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Le chant du masque

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Description

S'appuyant sur une étude ethnomusicologique du masque et de ses rituels en pays Wè de Côte d'Ivoire, l'ouvrage éclaire la façon dont la voix et le chant peuvent constituer le vecteur privilégié de la tradition et de la mémoire d'un peuple. Le masque chanteur dans le gla et une "voix masquée" dans le kwi se révèlent pièces maîtresses de ces institutions.

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 01 novembre 2011
Nombre de lectures 40
EAN13 9782296473621
Langue Français
Poids de l'ouvrage 2 Mo

Informations légales : prix de location à la page 0,0005€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Le chant du masque
Une enquête ethnomusicologique
chez les Wè de Côte d’Ivoire

Études Africaines
Collection dirigée par DenisPryen etFrançoisMangaAkoa

Dernières parutions

Adon GNANGUI,Côte d’Ivoire : 11 avril 2011.Le coup d’État
de trop de laFrance enAfrique, 2011.
Boubacar OUMAROU,Pasteurs nomades face à l’État du
Niger, 2011.
e
Thierry BANGUI,La ville, un défi duXXIsiècle. Essai sur les
enjeux de développement urbain en Afrique, 2011.
Ahoué DJIE,La jeunesse ivoirienne face à la crise enCôte
d’Ivoire.Le point de vue des jeunes, 2011.
Jocelyn OLOMO MANGA,Les divisions au cœur deL’UPC,
2011.
RudyMBEMBA-DYA-BÔ-BENAZO-MBANZULU,Le
MÙUNTÚ et sa philosophie sociale des nombres, 2011.
G. Bertin KADET,Let de sécurité de laa politique de défense
Côte d’Ivoire,2011.
Patrick DEVLIEGER et Lambert NIEME (éd.),Handicap
et société africaine.Culture et pratiques, 2011.
Rodrigue LEKOULEKISSA,L’électrification enAfrique.
Le cas du Gabon (1935-1985), 2011.
André MBATA MANGU,Abolition de la peine de mort et
constitutionnalisme en Afrique, 2011.
Ahmed BELLO,Les libertés collectives des travailleurs,2011.
Mathurin C. HOUNGNIKPO,L’Afrique au futur conditionnel,
2011.
Michel KOUAM et Christian MOFOR, Philosophies et cultures
africaines à l’heure de l’interculturalité, Anthologie tome 1 et
2,2011.
Baudouin MWAMBA MPUTU,LeCongo-Kasai
(18651950),De l’exploration allemande à la consécration de
Luluabourg, 2011.
André-Hubert ONANA-MFEGE,Cameroun, Nigeria,
ONU.Entre la force de la palabre et la primauté du droit,
2011.
Moïse Tchando KEREKOU,Union africaine et processus
d’intégration, 2011.

Aurélie Mongis

LE CHANT DU MASQUE
Une enquête ethnomusicologique
chez les Wè de Côte d’Ivoire

L’Harmattan

© L’Harmattan, 2011
5-7, rue de l’École-Polytechnique ; 75005 Paris
http://www.librairieharmattan.com
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr
ISBN : 978-2-296-56372-8
EAN : 9782296563728

Avec tous mes remerciements à Éric Meloche, enseignant-chercheurà
l’Université de Tours, ethnomusicologuepassionné,quiagénéreusement
partagé“son” terrainet guidémes premiers pasdans l’enquête, ainsi qu'à
mes précieux informateurset interprètesAlainBlé etÉricGueiBa, dont je
n’oublierai pas le dévouementet lagentillesse,nicelle deleursfamilles.

J'exprime aussi magratitude àtroisautresenseignants-chercheurs:
ème
VincentCotro pour sonaideprécieuse et laprésentationdel'ouvrage(4de
couverture), HenriMongis pour ses relectureset sesavis… paternels, et
MichelNoiray pour sesconseilsen vue de cettepublication.

MercienfinàAlexandreBertrel quiarendu plus lisibles mes visuels, età
mesamis musiciens qui,sur mesenregistrements,m'ont ouvertd'autres
oreilles…

INTRODUCTION

Le masque est un sujet auquel serattacheune bibliographietrès vaste.
Ethnologues,spécialistesd’art “premier” oud’artcontemporain,
collectionneurs,historiens,ouencoreprofessionnelsdu spectacles’y sont
intéressés,tous y trouvantdesenjeux pour leurdiscipline.C’est quele
masque auncaractèreuniversel.Il n’est pasd’époque etd’airegéographique
où il neserencontre,qu’il s’agisse des masquescultuelsenAfrique, en
Amérique duSud etenAsie, des masquesdans lethéâtre chinois,
vietnamien oudans lenôjaponais, des masquesde carnavals occidentaux
depuis le Moyen-Âge,oubien sûrdes masquesdel’antiquitégrecqueou
1
romaine dont lesfonctions restentàmaintségardsénigmatiques .

Qu’enest-ildu masque africain ?Sesaspectsartistiques,symboliques,
fonctionnelsetcultuels ontfait l’objetdenombreux travaux.Des spécialistes
occidentaux sontdevenuscapablesd’analyseravecprécision les masques
faciaux, de déterminerassez sûrement leur origine ethnique, d’apprécier leur
valeurartistique, etaussid’établir leur valeur marchande...Ceux-làne
prennent généralementencomptequela facesculptée du masque.D’autres
spécialistes s’efforcentd’aborder lemasque dans saglobalité, c’est-à-dire de
considéreràla fois l’objet quidissimule et métamorphosela face d’un
porteur,l’ensemble ducostume“des piedsàlatête”, etaussi l’entitéque ce
masque estcenséincarneravecl’ensemble des significations qu’elle
présentepour la communauté.C’esten général l’approche desethnologues.

Partageant la conviction quelemasque doitfairel’objetd’une approche
globale,jeprésenteici une étudeethnomusicologiquedu masque africainen
pays guéré.LesGuérésontaveclesWobéles représentants les plus
septentrionauxdesKrou occidentauxdela Côte-d’Ivoire appelésWè.Leur
populationestd’environ 220 000 personnes,soit lesdeux tiersdesKrou.
EllesetrouveglobalemententrelesdeuxfleuvesSassandra àl’Estet
Moyen-Cavallyàl’Ouest.LesGuérésontdoncun sous-groupe desWè.
Vivant leplusau sud,ils occupent les sous-préfecturesde Bangolo,

1
Pour se faireuneidée del’universalité du masque, consulter les ouvrages synthétiques:Le
masquede Geneviève Allard etPierre Lefort ;Les masquesde Jean-LouisBedouin ;Masques
de RogerCaillois ;ouencoreLe masque. Du rite au théâtre,sous la directionde Béatrice
Picon-Vallin, dont les référencesfigurentenbibliographie.

9

Douékoué, Guiglo, Taï, BloléquinetToulépleu.Cette assimilation
géographiquerendlégitime etcourantel’assimilation lexicale entre Wè et
Guéré.Une carteplacée enannexepermettra desituer les villeset villages
mentionnésdanscetravail.Lelecteur sereportera aux ouvragesd’Alfred
Schwartzcitésdans la bibliographiepourdes précisions sur lasituation
géographique,lapopulation,lalangueparlée et les structures sociopolitiques
de cette contrée.Evidemment, desdonnées relativesàlapopulation
(évolutiondémographique,localisation,mode degouvernement...) ont pu
êtresensiblement modifiées par lagrave crisepolitiquequibouleversela
Côte-d’Ivoire depuiscesdernièresannées.
Al’origine,j’avaisétéinformée delaquasi omniprésence delamusique
lorsdes rituelsavecmasquesdanscetterégion occidentale dela Côte
d’Ivoire.J’avais immédiatement pressenti quelamusique associée aux
masques n’avait pas une fonctionaccessoire.Unepremière enquête de
terrainenfévrier 2001 m’ena fourni la confirmation, d’oùarésultéun
1
premier travail .Lorsde cette découverte du pays wè,jemesuis surtout
attachée àécouterlamusique et les sonscaractéristiques produits lorsde
l’exhibitiondes masques.Quatre éléments sonores:leschœursd’hommes,
leschœursde femmes,les instrumentsdemusique(notamment les tambours
depeaux,les tamboursde boisetautres idiophones), ainsi queleseffets
vocaux produits par lemasquemême,m’étaientalorsapparuscomme
formant lesélémentsconstitutifsd’un vasterituel, celuidela sortie du
masque.Pour la compréhension globale de cerituel,jemesuisattachée à
dégager l’importance de cequej’aiappelé« l’environnement sonore et
musicaldegla»,glaétant lemot guérépour lemasque, dont on verrala
richepolysémie.Peuàpeu,j’ai réaliséque cetenvironnement renseignait
largement sur la communautéguéré,montrantainsi savaleur
ethnomusicologique.Qui plusest,leséléments recensés mesontapparus
comme contribuantessentiellementàl’expressiondu masque.Aussi mon
2
premier travaila-t-il puexaminer « lavoixdu masque» .Lavoix ne fut pas
iciconsidéréesous l’anglerestreintd’un outil phonatoire,maiscomme
l’ensemble des éléments sonores totalisant l’expression du masque.
Globalement,jel’aienvisagée comme cequi “donnevie” oucorpsau
masque, comme cequi,sansaltérer sasacralité,sansaffaiblir lemystère de
saprovenance,l’insère dans lemonde des humains.
Leprésent ouvrage est lerésultatd’uneseconde enquêtesur leterrain,
réalisée fin 2001-début 2002.Elles’estdéroulée à Bédy-Goazon - village

1
Cette enquête avaitétéréalisée dans le cadre d’un travailde Maîtrise demusicologie à
l’université de Tours (annéeuniversitaire2000-2001).
2
Lemémoire de Maîtrises’intituleprécisémentLa Voix du Masque. Approche synthétique de
l’environnement sonore et musical de gla chez les Wè deCôte d’Ivoire.A cejour,ildemeure
inédit.

10

dont notreinformateur principalÉric GueiBa estoriginaire-etdans
d’autres villagesàproximité, comme aussià Guiglo,lasous-préfecture du
pays wè.
Le choixderevenir sur leterrain guéré, dans lemêmevillage etavecles
mêmes informateurs, était motivépar undoubleobjectif.D’abord, celui
d’élargir laperspective d’étudequiavaitété celle demon premier travail,
lequelavaitdéjàprétenduàune approchesynthétique.J’avaisconstaté
l’existence de différentescatégoriesdemasquesetenavaisexaminé
certains,merendantdonc attentive àleurenvironnement sonore et musical.
Jesouhaitaisétendre cette étude à d’autres typesdemasquesdansd’autres
contextesdesortie(lorsdelapremière enquête,il s’agissaitde funérailleset
dela bénédictiond’unesaison), dansdes lieuxetavec des répertoires
musicauxeuxaussidifférents.Car pouvais-jem’en teniraux quatre éléments
musicaux répertoriésdurant les sortiesdemasques lorsdu séjour précédent ?
Lamusique était-elletoujourset partoutaussi présente?Quantau second
objectif de cettenouvelle enquête, c’étaitceluid’étudier une catégorie
particulière demasques:lemasque chanteur.Eneffet,l’institutionglaen
pays wè comporte différents typesdemasques que distinguent
fondamentalement leursfonctionsau seindelasociété.Dans levaste cortège
de“personnalités masquées”,ilexiste ainsi un masquequalifié dechanteur:
leble gla.M’intéressantàlamusique associée àlasortie des masques, aux
caractéristiques phoniquesdes masques s’exprimant vocalement, cette figure
a bien sûrdavantageretenu monattention.D’autant quele chantd’un
1
masque est un phénomène assez rare,sur lequel il yapeudetémoignages .
Lorsdemon premier séjour,j’avais obtenu quelques informations surble
gla,mais nel’avais pas vu.On nepeut pas “fairesortir” un masquesans
motifjustifiant pleinement saprésence, etcesont seulement lesdignitaires,
initiésdel’institution,qui peuventendécider.
Jesuisdoncrevenue enquêter sur leterraindans levif désird’assisteràla
sortie d’unble glaetd’entendre cettevoix très particulièrequ’onavait tenté
deme décrire.Et la chancem’asouri…Ducoup, c’est le deuxièmeobjectif
du travail quiestdevenu prioritaire :la concentration surce“personnage”.
Cela a-t-il suscitépourautant unerestrictiondemonapproche de
l’institutionglapar rapportàlaprécédente?En réalité,lemasque chanteur
m’estapparucommeunepiècemaîtresse del’institution,ouvrantdes
perspectivesélargiesderecherche.

Pour l’étude de ceble gla,mes matériaux sontconstitués par les notes
prises lorsdesentretiensavecles informateursAlainBlé etÉric GueiBa,
mes observations personnelles,lesenregistrementsaudio,vidéo, et les
photographies réalisés sur leterrain.Ilest regrettablequelasortie duble gla

1
Cf. lepréambule delapremièrepartie.

11

sesoit produite assez tard,quatrejoursavant la finprogrammée du séjour.
Mais on ne choisit pas la date d’unesortie demasque !L’informateur qui
m’avaitconduitesur les lieuxdel’enquête a été aussi moinsdisponible ces
derniers jours, en sortequej’ai recueilli peude commentaires sur le contexte
del’événement.

La dernièrepartie del’ouvrage concernekwi.Cemotdésigne àla fois
unepuissancevénérée etcrainteparcertainsWè et uneinstitution secrète
comme celle degla.En revenanten pays guéré,jen’avais pas spécialement
leprojetdetravailler surkwi:une autreinstitution,peud’écrits, des
informateurs guèreloquaces sur lesujet, bref,peuderaisonsdes’yattarder.
Maiscontretoute attente, ayantétéletémoindemoments marquants lors
d’uneinitiationdejeunesfillesde familles relevantde cette autreinstitution,
j’aientenduàplusieurs reprises le chantdekwi.Progressivement,jemesuis
rendue compteque,pourêtre deux objetsd’étude biendistincts,kwietgla
présentent un grandnombre desimilitudes.Cequiavait pu m’êtreprésenté
commeunantagonismenel’était peut-êtrepas tantfinalement...Kwietgla
ontencommun unevoix masquée,lamusique,le chant parfois, etenfin une
fonctioncérémoniellerituelle.Autantdesimilitudes qui m’ont incitée à
porteraussi monattention sur l’institutionkwietàluifaireuneplace dans
monétude.

Celle-ci met principalementenavant une enquêtesur leterrain.Maiselle
s’attache aussiàprendre encomptelesécritsdes précédentschercheurs sur
lesujet.Mes observationsconfirment, enrichissent,parfoisaussi mettenten
doute certains points.Une bibliographie aussiexhaustivequepossible a été
établie des premières missionsethnographiques jusqu’ànos jours.

L’études’articulera en trois parties.Dans lapremièrepartie,intitulée
«Ble gla, chanteur officieldel’institutiongla »,je fourniraidesélémentsde
compréhension surglaen tant que« masque et institution»en pays wè
(chap.A).Oncomprendramieuxainsidans quelcontextes’inscrit «ble gla,
masque chante(ur »chap.B).La deuxièmepartie,intitulée« le chantde
deuxble gla», décrira etanalysera deuxévènements majeurs ou tempsforts
sur mon terraind’enquête, àsavoir lasortie et le chantduble gla
1
«Bãneme» (chap.A)etceuxduble gla«Lesegniĩ» (chap.B).Enfin, dans
latroisièmepartie :«Kwi: au service delamêmetradition,unautre chant
masqué»,jetenterai une approche dekwiquiconstitue« une autre
institution,une autrevoix »(chap.A)etfournirai les résultatsdel’enquête
sur « le chantdekwidans le contexte d’uneinitiation » (chap.B).

1
Pour laprononciation,voiràla findel’ouvragelanotequifigure en introductiondu lexique
des termes guérémentionnés.

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PREMIÈRE
PARTIE

BLE GLA,CHANTEUR OFFICIEL

DEL’INSTITUTIONGLA

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