Traditions voyageuses dans l
153 pages
Français

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Traditions voyageuses dans l'espace francophone

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Description

La problématique des traditions voyageuses est examinée dans ce livre sous trois axes : résistances culturelles et créolisation, musiques de mondes culturels métissés, des traditions et savoir-faire en perpétuel mouvement. Le DVD inclus dans l'ouvrage permet de découvrir certains des «passeurs de mémoire». Sont exposées et étudiées les traditions orales populaires liées aux rencontres entre des peuples éloignés, provoquées par les aléas de l'histoire. Des « mémoires entrelacées » qui ont entraîné la diffusion des cultures orales originelles aux quatre coins du monde, suscitant, entre autres, l'avènement des mouvements musicaux les plus emblématiques du XXe siècle.

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 14 novembre 2019
Nombre de lectures 0
EAN13 9782336885926
Langue Français
Poids de l'ouvrage 8 Mo

Informations légales : prix de location à la page €. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

Couverture
4e de couverture
Traditions voyageuses
dans l’espace
francophone


Mémoires entrelacées
Tome 2


Actes des rencontres de Nantes,
octobre 2014
Copyright

Photo de couverture : Stanley-Richard S’lingard, dit Sombra, conteur du Surinam né en 1939, conte en 2014 à Elsje Dyon, de Mana (kanpu – ou « écart » – de Guyane sur le bord du fleuve Maroni), née en 2003, et à son frère, à Awala-Yalimapo (canton de Mana, Guyane) lors de la septième édition du Festival interculturel du conte Kouté pou tandé, organisé par la Cie Zoukouyanyan. Photo Jean-Pierre Bertrand/OPCI.





© L’Harmattan, 2019
5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris

http://www.editions-harmattan.fr

EAN Epub : 9782336885926
Titre
Patrimoine culturel immatériel

Traditions voyageuses
dans l’espace
francophone

Mémoires entrelacées
Tome 2

Actes des rencontres de Nantes,
octobre 2014

Ouvrage réalisé par l’OPCI.

Mémoires Entrelacées a été organisé en partenariat avec les associations
Les Anneaux de la Mémoire et Mémoire de l’Outre-mer.



L’Harmattan
5-7 rue de l’École polytechnique
75005 Paris

L’Harmattan - OPCI
Patrimoine culturel immatériel
Déjà parus :
Chansons recueillies en Marais-Breton vendéen, par Gaston Dolbeau , 480 p., CD 26 plages, EthnoDoc-Arexcpo, L’Harmattan, 2009.

Chansons en mémoire, mémoires en chanson. Hommage à Jérôme Bujeaud , actes du colloque du Poiré-sur-Vie. 470 p., CD 27 plages, EthnoDoc-Arexcpo, Vendée-Patrimoine, L’Harmattan 2010.

La chanson maritime. Le patrimoine oral chanté dans les milieux maritimes et fluviaux , actes du colloque de L’Aiguillon-sur-Mer, 420 p., CD 31 plages, QR codes 6 vidéos, Ethno-Doc-Arexcpo, Vendée-Patrimoine, FRCPM-Bretagne, L’Harmattan, 2010.

Le chant de plein air des laboureurs. Dariolage, briolage… Recherches sur une tradition au Pays de la Châtaigneraie , actes du colloque de Saint-Germain-L’Aiguiller, 400 p., DVD-CD 88 plages, Communauté de communes du pays de La Châtaigneraie, EthnoDoc-Arexcpo, OPCI, Vendée-Patrimoine, L’Harmattan 2012.

Musique traditionnelle de Transylvanie et affirmations culturelles , thèse de Damien Villela, 470 p., CD 71 plages, Ville de Luçon, EthnoDoc-Arexcpo, OPCI, Vendée-Patrimoine, L’Harmattan, 2012.

Littératures orales et populaires de l’île de Noirmoutier , 480 p., CD 23 plages Thèse de Lydia Gaborit, EthnoDoc-Arexcpo, OPCI, Vendée-Patrimoine, L’Harmattan, 2012.

Les mémoires de Martin Cayla , 232 p., CD 23 plages, AMTA, L’Harmattan, 2013.

Pays de Caux - Pays de chanteurs. De l’étude à la valorisation d’une tradition chantée . Actes du colloque de Fécamp, 496 p., DVD. 50 plages, OPCI, La Loure, L’Harmattan, 2013.

Culture populaire traditionnelle : histoire d’une transmission , Jean-Pierre Bertrand, 432 p., DVD. 25 plages Vendée Patrimoine – EthnoDoc – Arexcpo – OPCI – Ecomusée du Daviaud, L’Harmattan, 2015.

Mémoires Entrelacées. Mémoire collective - Patrimoine culturel d’avenir , actes des rencontres de Nantes, OPCI, L’Harmattan, 2016.

Jouer son monde. Sociologie des musiciens traditionnels amateurs . Thèse d’Anne-Cécile Nentwig, 72 p., CD 27 plages, OPCI, L’Harmattan, 2016, CD.

L’art des sonneurs de trompe . Tradition et avenir. Actes du colloque de Tours, 150 p., CD 28 plages. FITF, L’Harmattan, 2018.

Le chant traditionnel : questions de sens et de style. Approche interdisciplinaire ethnomusicologique et ethnolinguistique , dir. A.-M. Despringre, 412 p., DVD 28 plages, OPCI, L’Harmattan, 2018.

Étudier, interpréter, valoriser les chansons anciennes . Actes de la journée d’étude-atelier de juin 2016 à Arras. CD, OPCI, université d’Artois, L’Harmattan, 2019.
Préface
En 2014, l’Office du patrimoine culturel immatériel (OPCI) a initié quatre journées de rencontres, Mémoires entrelacées , coorganisées avec les Anneaux de la mémoire, en partenariat avec Mémoire de l’Outre-mer. Le riche programme a réuni 67 intervenants, représentant 47 entités culturelles, qui y ont présenté 49 communications.

Les deux premières journées, accueillies à Nantes dans l’hôtel de région, ont été consacrées à la « Mémoire collective – Patrimoine culturel d’avenir » ; les actes éponymes ont fait l’objet du premier tome de ces rencontres, publié dans cette collection en 2016.

Les deux journées suivantes, accueillies à Nantes au Lieu Unique, font l’objet de ce second tome des actes. Leur thème était ainsi défini par l’équipe d’organisation : « Faire découvrir les traditions orales populaires liées aux rencontres – forcées ou imprévues – entre des peuples éloignés, provoquées par les aléas de l’histoire. Des « mémoires entrelacées » qui ont entraîné la diffusion des cultures orales originelles aux quatre coins du monde, suscitant, entre autres, l’avènement des mouvements musicaux les plus emblématiques du XX e siècle (tel le jazz). »

Dans ce tome, on voyage dans quatre continents, au fil des actions menées dans des îles – à La Réunion et dans d’autres îles de l’océan Indien, ou aux Antilles, à la Martinique et dans l’archipel de la Guadeloupe –, en Amérique du Sud – en Guyane française –, en métropole, dans les contrées francophones d’Amérique du Nord – celles du Canada au nord et de Louisiane au sud.

Ces journées de présentation d’initiatives et d’échanges, réunissant des chercheurs, des experts, des professionnels de structures spécialisées afin de réfléchir ensemble aux mille façons de contribuer à ce que tous ces savoirs « fassent patrimoine » et se transmettent, étaient les premières en Pays de la Loire exclusivement consacrées au patrimoine culturel immatériel : elles ont marqué une étape dans la réflexion collective sur le sujet et, depuis, diverses initiatives ont vu le jour. En 2018-2019, de nouvelles rencontres en Pays de la Loire, dans la lignée de celles des Mémoires entrelacées , ont été initiées par l’OPCI : les Rendez-vous du patrimoine vivant . Souhaitons que cette seconde édition soit aussi dense que celle dont vous pouvez ici lire les riches contributions !

Merci à tous les intervenants de Mémoires entrelacées , à l’équipe d’organisation, aux associations partenaires. Merci à la Drac ainsi qu’à la Région Pays de la Loire, qui ont soutenu les rencontres de 2014 et qui soutiennent également celles qui en ont aujourd’hui pris la suite.

Christophe Aubineau
Président de l’OPCI
Mai 2019
Le trio Rivière Noire venu échanger, lors de la rencontre, sur leur métissage artistique, avant de donner un concert avec d’autres musiciens, dont le griot mandingue Kassé Mady Diabalé, le soir même à l’Arc, à Rezé, en partenariat avec les rencontres. Rivière Noire réunit le chanteur brésilien Orlando Morais, le guitariste guadeloupéen Pascal Danaë et le bassiste breton Jean Lamoot. Photo Philippe Boisseleau/OPCI.
Initiées par l’Office du patrimoine culturel immatériel, les rencontres Mémoires entrelacées 2014 se sont déroulées avec le soutien : de l’État, ministère des Outre-mer, de l’État – préfet de la Région Pays de la Loire – direction des Affaires culturelles, du conseil régional des Pays de la Loire, du conseil départemental de la Loire-Atlantique de la Ville de Nantes, L’État et ces collectivités publiques ont également soutenu la publication des actes.

Les rencontres ont été conçues et organisées sous la responsabilité de Michel Colleu, directeur de l’OPCI, pour la première partie (tome 1 des actes, publié en 2016), et pour la seconde partie (tome 2, publié en 2019) sous celle de Michel Colleu et de Mathilde Bouclé-Bossard, chargée de projets aux Anneaux de la mémoire.
La publication des deux tomes des actes a été réalisée par l’OPCI. Michel Colleu : conception, suivi éditorial, textes additionnels, relecture, préparation de l’iconographie, choix ou/et préparation des documents audiovisuels, Michèle Cadoret : relecture,
Guillaume Blin : couverture, montage de la maquette de l’ouvrage, traitement des documents sonores, Michaël Lainard : traitement des documents filmés, montage du DVD.

Mémoires entrelacées Programme des rencontres
22/25 octobre 2014

Mercredi 22 octobre 2014
Mémoire collective, patrimoine culturel d’avenir
Hôtel de Région des Pays de la Loire

Les Pays de la Loire, terre d’expériences pour la sauvegarde et la valorisation du patrimoine culturel immatériel

Ouverture des rencontres :
le patrimoine culturel immatériel en Pays de la Loire

Le PCI, un outil culturel de développement régional
Laurence Adrien-Bigeon , vice-présidente du Conseil régional des Pays de la Loire.

Le PCI, un patrimoine qui entre dans un projet de développement culturel
Louis Bergès , directeur de la Direction régionale des affaires culturelles de la Région Pays de la Loire.

Milieux naturels et PCI Environnement et mémoires
Claude Naud , vice-président aux ressources et milieux naturels du Conseil général de Loire-Atlantique.

Nantes et sa politique du PCI
Ma-Woury Cissé , conseillère municipale de Nantes.

L’OPCI a cinq ans : des « rêveurs concrets » travaillant au niveau local et national
Jean-Pierre Bertrand , président de l’Office du patrimoine culturel immatériel.

L’oralité, vecteur de développement culturel

Séance présidée par Philippe Bardel, conservateur du patrimoine, responsable du pôle recherche de l’Inventaire du service patrimoine de la Région des Pays de la Loire.

Patrimonialisation de la culture orale, de la mémoire collective et développement territorial
Philippe Boisseleau , directeur d’EthnoDoc, Centre de documentation du patrimoine culturel immatériel.

Bâtir une politique culturelle en milieu rural en s’appuyant sur les traditions locales
Christian Brémaud , ancien président de la commission culture de la Communauté de communes du pays de La Châtaigneraie.

Développer le PCI pour renforcer sa vitalité économique : la PRI à Saint-Jean-de-Monts
Delphine Mougel , responsable patrimoine, SEML Saint-Jean Activités, Saint-Jean-de-Monts.

De la quête de la mémoire historique au musée numérique
Isabel Gilg , directrice du service patrimoines, culture, archives de Trélazé

Patrimonialiser l’immatériel

Séance présidée par Guy Saupin , professeur d’histoire moderne, directeur adjoint de l’École doctorale SCE, université de Nantes.

Les apports des nouvelles technologies pour la gestion et la valorisation du « PCI numérique »
Franky Trichet , vice-président Numérique, université de Nantes, chercheur au LINA.

Patrimonialiser les musiques actuelles ? Le programme Folk Archives
Emmanuel Parent , docteur en anthropologie sociale et ethnologie à l’EHSS Paris, maître de conférences en musicologie à l’université de Rennes II.

Musées et oralité : un « nouveau patrimoine » à prendre en compte
Catherine Cuenca , conservateur en chef du patrimoine, responsable au CNAM, Paris, du programme de sauvegarde et valorisation du patrimoine scientifique et technique (PATSTEC), chef de projet de la mission PATSTEC, université de Nantes.

Témoignage oral et savoir-faire de nouveaux objets pour l’Inventaire du patrimoine culturel ?
Françoise Mousset-Pinard , conservateur en chef du patrimoine, chef du service patrimoine de la Région Pays de la Loire.

Rencontre des acteurs du patrimoine culturel immatériel

Quelle dynamique en Pays de la Loire en faveur des formes immatérielles du patrimoine ?
Débat ouvert à tous sous l’égide de la Conférence régionale consultative de la culture, avec la présence de Laurence Adrien-Bigeon , vice-présidente du Conseil régional des Pays de la Loire.

Jeudi 23 octobre
Mémoire collective, patrimoine culturel d’avenir
Hôtel de région des Pays de la Loire

Construire et développer des projets autour du PCI : retour sur des expériences menées en France

Construire, développer, partager un patrimoine culturel populaire

Séance présidée par Pierre Schmit , directeur de La Fabrique de patrimoines en Normandie.

L’OPCI, un Office au service de la construction et du développement de projets sur la culture orale populaire
Michel Colleu , chercheur, directeur de l’OPCI, collecteur, chanteur, musicien, cofondateur du Chasse-Marée et de l’OPCI.

Développer une politique départementale autour du PCI : l’exemple de la Haute-Savoie
Joël Baud-Grasset , vice-président délégué à la Culture et au patrimoine du Conseil général de la Haute-Savoie, et Guillaume Veillet , chargé de mission Ethnomusicologie & patrimoine immatériel à la Direction des affaires culturelles, Conseil général de la Haute-Savoie.

La Loure en Normandie : faire découvrir le patrimoine oral musical et chanté d’une région
Yvon Davy , historien, directeur de l’association La Loure, collecteur, chanteur, musicien.

La Granjagoul en pays de Fougères : faire vivre un patrimoine à l’échelle d’un « pays »
Pierrick Cordonnier , président de La Granjagoul, Maison du patrimoine oral en Haute-Bretagne, collecteur, chanteur, musicien.

Transmettre des « traces numériques » du patrimoine immatériel : regard sur des expériences françaises et internationales
Paola Luna-Huertas , ethnomusicologue, doctorante à la Sorbonne.

Créer et soutenir des collections d’ouvrages sur le patrimoine culturel immatériel
Denis Pryen , cofondateur, directeur général des éditions L’Harmattan, chercheur, observateur de l’Afrique francophone.

Présentation de l’ouvrage Jouer son monde – Sociologie des musiciens traditionnels amateurs
Anne-Cécile Nentwig , docteure en sociologie, laboratoire EMC2 à Grenoble. Enseignante à l’École d’arts et de culture (EAC) de Lyon dans le cadre du parcours de bachelor.

Les multiples approches de la mémoire orale et des savoir-faire

Séance présidée par Louis Bergès , directeur de la DRAC Pays de la Loire.

Le rôle social du PCI : l’exemple d’une enquête au CHU-Hôpitaux de Rouen
Denis Lucas , responsable culturel au CHU de Rouen, Caroline Quessandier , service culturel du CHU de Rouen, François Calame , ethnologue régional, DRAC de Haute-Normandie, Yann Leborgne , ethnologue à La Fabrique des patrimoines en Normandie, et chargé de mission à l’OPCI.

Le « nouveau » patrimoine d’une ville : Mémoires en chantier à Concarneau
Sophie Lecomte , animatrice de l’architecture et du patrimoine, Service patrimoine de la Ville de Concarneau.

Un projet culturel et économique pour l’identité d’un port : le dundée Indépendant à Fécamp
Pascal Servain , chercheur, fondateur et secrétaire de l’association Dundée Indépendant , vice-président de l’OPCI, collecteur, chanteur.

La convention de l’Unesco, moteur de la valorisation du PCI

Séance présidée par Séverine Cachat , directrice du Centre français du patrimoine culturel immatériel.

La reconnaissance du fest-noz, fruit du travail du collectif PCI-Bretagne
Julie Léonard , CURAP/ESS université de Picardie Jules-Verne, responsable de l’inventaire du secteur patrimoine culturel immatériel et promotion de la diversité culturelle de l’association Bretagne culture diversité.

La Guadeloupe et le dossier de candidature du gwoka au PCI de l’humanité : préparation et démarche du Comité lyannaj pour gwoka
Félix Cotellon , président de l’association Rèpriz, Centre des musiques et danses traditionnelles et populaires en Guadeloupe, cofondateur du Festival de Gwoka.

Un nouveau souffle pour la tradition du bouquet provincial, liée au tir à l’arc au beursault
Marion Roux-Durand , conservatrice du musée de l’Archerie et du Valois de Crépy-en-Valois, membre du comité de pilotage du projet porté par le musée et la Fédération française de tir à l’arc.

Faire l’inventaire de l’art des sonneurs pour le faire inscrire un jour par l’Unesco
Luc Avot , coresponsable du comité de pilotage du projet porté par la Fédération internationale des trompes de France, sonneur, président du Bien Allé de Nantes, xavier Brelault, secrétaire général de la FITF, sonneur, directeur musical du Bien Allé de Nantes.

Conclusion de la rencontre
Mémoire collective, patrimoine culturel d’avenir

Vendredi 24 octobre
Traditions voyageuses dans l’espace francophone
Lieu Unique

Le patrimoine culturel immatériel, empreinte ou vecteur de résistance culturelle

Table ronde : Histoires et mémoires entrelacées

Nantes, au cœur des échanges maritimes entre les cultures populaires
Stéphane Junique , membre du conseil communautaire de Nantes Métropole, adjoint au maire de la Ville de Nantes, chargé du tourisme, du patrimoine et de l’archéologie.

Le projet Mémorial ACTe en Guadeloupe
Manuela Nirhou , Direction de la culture, Conseil régional de Guadeloupe.

Des cultures populaires nourries des échanges contemporains
Association Mémoire de l’Outre-mer

Transporter les marchandises, les hommes et les cultures
Jean-Marc Masseault , vice-président des Anneaux de la Mémoire, directeur de la rédaction des Cahiers des Anneaux de la Mémoire .

Résistances culturelles et créolisation

Séance présidée par Myriam Cottias , directrice de recherche au CNRS, présidente du Comité national pour la mémoire et l’histoire de l’esclavage.

Aux origines des « mémoires entrelacées » dans le monde atlantique
Jean-Marc Masseault , vice-président des Anneaux de la Mémoire, directeur de la rédaction des Cahiers des Anneaux de la Mémoire .

Les créoles de Louisiane du Sud : origines et évolution d’une identité culturelle moderne
Elista Istre , Arkansas State University’s Heritage Studies Ph.D. Program (USA)

Le vodou haïtien et l’indépendance d’Haïti : de la résistance à l’héritage politique
Dimitri Béchacq , anthropologue, chargé de recherches CNRS (CRPLC/ UMR 8053/université des Antilles et de la Guyane)

Une communauté enracinée à partir du Centre militaire de formation professionnelle de Fontenay-le-Comte.
Gérard Viviès , de l’association fontenaisienne l’Archipel.

Musiques de mondes culturels métissés

Séance présidée par Vianney Marzin , directeur du Pôle de coopération des acteurs des musiques actuelles en Pays de la Loire.

Rivière Noire : une aventure, un acteur du métissage artistique
Témoignages des artistes du spectacle : le chanteur brésilien Orlando Morais , le guitariste guadeloupéen Pascal Danaé et le bassiste breton Jean Lamoot.

Mémoire noire, musique noire
Emmanuel Parent , docteur en anthropologie sociale et ethnologie à l’EHSS Paris, maître de conférences en musicologie à l’université de Rennes II.

Composer avec le monde
Sarah Andrieu, maître de conférences en anthropologie de la danse à l’université de Nice Sophia-Antipolis, membre du Centre transdisciplinaire d’épistémologie de la littérature et des arts vivants (CTEL), chercheur associé de l’Institut des mondes africains (IMAF)

Le banjo. Itinéraire d’un luth des savanes ouest-africaines aux musichalls américains
Pierre-Claude Artus , chercheur, musicien, comédien, professeur de musique.

L’aventure de Takamba au Pôle des musiques de La Réunion
Fanie Précourt , ethnologue responsable du label Takamba au Pôle régional des musiques actuelles de La Réunion.

Le travail de l’association Rèpriz en Guadeloupe
Félix Cotellon , président de l’association Rèpriz, Centre des musiques et danses traditionnelles et populaires en Guadeloupe, cofondateur du Festival de Gwoka.

Samedi 25 octobre
Traditions voyageuses dans l’espace francophone
Lieu Unique

Des traditions et savoir-faire en perpétuel mouvement

Des traditions africaines transportées

Séance présidée par Antonio de Almeida Mendès , maître de conférences au CRHIA, université de Nantes, membre du Centre de recherches sur les esclavages, chercheur associé au Centre d’histoire d’Além-Mer.

Le créole, de l’oralité à l’écriture
Raphaël Lucas , maître de conférences à l’université de Bordeaux III, Institut d’études ibériques et ibéro - américaines (littératures et cultures lusophones, interculturalité)

Héritage africain de pratiques médicinales en Guadeloupe
Marie-Josée Tirolien-Pharaon , médecin, présidente de l’association Racines.

Héritage africain dans l’agriculture, l’art culinaire et les pratiques mortuaires
Juliette Smeralda , docteur en sociologie, enseignante à l’IUFC et chercheure associée au laboratoire de recherche CEREGMIA de l’université des Antilles et de la Guyane et au CNAM Pôle Martinique, directrice de l’APICEF.

Des traditions orales européennes embarquées

Séance présidée par Jean-Pierre Bertrand , ethnographe, président de l’Office du patrimoine culturel immatériel et d’EthnoDoc, Centre de documentation du patrimoine culturel immatériel

Les chansons des pêcheurs de La Désirade
Michel Colleu , directeur de l’OPCI, chercheur, collecteur, chanteur, musicien, cofondateur du Chasse-Marée et de l’OPCI.

Ces chansons qui ont pris le bateau et traversé l’Atlantique... : destins croisés
Robert Bouthillier , chercheur, collecteur, chanteur, ancien directeur de l’association Dastum.

Musique, traditions et navigations : instruments populaires voyageurs
Claude Ribouillault, musicien, chercheur, collectionneur d’instruments de musique de facture populaire.

Un patrimoine qui nourrit les échanges entre communautés

Séance présidée par Gérôme Guibert , docteur en sociologie, maître de conférences à la Sorbonne Nouvelle, Paris III.

Créer une maison du conte et des traditions orales en Guyane
Valérie Whittington , présidente de l’association Zoukouyanyan, conteuse

L’ARC à Rezé : une scène des voix métissées, à Rezé
Maurice Cosson , directeur de l’ARC – Art et Culture à Rezé –, scène conventionnée portée par la Ville de Rezé.

Débat public :
bâtir un réseau d’échanges d’expériences et de savoirs autour des patrimoines culturels immatériels des communautés francophones

Conclusion de la rencontre Traditions Voyageuses


Séance du 25 octobre 2014 « Des traditions orales européennes embarquées » ; de gauche à droite : Robert Bouthillier, Michel Colleu, Jean-Pierre Bertrand, Claude Ribouillault. Photo Philippe Boisseleau/OPCI.
Les soirées de Mémoires Entrelacées
Mardi 21 octobre

Kouté pou tandé : j’ai des merveilles à vous dire
Nantes, Salle Vasse

Voyages dans les contes des contrées francophones avec Jean-Pierre Mathias (Haute-Bretagne), Valérie Whittington (Guyane) et Robert Bouthillier (Québec).

Mercredi 22 octobre

Du Québec à la Louisiane
Nantes, Salle Vasse

Voyage en Amérique du Nord, avec Serre l’Écoute , (chants des provinces canadiennes francophones), et Blues Buissonniers (promenade musicale contemporaine dans le delta du Mississippi).

Serre l’Écoute est composé de trois chanteurs, musiciens et collecteurs québécois : Robert Bouthillier (chant), Liette Remon (chant et violon), Gabrielle Bouthillier (chant).
Blues Buissonniers est composé de Marion Rampal (chant, compositions), accompagnée de Anne Paceo (batterie) et de Pierre-François Blanchard (claviers, Fender Rhodes ).

Vendredi 24 octobre

Rivière Noire
Au théâtre de Rezé
La remontée d’un long fleuve qui s’étirerait de Rio à Bamako, en passant par Paris, entre musique populaire et folk mandingue, par un trio réunissant le chanteur brésilien Orlando Morais , le guitariste guadeloupéen Pascal Danaé et le bassiste breton Jean Lamoot , avec Baptiste Brondy , batterie, percussions, Gimba Kouiaté , percussions, guitare, Raphaël Thuia , guitare.


Le trio vocal Serre l’Ecoute, qui a participé au concert du 22 octobre 2014 à Nantes en présentant un voyage en chansons en Amérique du nord francophone (ici en concert en 2008 à la Fête des chants de marins de Saint-Jean-Port-Joli - Québec). Trois chants donnés par le groupe lors du concert à Nantes figurent sur le DVD joint à cet ouvrage (plages 18, 19, 20). Photo coll. R. Bouthillier.
Sommaire du tome 1

Sommaire du tome 1

Préface de Bruno Retailleau
Préface de François Picard
Partenaires / équipe de réalisation de l’ouvrage

Programme du colloque / des événements festifs

Remerciements
Ouverture du colloque
En introduction aux rencontres

Les pays de la Loire, terre d’expériences pour la sauvegarde et la valorisation du patrimoine culturel immatériel

L’oralité, vecteur de développement culturel

Philippe Boisseleau
Patrimonialisation de la culture orale, de la mémoire collective, et développement territorial

Christian Brémaud
Un politique culturelle axée sur le patrimoine immatériel : le dariolage en pays de La Châtaigneraie

Delphine Mougel
Développer le PCI pour renforcer son attractivité : la plateforme régionale d’innovation de Saint-Jean-de-Monts

Claire Bastien et Isabel Gilg
Trélazé : de la quête de la mémoire historique au musée numérique

Patrimonialiser l’immatériel

Francky Trichet
Les apports des nouvelles technologies pour la gestion et la valorisation du « PCI numérique »
Gérôme Guibert et Emmanuel Parent
Quand la tradition folk dépoussière le rock : patrimonialisation et Do-it-Yourself dans une commune de l’ouest de la France
Catherine Cuenca
Les objets et les savoir-faire scientifiques contemporains : un nouveau patrimoine à prendre en compte
Françoise Mousset-Pinard
Témoignage oral et savoir-faire : de nouveaux objets pour l’inventaire ?

La Conférence régionale consultative de la culture : un espace de dialogue des acteurs de la culture des Pays de la Loire

Construire et développer des projets autour du PCI : retour sur des expériences menées en France

Construire, développer, partager un patrimoine culturel populaire

Michel Colleu
L’OPCI : des « rêveurs concrets » au service de la construction et du développement de projets sur la culture orale populaire
Joël Baud-Grasset et Guillaume Veillet
Développer une politique départementale en faveur du patrimoine culturel immatériel : l’exemple de la Haute-Savoie

Pierrick cordonnier et Aline Bodin
La Granjagoul, Maison du patrimoine oral en Haute-Bretagne
Paola Luna
Transmettre des traces virtuelles des traditions orales : une expérience de terrain à Guapi et Cali, en Colombie

Denis Pryen
Créer des collections pour diffuser le patrimoine culturel immatériel : l’aventure de L’Harmattan
Anne-Cécile Nentwig
Jouer son monde : sociologie des musiciens traditionnels amateurs
Caroline Quessandier et Denis Lucas
Vous avez dit patrimoine culturel immatériel hospitalier ? Une expérience menée au CHU-Hôpitaux de Rouen
Pascal Servain
Le projet Dundée Indépendant à Fécamp : construire et exploiter aujourd’hui un voilier marchand
Sophie Lecomte
Mémoires en chantier à Concarneau : l’émergence d’un « nouveau » patrimoine dans une Ville d’art et d’histoire
Françoise Mousset-Pinard
Témoignage oral et savoir-faire : de nouveaux objets pour l’inventaire ?.......

La convention de l’Unesco, moteur de la valorisation du PCI

Julie Léonard
La reconnaissance du fest-noz, fruit du travail du collectif PCI-Bretagne
Félix Cotellon
La Guadeloupe et le dossier de candidature du gwoka au PCI de l’humanité : préparation et démarche du Comité Lyannaj pou Gwoka
Marion Roux-Durand
Un nouveau souffle pour la tradition du bouquet provincial, fête de l’archerie traditionnelle beursault
Luc Avot
Inscrire l’art des sonneurs de trompe au patrimoine culturel de la France

Présentation de la sélection de documents audiovisuels inclus sur le DVD joint

Michel Colleu
Présentation des plages des films et des enregistrements
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Sommaire
Couverture
4e de couverture
Copyright
Titre
Patrimoine culturel immatériel
Préface
Mémoires entrelacées – Programme des rencontres
Les soirées de Mémoires Entrelacées
Sommaire du tome 1
Sommaire
Remerciements
Résistances culturelles et créolisation
Jean-Marc MASSEAUT Aux origines des mémoires entrelacées dans le monde atlantique
Elista ISTRE Les Créoles de Louisiane du Sud : origine et évolution d’une identité moderne
Dimitri BÉCHACQ Le vodou haïtien et l’indépendance d’Haïti : de la résistance à l’héritage politique
Musiques de mondes culturels métissés
Emmanuel PARENT « Shake that Thing » - (Papa Charlie Jackson) - Réflexions sur la migration des patrimoines musicaux européens et africains en Amérique à partir d’un blues de 1925
Pierre-Claude ARTUS Le banjo Itinéraire d’un luth des savanes ouest-africaines aux music-halls américains
Fanie PRÉCOURT L’aventure de Takamba au Pôle régional des musiques actuelles de La Réunion (PRMA)
Félix COTELLON Après l’inscription du gwoka sur la liste représentative du PCI de l’humanité : la Guadeloupe face aux défis de la sauvegarde de son PCI
Des traditions et savoir-faire en perpétuel mouvement
Juliette SMÉRALDA Les héritages africains dans l’agriculture martiniquaise
Michel COLLEU Le répertoire de chan maren de tradition orale de l’île de La Désirade et du port de Saint-François (Guadeloupe)
Robert BOUTHILLIER Les traditions voyageuses - Réflexions sur l’élaboration du répertoire de chansons traditionnelles en Amérique française
Claude RIBOUILLAULT Instruments globe-trotteurs : lutheries & musiques emblématiques…
Un patrimoine qui nourrit les échanges entre communautés
Valérie WHITTINGTON Faire vivre les contes en Guyane Créer une Maison du conte et des traditions orales en Guyane
Maurice COSSON L’Arc à Rezé : une scène des voix métissées
Kouté pou tandé – J’ai des merveilles à vous dire
Présentation de la sélection de documents audiovisuels inclus sur le DVD joint
Adresse
Remerciements
La réalisation de cet ouvrage a été possible grâce à l’aide des collectivités publiques qui ont soutenu cette publication : l’État-préfet de la Région Pays de la Loire via la Drac, le ministère des Outre-mer, le conseil régional des Pays de la Loire, et la Ville de Nantes ; merci à l’équipe de l’OPCI.

Merci aux intervenants de ces rencontres : grâce au travail mené par l’OPCI et les Anneaux de la mémoire, un riche programme a pu être mis en œuvre : 67 intervenants (élus, présidents de séance, conférenciers), représentant 47 entités culturelles, qui ont présenté, hors des discours introductifs et des échanges avec la salle, 49 communications.

Merci aux membres des associations Office du patrimoine culturel immatériel, Les Anneaux de la mémoire et Mémoire de l’Outre-mer qui, dans le cadre de leur travail ou bénévolement, ont participé au bon déroulement des rencontres Mémoires entrelacées.

Merci au Lieu Unique, qui a accueilli les journées des 24 et 25 octobre 2014.

Merci aux organismes publics, musées, médiathèques, sociétés de production, associations, réalisateurs, artistes et chercheurs qui nous ont autorisés à publier leurs documents photographiques ou audiovisuels, à tous ceux qui ont prêté leurs documents photographiques dans le livre ou audiovisuels dans le DVD joint pour illustrer ces actes.
Louisiane : Jeffery Broussard jouant de l’accordéon. Photo Elista Istre.
Résistances culturelles et créolisation


Révolte à bord d’un négrier, gravure de la fin du XVIII e siècle parue dans The Story of the Sea , Arthur Quiller-Couch, Londres, Cassell and Co, 1895-1896, Vol II, p. 433.
Aux origines des mémoires entrelacées dans le monde atlantique
par
Jean-Marc MASSEAUT

Jean-Marc Masseaut est vice-président de l’association des Anneaux de la mémoire, qui expérimente le travail de mémoire depuis l’exposition du même nom à Nantes en 1992, et à laquelle il a contribué en partageant sa connaissance des archives nantaises sur la traite atlantique du XVIII e siècle. Il a participé à la réalisation du film destiné à conserver la trace de cette exposition qui était temporaire. Il est directeur de rédaction de la revue annuelle Cahiers des Anneaux de la mémoire , qui a publié plus de 220 auteurs venus de nombreuses disciplines et de tous les continents. Cette revue fondée en 1999 en est aujourd’hui à sa dix-huitième édition. Grâce aux auteurs qu’elle publie, on s’y instruit des questions historiques et des héritages des traites négrières et de l’esclavage dans le monde atlantique.

Après une carrière de 30 années dans la marine marchande française achevée au poste de capitaine, où il a aussi acquis une expérience de syndicaliste, il poursuit une recherche universitaire sur les dizaines de milliers de marins partis des ports de France, les centaines de milliers partis des ports d’Europe et les nombreux marins des côtes d’Afrique qui ont travaillé pour la traite maritime atlantique au cours du XVIII e siècle. Il est chevalier de l’ordre du Mérite maritime.
Parmi toutes les expériences qui illustrent la rencontre entre des Africains et des Européens au cours de l’histoire des traites et des esclavages atlantiques, nous proposons d’évoquer celles qui ont précédé l’arrivée des Africains aux Amériques. Elles furent elles aussi déterminantes, car à l’origine des processus de créolisation qui sont apparus par la suite, sur le continent américain pour l’essentiel. En effet, bien que peu étudiées parce que peu documentées, mais aussi parce qu’elles furent le théâtre d’un puissant traumatisme à l’origine de la rencontre entre les deux peuples et difficile à évoquer, les traversées de l’Atlantique durant lesquelles les Africains déportés et les marins des navires négriers ont dû se côtoyer, se craindre et s’affronter, sont à notre sens l’une des scènes originelles de la construction du monde atlantique dont le monde contemporain a hérité.

C’est cette scène originelle qui est l’objet de notre recherche et dont nous extrayons quelques remarques qui peuvent participer à nourrir la réflexion sur les processus de créolisation et les mémoires entrelacées. Mais avant d’évoquer les expériences humaines qui ont marqué les mémoires jusqu’au traumatisme, il convient de préciser rapidement le contexte historique dans lequel ces traversées de l’Atlantique ont été possibles et se sont déroulées. En effet, si le travail de mémoire est essentiel par quelque méthode que ce soit pour appréhender les mémoires héritées de l’histoire du monde atlantique, il vaut mieux d’abord s’instruire de cette histoire.
Le monde eurasien à l’époque de l’exploration des côtes de l’Afrique
Jusqu’au grand mouvement de reconnaissance des routes maritimes entrepris par les navigateurs européens au xve et plus encore au XVI e siècle, les continents européens et africains, isolés par les océans, étaient en retard sur le développement de l’Asie, qui s’étend du Moyen-Orient à l’Extrême-Orient. Les routes commerciales transcontinentales vers l’Est étaient essentiellement terrestres et l’Europe, « prolétaire de l’Asie » selon la formule de Fernand Braudel, échangeait avec les civilisations orientales par des voies de communication sous le contrôle de l’Empire arabo-musulman.

L’Afrique subsaharienne était isolée du reste du monde au Nord par le désert du Sahara, dont les routes commerciales étaient contrôlées elles aussi par l’Empire arabo-musulman, et au Sud, à l’Est et à l’Ouest par les océans Atlantique et Indien. C’était néanmoins déjà un réservoir de main-d’œuvre servile pour le Maghreb, le Moyen-Orient et le sous-continent indien. Des routes terrestres d’exportation de cette main-d’œuvre traversaient le désert et des routes maritimes existaient déjà le long des côtes de l’Afrique orientale, sillonnées par les marins du Yémen.

Une traite négrière maritime sévissait du Mozambique jusqu’aux côtes occidentales de l’Inde. Le rythme des moussons, qui faisait alterner la direction des vents et des courants, traçait les routes de la navigation côtière permettant de relier l’Afrique orientale à la péninsule arabique et au sud de l’Asie, et donc les routes de la traite négrière dans l’océan Indien.

La Méditerranée est à l’interface entre les civilisations européennes et africaines. Les populations européennes et chrétiennes vivaient sur les côtes nord, et les populations maghrébines sous domination arabo-musulmane occupaient les côtes sud. Des populations africaines très minoritaires d’origine subsaharienne étaient néanmoins présentes en Méditerranée. C’étaient le plus souvent des esclaves déportés par la traite transsaharienne sous contrôle arabo-musulman.

L’existence des Amériques, le « Nouveau Monde », était alors ignorée des populations des vieux mondes d’Europe, d’Asie et d’Afrique.
L’Europe occidentale isolée à l’extrémité de l’Eurasie
Jusqu’au XVI e siècle, les Européens étaient les pauvres de l’Eurasie, et n’avaient accès aux richesses des autres civilisations que par l’intermédiaire et sous le contrôle de l’Empire arabo-musulman. Pour échapper à ce contrôle, il leur fallait explorer des routes maritimes sur l’Atlantique. Le Portugal, à l’interface entre l’Europe et l’Afrique, était influencé par les civilisations méditerranéennes, et il est aussi situé à la frontière de l’océan. Ce fut le premier pays d’Europe à tenter de sortir de cette enclave du « petit cap d’Asie », comme la désignait Paul Claudel, par l’Atlantique.

La seule navigation accessible aux hommes du Moyen Âge était côtière. Personne ne s’aventurait au large, qui était le domaine de Satan, où l’on pouvait errer pour l’éternité sur des navires maudits commandés par le Diable ! Les premières explorations maritimes furent d’abord celles de la côte de l’Afrique, à la recherche d’une route permettant d’accéder aux richesses de l’Asie en contournant l’Empire arabo-musulman. Si la route vers le Sud, le long des côtes du Maroc puis du Sahara, est accessible avec l’aide des vents alizés, le retour vers le Nord le long des mêmes côtes est impossible, à cause justement de la permanence de la direction des vents alizés. Mais les vaisseaux d’alors remontaient mal au vent : jusqu’au XIX e siècle, la technologie appliquée aux navires permettait aux caravelles et aux navires à voile de se déplacer uniquement dans le sens du vent et au maximum par son travers, mais jamais contre. Sa direction dictait donc la route des navires et ne permettait pas le retour vers l’Europe par la navigation côtière, la seule connue de l’époque.

Le cap Bojador, le « cap des peurs 1 » – celui d’où l’on ne revient pas –, barrait l’accès aux côtes occidentales de l’Afrique sur la côte atlantique du désert du Sahara. Fort de son expérience de marin portugais et de ses connaissances en astronomie, Gil Eanes le dépassa en 1434, et put rentrer à bon port parce qu’il avait su partir au large et trouver les vents favorables au retour, que l’expérience des marins avait permis de deviner : le courant des Açores forme une boucle à partir des côtes de l’Afrique saharienne vers le large, et remonte vers le Nord en pleine mer pour revenir vers l’Europe puis les côtes d’Afrique. L’accès à cette énergie naturelle a permis aux marins de revenir de leurs explorations de la côte d’Afrique.
La science, les techniques, l’économie dans la traite atlantique
Durant le XV e siècle, l’astronomie et les mathématiques des Arabo-musulmans de la Méditerranée orientale furent mises en œuvre par les cartographes catalans de Majorque et par l’enseignement à l’École navale de Sagrès au Portugal. Des marins expérimentés apprirent progressivement à se diriger et se positionner de plus en plus précisément grâce aux connaissances scientifiques acquises par l’étude. Le roi Henri le Navigateur reste un symbole de cette période, où l’on développa aussi la construction de navires destinés à oser traverser les océans et ne pas se cantonner à longer les côtes. La caravelle est un navire – une machine moderne de l’époque – inspiré par le monde maritime méditerranéen, avec ses voiles latines, et par le monde maritime d’Europe occidentale, avec sa coque robuste et hautement bordée pour affronter les fortes houles de l’Atlantique.

Il fallait savoir construire des navires capables de résister à la mer toujours dangereuse pour les hommes, savoir se positionner avec l’aide des calculs astronomiques et savoir se diriger avec l’aide de la boussole (inventée en Chine à l’aube du deuxième millénaire). Enfin, il fallait aussi savoir survivre. Le stockage de l’eau douce et des vivres pour des mois posait des problèmes d’hygiène alimentaire majeurs, qu’il fallut résoudre à force d’expérience faute de connaissances. L’insalubrité de l’univers carcéral d’un navire engendrait une multiplication des maladies létales, due essentiellement au typhus, à la dysenterie, conséquence du pourrissement de l’eau stockée, à la malaria et au scorbut. Il fallut attendre au plus tôt la fin du XIX e siècle pour identifier véritablement ces maladies et les combattre efficacement. Ce fut aussi au prix d’immenses hécatombes sur les mers, qui furent de fait des expérimentations de masse, que la médecine progressa.

Les maladies furent la principale cause de mortalité des marins qui embarquaient pour plus d’une année sur les navires négriers nantais : 18 % durant tout le XVIII e siècle. Et il en fut ainsi également pour celles et ceux qui furent déportés d’Afrique au cours de voyages de plusieurs semaines à plusieurs mois, soit 13 % des hommes, des femmes et des enfants incarcérés sur ces navires au cours de la même époque.

Le financement de l’investissement dans une expédition négrière, les lois commerciales de l’offre et de la demande sur les côtes d’Afrique pour l’acquisition de captifs et aux Amériques pour la vente des prisonniers africains destinés à être mis au travail sous le statut d’esclaves, le développement du commerce international et du crédit, le nombre de travailleurs – et pas seulement d’acteurs concernés par la traite atlantique et les esclavages aux Amériques – développèrent une nouvelle économie dont la production était aux Amériques et qui devint progressivement puissante au service d’innombrables bénéficiaires, tant en Europe qu’en Afrique et aux Amériques.
Chronologie de la déportation de prisonniers africains à travers l’Atlantique
Avant l’exploration des Amériques à partir de 1492, les Portugais sur les traces de leurs prédécesseurs poursuivirent la recherche de la route des Indes en progressant vers le Sud le long des côtes de l’Afrique atlantique et s’installèrent dans les îles du golfe du Bénin : Fernando Pó 2 , Sao Tomé-et-Principe. C’est à partir de ces bases navales qu’ils purent offrir des moyens plus performants dans la traite des esclaves au profit de certaines populations de la côte toute proche. Au XV e siècle, d’importantes routes des esclaves nourrissaient un commerce entre les populations du delta du Niger et celles des mines d’or du Ghana. Une traite interne sévissait sur les routes terrestres, les Portugais sont venus y participer, mais sur les routes maritimes qu’ils savaient sillonner.

La traite d’exportation à travers le Sahara vers les marchés d’esclaves de la Méditerranée, via des caravanes de chameaux, fut concurrencée par la caravelle dans l’approvisionnement d’esclaves d’origine subsaharienne pour l’Europe méditerranéenne. Ceux-ci complétaient les populations serviles déportées par les navires catalans de Moscovie comme fut nommée l’immense Russie jusqu’au XVII e siècle, et celles des marchés d’esclaves des ports musulmans qui ravitaillaient les marchés d’esclaves de l’Europe méditerranéenne.

Après la découverte des Amériques, les Portugais appliquèrent ce modèle qui avait fait ses preuves et développèrent le commerce de captifs africains et leur déportation pour être mis au travail sous le statut d’esclaves. Ce sont bien d’abord des travailleurs sous le statut d’esclave qui participèrent de plus en plus nombreux à l’avènement de l’agriculture industrielle de l’indigo, du tabac, du coton et surtout du sucre.
L’économie du sucre à l’origine de la déportation massive d’Africains au cours du XVIII e siècle
La culture de la canne à sucre date de l’Antiquité et vient de l’Inde. C’est par les Arabes qu’elle fut introduite en Méditerranée et connue des Européens. Il fallut plusieurs siècles pour que ceux-ci améliorent la culture de la canne, la production du sucre et son raffinage.

Ces expérimentations ont d’abord commencé dans les îles atlantiques de l’Afrique : Madère, Fernando Pó, São Tomé-et-Principe. C’est ensuite au Brésil, au cours du XVII e siècle, que les Hollandais ont perfectionné les techniques de fabrication et de raffinage du sucre, qu’ils ont transmis aux Portugais, aux Espagnols, aux Anglais et aux Français qui colonisaient les îles de la mer des Caraïbes. Celles-ci devinrent les « îles à sucre ».

La consommation du sucre en Europe fut d’abord le luxe d’une minorité de privilégiés, pour devenir de plus en plus massive. La demande de ce produit alimentaire, attractif pour ses qualités d’agent de saveur, de conservateur de fruits et surtout thérapeutiques, ne fit que croître. Une économie moderne de consommation de masse, qui ne cessera de se développer en exigeant toujours plus de main-d’œuvre esclave, était en train de naître.

C’est pour satisfaire la demande de main-d’œuvre afin de développer cette nouvelle économie que les Anglais à Antigua et les Français à Haïti importèrent un nombre croissant de travailleurs venus d’Afrique et passés sous statut d’esclaves aux Amériques pour suppléer aux engagés européens qui n’y suffisaient plus.

C’est dans ce contexte historique que le port maritime de Nantes s’est développé au cours du XVIII e siècle, avec l’essentiel de ses activités consacrées aux trafics avec les Amériques et un tiers à la traite négrière avec l’Afrique et les Amériques.

Et c’est dans ce contexte historique, largement déterminé par des intérêts économiques collectifs, que les expéditions maritimes négrières se sont succédé inexorablement.

Elles furent globalement marginales jusqu’au XVII e siècle – sauf pour celles et ceux qui eurent à les subir ! –, mais elles sont devenues un phénomène de masse considérable à partir du siècle des Lumières, particulièrement tragique, dont le monde contemporain hérite des traumas et des systèmes de représentation.
Le rythme de la traite atlantique
Total de 1514 à 1866
9 405 271 esclaves embarqués, dont 8 155 192 débarqués et 1 220 079 décédés pendant la traversée (13 %).
Moyenne annuelle par période
1514-1680* : 3 263
1681-1820** : 48 800
1821-1866** : 40 975

* Phase antérieure à la généralisation de la plantation sucrière
** Phase maximale de la traite négrière
*** Période de la traite illégale

(Données publiées dans The Trans-Atlantic Slave Trade : A Database on CD-ROM , D. Eltis, S. D. Behrendt, D. Richardson, H. S. Klein, Cambridge University Press, 1999.)
Les navires et les équipages, acteurs de la déportation massive des populations africaines
Les déportations massives de populations africaines sur les navires négriers conduits par des marins européens furent des expériences déterminantes pour le monde atlantique contemporain.

Elles furent la première étape de la rencontre entre des membres des sociétés européennes et, plus massivement encore, entre des membres des sociétés africaines chassés de leurs territoires par les négriers d’Afrique et arrachés à leur terre par les négriers d’Europe. C’est dans ces termes que fut vécue la première expérience de rencontre entre les sociétés européennes et africaines.

Ce ne furent pas toutes les sociétés européennes ni toutes les sociétés africaines qui entrèrent en contact, mais le mode de construction du monde atlantique qui fut à l’œuvre eut un impact sur les sociétés des trois continents directement concernées par ce phénomène historique et ces multiples aventures humaines.

Le commerce des esclaves sur les côtes de l’Afrique impliquait un partenariat entre négriers d’Europe et d’Afrique fondé sur une confiance de longue durée et un respect intéressé entre partenaires commerciaux. Mais ces rapports de respect et de confiance entre des partenaires commerciaux sur la terre d’Afrique n’avaient plus leur place sur les navires négriers. Les rapports entre les Africains – qui avaient été embarqués de force – et les Européens – qui les déportaient – étaient devenus désormais profondément antagonistes. Les navires négriers furent aussi le théâtre d’expériences humaines qui ont largement participé à la construction de l’idéologie raciste. Celle-ci fut progressivement théorisée à partir de la fin du XVIII e siècle et surtout au cours du XIX e siècle pour justifier – malgré d’autres expériences qui nourrissaient les théories de l’universalité de la condition humaine – et tenter de maintenir l’asservissement au travail de populations africaines sous la condition d’esclaves.

Les navires négriers du XVIII e siècle des nations maritimes d’Europe occidentale étaient d’abord des navires marchands comme les autres. Ils n’étaient pas construits spécifiquement pour le transport des prisonniers africains comme on construit aujourd’hui des pétroliers, des minéraliers, des chimiquiers, des porte-conteneurs, des paquebots et autres rouliers pour un transport de marchandises spécifiques. Ils étaient construits sur le même modèle, qu’ils soient armés au cabotage international sur les côtes de l’Europe atlantique et méditerranéenne, à la traite atlantique avec le passage par les côtes de l’Afrique, au commerce de droiture entre l’Europe et les Amériques ou encore au commerce maritime vers l’océan Indien. C’était des voiliers, leur système de propulsion était le gréement, les mâts et les voiles au-dessus du pont ; sous le pont, les entreponts et la cale étaient destinés au stockage des vivres, de l’eau potable et de la cargaison. Le modèle de ces navires était toujours identique. Le pont principal était à l’air libre et fermait la coque. Sous le pont principal, les navires de taille moyenne disposaient d’un entrepont, et les plus grands de deux. Sous celui-ci se trouvait la cale, le fond du navire. Le seul critère qui différenciait le navire négrier des autres était sa cargaison. Lorsque le navire marchand ordinaire devenait négrier, c’est que l’entrepont n’était plus un volume de stockage de marchandises diverses, mais un univers carcéral pour des prisonniers et des prisonnières africains déportés et destinés au travail forcé sous le statut d’esclaves aux Amériques.

Il en était de même pour les marins d’Europe qui naviguaient sur les navires négriers. La bonne conscience, encore aujourd’hui, voudrait qu’ils n’aient été que des bandits ou des marginaux plus ou moins à l’écart des sociétés européennes, ou des ivrognes irresponsables raflés en fin de beuverie contre leur gré dans les bistrots des ports. Il n’en était rien ! C’était des marins professionnels, formés à ce métier spécialisé et recrutés pour leurs compétences. Mais celles-ci n’étaient pas celles de négriers a priori : ils devaient être capables de mener des navires à travers les océans, et être formés à l’art de la guerre parce qu’enrôlés par périodes sur les navires de guerre alors qu’ils n’étaient pas pour autant des militaires ; c’était des travailleurs de la mer de l’époque. Ils embarquaient sur les navires long-courriers grâce à leurs qualifications et à leurs compétences, au gré du marché de l’emploi maritime de l’époque. Ce pouvait être au cabotage européen, vers l’océan Indien, en droiture entre l’Europe et les Amériques ou au commerce triangulaire via les côtes de l’Afrique pour l’embarquement et l’incarcération des prisonniers et des prisonnières africains destinés à la déportation aux Amériques. Ils n’étaient ni forbans, ni pirates, ni flibustiers, ni corsaires, ni aventuriers sans foi ni loi ou autres bandits des mers : c’était des travailleurs venus pour l’essentiel des sociétés du littoral maritime de l’Europe et qui y finirent leurs vies pour la majorité d’entre eux. Ils faisaient ce métier de marins pour l’aventure maritime parfois, mais surtout pour nourrir leurs familles restées en attente des ressources que leur travail pouvait procurer.
Une traversée menée par des geôliers Blancs déportant des prisonniers Noirs : l’un des fondements de la construction de l’idéologie raciste
C’est dans ce contexte humain de travailleurs de la mer devenus geôliers de populations déportées sur l’océan que l’on doit appréhender leur traversée de l’Atlantique. Après le long périple depuis leur capture sur leur terre d’Afrique jusqu’à leur livraison à la côte aux marins d’Europe, des millions d’hommes et de femmes d’Afrique ont cohabité avec des centaines de milliers de marins d’Europe durant des semaines, voire des mois, sur des navires qui furent pour partie d’entre eux des sépulcres flottants 3 .

Depuis la fin du XVII e siècle jusqu’au début du xixe où l’on déporta 80 % des populations africaines prises dans la traite négrière atlantique, c’est sur des milliers de navires durant des semaines et des mois parfois, dans des conditions carcérales criminelles puisque responsables de graves maladies mais aussi de nombreux morts, que fut vécue l’une des expériences fondatrices du processus de créolisation à venir aux Amériques. Et c’est cette évolution du fait créole dans la poursuite d’un processus toujours en cours qui a finalement prévalu, par delà les crimes de son origine.

Les navires négriers – qui pouvaient être au XVIII e siècle des frégates pour les plus grands ou des corvettes pour les plus petits comme on les nommaient à l’époque, et au XIX e siècle des bricks, privilégiés pour leur vitesse quand la traite commencera à devenir illégale – disposaient tous d’un pont principal à l’air libre, particulièrement robuste et aussi solide que la coque pour pouvoir résister à la force destructrice des vagues déferlant sur le pont dans le mauvais temps. Mais néanmoins, il fallait pouvoir avoir accès aux entreponts et à la cale, c’est pourquoi le pont était percé d’une ou deux ouvertures étroites qui pouvaient être fermées et étanchées si nécessaire. C’est sur le pont que vivaient et travaillaient les marins. La robustesse de cette partie essentielle du navire en faisait une muraille aussi infranchissable que la coque. Ces volumes clos par le pont et la coque pouvaient ainsi être facilement transformés en une prison particulièrement efficace, dont l’accès était limité à deux ou trois étroites écoutilles 4 . Les prisonniers enfermés dans ces prisons flottantes étaient particulièrement faciles à surveiller, puisqu’il suffisait d’un ou deux hommes armés pour en contrôler l’accès par les écoutilles, ou les fermer afin d’empêcher toute évasion. Lors des guerres maritimes européennes, les marins faits prisonniers étaient eux-mêmes incarcérés ainsi à fond de cale sur les pontons anglais, vaisseaux désarmés et échoués à la côte. Ces méthodes d’incarcération étaient largement éprouvées et nombreux furent les marins civils et militaires du XVIII e siècle qui les expérimentèrent comme prisonniers à un moment ou un autre de leur carrière. C’est aussi pourquoi quelques dizaines de marins européens 5 savaient incarcérer et déporter des centaines de prisonniers africains durant des semaines et parfois des mois 6 . Et c’est dans ces conditions déplorables que les prisonniers et prisonnières africains des marins européens furent déportés sur l’Atlantique.

Ainsi le pont était la frontière horizontale sous laquelle étaient rassemblés les prisonniers africains, exclusivement noirs, et au-dessus de laquelle vivaient leurs geôliers, blancs pour la plupart. Dans l’étonnante promiscuité de centaines de personnes entassées sur des navires de moins de trente mètres de longueur en général, la séparation entre les populations dictées par leur couleur de peau respective devenait totale, et l’image fut puissante.

Les Blancs étaient sur le pont, vigilants face à l’océan malgré la confiance qu’ils avaient dans la robustesse de leurs machines, toujours dominants mais méfiants à l’égard de leurs prisonniers, malgré la confiance qu’ils avaient dans la puissance de leurs armes.

Les Noirs étaient sous le pont, dix fois plus nombreux, avec la peur et aussi la rage au ventre, perdant non seulement toute liberté, mais aussi tout repère, et menacés de désespoir au fond d’un navire sur un océan totalement inconnu. Cette expérience à l’origine de la rencontre entre des Européens et des Africains fut un phénomène de masse vécu sur des milliers de navires et surtout durant des décennies du xviie au XIX e siècle. Chacune et chacun avait sa place immuable, et les hommes et les femmes qui vécurent leurs destins respectifs étaient jeunes pour la plupart : la moyenne d’âge des matelots sur les navires nantais était de 24 ans et leurs prisonniers étaient souvent plus jeunes encore.

Ainsi les navires négriers n’ont pas été seulement les théâtres disparus de crimes désormais révolus : ils furent des lieux de mémoire qui ont participé à la construction d’une image de soi et de l’autre sur des critères de couleur de peau, et qui ne concernent pas seulement celles et ceux qui l’ont vécue dans de telles circonstances par le passé. C’est une mémoire construite sur la peur les uns des autres qui fut le sentiment le plus partagé à bord par toutes et tous et non pas de fantasmatiques solidarités prolétariennes ou interraciales, et qui est l’un des héritages majeurs des traversées de la traite atlantique. Ces expériences pionnières furent l’un des fondements de l’idée de race et de la construction de l’idéologie raciste qui s’est développée ensuite. Ceci dans un processus de justification du choix de l’esclavage d’Africaines et d’Africains pour assurer la production agro-industrielle au cœur d’une nouvelle économie prometteuse aux Amériques.
Révoltes, solidarité et créolisation
Mais si les navires négriers ont été des lieux de mémoire fondateurs d’idéologies imposées par l’humiliation et la peur, ils furent aussi des lieux de mémoire pas seulement symboliques parce que disparus, de combats héroïques pour la liberté. Aucun acteur ou bénéficiaire de la traite négrière et de l’esclavage, du fond des campagnes africaines jusque sur les navires de l’Atlantique et dans les plantations aux Amériques, n’ignorait que les captifs, c’est-à-dire capturés en Afrique, devenus des prisonniers sur les navires puis esclaves aux Amériques, refusaient d’une manière ou d’une autre le sort qui leur était infligé. Il fallait les surveiller, les attacher, les terroriser parfois jusqu’au meurtre pour obtenir leur soumission. Aucune expédition négrière maritime n’était organisée sans que la question du risque de révolte ne soit considérée avec sérieux. La nécessité d’imposer un univers carcéral à l’image de celui réservé aux prisonniers des guerres maritimes montre bien qu’il s’agissait d’une déportation qui risquait constamment d’échouer en raison des ravages de la maladie et de la mort et de la menace permanente de la révolte. À partir des documents maritimes de l’époque, on peut comptabiliser près de 80 révoltes connues sur près de 1 500 expéditions négrières nantaises. Il faut savoir que les capitaines qui rédigeaient le rapport de l’expédition négrière transmis à l’Amirauté répugnaient à signaler ces faits, considérés par leurs employeurs, les armateurs, comme une faute professionnelle. Il était de la responsabilité du capitaine de savoir prévenir de tels événements préjudiciables aux intérêts de l’expédition. On peut donc considérer que ces chiffres sont sous-estimés. Ce que l’on sait néanmoins, c’est que ces révoltes furent le plus souvent matées dès le début, bien qu’il y ait eu cependant de rares cas où elles permirent à quelques-uns d’échapper à la déportation. Cela arriva parfois quand le navire était encore sur les rades de la côte d’Afrique. Elles ont néanmoins existé. Et si elles furent le plus souvent vaines et désespérées, elles restent cependant le témoin d’une volonté de résistance qui appartient elle aussi à la mémoire de ces voyages sans retour. L’héritage est multiple et avec la distance du temps on peut observer à l’occasion du phénomène historique de l’esclavage atlantique, que la peur est restée inscrite dans les mémoires, mais aussi que des valeurs peuvent résister à l’effroi.

Ainsi l’étude de l’histoire permet non seulement d’identifier les phénomènes tragiques, source de traumatismes qui ont survécu au temps, mais aussi les comportements de résistance qui démontrent que les êtres humains ne sont pas seulement de la chair à canon quand ils sont soldats, ou de la marchandise et seulement de la force de travail lorsqu’ils sont esclaves. Et c’est aussi dans l’immense tragédie méconnue de la déportation sur les navires que le fait créole, héritage de l’histoire du monde atlantique, trouve son origine. On sait aujourd’hui que ce n’est pas par l’occultation que les traumatismes peuvent être sublimés. Et l’on sait aussi, malgré les désastres et les catastrophes dont les humains sont victimes et acteurs, que c’est malgré tout le désir d’avenir qui l’emporte tôt ou tard.
Bibliographie
BOURGEON François, 1979-2018, Les passagers du vent , bande dessinée, t. 1 à 8, Grenoble, éd. Glénat.
GLISSANT Édouard, 1997, Le discours antillais, Paris, Folio essais, Gallimard, 848 p.
MARTIN Gaston, 1993 [1931], L’ère des négriers (1714-1774). Nantes au XVIII e siècle , Paris, Karthala, 460 p.
METTAS Jean, 1978, 1984, Répertoire des expéditions négrières françaises au XVIII e siècle , t. 1 et 2, éd.
SERGE Daget, Paris, Société française d’histoire d’Outre-mer, 795 et 972 p.
MEYER Jean, 1999 [1969], L’armement nantais dans la deuxième moitié du XVIII e siècle , t. 1 et 2, Paris, éd. eHess, 470 p.
OEXMELIN Alexandre Olivier, 2005, Histoire de la flibuste, t. 1 et 2, Saint-Malo, éd. l’Ancre de marine.
RICŒUR Paul, 2000, La mémoire, l’histoire et l’oubli , Paris, Seuil, 689 p.
Annexe
Complainte d’un marin ayant perdu la vue, à l’âge de 33 ans, aux côtes de l’Afrique
Air connu
Marseille. - Imprimerie de Marius Olive, Rue Paradis, 41.

Que je maudis le jour
Que je quittai mon séjour
Pour aller au long cours
À bord de l ‘Isabelle
Parti de Marseille,
Pour aller aux Antilles
Voilà où j’ai parti

À Cuba j’ai resté
J’ai voulu m’embarquer
Pour l’Afrique aller
À bord de la goélette
Qu’on nomme la Sirène
Pour la Traite nous avons armé
Là où il y a le danger

Le premier soir en mouillant
Une tempête un orage
Un tourbillon de vent
Les éclairs le tonnerre
Nous grondaient près sans cesse
Toutes les ancres dans l’eau
Un tonnerre à notre bord

Le lendemain nous entrons
Trois coups de canon
La nation nous saluons
Quand le malheur l’exige
Le chargeur soupire
Au dernier coup tiré
Eut le bras emporté
De suite on le prend
À bord d’un Anglais
On le porte promptement
Le chirurgien jésuite
Coupe son bras de suite
Le pansement est fait
L’homme a décédé

Au bout de quinze jours
Le capitaine est mort
Voilà tristesse partout
L’équipage malade
Couché sur les cadres
Le lieutenant suivant
Est mort si promptement

Dans quelques jours après
L’équipage en mourait
Aveugles on venait
Mon Dieu quelle misère
De l’avant en arrière
Chacun pleurait son sort
Ceux qui restaient à bord

Le monde qui restait
C’était moi seul à bord
Pouvant seul travailler
Tout en tremblant sans doute
Sans aucune ressource
J’attendais tous les jours
De tomber à mon tour

Dans quinze jours après
Le second me dit
Il faut appareiller
Nous mettons à la voile
À l’ombre des étoiles
Pour éviter le danger
Et voir de se sauver

Au bout de trois jours
J’aperçus un navire
Qui venait droit sur nous
De suite on chale derrière
C’était un brick de guerre
C’était un maudit Anglais
Qui voulait nous faire prisonniers

L’Anglais tout irrité
À grands coups de canon
Des voiles nous forçait
Nous prenons courage
Faisant feu davantage
La marche nous gagnons
De lui nous s’éloignons

Au bout d’un mois après
De trente que nous étions
Cinq nous avons resté
Un borgne et quatre aveugles
Ont resté sur le fleuve
Nous avons démâté
Sans pouvoir manœuvrer

Mon Dieu quel tourment
De voir le mât de misaine
À la traîne des vents
O ciel, quelle misère
Avoir tant de la peine
Obligé de tout couper
Sans pouvoir rien sauver
Mon Dieu, quelle pitié
D’être cinq hommes à bord
Sans pouvoir gouverner
Le second prend courage
Un œil pas davantage
Tant la nuit que le jour
Il gouverna toujours

Ce n’est pas le tout
La révolte des Nègres
Nous craignons partout
S’ils ouvrent par malheur la cale
On verrait un grand scandale
Les esclaves conseil tenaient
Pour tous nous égorger

Toujours contrariés
Les Nègres décédaient
Les vivres nous manquaient
Mon Dieu quelle misère
Prions la Bonne Mère
De nous faire mouiller
Pour pouvoir nous sauver

Dans vingt jours après
Nous apercevons la terre
Nous allons mouiller
Sur la pointe de Cap-Roque
À l’abri d’une roche
Mon Dieu, quelle pitié
De nous avoir sauvés

Nous nous attendions pas
En ouvrant la cale
D’avoir la peste en bas
O Dieu quelle misère
Pour tous ces pauvres Nègres
Plus de soixante morts
Avons jeté dans l’eau

Nous avons resté quelque temps
Dans ce maudit désert
Sans voir un habitant
O ciel ô Dieu bon maître
Un garde-champêtre
Nous a retirés
Six mois nous a gardés

Au bout de six mois après
Un navire américain
à Cuba nous a portés
Les trois quarts morts sans doute
Sans aucune ressource
D’espoir abandonnés
De pouvoir nous relever

Au bout de trois mois après
Un jeune Français
Est venu me parler
On me cherchait partout sans cesse
On m’apportait une lettre
On me dit de m’embarquer
Pour à Marseille aller

Moi surpris du coup
Le lendemain au Consul
Je pars tout en courroux
Demander le passage
Pour notre belle France
La position que vous voyez
Ici je ne peux pas rester
Le lendemain je m’embarquai
À bord du Résolu
De passage aller
Pour notre belle France
Dans mes peines souffrantes
Les trois quarts mort j’étais
J’ai manqué à décéder

Je suis tout résolu
De m’en aller chez moi
Avec mes yeux perdus
O mon Dieu quelle peine
Pour la tendre Mère
La position que vous voyez
De me voir arriver

Il faut se consoler
De ce maudit malheur
Qui vient de m’arriver
J’ai assez bon caractère
Je supporte le fort, le faible
Quand je me détruirais
Rien je n’avancerais

Source : BnF, dép. Lit. et art, YE-7183 (52) Document repéré par Gaël Rolland, du groupe de chants maritimes L’Armée du Chalut (cf. DVD plage 01).

Cette complainte est un rarissime témoignage direct, ou tout au moins contemporain, sur les aléas de la vie à bord d’un négrier, du point de vue d’un matelot de l’équipage.

Si elle est anonyme et imprimée sans date, nous disposons toutefois de plusieurs indications permettant de situer l’époque et certains faits :
- Marius Olive est recensé pour avoir été imprimeur à Marseille de 1826 jusqu’à sa mort en 1851. La typographie de la chanson laisse penser qu’elle date d’avant 1848 : nous sommes donc dans les deux dernières décennies de la traite française, quand celle-ci a été déclarée illégale par les Anglais. Le chant évoque d’ailleurs un brick anglais aux trousses du navire,
- le cap São Roque se trouve au Brésil, dans le nord de l’État du Rio Grande do Norte. Ce cap est souvent cité par les marins, car il est le point de l’Amérique le plus proche de la côte africaine,
- l’auteur parle d’une révolte d’esclaves à bord, mais sans donner d’indication permettant de la dater,
- trois navires sont nommés : l’ Isabelle , qui part de Marseille pour les Antilles et s’arrête à Cuba ; la goélette la Sirène , qui fait la traite en Afrique ; le Résolu , qui retourne en France. Nous n’avons pas pu les identifier à ce jour, car plusieurs bateaux ont porté ce nom à diverses époques.

Quel était « l’air connu » mentionné ? Il s’agit d’un « timbre », soit l’air d’une chanson populaire dont on reprend la mélodie et la métrique des couplets pour y greffer un autre texte. Si les chants traditionnels (ou « populaires » dans le premier tiers du XIX e siècle) sont nombreux, un seul scénario-type catalogué par le folkloriste Patrice Coirault possède une structure identique 7 … sur les 4 500 analysés ! Il s’agit du chant-type 06420 L’arrivée de la mère chez les compagnons , évoquant les Compagnons du tour de France. Il est quasiment certain que c’est bien ce chant qui a servi de modèle à notre auteur anonyme, car le premier couplet est presque identique :

Oh maudit soit le jour
Que j’ai quitté chez nous
Pour aller faire mon tour
Mon premier tour de France...

Trois versions en ont été publiées à ce jour, mais une seule avec sa musique. Celle-ci figure à la page 119 de l’ouvrage d’Henri Forestier Les traditions populaires des pays de l’Yonne. Bibliographie critique avec des chansons populaires , Lyon, éd. Centre d’études bourguignonnes, 1940, 126 pages. La voici :


** *


Jeunes créoles faisant vivre la tradition musicale familiale lors de l’édition 2012 du Festival Acadiens et Creoles de Lafayette, Louisiane. Photo E. Istre.


1 Actuellement cap Boujdour, sur la côte marocaine du Sahara occidental.

2 Du nom du marin qui la découvrit en 1472. L’île s’appelle aujourd’hui Bioko.

3 Si l’on ne s’en tient qu’à la France du XVIII e siècle, le répertoire de Jean Mettas (cf. bibliographie) comptabilise 100 000 marins français dont 48 000 partis de Nantes sur les navires négriers.

4 Ouverture rectangulaire sur le pont d’un bateau, destinée au passage des marins ou au chargement ou déchargement de marchandises ou des provisions du bord.

5 Ils étaient en moyenne une trentaine par navire durant le XVIII e siècle à bord des négriers nantais.

6 Le nombre moyen de prisonniers sur les navires négriers au XVIII e siècle était de l’ordre de 250 à 300.

7 Structure des vers du couplet : M M M F F M M / 6 6 6 6 6 6 6
Les Créoles de Louisiane du Sud : origine et évolution d’une identité moderne
par
Elista ISTRE

Contribution donnée en 2014 au colloque Mémoires entrelacées

Descendante de Cajuns et d’Isleños (émigrants espagnols originaires des îles Canaries), Elista Istre est originaire de Lafayette, en Louisiane (États-Unis). Elle est docteur en histoire sur l’héritage culturel de l’université de l’Arkansas. Elle y enseigne dans le cadre du programme Heritage Studies, qui prend en compte l’histoire, l’ethnologie, la culture et l’économie touristique. Elle dirige également Belle Heritage, structure qui conseille et accompagne des projets concernant la valorisation de la mémoire collective.

Elista Istre a travaillé dans des musées et écomusées consacrés notamment à la culture cajun ainsi qu’à l’histoire militaire américaine. Elle y a développé des programmes offrant au public une vision vivante des cultures présentées. Elle est membre du comité de direction de la NAI (National Association for Interpretation), et dirige sa section culturelle et historique. Elle est également la directrice du comité de certification de l’Arkansas Living History Association.

Auteur de nombreux articles et de divers ouvrages, dont Creoles of South Louisiana : Three Centuries Strong (UL Press, 2018), Elista Istre est également conseillère pour des films documentaires tels The Johnny Cash Music Festival : 2011, et First Cousins : Cajun and Creole Music in South Louisiana (2017).
Je vous remercie de m’accueillir aujourd’hui et c’est avec plaisir que je m’exprime devant vous.

Mon nom est Elista Istre, je suis Cadienne (qui est la traduction en français de Louisiane du terme Cajun ) et Créole française, originaire de la ville de Lafayette en Louisiane. Je vais vous présenter l’histoire des Créoles de Louisiane du Sud, et plus particulièrement les origines et les évolutions de notre « identité culturelle moderne ».

Après plusieurs siècles de tragédie, mais aussi de créativité, des populations d’Europe, d’Afrique et des Amériques – pour reprendre la formule des Anneaux de la mémoire – ont construit dans le sud des États-Unis une société originale, parce que créole, à partir de leurs expériences respectives, par la survivance de leurs mémoires entrelacées et la mise en valeur de leurs patrimoines immatériels.
Les Créoles louisianais
À partir du milieu du XV e siècle, des marins portugais s’installèrent da

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