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Chroniques politiques béninoises

De
180 pages
Le Bénin traverse des turbulences avec une succession de crises socio-politiques et d'affaires scabreuses. Des citoyens se sont érigés en vigiles des libertés. Mélangeant humour et dérision, l'auteur exprime ici son indignation face à cette classe politique qu'il décrit comme plus préoccupée par le résultat que par la responsabilité, plus attirée par le gain que par le devoir, plus intéressée par le titre que par le service."
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Jules DjossouCroniues politiues béninoises
Autopsie d’une démocratie en berne
Le Bénin, modèle démocratique africain, traverse des Croniues politiuesturbulences avec une succession de crises socio-politiques et
d’affaires scabreuses. Des citoyens se sont érigés en vigile des
libertés. Autopsie d’une démocratie en berne est l’expression d’un béninoises
ras-bol. L’auteur, par ses chroniques, alimente la polémique sur
les chaînes de télévision et sur les réseaux sociaux. Mélangeant Autopsie d’une démocratie en berne
humour et dérision, l’auteur exprime son indignation face à
cette classe politique qu’il décrit comme « plus préoccupée par
le résultat que par la responsabilité; plus attirée par le gain que
par le devoir, plus intéressée par le titre que par le service ».
Le livre retrace l’agenda socio-politique des trois dernières
années au Bénin. Tout lecteur ayant suivi ou non l’actualité
pourra vivre ou revivre les péripéties du modèle démocratique
béninois. A l’historien, il donne des repères ; aux politiciens, il
tient la mémoire ; aux citoyens, l’espoir d’une « Aube nouvelle »
nonobstant peurs et incertitudes.
Jules Djossou, est un citoyen engagé. Blogueur
et chroniqueur, il fait partie de cette jeunesse
qui assure une veille citoyenne face à un modèle
démocratique à bout de souffle. Agronome de
formation et passionné de l’actualité politique, il
s’invite volontiers dans les méandres du pouvoir.
POINTS DE VUE
17 €
ISBN : 978-2-343-04940-3
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Croniques politiques béninoises
Jules Djossou
Autopsie d’une démocratie en berne








Chroniques politiques béninoises

Points de vue
Collection dirigée par Denis Pryen



Dernières parutions

Jean-Bosco Germain ESAMBU MATENDA, Conflits identitaires et
enjeux économiques internationaux dans la région des Grands Lacs,
2014.
Serge TCHAHA et Christophe DEGAULE, Le lion’s spirit, 2014.
SHANDA TONME, La presse en accusation. Soupçons sur un pouvoir
au-dessus de tous les pouvoirs, 2014.
Armand SALOUO, Vaincre la corruption en Afrique, la solution
patrimoniale, 2014.
Jonas SILIADIN, Togo, démocratie impossible ?, 2014.
Daniel NKOUTA, La question nationale au Congo-Brazzaville,
2014.
Georges MAVOUBA-SOKATE, La construction d’une
conscience nationale au Congo par les musiciens, 2014.
Martine et Jean-Pierre VERNIER – Élisabeth
ZuckerRouvillois, Être étranger en terre d’accueil, 2013.
Grégoire LEFOUOBA, Curriculum vitae du Congo, Rive
Droite, 2013.
Bastaine Yannick MOUBAMBA, Mythe de l’eldorado et
psychopathologie, 2013.
Jérôme GUIHO, Mahamadou Danda, un Nigérien libre, 2013.
Henri PEMOT, Mali. Lettre ouverte au président, 2013.
Rachel-Albert KISONGA MAZAKALA, L’idéologie du
Lumumbisme, 2013.
Jean Carletto BOPOUNGO, L’insertion professionnelle des
jeunes en échec scolaire. Le projet des z’héros, 2013.
Cédric ONDAYE-EBAUH, Crises financières internationales et
pays en développement. Les enseignements pour le Congo
Brazzaville, 2013.
Anicet BOKA, Coupé-décalé. Le sens d’un genre musical en
Afrique, 2013.
Denise BUCUMI-NKURUNZIZA, The power of hope. The First
Lady of Burundi. My story, 2013.

Jules Djossou













CHRONIQUES POLITIQUES BÉNINOISES
Autopsie d’une démocratie en berne




































































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© L’Harmattan, 2014
5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris

http://www.harmattan.fr
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr

ISBN : 978-2-343-04940-3
EAN : 9782343049403
DÉDICACE
« La seule chose que haïssent tous les hommes, en
religion comme en politique, c’est la véritable
indépendance d’esprit »
Guy de Maupassant.
À Catherine, pour avoir garanti mon éducation.
À Édouard, tu es parti trop tôt. Continue à veiller sur
nous.
À Juliette, Charlène, Juniel, continuez à supporter mes
caprices.
À tous les combattants de la liberté.
Aux Béninois, la démocratie ne saura être qu’un slogan,
mais un comportement. Il n’aura jamais de victoire
définitive, raison pour laquelle la veille citoyenne doit
être permanente.
À mes premiers lecteurs et aux organes de presse qui
ont accompagné cette mission. JOURNAL DE BORD
D’UNE DÉMOCRATIE EN AGONIE
Au départ, c’était le changement, à l’arrivée c’est la
dictature du développement. À vouloir tout réinventer,
le régime au pouvoir au Bénin depuis avril 2006 tangue
entre farce et tragédie. Corruption incurable, bassesse
citoyenne inguérissable, communication politique
dégradante, agitation politique stérile, création de délits
sur mesure ; la désillusion est à la hauteur des attentes. Il
suffit de regarder ceux qui gravitent autour du pouvoir
pour découvrir le pot aux roses. Quelques acariâtres,
des repris de justice, des divorcés sociaux réfugiés à
l’Assemblée nationale, des hommes aux passés troubles
et aux présents indécents. En 2006, les Béninois
voulaient un sauveur, ils ont eu un dieu. Yayi Boni a
échoué partout non pas parce qu’il est incompétent,
mais à cause de son inculture politique. Le problème du
Bénin n’est pas un problème d’hommes, mais
d’orientation politique.
La démocratie est bien un apprentissage douloureux.
Les Béninois l’ont appris à leurs dépens. Durant vingt
ans de cet exercice, beaucoup avaient trop tôt applaudi
la réussite de ce modèle au bord de l’explosion
aujourd’hui. Le retour sur terre fut brutal, la capsule
larguée trop tôt. Les erreurs sont corrigées par d’autres
erreurs dans une sorte de fuite en avant sans fin. Le
pouvoir fait confiance à l’amnésie légendaire du peuple
béninois. Un peuple qui accepte n’importe quoi et
n’importe qui ; un peuple qui se contente de peu, de très
peu. Un pouvoir enfermé dans un engrenage de
contradictions, de maladresses, de décisions grotesques
où il utilise la même tribune pour vanter les mérites de
l’entrepreneuriat privé aux jeunes et la chasse aux
investisseurs.
Au soir de la présidentielle de mars 2011, le gagnant
demanda pardon pour son K.O, le perdant cria au
holdup électoral. Dès lors, le Bénin n’est le plus même, le
climat politique en a pris un coup : succession de
propos va-t-en-guerre ; les hommes politiques traités de
médiocres, des jeunes de citoyens encombrants, le
modèle béninois traité de démocratie nescafé par le
président. L’opposition, du moins ce qu’il en reste,
doute de la bonne foi du pouvoir ; le pouvoir clame la
mauvaise foi de l’opposition. Les querelles de voisinage
ont pris le dessus sur l’intérêt général ; les règlements de
comptes politiques sur les lois de la République. Crise
de confiance au sein de la classe politique, scandales
politico-judiciaires, soupçons de coup d’État, de
tentatives d’assassinat du président de la République, le
Bénin a basculé dans un état paranoïaque.
La dérive verbale a atteint son paroxysme quand
l’homme d’affaires Patrice Talon, pourtant principal
bailleur du calamiteux K.O, a été soupçonné par le
pouvoir de tentatives d’empoisonnement. Le scénario
tel que présenté aux médias par les sbires du pouvoir ne
décrocha aucun Oscar ni au Bénin ni en France. Ce fut
10 une succession de non-lieux. Le montage était trop
rocambolesque pour convaincre le jeune juge Angelo
Houssou. D’ailleurs, il paie d’un exil aux États-Unis, le
prix de son courage. À Paris, après deux ans de
procédures judiciaires autour de la demande
d’extradition de l’homme d’affaires et de son alter ego
Olivier Boko, les juges ont renvoyé le gouvernement
béninois avec ses poisons.
Le pouvoir s’est alors lancé dans une politique de la
terre brûlée qui consiste à nuire systématiquement à
tous ceux qui s’opposent à ses intentions iniques. Tous
les prétextes sont bons pour ranger des personnes
gênantes derrière les barreaux. Les prétendus dérapages
verbaux des opposants sont farouchement criminalisés,
des organes de presse scellés, la police de la pensée fait
régner l’ordre des mots et des idées, tandis qu’elle
absout généreusement les actes vraiment délictueux du
pouvoir.
Dans ce contexte, engager le pays dans une
procédure de révision de la constitution était une très
mauvaise idée. Si l’on sait que sous nos cieux, ces
révisions sur mesure sont toujours synonymes de
pouvoir à vie. Malgré les confessions du président de
s’en aller au terme de son deuxième et dernier mandat,
les Béninois sont devenus des « Saint Thomas ». Dans
un contexte où la fraude électorale est instituée comme
outil de développement, les Béninois refusent de baisser
la garde de peur de subir un autre K.O. Le réveil
difficile de mars 2011 est toujours présent dans les
esprits : un peuple groggy et une classe politique aux
« yeux battus et à la tête vide, comme après une nuit
d’ivresse ». Le Bénin traverse des crises socio-politiques
11
sans précédent. Toutes les tentatives de médiation ont
été sabotées. On rassemble prédateurs et proies autour
de la même table et on s’étonne que la crise sociale
s’enlise. Les personnalités morales qui pourraient
rapprocher les points de vue ont été « descendues » une
à une par le sniper Yayi Boni avant la crise. La
conférence épiscopale, elle, avait reçu une balle en plein
cœur quand elle avait fait une sortie qui est restée à
travers la gorge du pouvoir. Les Béninois ont fait sans
s’en rendre compte d’un président normal un hyper
président et l’ont mis au-dessus des lois. Il s’agit avant
tout d’un échec collectif, d’un naufrage volontaire.
Personne n’a accepté attacher à la vieille corde, la
nouvelle.
Pour les observateurs, les activistes, les chroniqueurs,
les blogueurs, ceux qui tiennent le journal de bord du
pays, il y a matière à réflexion. Ces chroniques
s’inscrivent dans le contexte de l’information 2.0, des
réseaux sociaux et de la plume libre.
12 MONSIEUR LE PRÉSIDENT,
BONDISSEZ MAINTENANT !
« La présidence n’est pas un concours de popularité,
c’est un combat quotidien pour le peuple. »
Al Gore Mardi 4 février 2014
Monsieur le président, bondissez maintenant !
Encore une sortie de trop ; un virage manqué,
disons-le sans détour, une intervention médiocre.
Quand on n’a pas les talents d’orateur, on se prend un
porte-parole, quand on ne sait pas improviser, on
prépare son speech. Yayi Boni vient de recycler son
disque rayé d’août 2012.
Les erreurs sont corrigées par d’autres erreurs dans
une sorte de fuite en avant sans fin. Lui le bon, face aux
mauvais citoyens qui ne rêvent que de le renverser ; lui
le Saint face aux syndicalistes véreux. La République des
tricheurs, une classe politique médiocre. On sait bien
par où il a grimpé en 2011. Cette fois-ci, la République
est grippée. Le peuple a l’air hagard face à la gravité des
propos. La République et Yayi étaient en instance de
divorce ; cette fois-ci, le divorce est consommé.
En réalité, depuis 2006, le peuple attendait un bond
de son président. Seulement, nous n’avons pas la même
cible ; le peuple voulait un bond dans le sens de la
consolidation de l’unité nationale, de la promotion de
l’intégrité, du développement, dans le sens de l’emploi
des jeunes.
En ressassant de manière ostentatoire sa
« talonphobie », Yayi Boni s’éloigne de plus en plus de
la réalité. Il explose sous le poids de ses contradictions
et des haines accumulées. Talon ou Yayi, c’est la peste
ou le cancer. La réalité est déplaisante, mais elle est
irrémédiable. Circulez, il n’y a rien à voir. La guerre
entre Yayi et Talon est un poison lent qui n’en finit pas
15
de pourrir le corps du pays ; elle est éternelle, de
nouvelles métastases se révélant sans cesse quand on
croyait le patient guéri. Qui a d’ailleurs le numéro de
Talon pour qu’on lui demande de nous retourner les
fameux 1% pour sauver ce pays ? C’est quoi cette
banalisation de la fonction présidentielle pour qu’un
président de la République puisse réduire benoitement
un pays à un seul homme !
Le mouton à cinq pattes n’existe nulle part. Si tant
est que Talon soit la solution, que fait-il dans le froid en
France ? Les problèmes du pays sont connus. Et la
Conférence épiscopale, un organisme neutre, a bien
dressé la liste depuis des mois. On a peine à le croire. Il
n’y a pire sourd que celui qui ne veut pas entendre. C’est
à croire que Yayi Boni est le premier et le seul président
que ce peuple ait connu. Peut-être fait-il sienne cette
galéjade de François Mitterrand : « Après moi, il n’y aura
plus de grand président ».
Après avoir passé sept ans à faire du sur-place, à
tourner en rond, à méconnaitre sa propre signature, à
multiplier les remaniements, le refondateur se rend
compte qu’il fallait bondir. Irénée Agossa, le conseiller
V.I.P du président, est formel : le président voulait
effectivement bondir. Mais sur quoi ou sur qui ? Bondir
sur ce peuple tannant ? Bondir sur ces jeunes qui ne
veulent pas lui coller la paix ? Bondir sur cette classe
politique médiocre ? Irénée Agossa voulait colmater les
brèches, mais le mal est fait. C’est du flagrant délit.
D’ailleurs, à quoi servent des vœux un 27 janvier. J’ai
rangé depuis des lustres mon sapin de Noël ; les
bouteilles de Béninoises ont été retournées à la
brasserie. La fête était bien derrière le peuple. Mais
16 quand on a des responsables oisifs, toutes les occasions
sont bonnes pour s’occuper. Les enseignants
abandonnent leurs élèves ; les cultivateurs, leurs
champs ; les infirmiers, leurs malades ; les vœux au
président ont presque l’air d’un service militaire
obligatoire.
Quand on a un pays à construire, on ne peut s’asseoir
au palais de longues heures à écouter et réécouter les
mêmes rebuts depuis huit ans. Les vœux, à ma
connaissance, ne constituent pas une panacée à la crise
actuelle, à l’emploi, et encore moins à la cachexie
économique. Trouvez mieux, monsieur le président.
Vous voulez bondir, Monsieur le président,
bondissez ; mais de grâce, n’arrachez pas la robe aux
avocats, n’arrachez pas les pattes aux syndicalistes,
n’arrachez pas la plume aux journalistes, n’arrachez pas
les pères à leurs fils, n’arrachez pas les maris à leurs
femmes.
Bondissez si vous voulez, mais n’entrainez pas le
peuple dans votre chute. Bondissez, si vous voulez,
mais attention à la chute, elle peut être brutale.
Bondissez si vous voulez, mais attention, vous pouvez
vous retrouver de l’autre côté de la frontière. Bondissez
si vous voulez, mais attention, vous pouvez vous
retrouver dans l’océan Atlantique. Bondissez si vous
voulez, on vous attend à l’atterrissage.
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