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Construire la Guinée après Sékou Touré

De
208 pages
Luxuriante Guinée, « perle » de l'AOF coloniale! Le « NON » à De Gaulle résonne encore dans nos mémoires! Mais Sékou Touré n'a-t il vraiment « mal tourné » qu'après ce fameux Référendum de 1958? Que s'est-il passé au début des années 50 lorsqu'il n'était encore qu'un syndicaliste parmi d'autres? Pouvait-on prévoir alors sa volonté de puissance? Pouvait-on seulement imaginer sa trajectoire si rapide de meurtrier de tout un peuple, de fossoyeur de son pays? Sékou Touré, « L'Homme en blanc », a tué de 1958 à 1984, sans désemparer, quelque 50 000 Guinéens: Camp Boiro, Camp Alpha Yaya, Kindia, et ailleurs. Le « Guide suprême de la Révolution » a réduit ses compatriotes à l'état de « non-êtres »; il a empoisonné durablement les relations sociales et familiales, le voisin dénonçant le voisin et le fils dénonçant son père; il a fauché sur pied toute une jeunesse avec un système éducatif insensé... Corruption, népotisme, gabegie, incapacité, système D pour survivre... Les Guinéens ont eu peur et ont eu faim... Leur ouverture au monde a consisté à subir les discours surréalistes du « Grand Éléphant »... La Résistance intérieure et extérieure? Elle a été impuissante, malgré sa bonne volonté, à conjurer l'appareil de répression établi par le régime dans et hors du pays.
Depuis le 3 Avril 1984, la Guinée respire. Son tyran est mort mais quel est l'état de la victime? Des victimes? Aujourd'hui, que peuvent et SURTOUT QUE VEULENT FAIRE les Guinéens pour reconstruire leur société crucifiée et leur pays exsangue? Le réarmement moral et la volonté de travail, ainsi que l'ouverture vers les autres, en toute liberté et respect, sont les conditions sine qua non du « démarrage » guinéen.
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Construire la Guinée
après Sékou Touré LA GUINÉE-CONAKRY
À L'HARMATTAN
BA Ardo Ousmane: Camp Boiro-sinistre geôle de Sékou Touré, coll.
«Mémoires Africaines», 276 p.
GOERG Odile: Commerce et colonisation en Guinée, coll. «Racines du
Présent», 430 p.
SEIGNARD Jean: Un week -end à Conakry, roman, coll. «Encres
Noires», 192 p.
TOURE Kindo: Guinée — L'unique survivant du «complot Kaman -Fo-
deba», coll. «Mémoires Africaines», 192 p.
Etc. MAHMOUD BAH
CONSTRUIRE LA GUINÉE
APRÈS SÉKOU TOURÉ
L'Harmattan
5-7 rue de 1'Ecole Polytechnique
75005 - Paris L'Auteur
Mahmoud Bah est né en 1940 à Labé, ville du centre-nord de la
Guinée. Il acquiert une formation scientifique (chimie) à la faculté
des Sciences de Lille, puis de Reims (France) et se spécialise dans
l'industrie alimentaire.
Comme enseignant et technicien de l'alimentation, il s'intéresse
aux problèmes du développement économique et socio-culturel.
Au cours d'un voyage en Guinée en août 1979, il est arrêté par
les miliciens de Sékou Touré, jeté dans la prison politique du
Camp Boiro. L'intervention de la Ligue française des Droits de
l'Homme ainsi que d'Amnesty International le sauvent d'une mort
certaine. Il ne sortira de Camp Boiro qu'en avril 1984, après la
mort du tyran et la prise du pouvoir par l'armée guinéenne.
En couverture 1: Le Tambour de Guinée.
© L'Harmattan 1990
ISBN: 2-7384-0760-9 Tambour de Guinée
Tambour, tam-tam, tabala
Sur la côte ou en montagne
En savane ou dans la forêt
Sa voix est un appel pressant
Au travail, à la communion des fidèles
Ou à la réjouissance générale.
Mahmoud Bah ,
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Carte de la Guinée
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Guêck sou , . .
°11' L---.--22 MIRÉE :
15N
Superficie : 245 857 km2 dicore
«7p'Zi:7:1 Population(I890): 6 millions
Taux d'analphabétisme : 70 à 75 %
rai
PNB / h : 200 à 300 $ . Un des
25 paya les moins avancés du monde .
A ma Mère:
Sa foi profonde, l'aumône et
les bénédictions qu'elle
dispense, nous protègent.
A ma Femme:
Notre amour, si pur, si simple,
M'a permis, au bord du précipice,
De m'accrocher, d'espérer, de survivre.
A Sffikou Oumar Sy Savané:
Au-delà des dures épreuves,
Face aux défis lancés à l'Afrique
Tu restes une référence
De sincérité, de don de soi,
Pour les Guinéens qui luttent.
A mes compagnons d'arrestation
et de détention au Camp Boiro,
dont Karamoko Diallo mo Nouroukô.
Victimes d'un cruel despotisme.
Paix à leur âme! Adunaaru nduu dhaynirdhu en mbeleedhe mu'un,
e tooke, tooke mo lellata. Anden no
Thierno Aliou Bhoûbha Ndian (1850-1927)
p.75) (in Waadyagol fii Aduna: Gimi Pular,
Traduction:
Ce monde qui nous grise par ses tentations,
Sachons qu'il y règne du poison, un poison permanent.
AVANT-PROPOS
J'appartiens à cette génération de Guinéens qui assistent succes-
sivement:
à l'éveil de la Guinée dans le monde de la production, de la —
consommation et de la communication modernes;
à l'entrée de ce pays dans le concert des Etats indépendants; —
— à une dégradation alarmante des valeurs humaines et écono-
miques de la Guinée.
La joie de vivre et l'entrain qui caractérisaient le Guinéen dans
les années 50 font place, à partir des années 60, au désenchante-
ment et à l'amertume.
Comment cela est-il arrivé?
Comment les valeurs guinéennes ont-elles été broyées par une
machine infernale mise au point par les Guinéens eux-mêmes?
Comment, à l'heure de la communication de masse, dans un
pays qui s'ouvre à l'indépendance nationale, une poignée
d'hommes ont-ils réussi à tuer des milliers de Guinéens, à affamer,
isoler et terroriser des millions d'autres, à réduire ceux qui ont pu
s'exiler à la discorde, à la division ou à l'indifférence?
A ces questions, chaque Guinéen ou Guinéenne, que ce soit
comme témoin, acteur, victime ou bourreau repenti, doit apporter
sa part de réponse.
A défaut de tribunal national où chaque citoyen apporterait li-
brement et sincèrement sa vérité matérielle et morale, à défaut
d'enregistrements en direct, de films, de notes rédigées en toute
conscience au fil des années sombres, bref, à défaut d'accumula-
tion des preuves palpables, tangibles, que tout observateur pourrait
examiner tranquillement aujourd'hui et demain, il importe plus
que jamais d'interroger la mémoire, la conscience, l'esprit et le
coeur de tous ceux qui ont vécu ces années de décadence.
Pour cela, les Guinéens doivent écrire. Parce que l'écrit est l'un
des meilleurs outils de la communication et le meilleur support de
la mémoire collective.
Il faut mentionner les faits, tous les faits, toutes les attitudes,
tous les comportements qui ont conduit la Guinée à cette situation
d'enfant presque moribond.
9 A l'ombre et au grand jour, les forces du mal continuent de mi-
ner la société guinéenne, de mettre les Guinéens dos-à-dos. Cela
fait aujourd'hui cinq à six décennies que les Guinéens se cherchent
et ne se retrouvent que pour se détruire ou se diviser à nouveau.
Chacun doit se convaincre qu'un face-à-face réfléchi, communi-
catif, ouvert et cordial doit se substituer au stérile dos-à-dos, si
l'on veut servir la cause de la communauté guinéenne, sortir de la
confusion et de l'immobilisme.
Plus le temps passe, plus nos problèmes socio-économiques se
compliquent, plus il devient difficile de leur trouver des solutions
qui entraînent l'adhésion et la ferveur communes.
Dans tous les domaines, les dossiers guinéens sont à ouvrir, à
clarifier, à approfondir. Sans une contribution sérieuse de tous ceux
qui se sentent attachés à la communauté guinéenne, nos problèmes
politiques, économiques, sociaux et culturels resteront suspendus
dans un vague microcosme, à la merci des aléas de l'Histoire.
Inutile alors de se lamenter et de s'apitoyer sur le sort d'un pays
dont les habitants ne se donnent aucun objectif, ne font aucun ef-
fort de mise en valeur de ses potentialités.
Je viens donc vous livrer ma part de témoignage, mes observa-
tions, mon expérience et mes épreuves en milieu guinéen au cours
de cette période où le PDG-Sékou Touré (entendez le Parti Démo-
cratique de Guinée et son Chef) ont régné sur la scène politique
guinéenne. Ce n'est bien sûr qu'un témoignage de plus! Qui vient
après une série d'autres témoignages sur la Guinée de ces 40 der-
nières années. Tout en soulignant le précieux apport de leurs au-
teurs à l'évolution de la société guinéenne, je remarque que les ou-
vrages déjà publiés sont loin d'avoir épuisé le sujet.
Je souhaite donc que des dizaines de Guinéens, par leurs écrits,
leurs images et toutes les formes de représentation que leurs sens
peuvent réaliser, versent dans ce lourd dossier tous les témoi-
gnages qu'ils détiennent avant que ces témoignages ne soient em-
portés par les vents de l'oubli et de l'ignorance.
Je me propose de rendre compte de quelques aspects de l'évolu-
tion d'un régime politique bien particulier et des conséquences sur
le niveau de vie moral et matériel de la Guinée aujourd'hui. Je fais
état, en priorité, de ce que j'ai vu, vécu et entendu de plusieurs
bouches.
Je ne détiens aucune vérité absolue dans aucun domaine et reste
conscient de la relativité de toute idée et de toute action dans notre
monde. Mon objectif est, essentiellement, de contribuer à un ac-
10 croissement, à une clarification des données guinéennes, à l'ouver-
ture d'un débat national constructif dont la Guinée a plus que ja-
mais besoin pour sortir du trou, pour se développer, pour s'épa-
nouir.
Car, en fait de développement et d'épanouissement, la Guinée,
naufragée de la dictature, est encore toute en questions:
— Comment reconstruire l'intérêt général, base de l'union et de
l'unité des Guinéens?
— Comment relancer une vie nationale qui ne soit pas que cli-
vages, spéculations, parasitisme, irresponsabilité, coups fourrés et
cancans démobilisateurs?
Trop longtemps, nous avons placé notre espoir dans des chi-
mères: l'homme providentiel, les engagements et déclarations
(sans lendemain), les organisations (inefficaces)... Nous avons cru
chaque fois que cela allait résoudre nos problèmes à notre place,
sans sans que nous-mêmes levions le petit doigt, sans que nous-
mêmes participions.
Durant de longues années, les Guinéens n'ont connu que l'arbi-
traire, la prison, la famine, l'exil,... La dictature de vingt-six ans,
dont on cherche vainement les aspects positifs, a conduit à une dé-
gradation des valeurs morales de notre Société; elle a fait du pou-
voir politique un ennemi du Savoir, du Travail créateur et des
Droits de l'Homme.
Ces dures épreuves ont cruellement désillusionné les Guinéens.
Nous sommes d'autant plus amers que notre acquis national, nos
points d'appui politiques et socio-économiques sont très faibles,
très fragiles.
Aujourd'hui, il faut enterrer cette désillusion, sortir du repli sur
soi, du scepticisme, du cynisme. Il faut s'armer d'une nouvelle vo-
lonté de réussir la construction, l'intégration de notre pays, et
conjuguer nos idées et nos énergies jusque-là écrasées par un trou-
peau ravageur.
Que le peuple guinéen se ressaisisse, réveille son génie créateur
et il sortira du bourbier! Lui seul, à travers ses dignes représen-
tants et tous ceux qui lui veulent du Bien, peut asseoir des institu-
tions efficaces, conformes à ses valeurs, établir des objectifs clairs
ayant l'adhésion de la majorité et s'attacher rigoureusement à leur
application et réalisation. Tous les espoirs restent permis.
La Guinée va se doter d'une Constitution? Tant mieux, si c'est
pour se donner une base d'action et d'évolution harmonieuse de
11 notre société, si c'est pour en faire la règle de conduite d'un déve-
loppement qui intègre toutes les valeurs du pays, depuis les pay-
sans détenteurs du savoir-produire, jusqu'aux techniciens de haut
niveau de formation détenteurs du savoir-faire. Tant mieux, si
c'est pour asseoir des institutions qui soutiennent et protègent ceux
qui travaillent et vivent de leurs efforts quotidiens, des institutions
qui neutralisent ceux qui vivent de parasitisme et de spéculations
nocives.
Chacun de nous appelle de ses voeux la démocratie! Souhaitons
qu'elle s'instaure vite dans notre société. Rappelons aussi que la
démocratie est un art, un art subtil qui doit faire que chacun de
nous donne le meilleur de lui-même à la communauté en éliminant
ce qu'il a de mauvais en lui.
Mahmoud Bah
Avril 1990
N.B.: L'ouvrage comprend six parties relativement distinctes,
mais qui toutes illustrent le fond et les formes du mal guinéen. Le
dernier chapitre insiste sur quelques idées pour s'engager sur une
voie de progrès économique et social.
Ce travail est fait pour être critiqué, corrigé et amélioré. Toute
observation portant sur le fond, la forme, le contenu, et pouvant
apporter un complément de connaissances sur la Guinée, est vive-
ment souhaitée, sincèrement recevable.
J'adresse mes vifs remerciements à tous ceux qui m'ont encou-
ragé à faire ce modeste travail.
12 INTRODUCTION
Comme entité territoriale spécifique, autonome, la Guinée a à
peine 100 ans d'existence.
C'est en 1891 que le gouvernement français crée la «Guinée
Française et Dépendances»; jusque-là, on parlait plutôt des «Ri-
vières du Sud», zone située au sud du Sénégal.
La résistance des populations à l'occupation française se pour-
suivra jusqu'en 1912 sur l'ensemble des régions du pays. A cette
date, les principales forces d'opposition sont anéanties:
— Bokar Biro Barry, Almamy du Fouta Djalon, est vaincu en
novembre 1896 à Timbo et meurt assassiné quelques jours après.
— Alfa Yaya Diallo, Roi du Labé, est arrêté en 1905 et déporté
au Dahomey. Il est ramené en Guinée en 1911, puis déporté à nou-
veau, mais cette fois en Mauritanie où il mourut.
— l'Almamy Samory Touré, Chef d'un immense Empire à l'Est
du fleuve Niger, résista pendant plus de quinze ans aux attaques
des forces années françaises. Il est arrêté en 1898, déporté au Ga-
bon où il meurt en 1900;
— le Wali de Gomba, Chef religieux et militaire au nord-ouest
de Kindia, refuse de se rendre aux Français; il est arrêté en 1911;
— les résistances toma et guerzé, au sud de la Guinée, sont
écrasées en 1911-1912. De même, au nord, les Coniagui-Bassari
dans la région de Youkounkoun (1907-1910).
Ainsi, les frontières actuelles de la Guinée ne datent que de 1912.
La Guinée est donc un très jeune Etat, une Nation en formation.
L'histoire du Peuple guinéen en tant que tel ne fait que commencer.
Les Français regroupent quatre zones géographiquement dis-
tinctes: la plaine côtière, longue de 300 kilomètres et large de 50 à
70 kilomètres; la montagne dont l'altitude oscille entre 700 et
1500 mètres; la savane arbustive et la zone forestière subéquato-
riale. Ils en font un pays de taille moyenne: 245.800 km 2 environ.
Dès la fin du 19e siècle, les Français commencent la construc-
tion de routes, chemin de fer, port, écoles... en instituant un systè-
me de «travail forcé» et «d' indigénat».
Les hommes étaient arrachés à leurs familles et à leurs activités
sur ordre de l'administration coloniale. Ils étaient envoyés manu-
13 militari dans des chantiers pour une durée déterminée. Beaucoup y
mouraient ou revenaient mourants.
Un de ces chantiers, appelé Kâkoulimâ, était particulièrement
redouté dans tout le pays pour la cruauté du régime que les forçats
y subissaient.
— Yo Allah dandan Kâkoulimâ! (Que Dieu me préserve de Kâ-
koulimâ) chantaient les chroniqueurs-troubadours de l'époque.
Le travail forcé donna à la Guinée les principaux axes routiers
qu'elle possède aujourd'hui, au prix de beaucoup de sueur et de
sang. Durant les deux guerres mondiales, des milliers de Guinéens
furent recrutés dans toutes les régions et enrôlés dans l'année fran-
çaise. L'administration coloniale mit la Guinée à rude épreuve en
exigeant des populations la fourniture obligatoire de denrées de
toutes sortes: caoutchouc, bois, minerai, palmistes, café, peaux, etc.
Entre 1940 et 1950, la Guinée fut ainsi un grand producteur
d'essence d'orange pour le compte de l'industrie française.
Le transport des produits et des administrateurs d'un village à
l'autre était assuré jusqu'en 1955 par des porteurs enrôlés de force.
Après la deuxième guerre mondiale, le système de l'indigénat et
du travail forcé fut aboli officiellement. La loi dite «Lamine-
Guèye» — du nom du député Sénégalais qui l'introduisit — crée
la citoyenneté de l'Union Française. Deux types de citoyens: ceux
de droit personnel (citoyens français) et ceux de droit coutumier,
«évolués» — entendez ceux anciens sujets français. En bref, les
qui sont plus ou moins intégrés — et les «coutumiers».
Le pays est divisé en cercles administratifs dirigés par des com-
mandants de cercle. Ecoles, dispensaires, services postaux, admi-
nistration, travaux publics, marchés et magasins de commerce
commencent à voir le jour dans chaque cercle.
Une intense activité socio-économique règne en Guinée dans les
années 50. L'agriculture moderne s'implante dans le pays. Fran-
çais, Libano-Syriens, Africains, créent de nombreuses plantations
qui fournissent bananes, café, agrumes, ananas, mangues, avocats,
pour la consommation locale et surtout pour l'exportation.
En 1955, le triangle bananier Benty-Mamoun-Boffa, avec Kin-
dia comme centre de gravité, est l'une des plus grandes zones ba-
nanières du monde, produit 98.000 tonnes de bananes et assure
plus du tiers de la consommation française.
En 1956, la production de café exportable, réalisée à 80% par
des planteurs africains, est l'une des plus fortes de l'Afrique avec
12.000 tonnes.
14 Les cultures vivrières, maïs, riz, fonio, mil, tubercules, ara-
chides... sont florissantes, se développent et assurent à toutes les
régions du pays une alimentation abondante et variée.
L'élevage bovin, ovin, caprin, porcin, est pratiqué dans beau-
coup de régions et connaît un réel essor.
Des centres de recherches et d'expérimentation de haut niveau
sont implantés à Kindia (agronomie, arboriculture), à Sérédou
(quinquina, bois), à Ditinn (boviculture), à Labé (miel, parfums).
L'exploitation minière est lancée dans les années 1948-1950
pour la bauxite et le minerai de fer. De grandes sociétés de droit
français, mais à capitaux multiples, s'implantent en Guinée.
A mesure que les techniques de prospection mettent en évidence
les richesses minières de la Guinée, le capitalisme occidental s'in-
téresse à ce pays: bauxite, minerai de fer, diamant, or, granit, ar-
doise... peuvent être exploités de manière très rentable.
Roland Pré, gouverneur de la Guinée de 1948 à 1951, dit de ce
pays:
«Ses incroyables richesses naturelles: mines, énergie
hydroélectrique, lui permettent de mettre sur pied, immé-
diatement, des exploitations minières et ultérieurement une
grande industrie lourde, base de toute activité moderne.
Remarquons à cette occasion le caractère exceptionnel
des gisements guinéens, à proximité de la mer, le profil et
le régime d'étiage de ses rivières faciles à équiper à peu de
frais en centrales au fil de l'eau» .0)
en industrie minière, la Guinée Ainsi, en agriculture comme
s'affirmait, dans les années cinquante, comme un pôle de dévelop-
pement parmi les autres territoires.
Le pays avait réellement pris un élan en matière d'agriculture.
La colonisation, phénomène historique et universel, a ses méfaits
et ses bienfaits depuis que les hommes ont pris l'habitude de s'af-
fronter et d'imposer leur domination aux «faibles». La Guinée des
années 50 était une colonie qui s'ouvrait résolument au monde de
l'économie moderne. Elle prenait un élan qui ne demandait qu'à
être soutenu et amplifié.
L'activité intense et la poussée urbaine de Conakry dans les an-
nées cinquante confirment cet élan et cette volonté des Guinéens
d'entrer dans le monde de la production, de la consommation et de
la communication. Conakry était alors la perle de l'Afrique Occi-
n°1291. (1) Roland Pré: Notes et études documentaires,
15 dentale, une coquette ville tropicale qui ne manquait ni d'eau cou-
rante, ni d'électricité, et dont les marchés regorgeaient de céréales,
fruits, légumes et divers produits du pays.
L'enseignement technique et professionnel se développe. Des
centaines de Guinéens tiennent avec compétence et efficacité de
nombreux postes dans les entreprises qui se créent à un rythme ra-
pide. Les premières générations de cadres guinéens formés à l'uni-
versité et dans les grandes écoles, arrivent dans les services pu-
blics et privés: ingénieurs, médecins, professeurs, juristes, écono-
mistes, pharmaciens, artistes...
Le mouvement syndical et associatif, les activités culturelles et
sportives, se développent dans tout le pays et entretiennent une
grande ferveur parmi les populations, urbaines en particulier.
A l'instar de Conakry, les villes de l'intérieur s'activent. En
1955, Labé, ma ville natale, possède son château d'eau, sa centrale
électrique, ses associations de jeunes, son hôtel de tourisme...
La création de l'Union Française donne droit au Territoire de la
Guinée à une représentation parlementaire:
— députés à l'Assemblée Nationale française (Palais Bourbon);
— sénateurs au Sénat français (Palais du Luxembourg);
— Grands Conseillers au Grand Conseil de l'Afrique Occiden-
tale Française, Dakar;
— Conseillers à l'Assemblée Territoriale guinéenne (Conakry).
Le premier député guinéen au Palais Bourbon fut Yacine Diallo,
né vers 1900 dans un village des environs de Labé. C'était un ins-
tituteur très volontaire. Voulant à tout prix apprendre le latin pour
mieux maîtriser la langue française, il se fit convertir au catholicis-
me (c'était une condition pour apprendre le latin) et se fit prénom-
mer Louis-Yacine. Il s'affirma comme un brillant interlocuteur
dans le milieu «évolué» guinéen. Il fut le premier directeur d'école
du corps enseignant guinéen.
Yacine Diallo fut élu député par le collège des citoyens de droit
personnel (les «évolués»), les autres Guinéens n'ayant pas le droit
de vote à l'époque. Il s'affilia au Parti Socialiste S.F.I.O. (Section
française de l'Internationale Ouvrière) dont les principaux diri-
geants étaient Guy Mollet et Gaston Defferre.
En Guinée même, Yacine crée un parti politique, l'Union Fran-
co-Guinéenne, d'obédience socialiste. Il publie un journal ayant
pour titre: Honneur et Patrie.
16 Son principal partenaire politique à partir de 1950 fut Mamba
), dissident du RDA (Rassemblement Démocratique Afri-Sano(2
cain) en 1948. Mamba Sano reprochait au RDA d'être trop proche
des communistes à cette époque (1946-1950).
Sous le mandat de Yacine Diallo, furent votées plusieurs lois
qui desserraient l'emprise du système colonial sur les populations
et ouvraient l'Afrique Noire au monde industriel et commercial
avec tout ce que cela comporte de sujétions, d'injustices, mais aus-
si de bienfaits.
Yacine Diallo meurt en avril 1954, après une courte maladie,
une embolie selon son neveu Alpha-Abdoullaye Diallo( 3).
A son enterrement, à Conakry, assistent des représentants des
milieux politiques, économiques, et sociaux de la Guinée. Parmi
ceux-ci, un syndicaliste d'une trentaine d'années, Sékou Touré,
qui prononcera l'un des discours funèbres.
La campagne électorale et les tractations politiques pour pour-
voir au remplacement de Yacine Diallo vont ouvrir une nouvelle
ère en Guinée. Ere que nous conviendrons d'appeler «PDG-Sékou
Touré».
(2) Mamba Sano meurt en 1986, après avoir échappé à toutes les purges de Sé-
kou Touré mais sans avoir rien écrit ou en tout cas publié sur l'évolution de
la Guinée comme le lui demandaient beaucoup de ses compatriotes.
(3) La Vérité du Ministre, par Alpha-Abdoulaye Diallo, Editions Calmann-
Lévy, Paris, 1985, p.203, in fine.
17 Quelques chiffres: Guinée 1985
— Superficie de la Guinée: 245 857 km 2
— Latitude, longitude: 7° à 13° Nord et 8° à 14° Ouest
— Fuseau horaire: Greenwich Middle Time ou Temps Univer-
sel (TU)
— Capitale: Conakry: 800 000 habitants environ
— Villes principales: Kankan: 70 000 habitants; Kindia: 50 000;
Labé: 50 000; N'Zérékoré: 40 000
— Monnaie: Franc Guinéen: 1 FG = 0,02 FF en 1985
1 FG = 0,01 FF en 1990
(d'où: forte dévaluation du Franc guinéen)
— Chef de l'Etat: Général Lansana Conté depuis le 3/4/84
— Nature de l'Etat: République
— Assemblées: néant
— Partis politiques: néant
— Nature du régime: militaire
— Pouvoir législatif: Comité Militaire de Redressement Natio-
nal (CMRN)
— Population: 6 millions
— Densité moyenne: 24 hts/km 2
— Croissance annuelle: 2,5%
— Natalité: 185 0/00
— Indice de fécondité: 6 enfants
— Mortalité infantile: 160 0/00
— Espérance de vie: 45 ans
Groupes d'âges:
0 à 15 ans: 45%
16 à 30 ans: 27%
31 à 60 ans: 21%
plus de 60 ans: 7%
— Analphabétisme: 75% environ
— Nombre de médecins: 0,1 0/00
19
— Scolarisation moyenne: taux: 22% dont
6 à 11 ans: 30%
12 à 17 ans: 22%
3. degré: 5%
— Technique et Professionnelle: 5%
— Postes télévision: 1,4 0/00 à Conakry. Rien à l'intérieur
— Téléphone: 0,2 0/00
— Nombre de livres publiés par des Guinéens: environ 3 par an
— Nombre de journaux publiés en Guinée: 1 (Horoya)
Défense:
Marine: 800 hommes environ
Aviation: 800 hommes environ
Armée de terre: 8500 hommes environ
Gendarmerie, Police, Sécurité: 9500 hommes environ
Economie:
— Produit intérieur brut 1984: 900 millions dollars US environ
tt ‘‘ — Produit national brut 1984: 1500 "
— Par habitant: 150 dollars US par an. La Guinée est l'un des
28 pays les moins avancés du Monde.
— Croissance annuelle: à peine 1% entre 1970 et 1984
— Dette extérieure: 1,216 milliard de dollars US en 1984.
L'Etat doit rembourser 150 millions de dollars par an.
— Production d'Energie électrique: très faible
— Production minière:
– Bauxite: 12 986 000 tonnes: 15% du total mondial
– Diamant: ?
– Or: ?
— Production agricole:
– Bananes
– Ananas } Pas de chiffres
– Mangues
– Oranges
— Situation alimentaire: déficitaire, notamment la viande et les
produits laitiers
— Exportations: 465 millions $ (bauxite, alumine principale-
ment)
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