Langages et aphorismes dans la chanson congolaise

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Français
390 pages
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Description

La chanson congolaise, riche d'aphorismes, proverbes, verbes et apophtegmes, est analysée dans cet ouvrage ainsi que le masque onomastique. Tenter d'en donner un meilleur éclairage, en proposer quelques clés de compréhension. La problématique de ce livre est de cerner certains signifiants aphoristiques dans leur dimension sémiologique la moins équivoque, à partir des signes de langage poétique tels qu'ils sont mis en oeuvre dans leur ancrage local.

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Date de parution 01 février 2012
Nombre de lectures 156
EAN13 9782296481046
Langue Français
Poids de l'ouvrage 3 Mo

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Langages et aphorismes dans la chanson congolaise
COLLECTION « PENSÉE AFRICAINE » dirigée par François Manga-Akoa e En ce début du XXI siècle, les sociétés africaines sont secouées par une crise des fondements. Elle met en cause tous les secteurs de la vie. Les structures économiques, les institutions politiques tels que les Etats et les partis politiques, la cellule fondamentale de la société qu’est la famille, les valeurs et les normes socioculturelles s’effondrent. La crise qui les traverse les met en cause et au défi de rendre compte de leur raison d’être aujourd’hui. L’histoire des civilisations nous fait constater que c’est en période de crise que les peuples donnent et expriment le meilleur d’eux-mêmes afin de contrer la disparition, la mort et le néant qui les menacent. Pour relever ce défi dont l’enjeu est la vie et la nécessité d’ouvrir de nouveaux horizons aux peuples africains, la Collection « PENSEE AFRICAINE »à la quête et à la création du participe sens pour fonder de nouveaux espaces institutionnels de vie africaine. Dernières parutions J-M. ATANGANA MEBARA,Lettres d’ailleurs, 2011. Pontien BIAJILA IFUMBA,L’Existentialisme chez Gabriel Marcel, 2011.Brice POREAU,Extension de la théorie de la reconnaissance. L’exemple du génocide rwandais, 2011. Charles Jean Marie MINYEM,Descartes et le développement, 2011. Thierry AMOUGOU,Le Biyaïsme, Le Cameroun au piège de la médiocrité politique, de la libido accumulative et de la (dé)civilisation des mœurs, 2011. Koffi Célestin YAO,Création en contexte, Une pratique plastique aux croisements des cultures,2011.Berthe, LOLO,Schizophrénie, autrement…, 2011. Berthe LOLO,Les maladies mentales : logique et construction des signes et des symptômes, 2011.Jean Claude ATANGANA, Bilan philologique de l’Esquisse d’une théorie de la pratique: étudede Pierre Bourdieu comparée des éditions de 1972 et de 2000,2011.
Antoine Manda Tchebwa
Langages et aphorismes dans la chanson congolaise
Masques onomastiques
© L'HARMATTAN, 2011 5-7, rue de l'École-Polytechnique ; 75005 Parishttp://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr ISBN : 978-2-296-56296-7 EAN : 9782296562967
À mon regretté père Ntumba Mukundulu Pierre Lui qui n’a pu assister au sacre de ce dont il avait tant rêvé toute sa vie Et à ma mère Masengu muena Ngeleka, Pour que, elle au moins, puisse trouver dans sa solitude vespérale De quoi combler ses attentes de mère Au professeur Kambay Bwatshia, pour que lamentalistiquepropsère à jamais Comme science de l’homme pensant et sage de tout temps
Epigraphes
« Kinshasa-femme, Kinshasa-fleuve ou Kinshasa-langage, voilà une ville toujours pressée, étourdie, mais encore généreuse et créative. Comme cette infirmière, pourtant mal payée, qui est morte d’Ebola parce qu’elle refusait de porter un masque de protection par respect pour son malade. » Yoka Lye Mudaba, Kinshasa Signes de vie, 2001.
« On peut dire que la musique kinoise est le résultat d’un coït incestueux entre la ville et ses musiciens, autorisé et assumé consensuellement, pour la circonstance, de façon à favoriser la reproduction à l’identique — dans tous les tréfonds — de l’âme profonde de cette ville. Transmettant ainsi les pulsations les plus enfouies du Kinois à toutes les âmes sœurs, parce que toute musique se doit toujours de ressembler à son " lieu ", à ses racines, à son tronc, à son feuillage… Parce que, en plus, elle se veut toujours militante de la vie heureuse et du bonheur collectif, toujours porteuse d’espérance, toujours bâtisseuse de rêve et d’oasis intérieure, toujours dotée, comme le dit si bien Aimé Césaire, de " la force de regarder demain ", tout en quêtant continuellement hier et aujourd’hui. » Manda Tchebwa, Sur les Berges du Congo, on danse la rumba, 2003.
Introduction
Ce livre traite à la fois des postures et des effets de masques que reflètent inter alia la (sur)nomination ou l’usage du pseudonyme dans le milieu des célébrités de la musique congolaise autant que des aphorismes et autres subtilités du langage contenus dans certaines chansons congolaises. Dans un premier temps, il résulte de l’étude onomastique telle qu’elle est envisagée à travers ce travail, qu’à plus d’un titre elle est révélatrice d’une inventivité fulgurante et mutante, à la lisière du magique et du ludique. Ainsi ce livre nous permettra-t-il d’appréhender en leurs racines symboliques les principaux critères qui interviennent dans le processus de (sur)nomination ou de pseudonymie. Ce qui de surcroît permet de voir comment — dans un contexte de concurrence extrême, parfois implacable — pour survivre artistiquement et plastiquement l’artiste doit se dédoubler chaque fois, à partir d’un procédé qui, en se fondant sur une mécanique complexe d’intériorisation des identités d’autrui, tient tout à la fois d’une exigence esthétique, artistique et d’un rite magique. Ce qui laisse entendre, quoique de manière implicite, que l’homme-artiste-dieu pour entrer en résonance avec la sphère magico-symbolique qui régente son univers, se doit de renouveler à la fois son identité intime et son aura. Chacun empruntant des codes référentiels particuliers dans un mélange d’exotisme, de totémisme, de provocation, de joute, de mystère et de transgression… Ce qui permet à la nouvelle altérité ainsi forgée, à partir d’un simple coup de gueule, de se frayer un chemin dans la forêt compacte des habitus. Ainsi, le port du masque, comme chez Gombrowicz, correspond-il ici aussi « à un jeu théâtral qui permet de prendre ses distances à l’endroit des formes sclérosées du moi et de faire éprouver, grâce à cet artifice même, le sentiment d’authenticité que procure la sortie momentanée des conventions, l’apparition de l’imprévu, de l’inédit, du non-encore-formé » (Garand, 2003). Et cela quoique par moments les critères de substitution ne reposent pas fondamentalement sur le même socle identitaire, c’est-à-dire sur l’ancien prénom chrétien ou sur le nom africain. C’est en cela que l’étude des noms, surnoms, prénoms et autres sobriquets, devient intéressante, dans la mesure où l’onomastique (leur objet) les considère « d’une part comme fait de langage, c’est-à-dire relevant de la linguistique et impliquant la prise en compte d’études de vocabulaire commun, de nomenclature, de recherche étymologique ; d’autre part, comme désignant une réalité qui peut être d'ordre topographique, archéologique, historique ou sociologique » (Mulon, [1977] 1987).
Dans cet ordre justement, il nous sera donné de voir que les modalités de (sur)nomination ou de pseudonymie, au-delà du sens de la fantaisie que leur confèrent parfois leurs porteurs, se colorent aussi bien souvent d’idéologies « infléxionnelles » (Ngoma Binda, 2003) et surdéterminantes. Idéologies qui sont autant de moyens d’exprimer sa soif de vaincre et de se hisser durablement au sommet de la gloire, tout en s’inscrivant dans l’esprit du principe juridiqueprimus inter paresparmi les égaux). C’est ce qui explique que tout, dans cette (premier quête de surpassement, au-delà de l’anecdote, se cristallise dans un moule chargé d’effets nettement exotiques majorés souvent de mystifications, seuls artifices capables de mobiliser l’attention des gens autour de sa personnalité. C’est en relisant Sylvain Bemba, lui-même grand usager de masques onomastiques, qu’il est donné de se rendre compte à quel point il est important aux chansonniers congolais de muter régulièrement leur espace onomastique. C’est que chaque fois que l’artiste ajoute une nouvelle médaille sur sa toge demaître ès chanson, chaque fois que s’ouvre une nouvelle tranche dans sa carrière, à chaque étape de son évolution, de ses pérégrinations, l’artiste tout comme le héros romanesque « change de nom, comme si de garder le même aurait constitué une sorte d’entrave à son essor, comme si le signe de la renaissance qu’est le nom aurait gravement affecté la plénitude, la liberté de son action. Le pseudonyme colle parfaitement avec l’obsession d’une existence plurielle, avec le rêve d’un destin ubiquitaire… » (Bokiba, J.-P. 1997 : 62). Aussi avec la soif de surexposition et de survalorisation de son ego, ici arrimée à un processus agonal qui, à la manière d’une éclipse lunaire, participe de l’extinction momentanée de son nom premier. Pour une lisibilité idoine du champ onomastique, la mise en thème de ce pôle identitaire a nécessité une exploration beaucoup plus abyssale, fondée sur des critères objectifs portant sur la dimension historique, génétique, idéologique, sentimentale, esthétique, culturelle, morphologique… des principaux surnoms d’artistes à partir d’un corpus qui remonte par moments jusqu’au début de l’histoire de la chanson congolaise urbaine (années 40-50), et que l’on aura le plaisir de redécouvrir ici à la manière d’un vieux manuscrit à la calligraphie élégante, dont chaque page laisse voir des beautés cachées. Ces critères sont autant d’angles à partir desquels il est possible de saisir les motivations intimes qui permettent de guider le choix de tel ou tel autre surnom ou pseudonyme. Bien entendu, nous sommes conscient que malgré toutes ces précautions, nous ne pourrions être totalement à l’abri de quelque erreur d’interprétation, si tant est que la versatilité de justifications qu’en donnent les porteurs de masques eux-mêmes n’est pas de nature à faciliter les choses. Il n’empêche qu’un tel effort de relecture permet tout juste de reformater le corpus onomastique des chansonniers congolais pour mieux les connaître. À l’idée surtout que l’espace onomastique de la chanson congolaise est un lieu où la symbolisation et la mystification du surnom échappent encore à la finitude de l’état civil officiel. Ainsi à travers une étude plus ou moins cohérente, à peine explorée par les chercheurs (hormis l’intéressant article de Tshimanga Tshiambayi Dieudonné consacré aux aphorismes, 2004), il nous incombe de
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