La tricherie en milieu scolaire en Afrique

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Le problème de la crise éthique touche le monde entier. En raison de cet état, et compte tenu des missions assignées aux systèmes éducatifs dont celle qui consiste à contribuer à la formation des citoyens respectueux de l'intérêt général et du bien commun et au renforcement du sens éthique, un ensemble d'interrogations sur l'éducation à l'intégrité et la tricherie à l'école paraissent pertinentes.

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Ajouté le 15 juin 2015
Nombre de lectures 2 527
EAN13 9782336385372
Langue Français
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La tricherie en milieu scolaire en Afrique Sous la direction de
Jean Calvin BLe problème de la crise éthique touche le monde entier. En raison de cet
état, et compte tenu des missions assignées aux systèmes éducatifs dont celle
qui consiste à contribuer à la formation des citoyens respectueux de l’intérêt
général et du bien commun; et au renforcement du sens éthique, un ensemble
d’interrogations sur l’éducation à l’intégrité et la tricherie à l’école paraissent
pertinentes.
De quel impact sont les technologies de l’information et de la communication La tricherie sur la mise en œuvre d’un projet d’éducation à l’intégrité ? Quelle explication
psychologique est-il possible de proposer pour comprendre le développement
de la disposition à la tricherie en milieu scolaire ? Quelle est dans le processus en milieu scolaire
enseignement-apprentissage l’importance des circonstances susceptibles
d’infuencer positivement la propension à la tricherie ? en AfriqueDans quelle mesure les circonstances du processus
enseignementapprentissage constituent-elles un terrain favorable au développement de
processus irrationnels de résolution de problèmes ? Dans quelle mesure
constituent-elles un terrain favorable au développement de sentiments
d’inaptitude ou d’un complexe d’incapacité vis-à-vis de l’apprentissage et de Quels enjeux ?l’évaluation ? Dans quelle mesure la disposition des élèves à la tricherie
peutelle être infuencée par les pratiques didactiques ?
Quel est l’effet des technologies de l’information et de la communication
sur le développement de la disposition à la tricherie lors des évaluations des
apprentissages ?
Quelles sont les infuences qui permettent de développer ou de renforcer
chez un élève une attitude positive vis-à-vis de la tricherie et quelles sont les
causes les plus fréquentes de la tricherie en milieu scolaire ?
Quelles sont les approches les plus fréquemment utilisées dans la lutte
contre le développement de la disposition à la tricherie, et quelle est leur
effcacité relative au regard des résultats ?
Tels sont les principaux axes de cette série d’articles sur l’éducation à
l’intégrité et la tricherie en milieu scolaire.
Jean Calvin B est Enseignant de sciences de
l’éducation à l’université de Yaoundé 1, il a une longue
expérience dans la pratique d’enseignement au niveau de
la maternelle, du primaire du secondaire et du supérieur ;
la mesure et l’évaluation ; la formation d’enseignants et de
formateurs d’enseignants ; la supervision pédagogique. Il a en outre participé
à la réforme et à l’évaluation des programmes et curricula.
ISBN : 978-2-343-05706-4
20,50 € 9 782343 057064
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Sous la direction de
La tricherie en milieu scolaire en Afrique
Jean Calvin B
enSeignement et éduC ation en afriQue



La tricherie en milieu scolaire en Afrique
Quels enjeux ?
Enseignement et éducation en Afrique
Dirigée par Magloire KEDE ONANA

En ces temps de crise généralisée, l’Afrique, comme beaucoup d’autres
continents de la planète, traverse des moments extrêmement difficiles dans
tous les secteurs d’activités. Au plan de son secteur éducatif objet de nos
investigations, la crise ne cesse d’assombrir la vie des différents acteurs de
nos communautés éducatives : les parents pour la plupart démissionnent
chaque jour devant leurs responsabilités ; les enseignants qui pourtant ont
entre autres tâches celles d’exercer dans les jeunes esprits la faculté de penser
et de développer en eux le sentiment de la valeur de l’homme deviennent de
plus en plus comme des bouches inutiles. Premiers passeurs culturels, ils ont
toujours du mal à affirmer leur autorité devant une jeunesse devenue esclave
dans l’usage de nouveaux moyens sophistiqués de diffusion de la seule
culture moderne. Une telle situation installe tous les acteurs ainsi désignés
dans un malaise profond, accentué par leur porte-monnaie qui ne répond plus
à tous les défis. La conséquence au niveau des apprenants va être la langueur,
la désertion, l’angoisse ou la phobie permanente des échecs et le
désenchantement sur les lendemains de l’école.
Pour s’élever au-dessus de toutes nos limitations, l’alternative qui semble
s’imposer à nous tous c’est : créer ou disparaître. Nous devons pour ainsi dire
nous employer à la production radicale de nouvelles manières de voir, de
faire et d’être ; autant d’orientations et de combinaisons originales sous
l’effet desquelles un nouveau re-décollage est possible au risque de devenir
comme des balafons crevés. Une telle entreprise nécessairement collective
doit donc s’ouvrir et nous ouvrir aux autres, parce qu’elle contribuera à
mesurer désormais l’avenir de nos Etats à leur capacité de stimuler
l’intelligence de leurs concitoyens.
C’est suite à ce constat et surtout sous l’impulsion des Editions
L’Harmattan, que l’idée de créer la collection « Enseignement et éducation
en Afrique » s’est imposée.

Déjà parus

Claude Marie MBIA, Théorie et Pratique du Cours entre Pédagogie
et Didactique, Traité de Didactique Générale à l’usage du Normalien,
2015.
Serge Romain OMGBA, Enseigner aujourd’hui. Stratégies actives de
l’apprentissage significatif, 2015.
Christian Georges NKOUMOU MELINGUI, L’approche par
compétences, L’enseignement de l’histoire au Cameroun, 2015.
Joachim OLINGA, De l’éducation morale de la jeunesse, 2014.
Bah Jean-Pierre KOUAKOU, Perception et prise en charge du
paludisme en médecine traditionnelle en Côte d’Ivoire, 2013. Sous la direction de
Jean Calvin BIPOUPOUT







LA TRICHERIE EN MILIEU SCOLAIRE
EN AFRIQUE
Quels enjeux ?














L’Harmattan




































© L’Harmattan, 2015
5-7, rue de l’École-Polytechnique ; 75005 Paris
http://www.harmattan.fr
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr
ISBN : 978-2-343-05706-4
EAN : 9782343057064
TIC et éducation à l'intégrité au Cameroun : Le cas du
projet FACTS II (Fight Against Corruption Through
Schools)

Marcelline Djeumeni Tchamabe
(Université de Yaoundé I - ENSde Yaoundé)

Résumé
Le problème de la crise éthique touche le monde entier.
Au Cameroun, cette situation se manifeste entre autres par le
classement deux fois comme pays le plus corrompu au
monde. En réaction à cet état, et compte tenue de la loi de
l’orientation de l’éducation qui stipule que le système
éducatif doit contribuer à la formation des citoyens enracinés
dans leur culture, mais ouverts au monde et respectueux de
l’intérêt général et du bien commun; et au renforcement du
sens éthique et de la conscience nationale, le projet FACTS
II a été mis en place. Cet article étudie l’impact des TIC sur
la mise en œuvre d’un projet d’éducation à l’intégrité. Les
résultats montrent que les TIC améliorent la mise en œuvre
efficace des activités; les limites de temps et d’espace,
facilitent la communication entre les acteurs et favorisent la
visibilité et le rendement du projet. En effet, le projet a
permis aux jeunes scolarisés d’être formés à la gestion
éthique des demandes et défis que pose la vie sociale tant au
plan national qu’international.
Mots clés : Corruption, TIC, éducation à l'intégrité.
1. Introduction et contexte de l’étude
Un proverbe africain affirme : «Il est plus facile de
redresser un arbre quand il est encore petit». Tel est, en effet,
le slogan qui fonde le projet FACTS II (Fight Against
5 Corruption Through Schools). Le classement par deux fois
successivement en 1998 et 1999 du Cameroun comme
premier pays corrompu au monde ne venait que confirmer
tous les signes extérieurs de la culture de la corruption qui
ruine ce pays depuis le milieu des années 80. En réalité,
aucun secteur de la vie n’est épargné par la corruption au
Cameroun. Le Cameroun a une population de 19 millions
d’habitants environ, installée dans un triangle de 475 000
km2 au cœur de l’Afrique Centrale. Le pays jouit d’un
potentiel de richesses à plusieurs niveaux (Rapport Banque
Mondiale; BAD, 2011). Le Cameroun devrait à première
analyse être considéré comme un «enfant béni de Dieu».
Malheureusement, même avec ce potentiel, le Cameroun est
e 1. classé 144 sur 177 pays selon l’IDH A la base de ce
contraste, les observateurs de la scène camerounaise
s’accordent à reconnaitre qu’au-delà de tous les discours
avancés ou des théories économiques développées sur la
conjoncture économique internationale pour justifier la
situation de ce pays, le mal du Cameroun est essentiellement
interne et se résume à la culture de la corruption qui s’y est
installée. Les effets sont entre autres, la propagation de
l’incivisme, la détérioration de l’environnement moral et la
pauvreté qui ont des conséquences néfastes sur la paix
sociale et le développement économique du pays.
Le Cameroun est caractérisé par l’importance de sa
jeunesse (autour de 56% des Camerounais ont moins de 20
ans). Cette jeunesse est perçue dans la plupart des discours et
la littérature officielle comme le «fer de lance de la Nation»,
ce qui dénote non seulement la place centrale que la jeunesse
est appelée à occuper dans le projet global du Cameroun,
mais également, l’importance de son rôle dans le monde
globalisé d’aujourd’hui. Le projet FACTS II s’insère
facilement dans deux secteurs complémentaires parmi les

1 Indice de Développement Humain en 2006
6 secteurs prioritaires définis dans le Manuel de Procédures du
Comité Consultatif et de Suivi de la Gestion des Ressources
2PPTE : Le Secteur de l’Éducation avec l’accroissement de la
qualité de l’offre de l’éducation comme axe prioritaire; et le
Secteur de la Gouvernance avec la lutte contre la corruption
comme axe prioritaire.
En éducation, le projet FACTS II trouve sa justification
dans la loi de l'orientation de l'éducation (1998) qui stipule
entre autres que le système éducatif doit contribuer à la
formation des citoyens enracinés dans leur culture, mais
ouverts au monde et respectueux de l’intérêt général et du
bien commun; et au renforcement du sens éthique et de la
conscience nationale. Le projet FACTS II s'inscrit dans ce
sens et vise à répondre à ces préoccupations, car en effet, les
jeunes scolarisés ont besoin d’être formés à la gestion
efficace des demandes et défis que pose la vie sociale tant au
plan national qu’international. Le problème de la crise
éthique touche le monde entier. Car, de nos jours, avec
l'abaissement des contraintes spatiales, les pays aussi bien
développés que sous-développés sont préoccupés par la
question éthique, tant les TIC ont rapproché les continents,
les distances, les gens et les cultures. Le concept de village
planétaire n'a jamais été aussi vrai. Les usages des TIC à des
fins éducatives se sont rapidement répandus autant dans les
milieux formels que dans les milieux informels de
l’éducation. Ceci au fur et à mesure que se sont accrus le
développement et la diffusion des technologies auprès du
grand public, l’émergence des diverses initiatives à travers le
monde ainsi que des recherches en technologies de
l’éducation. Le Cameroun n'a pas échappé à ces vagues
d'informatisation de son système éducatif au niveau
primaire, secondaire et supérieur. Les projets qui se
déroulent dans ces secteurs adoptent aussi ces technologies.

2 PPTE : initiative Pays Pauvre Très Endetté
7 Il en est de même pour le cas du projet FACTS II, projet
d'éducation à l'intégrité dans lequel, les partenaires
techniques et financiers, les politiciens, les chercheurs et les
éducateurs ont mis ensemble leurs efforts pour élaborer et
mettre en œuvre un projet de lutte contre la corruption au
Cameroun.
Dans ce texte, il est question d'une réflexion sur
l'utilisation des TIC pour la mise en œuvre et la pérennité du
projet FACTS II dans le but de mieux comprendre
comment les TIC peuvent améliorer la mise en œuvre d’un
projet d'éducation à l'intégrité. Les objectifs spécifiques de
l’étude consistent à identifier les TIC utilisées dans le cadre
du projet FACTS II et de déterminer les profils d'utilisations
des TIC pour analyser l’apport de ces TIC aux changements
de comportements de la communauté éducative et de la
société dans son ensemble. En effet, les chercheurs et
intervenants dans le domaine des sciences humaines et
sociales mènent des recherches dans ce sens pour
comprendre les impacts sociaux et cognitifs de ces
technologies et des organisations auxquelles elles conduisent
pour analyser les changements en cours et intervenir dans les
processus de conception. En outre, les «utilisateurs»
souhaitent maîtriser concepts et outils pour rester des
coconcepteurs à part entière des dispositifs qui contribueront à
structurer leurs activités coopératives en éducation.
2. Cadre théorique
2.1 L’éducation à l’intégrité
L’intégrité se définit comme la nature saine, conforme au
devoir et à la conscience morale, qui se manifeste dans les
rapports interindividuels des personnes (Barthes). En ce
sens, l'éducation à l'intégrité favorise l’éthique non seulement
dans la communauté éducative mais dans la société toute
entière. Une analyse faite autour de l’œuvre de Honneth
8 (1999) par l’université de Louvain, montre que l’intégrité
humaine n’est possible que dans un contexte de
reconnaissance mutuelle. Cette reconnaissance prend trois
dimensions très importantes de la personne au rapport à soi
notamment la confiance en soi, le respect de soi et l’estime
de soi. L’altruisme se révèle ainsi être le côté motivationnel
de l’éthique et de la morale. Pour s’attaquer au fléau de la
corruption, le projet FACTS II considère l’école comme
porte d’entrée. Car, à travers l’école qui a pour mission de
préparer la jeune génération à assumer de hautes fonctions
dans un proche avenir, il y a une chance de remodeler le
comportement des jeunes en leur inculquant une éducation à
l’intégrité qui les découragerait des pratiques des adultes. A
travers l’école également, leurs parents et tout le reste de la
communauté éducative sont interpelés et sensibilisés sur les
dangers de la corruption.
Plusieurs modèles d’intégrité sont proposées par la
littérature: Transparency International avec le modèle des
piliers de l’intégrité (2010) et Suny (2004) propose aussi un
modèle d’intégrité pour analyser la compréhension
d’Internet chez certains jeunes utilisant le plagiat et la
malhonnêteté. Une recension de 537 articles parus dans la
revue pédagogie entre 1967 et 1990 révèlent que seulement 3
articles sont consacrés à l’éducation civique, morale et
familiale. Car, même si, le débat envahit les domaines
journalistiques et philosophiques, la pédagogie a aussi grand
intérêt à s’intéresser aux questions éthiques.
LeGrand (1990) a analysé l’impact qu’ont les instructions
officielles dans les classes depuis la création de l’école
républicaine en France en 1880. Selon lui, les sociétés sont
de plus en plus désemparées face à la crise morale et
9 3éthique. Face à cette désaffection des valeurs morales
constatée, il conclut pour une prise en compte à tous les
niveaux de l’enseignement de l’éthique. Il constate aussi que
les recherches francophones s’intéressent de plus en plus à la
question éthique. Cet intérêt contribue à donner plus de
signification au concept d’Éthique qui ne se réduit pas
uniquement à la morale.
Le projet FACTS II au Cameroun, concerne les élèves
scolarisés des écoles Maternelles et Primaire et des
institutions secondaires de formation des jeunes. Deux
ministères en charge de l’éducation sont fortement impliqués
dans le projet : le MINEDUB (Ministère de l’éducation de
Base) et le MINESEC (Ministère des Enseignements
Secondaires). Dans ces deux structures, l’indice de
corruption est respectivement de 6 et 8 pour le premier et de
7 et 5 pour le second selon l’organisation Internationale
Transparency (2010). Le système éducatif se subdivise en
trois sous-systèmes: l’éducation de base, l’enseignement
secondaire et l’enseignement supérieur. L’éducation est une
tâche régalienne de l’état. Il accorde cependant certains de
ses droits aux opérateurs privés organisés en association
dénommées Secrétariats à l’Éducation (SENAT). Ils sont au
nombre de 4 dont 3 confessionnels (Catholique: SENECA;
Protestant: CEPCA et Islamique) et un Privé Laïc. Ces
institutions sont dirigées par des Secrétaires Nationaux à
l’éducation qui dans leur différents secteurs organisent tion privée. L’État, à travers le ministère des Finances
et les deux ministères ci-dessus cités, sont partenaires dans le
projet FACTS II. L’ONG Internationale américaine, CRS
est chargée de coordonner la mise en œuvre du projet.

3 Louis Legrand (1991) Enseigner la morale aujourd’hui, Revue de
pédagogie N° 90 Octobre, Novembre Décembre 1991
10 Un programme d’éducation à l’intégrité a ainsi été conçu
pour éduquer et réduire l’intensité de la corruption dans ces
secteurs chez la jeunesse avec pour objectifs de: construire
une nation juste, paisible, et prospère avec les opportunités
pour tous; promouvoir la culture de l’intégrité et des valeurs
positives; réduire le phénomène de corruption dans la
société; réduire le tribalisme, le favoritisme et tous les
comportements similaires; promouvoir la culture de la
responsabilité, du mérite et du goût de l’effort, etc. Ces
objectifs sont traduits dans les manuels produits dans le
cadre du projet FACTS II destinés aux apprenants des
niveaux primaire (3 manuels) et secondaire (3 manuels). Les
manuels développent les thèmes suivants: le tribalisme, la
corruption, le vol, le respect des droits, l’humilité, la
modestie, la tolérance, l’honnêteté, la loyauté, la
détermination et la fermeté; l’amour, la gentillesse, la bonté,
la compassion et la patience; la maîtrise de soi ; la conscience
du devoir, le sens de la responsabilité.
L’enseignement/apprentissage de ces contenus adopte
différentes démarches pédagogiques: approches par
compétences intradisciplinaires, interdisciplinaires,
transdisciplinaires et pluridisciplinaires. Les formations sont
organisées pour renforcer les compétences des formateurs
des formateurs, des enseignants et des parents à
l’opérationnalisation de ces programmes. Au terme des
formations, les parents signent les pactes d’intégrité et les
établissements où les parties prenantes ont été formées sont
transformés en îlots d’intégrité.
2.2 L’utilisation des TIC en éducation
Plusieurs recherches ont été menées en éducation dans le
domaine des TIC et de la motivation des enseignants ou des
apprenants. Basque et Lundgren Cayrol ont répertorié une
trentaine de typologies d'utilisation des TIC par les
enseignants, les apprenants et au sein des institutions de
11 formation. Le projet FACTS II, objet de cette étude se
déroule au sein du système éducatif, auprès de la
communauté éducative. Les auteurs tels que (Jonnassen,
2000) de courants cognitivistes et constructivistes affirment
que les TIC améliorent la motivation en contexte scolaire et
incitent à l’action. Dans un projet de changement de
comportement comme le projet FACTS II, les acteurs de
mise en œuvre ont besoin d’être modifiés au vue de
l’ampleur et de l’intensité de la corruption dans la société,
pour agir de façon efficace et pertinente.
Les auteurs (Watt, 1981) ont proposé des typologies
d’utilisation de l’informatique au sein de l’école pour chacun
des trois acteurs principaux du système éducatif:
l’administrateur ou les gestionnaires, l’enseignant et
l’apprenant. Les acteurs du projet FACTS II sont les
membres du système éducatif: ils sont responsables ou
coordonateurs, inspecteurs, chefs d’établissements, point
focal du projet, enseignants et parmi les apprenants,
participants aux clubs d’intégrité. Certaines typologies font
référence aux impulsions naturelles des individus à
apprendre, aux fonctions cognitives soutenues par les
technologies, aux différentes étapes du processus humain de
traitement de l’information. Chanon(1992) distingue trois
modes utilisateurs des médias informatiques selon chacun
une métaphore: le traitement de l’information «la métaphore:
j’apprends en agissant». L’interaction entre l’apprenant et la
machine : «la métaphore: je m’enseigne quelque chose à
moimême » et la communication: « la métaphore : j’apprends au
moyen des autres ». Dans le même sens, (Seguin, 1997) a pu
répertorier 33 applications pédagogiques d’Internet groupées
en six grandes catégories d’activités pédagogiques:
communication interpersonnelle, collecte des données,
travaux d'équipe, utilisation des ressources, publication sur
Internet et apprentissage.
12 Le projet FACTS II est un projet national qui couvre sur
le plan spatial tout le territoire du Cameroun. L’équipe de
mise en œuvre mène plusieurs types d’activités: de
sensibilisation, de communication, de formation et de
renforcement des capacités, de suivi- évaluation et les autres
activités; donne des consignes et réalisent des tâches. Les
bénéficiaires du projet ont des attentes biens définis dans les
objectifs stratégiques du projet; les partenaires techniques et
financiers, des résultats d’un projet dynamique et un
apprentissage collaboratif pour le changement de
comportements attendus. Dans ces contextes, des acteurs
divers sont interpelés par les TIC dans le processus depuis la
passation des marchés jusqu'à l’évaluation finale du projet.
D'où nous nous sommes intéressés à la question de l'apport
et de l'efficacité des TIC pour l'atteinte des objectifs de
changement de comportements visés par le projet FACTS II
notamment: quels sont les enjeux des TIC pour un tel
projet? Quels profils d'utilisation de ces technologies
éducatives? En quoi les TIC ont-elles améliorées l'éducation
à l'intégrité au Cameroun?
3. Méthodologie
3.1 Présentation du projet FACTS
A- Les objectifs du Projet FACTS II
Le projet de lutte contre la corruption à travers l’école,
FACTS II, s’est donné pour but de diminuer la corruption
au Cameroun. Ses interventions portent sur trois objectifs
stratégiques (OS): OS 1: les établissements scolaires du
Cameroun deviennent des milieux qui soutiennent l’intégrité;
OS 2: les attitudes et comportements des parties prenantes
du système éducatif camerounais reflètent l’intégrité et enfin
OS 3 : les structures d’encadrement et de gestion de
l’éducation ont la capacité de continuer à mettre en œuvre et
à renforcer les initiatives de lutte contre la corruption.
13 B- Les Bénéficiaires
Les cibles du Projet sont constituées de 1629971
bénéficiaires directes et 3259 942 bénéficiaires indirectes
ainsi répartis:
980 000 Élèves (6 à 20 ans)
600 000 parents d’élèves (23 à 70 ans et plus)
28 671 enseignants (23 à 60 ans)
12 000 personnels administratifs des établissements
(20 à 60 ans)
7000 autorités religieuses (22 à 70 ans et plus)
2000 autorités municipales et administratives (22 à
65 ans et plus)
180 députés (25 à 70 ans et plus)
120 responsables de l’enseignement (25 à 60 ans)
A travers l’école en effet, toutes les couches de la
population sont susceptibles d’être touchées de près ou de
loin par la vaste campagne de sensibilisation qu’intègre le
projet. En vue d’atteindre cet objectif, un budget de 3,5
milliards pour 5 ans (2009-2014) a été voté pour mener les
activités essentielles.
C- Structure
Une stratégie qui est centrée plus sur les aspects éducatifs,
correctifs et préventifs que sur des aspects répressifs a été
privilégiée. Celle-ci intervient légèrement comme un
gardefou. Pour mettre en œuvre cette stratégie, la structure du
projet comporte un ensemble d’organes qui prennent en
compte les principes de subsidiarité afin de faciliter la
participation active des divers partenaires que sont :
14
???????? le Comité de pilotage qui est constitué des membres
du Secrétariat de Coordination, des représentants des
bailleurs de fonds et des Ministres en charge de
l’éducation ;
le Secrétariat de coordination qui est chargé de
définir et de faire appliquer la politique de mise en
œuvre du projet. Il est constitué des Senats et CRS
(Catholic Relief Services) et des représentants des
Ministères en charge de l’éducation et des Finances ;
l’unité de gestion du projet qui est l’organe
d’exécution des décisions prises par le comité de
pilotage.
D- Évaluation et rapport
Le processus de rapportage est basé sur le système de
suivi et évaluation du CRS « SMILER » Simple Measurement
of Indicators for Learning and Evidence-based Reports. Des
rapports trimestriels et un rapport annuel sont rédigés par les
équipes de gestion du FACTS II au niveau des quatre
SENATs, et au niveau de l’équipe de coordination. Ces
rapports sont transmis au SECO, au COPIL et aux
différents partenaires techniques et financiers. Ils mettent en
évidence les principaux résultats obtenus, les indicateurs de
performance et les recommandations utiles pour l’atteinte
des objectifs du Projet. En plus, une évaluation externe est
prévue afin d’apprécier la performance globale du Projet et
de formuler des recommandations en vue de l’amélioration
de l’exécution de la mise en œuvre du Projet FACTS II. Les
comptes du projet sont audités conformément à la
réglementation, alors que des études d’impact sont prévues
pour la fin du projet.
E- Résultats attendus
Les principaux résultats attendus du projet FACTS II
15
xxxsont les suivants:
Le programme d’enseignement à l’intégrité est rédigé
et adapté à tous les établissements scolaires enrôlés
dans le projet.
Les structures d’enseignement du projet adoptent et
appliquent la notion d’environnement sans
corruption.
Les autres parties prenantes de la communauté
éducative sont impliquées dans la lutte contre la
corruption.
Un diagnostic du système de rémunération est mené
dans l’enseignement privé au Cameroun.
Les structures d’encadrement et de gestion de
l’enseignement adoptent et appliquent à chaque
niveau des plans de lutte contre la corruption.
Les structures d’encadrement et de gestion scolaire
du projet disposent des moyens nécessaires pour
assurer la pérennité du projet.
3.2. Démarche d'enquête et outils d'analyse des
données
Cette recherche est une étude de cas. Il s’agit d’une étude
exploratoire. Les outils que nous avons utilisés pour cette
enquête essentiellement qualitative sont principalement les
entretiens et l'analyse documentaires. Nous avons analysé les
documents du projet sur une période de 3 ans (d'octobre
2009 à mars 2012). Ces documents étaient constituées de:
rapports mensuels, trimestriels et annuels, manuels des
élèves, cahier des élèves, Guide pour l'éducateur, des
documents de procédures et documents juridiques, les
contrats, les productions littéraires et les notes de services et
autres documents épistolaires, l'analyse du contenu du site
16
xxxxxxweb et du magazine du projet «Générations intègre ».
Quelques entretiens ont eu lieu avec les acteurs: les
secrétariats nationaux à l’éducation, les élèves, les chefs
d’établissements, les enseignants et les parents. La
combinaison de ces entretiens avec l'analyse des contenus de
documents nous ont permis de constituer un corpus analysé,
en nous intéressant à l’utilisation des TIC pour l'éducation
au changement de comportement dans le cadre d'un projet
d'éducation à l'intégrité. Nous avons mené les entretiens
dans six des dix régions du projet. Nous nous sommes
rendues sur le terrain dans les régions du Sud –ouest et le
Nord-ouest, le Littoral, l’Ouest, le Centre et l'Extrême -
nord.
Ces quatre régions ont été choisies en raison des critères
linguistiques et de représentativité des établissements du
projet. En effet, le Sud-ouest et le Nord-ouest sont les deux
régions anglophones du Cameroun. Le Littoral et le Centre
sont les régions où l'on retrouve une grande concentration
des établissements privés situés en zone urbaine du pays.
L'Ouest et l'Extrême-Nord ont surtout des établissements
islamiques. Cet échantillonnage nous a permis surtout
d'avoir un nombre égal et équitable d'établissements dans
tous les 4 ordres d'enseignements du projet. 151
établissements ont ainsi été visités sur les 1500 que compte le projet FACTS II en mars
2012. L'analyse des données collectées par la démarche
d'analyse de contenus de l'Ecuyer (1990), nous a permis dans
ses grandes étapes de classifier les contenus, de dégager les
points saillants aux fins de l'interprétation. Les résultats
suivant ont été obtenus.
4. Résultats et discussion
En partant de l'analyse des données, les principales TIC
utilisées dans le projet FACTS II peuvent être classifiés en
17 deux grandes catégories: infrastructures-équipements et
connectivité.
4.1 Les outils TIC du projet
Les outils utilisés dans le cadre du projet pour sa mise en
œuvre se répartissent en plusieurs catégories d’outils et sont
de quantité variée. Le tableau ci-après permet de récapituler
ces outils.
Tableau 1: Ressources TIC du projet, source rapport
annuel 2011, CRS

Ressources matérielles TIC Nombres
site web 1
Ordinateurs portables 9 de bureau 8
Caméscopes 5
Appareils photos numériques 6
Téléviseurs 4
VCD 4
Photocopieurs 4
Vidéoprojecteurs 5

Il ressort de ce tableau 1 que les équipements et
infrastructures TIC du projet sont diversifiés. Parmi ces
matériels numériques, nous avons beaucoup plus les
ordinateurs (n=17) que les autres outils multimédias. Ces
ressources sont mises à la disposition des partenaires du
projet pour la mise en place du dispositif de pilotage du
projet. Ils ont été acquis selon les acteurs au début du projet
18 et constituent l'équipement de démarrage du projet. Ces
moyens matériels technologiques sont remis aux secrétariats
nationaux à l'éducation(SENATS) qui reçoivent chacun, un
kit composé d'un ordinateur de bureau pour le chargé du
projet, une imprimante, un caméscope, un appareil photo
numérique et téléviseur et un VCD pour l'ordre
d'enseignement, un ordinateur portable pour l'inspecteur
pédagogique. Un chargé de la communication du projet qui
travaille avec les 4 ordres d'enseignement et l'ONG
international CRS est chargé de la supervision du projet. Il a
reçu aussi un kit. Ces matériels visent dans le travail à tirer
profit des TIC pour accompagner ou susciter les
changements associés en respectant les dynamiques locales
de chaque ordre.
Ce matériel est complété par les outils existant dans les
SEDUC (Secrétaires à l’éducation) situé au niveau local, 24
SEDUCs pour l'ordre d'enseignement Catholique, 13
SEDUCs pour les protestants, 10 niveau des diocèses pour
les églises et au niveau des régions pour l'enseignement
privé. Les Coordonnateurs du projet logés dans ces
SEDUCs utilisent le secrétariat de ces institutions. Lors de
nos visites, nous avons pu observer dans chaque SEDUC la
présence des ordinateurs d'un secrétariat composé de
plusieurs personnels chargés de gérer parfois jusqu’à environ
une centaine d'établissements scolaires relevant de son
portefeuille. Un coordonnateur du projet FACTS II est
rattaché à chaque SEDUC. Il rend compte du projet au
SEDUC et collabore avec les établissements.
Les outils de connectivité quant à eux concernent la
connexion internet. Nous avons obtenu de la part des
enquêtés que seuls les secrétariats nationaux étaient
connectés à Internet de façon différente. Parmi ces
secrétariats, seul le SENECA avait un dispositif permanent
pour une connexion internet disponible tous les jours. Par
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