197 pages

Marges, interstices, contacts

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Les 13 articles qui constituent le recueil abordent des sujets variés, du same Kildin au design d'Alvar Aalto, du cinéma de Béla Tarr à la fricative laryngale en vepse, des termes d'adresse en hongrois à la poésie d'Eeva-Liisa Manner. Les éditeurs du recueil souhaitent que ces textes puissent offrir aux lecteurs des résultats de recherches actuelles, des pistes vers des investigations futures, ainsi que des supports pour l'enseignement universitaire.

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Date de parution 01 janvier 2014
Nombre de lectures 9
EAN13 9782336333779
Poids de l'ouvrage 2 Mo

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C
a h i e r s d ’ É t u d e s
H o n g r o i s e s e t
F i n l a n d a i s e s 2 0 1 31 9 Marges, interstices, contacts 19 CIEH-CIEFi – Université de la Sorbonne Nouvelle − Paris 3
Cahiers
d'Études
Hongroises
et Finlandaises
Marges, interstices, contacts
Cahiers
d'Études
Hongroises
et Finlandaises
Marges, interstices, contacts
L'Harmattan
© L’Harmattan, 2013 5-7, rue de l’École polytechnique, 75005 Paris
http://www.harmattan.fr diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr
ISBN : 978-2-343-02317-5 EAN : 9782343023175
Cahiers d’Études Hongroises et Finlandaises 19/2013
Revue publiée par le Centre Interuniversitaire d'Études Hongroises et Finlandaises de l’Université de la Sorbonne Nouvelle-Paris3
Sous la direction de HARRI VEIVO ET JULIA NYIKOS
RÉDACTEUR EN CHEF Judit Maár
COMITÉ SCIENTIFIQUE András Blahó, Catherine Durandin, Marie-Madeleine Fragonard, Francesco Guida, Jukka Havu, Jyrki Kalliokoski, Victor Karady, Ilona Kassai, Ferenc Kiefer, Antoine Marès, Stéphane Michaud
COMITÉ DE LECTURE Iván Bajomi, Marie-Claude Esposito, Peter Balogh, Eva Havu, Mervi Helkkula, Alain Laquièze, Judit Maár, Marc-Antoine Mahieu, Jyrki Nummi, Patrick Renaud, Traian Sandu, Harri Veivo
SECRÉTARIAT
Centre Interuniversitaire d'Études Hongroises et Finlandaises 1, rue Censier 75005 Paris Tél. : 01 45 87 41 83  Fax : 01 45 87 48 83
Harri VEIVO Université Sorbonne Nouvelle – Paris 3 INTRODUCTION QUELLE PLACE POUR LES ÉTUDES FINNO-OUGRIENNES DANS LE MONDE UNIVERSITAIRE CONTEMPORAIN ?
e Ce livre, le 19 volume desCahiers d’Études Hongroises et Finlandaises, « Marges, interstices, contacts », veut témoigner de la vitalité des études finno-e ougriennes en France aujourd’hui : issus pour la plupart de la 6 journée d’études consacrée aux langues, littératures et cultures de cette aire linguistique, organisée par le Centre Interuniversitaire d’Études Hongroises et Finlandaises le 14 juin 2013, les 13 articles qui constituent le recueil abordent des sujets variés, du same Kildin au design d’Alvar Aalto, du cinéma de Béla Tarr à la fricative laryngale en vepse, des termes d’adresse en hongrois à la poésie d’Eeva-Liisa Manner. Les éditeurs du recueil souhaitent que ces textes puissent offrir aux lecteurs des résultats de recherches actuelles, des pistes vers des investigations futures, ainsi que des supports pour l’enseignement universitaire.
La première partie de l’ouvrage regroupe les articles sur la littérature, les arts et le cinéma. Elle commence par l’article Fabienne Chevallier sur cinq œuvres canoniques de l’art visuel finlandais qui montre toute la complexité des relations entre les enjeux artistiques et culturels du pays et les discours européens sur l’art moderne. Le contact entre domaines et discours, ou plutôt la position dans un interstice géographique et linguistique, est également le sujet de l’article de Roland Orcsik sur le poète István Domonkos. L’écrivain finlandais Jouni Tossavainen continue sur la même piste dans son essai sur la problématique existentielle qu’il rencontre dans son travail d’écrivain d’aujourd’hui, tiraillé entre les conditions de vie modernes et urbaines et le rattachement à une langue et une souche d’expériences qui ne s’y adaptent pas forcément. David Lengyel propose une réflexion herméneutique sur l’œuvre cinématographique de Béla Tarr, dont la nature radicale pose de nombreuses difficultés à la recherche. Les deux articles suivants mettent en valeur des écrivains incontournables de la Finlande et de la Hongrie contemporaines – dans le premier, David Paigneau analyse le statut du narrateur dans la poésie d’Eeva-Lisa Manner ; dans le deuxième, Chiara Fumagalli montre l’intérêt de László Krasznahorkai pour la « pensée en exile » et la condition post-moderne.
La seconde partie consiste en articles sur quatre langues finno-ougriennes : le vepse, le sami kildin, le hongrois et le finnois. Les articles de Ksenija Djordjevic Léonard et de Jean-Léo Léonard sont issus de travaux d’observation empirique menés parmi les vepse. Le premier offre un riche aperçu de la dynamique
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sociolinguistique de la langue et des différents facteurs qui y contribuent. Le deuxième aborde un sujet plus pointu – la fricative laryngale soumise à une analyse sociophonétique – mais dont la valeur est plus générale, tant la situation du vepse est exemplaire aujourd’hui. Guillaume Enguehard analyse dans sa contribution la gradation consonantique en same kildin parlé dans la Péninsule de Kola en Russie. Si cet article aborde une des langues menacées de la famille finno-ougrienne, les quatre articles suivants sont consacrés aux plus répandues, le finnois et le hongrois. Le système casuel est le sujet commun d’Aïno Niklas-Salminen et d’Anna SĘrés. La première propose une analyse des cas au service de l’aspect, alors que la deuxième aborde les constructions locatives dans une perspective comparative. Les deux articles qui closent le livre abordent eux aussi un sujet commun : les termes d’adresse. Inkeri Lehtimaja observe l’utilisation des formes nominales d’adresse dans une situation empirique, la communication entre élèves et professeur à l’école, et montre comment elles constituent une ressource flexible pour l’interaction. Rita Gárdosi offre une analyse comparative et pragmatique des termes d’adresse en hongrois, fondée sur un corpus littéraire.
La publication aujourd’hui d’un tel ouvrage appelle une réflexion sur la place et le rôle de notre champ de recherche dans le monde universitaire contemporain. L’unité des études finno-ougriennes a été fondée sur l’appartenance des langues finno-ougriennes à la même famille linguistique. Ce fondement paraît si évident qu’on en oublie facilement son caractère historique. Cette appartenance commune continue toujours à alimenter la recherche en linguistique, mais on peut se demander quelle est sa fonction dans d’autres domaines de recherche. Qu’ont en commun par exemple les Estoniens, les Maris et les Hongrois actuels ? Ou bien : qu’ont-ils en commun qui justifie ce regroupement au détriment d’un autre, fondé par exemple sur la même expérience de l’occupation soviétique que les Estoniens partagent avec les Lettons et les Lithuaniens ? Ou bien en d’autres mots encore : quelle discipline scientifique, autre que la linguistique, peut trouver un objet de recherche à la fois cohérent et prometteur au sein des cultures finno-ougriennes ?
De nombreuses pratiques, habitudes, institutions et sociétés dans le monde scientifique, en vigueur ou actives depuis des décennies, présupposent l’existence d’un lien commun entre les recherches qui portent sur les différentes cultures finno-ougriennes. Il est pourtant extrêmement difficile de répondre à ces questions aujourd’hui. Si on prend l’exemple de l’histoire de la Finlande et de l’Estonie, on constate qu’elle est inséparable de la grande histoire à l’échelle européenne et globale, et qu’elle est marquée par des événements majeurs comme les guerres napoléoniennes, la révolution soviétique, la deuxième guerre mondiale ou la fin de la guerre froide. Le même constat vaut pour la Hongrie, les sami, les peuples finno-ougriens de Russie, et les locuteurs demeänkielisur le côté ouest de la vallée du fleuve Tornio, séparés des finlandais suite à la guerre de 1808-1810. L’appartenance à la même famille linguistique a eu peu d’influence sur le destin de ces peuples. Aujourd’hui, les locuteurs des langues finno-ougriennes vivent dans un monde où les vieilles frontières s’éclipsent et de nouveaux contacts se nouent,
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1 brouillant davantage les liens communs . Pour quelqu’un qui s’intéresse à la culture ou à la société d’un de ces peuples, d’autres connexions que celle fondée sur l’appartenance à la famille des langues finno-ougriennes sont susceptibles de s’avérer plus intéressantes, plus profondes, plus aptes à fournir des explications.
Même les langues finno-ougriennes se trouvent aujourd’hui dans des situations complètement dissemblables. Le hongrois, le finnois et l’estonien profitent d’une masse de locuteurs natifs capable à fournir un public aux médias, qu’il s’agisse de la littérature, du théâtre, du cinéma ou des médias sociaux. On pourrait relever que la taille de ces publics est limitée si on la compare avec les « grandes langues » et peut-être parfois insuffisante pour soutenir les champs de création expérimentaux ; il n’en reste pas moins que l’existence d’une sphère 2 publique de textes et de discussions dans ces langues – d’une sémiosphère – n’est pas menacée et que cette sphère est complexe, intimement liée à d’autres sphères européennes et mondiales, et profondément influencée par les technologies de communication classiques et digitales dont elle se sert constamment.
La situation est toute autre en ce qui concerne les langues des peuples qui n’ont jamais connu d’existence nationale autonome ou indépendante et dont les e conditions de vie sont actuellement menacées, ou bien l’ont été tout le long du 20 siècle. Aujourd’hui, un nombre inquiétant de langues et de peuples finno-ougriennes sont en voie de disparition rapide. C’est déjà presque le cas du vote, live, ingrien et d’une grande partie des langues samoyèdes et de certaines langues sami ; pour 3 d’autres, la situation est critique aussi . La période moderne de l’histoire globale, où tout ce qui semblait pérenne est susceptible de disparaître, a été particulièrement rude pour ces langues et peuples, dont l’existence a souffert tout aussi bien de la folie des régimes totalitaires que de celle de l’économie capitaliste avide de ressources naturelles, le cadeau empoisonné des régions septentrionales de Russie.
Ces constats ont des conséquences sur le statut et le rôle des langues finno-ougriennes dans l’enseignement supérieur, ainsi que sur l’agenda personnel des chercheurs. La communauté scientifique est amenée à réfléchir sur le bien-fondé des frontières disciplinaires et des compétences professionnelles qu’elles définissent. On peut se demander par exemple si un étudiant en littérature hongroise doit acquérir des compétences dans les autres langues finno-ougriennes, ou plutôt en allemand et en français ? La première option est suggérée par l’existence de nombreux départements d’études finno-ougriennes. La connaissance du finnois ou de l’estonien, pour ne mentionner que les plus grandes, est cependant peu encline à éclaircir quoi que ce soit dans la littérature hongroise, quelques connexions ponctuelles mises à part. Dans un contexte générale de changement des paradigmes qui définissent le rôle de l’enseignement supérieur dans la société, nous devons réfléchir, peut-être plus en profondeur qu’avant, à la cohérence même de la formation que nous offrons à nos étudiants. On sait qu’aujourd’hui les langues sont de moins en moins étudiées pour elles-mêmes ; une finalité autre, plus banale que
1 Voir à ce proposEthnic and Linguistic Context of Identity: Finno-Ugric Minorities, sous la direction de Riho Grünthal et Magdolna Kovács,Uralica Helsingiensia5, 2011. 2 Sur la notion de « sémiosphère », voir Iouri Lotman,La sémiosphère, Limoges, PULIM, 1999. 3 Colsulter à ce propoes par exemple le site http://www.ugri.net/002/htm/index.htm.
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