Le Net Art et l

Le Net Art et l'esthétique du partage

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Français
246 pages

Description

De nos jours, les artistes déploient des cadres de sociabilités et d'actions renouvelées comme forme d'expression artistique révolutionnaire. Il s'agit, dans le dispositif s'articulant autour d'une analyse de certains extraits de mon mur personnel publiés sur Facebook, de dévoiler les principaux jalons qui structurent l'esthétique du partage, en mettant en question certains enjeux artistiques contemporains. Ramifiée de ces concepts, notre expérimentation reprend le dessus sur la logique rigide du mécanisme informationnel de Facebook, en créant un livre d'artiste qui représente un garant et un repère d'une légitimité inédite dans la création contemporaine.

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Date de parution 28 janvier 2019
Nombre de lectures 3
EAN13 9782140111747
Langue Français
Poids de l'ouvrage 2 Mo

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RamziTURKI
LE NET ART ET L’ESTHÉTIQUE DU PARTAGE Les murs ont aussi des yeux qui nous regardent
Préface de Yves Michaud
OUVERTURE PHILOSOPHIQUE Arts vivants
Le Net art et l’esthétique du partage
Collection « Ouverture philosophique » Série « Arts vivants » (co-dirigée par Jean-Marc Lachaud, Professeur à l’Université Paris 1 – Panthéon-Sorbonne, et par Martine Maleval, Maître de Conférences à l’Université de Lorraine) Une collection d’ouvrages qui se propose d’accueillir des travaux originaux sans exclusive d’écoles ou de thématiques. Il s’agit de favoriser la confrontation de recherches et des réflexions, qu’elles soient le fait de philosophes « professionnels » ou non. On n’y confondra donc pas la philosophie avec une discipline académique ; elle est réputée être le fait de tous ceux qu’habite la passion de penser, qu’ils soient professeurs de philosophie, spécialistes des sciences humaines, sociales ou naturelles, ou… polisseurs de verres de lunettes astronomiques. La série « Arts vivants » questionne les enjeux esthétiques et politiques qu’exposent les scènes artistiques. Dernières publications Claude COURTECUISSE et Éric VANDECASTEELE (dir.),Art Design, d’un territoire l’autre, 2019. Davide MESSINA,Pasolini et son chant du signe. Écriture, cinéma, musique, 2018. Martine BALDACCHINO-GAUTHEY,Vers l’abstraction de l’image cinématographique, 2018. Xavier LAMBERT (dir), Poïèse/autopoïèse : art et systèmes, 2017. Mboumba MOULAMBOU,Wilhelm von Humboldt, cet illustre inconnu,2017. Nikos FOUFAS,L’aliénation dans laPhénoménologie de l’esprit, 2017Georges GAVRILOFF,L’origine du rire,discours comique et imaginaire,2017Saad CHAKALI,Jean-Luc Godard dans la relève des archives du mal, 2017. Martine MALEVAL, Jean-Marc LACHAUD,Rue des arts. Productions artistiques et espace urbain, 2015. Manuel NORVAT,Le chant du divers,Introduction à la philopoétique d’Édouard Glissant(2015)
Ramzi TURKILENET ARTET LESTHETIQUE DU PARTAGELes murs ont aussi desyeux qui nous regardent Préface de Yves Michaud
© L’Harmattan, 2019 5-7, rue de l’École-Polytechnique ; 75005 Paris http://www.editions-harmattan.fr ISBN : 978-2-343-16185-3 EAN : 9782343161853
Préface Quand Ramzi Turki m’a demandé de préfacer son livre, j’ai volontiers accepté car je le connais depuis plusieurs années et j’ai toujours apprécié sa culture et sa liberté d’esprit. Son livre,Les murs ont aussi des yeux qui nous regardent, Le Net art et l’esthétique du partage, relève d’un genre particulier, la théorisation par un artiste de sa propre pratique qui a elle-même une base théorique mûrement pensée. En un sens, c’est assez surprenant car nous fûmes plutôt habitués à voir les artistes comme des gens silencieux plongés dans leur art. Ce n’était pas si vrai qu’on croit car les artistes ont toujours écrit sous une forme ou sous une autre, parlé avec leurs amis, tenu des journaux ou des cahiers d’atelier. Même si les formes de la réflexion ne sont pas celles de la théorie universitaire, la pensée est bien présente. Les choses sont cependant aujourd’hui et depuis quelques décennies différentes : la création artistique après le ready-made, Duchamp, le dadaïsme et le néo-dadaïsme est devenue plus intellectuelle, plus réfléchie et plus conceptuelle. Plusieurs dizaines d’années avant le développement de l’Internet, l’art conceptuel a déjà promu ces formes de réflexion, parfois sous une forme ironique, voire paradoxale — comme c’est le cas chez Duchamp et ceux qui l’ont suivi — mais souvent aussi très sérieusement et de manière quasiment scientifique dans l’art proprement conceptuel. Ramzi Turki, avec ses connaissances de la scène artistique récente et contemporaine s’inscrit dans cette problématique réflexive et conceptuelle. On pourrait la définir de manière simple, mais correcte comme un questionnement sur la nature des œuvres d’art, sur leurs constituants (auteur, matériau, concept, destination). La plupart des déconstructions et reconstructions de l’œuvre d’art postmoderne ont, consciemment ou à leur insu, repris en fait les quatre causes aristotéliciennes : une œuvre a un auteur (cause efficiente), qui a formé un concept (cause formelle) et l’incarne dans un matériau (cause
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matérielle) en vue de produire un certain effet chez un récepteur (cause finale). À partir de là il devient possible de s’interroger sur les dimensions des œuvres que la situation contemporaine — politique, économique, sociale, religieuse — conditionne, modifie, accentue ou, au contraire, condamne. Quand la dimension auteur prédomine, on a affaire à des performances. Quand la dimension conceptuelle prédomine, on a affaire à l’art proprement conceptuel. Quand c’est le matériau, on a affaire à un art matériologique et quand ce qui compte, c’est la relation à un récepteur, on a affaire à un art relationnel. Ce qui est neuf depuis, disons une dizaine d’années, depuis les années 2005, je veux dire depuis que l’augmentation de la bande passante et des capacités de mémoire a connu un changement d’échelle sans commune mesure avec quoi que ce soit du passé, c’est que la révolution numérique qui rend possible la communication sur le Net fait passer à l’arrière-plan la matière même des œuvres et met en évidence relation, concept et auteur. C’est ce que Ramzi Turki a compris aussi bien comme artiste que comme théoricien en utilisant le réseau Facebook comme espace relationnel et de réciprocité (espace public qu’est un mur Facebook), comme espace recueillant des œuvres conceptuelles immatérielles qui peuvent elles-mêmes être un jour retransformées en œuvres matérielles via la création de «livres d’artistes» au sens où des artistes comme Marcel Broodthaers, Edward Ruscha, Dieter Roth, Christian Boltanski, ou les artistes de Fluxus. Ramzi Turki connaît fort bien tout ce contexte et son livre analyse en détail les diverses implications du choix de pages Facebook comme espace de communication et d’interaction qui lui-même devient œuvre d’art. J’ajoute que le lecteur qui le suivra dans ses analyses verra comment, du point de vue du contenu cette fois, son inspiration artistique est loin d’être banalement formelle et théorique, mais très engagée socialement et politiquement, avec en prime un humour subtil autant que réjouissant. Les évolutions de la technologie, si rapides et si incessantes, redéfiniront certainement vite la situation et donc les conditions de la création, mais en tout cas, la recherche de Ramzi Turki marque une étape importante et prépare déjà la réflexion à saisir l’avenir qui se dessine pour l’art. Yves Michaud mars 2018
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L’espace est une société de lieux-dits, comme les personnes sont des points de repère au sein du groupe. Les lieux et les individus sont également désignés par des noms propres, qui, dans des circonstances fréquentes et communes à beaucoup de sociétés, 1 peuvent être substitués les uns aux autres .
1 Claude Levi-Strauss,La Pensée sauvage, Paris, Presses Universitaires de France, 1962, p. 222.
Prologue de l’auteur L’idée fondatrice de cet ouvrage a émané, d’emblée, d’un souci qui n’a cessé de me hanter, en tant que critique d’art, mais aussi en tant que «créateur» qui a proposé plusieurs tentatives et performances 1 artistiques . Il s’agit de m’interroger à la fois sur le statut et sur l’impact du réseau cybernétique et des espaces sociaux virtuels, notamment Facebook, sur l’Homme moderne, en général, et sur l’artiste et le récepteur contemporains, en particulier. Tout en étant ancrées dans un terrain théorique étendu et dans une littérature riche et controversée, mes réflexions (ou plutôt mes cogitations) traduisent ce sentiment paradoxal qui oscille entre la fascination et l’inquiétude, vis-à-vis de ce nouveau moyen de communication et d’information (ou de désinformation!). Ces soucis existentiels ont déjà fait l’objet d’une communication assez subjective à 2 propos du «». Cet ouvrage s’inscrit dans cette mêmesuicide virtuel perspective tout en y insufflant plus de rigueur académique et plus d’approfondissement au niveau de l’analyse et de l’interprétation. Si je me référais à la formule sacrée et fondatrice de la création «Au commencement était le Verbe», je pourrais dire qu’au commencement était un statutque j’ai publié le 29 décembre 2016 : «ceci n’est pas un statut». Cette référence intertextuelle à Magritte (Ceci n’est pas une pipe), m’a invité à revoir, relire et réinterpréter les statuts et les partages que j’ai effectués, sur ma page Facebook, depuis janvier 2017. Il s’agit d’un questionnement sur le réseau Facebook en tant que support interactif de l’œuvre. Cependant, cette question primordiale a généré merveilleusement une nébuleuse d’interrogations : ce support 1 Voir mes ouvrages :L’E-Mail Art; Création d’une nouvelle forme artistique, préface d’Olivier Lussac, Paris, Edilivre, 2014, 354 pages, etAvatars et inter-réactions de l’image tridimensionnelle dans l’éspace ouvert, entre réalité et virtualité,Sfax, Nouha Éditions, 2016, 204 pages. 2  Voir mon article : «Quelle révolution pour quel art et contre qui? “Suicide virtuel ‘», Art et révolution,Textes réunis par Kamel Kchaou, Sfax, Éditions Maison Mohamed Ali, 2013, p. 78 à 88.
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