La chanson de proximité

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Français
187 pages
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Description

Convaincu que la magie s'opère avant tout dans un cadre de proximité, l'auteur présente ici une analyse historique et actuelle des caveaux, cabarets et autres salles conviviales, à la fois berceaux et refuges des artistes majeurs de la Chanson d'hier et de demain. C'est une plongée au cœur de la Chanson authentique, vivante, éternelle, celle qui échappe aux contraintes et au formatage. Tendre, drôle ou rebelle, la Chanson est un acteur de la culture, surtout lorsqu'on l'écoute !

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Date de parution 01 juillet 2010
Nombre de lectures 198
EAN13 9782336280103
Langue Français

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Préface  Regardons le creux de nos mains… nous y sommes ? A priori, à l’échelle du lit d’un fleuve, d’une vallée suisse, d’un cratère lunaire, nos paumes sont des réceptacles bien dérisoires.  Mais enfin ! Les jardins ouvriers, la place Ménilmontant, une cour de récré le sont aussi. Pour autant, nous avons besoin de ces clairières, cernés que nous sommes par l’ombre des grands édifices.  Les cabarets, goguettes, caf’conc’, les petits lieux, quoi, opèrent de la même manière dans nos cités de murs des sons et de tours de décibabel. L’ami Michel viens ici vous parler avec force détail et chaleur de ces espaces qui ont vu naître, germer, croître des voix qui vous sont familières aujourd’hui. De ces creusets, ces trouées qu’il nous faut observer comme d’immenses terrains en friche.  Pour y avoir rencontré des publics curieux, attentifs, interrogatifs et des artistes aguerris ou débutants, gens généreux ou sévères qui m’ont tant appris de ce métier, je suis heureux de voir un livre qui chante ces petites scènes et leurs acteurs.  Vous verrez comme il tiendra bien dans le creux de vos mains… ALLAIN LEPREST
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Paulo majora canamus (chantons des choses plus relevées) (Virgile,Eglogues, IV, 1)Avantpropos C’est la gueuse des classiques, la petite bourgeoise blanche du jazz, la rombière ridée du rock, la mamie impotente du rap. Méprisée, ringardisée par ses enfants, elle s’exile, se réfugie dans des ghettos, s’internette discrètement dans la foule. On l’a mise en note et en mots sur le papier, gravée dans la cire, façonnée en tube, amplifiée jusqu’à l’insupportable, faite CD sous la contrainte des marchés et des techniques. On l’a affublée de qualificatifs pour mieux la cerner : « française », « à texte », « d’auteur », que saisje encore ? On a tenté de la dissoudre dans la « variété » ou dans les « musiques actuelles ». Des bienfaiteurs ou des proxénètes lui ont construit des temples et des zéniths. Elle s’est perdue dans les records de vente, formatée pour la multitude, prostituée et maltraitée, jetée à peine éclose. Elle a tout subi : la gloire, le mépris, l’indifférence. Elle a tout digéré, tout assumé. Elle s’est penchée sur nos berceaux pour nous rassurer ; elle nous a suivis à l’école pour forger notre mémoire ; elle nous a donné de l’énergie dans nos travaux, du courage dans nos luttes ; elle a mis des fleurs sur nos amours et sur nos peines ; elle accompagnera discrètement nos dernières douleurs. Elle nous survivra. De tout temps on a tenté de la contrôler, de la transformer, de la récupérer, de la tuer. Tous complices : les princes tyranniques, les affairistes du spectacle, les médias asservis, les techniciens arrogants, les consommateurs manipulés. Elle est toujours là, depuis que les oiseaux existent, insoumise, rebelle autant que maternelle. Elle dérange car elle refuse de se laisser enfermer dans les techniques qui la contraignent, dans les palais qui l’emprisonnent, dans les modes qui l’oppriment. On peut l’aimer parée d’oripeaux sonores puissants et clinquants, maquillée au goût du jour de couleurs choisies par d’habiles faiseurs de circonstance. On peut bouger, danser, hurler pour l’accompagner. Tout cela importe peu. Si elle n’a pas de mélodie, ce n’est que poésie ; si elle n’a pas de sens, ce n’est que musique. C’est
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sa famille, ce n’est pas elle. C’est dans l’intimité qu’elle est la plus forte. Lorsqu’elle est nue ou presque, dans la proximité du souffle d’air qui passe des lèvres aux oreilles, dans cette vibration magique d’une harmonie capable de vous toucher l’âme. C’est alors qu’elle parle simultanément au cerveau et au cœur. Stimulation et émotion sont ses atouts. La proximité donc est sa meilleure complice, dans l’échange et le partage. De tout temps, elle s’est épanouie dans la pénombre rassurante des caveaux, dans la chaude ambiance des cabarets, dans la complicité des plaisirs du nez et du palais, un peu hors du temps et des lois. C’est là sa source. Et c’est à la source qu’il faut boire lorsque l’on commence à douter de l’eau du robinet.
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