Carcassonne - Terre d'histoire

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Français
260 pages
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Nul ne connaît mieux le passé de Carcassonne que Claude Marquié. Il en a exploré toutes les facettes avec une acuité particulière. La passion pour une ville conduit immanquablement à porter sur elle un regard embrassant la très longue durée. Claude Marquié relève donc ici un nouveau défi : tracer un aperçu à la fois complet et concis de l’histoire de Carcassonne, de ses plus lointaines origines au début du XXIe siècle. Il a réussi un pari d’autant plus difficile que le volume imposé de l’ouvrage rendait l’opération fort contraignante. » Jean Guilaine, dans sa préface, résume très bien cette monographie sur Carcassonne et la démarche de son auteur. Magnifiquement illustrée, cette rétrospective est indispensable pour qui veut comprendre l’histoire de Carcassonne dans son ensemble. Ne se limitant pas aux frontières de la Cité, Claude Marquié retrace le passé de la capitale de l’Aude dans un style très accessible.

Professeur agrégé, officier des Palmes académiques, Claude Marquié a réalisé de nombreuses recherches sur la région carcassonnaise qui l’ont conduit de bonne heure à la présidence de la Société d’études scientifiques de l’Aude. L’Industrie textile carcassonnaise au XVIIIe siècle, sa thèse, lui a valu, outre le titre de docteur en histoire, la remise du prix Urbain Gibert ; il a complété cette étude par de nombreuses publications portant sur d’autres domaines et d’autres périodes.

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Date de parution 01 juin 2015
Nombre de lectures 7
EAN13 9782813817167
Licence : Tous droits réservés
Langue Français
Poids de l'ouvrage 17 Mo

Informations légales : prix de location à la page 0,0065€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

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SURVOLSUR5 000ANSDUNÉOLITHIQUE ÀCHARLEMAGNE
Les plus anciens sites habités par l’homme sur le territoire carcassonnais remontent à environ 10 000ans et jalonnent le passage des derniers chasseurs et ramasseurs de baies sauvages. Il y a quelque 6 500ans commence dans notre région le Néolithique, qui voit l’occupation permanente du sol et les premiers « labours ».  Sous l’impulsion notamment de Jean Guilaine et de Jean Vaquer, des fouilles archéologiques fructueuses ont fait apparaître divers sites habités de bonne heure à proximité de l’Aude et de ses affluents, en raison de la présence de l’eau et d’alluvions fertiles, mais aussi de petits plateaux permettant de surveiller les abords.
D’Auriac à la Cité ( 4 000 à  600)
Le travail de la terre oblige l’homme à se fixer au sol. À Carcassonne, un pre mier village vieux de 6 000ans a été découvert au sudouest de la Cité, sur les 30hectares du site d’Auriac, un éperon barré par un fossé de 100mètres de long délimitant 3hectares fortifiés. Les fouilles archéologiques, réalisées lors de l’amé nagement d’un golf, ont montré que ses habitants cultivaient céréales et légumi neuses à l’aide d’outils en pierre et stockaient leurs récoltes dans de nombreuses céramiques décorées, tout en élevant des bovins qui permettaient transports et travaux agricoles.  D’autres sites, datés sensiblement de la même époque, ont été explorés ces dernières années sur la colline de Grazailles et au Roc d’EnGabit, hameau de Montredon, daté de 3 400ans avant JésusChrist. Un fossé de 100mètres de diamètre y délimite un habitat défensif couvrant un hectare et demi qui a livré quelques squelettes.
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Localisation des premiers sites habités de façon permanente. (J. Vaquer, CNRS.)
Vue aérienne de l’éperon d’Auriac. (Fouilles et cliché J. Vaquer, CNRS.)
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Auriac est abandonné vers  2 500 au profit du site de Carsac, un autre plateau de 25hectares au sudouest de la Cité qui, comme Auriac, domine l’Aude d’une trentaine de mètres. Lors de la mise en place de l’A75 qui le traverse de part en part, les fouilles et la photographie aérienne ont permis de voir qu’il était protégé par un fossé de délimitation. La butte voit le passage de l’âge du cuivre à celui du bronze vers 1800 avant JC et se développe entre  800 et  600, c’estàdire aux débuts de l’âge du fer, une occupation qui en fait l’une des plus grandes localités du sud de la Gaule.  Les habitations, constituées par une seule pièce rectangulaire, sont faites de torchis et d’argile crue ; outre l’agriculture et l’élevage, se développe, facilitée par l’usage du dialecte ibère, une économie d’échanges avec le sud des Pyrénées, mais aussi vers la Méditerranée : de celleci viennent céramiques et vins, en échange des céréales et des produits miniers de la Montagne noire et des Corbières.  Sensiblement contemporaine (entre  900 et 750), une nécropole a été récem ment découverte à Montredon sur le site de la Madeleine, sous forme d’urnes
Céramiques indigènes de Carsac, et au centre des coupes d’importation ionienne. (C. Marquié, avec l’aimable autorisation de J. Guilaine.)
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contenant les restes incinérés des défunts. Le même lieu possède des traces d’habitat et d’artisanat, ainsi que des amphores importées aussi bien de la pénin sule Ibérique que de Marseille ou de la Grèce. e  C’est probablement ce rôle commercial qui explique, au milieu du VI siècle, le déplacement de Carsac vers la Cité, sur un site de 7 ha seulement, mais plus proche de l’Aude et du carrefour constitué par les axes nordsud (Montagne noirePyrénées) et estouest (MéditerranéeAtlantique). En outre, la butte domine l’Aude d’une trentaine de mètres, mais se trouve à proximité d’un gué permettant de franchir facilement le fleuve. Aussi, le nouveau site apparaîtil comme un marché régional mais également comme une place de transit entre les mondes ibérique et méditerranéen, rôle qui sera le sien pendant longtemps. e  Vers le III siècle avant notre ère, « Nos ancêtres les Gaulois » arrivent, repré sentés par la tribu celte des Volques Tectosages, qui adoptent un terme ibère pour désigner le nouveau site :Carcasso. Nom qui sera repris par Pline sous l’appel lationCarcasso Volcarum Tectosagum, d’où naîtront bien plus tard les noms de Carcassonnapuis de Carcassonne. La ressemblance entre les termes Carsac et Carcassonne pourrait faire penser à une parenté étymologique, mais on voit qu’il n’en est rien.
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Reconstitution de l’équipement d’un guerrier de l’âge du fer, par J. Vaquer, CNRS.
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er e La Paix romaine (I siècle avant J.C.III siècle après)
Dès  118, les Romains avaient fait de Narbonne une colonie, car cette ville constituait pour eux un jalon important entre l’Italie et l’Espagne récemment conquise. Ils sont bientôt intéressés également par la liaison avec l’Atlantique et, vers  30, fondent laColonia Julia Carcasso, émancipée désormais de la tutelle narbonnaise.  Les vestiges romains qui nous sont parvenus sont rares, car enfouis sous la Cité actuelle. Si les travaux de Guy Rancoule et de Michel Passelac n’ont pas permis de retrouver des bâtiments publics, le château comtal possède, reste d’une vaste demeure, une mosaïque noir et blanc avec en bordure un décor géométrique ; enfin, des traces de nivellement traduisent la mise en place d’un urbanisme nouveau.  Au demeurant, une agglomération s’était développée de part et d’autre de la voie d’Aquitaine reliant la Méditerranée à l’Océan qui, contournant la Cité au plus près, empruntait pour partie les actuelles rues G. Nadaud et de la Gaffe. Cela explique les nombreuses découvertes de bases de mur, silos, débris d’amphores ou de fours car commerce et artisanat réclamaient de grandes surfaces, que ne pouvait fournir le site en hauteur. En effet, Carcassonne reste surtout un centre commercial échangeant les mêmes produits que par le passé.
Tandis que la culture de la vigne se répand sous l’Empire, d’une façon générale, les productions agricoles sont assurées par desvillae, exploita tions agricoles sises à la périphérie de la commune actuelle, où des vestiges ont été étudiés, à Berriac, La Fajeolle, Monlegun et Montredon.  Dans ce dernier hameau, lavilladécouverte en 2008, bâtie sur le plan des grandes exploitations du Latium, possède un mausolée, réalisé une trentaine d’années avant notre ère et doté d’une chambre souterraine en grand appareil, le seul de ce type connu en France pour cette époque et dû à un citoyen important, peutêtre le premier édile de la cité.
Un témoignage de l’intégration à l’Empire est la stèle deCaius Julius Niger, e découverte à Mayence et datée de l’an 40 ; ce soldat de la IIlégion, originaire de Carcassonne, qui mourut sur les bords du Rhin après dixsept ans de service, regrette de n’avoir pas revu son pays natal. e  À partir du III siècle, les invasions « barbares » constituées par des peuples venus de l’est de l’Europe menacent l’Empire romain, et Carcassonne, redou tant notamment les Alamans, se protège à l’aide de solides murailles.L’Itinéraire de Bordeaux à Jérusalem, rédigé par un pèlerin en 333, qualifie la Cité decastellum, e ou agglomération fortifiée, que l’on peut donc dater pour l’essentiel du III ou du e début du IV siècle.
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Les tours romaines restaurées, vues de la rue Trivalle.
Il subsiste dans l’enceinte intérieure de la Cité une vingtaine de tours facilement reconnaissables : forme cylindrique, dos plat, petites pierres soutenues par des lits en briques rouges, grandes ouvertures : elles devaient atteindre 13 à 14mètres de haut et étaient espacées de 6 à 9mètres.
e e Des Wisigoths à la Septimanie (V VIII siècles)
L’installation des « Barbares » Les Wisigoths, emmenés par leur roi Athaulf, arrivent en Narbonnaise en 413, et les empereurs romains, incapables de contenir le déferlement des multiples invasions, préfèrent leur accorder cinq ans plus tard le droit de s’installer en Aquitaine, loin de la Méditerranée qu’ils entendent se réserver. En raison du faible nombre de documents concernant cette période, nous suivrons ici surtout les récentes recherches d’André Bonnery.  Située à la limite de ces deux zones d’influence, la Cité est un verrou indispen sable entre Garonne et Méditerranée, occupé alternativement par les Romains et les « Barbares ». Mais, en 461, ThéodoricII réussit à s’emparer de Narbonne et arrive jusqu’au Rhône, puis son successeur Euric conquiert la plus grande par e tie de la péninsule Ibérique, si bien qu’AlaricII, au début du V siècle, délaisse Toulouse pour établir sa capitale à Narbonne.  En 507, il doit bientôt affronter les Francs de Clovis, qui lui infligent une déroute à Vouillé, le roi wisigoth étant luimême tué dans la bataille. Les Francs occupent rapidement l’Aquitaine et Toulouse, mais échouent devant Carcassonne : l’Empire wisigoth est surtout alors constitué par l’Espagne, prolon gée par la région qui va de Carcassonne à Nîmes, bientôt appelée Septimanie. La Cité se trouve à nouveau dans une situation de frontière, et on comprend qu’au fil des ans et des combats, ses fortifications aient dû être souvent remaniées ou restaurées, ce qui explique un certain manque d’homogénéité dans leur aspect.
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Une période agitée e e La Septimanie des VI VII siècles est protégée au nord par une série de for tifications réorganisée vers 568 par Liuva, un souverain qui crée le comté de Carcassonne. Ce dernier est flanqué d’un évêché, apparu donc plus tard que celui e de Narbonne, mentionné dès le III siècle. e  La fin du VI siècle est marquée par une série de pestes et par l’offensive du roi de Bourgogne Gontran, lequel, allié aux Francs, s’empare en 585 de Carcassonne, bientôt reprise par le Wisigoth Reccared. Nous savons peu de choses sur le siècle suivant, en dehors, en 673, d’une révolte d’une partie de la Septimanie contre le roi Wamba et d’une grave épidémie survenue aux approches de 700.
Le musée Claude Journet, à VillarzelCabardès, au nord de Carcassonne, possède des vestiges allant de la protohistoire à l’Antiquité tardive, recueillis dans une zone riche en témoignages archéologiques. Le Mourel des morts est une nécropole d’époque wisigothique, découverte en 1967, mais sont également intéressants un site galloromain et l’église Notre e e DamedelaLauze qui pourrait dater du VIII ou du IX siècle.
Parures et armes d’époque wisigothique. (Musée de VillarzelCabardès.)
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Cet Empire qui avait trois siècles d’existence allait s’écrouler quelques années plus tard avec l’arrivée des Sarrasins (Arabes et Berbères). Venus du sud, ces derniers entrent dans Narbonne en 720 et à Carcassonne cinq ans plus tard. S’ils obligent les vaincus à leur donner la moitié des terres et à verser l’impôt dû par les nonmusulmans, leur colonisation fut précaire en raison de sa faible durée, au plus une vingtaine d’années pour la Cité.  À partir de la Septimanie, les AraboBerbères attaquent de façon incessante les Francs, ce qui explique la réaction de ces derniers. Après la bataille de Poitiers en 732, Charles Martel franchit le Rhône et se comporte en conquérant pour occuper le Midi, et Carcassonne se libère des Sarrasins, avec ou sans l’aide des Francs.  Quoi qu’il en soit, avec la conquête des Francs carolingiens commence une nouvelle période de l’histoire locale.
Une société plurielle Le monde wisigoth est mal connu, ce qui débouche parfois sur des erreurs à pro pos de cette époque.  À une phase de conquête marquée par des combats entraînant morts et destructions, succéda une véritable cohabitation avec les populations gallo romaines. Certes, les traités conclus permettaient aux vainqueurs de posséder immeubles et domaines agricoles ainsi que les esclaves pour les cultiver, mais ils se contentèrent certainement de taxer les propriétaires en prélevant une par tie des récoltes. En échange, ils devaient assurer la sécurité du pays contre les autres Barbares, ce que l’Empire romain ne pouvait plus assurer. Le nom de ces domaines a laissé des toponymes, en l’espèce des terminaisons en– ens, nom breuses dans la région de Carcassonne où devait se trouver, face aux Francs, une garnison importante.  Cette partition de la population explique que leCode des Loislaissé par Euric s’applique aux seuls Goths, tandis que leBréviaire d’AlaricII, peu après, donne aux sujets romains une série de lois claires, dérivées duCode théodosien.  En tout état de cause, les Wisigoths étaient très minoritaires, peutêtre pour la Septimanie le vingtième d’une population estimée à 500 000 personnes à la e fin du VI siècle. Ces « Barbares » admiraient la civilisation romaine dont ils conservèrent les institutions et prirent des représentants comme conseillers ou pour éduquer leurs enfants.  Aussi bien, l’aristocratie parlait le latin, langue officielle de la cour de Toulouse, mais le peuple, après s’être exprimé dans une langue « gothique », se convertit, en même temps qu’au catholicisme, à un langage certes déformé mais dérivé de celui de Cicéron.  En fait, l’un des gros problèmes des envahisseurs fut leur adhésion à l’arianisme e dès le milieu du IV siècle. Cette doctrine, affirmant que le Fils de Dieu n’est pas véritablement Dieu mais qu’il est subordonné au Père, avait été condamnée
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dès 325 par le concile de Nicée. L’adhésion au christianisme plaidait en leur faveur par rapport aux autres peuples restés païens, mais avec la conversion de Clovis et des Francs au catholicisme, leur arianisme devint un handicap et faci lita les victoires du mari de Clotilde, la conversion au catholicisme intervenant e seulement à la fin du VI siècle.
L’art à l’époque wisigothique Les Wisigoths ne bouleversèrent pas les traditions artistiques locales, inspirées de Rome. Peu nombreux, ces nomades n’ont pas une manière de construire propre, et les vestiges qu’ils ont pu laisser à la Cité sont recouverts par les constructions postérieures. Aussi, pour étudier des témoins de leur passage, doiton se rendre à quelques kilomètres de Carcassonne, au sud à SaintMartindesPuits, ou au nord, à VillarzelCabardès. Dans cette dernière commune, grâce à Louis Guiraud et à la Société archéologique de la commune, un musée rassemble de nombreux éléments caractéristiques de cette époque.  En dehors de quelques arcs outrepassés comme à SaintMartindesPuits, leurs manifestations artistiques spécifiques sont à rechercher dans les parures person nelles, boucles, fibules, bijoux et surtout plaquesboucles de ceinture en métal, avec souvent un décor de verre de couleur ou de pierres semiprécieuses.
L’arc outrepassé de SaintMartindesPuits.
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Le cimetière d’époque wisigothique de VillarzelCabardès.
L’inhumation se répandant de plus en plus au détriment de l’incinération, le défunt, accompagné d’offrandes, est placé dans un sarcophage monolithe ou dans un coffre formé de grandes dalles. Aussi, les parures se trouventelles essentielle e e ment dans des nécropoles des V et VI siècles, sans que l’on sache si leurs occu pants étaient tous wisigoths, car nécropole wisigothique ne dit pas forcément nécropole des Wisigoths, comme on le voit à Montferrand, où des types très différents étaient représentés. On constate en effet la coexistence de parures de tradition romaine et d’autres typiquement germaniques, jusqu’à la conversion au catholicisme, qui entraîne le renforcement des influences romaine et byzantine.