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L'UNIVERS MAGICO-RELIGIEUX ANTILLAIS

De
192 pages
Cet ouvrage se présente sous la forme d'un lexique. L'auteur passe en revue de manière exhaustive, tous les termes liés aux superstitions et aux pratiques dans l'espace antillais en incluant des croyances hindouistes et celle du vaudou haïtien. L'ouvrage se présente comme un dictionnaire facilement consultable. Plus qu'un abécédaire, c'est l'âme la plus cachée de ce peuple qui nous est livrée.
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L'univers
magico- religieux antillaisGeneviève LET!
L'univers
magico- religieux antillais
ABC des croyances et superstitions
d'hier et d'aujourd'hui
L'Harmattan L'Harmattan Inc.
55, rue Saint-Jacques5-7, rue de l'École Polytechnique
75005 Paris - FRANCE Montréal (Qc) - CANADA H2Y lK9@ L'Harmattan, 2000
ISBN: 2-7384-9420-XLa Martinique est en vérité le pays des
fantômes. Presque toutes les plantations
possèdent leur esprit familier, leurs fantômes.
Certains sont peut-être inconnus au-delà de la
région particulière où l'imagination les a
créés, mais d'autres appartiennent aux
chansons et contes populaires, à la vie
imaginative de tout un peuple. Tous les~
villages possèdent leur folklore particulier...
Nulle part au monde peut-être l'imagination
populaire n'est plus étrangement naïve et
superstitieuse.
L. Hearn, Esquisses martiniquaises.
PREFACE
Dans l'histoire des mentalités, la superstition, mode de pensée irrationnel
fondé sur la conviction qu'il existe un monde magique dont il faut chercher
les clés, montre une grande permanence et une grande universalité.
Les Antilles, où la population résulte du brassage de peuples venus
d'horizons divers, ont été un point de convergence de croyances multiples
venues du monde entier. Transformées, métissées, pourrions-nous dire, les
îles ont gardé la trace de toutes ces influences.
La présence de nombreux séanciers, quimboiseurs, voyants..., quel que
soit le nom qu'on leur donne, montre à l'évidence que nous sommes dans un
lieu où l'irrationnel, la croyance en la magie, au surnaturel sont chose
courante. Certaines pratiques qui y sont liées sont régulièrement dénoncées
dans les journaux mais elles ne représentent qu'une petite partie de ce
monde caché, immergé.
Les croyances résultent d'un syncrétisme original où religion, paganisme
et magie se mêlent étroitement.
En effet, les esclaves ainsi que les colons apportèrent avec eux les
pratiques magiques qui, au cours des siècles, se sont combinées,amalgamées, additionnées à celles des Amérindiens puis à celles des
Indiens, les derniers venus.
Les Amérindiens, premiers habitants des îles, nous sont connus par les
missionnaires qui les ont côtoyés au dix-septième siècle. Ces derniers
comme le père Raymond Breton nous donnent une idée de leurs
superstitions. Actuellement, il est de bon ton pour les sorciers et guérisseurs
locaux de se référer aux Caraioes pour donner plus de poids à leurs
médications: « C'est une recette que je tiens des Caraïbes ».
. Les colons, originaires des diverses provinces de France amenèrent avec
eux toutes sortes de pratiques et superstitions. Les messes noires étaient,
semble-t-il, chose courante au dix-septième siècle. Les sorciers avaient leur
place dans une société où le diable, loin d'être un symbole, voisinait avec
les hommes et les possédait. Les prêtres exorcistes étaient aussi présents
intervenant chaque fois que l'on jugeait que l'origine de la maladie ne
relevait pas des normes habituelles. Aux Antilles, les Blancs élevés par des
« das » noires, étaient aussi plongés dans l'univers africain.
Les Africains, s'ils ont emprunté aux Blancs une partie de leurs
pratiques, ont apporté d'Afrique leurs propres croyances magiques
perpétuées par les quimboiseurs et séanciers. Si le baptême était de rigueur
lors de leur arrivée aux îles, selon le père Labat, beaucoup conservaient en
secret «toutes les superstitions de leur ancien culte idolâtre avec les
cérémonies de la religion chrétienne », les médailles et eau bénite devenant
des sortes de gris-gris protecteurs contre le mauvais sort. Au début du dix-
neuvième siècle, Félix Longin assista à l'enterrement d'un cuisinier ibo. Il
en fait le récit suivant dans' son livre, Voyage à la Guadeloupe: « Tous ses
compatriotes suivaient tristement le corps. L'un portait une marmite, l'autre
un canari,. celui-ci tenait à la main un long couteau,. celui-là avait devant
lui un tablier tout plein de sang,. chacun portait enfin quelque ustensile de
cuisine. Au milieu de la foule était un vieux nègre qui menait lentement un
jeune cabri et semblait commander à tous les autres,. c'était
vraisemblablement le maître de cérémonie. Le cortège arrive à la porte de
l'église. Le curé (...) interdit bien entendu l'entrée du temple à cette sorte
de mascarade. Tous attendent que la cérémonie religieuse soit finie, puis se
dirigent dans le même ordre vers le cimetière. Ils déposent le corps dans la
tombe en récitant quelques prières, l'arrosent du sang du cabri qu'ils
égorgent tout auprès et dont ils mettent la tête sur le cercueil... ». A cette
époque, à côté de la cérémonie religieuse se déroulait une série de rites
relevant des religions ramenées d'Afrique.
A Haïti, le vaudou, dans lequel certains reconnaissent une permanence
des cultes dahoméens, a intégré nombre d'éléments du christianisme dans
son rituel. Le père savane est le personnage qui connaît les textes
8catholiques et les intègre dans les cérémonies. La prière dite de Guinée
récitée par les mambos commence par trois Pater, trois Ave, trois Credo, par
des cantiques catholiques et une longue énumération de saints.
Il faut cependant noter que, dès le départ, il existe une certaine méfiance
à l'encontre des pratiques afticaines. Assimilant guérisseurs et
empoisonneurs, les autorités interdisent leurs thérapeutiques. Malgré cela,
on continue à avoir recours à eux dans les campagnes et la tradition orale
perpétue certaines de leurs recettes, l'Afrique continuant à être, aux yeux
des Antillais, le lieu de magie noire par excellence.
Les Indiens, arrivés aux Antilles vers le milieu du dix-neuvième siècle,
apportèrent aussi avec eux leur religion qui prit, du fait de l'éloignement de
leur pays, des aspects originaux. C'est ainsi qu'ils prient Mariamman, la
mère Mort, déesse de la variole adorée dans le sud de l'Inde et Ispérin
célébré lors d'une messe dite kumbulu dont l'acte central est la décapitation
d'un bouc. Madouraiviren est une divinité masculine adorée dans les deux
îles, Martinique et Guadeloupe. Les Indiens l'assimilent parfois à un saint
catholique. La population, et pas uniquement celle d'origine indienne,
s'adresse à eux pour obtenir des grâces mais aussi conjurer un sort néfaste.
De la rencontre de ces quatre influences, s'est créé l'univers magico-
religieux dans lequel nous vivons et baignons aujourd'hui.
Mélange de fétichisme, de catholicisme, d'animisme - il faut par
exemple 'remercier par une pièce de monnaie l'arbre dont on a cassé une
branche ou qui est chargé de prendre à son compte la maladie d'un patient-
les croyances actuelles mêlent magie blanche et magie noire. Pour mettre
toutes les chances de son côté, on utilise aussi bien l'ail, le sel, l'alcali que
des poudres au nom évocateur comme minnin vini - pour ramener - poudre
de lune, poudre des étoiles, poudre de chicane, poudre de requin,
cabale. ..
Au cours du XXème siècle, nous assistons à une permanence de certaines
croyances malgré une évolution certaine.
En 1922, le journal La Paix proposait même de mettre une taxe sur ce
type de commerce: « Comme les somnambules, tireuses de cartes, voyantes
de tout acabit ne manquent pas chez nous, il serait juste que l'on instituât
une taxe tenant lieu de patente sur ce genre de commerce)} et l'auteur de
l'article ajoute que ces taxes rapporteraient des ressources appréciables.
A la fin de la seconde guerre mondiale, Eugène Revert, dans son livre,
Magie antillaise, recueille bon nombre de superstitions encore vivaces. En
1965, dans le journal France Antilles, la découverte d'un cercueil devant
une maison fait la Une du journal. Le journaliste fait le commentaire
suivant: «L'on imaginait naïvement que les années passant, l'évolution
9intellectuelle de la société martiniquaise aidant, la croyance aux actes de
sorcellerie diminuerait et avec elle la pratique elle-même de ce que l'on
nomme quimbois. Un tout récent procès d'Assises démontrait déjà le
contraire, et la Joule qui hier toute la journée, quoique de Jaçon
intermittente, a tenu le siège de la rue Anatole France, témoigne du
contraire. C'est qu'au numéro trente de cette rue des Terres Sainville, un
petit cercueil a été découvert ce matin... ».
Plus de trente ans plus tard, en janvier 1997, un article de Marcel
Gervelas, dans le même journal, traitant d'un bébé trouvé décapité dans une
décharge, écrit: « Des drames tout àJait d'actualité, autant que celle qui est
actuellement jugée aux Assises. concernant le viol commis par Jacques
Zonzon sur laftlle mineure de sa concubine [...] avec la complicité de celle-
ci, laquelle a expliqué pour justifier son comportement qu'elle était
possédée par un «saint ». Une explication qui prend sa source dans ces
pratiques magico-religieuses - qui empêchent à la Guadeloupe et une partie
de sa population d'avancer - auxquels certains observateurs n'ont pas
manqué de penser immédiatement après le drame pour tenter de trouver
l'origine de celui-ci... ».
Cependant certaines pratiques sont abandonnées. Ainsi considérait-on
que la couleur noire portée le premier de l'an était d'un mauvais présage.
Aujourd'hui, suivant la mode métropolitaine beaucoup de femmes
s'habillent de cette couleur. Le deuil qui était une tradition - certains croient
en effet que si on ne porte pas le deuil d'une personne proche, on risque
d'avoir d'autres morts dans la famille - n'est plus porté aussi longtemps ou
plus du tout.
Cependant, d'autres apparaissent: on peut le percevoir à travers la
multiplication de voyants de toutes sortes, d'origine africaine ou haïtienne,
l'apparition de librairies ésotériques, le succès des livres de magie, la des sectes et le succès des émissions télévisées portant par
exemple sur les manifestations d'outre-tombe.
Comment expliquer ce recours à l'irrationnel?
Dans une société stressante, l'appel à la magie permet de trouver des
solutions aux problèmes que l'on pense le plus souvent liés à la jalousie de
voisins ou d'amis.
Les gens ont à leur disposition une grande panoplie de forces. A l'époque
de l'esclavage, ils utilisaient les amulettes comme préservatifs contre les
maladies ou le mauvais sort ou pour obtenir l'amour de leur partenaire.
Aujourd'hui, le sorcier est censé conjurer un sort contraire et ses
prescriptions peuvent jouer un rôle thérapeutique. De même le recours aux
saints protège contre les aléas de la vie. Ils sont invoqués dans de multiples
10circonstances, surtout dans les moments difficiles: pour obtenir des grâces,
pour les malades, pour les femmes qui accouchent, pour les prisonniers ou
encore lors des procès... Le plus souvent les pratiques à la fois magiques et
religieuses sont mélangées, peut-être pour mettre de son côté toutes les
forces bénéfiques.
Les premières préoccupations concernent la santé. On refuse souvent de
croire à la réalité de la maladie et on préfère penser qu'elle provient d'un
sort lancé par des voisins, des amis ou des employés jaloux - la jalousie
~pparaît comme un des moteurs majeurs. -« On m'a fait du mal}) telle est
souvent la pensée de l'Antillais dès que la maladie lui paraît contraire aux
normes admises généralement. Il y a toujours une bonne âme pour vous
démontrer que la maladie n'est pas naturelle, qu'elle résulte de l'action de
personnes qui vous vel1lent du mal. Quand vous entrez dans le système,
vous avez énormément de mal à reprendre pied avec la réalité et à admettre
que, comme n'importe qui, vous êtes victime de la maladie.
Il arrive qu'à l'hôpital Pierre Zobda Quitman, à Fort-de-France, les
parents enlèvent littéralement un malade à toute extrémité en croyant
pouvoir le sauver là où la médecine est impuissante. On voit aussi des gens
aller voir un guérisseur, quelquefois hors de leur île, alors qu'une simple
analyse montrerait qu'ils sont atteints d'une maladie banale, par
méconnaissance des signes avant-coureurs d'une maladie. Il y a aussi le
refus de croire à certaines maladies: tel homme mort d'un cancer est dit
avoir été étouffé par « un retour à l'envoyeur», c'est-à-dire qu'ayant mis
une fille enceinte, cette dernière ou ses parents ont sollicité un quimboiseur
pour renvoyer le fœtus au géniteur présumé.
La mort est souvent expliquée comme la résultante de mauvais sorts
lancés par des envieux ou des « mauvais vivants». C'est une manière de
refuser son caractère inéluctable et d'en rejeter la responsabilité sur d'autres
surtout dans les cas de morts subites ou le décès de personnes jeunes.
On a recours aussi à l'irrationnel quand un enfant travaille mal à l'école
ou va à un examen. On va également voir le quimboiseur pour dominer un
supérieur, repousser les mauvais esprits, gagner au loto, au combat de coqs
ou à un match de foot, comprendre un rêve, chercher un trésor ou gagner un
procès.. .
Si on peut reconnaître le rôle positif de certaines médications - souvent
les gens ont besoin de reprendre confiance - certaines sont fantaisistes et
traduisent l'embarras du guérisseur: ainsi dans le cas d'un enfant retardé,
l'u~ d'eux a proposé au père de recueillir la sueur d'un moustique derrière la
porte d'une église!
IlIl faut également se méfier car le remède peut être pire que le mal et on
peut obtenir le contraire de ce que l'on attend.
Aujourd'hui, les jeunes ont hérité des superstitions de leurs parents et
véhiculent de nombreuses idées sur ce que l'on doit faire ou non selon les
circonstances. Ces croyances sont déjà particulièrement enracinées en eux et
aucune discussion ne peut les dissuader de ce qu'ils croient être des idées
bien fondées: le mal existe, les gens qui ont des pouvoirs ne peuvent les
avoir obtenus que du' diable. Il faut aussi éviter de ramasser ce qui trâme, ce
peut être un mauvais vivant qui l'a mis là pour vous nuire, vous risquez de
voir votre main devenir enflée et ne plus pouvoir vous en servir.
Pour faire ce recueil, je me suis référée aux ouvrages du passé ou du
présent et aussi directement ou non aux réflexions de mon entourage. Si le
plus souvent les personnes impliquées déclarent ne rien savoir, d'autres ont
été une mine de renseignements.
Ce livre a un double objectif: d'une part, j'ai tenté de recenser les
croyances avant qu'elles ne disparaissent en montrant l'amalgame fait avec
la religion chrétienne, car qu'on le veuille ou non elles font partie de notre
héritage culturel. D'autre part, j'ai essayé de comprendre pourquoi le
recours à l'irrationnel est un besoin dans la recherche de moyens de
guérison aussi bien physiques que mentaux.
J'ai adopté la forme alphabétique car elle permet une consultation plus
facile pour les intéressés. Cependant, je reconnais que cet ouvrage est loin
d'être exhaustif: car tous les jours je découvre de nouvelles pratiques. Une
partie de l'iceberg reste cachée et garde ses secrets.
12A
Abobo : mot lié au vaudou haïtien. Il signifie «Salut aux esprits! ». On
l'emploie aussi pour demander aux hounssis d'être prêts pour commencer
une chanson. Voir hounssi.
Acacia: à la Martinique, on trouve essentiellement l'acacia odorant dit
acacia jaune, pompon jaune ou acacia jarnesiana. C'est un arbrisseau de
deux à trois mètres de hauteur, fort branchu, armé de fortes épines, cachées
quelquefois par des touffes de feuilles. On le trouve surtout dans les régions
arides et au bord de la mer. Ses racines ont une écorce brune et une odeur
d'ail. Sa fleur très odorante d'un jaune éclatant explique son nom et le
rattache au mimosa. Autrefois, les dames créoles en parfumaient leurs
appartements et leur linge en les mettant en sachet. On récupérait la gomme
qui suintait de l'arbre et on employait les fleurs en infusion dans les cas de
dyspepsies. Son écorce était recherchée par les esclaves pour cahller leurs
douleurs lombaires; ils se ceignaient les articulations avec. Mais on évoque
aussi son action de désenvoûtement contre les sorciers: une bonne volée de
bois d'a.cacia serait particulièrement efficace contre les gens dits engagés.
La longueur des épines qui omént les branches doit y être pour beaucoup.
L'acacia à chatons dit arbre de malédiction, ou mimosa urens, a le tronc
d'un rouge enflammé. Il était surtout répandu à Haïti. La piqûre de son
épine pouvait entraîner le tétanos et même si le blessé restait en vie, il
pouvait devenir impotent. On pensa même que cette plante dite «baie à
onde» avait été transportée d'Afrique et propagée à Haïti par un nègre
voulant se venger de son esclavage en infestant toutes les savanes de ces
graines qui se multipliaient à l'infini. D'autres disaient que c'était une
plante qui avait obéi au prophète Isaïe en se multipliant de manière
effrayante sans que le feu, le fer ou les inondations aient pu la détruire
13(<< Dans les derniers temps, lors de la malice effrénée des hommes, leurs
champs, leurs pâturages ne produiront que des épis indestructibles»). Mais
elle était aussi utilisée pour ses vertus médicinales: réduite en poudre, on
prétendait qu'elle arrêtait les hémorragies nasales. La peau des jeunes
branches calmait les douleurs rhumatismales. Voir engagé, essence,
maison, pêche.
Accouchement: l'accouchement a toujours été un moment douloureux pour
~afemme et ce, depuis les temps les plus reculés. Il n'est nullement étonnant
qu'on ait essayé de trouver des remèdes naturels ou non pour faciliter le
passage. Les Amérindiens possédaient une pierre à cet usage.
A l'époque des matrones ou ventrières, la parturiente devait avaler un thé
fait avec de la poussière ramassée aux quatre coins de la easel ou des
excréments d'un cheval mâle. Elle buvait de l'eau sucrée et soufflait dans
une bouteille pour faciliter l'expulsion. Quand l'accouchement était
difficile, on croyait qu'un mauvais sort avait amarré (attaché) l'enfant dans
le ventre de sa mère. Certains assurent même qu'on aurait retrouvé des
enfants ficelés. La future mère devait ingurgiter une eau bouillie avec trois
pierres ramassées à un carrefour ou dans une rivière ou encore une tisane de
feuilles de marie-honte (mimosa pudica) ramassées à une croisée de
plusieurs chemins, à laquelle étaient ajoutés du rhu~ une pincée de sel ou
encore une tisane composée de maman cendre, c'est-à-dire les cendres
recueillies au fond d'un foyer, avec du rhum et du seL Ces ingrédients
pouvaient être mis dans une tisane de grosse consoude. La future accouchée
devait aussi prendre des bains de feuillage dans lesquels avait macéré un
paquet d'oignons-pays. Celui-ci était ensuite placé sur le ventre de la
femme.
La matrone, ventrière ou sage-femme, était au centre de croyances magico-
religieuses. En effet, elle était considérée comme celle qui connaissait les
secrets, celle qui pouvait défaire les charmes, écarter les influences
maléfiques. Quand on faisait appel à ses soins, surtout la nuit, elle se faisait
accompagner par deux hommes pour éloigner les esprits mauvais qui'
pouvaient la suivre en prenant la forme d'animaux divers. Elle portait aussi
des prières et avait pris soin de mettre un vêtement à l'envers. Souvent elle
servait de « da» (celle qui portait le bébé au moment du baptême) peut-être
pour continuer à veiller sur l'enfant.
En effet, les quarante jours qui suivaient la naissance étaient primordiaux
pour la survie de la mère et du nourrisson. Pendant cette période, la femme
1Cela est dû au fait qu'autrefois, aux coins de la case, on plaçait des cornes de lambis. C'est
en fait la poussière issue de ce coquillage qui était utilisée.
14devait éviter toute imprudence pour ne pas avoir «un mal de ventre
dérangé» ou prendre froid. Il lui fallait donc éviter de se faire mouiller par
la pluie, de boire de l'eau glacée, d'aller à la rivière, de prendre un bain, de
faire de trop longs trajets à pied, de porter des objets trop lourds, ou d'avoir
des rapports sexuels. Si elle avait des coliques, elle ingurgitait une tisane
faite avec des feuilles de bois caca coupées en trois et elle s'attachait le
ventre avec un madras. Le neuvième jour, pour purifier son sang, elle avalait
une purge (ou looch) faite avec de l'huile de table, de l'huile de ricin, du jus
d'orange sûre, de ['herbe àfemmes et du balai doux.
Il lui fallait aussi s'abstenir des émotions fortes comme une grande peur ou
simplement la colère car elle risquait alors d'avoir le lait « contrarié ». Elle
devait boire du jus de patate blanche rôtie dans lequel avait été dissoute de
la poudre de corne de cerf: un antipoison réputé efficace. Cela aurait eu le
mérite d'éviter les diarrhées et même la mort du nouveau-né. Voir amarrer.
Açon : utilisé dans le vaudou haïtien, c'est une sorte de petite calebasse
remplie de perles de couleur et de vertèbres de serpent. Le houngan ou la
mambo l'agite lors des cérémonies. Il est accompagné d'une clochette.
Agaou : ou Agou, à Haïti, c'est l'esprit ou loa lié au tonnerre et à la foudre.
Ago: mot utilisé dans le vaudou haitien pour contrôler une personne
possédée par un esprit.
C'était aussi un terme utilisé à la Martinique pour conjurer le sort quand on
jetait de l'eau ou des restes de nourriture. On pouvait aussi le prononcer en
versant sur le sol quelques gouttes de rhum avant d'en boire. C'était,
semble-t-il, une manière d'apaiser les morts. On pouvait aussi dire « Aga
lémô » (Ago les morts).
Agoué: ou Agoué-Taroyo à Haïti, est l'esprit des océans. Il est évoqué sous
le nom de « coquille de mer », Anguille ou « tétard l'étang ». Il est le père
d' Erzulie, esprit de l'amour. Il est le plus souvent représenté comme un
officier de marine et protège les marins qui le prient quand ils sont en
danger. Les cérémonies en son honneur ont lieu sur l'eau en général et il lui
est sacrifié des moutons blancs ou des poules de la même couleur.
Aida: dans le vaudou haïtien, c'est l'esprit femelle de Damballah. Voir
Dam ballah.
Aimant: voir argent.
15Akaiouman : ce serait Kallinago, le premier Caraioe arrivé aux Antilles.
Emprisonné par ses neveux, il se serait transformé en un poisson
monstrueux appelé par ce nom.
Alcali volatil: c'est de l'ammoniac. L'odeur est particulièrement forte et
désagréable. Aussi pense-t-on que s'en laver les mains préserve des mauvais
contacts; l'odeur de l'alcali est réputée pour repousser les esprits.
~llaitement: la jeune mère allaitait son enfant presque deux ans. On
pensait que c'était un bon moyen de contraception mais aussi que c'était un
mode d'alimentation peu cher et plus hygiénique que le biberon. Le petit lait
ou colostrum n'était pas donné à boire au bébé. Très tôt, dès le deuxième
jour, il recevait une bouillie de toloman (cana indica) qui était censée
l'immuniser contre tous les poisons. Pour faire partir le lait, .on
recommandait aux mères de s'attacher un carré de camphre entre les seins
ou de les :frotter avec de l'aloès. L'enfant refusait de boire ce lait qui avait
pris un goût d'amertume. La femme pouvait aussi se frotter les seins avec
une poignée de pois d'Angole ou encore après avoir pressé le lait dans une
timbale, envoyer le contenu sur un toit; à mesure qu'il s'asséchait, son
propre lait était censé diminuer.
Amandier: cet arbre planté dans la cour d'une maison est censé apporter de
l'argent aux habitants.
Amarrer ou marrer: est un terme qui signifie attacher. Pour éloigner un
mauvais sort, une fessée par exemple, on pouvait se croiser les doigts. Pour
gagner un procès, il fallait attacher une poignée de cabouillats ensemble ou
coudre la langue d'un anoli2. S'il s'agissait d'attirer un amoureux, on liait
ensemble deux hippocampes ou deux anolis représentant le couple. Il
existait aussi une poudre à marrer. Voir accouchement.
Arne: les Caraïbes croyaient, selon le père Breton, que l'honlIDe avait trois
âmes: l'une à la tête, à l'endroit où l'on sent battre le sang à la tempe,
l'autre au bras (le pouls) et l'autre au cœur. Après la mort, l'âme du cœur
allait au ciel; celles du bras et de la tête devenaient des mapoyas ou
mauvais esprits qui tourmentaient les vivants.
Amour: l'amour est considéré comme une des clés du bonheur. Si on ne
peut l'obtenir naturellement, on a recours à des moyens surnaturels pour y
2 pour paralyser la langue du procureur.
16parvenir. Deux voies s'offrent à vous: soit celle de l'intercession des saints,
soit le recours à des moyens purement magiques. Mais le plus souvent les
deux sont liées.
Il existe diverses invocations pour faire revenir un amoureux, pour rendre
une femme ou un mari heureux, éloigner les rivaux, dégager quelqu'un d'un
amour dégradant ou dangereux, mettre fin à un chagrin d'amour et
naturellement pour se faire aimer.
Les invocations sont ainsi faites à l'étoile du berger3, aux trois filles de
Jérusalem4, à la vierge mais surtout à Saint Valentin5, patron des amoureux.
Les bains et les parfums sont là aussi incontournables mais ne suffisent pas.
Ainsi la recette suivante permet d'en avoir une idée: il est conseillé de
3 «Je te salue Etoile,je te salue en l 'homme des 3 rois Mages, Gaspard, Melchior et
Balthazar, je te conjure au nom de ces trois grands, au nom de la part de Dieu vivant qui
est ton maitre et le mien, que tu ailles trouver (untel) et que tu le prennes à son coucher et à
son lever, à son boire, à son manger et à tous les quarts d'heure du jour et de la nuit
jusqu'à ce qu'il m'accorde ce que je désire qui est (le dire). Etoile, je te conjure des
recherches au nom de toutes les choses sérieuses et les plus saintes qu'il y ait au monde ,.
cove, covenime, véritascum, délesclat incerts et occulton, saprien, tu manifestati nichi. »
4 La prière aux trois filles de Jérusalem est la suivante: « Je me lèverai à l'aube du jour,
je louerai Dieu, je chanterai des cantiques à mon Seigneur. J'ai parcouru toutes les villes
et tous les coins en cherchant mon ou ma bien-aimé(e) (untel). Je ne l'ai point vu(e) mon
Seigneur et mon Dieu, je chercherai. Je l'ai cherché (e). Enfin je l'ai trouvé(e) et je l'ai
conduit(e) dans ma maison qui a été préparée pour sa demeure spéciale.
Mon Seigneur et mon Dieu je ne le (la) laisserai plus partir, je le (la) garderai car vous
savez bien mon Dieu que l'absence est plus dure que la mort suprême gardien afin que
personne ne puisse nous séparer: vous Jésus comme vous avez été décloué sur la croix,
déclouez-moi un tel chez un tel,. détachez-le partout où il passe conduisez-le à moi comme
vous avez été remis à votre mère. Mon Dieu faîtes que je sois victorieuse de ce combat, de
cette lutte comme vous êtes sorti victorieux du tombeau mon Dieu,. mon Dieu faîtes que je
le sois de tous mes ennemis visibles et invisibles. » sans oublier trois Pater et trois Ave.
« 0 pieuses filles de Jérusalem, priez pour moi, sauvez-moi, remettez-moi un tel! »
5 La prière à St Valentin est aussi jugée efficace: « Ô ! Saint Valentin, martyr de l'amour
et prêtre de la Grande Rome,. toi qui protèges au nom de Jésus-Christ les garçons et les
.filles, les jeunes gens et les jeunes filles, daigne t'apitoyer sur le.sort de ton serviteur (dire
son nom).
Au nom de la Sainte Trinité, au nom du Père du Fils et du Saint-Esprit, gentil Saint
Valentin, regarde mon âme, vois ma vie, constate mes peines. Je t'appelle et t'invoque pour
que tu me viennes en aide, je crie ton secours car j'ai besoin de ton appui, je hurle mon
désespoir de ne point te voir à mes côtés. Viens, viens, viens Valentin, procure-moi le
secours dont j'ai tant besoin.
Eloigne-moi de cette solitude morbide qui m'angoisse de jour en jour,. ces
passions dont je rêve la nuit, apporte-moi le lien d'amour que tu gardes en ton sein. Par les
âmes du purgatoire, par les papes, par les prophètes du Saint des saints, par la roue
vivante de la Sainte Trinité, par Jésus-Christ notre Seigneur, par la Sainte Vierge Marie,
par le Roi des Rois des hommes et par son Saint Nom, viens, viens, viens Saint Valentin. »
17mettre dans un litre de lavande blanche de l'essence de ramenance (pour
ramener), du minnin vini, (idem), de la poudre d'or, et de ce que l'on
appelle « vite vite». Il faut laisser tremper ce mélange pendant trois jours
avant de commencer et arroser le seuil de la maison avec sept jours
en disant « Je veux que X revienne ».
Après le bain, il faut se parfumer avec un mélange de rêve d'or, de jasmin,
pou aimin mwen (pour m'aimer), amour sans fin, et du «parfum charme ».
Après avoir placé une lampe dans un canari en terre, il faut mettre de la cire
d'abeille (cassave de miel) et dire: «Je veux te savourer ici ». Ensuite, on
'ajoute de la poudre ramené, envi ouè mwen (envie de te voir), acostable,
minnin vini (ramener), de la poudre d'influence, de la poudre garance, de la
poudre de riz, de l'huile de paraffme, de l'huile d'amande douce, un
morceau de parchemin vierge où sont écrits les deux prénoms (le sien et
celui de l'autre).
Le parchemin est ensuite mis dans de la cire d'abeille, dans laquelle sont
ajoutés du précipité rouge, une cuillerée d'eau de coco, une cuillerée de vin
rouge. La lampe est allumée avec de l'huile de maïs de préférence; un peu
de terre est ajoutée. Il ne faut pas oublier de dire: «je ne viens pas vous
déranger, mais vous demander d'aller chercher untel pour moi », sans
oublier la prière à Saint Expédit pour aller la personne et la prière à
Saint Valentin.
Une prière particulière précise la demande:
« Toi (le prénom seulement) viens à moi, réponds-moi. Je t'appelle avec
l'appui d'Anaël que j'invoque.
Déjà par la force de ma volonté qui porte jusqu'à toi mon désir, tu te
rapproches de moi, tu ressens ma passion et ce désir qui est le mien et tu te
souviens du bonheur que je t'ai donné, en émouvant ta chair, ton cœur et
ton âme.
Je veux que mon désir te trouble à nouveau ainsi qu'il en fut autrefois, que
ce trouble devienne plus puissant que jamais afin que tu sois entièrement
habité(e) par le souci de notre commune possession. Que ton corps se
donne, que ton cœur soit apaisé, que ton esprit consente et reçoive le
bonheur. Que lesforces bénéfiques mises en action par mon Verbe m'aident
à te lier à nouveau à moi et à tefaire revenir vers moi. Que ma Volonté soit
faite et qu'elle devienne ta volonté. Amen. »
Pour faire venir une personne, on invoque aussi des esprits: « Fagot brûle
le cœur, le corps, l'âme, le sang, l'esprit, l'entendement de X par lefeu, par
le ciel, par la terre, par l'arc-en-ciel, par Mars, Mercure, Vénus, Jupiter,
Feppé, Feppé, Feppé, Elera, et au nom de tous les Diables, Fago, possède,
brûle le cœur, le corps, l'âme, le sang, l'esprit, l'entendement de x..
jusqu'à ce qu'il vienne accomplir tous mes désirs et volontés.
18Va en foudre et en cendre, et en tempête, Santos, Quisor, Carracos, Arné.
Tourne, qu'il ne puisse dormir, ni en place demeurer, ni faire, ni manger, ni
rivière passer, ni à cheval monter,. ni homme, ni femme, ni fille parler
jusqu'à ce qu'il soit venu pour accomplir tous mes désirs et volontés. »
Pour obtenir l'amour de quelqu'un, d'autres prières sont utilisées comme
celle qui suit: « Que (ses nom et prénom) soit J.oint(e) avec moi (vos nom et
prénom), de même que sont joints le feu, l'air et l'eau avec la terre, et que
l'esprit de (ses nom et prénom) soit mû vers moi (vos nom et prénom),
comme le rayon du soleil meut la lumière du Monde et de ses vertus, et qu'il
'compose (ses nom et prénom) dans ses œuvres dans la vue de (vos nom et
prénom) de la même manière que le Ciel est composé avec les étoiles et un
arbre avec ses fruits.
Et mettez l'esprit, haut et sublime de (ses nom et prénom) au-dessus de
l'esprit de (vos nom et prénom) comme l'eau sur la terre. Etfaites que (ses
nom et prénom) n'ait pas le pouvoir de manger, boire, sauter ni de se
réjouir sans moi (vos nom et prénom). »
Pour se faire aimer, on invoque la Vierge: « Je vous salue Marie, glorieuse
étoile, brillante et vermeille! Vénérée par toute la terre! Je viens implorer
votre secours vous qui êtes tout amour, je vous supplie d'intercéder pour
moi auprès de X (nommer la personne dont on désire se faire aimer). Ayez
pitié de moi qui l'aime sans espoir! Ouvrez-lui les yeux et le cœur. Qu'il
(nom et prénom) voit en moi un amour fidèle, pourvu de tous les attraits. Ô
Mère d'amour! Exaucez ma prière! Ayez pitié de ceux qui meurent
d'amour et de solitude! Très Sainte Mère de Dieu, J'e vous le demande àvec
une grande ferveur! Rendez X amoureux de moi (vos nom et prénom) !
Redonnez-moi l'espérance et la paix. Pour les siècles des siècles! Ainsi
soit-il! ».
Il existe d'autres prières pour rendre une femme ou un mari fidèle et
éloigner les rivaux.
« 0 Bon Jésus! Exaucez-moi! Jésus victorieux! Venez à mon aide! Ayez
pitié de moi, pauvre pécheur! Jetez un œil favorable sur l'amour que vous
m'avez accordé! Protégez-le, Ô Dieu tout-puissant! Je vous en conjure!
Eloignez de mon mari (de mafemme), (nom et prénom) toutes les tentations.
Par votre Sainte Croix, protégez notre Amour. Secourez-moi Seigneur, Ô
Dieu miséricordieux!
Ayez pitié de moi! Ecartez mes ennemis de mon mari (de ma femme) ».
La prière pour qégager un être d'un amour dégradant ou dangereux est le
suivant: «Dieu Tout puissant et Eternel, Libérateur, de toutes Tes
créatures, Toi qui protégeas Samson et Dalila la perfide, et qui, lorsqu'il
eut succombé, lui restitua, par Ton Esprit Saint, sa force et sa vertu afin
qu'il soutienne une dernière fois l 'honneur de Ton peuple, nous te prions Ô
19Dieu Miséricordieux en faveur de Ton serviteur N... (de ta servante N...),
afin qu'il (ou elle) échappe à l'esclavage sensuel dans lequel il (ou elle) est
tombé(e), et que, renonçant définitivement à une passion funeste, il (ou elle)
revienne, à jamais libéré, dans les voies de la droiture et de l'équité. Par
Jésus Christ, Notre Maître et Seigneur, et par Saint Jean Son Serviteur».
Il existe aussi des prières pour un amour heureux ou la fin d'un chagrin
d'amour comme celle qui suit:
« Dieu Tout Puissant et Eternel, qui as uni Abraham et Sara, Isaac et
Rebecca, Jacob et Rachel, dans un unique et inaltérable amour, qui as uni
encore Booz et Ruth afin que Ruth, soit, comme Sara, Rebecca et Rachel,
un exemple en Israël, qui as en Ta Miséricorde infinie et ta Souveraine
Clémence donné en mariage à David ton serviteur, ta Servante Abigail et as
pardonné son union adultère avec Bethsabéefemme d'Urie, Toi qui par ton
Fils le Christ Jésus Notre Rédempteur as pardonné à la femme adultère et
remis à Marie Magdelaine tous ses péchés, toi qui, par lui et en ta
Souveraine Clémence, as bien voulu réformer la dure loi d'Israël et nous
dire que, parce que Magdelaine avait beaucoup aimé, pour elle et il lui
serait beaucoup pardonné, nous Te prions pour Ton serviteur X afin qu'un
amour aussi durable et aussi profond les unisse à jamais. Toutefois,
Seigneur, Dieu de miséricorde, de Prudence et de toute Justice, fais qu'il
n'en résulte nulle souffrance, nul chagrin, nulle douleur pour aucune de tes
créatures, Seigneur, et que le scandale et le désordre ne viennent pas
troubler Ton peuple. Par Jésus-Christ Notre Maître et Seigneur, et par Saint
Jean son Serviteur. Amen! ». Voir miel, oranger.
Amulettes: appelées aussi piailles. Selon Renouard de Sainte-Croix, les
Noirs les utilisaient comme préservatifs. C'était « un composé extrêmement
bizarr~ des éléments les plus opposés suivant la nature de l'objet que
l'individu désire6 ». « Avec ces pernicieux véhicules, ils croient que rien de
fâcheux ne peut leur arriver, qu'ils peuvent aller partout, marcher sur des
serpents sans en recevoir une seule blessure7» ajoute le frère Marcellin-
Marie. Certains Blancs se servaient aussi d'amulettes pour se protéger
contre les maladies, en particulier la fièvre jaune qui faisait des ravages au
siècle passé. Voir piailles.
Animaux: les animaux tiennent une grande place dans l'imaginaire
antillais. Ce sont les personnages principaux des contes mais certains
hommes ou certaines femmes adonnés au mal peuvent prendre la forme de
6 Renouard de Sainte-Croix, Statistiques de la Martinique, tome II, page 220.
7 Lettre du frère Marcellin-Marie à l'abbé de la Mennais, Fort-Royal, 21 janvier 1844.
20l'un d'eux. Un anllnal qui ne se trouve pas à l'endroit approprié ou ne
correspond pas aux normes, par exemple une sauterelle trop grosse, est
considéré comme une bête voyée - envoyée pour vous faire du mal - une
bête maléfique. Si c'est un crabe, il est écrasé sans rémission; l'insecte est
brûlé. Si l'on apprend que quelqu'un est décédé dans des circonstances
bizarres, la preuve est faite: cette personne avait pris la forme de l'animal
en question. Les quimboiseurs prendraient souvent la forme de chiens. Le
cheval à trois pattes est aussi considéré comme une manifestation de sorcier.
Si un serpent a un comportement anormal, si par exemple au lieu de se lover
il remue la tête de droite à gauche, ce ne peut être qu'un homme transformé
par une maman dio.
Une sauterelle verte ou une grosse mouche dans une maison annoncent une
visite, le papillon noir un deuil. Les crabes, chats, serpents, crapauds,
chauves-souris, poules noires, poissons, araignées ou mouches entrent dans
la fabrication de sortilèges. Gilberto Freyre cite pour le Brésil, la chauve-
souris, le serpent, le corbeau, la poule, le pigeon, le lapin et le crabes. Voir
maman dlo
Anoli : c'est un petit lézard vert dont la couleùr varie en fonction du sexe,
de la température ou de la luminosité mais aussi de son humeur. Il a été
souvent l'objet de jeux cruels de la part des enfants. Il est inoffensif mais il
entre dans bon nombre de préparations magiques. Sa queue coupée continue
à mener une vie indépendante pendant quelques instants, les gens disent que
c'est sa manière à lui de vous injurier ou de vous jeter un sort. Si vous voyez
deux anolis en train de se battre, c'est l'annonce d'une discorde dans votre
couple. Voir golgotha.
Aphrodisiaques: aux Antilles, l'homme de couleur est considéré comme
un homme à femmes, mais pour tenir sa réputation, il recherche des
excitants ou aphrodisiaques. Si le gombo est considéré comme un calmant,
le bois bandé est vendu dans les marchés locaux et entre dans la
composition de bon nombre de boissons excitantes. En Guyane, il est
recommandé de mettre les racines des jeunes pieds à macérer dans du rhum.
Il existe aussi en Guyane une liane dit dobouidoi ou ledi Dobuldwa dont
l'écorce est mise à macérer dans le rhum. Cette drogue est considérée
comme plus efficace que le bois bandé.
Un des plus puissants est tiré du sexe d'une tortue appelée caret - on dit
pine caret - séché et réduit en poudre. Il faut en absorber une quantité
8 Selon cet auteur« Le crabe est préparé avec trois ou sept piments de la Côte et jeté à terre,
il défait les liens domestiques}).
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