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Variations sur le James Bond Theme

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Description

On reconnaît James Bond 007 à son thème musical aussi bien qu'à sa voiture Aston Martin DB5. Cet effet de reconnaissance est-il dû à la répétition de ce thème au gré des vingt-deux films officiels de ce personnage ? A travers l'étude historique du James Bond Theme, l'auteur essaie de déterminer s'il existe un son propre à James Bond.

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Informations

Publié par
Date de parution 01 novembre 2012
Nombre de lectures 35
EAN13 9782296509924
Langue Français
Poids de l'ouvrage 2 Mo

Informations légales : prix de location à la page 0,0005€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

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Vincent Chenille

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James Bond Theme













James Bond Theme
































































































Du même auteur

La norme et le mouvement : la mode dans la coiffure des
Français, 1837-1987, L’Hamattan, 1996.
Mais où sont les « salauds » d’antan ? : 20 ans de patrons dans
le cinéma français, 1976-1997, Mutine, 2001.
Zorros, zéros et zozos : quelques femmes et beaucoup
d’hommes politiques dans le cinéma français, 1974-1998,
Mutine, 2003.
Le plaisir gastronomique au cinéma, Jean-Paul Rocher, 2004.
James Bond (2)007 : anatomie d’un mythe populaire, Belin
2007.
James Bond 007 : figure mythique, Autrement, 2008.
Bon appétit Mr Bond, Agnès Viénot Éditions, 2008.
Richard Matheson : il est une légende, Encrage, 2011.


















































© L’Harmattan, 2012
5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris

http://www.librairieharmattan.com
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr

ISBN : 978-2-336-00370-2
EAN : 9782336003702

Variations sur leJames Bond theme

L’ouvrage « Variations sur leJames Bond theme» entend bien
sûr aborder l’histoire de ce morceau musical célèbre qu’est le
James Bond theme, mais plus globalement il se propose
d’étudier la question de la musique des films de la série James
Bond. Pourquoi ce choix ? Parce qu’il offre un double intérêt, à
la fois cinématographique et du point de vue musical.
Du point de vue cinématographique, il est attaché à une série
qui a la plus grande longévité, cinquante ans cette année.
Aucune série dans l’histoire du cinéma n’a connu quelque chose de
comparable. Cette série est née de la conception de deux
producteurs de cinéma installés en Grande-Bretagne: Harry
Saltzman et Albert R. Broccoli, associés à un studio américain
United Artists. Depuis, les enfants d’Albert R. Broccoli
(Barbara Broccoli et Michael Wilson) ont pris la succession. À
l’inverse des productions cinématographiques européennes dans
lesquelles le réalisateur joue un rôle central, Eon productions,
l’entreprise d’Harry Saltzman et Albert Broccoli, est le pivot
des films de James Bond. Dans ces films de producteurs, des
artistes autres que le metteur en scène ont pu émerger, à
commencer par les acteurs Sean Connery et Daniel Craig, peu
connus avant de devenir les interprètes de James Bond. Mais il y
eut aussi Ken Adam pour les décors (dont personne n’a oublié
la salle des coffres de Fort Knox dansGoldfingerle volcan ou
lance-fusée dansOn ne vit que deux fois). Pour la musique
ci1
tons John Barry, qui rêvait de devenir musicien de films, et
dont le talent fut révélé par les James Bond. Or, si des ouvrages
ont été dédiés aux costumes de James Bond et d’autres aux
voitures et aux gadgets de 007, il semblait juste de consacrer un
livre aux musiques tant leJames Bond theme permet
d’identifier le personnage autant que son Aston Martin et son
Walter PPK.
Du point de vue musical, comme l’a fait remarquer Christoph
Lidner, la moitié du monde peut reconnaître leJames Bond

1
John Barry : a sixties theme : from James Bond to midnight cowboy / Eddi
Fiegel – Constable (1998) p. 10

7

2
themede chansons peuvent se targuer d’être aussi cé-. Peu
lèbres, même certains hymnes nationaux ne peuvent se vanter
d’avoir une telle audience. La question qui se pose est celle de
la qualité musicale de ce morceau et des autres morceaux des
films de James Bond. Car la moitié du monde aussi connaît les
films du plus célèbre des agents secrets, et l’on peut affirmer
que la notoriété des films a fait beaucoup pour celle de la
musique. La question de la qualité musicale consiste à savoir si elle
peut avoir une vie indépendante des images et être appréciée
ainsi, et si une musique de James Bond nécessite des qualités
particulières pour être réussie, notamment par rapport à d’autres
musiques de film : autrement dit James Bond a-t-il un son
particulier ?
Cet ouvrage ne part pas de rien, même si celui-ci est le seul à
être intégralement consacré à ce sujet. L’approche éditoriale du
sujet s’est faite de façon indirecte ou fragmentaire. De façon
indirecte, des biographies de compositeurs de musiques de
James Bond ont été publiées, souvent en anglais, ainsi que de
certains interprètes et paroliers des chansons titres. Au premier
chef il y a eu plusieurs biographies de John Barry qui ont
obligatoirement traité en grande partie des James Bond puisque ce
compositeur a travaillé sur douze James Bond (sur un total de
vingt-deux officiels). Il y a eu aussi des autobiographies des
compositeurs George Martin et Marvin Hamlisch, mais ils n’ont
travaillé que sur un seul James Bond. Les autres biographies de
musiciens qui ont travaillé sur les James Bond, un peu
conséquentes, concernent Shirley Bassey qui chanta sur trois films et
le parolier Don Black qui écrivit cinq chansons. Tout cela est
utile mais ne peut donner une idée de la globalité de la question
de la musique. Même John Barry, dont le travail et l’image
restent associés à la série, n’a travaillé que sur un peu plus de la
moitié des films produits. Et parmi la moitié qu’il n’a pas
composée, certains ont été de gros succès (comme « Vivre et laisser
mourir » et « L’espion qui m’aimait »).


2
TheJames Bond phenomenon: a critical reader / Christoph Lidner,
Manchester university press (2003), p. 119

8

Il y a bien sûr des ouvrages qui ont une approche assez globale
de la musique, parce qu’ils abordent James Bond dans son
ensemble. Ce n’est pas le cas de tous les ouvrages consacrés à
James Bond. J’ai écrit il y a quatre ans avec Françoise
HacheBissette et Fabien Boully un ouvrage intitulé «James Bond:
héros mythique» qui aborde bien des aspects de la question,
mais pas la musique, sujet traité par ailleurs dans les livres
officiels sur James Bond et les ouvrages illustrés commémoratifs,
qui, au mieux - comme chez Christoph Lidner ou Robert G.
Weiner – ne consacrent qu’un ou deux chapitres à la musique ;
pas de quoi en faire un historique.
Internet fournit comme il se doit un grand nombre
d’informations sur des sitesconsacrés aux films, aux musiciens ou aux
chanteurs ; beaucoup d’informations disparates, qu’il convenait
tout à la fois de rassembler, et de comparer. Car de nombreux
sites laissent les informations à l’état anecdotique faute de faire
des comparaisons entre les films, les compositeurs et les
musiciens, même sur des portails qui regroupent les films et les
artistes. De même, certains sites (souvent de fans) offrent
quelques interviews de compositeurs, mais aucune information
de nature exhaustive. Toutefois, l’addition de ces sites aux
ouvrages déjà publiés permet de ne pas laisser de zones d’ombre
quant au sujet retenu quoique la multiplicité de sources ne
permette pas de garantir l’authenticité des faits. Or nous abordons
un domaine d’investigation où les intérêts d’entreprises de
communication sont en jeu ; et celles-ci ont un souci tout
particulier à entretenir une image de marque, ce qui ne
s’accommode pas toujours avec le souci de vérité. Et cela doit avertir
notre vigilance.
En outre, aborder la question de la musique de James Bond, ce
n’est pas se contenter d’aborder la question de la musique
officielle, celle de la production des films, mais aussi celle de la
musique officieuse, des reprises et des avatars; une reprise
étant l’utilisation d’un ou plusieurs morceaux de la musique
officielle des James Bond par un autre artiste, avec une autre
orchestration, d’autres instruments. Un avatar est une musique
qui a une ressemblance avec des titres de la production
officielle, dans la dénomination, la composition ou
l’instrumentation mais qui n’est pas exactement le même morceau. De sorte

9

que le musicien officiel ne peut réclamer des droits sur cette
« nouvelle composition ». Le musicien peut faire un avatar pour
rendre un hommage ou parodier le plus souvent ; mais
quelquefois, il s’agit d’une critique. Or on peut estimer à plus de huit
mille le nombre de titres édités (en comptant les rééditions) des
morceaux principaux de chaque album (essentiellement la
chanson ou un titre instrumental). Sachant qu’il y a eu vingt-deux
films, même en comptant les rééditions officielles, celles de la
bande originale, nous dépassons de loin les huit mille titres. Ce
qui signifie que James Bond a été beaucoup repris et parodié.
Étudier cette partie de l’histoire de la musique des James Bond
est important notamment pour savoir si ces morceaux ont une
vie indépendante des films.Ce chiffre des titres a été obtenu
grâce au siteallmusic.com maisaussi, surtout pour les vinyles,
grâce à une collection personnelle qui s’enrichit au fil des ans.
Nous sommes donc sûrs que huit mille est loin d’être un chiffre
exhaustif, même si, avec la mondialisation, tous les pays
peuvent proposer à la revente leurs disques sur Internet ; mais il y
eut des tirages pirates, d’autres confidentiels.
Il a donc fallu identifier les musiciens, les officiels et les
reprises. Pour les officiels, il n’y a pas grande difficultés à trouver
des informations sur Internet ou dans des encyclopédies.
Concernant les reprises et les avatars nous avons pu identifier 909
artistes grâce à des encyclopédies, mais surtout à Internet.
Simplement, les informations sur leurs reprises de James Bond
étaient souvent succinctes. C’est pourquoi certains d’entre eux,
dont nous avons pu obtenir les coordonnées, ont été
interviewés. Nous avons réussi à en contacter 274 mais tous n’ont pas
souhaité nous répondre.









1

0



Chapitre 1 – LeJames Bond theme


Monty Norman est engagé

La composition duJames Bond themea donné lieu à des
polémiques et même à des procès. C’est pourquoi nous utilisons les
sources de toutes les parties qui se sont exprimées sur le sujet
dans un ordre chronologique qui permette d’évaluer le travail
respectif de chacun à chaque étape de la conception duJames
Bond theme.
En 1962 un mémo du département publicité de United Artists
exprima deux requêtes particulières au producteur Eon
concernant la musique deDr No: une chanson de style calypso
narrant les exploits de James Bond devait être placée quelque part
dans le film et un thème écossais devait être écrit pour la bande
3
originale pour distinguer James Bond tout au long du film.La
demande dut être relativement tardive car les origines
écossaises du personnage ne furent connues qu’une fois que
l’interprète du rôle, Sean Connery, fut engagé. Le romancier,
Ian Fleming, donna l’information dans le roman qu’il écrivit en
1962.
Or la question de la musique fut envisagée par Eon productions
dès 1961, bien avant le tournage. Le scénario comportait une
séquence musicale chantée, il était donc préférable que la
musique soit disponible au moment du tournage.
Harry Saltzman connaissait un auteur de chanson appelé Monty
Norman qui avait été chanteur pour Geraldo, directeur d’un des
4
plus gros orchestres de l’époque.Ce choix n’est
vraisemblablement pas un hasard. Monty Norman était avant tout connu
dans le domaine de la chanson, du musical. Chanteur pop
luimême au début, le succès de sa chansonFalse hearted loverle


3
Thejames Bond phenomenon: a critical reader / Christoph Lidner ,
Manchester university press (2003) p. 122
4
John Barry : a sixties theme : from James Bond to midnight cowboy / Eddi
Fiegel, Constable (1998) p. 92

1

1

poussa à être compositeur avant tout. Il travailla sur la comédie
musicaleL’expresse Bongo. Or le Bongo (ou Bongos),
instrument percussif de la région Caraïbes (Cuba), allait faire partie
de la bande originale deDr No. Norman avait avant cela
travail5
lé avec Percy Faith, Mantovani et Wolf Mankowitz.Il avait
travaillé avec Wolf Mankowitz en 1958 sur la comédie
musicaleMake me an offer. Norman avait composé la musique et
Wolf Mankowitz avait composé le livret. Or Mankowitz fut un
des scénaristes deDr No. Rien n’indique qu’il ait parlé de
Monty Norman à Harry Saltzman. Toutefois, avec les problèmes qui
allaient surgir surDr No, à cause de la partition de Monty
Norman, il est assez normal que personne ne se vante d’avoir incité
les producteurs à le choisir comme compositeur.
Harry Saltzman connaissait Norman, soit, mais il avait
généralement le besoin de deux avis positifs sur une personne pour
l’engager. Wolf Mankowitz était une des personnes susceptibles
de lui en parler, la seconde étant son associé producteur Albert
Broccoli.
En effet, en 1961, Harry Saltzman emmena Albert Broccoli voir
Belle or The ballad of Dr Crippen, un musical écrit par Monty
Norman et Wolf Mankowitz, lors d’une représentation devant
un parterre de producteurs et d’impresarios. La critique fut
as6
sassine, mais Broccoli aima.La musique de Monty Norman,
7
moderne et expérimentale, plut à Saltzman et Broccoli.Harry
Saltzman demanda alors à Monty Norman de faire la musique
deDr No: de la musique circonstancielle et un titre thème
va8
lable pour chaque film de la série.
Monty Norman accueillit d’abord cette proposition avec réserve
car il devait écrire deux spectacles musicaux. Harry Saltzman,
pour faciliter le travail de composition et le mettre dans
l’ambiance du film, lui suggéra de venir le retrouver sur le
tournage à la Jamaïque. Là, il pourrait enregistrer de la musique
locale susceptible de le guider, de l’inspirer. Finalement la
co


5
http://www.jamesbond-fr.com
6
http://www.montynorman.com
7
http://www.jamesbond-fr.com
8
John Barry : a sixties theme : from James Bond to midnight cowboy / Eddi
Fiegel, Constable (1998) p. 92

1

2

médie musicaleA house for Mister Biswasfut abandonnée faute
9
de fonds et Monty Norman fut disponible pourDr No.

La musique jamaïcaine

Producteurs et compositeur s’envolèrent le 14 janvier 1962 de
l’aéroport de Londres pour un vol de 20 heures. Sur place,
Norman enregistra de nombreuses heures de musique, de
percussions d’acier jamaïcaines, dont quelques-unes ont servi de
musique d’ambiance dans le film, ainsi que des mélodies hi life
10
et calypso qu’il compila.
C’est à partir de ce matériau qu’il composa, à la demande du
réalisateur Terence Young, une chanson pour les trois aveugles
qui ouvrent le film. Ce fut le morceauKingston Calypso, dont
les paroles sont une reprise d’une ballade enfantine. Norman
suggéra aussi qu’Ursula Andress chanteUnderneath the mango
tree. Il s’agissait d’un calypso jamaïcain traditionnel, auquel
Norman ajouta des paroles. Pour ce faire, il demanda conseil à
Carmen Manley, concernant le vocabulaire de la faune et la
flore de l’île. Ursula Andress reprit donc la chanson dans le film
et c’est Albert Broccoli qui demanda qu’elle la chante lors de
son apparition dans le film, en sortant de l’eau, et que Sean
Connery (qui avait joué dans des musicaux) reprenne également
11
la chanson.Pour la troisième chanson Monty Norman alla
faire des enregistrements dans les boîtes de nuit à ciel ouvert
des environs. Il remarqua que le public y dansait le même type
de danse sautillant, le «jump up». Il composa ainsi la troisième
12
chansonJump up quidevint un succès local.Terence Young
lui avait demandé cette chanson qui devait être interprétée en
direct dans le film. Un groupe fut sélectionné pour apparaître à
l’écran et la chanter.Jump up étaitun calypso et le choix, qui
n’était pas un hasard, s’effectua sur un groupe Jamaïcain
spé13
cialisé dans le ska: Byron Lee and the dragonaires.C’était

9
http://www.montynorman.com
10
John Barry : a sixties theme : from James Bond to midnight cowboy / Eddi
Fiegel, Constable (1998) p. 92
11
http://www.montynorman.com
12
Documentaire « Inside Dr No »
13
http://www.mi6.co.uk

1

3

14
alors l’orchestre n°1 à la Jamaïque.Issu du collège St
Georges, le groupe avec choisi son nom d’après celui de son
15
équipe de football.Le dragon était une référence à St Georges,
qui l’avait terrassé. Ce que le groupe ignorait sans doute c’est
qu’ils allaient jouer dans un film dont le héros était chevalier de
l’ordre de St Georges, et que le romancier qui l’avait créé lui
avait fait la réputation de tueur de dragon ; dans le filmDr No,
justement, James Bond affronte un «dragon »motorisé. Le
groupe Byron Lee and the dragonaires ne se contenta pas
d’apparaître à l’écran pour interpréterJump up, le guitariste du
groupe Ernest Ranglin enregistra les morceaux deDr No pour
Monty Norman. La partie jamaïcaine, vocale et mélodique, se
terminait donc sans problèmes pour Monty Norman et l’équipe
du film.

LeJames Bond themede Monty Norman

United Artists fut partiellement satisfaite du résultat jamaïcain,
Charles Juroe s’enthousiasma pourKingston calypso.
Cependant Monty Norman n’avait pas encore répondu à tous les
souhaits de la firme et d’Eon. Il fallait un thème fort pour James
16
Bond et la musique circonstancielle le long du film.De retour
à Londres, Monty Norman participa à une réunion de travail
avec Terence Young et le monteur du film, Peter Hunt. Il leur
présenta ses heures d’enregistrements de percussions, et les
deux hommes d’image lui indiquèrent où ils avaient besoin de
mettre de la musique sur le film. Monty Norman repartit pour
composer. Puis vint le moment de l’enregistrement.
« Lapremière fois que nous avons entendu quelque chose,
c’était au cours de l’enregistrement, parce qu’à cette époque
c’est comme ça que ça marchait : un metteur en scène ne
pouvait pas vraiment se rendre compte de ce que donnait la
musique jusqu’à ce qu’il soit en session avec un orchestre. Donc,


14
Documentaire « Inside Dr No »
15
http://www.wikipedia.org article Byron Lee and the dragonaires
16
TheJames Bond phenomenon : a critical reader / Christoph Lidner,
Manchester university press (2003) p. 122

1

4

nous sommes arrivés aux studios de Denham, où ils étaient en
train de répéter, et ce n’était pas du tout le type de musique que
nous attendions pour le film. Le pauvre Terence entra dans la
régie et me dit « Comment c’est ? Comment c’est ? » et je lui ai
juste dit « Patience, patience, vous allez entendre dans une
minute ». Alors Monty Norman a commencé de diriger le premier
morceau et le visage de Terence s’est décomposé. Il était
presque hors de lui, vraiment. « Qu’est-ce qu’on va faire ? » me
dit-il. «Je pense que la chose la plus sensée à faire», dis-je,
« serait de partir sur le champ et d’aller parler à nos producteurs
pour voir ce que nous pouvons faire, parce que cette musique ne
donnera rien de bon». C’est ainsi que le monteur Peter Hunt
raconta la scène. Les deux hommes contactèrent donc Saltzman
et Broccoli, qui, à leur tour annoncèrent à Monty Norman que
sa musique était refusée, arguant qu’elle ne convenait pas à
17
l’atmosphère du film.
À ce stade, le contrat avec United Artists était à moitié rempli
puisqu’il s’agissait de concevoir une chanson Calypso, ce qui
avait été fait, et un thème pour James Bond. Or dans la musique
refusée par Saltzman et Broccoli figurait ce que Monty Norman
avait prévu comme thème pour James Bond et qui figure sur les
33 tours sous le titre « James Bond theme » mais qui n’a rien à
voir avec leJames Bond themequi allait devenir mondialement
célèbre. Ce titre figure aussi sur les disques sous les titres :Dr.
18
No’s fantasy, Twisting with James. Ils’agissait d’un morceau
19
de moody jazz.La musique occasionnelle demeurait un
problème, soulevé avant tout par le réalisateur Terence Young qui
affirma «si nous n’avons pas une musique convenable pour le
film, ça le tuera », lors d’une réunion l’après-midi qui suivit le
refus de la musique composée par Norman. Terence Young
avança le nom de Sir Arthur Bliss et Sir William Walton, deux
compositeurs très réputés (et très classiques) à l’époque. Le


17
John Barry : a sixties theme : from James Bond to midnight cowboy / Eddi
Fiegel, Constable (1998) p. 92
18
http://www.mi6.co.uk
19
John Barry : a sixties theme : from James Bond to midnight cowboy / Eddi
Fiegel, Constable (1998) p. 95

1

5

problème était queDr Noétait une petite production, à peine un
million de dollars, que le budget pour la musique était
proportionnel et qu’il avait déjà été consommé en grande partie. Pour
cette raison, les grands compositeurs de l’époque n’avaient pas
été sollicités, de même que les acteurs renommés tels James
Mason ou Cary Grant, les cachets exigés pour le rôle-titre
excédant les crédits de production.
C’est alors que Monty Norman proposa un autre morceau
possible pour le thème de James Bond:Underneath the mango
tree,mais cette possibilité fut écartée car la chanson paraissait
trop typée et anecdotique pour servir de gimmik à une série de
films. Il proposa alors de réutiliser une mélodie qu’il avait écrite
pour la comédie musicale annulée intituléeThe House of Mr
20
Biswas. À l’origine, il s’agissait d’un air pour un personnage
d’Hindou et dont les paroles étaient: « I was born with this
unlu-ucky sneeze and what is wo-orse I came into the wo-orld
the wrong way round. Pundits all agree that I-I’m the reason
why ». Pour la seconde phrase du morceau il utilisa le début de
21
la chanson « I was born… ».« Comme il n’y avait eu aucune
musique enregistrée, nous ne disposions que de l’interprétation
vocale de Monty Norman pour avancer, et à partir de ça nous
avons entendu la mélodie basique duJames Bond theme, dit
22
Peter Hunt.Cette fois, l’air retint suffisamment l’attention
pour qu’on l’enregistre.
Monty Norman était certain que ce serait quelque chose de
mémorable. «Pour qu’une mélodie soit populaire, il faut que
les quelques premières mesures aient un impact immédiat avec
le public et les accroche pour qu’il veuille écouter le reste du
morceau ».
Le premier enregistrement fut fait avec six mesures à la cithare.
Puis Monty changea la dernière phrase musicale et substitua la
guitare bongo électrique à la cithare. Burt Rhodes orchestra à
chaque fois. Norman estima que ces essais n’étaient pas assez


20
Id. p. 92
21
http://www.montynorman.com
22
John Barry : a sixties theme : from James Bond to midnight cowboy / Eddi
Fiegel, Constable, 1998, p. 95

1

6

concluants et que pour le thème il fallait un orchestrateur
com23
mercial.

John Barry est engagé

Au cours de la réunion qui réunit Saltzman, Broccoli, Terence
Young et Peter Hunt, ce dernier suggéra le nom de John Barry,
alors leader du groupe instrumental John Barry Seven. Peter
Hunt appréciait le groupe et son assistant lui avait également
soufflé l’idée quelques heures avant la réunion. Harry Saltzman
décrocha alors son téléphone pour joindre son secrétaire afin
qu’il le mette immédiatement en contact téléphonique avec
John Barry. Pourquoi cette soudaineté? Saltzman se décidait
toujours si deux personnes différentes s’accordaient sur un
même nom. Peter Hunt venait de soutenir John Barry, Noel
Rogers, chargé de la division-musique de United Artists, l’avait
également fait quelques heures plus tôt. Saltzman avait appelé
Noel Rogers pour lui expliquer la situation. D’après John Barry,
Rogers avait ensuite appelé son ami Teddy Holmes, qui
dirigeait Chapell Music Publishing, pour trouver qui serait le plus à
même de réarranger la musique instrumentale, qui avait besoin
d’être vivante, contemporaine et plus important encore, dans le
vent.
À partir de ces critères, Holmes envisagea les deux groupes
instrumentaux de Grande-Bretagne au top à ce moment-là :The
Shadows et The John Barry Seven. Parmi les Shadows, il n’y
avait personne susceptible de faire des arrangements. Parmi les
Seven, John était connu pour être l’homme caché des succès
d’Adam Faith et un arrangeur instrumental habile. Il avait déjà
fait aussi la musique de deux films. Holmes estima qu’il avait
trouvé la personne qu’il fallait pour le boulot et le dit à Rogers,
24
qui le dit à Saltzman.Il est vrai que Noel Rogers connaissait
John Barry par ailleurs pour l’avoir fait travailler une ou deux
25
fois.


23
http://www.montynorman.com
24
John Barry : a sixties theme : from James Bond to midnight cowboy / Eddi
Fiegel, Constable (1998) p. 95
25
http://www;mi6.co.uk Interview de John Barry en 2006

1

7

Jusqu’alors il n’avait pas été question de chanson titre pourDr
No, ni dans les souhaits exprimés par United Artists ni dans
ceux d’Eon. C’est pourtant cet argument que Noel Rogers
utilisa pour convaincre John Barry de travailler surDr No. Le
compositeur ne comprenait pas pourquoi il était sollicité puisque la
production avait engagé un auteur de chanson réputé, Monty
Norman. « Eh bien, dit Rogers, il a écrit une chanson et ils
veulent que ce soit toi qui la réalise ». Barry répondit qu’il pouvait
écrire la chanson lui-même. Et c’est ce qu’il fit. Barry appela
son ami Don Black et ils écrivirent une chanson mais qu’il était
impossible d’intégrer au film car Monty Norman avait signé
pour composer la musique de tout le film.
Le samedi matin suivant le coup de téléphone, Barry se rendit à
une réunion avec Monty Norman et Noel Rogers. On lui
demanda d’arranger le thème. Ils ont dit «Nous avons ce truc
mais ça sonne comme une marche funèbre. Est-ce que vous
pouvez faire quelque chose avec ça? ». Barry accepta
finalement de reprendre le travail de Monty Norman: Broccoli et
Saltzman étaient tous les deux des producteurs respectés et bien
établis, United Artists était un des plus importants distributeurs,
et même si le budget n’allait pas être colossal, comparé àBeat
girletNever let go, ses deux précédentes tentatives en matière
de musique de film, l’enjeu était conséquent. Le film, en
couleurs, appartenait ainsi à une toute autre catégorie.

LeJames Bond themearrangé par John Barry

John Barry réalisa son arrangement sans avoir vu le film, ce qui
était tout à fait inhabituel. On lui dit juste qu’il s’agissait d’un
type des services secrets. Il avait entendu parler des romans de
26
Ian Fleming mais n’en avait encore lu aucun.En revanche, il
27
avait lu les bandes dessinées publiées dans leDaily Mirror.
Saltzman et Broccoli ne furent guère sympathiques avec Barry.
On peut comprendre qu’ils étaient sur les dents: ils n’avaient
presque plus d’argent pour la musique et une moitié de bande


26
John Barry : a sixties theme : from James Bond to midnight cowboy / Eddi
Fiegel, Constable (1998) p. 92
27
http://www;mi6.co.uk Interview de John Barry en 2006

1

8