Carcassonne - Terre d'histoire

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Nul ne connaît mieux le passé de Carcassonne que Claude Marquié. Il en a exploré toutes les facettes avec une acuité particulière. La passion pour une ville conduit immanquablement à porter sur elle un regard embrassant la très longue durée. Claude Marquié relève donc ici un nouveau défi : tracer un aperçu à la fois complet et concis de l’histoire de Carcassonne, de ses plus lointaines origines au début du XXIe siècle. Il a réussi un pari d’autant plus difficile que le volume imposé de l’ouvrage rendait l’opération fort contraignante. » Jean Guilaine, dans sa préface, résume très bien cette monographie sur Carcassonne et la démarche de son auteur. Magnifiquement illustrée, cette rétrospective est indispensable pour qui veut comprendre l’histoire de Carcassonne dans son ensemble. Ne se limitant pas aux frontières de la Cité, Claude Marquié retrace le passé de la capitale de l’Aude dans un style très accessible.

Professeur agrégé, officier des Palmes académiques, Claude Marquié a réalisé de nombreuses recherches sur la région carcassonnaise qui l’ont conduit de bonne heure à la présidence de la Société d’études scientifiques de l’Aude. L’Industrie textile carcassonnaise au XVIIIe siècle, sa thèse, lui a valu, outre le titre de docteur en histoire, la remise du prix Urbain Gibert ; il a complété cette étude par de nombreuses publications portant sur d’autres domaines et d’autres périodes.

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Ajouté le 01 juin 2015
Nombre de lectures 6
EAN13 9782813817167
Langue Français
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Passé simPle
CARCASSONNE
TERRE D’HISTOIRE
Professeur agrégé, officier des Palmes académiques,
Claude Marquié a réalisé de nombreuses recherches
sur la région carcassonnaise qui l’ont conduit de
bonne heure à la présidence de la Société d’études
scientifiques de l’Aude.
e L’Industrie textile carcassonnaise au XVIII siècle,
sa thèse, lui a valu, outre le titre de docteur
en histoire, la remise du prix Urbain Gibert ;
il a complété cette étude par de nombreuses
publications portant sur d’autres domaines et
d’autres périodes.
ES
Editions
Sutton
Claude Marquié
CPassé simPle
CARCASSONNE
TERRE D’HISTOIRE
Claude Marquié
Préface de Jean Guilaine
Clichés de Claude Martinez
ES
Editions
Sutton Passé simPle
CARCASSONNE
TERRE D’HISTOIRE
Claude Marquié
Préface de Jean Guilaine
Clichés de Claude Martinez
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28, rue des Granges Galand
37550 Saint-Avertin
ePremière édition 2 trimestre 2015
© Éditions Sutton 2015
Tous droits réservés. Crédit photographique, droits réservés pour les ayants droit non identifiés.
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suffisants d’identification de la source (art. L. 211-3).
ISBN 978-2-8138-1716-7
ISSN 1623-118X
eDépôt légal : 2 trimestre 2015
Imprimé en UESOMMAIRE
Préface 7
Avant-propos 11
Survol sur 5 000 ans – Du Néolithique à Charlemagne 13
D’Auriac à la Cité (- 4 000 à - 600) . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 13
er eLa Paix romaine (I siècle avant J.-C.-III siècle après) . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 17
e eDes Wisigoths à la Septimanie (V -VIII siècles) . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 18
e eIX -XII siècles – Du comté à la vicomté 23
e eLa Renaissance carolingienne (IX -X siècles) . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 23
e eDes Roger aux Trencavel (XI -XII siècles) . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 25
1209 – La croisade contre les albigeois et ses conséquences 37
Les débats religieux . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 37
Catharisme et société . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 39
eUn tragique XIII siècle . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 39
Les conséquences de la croisade . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 45
e eXIII -XV siècles – Naissance d’une nouvelle ville 53
La bastide Saint-Louis 53
Le poids de l’Église . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 58
Le temps des épreuves (1348-1460) . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 62
La deuxième Bastide . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 66
Le renouveau de la fin du Moyen Âge . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 67
À la recherche des blasons . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 70
1500-1660 – De la Renaissance à Louis XIV 71
La légende de Dame Carcas. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 71
Du Moyen Âge à la Renaissance . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 73
D’une ville à l’autre . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 78
Les guerres de Religion et leurs conséquences . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 83La réforme catholique . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 85
eLes drames du XVII siècle. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 87
e eXVII et XVIII siècles – Une ville drapante 89
Continuité et nouveautés dans la vie quotidienne . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 89
Le rôle croissant du pouvoir royal . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 91
La fabrique carcassonnaise . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 96
Le Siècle des lumières . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 102
Un « urbanisme frôleur » (E. Leroy-Ladurie) . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 107
1789-1799 – Les transformations révolutionnaires 115
Révolution ou évolution ?(mars 1789-août 1792) . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 115
L’intermède de la Terreur (septembre 1792-juillet 1794). . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 122
La réaction conservatrice (1794-1799) . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 124
1800-1815 – Du Consulat à la Restauration 127
Un régime autoritaire . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 127
La guerre permanente . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 132
Des nouveautés économiques. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 133
Les Restaurations (1814-1815) . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 137
e1815-1870 – De la Restauration à la III République 139
Sous les derniers rois (1815-1848) . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 139
De la République à l’Empire (1848-1870) . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 146
eXIX siècle – Heurs et malheurs de l’industrie textile 151
Une apparente modernisation. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 151
La persistance d’un système archaïque . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 155
La fin d’une grande industrie 156
Un succédané : le tri des chiffons . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 158
1871-1914 – Un demi-siècle de République 159
eL’entrée dans le XX siècle . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 159
Les alternances politiques . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 167
Ombres et lumières de la « Belle époque » . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 174
e eXIX -XXI siècles – La saga de la vigne 183
Les industries liées à la vigne . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 184
La crise de 1907 . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 189eLes transformations au XX siècle . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 192
Un nouveau vignoble . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 194
1914-1939 – D’une guerre à l’autre 195
La Grande Guerre . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 195
La stabilité politique . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 197
Les grands chantiers du docteur Tomey. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 198
De Paul Enderlin à Raymond Esparseil . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 200
La montée en puissance du sport . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 201
Une ville animée. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 203
Les débuts d’une périphérie industrielle . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 205
La diversité de la vie littéraire . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 208
Sculpteurs et peintres . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 211
e eXIX et XX siècles – La revanche de la Cité 213
eUne banlieue ouvrière au XIX siècle . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 213
Les restaurations de la forteresse (1852-1928). . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 217
Le tourisme d’hier à aujourd’hui . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 222
e1940-2010 – L’entrée dans le VII millénaire 227
La seconde guerre mondiale (1939-1945) . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 227
La vie politique de 1945 à 2005. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 232
Une ville neuve sort de terre . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 240
Les bouleversements économiques . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 242
Diversité de la vie culturelle . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 247
Conclusion 253
Bibliographie254
Remerciements 256PRÉFACE
Nul ne connaît mieux le passé de Carcassonne que Claude Marquié. Il en a
exploré toutes les facettes avec une acuité particulière. Son attirance pour
l’histoire remonte à l’adolescence : au lycée de Carcassonne, nous avons tous deux
partagé, sur les mêmes bancs, cet appétit pour un meilleur approfondissement des
temps enfuis et décidé d’y consacrer notre vie professionnelle. Mais l’histoire est
un champ sans limite et mieux vaut, en embrassant la discipline, borner sagement
son domaine de compétence plutôt que de vouloir investir avec légèreté un trop
grand espace. J’ai alors pris une voie latérale, l’archéologie, pour me consacrer à
la mise en place et à l’évolution des premières sociétés agricoles. Claude Marquié
a choisi de rester au cœur même de la spécialité et de braquer préférentiellement
ses projecteurs sur les temps modernes et contemporains en faisant de sa ville
l’objet même de ses travaux. Cette décision n’avait rien d’innocent. À travers la
production et le négoce des draps ancrés dès le Moyen Âge, Carcassonne connaît
eau XVIII siècle une embellie économique qui a marqué profondément son
histoire. Claude Marquié en fera le sujet de sa thèse de doctorat. Mais ses judicieuses
analyses porteront aussi sur de très larges domaines du passé carcassonnais et sur
diverses périodes de celui-ci, en dehors de son domaine de prédilection.
*
* *
La passion pour une ville finit immanquablement par la tentative de porter sur elle
un regard embrassant la très longue durée. Claude Marquié relève ici un nouveau
défi : tracer un aperçu à la fois complet et concis de l’histoire de Carcassonne, de
eses plus lointaines origines jusqu’au début du XXI siècle. L’exercice n’était pas
facile et d’abord parce que Carcassonne n’est pas une ville comme les autres : elle
est « double », issue du mariage forcé de deux agglomérations concurrentes puis
unifiées.
Tout historien des villes se trouve par ailleurs confronté à une même
diffie eculté : indigence des sources écrites peu ou prou jusqu’aux XVI -XVII siècles,
données de plus en plus abondantes (voire « encombrantes ») plus l’on
s’approche du terme. Situation d’autant plus compliquée à Carcassonne que,
eà la fin du XV siècle, le feu a détruit les archives de la maison consulaire de
la Bastide, tandis que les révolutionnaires ont plus tard incendié celles de la Cité.
7CARCASSONNE – TERRE D’HISTOIRE
D’autres séries, telles les archives judiciaires, bien présentes elles, ont encore été
peu exploitées.
Il faut donc, pour les temps plus anciens, mobiliser le maximum de données
en allant puiser notamment dans le domaine de l’archéologie. En revanche,
lorsqu’il y a pléthore d’informations, il convient de faire des choix, d’effectuer
un tri en ne conservant que l’essentiel. Mais comment définir l’essentiel ?
L’historien d’aujourd’hui doit également faire face à un écueil : tenter de faire
revivre ce que fut la vie économique et sociale de l’ensemble de la communauté
et ne plus s’arrêter à quelques événements mettant en jeu les gouvernants ou les
seules élites. Car l’histoire est un tout et ne saurait se résumer à celle de quelques
personnages ou faits d’armes trop longtemps montés en épingle. Là encore,
faiblesse ou profusion des matériaux, sélection des éléments jugés de portée
historique : à l’auteur de trancher. Tenter enfin de se dépouiller de ses a priori, de sa
culture, de ses préférences pour livrer la vision la plus objective possible. Être
historien c’est aussi tenir en laisse ses propres penchants.
*
* *
Fort de ces constats, Claude Marquié a réussi un pari d’autant plus difficile que
le volume de l’ouvrage rendait l’opération fort contraignante. Il a su, pour les
périodes reculées, puiser aux apports les plus récents de l’archéologie. Montrer
e el’importance de Carsac, cette « pré-Carcassonne » des VIII et VII siècles
avant l’ère. Évoquer le mausolée de Montredon, l’un des rares édifices
d’envergure antique, alors que nous savons si peu sur la ville romaine qui dort sous
la Cité médiévale. Aller glaner en périphérie des indices – telles les tombes
wisigothiques de Villarzel-Cabardès – que la documentation locale lui refuse.
eApprocher la topographie des bourgs de la Cité au XII siècle. Faire état du
Mur récemment repéré où étaient emprisonnées les victimes de l’Inquisition.
Interroger les plafonds peints des demeures bourgeoises de la Bastide pour
came eper la société des XV et XVI siècles et juger, à partir des motifs religieux ou
profanes représentés, des questionnements qui imprégnaient les esprits.
L’histoire d’une ville a certes ses points forts et on les retrouvera ici. Ainsi, des
sièges liés à la croisade albigeoise et aux relations compliquées entre l’État royal,
le comte de Toulouse ou la Maison de Barcelone. Mais on sera sensible aussi
au renversement de focale touchant la genèse du catharisme, désormais perçue
comme le fruit d’une réflexion « autochtone » sur les Écritures chrétiennes et
non, hypothèse souvent avancée, comme le résultat d’un diffusionnisme de
souche orientale.
Raconter une ville passe forcément par une référence constante aux
monuments, conservés ou disparus, qui en ont rythmé le passé. Aussi tous les
bâtiments clés de Carcassonne sont-ils évoqués : des enceintes successives de
8PRÉFACE
la Cité à celle, bien vaste puis rapetissée, de la Ville basse, des grandes églises,
Saint-Nazaire, Saint-Vincent, Saint-Michel, aux moindres chapelles, des
édicules aux hôtels particuliers, trop peu connus de la Bastide. Et l’auteur d’insister
précisément sur l’intérêt de la Ville basse, trop étouffée à son goût par le panache
historique et aujourd’hui touristique de la Cité.
À partir de la paix des Pyrénées en effet, sinon plus tôt, c’est « en bas » que
s’écrit l’histoire de Carcassonne et non sur la butte. Industriels et marchands
y sont les puissants de la politique locale, de l’activité économique, de la vie
sociale. Longue tradition revivifiée par Colbert, la fabrication et le commerce
edes draps atteindront leur acmé au XVIII siècle. Les textiles carcassonnais
partiront alors à la conquête du monde : Empire ottoman, Moyen-Orient, Inde,
Chine, Canada, Amérique du Sud. Il y eut dans ce marché, comme toujours,
des hauts et des bas, des phases de prospérité mais aussi des temps de chômage et
de misère. Curieusement, le chemin de fer, abouti en 1857, loin de favoriser les
exportations, entraîne une concurrence de productions obtenues par des moyens
plus modernes. Le Second Empire, nous dit l’auteur, sonne le glas de ce long
compagnonnage d’une ville avec son industrie textile. Les possédants, soucieux
de confier leurs capitaux à des opérations plus rentables, se tournent alors vers la
terre, l’achat de « campagnes » ou vers des placements jugés plus intéressants à
court terme. Et cette reconversion terrienne est d’autant plus forte que la vigne,
prenant le relais des draps, va devenir le moteur de l’économie régionale.
On trouvera enfin, sous la plume de Claude Marquié, un panorama
particuelièrement complet et très éclectique de l’histoire de Carcassonne au XX siècle.
Outre les événements liés à l’histoire générale, les évolutions économiques
avec leurs reconversions successives, l’explosion urbaine et l’extension du bâti,
les projecteurs sont aussi braqués, avec le plus grand bonheur, sur les hommes.
Rien ne manque à cette galerie de portraits : politiques, intellectuels, industriels,
artistes, sportifs, mais aussi acteurs divers et institutions qui, tous à leur place et
avec leur talent, ont modelé et contribuent sans cesse à construire l’image d’une
ville singulière.
Jean Guilaine
de l’InstitutÀ Hélène,
À Olivier.
AVANT-PROPOS
« Comment puis-je savoir ce que je vais vous dire ? » Par cette interrogation, le
grand historien Marc Bloch voulait montrer la nécessité d’insérer dans chaque
livre d’histoire un passage expliquant le cheminement de la recherche. Il nous
semble nécessaire d’appliquer le principe de cette démarche au présent ouvrage,
qui a pour ambition de porter à la connaissance d’un large public, dans un
langage qui se veut clair, l’essentiel des connaissances dont nous disposons sur
l’histoire de Carcassonne.
L’auteur estime avoir apporté sa pierre à cet édifice, par ses travaux personnels
basés sur l’exploitation d’archives publiques aussi bien que privées ainsi que par
la sauvegarde des témoignages oraux qu’il a pu recueillir. Mais il est bien évident
que sa compétence étant limitée à certains aspects et à quelques périodes, il est
largement redevable à nombre d’autres chercheurs, aux travaux desquels il a
renvoyé dans son texte et dans la bibliographie.
Au demeurant, en faisant état de travaux récents, il a la prétention d’avoir
quelque peu « dépoussiéré » une histoire locale trop souvent focalisée sur quelques
événements, généralement dramatiques, ou consacrée à des biographies de
personnages importants. Les publications historiques actuelles ont pour base une
respiration plus lente, portant sur le moyen ou le long terme, et englobent tous
les aspects de la vie humaine : la politique bien sûr, mais aussi la vie économique,
les groupes sociaux, les données religieuses et culturelles, la vie quotidienne avec
ses diverses formes de loisirs.
Or, il n’est pas toujours facile de trouver des études traitant de ces divers sujets,
car elles sont trop souvent publiées dans des revues universitaires, des bulletins
de sociétés savantes ou des ouvrages au tirage confidentiel. En revanche, une
grande place est occupée par des historiettes emplies de mystères qui, de ce fait,
bénéficient d’une véritable inflation médiatique. Aujourd’hui, une étude
historique doit faire litière de ce type de légendes ne reposant trop souvent sur aucune
source identifiable car inventées de toutes pièces.
Tels sont les divers objectifs du présent livre : au lecteur de dire s’ils ont été
atteints.
11