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DICTIONNAIRE DES VERBES TACHELHIT - FRANCAIS

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Le tachelhit est l'un des parler du berbère marocain. Parlé au sud-ouest du Maroc, il couvre une aire géographique assez vaste. Grâce aux moyens modernes : radio, télé, cassette, livre, théâtre, cinéma…le tacheliht connaît aujourd'hui un processus d'homogénéisation et d'unification linguistique. Dans le but de promouvoir un vocabulaire commun à l'ensemble du domaine tachelhit, le lexique retenu dans ce dictionnaire ne correspond pas à une forme locale particulière d'une région : c'est un tachelhit commun à plusieurs localités.

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Date de parution 01 janvier 2003
Nombre de lectures 1 412
EAN13 9782296307834
Langue Français
Poids de l'ouvrage 6 Mo

Informations légales : prix de location à la page 0,0005€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

DICTIONNAIRE DES VERBES
TACHELHIT - FRANÇAIS
(parler berbère du sud du Maroc)Tira - Langues, littératures et civilisations berbères
Collection dirigée par Kamal NaiY-Zerrad
Cette collection est consacrée aux études littéraires, linguistiques,
didactiques et de civilisation berbères ainsi qu'à la littérature proprement
dite (roman, théâtre...) qu'elle soit en berbère ou sous forme bilingue.
Outre les publications originales, elle' remettra à la disposition des
chercheurs et du grand public des ouvrages de première importance,
aujourd'hui épuisés, sur l'histoire, la langue et la culture berbères.
La collection contribuera ainsi non seulement à enrichir les études
scientifiques par la publication de travaux de recherche, mais également à la
diffusion d'une meilleure connaissance d'un monde berbère éclaté.ABDALLAH EL MOUNTASSIR
DICTIONNAIRE DES VERBES
TACHELHIT - FRANÇAIS
(parler berbère du sud du Maroc)
L'Harmattan Hongrie L'Harmattan ItaliaL'Harmattan
Via Bava, 37Hargita u. 35-7, rue de l'École-Polytechnique
10214 Torino1026 Budapest75005 Paris
IT ALlEHONGRIEFrance<9L'Harmattan, 2003
ISBN: 2-7475-3577-0lymmi
A la mémoire de ma mèreREMERCIEMENTS
Je tiens à remercier vivement Abdallah Boumalk pour son aide si précieuse et
qui a bien voulu relire les exemples berbères.
Ma profonde reconnaissance à Michel Aufray pour sa lecture attentive de la
traduction française et pour ses conseils et ses encouragements.
Un grand merci à Driss Azdoud pour son aide efficace lors de la mise en page
et la présentation matérielle de ce dictionnaire.
J'adresse également toute ma reconnaissance à Marie-Claude Schéhadé, Gilles
Delouche et Kamal Naït-Zerrad pour l'intérêt qu'ils ont porté à ce travail.INTRODUCTION
L'AIRE GEOGRAPHIQUE DU TACHELHIT
Le tachelhit est l'un des parlers du berbère marocain. Il existe, à côté du
tachelhit, deux autres parlers berbères: le tamazight du Maroc central et le tari fit
du Nord du pays.
Le tachelhit, parlé au Sud-Ouest du Maroc, couvre une aire géographique assez
vaste: de la partie occidentale du Haut-Atlas à la plaine du Souss, de l'Anti-Atlas à
la zone présaharienne située au sud de cette chaîne de montagnes.
D'un point de vue historique, la majorité des habitants de cette région sont des
berbères d'origine Imsmoudn, une minorité est d'origine Iznagn. Cette aire
géographique où l'on parle tachelhit est aujourd'hui l'une des plus importantes
régions berbères du Maroc, si l'on considère le nonlbre des locuteurs berbères.
La région du Souss a connu plusieurs conquêtes arabes à travers l'histoire.
Lorsque les Arabes de Beni Hila! arrivèrent au Maroc au XIIe siècle, une partie
d'entre eux, connue sous le nom d'Arabes de Beni Maâqual, se dirigea vers le
Souss et s'implanta dans toute la région du sud au nord.
Quelques communautés arabes subsistent dans la région, surtout dans les
plaines. Il s'agit des populations de Ouled Berrhil et Ouled Taïma au Nord-Est de
la plaine de Souss, Ayt Jerrar au nord des Ayt Baâmran, Ayt Jemel et Ayt Bella
dans la région d'Aglmim. Mais l'assimilation berbère demeure forte dans toute la
région.
Vers un tachelhit standard
Le tachelhit présente quelques variations d'ordre phonétique et lexical d'une
région à l'autre, mais, malgré ces locales, les locuteurs de différentes10
localités du tachelhit se comprennent parfaitement bien. La variation linguistique
est une réalité inévitable en berbère qui ne connaît pas encore de norme instituée.
Depuis quelques années, avec les nombreuses associations culturelles berbères qui
ont vu le jour et le développement de la presse écrite, on assiste à un processus de
standardisation du tachelhit. En effet, grâce aux moyens modernes: radio, télé,
cassette, livre, théâtre, cinéma..., le tachelhit connaît aujourd'hui un processus
d'homogénéisation et d'unification linguistiques. Les villes et les grands centres
urbains de la zone tachelhit comme Agadir, Inezgane, Tiznit, Tata, ... contribuent
aussi à cette unification dans la mesure où s'y rencontrent des locuteurs Ichelhiyn
originaires de régions différentes.
Ainsi, dans le but de promouvoir un vocabulaire commun à l'ensemble du
domaine tachelhit, le lexique retenu dans ce dictionnaire ne correspond pas à une
forme locale particulière d'un village ou d'une région; c'est un tachelhit commun à
plusieurs localités. Nous n'avons pas tenu compte ici des variations régionales afin
de permettre aux usagers du dictionnaire d'accéder à la compréhension et à la
pratique du tachelhit contemporain.
D'autre part, nous précisons que nous avons évité d'introduire dans ce
dictionnaire les néologismes dans la mesure où ces nouveaux termes ne sont
utilisés, pour le moment, que par une catégorie restreinte de locuteurs, surtout la
jeune génération des milieux urbains. Nous avons, toutefois, retenu quelques
usages néologiques en procédant à la néologie sémantique: donner un sens
nouveau à un terme déjà existant. (ex: sunfu "se reposer" d'où le sens de "être en
congé"; asunfu "repos" > "congé")Il
LE SYSTEME VERBAL TACHELHIT
Les thèmes verbaux
Dans la grammaire traditionnelle berbère, on distingue quatre formes
morphologiques du verbe ou "thèmes verbaux" : aoriste, aoriste intensif, prétérit
positif et prétérit négatif. Exemple: flu "partir"
aoriste: flu
aoriste intensif: fltu
prétérit positif: -fia négatif: -fii
L'emploi du prétérit négatif est conditionné par la présence d'une particule de
négation ur "ne pas"- ou par les formes composées urta "pas encore", ur sul
"plus", ur izu 'jamais", ur akkW "même pas" qui précèdent le verbe-, et par la
marque de négation -i suffixée pour ce type de verbe: ur ifti "il n'est pas parti"
Dans beaucoup de variétés locales du tachelhit, la forme en -i est facultative.
Dans ce dictionnaire, cette forme en -i n'est pas notée. Nous gardons ainsi la
forme: ur ifta "il n'est pas parti"
Quant à l'aoriste, c'est le thème de base de toute forme verbale berbère,
dépourvu de toute valeur aspectuelle en soi. Parfois, il peut exprimer une valeur
temporelle, mais, il le fait avec l'aide des particules qui le précèdent. Ces particules
sont: ra(d), ad. Lorsque l'une des particules est employée, le verbe qui suit est à la
forme d'aoriste ou aoriste intensif, jamais au prétérit. Quand le verbe est à la forme
d'aoriste, il situe le procès verbal dans le futur. Exemple:
rad flufl 'je partirai"
L'aoriste intensif est toujours précédé -sauf pour le cas de l'impératif- de la
particule ar. (V. exemple ci-dessous)
L'opposition inaccompli / accompli
Le choix se fait entre l'aoriste intensif (AI) et le prétérit (P). Nous sommes là en
présence de deux unités qui s'opposent. Et cette opposition ne recouvre pas une
distinction de temps, mais une opposition aspectuelle.12
L'AI a une valeur aspectuelle d'inaccompli qui peut revêtir, selon le contexte, la
valeur d'un duratif ou d'un itératif (répétition du procès) :
ar istta lfmad islman "Ahmed est en train de manger du poisson"
ar istta lfmad islman id wass n-ssbt "Ahmed mange du poisson chaque
samedi"
Le P exprime un accompli; il envisage le procès comme achevé et défini:
issa lfmad isbnan yass-ad "Aujourd'hui, Ahmed a mangé du poisson"
Remarque: Certains verbes possèdent toujours une valeur d'inaccompli:
qssa "rire", alla "pleurer", ttfa "bailler", etc.
Il ressort de ce qui précède que le système verbal du tachelhit est un système
aspectuel avec deux unités fondamentales: AI et P. Ces deux unités forment
l'opposition inaccolnpli / accompli.
La dérivation verbale
Toute forme verbale apparaît soit sous sa forme simple, soit sous sa forme
dérivée. Le passage d'un verbe simple à un verbe dérivé s'effectue par l'adjonction
de préfixes dérivationnels aux verbes simples. En berbère, nous avons trois formes
verbales dérivées: le préfixe s- possède un sens actif ou factitif, le préfixe tt- un
sens passif et le préfixe mm- un sens réciproque et parfois un sens passif. Ces
préfixes peuvent avoir des réalisations différentes selon le voisinage phonique des
verbes simples.
Ainsi le préfixe s-, peut se réaliser 88-, ~~-, ZZ-, ou 88-:
ask "venir" ssask "ajuster"
adn "avoir mal" ssadn "rendre malade"
zzri "faire passer"zri "passer"
isgin "être noir" ssisgin "noircir"
Le préfixe du passif tt- a pour variantes: tty-,
tuwttyakar "être volé"akwr "voler" (dérober)
bdr "citer" ttuwbdar "être cité"13
Le préfixe mm- peut se réaliser: nn-, n- m-, mya- :
s11m"saluer" nsllm "se saluer"
hukku "frotter" m/lukku "se frotter, marchander"
ssn "connaître" myassan "se connaître"
Ces préfixes dérivationnels peuvent se combiner pour former une dérivation
multiple:
zr "voir" ttmzr "être vu" [tt+mm+~r]
snnfsi "dissiper" [s+mm+fsi]fsi "défaire"
dssa "rire" msadsa "se faire rire" [mm+s+qssa]
INDICES DE PERSONNE
Dans toute forme verbale, il y a association d'un indice de personne et d'un
radical verbal. Un seul cas fait exception: c'est la forme verbale de l'impératif 2e
personne du singulier où cette forme est réduite au radical verbal uniquement:
fiu "pars!"
L'indice de personne peut être préfixé et/ou suffixé au radical verbal:
nfia "nous sommes partis"
n- : indice de la première personne du pluriel, masculin ou féminin, -fia : radical
verbal.
fiant "elles sont parties"
fia- : radical verbal, -nt: l'indice de la troisième personne du pluriel féminin
tftit "tu es parti"
Les indices de personne sont t-t et le radical -fii-.
Le tableau suivant illustre le paradigme des indices de personne, le trait -
indique la position du radical verbal:14
indice de personne
singulier
1 pers. masc. 1 pers. fém.-ft / r / x -ft / r / x
2 pers.masc. 2 pers. fém.t-t t-t
3 3 pers.fém.i-
tpluriel
1 pers. masc. 1 pers. fém.n-
n2 pers.masc. t-m 2 pers.fém. t-mt
3 3 pers .fém. -nt-n
Ainsi l'indice de personne et le radical verbal ne peuvent apparaître séparément
si on veut avoir un énoncé complet:
ifta "il est parti"
Si on veut préciser le référent de l'indice de personne i-, on ajoute à l'énoncé un
nom, qui vient après le verbe. Cette fois-ci, il s'agit d'un élément facultatif:
ifta'urgaz "l'homme est parti", (liti. il est parti l'homme)
D'un point de vue sémantique, urgaz (état d'annexion de argaz) est un référent
lexical de l'indice de personne i-.
Ce référent lexical est marqué morphologiquement par l'état d'annexion,
c'est-àdire, une variation formelle que subit la syllabe initiale de certains noms. Cet état
d'annexion est l'une des spécificités de la morphologie nominale en berbère.
PRONOMS PERSONNELS
En berbère, on distingue deux types de pronoms personnels: les pronoms
autonomes et les pronoms affixes.15
1) Pronoms personnels autonomes:
1 pers. fém. sing. nkki (moi)1 pers.masc. sing. nkki (moi)
kiyyi (toi) 2 pers. fém.sing. kmmi (toi)2 pers.masc.sing.
nttat (elle)3 nttalnttan (lui) 3 pers.fém.sing.
nkknilnkkwni (nous) nkkntilnkkWnti (lD.E)1 pers.masc. pl. 1 pers. fém. pl.
kWnni (vous) kWnninti (vous)2 pers.masc.pl. 2 pers.fém.pl.
nttnti (elles)3 pers.masc. pl. nttni (eux) 3
2) Pronoms personnels affixes
Cette catégorie comprend les affixes du verbe avec la série directe et indirecte;
les affixes de prépositions; les affixes de noms et les affixes de noms de parenté.
a) Les affixes du verbe:
En règle générale, les pronoms affixes directs et indirects viennent après le
verbe:
zrih Brahim "j'ai vu Brahim"
'je l'ai vu"zrih -t
"j'ai donné la clé à Brahim"f/d/l tasarut i-Brahim
'je lui ai donné la clé"f/d/l-as tasarut
Ces pronoms peuvent être placés avant le verbe lorsque celui-ci est accompagné
d'une particule de négation ou de futur, d'un pronom interrogatif ou lorsque le
verbe est à la forme d'inaccompli :
'je ne l'ai pas vu"ur-t zrih
"je lui donnerai la clé"rad-as ./k/l tasarut
is-t tzrit ? "est-ce que tu l'as vu ?"
"je le vois"ar-t zrrah16
pron. directs pron. indirects
1 masc.sing. -YY. -YY.
1 fém.sing. -YY. -YY.
2 masc.sing. -k -ak
2 fém.sing. -km -am
3 masc.sing. -t -as
3 fém.sing. -tt -as
1 masc.pI. -al] / -ay -al] / -ay
1 fém.pI. -al] / -ay -al] / -ay
_kwn2 masc.pI. -awn
-kWnt2 fém.pI. -awnt
3 masc.pI. -tn -asn
3 fém.pI. -tot -asnt
b) Pronoms affixes de prépositions
Ces pronoms se placent après les prépositions comme dar "chez" :
Singulier
1 pers. masc. dar-i (chez moi) 1 pers. fém. dar-i (chez moi)
2 pers. masc. -k 2 pers. fém. -m
3 pers. -s 3 pers. fém. -s
Pluriel
1 pers. masc. -n)' 1 pers. fém. -n)'
2 pers. masc. -un 2 pers. fém. -unt
3 pers. masc. -sn 3 pers. fém. -snt
c) Les pronoms affixes de noms
Ces pronoms viennent toujours après le nom et sont introduits par la préposition
n- "de" qui exprime l'idée d'appartenance et de possession:
afus n-Brahim "la main de Brahim"
-7 afus-ns "sa main" (liti. main de-lui)17
Singulier
1 pers.masc. afus-inu (ma main) 1 pers.fém. -inu
2 pers. masc. -nk 2 pers. fém. -nm
3 pers. masc. -ns 3 pers. fém. -ns
Pluriel
1pers. masc. -nr 1 pers. fém. -nr
2 pers. fém. -nnunt2 pers. masc. -nnun
3 pers. masc. -nsn 3 pers. fém. -nsnt
d) Les pronoms affixes de noms de parenté
Comme les pronoms affixes de noms, les pronoms de noms de parenté viennent
après ces derniers, mais ils ne sont jamais introduits par une préposition:
iwi-s n-Brahim "le fils de Brahim" (litl. fils-lui de-Brahim)
-7 iwi-s "son fils"
Il convient de signaler que pour la première personne du singulier, il n'y a pas
de pronom affixe correspondant:
iwi "mon fils"
Singulier
1 pers. masc. - 1 pers. fém. -
2 pers. masc. -k 2 pers. fém. -m
3 pers. masc. -s 3 pers. fém. -s
Pluriel
1 pers. masc. -tnr 1 pers. fém. -tnr
2 pers. masc. -tun 2 pers. fém. -tunt
3 pers. masc. -tsn 3 pers. fém. -tsnt18
PROPRIETES SYNTAXIQUES DES VERBES
Pour chaque verbe, nous essayons d'indiquer ses propriétés syntaxiques. Ainsi,
chaque verbe peut avoir l'une des propriétés syntaxiques suivantes:
a) Un verbe est dit transitif quand il admet une expansion objet:
gru "ramasser"
ar tgrru taydrin "elle ramasse des épis"
Quand l'expansion objet est liée directement au verbe sans préposition, le verbe
est dit transitif direct (tr.dir), et il est transitif indirect (tr.ind) quand l'expansion
objet est précédée d'une préposition:
aw s "aider"
ar ittaws i-gWma-s "il aide (à) son frère"
b) Un verbe est dit intransitif (intr) quand il exclut toute expansion objet:
azzl "courir"
ar ittizzal "il court"
c) Certains verbes entrent dans une construction double (c.double). Ce sont des
verbes qui présentent tout à la fois une transitive directe et une
construction transitive indirecte:
jk "donner"
ifka tabratt i-Brahim "il a donné la lettre à Brahim"
d) D'autres verbes entrent dans une construction dite neutre (c.neutre). Il s'agit
des verbes qui, sans aucune modification formelle, peuvent fonctionner comme
verbes transitifs, ou, comme verbes intransitifs:
ggW "laver, être lavé"
iggWaufrux ssrwal-ns "l'enfant a lavé son pantalon"
iggWassrwal "le pantalon est lavé"19
Ceci dit, le concept de transitivité est fort complexe en berbère. C'est un
domaine qui reste encore mal exploré. Pour beaucoup de verbes nous hésitons
entre construction transitive et construction intransitive, ou, entre intransitif et
transitif indirect. Rappelons aussi que les verbes transitifs et intransitifs, en
tachelhit, ne forment pas deux classes différentes, c'est-à-dire que nous n'avons pas
des verbes qui sont, soit toujours transitifs, soit toujours intransitifs. Mais un grand
nombre de verbes oscillent entre les deux classes.
L'expansion d'objet direct
Pour les verbes qui admettent une expansion objet direct, celle-ci peut être:
. un nom: issa arrum "il a mangé du pain"
. un pronom personnel: issa -t "il l'a mangé"
. un pronom indéfini: issa kra "il a mangé quelque chose"
. un numéral cardinal: issa snat "il en a mangé deux"
. un démonstratif: issa xt-ad "il a mangé celle-ci"
Remarque
Il ne faut pas confondre expansion objet et expansion autonome. Il s'agit de
deux types différents d'expansions. Une expansion objet peut être remplacée par un
pronom:
issa tatffaftt "il a mangé une pomme"
issa -tt "il l'a mangée"
alors que c'est impossible pour une expansion autonome:
ifta yass-ad "il est parti aujourd'hui"
*ifta-t
L'expansion autonome peut être située au début ou à la fin de l'énoncé:
yura tabratt yass-ad "il a écrit la lettre aujourd'hui"
yass-ad, yura tabratt "aujourd'hui, il a écrit la lettre"20
L'objet peut être en tête de l'énoncé, mais il est toujours repris par le pronom
personnel:
tabratt, yura-tt yass-ad, "la lettre, il l'a écrite aujourd'hui"
L'expansion d'objet indirect
Le problème qui se pose ici est de savoir si toutes les expansions introduites par
une préposition assument la fonction d'objet indirect. Nous allons voir dans ce qui
suit quelques prépositions qui introduisent la fonction d'objet indirect. Il s'agit des
prépositions: i- "à" ;!- "sur" ; /1-"à" ; s- "avec".
a) La préposition i- "à"
La préposition i- a une valeur de datif. Nous pouvons avoir les deux expansions
directe et indirecte dans un même énoncé. Dans ce cas nous avons deux
possibilités:
issafcl tabratt i-gWma-s, ou, issafcl i-gWma-s tabratt
"il a envoyé la lettre à son frère"
L'expansion indirecte peut être remplacée par un pronom, celui-ci vient alors
toujours avant l'objet direct:
issa/ci-as tabratt "il lui a envoyé la lettre"
Si les deux expansions sont des pronoms, le pronom indirect se met avant le
pronom direct:
issafcl-as-tt "ilIa lui a envoyée"
Dans les énoncés interrogatifs, c'est le pronom interrogatif mu qui remplace la
préposition i :
ma mu'issaf4 tabratt ? "à qui a-t-il envoyé la lettre ?"
D'autres verbes, que nous considérons comme intransitifs, se construisent avec
la même préposition, mais cette fois-ci, avec une valeur spatiale (préposition
locative) :
iddr i'udrar "il est allé à la montagne"21
b) La préposition
"sur"fLa préposition "sur", qui se réalise flla- avec les pronoms, a un
doublefemploi. Avec certains verbes, elle a une valeur spatiale: elle introduit un
complément de lieu, c'est donc une préposition locative:
iskkus f-Ikursi "il s'est assis sur la chaise" (intr)
iskkus flla-s "il s'est assis dessus"
Nous rencontrons cette préposition avec d'autres verbes:
itedda f-gWma-s "il fait souffrir son frère" (tr.ind)
Dans cet exemple, la prépositionf- a une valeur spécifique et s'emploie avec les
verbes à construction transitive indirecte.
c) La préposition /l- "à"
Nous considérons les verbes qui se construisent avec la préposition h- "à"
comme transitifs indirects dans les énoncés suivants:
inzh h-limtihan "il a réussi son examen". . .
iksu4 /l-gWma-s "il a peur de son frère"
ar ismuqqul /l-iwi-s "il regarde son fils"
La préposition /l- se réalise gi- avec les pronoms:
iksuq gi-s "il a peur de lui"
ar gi-s ismuqqul "il le regarde"
Cette même préposition se construit avec d'autres verbes, mais avec une valeur
spatiale: "dans", "être à" :
ilia /l-tgmmi "il est à la maison" (intr)22
d) La préposition s- "à, vers, avec"
Cette préposition, qui se réalise sr- devant un pronom, introduit deux types de
fonctions :
-une fonction instrumentale: "avec"
ar-t ikkat s-ukuray "il le frappe avec un bâton" (tr.ind)
ar-t sr-s ikkat "il le frappe avec" (tr.ind)
-une fonction spatiale: "à" :
idda s-tmazirt "il est allé au pays" (intr)
idda sr-s "il y est allé"23
MODE D'EMPLOI DU DICTIONNAIRE
Classement à l'intérieur d'un article
Nous avons classé les verbes selon l'ordre alphabétique de leur thème d'aoriste.
Ce dernier est la forme la plus simple du verbe. Le thème d'aoriste qui sert d'entrée
est placé seul à l'écart près de la marge. Sous l'entrée sont donnés les thèmes
verbaux: aoriste, aoriste intensif (inaccompli) et le prétérit (accompli) à la 3e
personne du singulier. Cependant nous avons relevé dans notre corpus des verbes
qui s'emploient uniquement à la forme de l'aoriste intensif et nous les avons classés
selon ce thème:
alla "pleurer"
dssa "rire"
ttfa "bailler"
etc.
Chaque thème est séparé de l'autre par un point virgule. A la ligne suivante
viennent les acceptions sémantiques du verbe. Pour chaque verbe nous essayons de
relever le maximum d'acceptions sémantiques possibles illustrées ensuite par des
exemples qui sont introduits par le signe +. Ces exemples sont d'une importance
majeure, car ils mettent en garde les usagers du dictionnaire contre les confusions
de sens. Nous intégrons également dans ce des exemples figés par
l'usage et des exemples littéraires. Il s'agit de proverbes (prov.), de devinettes
(dev.), de contes, de chants, d'extraits de poésie et d'expressions: formules de
politesse, de salutation et autres. Les proverbes et les devinettes sont suivis d'un
numéro d'ordre (V. Annexe). Ce type d'exemples est considéré par les
lexicographes comme des définitions culturelles qui complètent le sens. Quand un
verbe possède plusieurs sens, nous classons ces derniers en partant du sens de base
ou du plus fréquent au moins fréquent. Chaque exemple est suivi immédiatement,
après une virgule, de sa traduction en français. Nous essayons dans la traduction
proposée ici d'être le plus proche possible des énoncés de tachelhit. Pour certains
énoncés, difficiles à rendre en français, nous donnons d'abord une traduction
littérale entre guillemets et après le signe = une traduction libre. Par exemple, dans
l'article awi qui signifie "emporter", nous avons retenu le proverbe suivant:
aynnad yiwi wmadir awin-t waman, que nous traduisons d'abord de façon littérale puis
par l'expression française qui s'en rapproche le plus: "ce que la houe apporte, l'eau
l'emporte" = vivre au jour le jour. (prov. 129).24
Comme le verbe simple, le verbe dérivé est placé seul près de la marge et
précédé du morphème dérivationnel selon la forme qu'il possède: S-, tt-, mm- et la
dérivation multiple. Puis viennent en dessous les thèmes, les sens et les exemples
de la même manière citée ci-dessus pour la forme simple.
Notre but est de présenter dans chaque article une unité sémantique cohérente.
Ainsi, nous avons regroupé autour d'une entrée principale les dérivés qui sont
étroitement liés à elle d'un point de vue morphologique et sémantique. Le
regroupement des préfixes autour d'un verbe simple permet de comprendre le
passage d'un verbe à un autre et de préciser les emplois différents de chacun. Ainsi
à partir du verbe q,r"tomber", on obtient par préfixation de s- sq,r "pondre"; ou des
séries comme: ddu "partir", ssudu "monter... ", mmudddu "voyager", etc.
Comparaison avec d'autres parlers berbères
Une entrée figurant en tête d'un article peut être suivie parfois sur la même
ligne de quelques références entre parenthèses. Celles-ci renvoient soit au
Dictionnaire touareg-français de Ch. DE FOUCAULD, en quatre volumes,
désigné ici par F : I. II. III. IV, suivi du numéro de la page, du mot et ensuite du
sens de ce mot; soit à l'ouvrage de J.M. DALLET, Verbe kabyle, abrégé DVK
suivi d'un numéro d'ordre, du mot et du sens; soit enfin du Dictionnaire
mozabitefrançais de J.DELHEURE, désigné par DM, suivi du numéro de la page du
dictionnaire en question, puis du mot et du sens. La mention de ces trois parlers est
utile pour la comparaison interdialectale et les études dialectologiques berbères.

)