//img.uscri.be/pth/432922b7690c072ee03ecb6c3a1d59f1c7fe1f09
Cette publication ne fait pas partie de la bibliothèque YouScribe
Elle est disponible uniquement à l'achat (la librairie de YouScribe)
Achetez pour : 8,49 € Lire un extrait

Lecture en ligne (cet ouvrage ne se télécharge pas)

L'UNIVERS POÉTIQUE DE JACQUES BREL

De
128 pages
Quelles que soient la richesse et la diversité de la personnalité de Jacques Brel, qui méritent d'être encore célébrées vingt ans après sa mort, "Brel" n'existerait pas s'il n'avait pas écrit. Le génial interprète n'aurait pas eu lui-même un tel écho s'il n'avait été porteur d'un univers personnel patiemment tissé avec des mots.
Voir plus Voir moins

L'UNIVERS POÉTIQUE DE JACQUES BREL

Des mêmes auteurs
BRUNO HONGRE 25 Modèles d'explication de texte et de lecture méthodique (Editions Marabout, 1994). Le Texte argumentatif au bac (en collaboration, Editions Hatier, 1996). Le Dictionnaire portatif du bachelier (Editions Hatier, 1998), ouvrage couronné par l'Académie française. PAUL LIDSKY Le Rouge et le Noir (en collaboration, Profil d'une Œuvre, Editions Hatier). Les Ecrivains contre la Commune (La Découverte, 1970) Le Voyage en France (en collaboration, coll. Bouquins, Laffont : Tome I, - 1995 : Tome 2, - 1997). BRUNO HONGRE ET PAUL LIDSKY L'Image du paysan dans la Littérature française, mythes et réalités (Centre International d'Etudes Pédagogiques de Sèvres, 92310 - Sèvres, France, 1970).

@ L'Harmarran, 199H ISBN: 2-731\4-6745-1\

Bruno HONGRE - Paul LIDSKY

,

L'UNIVERS

POETIQUE

DE JACQUES BREL

L'Harmattan 5-7, rue de l'École Polytechnique 75005 Paris - FRANCE

L 'Harmattan Inc. 55, rue Saint-Jacques Montréal (Qc) - CANADA H2Y lK9

A la mémoire de Jacques Brel, qui nous appelle à "Vivre debout"

SOMMAIRE

BIOGRAPHIE ...... BREL PAR LUI-MÊME................................................... I - LES GRANDS THÈMES............................................ La notion de héros brélien................................................ La vie............................................................................... La mort............................................................................
L'am 0 ur.. ... . .. ... .. .. .. .. .. .. .. .. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .

9 17 29 31 32 37 41 41 43 46 51 60 61 69 77 79 82 82 99

Les promesses de l'amour....................................... La réalité des femmes.............................................. Les contradictions du cœur tendre........................... L'éternel Œdipe? (la relation à la mère, l'image du père, la situation triangulaire impossible)................. La société......................................................................... Le satirique (la famille, l'école, la religion, l'armée, l'embourgeoisement) . Le solitaire (de l'individualisme au fatalisme; les impasses) . II - LE GRAND ART...................................................... Les intentions de l'artiste.................................................. Le travail de l'écriture ...................................................... (la concision, l'expression réaliste et imagée, la versification, la structure de la phrase, la composition) Une chanson "dramatique".............................................

7

(la mise en scène,

les éléments

dramatiques,

la

dégradation parodique) lOa L'univers poétique 116 (la suggestion indéfinie, l'imaginaire brélien, la fusion du moi et de l'univers, l'enfance retrouvée) 116 BIBLIOGRAPHIE . 125 126

DISCOGRAPHIE.

...

.........

8

BIOGRAPHIE SUCCINCTE

On aurait tort de trop chercher dans l' œuvre de Brel le reflet de sa vie et dans sa vie le décalque de son œuvre: cette réduction de l'homme à l'artiste, ou du chanteur à l'homme, a produit de nombreux malentendus, même s'il est vrai qu'il existe entre sa biographie et son univers artistique de nombreuses passerelles que nous soulignerons avec précaution.

L'enfance

et l'adolescence

(1929-1949)

Jacques Brel naît le 8 avril 1929 à Bruxelles dans un milieu de la bonne bourgeoisie belge. Son père, Romain Brel, un flamand francophone libéral, travaille dans une entreprise de cartonnerie familiale, les établissements Vanneste et Brel. Jacques reçoit l'éducation rigide et catholique propre à ce milieu: classe primaire à l'école privée Saint Viateur puis au collège de l'institut Saint-Louis, école libre jouissant d'une très bonne réputation. Il s'y révèle un mauvais élève, redoublant successivement plusieurs classes jusqu'à la troisième. Souvent premier en français, il chahute dans les autres matières et se retrouve à la porte de la classe. Il ne laisse pourtant pas ses maîtres indifférents et manifeste notamment des dons pour le théâtre: il est à l'origine d'une troupe théâtrale de l'école qui se déplace dans les paroisses de Bruxelles durant la guerre. Cependant, il doit arrêter ses études au terme de la troisième et

9

,

entrer sans enthousiasme dans l'entreprise familiale au servIce commercial. Dans le même temps, il participe à un mouvement de jeunesse de tendance scoutel, la Franche Cordée, s'occupant des

enfants des quartiers pauvres, commençant à chanter dans les
kermesses et les fêtes paroissiales, et manifestant déjà un rôle de leader et d'animateur dynamique. Cette enfance et cette adolescence dans la Belgique de l'avant-guerre, de l'occupation et de l'immédiat après-guerre, se reflètent peu dans l' œuvre de Brel. Quelques chansons et quelques déclarations gardent le souvenir d'une petite enfance étouffante, terne et morne où les adultes lui ont "volé le farwest". Il a tendance à noircir un passé moins sombre qu'il ne l'a peint, quitte à développer par ailleurs le mythe nostalgique de l'enfance idyllique. Néanmoins, cette période a fourni à Jacques Brel le terreau de son œuvre à venir: un climat, des paysages, des décors qu'on retrouvera aussi bien dans ses chansons que dans ses films. Cette éducation catholique et bourgeoise l'influence aussi bien par identification que par rejet: d'une part, les louveteaux, la Franche Cordée le marquent profondément, contribuant à la première veine idéaliste et scoute de ses chansons, lui fournissant une devise qui symbolise largement son existence: "plus est en toi", - d'où ce besoin constant de se dépasser, ce défi permanent qu'il se lancera durant toute sa vie à lui même. Mais d'autre part, à l'inverse, en réagissant contre le conformisme et l'étroitesse de cette éducation, Brel sera aussi le révolté qui dénonce la médiocrité des institutions sociales, religieuses et familiales qu'il a connues durant son enfance et son BreI,,2 va devenir de plus en plus adolescence. "L'abbé anticlérical et antimilitariste.

1. Plus jeune, il a été membre du mouvement des louveteaux. 2. L'expression vient de Georges Brassens, qui l'appela ainsi lors de ses débuts à Paris 10

L'homme qui chante (1950-1967) C'est dans le mouvement de la Franche Cordée qu'il rencontre "Miche" (Thérèse Michielsier) qu'il épouse en 1950 et dont il aura trois filles: Chantal (1951), France (1953), et Isabelle (1958). Tout en continuant à travailler dans l'entreprise familiale, il commence à chanter dans les cabarets bruxellois et, en 1953, il enregistre un premier disque chez Philips Belgique, un soixante-dix-huit tours avec Il y a, La Foire qui se vend à deux cents exemplaires. Cette même année, il saute le pas et quitte sa place de directeur commercial chez Vanneste et Brel pour tenter l'aventure à Paris. Les débuts sont difficiles dans les cabarets (Les Trois Baudets, L'Ecluse, L'Echelle de Jacob) et Jacques Brel doit endurer des critiques virulentes. L'année 1954 lui permet cependant d'enregistrer son premier microsillon avec Le Diable, Il peut pleuvoir et d'apparaître pour la première fois à l'Olympia en supplément de programme. Il fait venir de Belgique sa femme et ses filles, et ils s'installent dans une maison de la banlieue parisienne. Mais, quatre ans plus tard, Miche, qui s'adapte mal à la vie mouvementée de son marI,

retourne définitivement à Bruxelles avec ses filles.
Brel va connaître des hauts et des bas pendant plusieurs années: "J'ai débuté longtemps... pendant cinq ans" dira-t-il avec ironie, en portant plus tard un regard sur cette période. Ses rencontres avec François Rauber, en 1956, qui accompagne et orchestre désormais sa musique, puis avec le pianiste Gérard Jouanest, en 1958, vont contribuer à l'essor de son talent et à l'éclosion de ses grands succès. Il perce vraiment en 1958, passant à l'Olympia en vedette américaine et produisant en 1959 des chansons qui remportent enfin de grands succès: La Valse à mille temps, Les Flamandes, Ne me quitte pas. En 1961, Brel triomphe à l'Olympia. Pendant six ans, Brel et son orchestre vont faire des tournées incessantes à travers toute la France, et des récitals sur les grandes scènes internationales à un rythme endiablé!

Il

De 1962 à 1967, il donnera jusqu'à 350 représentations par an. Il effectue un véritable parcours du combattant à travers toutes les petites villes de province, cherchant toujours à reculer les limites de ses possibilités. Durant ses tournées, il trouve encore le temps d'écrire de nouvelles chansons et de progresser dans son art. Il triomphe également sur les scènes internationales : URSS, USA (le Carnegie Hall de New-York), Canada. Mais, à partir de 1966, il commence à parler de son départ: "Notre vie est finie quand on voit l'horizon". Jacques Brel a l'impression de n'avoir plus rien à découvrir sur la scène, il refuse "l'habileté" qui risque de remplacer la sincérité. Il a besoin selon son expression "d'aller voir", de chercher autre chose. Après des adieux mémorables à l'Olympia, il honore jusqu'à la fin de l'année 1967 les contrats signés, puis arrête définitivement le tour de chant à trente-huit ans. Durant ces années, la vie du chanteur Brel est faite de passion, de fidélité, de sincérité, mais aussi de contradictions, de dualité, d'ambiguïtés. Au plan professionnel, il s'est livré complètement, a été cohérent dans son attitude, et d'une grande honnêteté: refus des rappels à la fin des spectacles, concerts gratuits pour raison humanitaire ou amicale, maintien d'une première partie pour laisser la place aux autres et permettre la découverte de nouveaux talents, respect des contrats signés jusqu'au dernier, refus de mêler vie professionnelle et vie privée. On est parfois surpris, en revanche des contradictions entre sa vie privée et les "messages" (bien qu'il ait toujours refusé ce terme) de ses chansons. C'est que Brel est double: toujours partagé entre deux pays (Belgique et France), entre deux femmes (sa femme légitime et ses compagnes successives), entre deux âges (entre l'enfance et la vieillesse, il refuse l'état adulte: "on ne quitte jamais l'état d'enfance: ça n'existe pas, les adultes"l), entre deux enfances (l'enfance rêvée et idyllique, et les enfants réels). Autant il mythifie l'Enfance, autant son
1. Radioscopie avec Chancel - 1973.

12