean Dréville, Edmont T. Gréville. C'est aussi la révélation du Réalisme Poétique, courant prospère qui unit Marcel Camé et Jacques Prévert pour des œuvres achevées, devenues désormais de grands classiques: "Quai des brumes" (1938) et "Le jour se lève" (1939). "La grande illusion" (1937) et "La règle du jeu " (1939) font de Jean Renoir le cinéaste majeur. Il convient également de mentionner d'" honnêtes artisans ", comme André Berthomieu, Jean Boyer, Pierre Colombier, René Guissart, Richard Pottier et, souvent plus inspirés, Pierre Billon, Georges Lacombe, Jeff Musso, Serge de Poligny... Il est d'ailleurs paradoxal de noter que bien des chefs-d' œuvre ont perdu de leur intensité avec le temps; un film aux abords plus modestes peut, en revanche, avoir mieux passer le cap (de récentes rétrospectives et un intérêt accru pour le cinéma de cette époque nous en ont donné la preuve). En outre, des dramaturges et des scénaristes-dialoguistes - Jacques Deval, Yves Mirande, Albert Valentin... - passent à la réalisation, en se défendant de trop se rapprocher du style théâtral. Sacha Guitry et Marcel Pagnol imposent quant à eux leur style bien personnel; on peut parler à juste titre de cinéma d'auteur. Le péril hitlérien provoque dans notre pays une arrivée massive d'excellents techniciens et d'authentiques créateurs, en grande majorité juifs, dont le souci est de fuir le régime nazi: Kurt Bernhardt, Fritz Lang, Georg W. Pabst, Robert Siodmak... Il faut noter que l'apport étranger dans l'industrie française de la pellicule est alors considérable. Rappelons parmi les réalisateurs les plus notoires de cette décennie: le Danois Carl Th. Dreyer, le Viennois Max Ophüls, les Hongrois Paul Fejos et Nicolas Farkas, les Italiens Carmine Gallone et Augusto Genina. Les Russes blancs ont aussi largement contribué à cette

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diversité, entraînant avec eux une vogue prolifique de drames slaves et d'aventures tziganes, bénéficiant, la plupart du temps, de moyens considérables: Alexis Granowski, Anatole Litvak, Fédor Ozep, Vladimir Strijewski, Victor Tourjansky, Alexandre Volkoff. Des producteurs influents Lucachevitch ou Rabinovitch - favorisent un tel engouement. Concurrence oblige, les cinéastes français se défendent
avec acharnement contre l'invasion

étrangère. La plus

dangereuse vient pourtant d'ailleurs: Hollywood, la fastueuse, continue d'envahir le monde avec ses produits à grand spectacle. Heureusement, le cinéma français rattrape vite le retard considérable accumulé au début du parlant. Le dialogue devient percutant, incisif, et des poètes du verbe comme Henri Jeanson, Jacques Prévert, Charles Spaak, mais aussi Marchel Achard, Jean Anouilh, Marcel Aymé, Pierre Benoît, Joseph Kessel, et même Colette, apportent leur potentiel, tantôt dramatique, tantôt fantaisiste, à des scénarios étoffés.

Les acteurs Le public manifeste son goût pour les prestations puissantes et en a pour son argent: Harry Baur, Raimu, Pierre Blanchar, Gaby Morlay, Françoise Rosay, Fernandel, Charles Boyer, Jean Gabin, Pierre Fresnay et Yvonne Printemps sont des têtes d'affiche synonymes de qualité et de succès populaires. Récit à sketches de Charles Spaak, mis en scène par Julien Duvivier, "Un carnet de bal" (1937) déploie sa brochette de stars autour de la blonde Marie Bell. Une pépinière de talents enchante le spectateur le plus exigeant: - Danielle Darrieux, Edwige Feuillère, Michèle Morgan, Mireille Balin, Véra Korène, Renée Saint-Cyr, Simone Simon, Elvire Popesco, Arletty, Lise Delamare, Viviane Romance, Ginette Leclerc, Lisette Lanvin, Jany Holt,

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Jacqueline Delubac, Paulette Dubost, sans oublier deux sourires tragiques, Annie Vernay et Corinne Luchaire ; - Pierre Richard-Willm, Victor Francen, Henri Garat, Jean-Pierre Aumont, Jean Murat, Fernand Gravey, Raymond Rouleau, Jules Berry, Lucien Baroux, Louis Jouvet, André Lefaur, Victor Boucher, Jacques Dumesnil, Pierre Mingand, Claude Dauphin, Jean Servais, Georges Rigaud (comment les citer tous ?) Ne négligeons pas non plus trois vedettes internationales: Dita Parla, Erich von Stroheim, Sessue Hayakawa, ni les artistes de music-hall, Maurice Chevalier, Tina Rossi, Charles Trénet, dont l'écran accroît la popularité. Les seconds rôles, parfois plus amusants et plus piquants que les" premiers", même s'ils sont utilisés, en fait, pour les promouvoir, savent s'imposer malgré le peu de temps qu'on leur accorde. Mais convenons que souvent ils leur volent, ni plus ni moins, la vedette! Surtout lorsqu'il s'agit d'Armand Bernard, Pierre Larquey, Julien Carette, Marguerite Moreno, Saturnin Fabre ou Pauline Carton!

Personnalités

choisies

comédien comédienne comédien producteur cinéaste comédienne comédienne cinéaste comédien scripte, scénariste opérateur comédienne comédienne historien comédienne comédienne comédienne comédien comédienne comédienne décorateur

ANDREX
(André Jaubert) Marseille, 1907 -1989

Ce fils d'un commerçant en fruits et légumes imite Maurice Chevalier dans les bals du samedi soir. Il rencontre son idole qui le fait débuter à l'Alcazar en 1928. Andrex est engagé au Casino de Paris et devient un chanteur de charme prisé par le public populaire. Au cinéma, il est l'incarnation idéale du mauvais garçon dans des œuvres comme" Angèle" (1934) de Marcel Pagnol, " Toni" de Jean Renoir ou " L'étrange Monsieur Victor" (1938) de Jean Grémillon. Il montre également une totale aisance dans" La Marseillaise", film où Renoir lui confie un emploi différent: un révolutionnaire qui participe à la marche des Marseillais sur Paris. Pendant plus de trente ans, Andrex va surtout s'illustrer dans un emploi immuable mais toujours savoureux, entre l'opérette et la comédie, parfois le drame (le fils de Raimu dans" Un Carnet de bal "). Le rencontrer permet aussi de se replonger dans l'univers provençal, " culture" tant prisée dans les années trente, et d'évoquer la mémoire de l'écrivain Marcel Pagnol, du compositeur Vincent Scotto, des grands acteurs Raimu et Fernandel.

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D'où vient votre patronyme? J'ai débuté au music-hall à l'époque où les noms avaient généralement deux syllabes: Dranem, Mayol, Damia. ~ mon prénom André, j'ai eu l'idée d' Andrex dont les résonances étaient alors dans le vent. Était-ce une vocation?

Depuis ma plus tendre enfance, j'ai toujours rêvé de chanter et de faire du cinéma. Si, petit à petit, ce désir s'est transformé en réalité, un tel parcours n'a pas été simple! Le 19 décembre 1925, pour être précis, je débutais dans la revue de l'Alcazar de Marseille. Ces premiers pas modestes ont été à la base de soixante ans de carrière. Par la suite, votre réussite dans la capitale a-t-elle été immédiate?
Dès mon arrivée à Paris, j'étais engagé pour donner un tour de chant à l'Empire. Varna m'a remarqué, me proposant miraculeusement la revue du Concert Mayol. Vous pensez si j'étais heureux: tout était beau, la vie me souriait! J'avais le bonheur de travailler en m'amusant, avec des camarades comme Pills et Tabet, Marie Dubas... (là, c'était au Casino de Paris, dans la revue" SexAppeal "). Ma petite notoriété a coïncidé avec le moment où le cinéma s'est mis à chanter et à parler. Du music-hall au cinéma, quel a été votre itinéraire? La nouveauté du parlant entraîna la vogue des films musicaux. Le cinéma et le music-hall devinrent intimement liés et dans chaque film, les chansons étaient même devenues indispensables. J'ai eu la chance de pouvoir alterner l'un et l'autre, l'habitude de la scène m'aidant de manière efficace à mieux me débrouiller devant une caméra.

Pouvez-vous nous évoquer votre amitié avec Fernandel? Nous nous sommes connus tout gamins à l'école communale de la rue Coppello à Marseille. Nous avions quatre ans d'écart, il n'était donc pas dans la même classe que moi, mais cela ne nous empêchait pas de nous amuser

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comme des fous pendant les récréations! Ensuite, quarante années durant, nous ne nous sommes plus quittés. Fernandel et Raimu ont été deux amis merveilleux. Lorsque l'un et l'autre en avaient l'occasion, ils ne manquaient pas de me demander et de ce fait leur aide à la progression de ma carrière fut considérable. Malgré tout, Fernandel, davantage que Raimu, s'est révélé un ami véritable, un ami intime, avec tout ce que le mot ami a de plus sacré. Raimu n'était-il pas un partenaire difficile? Sur sa recommandation bienveillante, j'ai tourné quatre de ses films où, je dois dire, il s'est toujours montré très agréable. Si on parlait volontiers de son caractère bourru, celui-ci cachait, en réalité, une nature sensible et une grande bonté. Je le regrette infiniment. A vec le recul, méridionaux? quel est votre avis sur les films

Il nous manque, je veux parler, bien sûr, de Marcel Pagnol. Quel homme était-il? Tourner avec lui était un plaisir. D'une grande simplicité, il était toujours très amical avec nous tous. Pendant le tournage d'" Angèle ", nous avons eu la visite inopinée de Jean Renoir; c'est grâce à cette rencontre si j'ai pu obtenir un rôle dans" Toni", quelques mois plus tard. Simultanément, dans" Angèle" et "Toni ", vous commencez à jouer les mauvais garçons. Quel est votre sentiment sur ce type d'emploi? " Angèle" a été le tout premier film à reproduire cette image. Au cinéma, cette étiquette m'a collé à la peau et sur mes 83 films, j'ai interprété plus de quarante rôles douteux: des voyous, des gangsters, des canailles, et j'en passe!

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" Toni" est repassé dernièrement à la télévision. Cinquante ans après quelles réactions ce film vous a-t-il procuré? J'ai éprouvé un sentiment curieux à me revoir après tant d'années. Je n'avais pas encore de cheveux blancs, j'étais plus mince. .. En dehors de ces détails physiques, travailler avec Renoir demeure l'un des moments inoubliables de ma carrière. Il représente tout de même" notre" plus grand metteur en scène, cela aux yeux du monde entier. Comme nous nous étions parfaitement accordés, il m'avait prévenu qu'il aurait peut-être autre chose à me proposer. Renoir était un homme de parole et, deux ans plus tard, il me redemanda pour" La Marseillaise". Ce film historique ne tranche-t-il pas dans votre carrière? Renoir m'avait confié un rôle proche de l'image d'un Robespierre et j'étais très fier d'être choisi pour un personnage de cette importance. Sa réalisation a duré trois mois, ceci dans différents endroits: les séquences de studio à Paris, les extérieurs à Fontainebleau et à Antibes. J'incarnais le héros de la verve populaire qui poussait les Marseillais à monter sur Paris et n'avais de la sorte aucune scène commune avec" l'aristocratie", qui ne se produisait, elle, qu'en seconde partie. Ce sujet ne faisait-il affirmé? pas preuve d'un côté politique

Sans doute portait-il en lui un aspect communiste qui le maintenait nettement à gauche (il est vrai qu'il a été réalisé en plein Front Populaire). Mais à vous dire la vérité, je me moque de la politique et mon intérêt était davantage aiguisé par mon rôle, peut-être le plus important que l'on m'ait confié, en tout cas le plus éloigné de ce qui m'était proposé d'habitude. Car de tous mes films, dix sont très bons, vingt, plus moyens, et le reste, n'en parlons plus!

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La scène d'" Hôtel du Nord" où vous avez une altercation avec Louis Jouvet - à propos d'Annabella - est révélatrice de votre emploi traditionnel. Oui, je dénouais sans cesse le tablier d'Annabella afin de pouvoir flirter avec elle et Jouvet, examinant mon manège, s'interposait. Cette scène, comme bien d'autres du film, me procurait le plaisir évident de pouvoir donner la réplique au grand homme de théâtre qu'était Jouvet et à Annabella, revenue fraîchement d'Hollywood avant d'épouser Tyrone Power. Tous deux étaient adorables. Et " L'entraîneuse" ?

Produit par Raoul Ploquin, ce film a été réalisé à Berlin dans les studios de la UFA. L'année précédente, j'avais déjà donné la réplique à Michèle Morgan pour son premier film important, " Gribouille". Michèle est charmante et ce tournage demeure l'un de mes meilleurs souvenirs de cinéma. Coup sur coup, vous tournez avec Arletty, "Hôtel du Nord ", " Fric-Frac" et " Circonstances atténuantes... "
Arletty est une merveilleuse camarade et sa compagnie a toujours été des plus vivantes et des plus chaleureuses. Elle apportait invariablement la bonne humeur sur un plateau. Vous avez été l'interprète de Sacha Guitry. Etait-il aussi imbu de lui-même qu'on le prétend? Au contraire, Guitry était un "Monsieur" très gentil qui s'est toujours conduit de façon fort courtoise à mon égard, comme du reste avec tout le monde. Abordons le domaine de la chanson. En comparaison vos débuts, comment définiriez-vous son évolution? de

Rien à voir avec ce qui nous est proposé aujourd'hui, bien entendu. Je crois même que le soi-disant développement de ce milieu en a fait un tout autre métier. Et si j'ose aller plus loin, la situation du show-business actuel me porte à croire qu'il est devenu désormais une entreprise à caractère essentiellement commercial.

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Artiste profondément ancré dans son époque, Vincent Scotto était un auteur chansonnier de grand talent. ..

Evidemment, Scotto n'est pas Chopin; ce qui ne l'a pas empêché d'apporter des mélodies d'une inspiration poétique éblouissante, en particulier des opérettes marseillaises très enlevées. Scotto avait l'habitude de se promener la guitare à la main. Il avait toujours une chanson à vous proposer: " Tiens, qu'en penses-tu" ? me disait-il. Doué d'un esprit très rare, il a dû en écrire quatre ou cinq cents! Avez-vous une anecdote amusante à propos de Fernandel?
Je peux vous raconter une histoire qui se situe à mes débuts (Fernand s'appelait déjà Fernandel, je n'étais qu'un inconnu !). Nous nous promenions tranquillement lorsque nous croisons un groupe de personnes qui semblent s'interroger sur notre compte. "As-tu entendu ce que le plus jeune a demandé? - Non! me répond-il, intrigué. - Il a dit: Connaissez-vous celui qui est avec Andrex ? " Et nous avons éclaté de rire! Avril 81

ARLETTY
(Léonie Bathiat) Courbevoie, 1898 Paris, 1992

Comme la plupart des vedettes du music-hall et du théâtre, Arletty débute au cinéma grâce à l'" heureux" avènement du parlant, en 1930. "La douceur d'aimer", son premier film, est un échec mais" Un chien qui rapporte" (1931) dessine déjà un portrait saisissant de sa personnalité. Suivent" Pension Mimosas" de Jacques Feyder, "Messieurs les ronds-de-cuir ", d'Yves Mirande et trois films de et avec Sacha Guitry: " Faisons un rêve", " Les perles de la couronne" et surtout" Désiré" (1937). Son franc-parler, sa bonne humeur font merveille mais c'est" Hôtel du Nord" (1938) qui la révèle véritablement, avec des dialogues de l'ami Jeanson. Et "Le jour se lève", "Les visiteurs du soir" (1942), "Les enfants du paradis" - inoubliable Garance - de Marcel Camé et Jacques Prévert la font entrer dans la légende. Au théâtre, la comédienne s'est illustrée principalement dans" Fric-Frac", "Un tramway nommé désir", " Un otage", " Les monstres sacrés" (1966). " ... Arletty est tout, a écrit Marcel Carné, à la fois la gouaille de Paris et la distinction, la drôlerie et la tendresse, le rire et l'émotion".

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Comment êtes-vous venue au cinéma?

Avant tout, je dois préciser que mon vrai métier, et parlà même ma formation première, a toujours été le théâtre. Au temps du muet, le cinéma m'intéressait uniquement comme spectatrice; à ce moment-là, je m'occupais davantage de mes activités sur scène. Aviez-vous des idoles? Vous savez, je n'idolâtre personne, mon caractère est entier: j'aime ou je n'aime pas, tout simplement! Je peux dire seulement que Garbo et le mythe qui l'accompagnait impressionnaient favorablement le public. Moi-même, je n'y étais pas insensible. Garbo est à coup sûr la plus grande beauté du cinéma. Son allure était sans doute un peu trop garçonne mais le visage était superbe. Il n'y a qu'un seul homme dans ma vie à qui j'ai tenu à demander un autographe, c'est Walt Disney. Avec ses dessins animés, il représentait pour moi le monde de la féerie.
D'où vient votre patronyme? Mon vrai prénom est Léonie mais j'ai choisi Arlette, l'héroïne de Maupassant dans" Mont-Oriol ", qui est mon livre préféré. En fait, je voulais m'appeler Victoire de la Marne... Pour mes rôles de petite femme, Arletty convenait mieux! Tout cela, en réalité, je m'en fichais pas mal. Je pensais que je ne resterais pas plus de six mois dans la revue, j'aurais donc bien pu m'appeler Nini Pattes en l'air! D'ailleurs en parlant de Piaf on dit souvent" La môme Piaf". Moi, je préfère" Le Moineau", cela la définit beaucoup mieux.
Le parlant a changé le cinéma.

Lorsque le parlant est arrivé, les producteurs ont immédiatement recruté dans le cercle bien précis du milieu théâtral. Leurs préférences allaient aux acteurs qui " parlaient" (avant ce n'était pas la peine !) et je me suis laissée tenter, comme beaucoup d'autres de mes camarades, par cette nouvelle forme d'expression. Mon premier film a

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été" La douceur d'aimer ", avec Victor Boucher. Quelle catastrophe! Je m'y trouvais si laide! "On ne m'y reprendra plus" ! me suis-je dit. Pour moi, Victor Boucher demeure l'honneur de notre profession; de cet immense acteur je garde le meilleur souvenir. Mais il faut reconnaître qu'il n'était pas très attiré par le cinéma. La scène l'a davantage accaparé. Un an plus tard, j'ai eu la chance de tourner un bon sujet, "Un chien qui rapporte ", avec René Lefèvre, très en vogue depuis" Le million" de René Clair. Ensuite, vous Allemagne. tournez" La guerre des valses ", en

Oui, en double version, la vedette de l'" allemande" étant Renate Muller, brillante artiste qui s'est suicidée peu de temps après. Réalisateur renommé, Ludwig Berger nous dirigeait avec une poigne de fer et je trouve qu'il s'agit là d'un beau film sur la musique des Strauss. Fernand Gravey, encore à l'aube de ses succès, était notre sympathique jeune premier. Sa carrière fut l'une des plus réussies et des plus durables. Je me rappelle qu'il parlait l'anglais comme le français et ce côté polyglotte lui a servi, puisque" La guerre des valses" l'a certainement fait choisir à Hollywood pour" Toute la ville danse ". Mais dès que l'on se met à évoquer l'Amérique, automatiquement, je pense à Maurice Chevalier: celui qui a percé le mieux là-bas, c'est incontestablement lui! Son canotier était légendaire dans le monde entier. D'ailleurs, à travers les années, il n'existe pas de plus grand représentant pour ce qui est de la France, et surtout de Paris! De plus, son accent était inné. Maurice restera unique. Lors du tournage de "La guerre des valses ", avez-vous assisté aux événements politiques de 1933 ?

En ce qui concerne l'organisation du travail dans les studios, les Allemands étaient les rois de l'ordre. A Berlin, capitale incontestée du cinéma européen au début du parlant, je n'ai pas assisté à des troubles particuliers. Souvent nous voyions Gœbbels, qui avait une petite amie dans les studios. Nous remarquions également que les