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Musiciens de jazz New-Yorkais

De
126 pages
Ce livre constitue le troisième volet d'une approche du hard bop. Il précise une présentation générale de ce mouvement. New-York a produit non seulement de nombreux musiciens qui comptent, et dont plusieurs d'entre eux ont été des fondateurs et/ou des leaders inconstestés du hard bop. Mais cette ville a aussi représenté un lieu vers lequel ont convergé les musiciens de toute provenance pour contribuer à l'épanouissement et à la consécration de cette musique.
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MUSICIENS DE JAZZ NEW-YORKAIS

Collection Univers Musical dirigée par Anne-Marie Green

La collection Univers Musical est créée pour donner la parole à tous ceux qui produisent des études tant d'analyse que de synthèse concernant le domaine musical. Son ambition est de proposer un panorama de la recherche actuelle et de promouvoir une ouverture musicologique nécessaire pour maintenir en éveil la réflexion sur l'ensemble des faits musicaux contemporains ou historiquement marqués.

Dernières parutions
GARANT Dominic, Tristan Murail: une expression musicale modélisée, 2001. DALLET Sylvie et VEITL Anne, Du sonore au musical, cinquante ans de recherches concrètes (1948-1998), 2001. GIACCO Grazia, La notion de «figure» chez Salvatore Sciarrino, 2001. CICCONE Louis, Les musiciens aveugles dans l'histoire, 2001. VICHERAT Mathias, Pour une analyse textuelle du rap français, 2001. GILLES Clotilde, Un univers musical martiniquais: les swarès bèlè du Nord atlantique, 2001. MAS Christian, CI. J. Rouget Lisle: une interprétation politique, entre lettres et musique, 2001. ROSSELOT Bernard, Aventuriers et griots, de la galère à la profession, 2001. GUILLON Roland, Le jazz de quatre cités, hard boppers de Chicago, Detroit, Pittsburgh et Philadelphie, 2000. BARAT Sylvie, Jorge Donn par le ballet du xx!me siècle, 20001. PECOT-DOUATTE Sylvie, A la recherche d'Edelmann, le musicien guillotiné,2001. FAURE Michel, José Serebrier, un chef d'orchestre et compositeur à l'aube du xxrme siècle, 2002. Leiling Chang Melis, Métissages et résonances, 2002. JEDRZEJEWSKI Franck, Mathématiques des systèmes acoustiques. Tempéraments et modèles contemporains, 2002. GOMES RIBEIRO Paula, Le drame lyrique au début du xx!me siècle. Hystérie et Mise en Abîme, 2002. BOYER Henri, Les cantates sacrées de Jean-Sébastien Bach, 2002. ROY Stella-Sarah, Musique et traditions ashkénazes, 2002. GASQUET Lisou, Gainsbourg en vers et contre tout, 2003.

ROLAND GUILLON

MUSICIENS

DE JAZZ NEW-YORKAIS

LES HARD BOPPERS

L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique 75005 Paris FRANCE

L'Harmattan Hongrie Hargita u. 3 1026 Budapest HONGRIE

L'Harmattan UaUa Via Bava, 37 10214 Torino ITALlE

cgL'Harmattan, 2003 ISBN: 2-7475-3970-9

à Ferdinand, Armand, et Aurèle

AVANT -PROPOS Ce livre constitue le troisième volet de notre approche du hard bop. Il précise la présentation générale de ce mouvement, Le hard bop, un stYle deJaZ~ que nous avons publiée en 1999. Et il complète notre étude du vivier qu'ont constitué quatre villes du nord-est des Etats-Unis, Le JaZZ de quatre cités, hard boppers de Chicago, Detroit, Pittsburghet Philadelphie,parue en 2001. Nous abordons maintenant le gisement new-yorkais de ce mouvement musical. Car celui-ci a formé de nombreux musiciens qui comptent. Quelques uns comme fondateurs. Beaucoup d'autres en tant que leaders ou animateurs de premier rang. New York a aussi représenté pour le hard bop pendant les années cinquante et la première moitié des années soixante un lieu particulièrement stratégique. Car c'est ici qu'ont convergé très tôt non seulement les musiciens des quatre cités que nous avons déjà étudiés, mais aussi beaucoup d'autres issus des autres régions des Etats-Unis.

INTRODUCTION

FONDEMENTS

HISTORIQUES

L'histoire de New York a commencé avec celle d'une île, Manhattan. Celle-ci délimitée à l'ouest par l'Hudson River, au nord par l'Harlem River, et à l'est par l'East River, est restée le cœur de cette ville. New York est depuis le dix-neuvième siècle la première ville des Etats-Unis. Elle compte près de huit millions d'habitants; la zone urbaine plus de quinze millions. Sa croissance démographique est la résultante de multiples vagues d'immigration de populations qui ont fui la misère ou les persécutions. Et pour le sujet que nous traitons, on doit évoquer l'apport qu'ont été les migrations des Noirs du sud des Etats-Unis. Et en particulier le fait qu'ils se sont regroupés sur une partie de Manhattan, Harlem. Les Noirs représentent vingt pour cent de la population de la ville. Et plus de la moitié d'entre eux est concentrée sur Harlem, où ils sont majoritaires à près de quatre vingt pour cent. Harlem était au départ une banlieue chic de la ville. Elle a été le théatre de plusieurs événements importants. Ainsi la construction du métro au début du vingtième siècle a été la cause d'une arrivée massive de travailleurs. Et divers revers dans le domaine économique ont contribué aussi à en faire un ghetto. Les Noirs ont investi progressivement les quartiers délaissés par les Blancs. Et les plus pauvres d'entre eux se sont fiXés sur plusieurs quartiers, Brooklyn, Bedford-Stuyvesant et Brownsville. En même temps Harlem s'est imposé au cours des années vingt comme le lieu d'une créativité exceptionnelle dans les domaines artistiques et culturels. C'est dans ce cadre que s'est opéré un mouvement de renaissance et de rayonnement de la culture noire. Tant sur les plans de la littérature et des arts plastiques que dans le domaine musical. Avec, bien sûr, un essor du jazz sur lequel nous allons revenir. Une telle situation a aussi cristallisé de nombreux problèmes sociaux et politiques. Soit autant de défis à relever pour la 9

communauté noire. Communauté qui a fait élire ses premiers représentants au conseil municipal de la ville dès cette époque. Ceux-ci ont contribué à développer les services hospitaliers et les crèches. Et ils ont fait recruter des médecins noirs par la ville. Mais pendant cette période les rapports entre communautés se sont aussi durcis. La bourgeoisie noire s'est en particulier sentie exclue sur le plan religieux. Elle a développé ses propres églises avec des rites spécifiques: églises baptistes, méthodistes, épiscopales, incluant parfois des rites africains. Cet aspect est important pour la culture musicale des jazzmen. Car nombre d'entre eux ont traversé ces lieux pendant leur enfance et leur jeunesse. Ainsi l'écrivain et critique musical noir américain Leroi Jones évoque-t-il la force et la puissance des chants et des rythmes de plusieurs églises « les plus noires », la Sanctified Church, l'Holly Roller Church, ou encore le Grace Temple. Et c'est aussi à cette même époque qu'est réapparue une forme de nationalisme noir. Nationalisme dont on retrouvera une résurgence au moment des années soixante. Le mouvement nationaliste fut d'abord incarné par un noir jamaïcain, Marcus Garvey, débarqué à New York en 1916, avec pour projet d'inciter les Noirs américains à revenir en Afrique. Après l'échec de celui-ci, ce sont les Black Muslims qui ont pris le relais. Implantés au début à Newark, Pittsburgh, Detroit et Chicago, ils se fiXeront à New York dans les années cinquante. D'autres mouvements se développeront pour soutenir les luttes menées dans les Etats du Sud. Le point d'orgue de ces luttes sera atteint en 1963 avec les événements de Birmingham (Alabama), ainsi que la marche sur Washington pour les droits civiques des Noirs. Et cette même année, se constituera à N ew York un comité national de coordination entre plusieurs organisations noires radicales. Enfin dans la seconde moitié des années soixante, émergera une forme de revendication politique, économique et culturelle, avec la constitution du Black Power. Celle-ci aura un large écho auprès d'une partie des musiciens de jazz noirs américains ~es batteurs Max Roach et Joe Jones, le saxophoniste Archie Shepp, le trompettiste Bill Dixon). Ces derniers revendiquant et agissant spécifiquement dans leur cadre professionnel pour prendre le contrôle des circuits de production et de diffusion de leur musique. N ew York a été aussi le lieu de tensions raciales dont certaines se sont soldées par des émeutes. Ainsi en août 1943 l'une 10

d'elles a été déclenchée par une agression commise par un policier blanc contre un soldat noir. Elle s'est soldée par cinq morts et cinq cents blessés. Une autre émeute a eu lieu en 1964 à partir d'une altercation entre un îlotier blanc et des teenagers noirs. Elle a fait un mort, cent dix huit blessés et cinq cents arrestations. Elle constituait le signe avant-coureur d'une séquence d'explosions raciales qui ont secoué les ghettos noirs de plusieurs villes des Etats-Unis en 1965, 1966 et 1967. Harlem, ainsi que l'autre quartier noir situé sur la rive continentale nord, le Bronx, ont été le champ des luttes politiques des Noirs. Celles-ci ont opposé deux courants, les partisans et les adversaires de l'intégration. De tels mouvements ont été incarnés pendant les années soixante par deux leaders noirs. L'un est le séparatiste Malcom X, du mouvement des Black Muslims. L'autre est le pasteur Martin Luther I<.1ng,figure emblématique du Mouvement des Droits Civiques. New York a contribué de façon éminente au développement et au rayonnement du jazz. Nous en rappellerons ici les principales étapes. D'abord, celle du jazz classique qu'ont animé de prestigieux pianistes, ainsi qu'une pléiade de grands orchestres restés célèbres. Ensuite celles qui correspondent aux styles qui se sont développés à partir du be bop. Soit autant de phases plus spécifiquement représentées par les petites formations des plus grands instrumentistes de chaque époque. Nous évoquerons aussi le rôle qu'ont joué dans cette histoire les clubs les plus réputés de la ville. Et, bien entendu, plusieurs labels discographiques qui ont symbolisé le hard bop. Deux pianistes ont assis la réputation jazziste de New York

en sublimant les canons du piano stride

1

sous la forme d'un style

localisé, le Harlem stride. L'un est Willie Smith The Lion (1897-1973). Né à New York, il grandit à Newark. Il suit sa famille à New Y ork en 1912 où sa mère l'initie à la musique. L'autre est Fats Waller (19041943). Pianiste, organiste et chanteur, c'est l'un des plus grands pianistes de l'histoire du jazz. Il sera initié au piano et à l'harmonium
1 Soit une figure d'accompagnement caractéristique de la main gauche, la pompe, marquant de manière plus flexible les accords, tout en permettant de multiplier les motifs et les combinaisons de la main droite. Il

par son père, un pasteur de l'Eglise Baptiste. Et il sera piloté pendant sa jeunesse par Willie Smith. Ces deux pianistes étaient en fait redevables au pianiste qui avait le premier introduit le stride en abandonnant le ragtime, James Pete Johnson (1894-1955), originaire du New Jersey. N ew York a été aussi le lieu de rassemblement d'un ensemble impressionnant de grands orchestres du jazz classique. Ceux des pianistes Fletcher Henderson (1898-1952) et Duke Ellington (18991974). Ceux des saxophonistes Don Redman (1900-1964) et Jimmie Lunceford (1902-1947). Ceux du chanteur Cab Calloway (1907-2000) et du batteur Chick Webb (1909-1939). Sans compter nombre de petites formations de jazz classique. Celles-ci se multiplieront avec les trois styles de jazz suivants, - le be bop, le hard bop et le free jazz - , qui constituent l'épine dorsale du jazz moderne. 2 Au début des années cinquante, des musiciens noirs américains réagissent contre un style de jazz - le jazz cool - développé depuis 1948 pour introduire davantage d'équilibre et de mesure dans les improvisations et l'écriture de la musique de jazz. Ces musiciens le considèrent comme un affadissement du be bop, autre style de jazz essentiellement animé et incarné depuis 1941 par deux grands créateurs: le trompettiste John Birks Gillespie et l'altiste Charlie Parker. Et l'on trouve aux côtés de ces deux musiciens plusieurs newyorkais comme le batteur Max Roach, les pianistes Thelonious Monk et Bud Powell qui seront les cofondateurs du hard bop. On remarque aussi un peu plus tard les débuts d'autres musiciens new-yorkais plus jeunes comme les saxophonistes Sonny Rollins et Jackie McLean qui deviendront à leur tour des leaders. Ensemble, tous ces musiciens s'engagent dans une démarche

de réhabilitation harmonique et mélodique du blues

3

dont les

2 Par style de jazz nous entendons un ensemble d'éléments harmoniques, mélodiques et rythmiques qui constituent une approche spécifique du genre musical qu'est le jazz. Une telle spécificité est inscrite dans une histoire globale. Elle marque à la fois des continuités et des ruptures avec d'autres styles. 3 Le blues est une forme de folklore chanté à l'origine par les Noirs américains dont les caractéristiques ont été reprises dans la musique de jazz: une structure de base de douze mesures, un infléchissement des notes - sous la forme de bémols aux troisième, cinquième et septième degrés de la gamme majeure et mineure. 12