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LA MÉMOIRE APAISÉE

De
189 pages
Cet ouvrage est une contribution à la mémoire collective de l'Education populaire et de la politique publique de développement culturel de l'enseignement agricole. L'auteur à été partie prenante, au sein des mouvements de jeunesse d'une cité ouvrière puis en qualité de responsable de " Peuple et Culture ", des grands combats historiques depuis le Front populaire. " Faire en faisant faire ", l'ouvrage est l'expression délibérée d'une histoire personnelle au sein de l'histoire des mouvements sociaux mais aussi reflet de reconversions identitaires conduisant à une mémoire apaisée à l'intention des générations montantes.
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La Mémoire apaisée
Au long des routes de l'éducation populaire et de l'enseignement
1928-2001

agricole

Collection Histoire de Vie et Formation dirigée par Gaston Pineau
avec la collaboration de Bernadette Courtois, Pierre Dominicé, Guy Jobert, Gérard Mlékuz, André Vidricaire et Guy de Villers

Cette collection vise à construire une nouvelle anthropologie de la formation, en s'ouvrant aux productions qui cherchent à articuler "histoire de vie" et "formation". Elle comporte deux volets correspondant aux deux versants, diurne et nocturne, du trajet anthropologique. Le volet Formation s'ouvre aux chercheurs sur la formation s'inspirant des nouvelles anthropologies pour comprendre l'inédit des histoires de vie. Le volet Histoire de vie, plus narratif, reflète l'expression directe des acteurs sociaux aux prises avec la vie courante à mettre en forme et en sens.

Titres parus
Volet: Histoire de vie Claire SUGIER, Haïti terre cassée... Quinze ans dans la campagne haïtienne, 1996. Line TOUBIANA, Marie-Christine POINT, Destins croisés. Elles sont profs, l'une estjuive, l'autre est catholique..., 1996. Pierre DUFOURMARTELLE, Globe trotter et citoyen du monde, 1997. Auguste BOUVET, Mémoires d'un ajusteur syndicaliste, 1997. Martine LANI-BA YLE, De femme à femme à travers les générations. Histoire de vie de Caroline Lebon-Bayle 1824-1904, 1997. Guy-Joseph FELLER, Libre enfant de Favières. Territoire de serpents, 1997. Malika LEMDANIBELKAÏD, Normaliennes en Algérie, 1998. Robert VIAL, Histoire des hôpitaux de Paris sous l'Occupation, 1999. Guislaine JOURDAIN, Combat au quotidien dans le Chili de l'aprèsPinochet, 1999. Marcel BOLLE DE BAL et Dominique VESIR, Le sportif et le sociologue, 2000. Léon VOERLHE, Jean-André OLIVIER, Le siècle de vie d'un enfant du peuple, 2000. Martine LANI-BA YLE (ed.), Raconter l'école, au cours du siècle, 2000. Nicole GRONDEIN, Secret et mensonge d'une identité, 2000. Louis FOUCHERAND, Une vie de reporter, 2001. Martine LANI-BA YLE (coord.), Histoires de formation: récits croisés, écritures singulières, 2001. Martine LANI-BA YLE (coord.), Les quinze derniers jours du siècle, 2001.

Jean-François CH OS SON
Professeur émérite De l'Enseignement supérieur agronomique Président de Peuple et Culture, 1989-1995

La Mémoire apaisée
Au long des routes de l'éducation populaire

Et de l'enseignement agricole 1928-2001

L'Harmattan 5-7, rue de l'École
Pol y technique

75005Paris FRANCE

L'Harmattan Hongrie Hargita u. 3 1026 Budapest HONGRIE

L'Harmattan ltalia Via Bava, 37 10214 Torino ITALlE

Peuple et culture- Paroles d'acteurs

@ L'Harmattan,

2002 ISBN: 2-7475-2045-5

A Marie Lhéritier, ma mère, A Jean- Baptiste Chosson, mon père, pour qui
«

le besoin

de culture était une force identique à celle de la faim... »

« J'essaie de comprendre comment je suis devenu ce que je suis... la mémoire apaisée... »

Paul Ricœur, La Mémoire, l'Histoire, l'Ouhli; Paris, Editions du Seuil, septembre 2000.

SOMMAIRE PREMIÈRE PARTIE: ROMAN D'APPRENTISSAGE 1922 La rencontre inaugurale 15 19

1928-1934 La prime enfance à Michelin-ville 25 1934-1940 L'école primaire Michelin ou l'école du patron 32 1940 - 1944 L'école technique Michelin ou la pré-usine...37 1944 - 1948 L'échappée: le collège -le lycée 43 1948 - 1952 La coupure et la révélation! Les auberges de la jeunesse 48 1952 - 1953Le centre de Vaucresson ou les humanités de l'éducation populaire. 56 1953- 1960 Le centre d'observation de Lyon ou le phalanstère. ... 6I Responsable syndical 67
DEUXIÈME PARTIE: PEUPLE ET CULTURE, STRATÉGIES TOURNANTES SUR FRONTS MOlN ANTS Co-gestion
« Mai
I 960

71

gaullienne
»

quand la marge tient la page.

74 populaire 92 95 98 100 103 105

1968 - 1974 Partage du savoir, éducation et formation professionnelle continue Méthode Universités. Actions modélisantes Ouvertures internationales Elu local de I97I à I977

................................................ 75

1989 - ,1995 Multiculturalisme et pluricitoyenneté, . .. une presl dence mstltuante Réftrmer les statuts ... Un Etat affaihli, halkanisé,fluctuant... . . mats toujours present . Relations internationales
'"

10 8 112 113 I15

TROISIÈME PARTIE: L'INSTITUTIONNALISATION L'UTOPIE

DE 121

1964-2000 Vers« l'éducation tout au long de la vie» en milieu rural 121 Le groupe de recherche pour l'éducation et la promotion, G.R.E.P. ou la horde primitive 124 Naissance. ... 126 Assomption 130 Aujourd'hui le GREP est toujours vivant 136 Création de la revue POUR: la nécessité et le hasard 139 L'Institut national de promotion agricole .......................... ou« La bonne institution... » 145 I968 - I97I Marasme 146 I97I - I973 Hasard organisateur.? 149 I973- I983 Bonne institution 157 Nouveaux horizons 161 I983 - I994 Promessesde l'auhe 163
I982 - Les Etats généraux des pays et la formation

d'agentsde développement.
Les Etats généraux du développement ,
,1

166
agricole et

T.. ..,. )h IPTuntverst"e rurale euroreenne I69 ' La direction de l'INPSA 171 Pelures d'oignons et prolégomènes pour le XXIè siècleI78 1928-1960 - Pacte républicain - Imaginaire créateur-

Laïcité froide intellectuel
1967

...

179

1960-1967- Etat-nation - Laïcité plurielle - Travail
Mémoire apaisée

- 2000 - Républicainfédéraliste- Humaniste laïc-

...

181

185

Cet ouvrage ne prétend pas être une autobiographie

mais,

conçu comme un « récit de vie », il est basé sur un itinéraire intellectuel qui m'a conduit de l'école Michelin au professorat dans l'Enseignement supérieur agronomique et à la présidence de l'association Peuple et Culture. Il s'adresse à tous ceux qui refusent le caractère prétendument inexorable de la reproduction des inégalités culturelles mais également l'élitisme de naissance. Il se veut un message d'espoir à l'intention des militants d'éducation populaire qui selon la belle expression de Vitez, veulent être «élitaires pour tous ». Le titre «La mémoire apaisée» est emprunté aux ouvrages de Paul RicœurI. Pour cet éminent philosophe, affronter la complexité du présent consiste à résister à deux utopies: considérer le passé comme définitivement révolu ou s'égarer dans des utopies millénaristes basées sur les technologies ou la nouvelle économie. Il convient au contraire de se fixer des objectifs précis et en même

temps, effectuer un

« travail

de mémoire» pour formaliporteu-

ser les expériences non abouties, les potentialités
I

RICŒUR. Paul, Tempsetrécit; Paris, Le Seuil 1983

ses d'avenir, les réalisations annonciatrices de nouvelles aurores. Aujourd'hui, le mouvement social d'éducation populaire fait preuve d'une belle vitalité. En effet, les clivages hérités des années 60-65 entre animation socio-culturelle, action culturelle, formation professionnelle et insertion sociale, renforcés par les strates administratives correspondantes s'effondrent et laissent place à de nouvelles synthèses s'appuyant sur les collectivités locales en émergence (pays, communautés de communes, régions), les associations et les forces économiques. Désormais, artistes et militants d'éducation populaire s'appuient sur la mémoire collective pour inventer un imaginaire citoyen et des expressions esthétiques originales. Mais ce travail au sein de groupes solidaires est aussi un moyen pour les femmes et les hommes d'agir sur eux-mêmes, de prendre en compte leur propre subjectivité et de reconstruire leur passé en partant des problèmes présents. Réunis au sein du collectif «Mémoires et racines de l'éducation populaire», des responsables anciens et actuels des mouvements d'éducation populaire enrichissent leurs témoignages par le libre débat avec, en particulier, les historiens qui travaillent sur des archives. Ils apportent les représentations sociales, les relations entre acteurs, la mémoire orale sur les tournants décisifs qui n'ont pas laissé de traces écrites, formalisant ainsi le « savoir» de synthèse issu de l'action. L'auteur veut ici exprimer sa reconnaissance à cette longue chaîne d'amitiés bâties au long des routes de l'éducation populaire, combat toujours renouvelé pour l'accès du plus grand nombre aux modèles esthétiques et historiques inaliénables, biens communs de l'humanité, et dans le même temps, expression collective des groupes fraternels combattant pour la reconnaissance de leur identité culturelle.

PREMIERE

PARTIE

ROMAN D'APPRENTISSAGE

Dans l'Education sentimentale, Gustave Flaubert décrit l'itinéraire d'un jeune homme cherchant sa voie, en proie aux premiers émois affectifs, aux doutes sur sa destinée et dans le même temps, soulevé par les élans romantiques de la révolution de 1848 instaurant le suffrage universel, abolissant l'esclavage, provoquant le «Printemps des peupies» d'Europe. Ce modèle littéraire m'est apparu symbolique pour caractériser un cheminement personnel en quête d'identité intellectuelle et de stabilisation familiale au cours d'une période historique marquée par les enthousiasmes du Front populaire, la guerre civile européenne des années 40-45, les errements d'une IVème République conduisant la modernisation économique du pays et subissant sans les résoudre les derniers feux des guerres coloniales.

LA RENCONTRE

INAUGURALE

A Paris en octobre 1922, dans le quartier des Halles entre le pavillon des primeurs et celui des bouchers, Marie Lhéritier rencontre ,Jean-Baptiste Chosson. C'était vers huit heures du matin et il faisait plutôt froid... Ce croisement de deux destins fut beaucoup plus le fruit du hasard que de la nécessité. Pour J-B. Chosson, c'est le hasard d'une longue promenade à pied depuis la chambrée de la gare d'Austerlitz où les «roulants» de la ligne «Paris-LyonMéditerranée» peuvent prendre quelques heures de repos entre deux trajets et en même temps la nécessité de s'offrir une soupe chaude à l'issue d'un périple où il a découvert l'île Saint-Louis et Notre-Dame. Pour Marie Lhéritier, c'est le plaisir de vendre un bol de pot-au-feu à un compatriote auvergnat et la nécessité de rentabiliser une échoppe dont elle est l'acheteuse de produits frais, la cuisinière, la gestionnaire d'une micro-entreprise, dirait-on

aujourd'hui, dénommée « Le pot-au-feu de l'Auvergnate» avec explication à la clé: «Cinq sous le bol avec
légumes du jour, un gros morceau de viande de bœuf et un verre de Côtes-du-Rhône»! En allongeant ses cinq sous,J.-B. Chosson n'a pas manqué de se distinguer de la masse commerçante et ouvrière en

déclinant son identité géographique: « Je viens de Thiers... » et Marie Lhéritier de répliquer: «Et moi de
Latour d'Auvergne». Selon leurs propres dires, maintes fois affirmés par les intéressés, il se produisit entre les deux compatriotes un courant immédiat de sympathie, prélude à des horizons plus intimes. Pourtant, même si en 1790 l'Assemblée Constituante a décidé qu'ils appartenaient à la même entité administrative, le département du Puy-de-Dôme, il existe beaucoup plus de différences entre un thiernois et un citoyen de Latour qu'entre un pécheur marseillais et un mineur lorrain.

19

L'itinéraire de Marie et dejean-Baptiste est exemplaire de ce grand écart ethnologique, malgré la volonté de l'abbé Sieyès en 1790 de faire disparaître les particularismes locaux. Marie est l'aînée de huit enfants dont trois morts en bas âge. Fille d'un ouvrier agricole saisonnier, elle a passé son enfance dans une pièce unique à Monteaux, hameau situé à 5 km de Latour d'Auvergne, région totalement isolée sous la coupe de quelques hobereaux utilisant prêtres et bonnes sœurs en fonction de leurs intérêts tutélaires. A l'église de Latour, il y a des prie-dieu nominatifs et bordés de velours dans le haut de la crypte, des bancs pour ceux qui peuvent donner à la quête, les pauvres restant debout au fond! A l'âge de dix ans, Marie Lhéritier est placée chez des patrons dès le mois de mars. Foin de l'obligation scolaire, elle part à l'aube avec un morceau de pain et de lard pour tout viatique et ne doit rentrer avec le bétail qu'à la nuit tombée. Outre la misère, il règne une atmosphère de violence inouie : Marie ayant laissé tomber son râteau sous la roue du char de foin, il s'était fendu; alors son patron finit de le briser en s'en servant comme gourdin sur le dos de la « délinquante». Autre exemple: un frère de ma mère s'étant attiré l'inimitié de deux villageois pour une rivalité amoureuse, il fut attiré dans un guet-apens. Une fois maîtrisé, on lui écrasa les parties génitales à coups de sabots. Il est resté impuissant et quasi-aliéné. Pas de recours possible, c'est la loi du silence. Les hobereaux sont les fidèles soutiens d'une religion proche de la superstition. Les processions du 15août à Notre-Dame de Natzy qui surplombe Latour, voient de longues ftles de malades venant frotter leurs plaies sur la statue. Mais fort heureusement, les jours d'élection, les fidèles de Jacques Bardoux, député inamovible et membre de l'Institut, viennent distribuer des tabliers gratuits à la sortie de la messe. La religion constitue un ensemble de menaces et de fatalités alliées aux puissants dont la mystique apporte quelques éclaircies dans une vie où les fêtes religieuses sont suivies avec dévotion.

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