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Un quart de siècle au service de l'Afrique tropicale

De
414 pages
Publié par :
Ajouté le : 01 janvier 1997
Lecture(s) : 271
EAN13 : 9782296335493
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UN QUART

DE SIÈCLE DE

AU SERVICE L'AFRIQUE

TROPICALE

1947 - 1971

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Pierre TRUTEAU

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UN QUART DE SIÈCLE AU SERVICE DE L'AFRIQUE TROPICALE
1947-1971

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Récit

Editions L'Harmattan 5-7, rue de l'Ecole-Polytechnique 75005 Paris

L'Harmattan INC 55, rue Saint-Jacques Montréal (Qc) - Canada H2Y lK9

@ Éditions l'Harmattan,

1997

ISBN:

2-7384-5143-8

Du même auteur
UN PAYSAN FRANçAIS PARMI LES PAYSANS DU TIERS-MONDE: Vie de Jean NOLLE - (L'HARMATTAN)

A la mémoire de mon père et de ma mère, cette autobiographie qu'ils ne liront pas... A Claude, A nos trois enfants: Catherine, Jean-Marc, Pascale. A nos cinq petits-enfants: Aurélie, Séverine, Benjamin, Raphaël. Guillaume,

SOMMAIRE

A VANT-PROPOS.
P REF A CE.

..... ... ...

...........

11
1 5

... .. ... ..................................................................

I - DE BORDEAUX
II. - BRAZZA VILLE.

A BRAZZAVILLE,

VIA POINTE-NOIRE.19
35

............................................................

IlI.-LES PLATEAUX BATEKES AU MOyEN-CONGO IV.- LA VALLEE DU NIARI AU MOyEN-CONGO

49 69

v- LA CASAMANCEAU SENEGAL

83

VI.- MISSIONS D'ETUDES AU CAMEROUN, AU TCHAD ET EN OUBANGUI-CHARI (CENTRAFRIQUE) 131

VII. - A NOUVEAU LA VALLEE DU NIARI AU MOYENCONGO 185 VIII.-ENCORE LA CASAMANCEAU SENEGAL
IX. -MISSION EN ISRAÊL. ."

211
235

X- RETOUR EN CASAMANCE,AU SENEGAL

271

9

XI.- MADAGASCAR ET KENYA XIl- TOUJOURS LA CASAMANCE, AU SENEGAL, (suite et fin)

281

301

XIIl- MON QUATRIEME SEJOUR AU CONGO, AVEC UNE INCURSION EN AFRIQUE DU SUD 313
CO NCL USIO N . . . . . . ;. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 395

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AVANT-PROPOS

Quand on a 24 ans, issu d'un milieu rural d'exploitants agricoles, même nanti d'un bon diplôme, il n'est jamais facile de se faire une place au soleil, surtout lorsque cet "appel" vers l'outre-mer vous tenaille depuis l'enfance. Et sans relations personnelles, la perspective d'une carrière administrative me semblait la voie ouverte à mes ambitions professionnelles. Curieux dilemme en fait puisqu'à ma démobilisation, en avril 1946, je pouvais faire le choix des Armes. Comme beaucoup de jeunes gens de mon âge, refusant le Service du Travail Obligatoire (S.T.O.) imposé par l'occupant allemand pendant la guerre, je préférai le chemin du maquis, puis c~lui des F.F.I. et l'engagement pour la durée de la guerre. Et comme la classe 1943, à laquelle j'appartenais, restait sous les drapeaux - la première mobilisable après l'armistice de mai 1945 - pour oublier ma déconvenue, je passai avec succès le concours d'entrée au peloton préparatoire à l'Ecole Militaire Inter-Armes d'Officiers de Coëtquidan. Et c'est ainsi que je me retrouvai d'abord à Ardentes près de Châteauroux, dans l'Indre, d'août à no-

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vembre 1945, au Centre d'Instruction Divisionnaire de la 19èmeD.I. commandée par le Général Borgnis-Desbordes : l'application se faisant ensuite au camp de Stetten (la petite Sibérie) dans la province du Wurtemberg en Allemagne. Et à l'heure de la démobilisation, avec le grade de sergent, je choisis la voie civile, occultant ainsi mon entrée à Coëtquidan, d'où je serais sorti sous-lieutenant neuf mois plus tard. Ce fut le cas pour beaucoup de mes camarades avec en prime la guerre d'Indochine, dont certains ne revinrent pas, hélas. Dès le 18 juillet 1946 je devais partir pour le Moyen-Congo. Mais le destin en décidait autrement. Mon père décédait le 14 juillet 1946 et en septembre de la même année mes trois jeunes frères et soeur attrapaient la poliomyélite: terrible maladie à l'époque, où la vaccination préventive n'existait pas. Paul et Gilles s'en sortaient quasi indemnes, mais Thérèse, des séquelles de la terrible maladie, restera handicapée à vie. Elle décèdera à l'âge de 49 ans, le 15 juillet 1988. Et je ne résiste pas à l'envie de reproduire, un passage du livre de notre amie Marie David, intitulé "un air de famille" préfacé par le bon Cardinal François Marty, édité en 1989 : "Une Amie pour ['éternité" Mon Dieu tu as repris Thérèse, Tu nous l'as enlevée. Depuis l'enfance elle portait dans son corps, la souffrance du monde. Mais qui donc oubliera son immense sourire? « Lorsque je partirai, je voudrais que ce soit dans lajoie du Seigneur; seulement je ne voudrais pas trop souffrir,

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j'ai pellr de la souffrance, je ne l'aime pas. » Thérèse est morte à l'hôpital toute seule, toute petite au milieu des appareils compliqués. Personne ne lui tenait la main. Thérèse était lumière, elle nous apprenait l'amitié, la vraie, la joyeuse amitié qui écoute et partage. Seigneur, Thérèse nous disait ta présence, son sourire chantait ta bonne nouvelle. « Cette vie, je l'aime, malgré les chemins difficiles j'ai appris à me réjouir à la moindre occasion », disait-elle. Mon Dieu, merci pour la lumière de vie que tu réserves à ceux que tu nous envoies pour nous guider.

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Pour moi, aîné de cinq enfants, en1946 se posait alors un"problème aigü de conscience: devais-je répondre à cet appel de l'outre-mer, ou rester par devoir à la ferme familiale de St.-Linaire, aux côtés de ma mère, devenue chef d'exploitation? J'étais évidemment attiré par la première solution. Cependant cette décision me pesait. L'avis de ma mère, à qui je rends aujourd'hui un affectueux hommage, fut déterminant. Elle me laissait mon libre choix, sans chercher à m'influencer. Merci maman. Je venais de choisir l'Afrique.

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PREFACE
par Paul Masson
Commandeur de la Légion d'Honneur

Sénateur du Loiret jer Vice-Président du Conseil Régional de la Région Centre Maire d'Estouy (45) Gouverneur Honoraire de la France d'Outre-Mer Préfet de Région Honoraire

Pierre TRUTEAU répondit en 1946 à l'appel de l'Afrique. Nous appelions alors « vocation» cette attirance vers l'inconnu. Vocation, mot incongru en cette fin de siècle, dont seuls ceux qui la partagèrent peuvent encore dire, cinquante-ans après, la richesse et l'attrait. Il fut un pionnier. A son poste d'avant-garde, toujours prêt à tracer le chemin, Pierre TRUTEAU devint un ardent protagoniste du développement rural. Il a compris très tôt qu'il n'est de progrès pour les peuples, comme pour les hommes, que dans l'équilibre des sociétés. Durant de longues années, avec ses équipes française et africaine, Pierre TRUTEAU accomplit un travail parfois pénible, toujours acharné, pour développer la richesse du paysan noir grâce à la maîtrise des techniques agricoles. Je l'ai connu à la fin de son expérience de Casamance. Il lui fallait alors tourner une page, alors qu'il . avait tant agi et tant espéré pour cette terre.

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populations attachantes, les techniques de l'Occident, mais ne rien compromettre du lien ancestral. En bref: comprendre et connaître, avant de transmettre. Et pour cela, d'abord aImer. Je lui ai confié d'autres tâches, au coeur du Congo, alors que l'indépendance étendait son manteau d'illusions sur ces jeunes pays. Sans une erreur, il devint négociateur, avec un talent qui fit merveille auprès des nouveaux ministres et leur entourage. Lorsqu'il lui fallut rompre avec sa vocation africaine, après 25 ans de services outre-mer, il laissa beaucoup d'amis sur le continent noir. Revenu sur l'hexagone, il exécuta, avec une extrême distinction, une nouvelle mission délicate. Comment aménager une belle rivière, le Lot, en 'se jouant des limites administratives. Là encore, il réussit à merveille. Mais c'est une autre histoire... Ce livre témoigne de la grande sagesse de Pierre Truteau, faite de passions contenues, de volonté persévérante et de modestie dans l'action.

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CHAPITRE I
De Bordeaux à Brazzaville. via Pointe-Noire

Après les formalités administratives, j'embarquai à Bordeaux le 12 avril 1947 sur le "Cap Tourane" de la Compagnie Maritime des Chargeurs Réunis. Ce bateau avait à son actif plusieurs convoyages de troupes à destination de l'Indochine où était engagée cette première guerre coloniale. Armé pour transporter huit cents passagers, nous étions mille sept cents personnes à bord. C'est dire combien le confort, voire l'hygiène, étaient précaires. Les cabines de pont et intérieures étaient réservées aux femmes et aux enfants. Les hommes en nombre majoritaire, sauf quelques rares privilégiés, étaient entassés dans les entreponts et les cales et dormaient dans des hamacs. Naturellement et respectueux de la hiérarchie, les plus jeunes, dont je faisais partie, étaient parqués à fond de cale proche de la quille du navire. Car après cinq années de guerre, il fallait convoyer d'une part, des passagers de tous âges qui rejoignaient leur poste, et d'autre part des jeunes pour assurer la relève de ceux qui ne reviendraient plus en Afrique: les plus âgés atteints par la retraite et les combattants tombés au champ d'honneur dans les glorieuses épopées des armées de la France Libre. Et comme le disait si joliment le Gouverneur de la France d'outre-mer Guy Georgy, dans son ouvrage « Le petit soldat de l'Empire », je le cite: "il y avait sur cette Arche de Noé un échantillonnage étonnant d'un demi-

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siècle de colonisation française". Des commandants de cercle. ou de subdivision (administrateurs de la France d'outre-mer), en fin ou en début de carrière, des magistrats, des médecins, des militaires de tous grades, des fonctionnaires grands et petits, des techniciens de l'agriculture, des mines, des travaux publics, des missionnaires, pour la plupart spiritains, des forestiers, quelques colons et une brochette d'élèves administrateurs et d'ingénieurs stagiaires fraîchement diplômés de l'Ecole Nationale de la France d'Outre-mer et de la Magistrature, des Ecoles d'Agriculture, des Mines et des Travaux Publics, au terme de cinq années de tribulations militaires, universitaires et scolaires. Ajoutez à cela, les commerçants libanais, syriens, grecs et portugais qui disposaient à l'époque, avec les grandes compagnies françaises type C.F.A.O. ou S.C.O.A., du monopole du commerce de production et de. distribution. Vous avez là une palette représentative de la faune humaine qui oeuvrait à la colonie, comme on disait alors. On se serait presque cru ramenés à plus d'un siècle en arrière, de 1820 à 1920, ou 70 millions d'Européens quittaient leur pays en quête d'une nouvelle patrie, espérant y trouver la liberté de travailler, de penser, de gouverner ou de prier: ceux que l'on appelait en Europe les proscrits économiques, politiques ou religieux. Et pour les compagnies maritimes, les émigrants ou les coloniaux sont un fret comme un autre, qui possède toutefois sur les marchandises l'immense avantage de débarquer seul ce qui évite des investissements importants tels que les grues, et les grèves des dockers. Bien que les voyages maritimes représentent toujours une part de rêve, les conditions de traversée restaient néanmoins précaires. Et nous les jeunes étions spécialement

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servis: toujours situés au-dessus des vibrations des machines et bercés par le vacarme saccadé de la ferraille en mouvement et le grincement des amarres. L'accès aux dortoirs aménagés de hamacs en guise de couchettes dans l'entrepont et les cales se faisait par des escaliers étroits, aux marches visqueuses et glissantes. Une masse humaine grouillante, des toilettes rebutantes et nauséabondes du fait aussi d'un Golfe de Gascogne remuant, après avoir quitté l'estuaire de la Gironde, avec des vagues de plusieurs mètres provoquant roulis et tangage du navire; avec les conséquences sur l'organisme humain que l'on imagine facilement. Tels sont présentés l'entrepont et les cales. On y respire aussi un assemblage suspect d'odeurs hétéroclites: vin, tabac froid, alcool, pelures d'oranges, ail et désinfectant. Les nouveaux, pour la plupart, n'avaient jamais été en mer. La quasi totalité des passagers qui ne bénéficiaient pas de cabines, trop épuisés pour aller jusqu'au bastingage y vomir, hommes et femmes n'hésitaient pas à se soulager par le haut et par le bas, directement sur le pont rapidement parsemé d'ordures. Heureusement la nourriture était variée et abondante. Déception cependant pour ceux qui s'imaginaient sur "l'Ile-de-France" ou le ''Normandie'' où le transatlantique ne fait pas partie de notre univers, c'est nous qui participions au sien. On se sent comme un membre de sa caste, investi d'un rôle à jouer. Ne pas non plus s'illusionner sur une traversée ressemblant à un bal masqué, gigantesque et grandiose, où chaque homme serait un gentleman, chaque femme une lady, où le reste ne compterait pas. La fête n'est pas permanente et bonjour le parfum d'exotisme et d'aventure.

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Plusieurs dizaines d'hommes et de femmes sont chargés du déroulement, je n'ose pas dire le bon ..., de la vie à bord. Au sommet de la hiérarchie se trouve le Commandant, le « Maître après Dieu », une responsabilité écrasante qui fait de beaucoup de Commandants, des solitaires. Mais le maître de maison est le Commissaire principal qui doit avoir l'oeil à tout, garder le sourire en toutes circonstances et surtout être fin diplomate. Aussi bien pour consoler une accorte passagère solitaire, jeune, jolie, et élégante de préférence, pouvant aller jusqu'à lui offiir l'hospitalité luxueuse de sa cabine, que pour faire oublier à une autre passagère, souvent plus âgée cette fois, que l'on avait dû jeter à la mer les cendres de son défunt mari. Car dans les villes flottantes, fussent-elles des « rafiots », on naît, on vit et on meurt. Les mariages religieux ont lieu dans les chapelles des paquebots, transformables selon les cultes représentés à bord, tandis que le Commandant fait office de maire de la ville. Et au cours d'une escale, à Douala précisément, une union devant Dieu et les hommes eut lieu, s'agissant d'une jeune fille embarquée à Bordeaux qui rejoignait son fiancé au Cameroun. Pour être complet la future épousée, fort jolie au demeurant, n'avait jamais eu à se plaindre de la précarité du confort puisque le bateau à peine sorti de l'estuaire de la Gironde, elle avait fait sienne la cabine du commissaire principal et affichait avec ostentation sa liaison avec l'officier de bord! Une méchante langue disait à l'époque que le jeune marié n'était pas à l'abri d'autres infortunes conjugales. Tous les bateaux, même les plus vétustes, ont un médecin et une infirmière et sont équipés d'une salle d'opérations plus ou moins moderne. Pendant la traversée quatre personnes, dont deux jeunes enfants, sont morts. Compte tenu de tout ce qui précède sur le confort et la vie à bord, dès l'approche des côtes du Maroc (nous étions en avril)

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les hommes jeunes trouvaient refuge sur le pont, enroulés dans des couvertures la nuit, délaissant hamacs, entreponts et cales. Dès les premières chaleurs, les fonctionnaires coloniaux sortaient des cantines métalliques les tenues correspondant à leurs fonctions et à leurs grades. La journée les passagers, souvent désoeuvrés, occupaient les bars, sirotant bière, pastis ou cognac soda (à défaut de whisky), les conversations allaient des exploits de chasse d'avant-guerre, souvent enjolivés, aux combats dans la Résistance ou la France Libre. Les forestiers appelés alors "coupeurs de bois'~ dont les plus célèbres étaient ceux du Gabon, n'hésitaient pas à acheter le bar (mobilier et boissons alcoolisées) à prix d'or, s'enivraient copieusement et jetaient ensuite le tout (avec flacons d'alcool vides ou pleins) par dessus bord. Ils rentraient ainsi à leur chantier, le porte-monnaie soulagé. Chaque soir au son d'un orchestre du bord composé d'un piano accompagné d'un accordéon et d'un instrument à vent, des couples se formaient, après dîner, pour danser valses, javas et tangos. Les femmes, minoritaires en nombre, étaient très demandées. Les hommes portant uniforme: personnel de bord de la marine marchande, militaires et administrateurs de la F.O.M. obtenaient le plus de succès, au détriment des "pékins" dont je faisais partie. Pendant cette traversée je me liai d'amitié avec Annie (enceinte) et Marcel Bessy, magistrat, tous les deux originaires de Normandie. Après une brève carrière afiicaine au Moyen-Congo et en Oubangui-Chari, Marcel Bessy devint un juge d'instruction célèbre en métropole. Odette Quillet qui rejoignait son poste à Brazzaville à la Caisse Centrale de la France d'Outre-mer, devenue après l'indé-

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pendance Caisse Centrale de Coopération Economique et maintenant Comité Français de Développement. Odette épousait quelques années plus tard un brillant universitaire devenu mon ami : Alexis Grejbine, d'origine russe, éminent entomologiste tropical de renommée mondiale, qui fut ensuite doyen de la Faculté des Sciences de Brazzaville, puis en fin de carrière Professeur de Faculté à Paris VII. Alexis est décédé en 1988. Claude Auriol, stagiaire des services de l'agriculture de l'A.E.F. dont le nom était invariablement confondu avec celui qui fut Président sous la IVème République, son homonyme Vincent Auriol, sans aucun lien de parenté bien qu'originaires tous les deux de Muret en HauteGaronne. Après qu'il eût servi d'abord au Moyen-Congo, puis au Tchad je n'ai plus, depuis de nombreuses décennies, de nouvelles de Claude Auriol, célèbre par son appétit et spécialement pour les mets à base de haricots blancs. Après le Maroc, longeant les côtes poissonneuses de Mauritanie, nous approchions de celles du Sénégal, totalisant déjà 12 jours de traversée. Arrivait le chapelet des escales. D'abord Dakar, capitale fédérale de l'Aftique Occidentale Française, Saint-Louis (rive gauche) étant capitale du Sénégal et (rive droite) capitale de la Mauritanie. L'escale de Dakar ne durant que 24 heures, il s'agissait de faire un choix sur les choses à voir et cela rapidement. Stupéfaction quand même en descendant l'échelle de coupée du bateau de voir cette foule colorée qui avait envahi le quai bien avant l'accostage. Première impression: le dépaysement est total. Et comme le disait très justement Henri Bordeaux: « on pouvait à bord méditer, mener une vie quasi contemplative en oubliant la terre,. à quai on oublie la mer et la terre nous poursuit ».

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Les négrillons montés à bord plongent dans les eaux du port repêcher les piécettes que leur jettent des passagers coiffés à l'époque du casque colonial traditionnel: équipement oblige. Les amarres à peine jetées, les marchands ambulants proposent des bijoux de pacotille aux passagères encore installées sur le pont. En aussi peu de temps, et avec de faibles moyens financiers, il fallait limiter les visites: d'abord les marchés de Sandaga et Kermel avec leurs couleurs, leurs odeurs, le poisson séché et fumé, les légumes et fruits exotiques pour la plupart de nous inconnus ou mal connus: ananas, avocats, mangues, agrumes verts, épices, régimes de bananes, noix de coco etc... Et dans la rue cette foule grouillante, à pieds, des femmes sénégalaises drapées dans leurs pagnes de cotonnades bariolées couvertes de bijoux vrais ou faux, avec ce port de tête majestueux transportant aussi bien les victuailles que le bois en fagot ou l'eau dans des cuvettes ou des cruches. Bien sûr le marchandage est de rigueur, d'autant que les femmes du pays reconnaissaient dans ces jeunes toubabs (nom Sénégalais des Européens) le manque d'expérience africaine, entendant en profiter. La seconde étape dakaroise était la statue du Général Louis Faidherbe qui fut Gouverneur du Sénégal de 1854 à 1865, il organisa la coIonie et créa le port de Dakar. De là à l'avenue William Pont y, il n'y a qu'un pas et la rue est toujours aussi grouillante d'indigènes, des femmes surtout, qui se livrent au petit commerce sous les larges vérandas des factoreries nombreuses dans ce quartier de la ville. Enfin la troisième étape nous conduisait à Gorée, île située à une encablure des côtes du Sénégal, en face de

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Dakar. Cet ancien comptoir était surtout célèbre par son marché aux esclaves, introduits jadis à partir du XVI ème siècle, chatnes et boulets aux pieds, à destination des Amériques. Cette dernière étape fut écourtée; une journée c'est peu, mais j'aurai l'occasion d'y revenir plusieurs fois quelques années après, pendant mes séjours en Casamance. Le Cap-Tourane larguait ses amarres le 26 avril 1946, direction Conakry. Depuis les côtes de Mauritanie, l'océan était devenu d'huile. Conakry, important centre agricole, commercial et industriel est la capitale de l'ex Guinée Française, territoire de l'A.O.F. à l'époque. Attardons-nous un peu sur ce merveilleux pays. Le massif du Fouta-Djalon à l'est est peuplé de Peuls ou Foulbés, peuple africain à la peau claire d'origine berbère ou éthiopienne, spécialisés dans l'élevage de bovins, notamment la race NDama trypanorésistante. La plaine côtière humide, densément peuplée, est cultivée en riz, avec de belles plantations de palmiers à huile, de bananiers et autres fiuitiers exotiques. La partie orientale, plus plate et plus riche fournit surtout du mil, du sorgho et du manioc pour l'alimentation humaine. Les produits du sous-sol (diamants, mais surtout fer et bauxite) cette dernière étant transformée en grande partie sur place en alumine à Fria ~ssurent, avec la banane, l'essentiel des exportations effectuées à partir de Conakry. En 1958, la Guinée accédait à l'indépendance à la suite du référendum organisé par le Général de Gaulle. Seul pays d'A.O.F. et d'A.E.F. à répondre non, il se constituait en République sous la présidence de Sékou Touré qui établit un régime socialiste marxiste de type totalitaire. Les relations franco-guinéennes entraient alors dans une période de " basses-eaux".

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Le pari de Sékou Touré de s'appuyer sur l'aide de l'Union Soviétique et de se lancer dans une voie originale de développement semblait un peu risqué, mais témoignait d'une volonté de dignité et d'indépendance à l'égard de l'ancienne puissance coloniale. La Guinée disposait de richesses naturelles qui lui promettaient un développement assez brillant. Un quart de siècle plus tard, à la mort de Sékou Touré, en 1984, l'échec économique et social était à peu près total. Le régime avait été marqué par la perversion du pouvoir et une politique de développement faisait de l'Etat une sorte de cancer de la société: administration pléthorique, mépris pour une paysannerie qui formait l'essentiel de la population, traitement sanglant des opposants politiques ou supposés tels, persécutions contre l'ethnie Peule, liquidation dans les camps militaires, exécutions publiques. La folie d'un homme avait plongé le pays dans de grandes souffrances, conduit près d'un quart de la population à s'expatrier et, sauf les mines, laissait une économie exsangue. Une demi-journée seulement d'escale au port de Conakry, ne nous permit guère de découvrir la ville, sinon d'acheter fruits et légumes tropicaux dont nous nous gavions. Evitant Freetown, en Sierra-Léone et Monrovia au Libéria, l'escale suivante était Abidjan, capitale de la riche Côte d'Ivoire, ou plutôt Grand-Bassam car le port en eau profonde d'Abidjan n'était pas encore creusé. C'était la descente sur le warf qui nous permettait d'aborder la terre ferme. Cette escale en Côte-d'Ivoire, 48 heures, était un

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véritable enchantement; nous passions de la savane arborée et forêt secondaire à l'intérieur, des précédentes escales à la grande forêt primaire. Et de continuer pour nous le régal des fiuits tropicaux: nos bouches assoiffées croquant la chair blanche acidulée d'un mangoustan ou d'un corossol et dégustant la pulpe à goût de fraise d'une goyave bien mûre. Les oreilles des touristes de passage que nous étions, aux portefeuilles non dodus, avaient cependant entendu chanter les beautés exotiques de ces lieux bénis. La végétation y est partout luxuriante et des allées mal entretenues mais bordées de fleurs - larges corolles jaunes, grappes rouges, flamboyants, bougainvillées et orchidées mauves - conduisaient aux cases des colons ou fonctionnaires en place. Cette escale en Côte d'Ivoire, relativement longue: deux jours, nous permit de visiter rapidement quelques agglomérations et villages de la basse côte: Dabou, Bingerville, Adzopé, Agboville. Nous étions vingt blancs, sous la bâche trouée d'un cinq tonnes, à tressauter de tous nos os aux cahots de la piste. Mais que la vie nous semblait belle. Après Abidjan, escale à Lomé, port sur le Golfe de Guinée, sous mandat allemand, avant la guerre de 1914/1918. Le Togo est un pays couvert de savanes où se pratiquent les cultures de palmier à huile, de cacao, de café et de coton principalement, et le sous-sol y renferme des gisements de phosphates au niveau du lac Togo. Vient ensuite Cotonou au Dahomey, actuellement République Populaire du Bénin. Là-aussi pas de port en eau profonde, les passagers descendaient du bateau en ''paniers" vers les barques à traction humaine qui nous ame-

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naient à terre. La curiosité touristique était le village de Ganvié à Cotonou: cité lacustre dont les cases aux toits de palmes et aux parois de bambous tressés, construites sur pilotis dans les temps préhistoriques, sur les bords de la lagune. Ensuite brève escale à Porto-Novo où nous avons pu visiter l'école d'agriculture, centre pourvoyeur en cadres moyens dans tous les territoires de l'Aftique Occidentale Française. Plus tard en Casamance cet encadrement bien formé et compétent nous rendit de grands services avec Sognon-dès-Germain, Homékou Nestor, Amah Alex, Chitou Yaya. Une des escales les plus importantes, fut certainement Douala, port principal du Cameroun, débouché maritime sur l'estuaire du fleuve Wouri. Les Allemands s'en adjugèrent le protectorat en 1884. Mais occupé par les Alliés en 1914/1916, le Cameroun fut placé sous mandat français, à l'exception d'une petite partie de l'ouest, le pays Bamiléké, confié aux Anglais. Et le nord du Cameroun britannique s'unit au Nigéria en 1961. Première surprise de taille à Douala: le climat. Certaines années il y tombe entre 6 et 7 ffi. d'eau soit 7 fois plus qu'en France en un an ; une moiteur insoutenable. A certains moments de la journée, la pluie elle-même n'arrivait pas à tomber: elle s'évaporait en n~ages avant de toucher le sol trop chaud. Certes le Cameroun est connu pour ses richesses forestières, minières et agricoles. Mais son port international qu'est Douala a été rendu également célèbre par la prostitution de certaines de ses jeunes habitantes qui font le commerce de leurs charmes dans les couloirs des hôtels de Douala ou sur les coursives séparant les cabines des ba-

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teaux, avec le mot de passe devenu fameux et exprimé doucement en Français, syllabes bien séparées: « c'est l'amour qui passe... » Et c'est à Douala justement que s'achevait le voyage, riche de souvenirs sans doute, de cette jeune européenne qui rejoignait son fiancé au Cameroun dont j'ai déjà parlé dans les pages précédentes. Avant la cérémonie du mariage à bord, un jeune officier de pont sans doute jaloux du succès du Commissaire de bord, 'lui lâcha: « Mademoiselle ce matin en quittant mon quart, je suis passé par la coursive du pont supérieur et la porte de la cabine du Commissaire était entr'ouverte, je vous ai aperçue allongée nue sur le divan, pourvue de deux paires de jambes, dont l'une au moins aux mollets galbés et poilus, ne vous appartenait point, j'en suis certain... »
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Libreville, célèbre par les industries du bois et la réputation de ses métisses est la capitale du Gabon, sur l'estuaire du fleuve du même nom, nous faisait pénétrer en Mrique Equatoriale. Le bassin versant de l'Ogooué est recouvert par une forêt dense, dont l'exploitation, notamment l'okoumé pour le contre-plaqué, constitue une des richesses du pays aux côtés des minerais de manganèse, de fer, d'uranium et surtout maintenant de pétrole offshore. Mais le Gabon est aussi célèbre par le Docteur Schweitzer, théologien, musicologue qui fonda l'hôpital de brousse de Lambaréné et qui fut prix Nobel de la paix en 1952. Dernière escale avant le débarquement, PortGentil, toujours au Gabon, sur l'estuaire de l'Ogooué, principal port pétrolier du pays.

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Et enfin voilà Pointe-Noire, débouché maritime du Moyen-Congo, tête de ligne du chemin de. fer CongoOcéan. Nous naviguions depuis 29 jours - 9 escales comprises. Partis de Bordeaux le 12 avril 1947, nous arrivions à Pointe-Noire le Il mai dans l'après-midi. Les formalités de débarquement accomplies, pas le temps de visiter la ville cette fois-ci ni de déguster les fameuses langoustes vendues sur le port au prix des sardines. ... A 18 h. nous prenions le train Congo-Océan pour Brazzaville, distante de 510 km. Les wagons à l'époque étaient confortables et le service hôtelier .bien assuré. Mais pas question d'admirer le paysage puisqu'en Aftique le soleil se couche toute l'année à 18 h. et se lève à 6 h., sans crépuscule ni aube. Mais heureusement à d'autres périodes de ma carrière afticaine, j'ai eu l'occasion à plusieurs reprises de faire Brazzaville- Pointe Noire par le train, en voiture et par avion à basse altitude. J'aurai donc l'occasion de reparler plus loin de la chaîne majestueuse du Mayombe, entre Pointe-Noire et Dolisie. Le train qui relie la capitale économique (pointe-Noire) à la capitale administrative (Brazzaville) fait omnibus et dessert toutes les localités séparant les deux villes. Le nom des gares se partage entre celui des villes et villages traversés (M'Vouti, Loudima, Madingou Loutété, Mindouli) et des cheminots de tous grades tombés au travail, à la pose des rails et traverses du chemin de fer (Dolisie, Jacob, Marchand, De Chavannes etc...) Pendant cette traversée ferroviaire, il est difficile de trouver le sommeil, chaque gare étant un véritable marché où le commerce de troc et d'échange fait loi, aussi bien pour les marchandises consommables, mortes ou vivantes, que la bimbeloterie ou les tissus. A ce propos il n'est pas rare de voir des tailleurs sous les vérandas des gares, prendre des mesures, tailler et coudre des robes, jupes, chemises ou pantalons, et

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qui seront prêts à livrer au prochain passage du train dans la journée ou la nuit suivante. Pour beaucoup des passagers, arrivant à Brazzaville, après un mois de voyage, la boucle n'était pas fermée. En effet la capitale de l'Mrique Equatoriale Française avait, entre autres missions, celle de dispatcher les fonctionnaires dans les quatre Etats de la Fédération: Moyen-Congo, Gabon, Oubangui-Chari et Tchad. Pour les deux premiers, c'était sans difficulté majeure. Ça n'était pas le cas pour les deux autres. En effet pour rejoindre Bangui, il fallait emprunter la voie fluviale d'abord sur le fleuve Congo puis sur le fleuve Oubangui sur un bateau à aube: "le Guinée" ou fIle Fondère", dont chacune des palettes fixées sur une roue servent à mouvoir le navire à vapeur. Ces bateaux étaient la propriété de la C.G.T.A. (Compagnie Générale des Transports en Afrique). Et ensuite pour ceux qui servaient dans les régions ou districts de l'intérieur, notamment à l'est à la frontière du Soudan anglo-égyptien, il fallait emprunter la piste en camions sur des centaines et parfois des milliers de kilomètres, ce qui demandait plusieurs jours ou semaines dans la poussière rouge étouffante de latérite. Et pour aller à Fort Lamy, maintenant N'Djaména, le trajet s'allongeait d'abord par le fleuve Chari. Et pour rejoindre les postes les plus éloignés, dans le Tibesti par exemple, il fallait avoir recours aux transports routiers. puis ensuite terminer le trajet à cheval ou à dos de chameau, ce qui prenait encore plusieurs semaines. Pour les postes les plus difficiles d'accès il fallait compter trois mois de voyages tous genres à partir de Bordeaux ou de Marseille, avec les différentes ruptures de charge.

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CHAPITRE II
Brazzaville

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Mais revenons à Brazzaville puisque pour moi c'était le terminus et laissons-nous emporter par l'histoire. Le Gouverneur Général Félix Eboué, administrateur français des colonies, de race noire, né en Guyane à Cayenne venait de mourir en 1944. Gouverneur du Tchad en 1938, il avait rallié la France Libre en 1940, année où il fut nommé Gouverneur Général de l'A.E.F. L'intérim était alors assuré par le Gouverneur Jean Soucadaux avant l'arrivée en 1946 du Préfet de Police de Paris Jean Luizet décédé en 1947. Pour les présentations, le costume blanc était de rigueur, en présence du Directeur Général de l'Agriculture de l'A.E.F., Aimé Drogué, secondé par Mathieu Rogier son adjoint qui cumulait en même temps les fonctions de Chef de service de l'Agriculture du Moyen-Congo. Un troisième ingénieur français, Jacques Moleins, complétait le staff de la Direction Générale, chargé plus spécialement du M.C.O.A. (Magasin Central de l'Outillage Agricole) pour les quatre territoires. Aimé Drogué, après accord du Gouverneur Soucadaux, nous affectait, Claude Auriol et moi-même au jar-

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din d'essais de Brazzaville, à l'intérieur duquel étaient implantés les locaux administratifs du service. Et le soir même de notre arrivée à Brazzaville, le 12 mai 1947, agréable surprise: nous étions invités à dîner, en toute simplicité et en short, chez les Drogué dans leur « case» du stade Marchand, où nous faisions la connaissance, - tout aussi simplement, de leurs trois enfants: Roger 7 ans, Marie-France 5 ans et Georges 3 ans. Et je n'oublierai jamais l'accueil sympathique, chaleureux et fraternel de Madame Marguerite Drogué. Dès le premier jour nous nous sentions vraiment intégrés dans cette grande famille européenne des expatriés où pour un moment de convivialité exquise, la hiérarchie était mise entre parenthèses: moments inoubliables. La case affectée aux stagiaires que nous étions, était construitecau milieu du jardin d'essais entourée d'arbres majestueux dont le flamboyant (poinciana régia) et le ravenal (ravenala madagascariensis) communément appelé arbre des voyageurs à cause de sa sève réputée rafraîchis-sante. Cette case étant encore occupée pour quelques semaines après notre arrivée par la famille Gautier, notre prédécesseur partant à la retraite, on nous attribua momentanément deux chambres à la maison du combattant, au quartier du Plateau, réservées aux anciens combattants. Nous prenions alors nos repas au restaurant Congo-Océan, toujours au Plateau, en face du Gouvernement Général. Avec Claude Auriol nous nous partagions au jardin d'essais les travaux de sutVeillance, de l'entretien général: plantations, désherbage, traitement, taille, élagage, fumure

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organique et minérale, étiquetage botanique des différentes espèces végétales qui croissaient dans une surface d'environ 200 Ha, dont une partie toutefois faisait souvent place à une végétation spontanée organisée. Une partie florale irriguée à partir du ruisseau M'Foua fournissait journellement des bouquets payants à la clientèle européenne de la ville et spécialement aux femmes de fonctionnaires habitant le quartier voisin du Plateau et aux femmes de militaires, encore nombreux dans le quartier du Tchad. De plus un jardin potager et fruitier fournissait légumes et fruits aux cadres européens et africains du service de l'Agriculture. Nous étions secondés par des moniteurs (cadres moyens) congolais diplômés de l'école d'agriculture de Sibiti. Le personnel local employé au jardin d'essais se montait à une cinquantaine de personnes, hommes et femmes confondus. Chaque matin ou presque, lorsqu'il n'était pas en tournée en brousse, au Moyen-Congo ou dans les autres Territoires faisant partie de la Fédération d'A.E.F., Aimé Drogué passait deux heures avec nous, Claude Auriol et moi-même, pour nous initier à la connaissance botanique des arbres et des plantes. C'est ainsi qu'avec une flore tropicale (livre qui contient la description des plantes et permet la détermination des espèces), du célèbre botaniste Aubreville, nous étions arrivés à une bonne connaissance théorique et pratique des plantes et arbres cultivés ou spontanés de la zone équatoriale. J'en profite pour rendre un vibrant et respectueux hommage à cet homme, depuis disparu, dont les connaissances, la technicité et la pédagogie faisaient merveille. J'ajouterai qu'Aimé Drogué ne mâchait pas son "Dictionnaire" vis-à-vis des hôtes du Gouvernement Général, ce qui lui valut certaines inimitiés sans

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