L'art de conjuguer en fang

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Description

Ce livre a pour but de favoriser l'apprentissage de la langue fang à partir de la maîtrise de sa conjugaison. Le lexique de 4000 verbes fang-français sera un apport indispensable à l'enrichissement du vocabulaire. Etant donné l'importante numérique de ses locuteurs dans la sous-région d'Afrique Centrale, cet ouvrage participe également à la redécouverte d'un autre aspect de la culture fang au travers de la langue, un élément fondamental du patrimoine culturel de ce peuple.

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Date de parution 01 septembre 2009
Nombre de visites sur la page 2 230
EAN13 9782296237582
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0005 €. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

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Remerciements

Je remercie d’abord Marc MVÉ BEKALE, grâce à ses
remarques, j’ai amélioré tant le fond et la forme de ce manuel.

conseils

et

Je n’oublie pas Nicolas NGOU MVÉ, pour ses encouragements et son
soutien indéfectible.

Je pense aussi à Gisèle AVOME MBA, pour ses sages conseils, son soutien
moral et son estime.

Je pense à Steeve ELLA, pour sesencouragements, conseilset sonsoutien
matériel irréfutable dansl’élaboration de cetouvrage.

J’adresse égalementmes remerciementsà Isaac MEBIAME MINKANE
MohamadouSani HAMADOU, AboubacarMOUSSA, Hanatou
HAMADOU, Asta HAMADOU, Éric LINGOMBE LIVIKOU,
MOUHAMADOU Yaya, Mariella OYANE etSynthia ÉYANG MBA pour
leursconseilsetleur soutien moral.

Je n’oublie pasmesniècesetneveuxEmma BETENI, Mimi, Arlette,
Diane, Astrid, Marie-Rita YOTSE, Zikri etAbigaïl ESSINGONE, pourleur
impérissable amour,soutien etaffection.

Je pense à LouisFulbertNGUEMA ONGBWA etHenri NGUEMA
ALLO, pourleuramitié, leursconseilspratiquesainsi que leurdisponibilité.

Jeremercie indubitablementTatiana KOUNGA, pour son aide matérielle,
sesconseilset soutien àtouslesniveaux.

Mes remerciements vontaussi à l’endroitde Clotaire MESSI ME NNANG,
Léon Modeste NNANG NDONG, Grégoire NGUEMA AMBASSA, Wilfried
BIVEGHE BI NDONG pourleur soutien moral etmatériel. Parle biaisde
certainsd’entre eux, j’ai eul’occasion devisiterlesEditionsL’Harmattan à
Paris, etmerendre compte de la non-existence despublications relativesà la
langue fang (conjugaison,vocabulaire, grammaire, etc.). Ce jourfut
déterminantpourla publication de cetouvrage.

Je pense bien entenduà Nadia ASSENGONE NKOGHE, pour ses
encouragements,sesconseils,son aide matérielle et sonsoutien àtousles
niveaux.

Je n’oublierai pasMme etM. Nathalie etRodolphe NDONG NGOUA,
pourleur soutien moral etleurestime.

Mes penséesvontaussi à l’endroitde Corine
Émeline MBOUMBA, pourleur soutien moral.

Je pense égalementà Madame
matérielle.

Anna BITOUDI etNina

Thérèse IBINGA, pour sa contribution

Sanslaisserde côté l’Association desÉtudiantesetÉtudiantsduDépartement
de l’Okano à Mitzic (ÉLAM) de l’Université OmarBongo (U.O.B), qui asu
forgermon caractère lorsde ma présidence àsatête etm’a apprisles valeurs
de lasolidarité, de l’entraide etde l’amourpourma localité, mesconcitoyens
etmon pays.

Etàtousceuxqui fontla promotion dumulticulturalisme àtraversle monde
entier, qu’ils reçoivent, ici, l’expression de ma profonde gratitude.

In memoriam :

Mon défunt père : Simon-Pierre AKOMO-ZOGHE ESSINGONE

Ma mère : Martine ANDEME OVONO OBAME

Mes défunts grands-pères: Pierre-Médard
MEZA et Charles OVONO OBAME OYE

Mes défuntes grands-mères:
Christine MEDZA ME NGOUA

Simone-Marie

Mes défuntes grandes sœurs: Merryl NZE
Pierrette BELLA AKOMO

ESSINGONE

BANG

AKOMEZOK

NDONG

MILO

et

AKOMO ZOGHE et
Marie

Mes défunts petits frères: Vivien ESSONO AKOMO et Alfred EKORE
AKOMO dit « Pompidou »

Mes défuntes tantes : PaulineÉTOUNE ÉNVOK ESSINGONE et Radegonde
NZE ESSINGONE

Mes enfants et neveux: Ayvra TrécyOBONE AKOMO, Alexandra
OTÉTÉGNE AKOMEZOGHE, Simon-Pierre AKOMO ZOGHE, Gwull
Rosdal ESSONO AKOMO, Lévitique AKOMO ZOGHE

Mes frèreset sœurs: Paul DZIME AKOMO dit «fanfan »,Isaïe
AKOULMBANG AKOMO, Bob OYONO AKOMO, Pierre-Médard ESSINGONE
AKOMO, Simone YOTSE née NENY, Radegonde NZE AKOMO, Ruth
ÉYANG AKOMO, Simone-Marie BANG AKOMO

Et à tous ceuxque j’aime.

(…) Le soir, je laisse le champ des autres
Pour revivre mon histoire
Avec lesmotsde chezmoi (…)

Pierre ClaverZeng,Massa.

Motivations

Depuis la prise de possession du Gabon, près de trente ans ont été
nécessaires pour produire les premiers éléments de la tradition orale
susceptibles d’orienter les recherches historiques sur les Fang. Il faut attendre
e
la fin du XIXsiècle, pour que les observations retiennent toutl’intérêtde la
démarche et recueillentdirectementauprèsdesintéresséslégendes, mytheset
1
coutumes. Il est vrai,selon X. Cadet, qu’entre-tempslesambitions
économiquesetpolitiquesde la colonies’accordaientmal avecune étude
minutieuse despopulations soumises ;ce n’estpas un hasardsi, audébutdu
e
XXsiècle, l’affirmation de l’autorité coloniale parl’administration complète
2
duGabon coïncide avec de nouvellesétudes. Le pasestfranchi, poursuit-il,
grâce àune nouvelle génération d’hommesdirectementimpliquésdans
l’occupation dupays, dontla curiosité pourlespopulationsqu’ilscôtoient
amène àreprendre les recherchesde leursaînés. Grâce à leurs travaux, les
connaissances surlesFang dépassentlargementlesimple cadre de
3
l’observation .
Qualifié de belliqueux, intelligent, guerrier…, «l’archéty»,pe fang
comme on le désignaità cette époque, attira aussitôtl’attention de l’épistèmê
occidentale quisouhaitaitàtoutprixdécelerle mystère qui l’entourait. C’est
danscette optique que plusieursmissionnairesfrançais,telsqu’Henri Trilles,
Samuel Galley, etd’autreschercheursaussi bien françaisqu’allemands tels
que GeorgesBalandier, Avelot, GünterTessmann, Largeau…,
affectionnèrent très tôtla culture etla langue fang aupointde laisserà cette
communauté desouvragesderéférence. C’estainsi qu’en 1863, Paul Belloni
duChaillupublieVoyages et aventures en Afrique équatoriale –rappelons-le,
il futle premierOccidental àvisiterpale «ysfang ».Il n’estpasofficier
françaismais travaille pourLibreville : en mars1850, il estcompté parmi le
4
personnel ducomptoir. Ses récits trahissent, comme lesouligne X. Cadet,un
espritd’aventure doublé d’unerecherche desensationnel, quitte à amplifierla
5
nuance quand l’émotion est tr. Il compop faiblete intégrerlescercles
scientifiquesen pénétrantle premieraucœurde l’Afrique etenrapportant
6
desinformationsinédites surleshommesetl’histoire naturelle .
Ce faisant, en mêmetempsque Largeau, le père Henri Trilles se penche
surleslégendesetmythes, et vientconforterl’hypothèse d’une origine
orientale desFang. Affecté auGabon le 15 août1893, ce missionnaire
spiritain estd’abord nommé à Lambaréné. L’annéesuivante, il estchargé du
7
ministère extérieurchezlesFang dansl’Estuaire . Seslongs séjoursauprès

1
X. Cadet,Histoire des Fang, peuple gabonais,Paris, L’Harmattan,2009, p.253.
2
Idem.
3
Idem.
4
Ibidem,p. 49.
5
Ibidem,p. 51.
6
DuChaillu, cité parX. Cadet,op. cit.,p. 51.
7
X. Cadet,op. cit.,p.262.
11

desFang, certifie X. Cadet, lui permettentd’apprendre la langue, derecueillir
les traditions, coutumes, contes, légendes, devinettes, pourconstituerla plus
riche descompilationsde littérature orale fang qu’il publierégulièrementlors
deses séjoursen France. Cependant, malgréune connaissance approfondie
desFang et un attachementévidentauxpopulationsgabonaises, il ne peut
8
s’extraire ni ducontexte colonial ni desa mission évangélisatrice .
En 1901, Largeau, cité parX. Cadet, publieuneEncyclopédie Pahouine,
ouvrage monumental, dontl’ambition estde compilerl’ensemble des
connaissances surle groupe,sousla forme d’un dictionnaire dontlesentrées
sont traduitesphonétiquementen fang parlatranscription ensignesetlettres
de l’alphabetfrançais. Iltraite notammentdesquestions religieuses, de
l’organisationsociale, de la cosmogonie et rapporte quelqueslégendesà
caractère historique,signantlàun ouvrage qui demeure à ce jour très
9
précieuxpourlarecherche .
H. Trillespublie en 1905,Proverbes, contes et légendes fangdansle but
de comprendre nonseulementlavision cosmogonique desFang mais
égalementleurfaçon detransmettre lespansde leurculture parle biaisde
l’oralité.
En 1907, l’Allemand GünterTessmanns’installe en Guinée espagnole. Il
entame auprèsdes« Pangwappellae »,tion germanisante desPahouins, la
première mission ethnographique qu’ilréussità faire financer, notamment,
parle musée ethnographique de Lübeck contre l’envoirégulierde pièces. Un
premier séjourdetroisansauCameroun lui a permisdese familiariseravec
leslanguesetlescultureslocales. Il passe deuxnouvellesannéesaumilieu
10
desNtumuetdesFang, d’abord à Alen puisà Woleubourg,surle Woleu. Il
rassemblesesdescriptionset sesinterprétationsdans une monumentale
monographie qu’il écritàsonretouren Europe en 1909.
Dansleursécrits, Grébertpublieun article intituAlé «rtenvoie de
disparition auGabon » en 1934, etSchweitzerquantà lui publie en 1952,A
l’orée de la forêtvierge,lesdeuxdépeignentlatristeréalité desFang dontla
décomposition des structures socialesesten marche. Le premier signe en est
l’abandon de leurculture matérielle, notammentde leurindustrie. Les
artisansdisparaissent. La poterie estéteinte, lesarmes traditionnelles sont
remplacéesparlesfusils, lesmasques, les tambours, lescolliers, lescoiffures
seraréfient, les raresproductions sontdestinéespourlavente auxBlancs.
11
L’autresigne estla perte des valeurs traditionnelles.
Le premierFang à écriresurles siensconnaît un destin pluscontroversé.
Né en 1902dansl’Estuaire, Léon Mba Minko écritdeuxarticlesen 1938
dansleBulletin de la Société de Recherches Congolaises,à Brazzaville :
« Essai de droitcoutumierpahouin »,suivi d’uOne «rigine descoutumes
pahouins», quisont souvent reprisen bonne place dansla bibliographie. Ily

8
X. Cadet,op. cit.,p.262.
9
Ibidem,p.254.
10
Ibidem,p.270.
11
Ibidem,p.275.

12

peintdespratiques religieuses, qui luiviennentdu rang qu’il occupe dansles
12
sociétés secrètes. Tandisque Dugast travaillesurlespopulationsdu
sudCameroun, GeorgesBalandier, également sociologue, etle géographe Gilles
Sautter travaillent surlesFang duGabon. Ilsouvrent une période féconde de
recherchesquisetraduitpar unevolumineuse publication. A luiseul,tel que
lesignale X. Cadet, Balandierconstitueun corpusaussi considérable que
celui de TrillesouTessmann. La force des travauxde Balandierestd’avoir
appliquéune méthodescientifique moderne, qui lui a permisdese distinguer
desnombreusesétudes réaliséesprécédemment. «Observation de lasociété
fang, ilse place non plusaumilieuouà côté de cettesociété, maisau-dessus
13
d’elle ».Pourautant, Balandierne parvientpasàse départird’une certaine
vision occidentale desFang. En 1949, il publieun premierarticle danslequel
apparaîtpourla première fois sa célèbre expression : « Les"Fan" duGabon,
14
desconquérantsen disponibilitEn 1955, Balandieé ».rpublieson ouvrage
maximal,Sociologie actuelle de l’Afrique noire,ilreste l’ouvrage de
référencesurlasociété fang.
En 1964, André-CharlesHenrynouslivre, ici, letémoignage du
missionnaire françaisSamuel Galleyà proposdesarencontre avec la langue
fang, dansl’avant-proposdeson ouvrage,Dictionnaire
Fang-FrançaisFrançais-Fang:

Il ajoute :

Dès sespremiers séjoursen Afrique, Samuel Galleyéprouva, après
beaucoup d’autres, le charme indéniable de la langue fang et
reconnut, àsontour, lerôle de premierplan que cetidiome
pourraitjouer un jourcomme agentde liaison etde culture entre
15
lesdifférentspeuplesduGabon .

L’avenirde la langue fang auGabon estlié à l’importance
numérique et sociale dugroupe ethnique. […] A côté dufrançais,
quireste auGabon la langue «politiquee »tla langue
« culturelle » enseignée dans touteslesécoles, le fang peutcourir
sa chance, comme lesouhaitaitSamuel Galley, de devenirdemain
nonseulement une grande langue derelation pour toute l’aire
SudCameroun etle Nord-Gabon, maisle lien entretouslesautres
16
peuplesde la République .

En 1965, lesdescriptions, la linguistique, l’anthropologie, lasociologie
semblentêtre parvenuesau terme de leurcontribution. Pourtant, à cette
période, larecherche estloin d’avoirépuisétouteslesméthodesetenvisagé

12
Ibidem,p.294.
13
X. Cadet,op. cit.,p.279.
14
G. BalandierLe, «sFan, conquérantsen disponibilité »,Tropiques,cité parX. Cadet,op.
cit.,p.272.
15
S. Galley,Dictionnaire Fang-Français - Français-Fang, Neuchâtel, Ed. Messeiller, 1964, p.
9.
16
Ibidem, p. 10.
13

tous les domaines. Des pans entiers de la culture fang méritent une
investigation approfondie.
Laburthe-Tolra, quantà lui,serend auCameroun en 1966, pour
comprendre l’évolutionreligieuse etla conversionrapide etmassive des
habitantsde Minlaaba, mission catholique dudiocèse de Mbalmayo, au sud
de Yaoundé. L’enquête ethnographique duresixans. Elle constituesathèse
17
de Doctorat soutenue en 197Il5 .rappelle danscette étude que lesmots
« Beti » ou« Fan » désignentdavantage la condition de «vraishommes», et
que la pratique de «naturalisateion »stlargement répandue en Afrique
centrale, ilsouligne la légèreté des« appellationsethniques tellesque Bulu
ouNtumu[qui] fonctionnentcomme desnomsqualificatifs, des titres
18
d’honorabilité, plutôtque comme desnomspropres».
Une nouvelle ères’ouvre en 1960avec l’indépendance. Lesélèves
gabonaisobtiennentdesboursespourpoursuivre en France desétudes
supérieures. Une première génération d’Africainsdiplômésapparaîtau
tournantdanslesannées1960, engagésdansl’anthropologie, la linguistique
etlasociologie. Ellesleursautorisentdes’exprimerenfinsurleurpropre
culture, enrétablissantparfoisleserreurspassées. C’estle casdu sociologue
19
GabonaisPaulin Ngu.ema Obam
ConcernantlesFang proprementdits, lespremièresétudesapparaissent
audébutdesannées1970. D’abord, Tsira Ndong Ndoutoumerévèle l’épopée
20
duMvettaugrand public etplus tard, en 1975, il écrira le deuxièmetome .
Ensuite, Jean-Emile Mbot s’attache auxcontextesde production des
témoignages,récitsetlégendes. Aprèsdeux travauxpréliminaires surles
21
contextes sociauxetle genre oral ,il établiten 1972 une méthode d’analyse
descorpusoùil meten évidence lesdifférentsenjeuxqui fontlarelation
22
entre l’informateuretl’ethnologue-collecteur. Toujoursen 1970, Soter
Azombo,un des toutpremiersétudiantsà présenter unethèse de Doctorat
23
d’Etat surlesFang,sousla direction de GeorgesBalandier,stigmatise les
écritsde Trilles. Enfin, aucoursde la même année, les relationsentre les

17
P. Laburthe-Tolra,Minlàaba. Histoire et société traditionnelle chez les Béti du
sudCameroun,Thèse de Doctorat, cité parX. Cadet,op. cit.,p.290.
18
X. Cadet,op. cit.,p.291.
19
P. Nguema Obam, «De la justice etde la guerre chezlesFan, République duGabon »,
Notes Africaines,cité parX. Cadet,op. cit.,p.294.
20
T. Ndong Ndoutoume,Le Mvett, épopée fang,1970,tome I;Le Mvett, Livre II,1975, cité
parX. Cadet,op. cit.,p.298.
21
J.-E. Mbot.,Wa kobe Za nkobe?,Université DominicainesuSauchoir;Ebughi bifia, "
démontrer les expressions", Mémoire de l’Ecole pratique desHautesEtudes, cité parX. Cadet,
op. cit.,p.295.
22
J.-E. Mbot.,Nos pères mangeaient la lance, un récit d’initiation à la guerre chezles Fang,
cité parX. Cadet,op. cit.,p.295.
23
S. Azombo,Séquence et signification des cérémonies d’initiation So,Thèse de Doctorat
d’Etat, cité parX. Cadet,op. cit.,p.295.
14

populations fang et l’autorité française sont étudiées par A. Ratanga Atozqui
24
soutient un mémoire, dirigé parHenri Brunschwig .
En 1973, dans son mémoire de maîtrise, Ndoume Assebe analyse la
personne d’Emane Tole àtraverslesévénementsde Ndjolé. Le chef fangy
25
estdécritcomme le défenseurdesintérêtsfang danslarégion de Ndjolé.
Lesquestionshistoriques sont traitéesd’une manière circonspecte. En
1974, Bonaventure Ndong, qui étudie,La marche des enfants d’Afiri-Kara à
travers ses différents aspects dans la culture traditionnelle fang,critique
Trillespourl’orientation desesdescriptionsde la Trinité chezlesFangtout
en adhérantàses thèses surlerapprochementavec la civilisation
26
pharaonique .
Lesétudeslesplusambitieuses surl’histoire ancienne desFangsontle
fruitde Marc-LouisRopivia. En 1981 et1984, il publietroisarticlesdans
lesquelsil collecte desélémentspour recomposerla migration desFang
depuisleurorigine jusqu’auGabon. Géographe,sontravailrepose
essentiellement surl’analyse desMvettdanslesquelsilscrute lesmoindres
indications toponymiques, géomorphologiques, quisontpourlui autant
27
d’élémentsirréfutables. De plus, en 1981, l’historien gabonaisNicolas
Meteghe N’nah analyse la plupartdesconflitsqui opposentl’autorité
coloniale auxpopulationslocales, en particulierfang, comme l’expression
28
d’unerésistance organisée, farouche etdéterminée .
Travaillant surlesBulu, le CamerounaisSamuel Eno Belinga mentionne,
en 1982, combien lesépopées véhiculentla culture duferdansle groupe
29
pahouDin .’autresouvragesontencorevule jources vingtdernièresannées.
Malgrétoute la littérature existantesurle peuple fang, entre autres, des
ouvragesafférentsà la culture, l’histoire, l’anthropologie, lasociologiesans
oublierl’artetla peinture, levoletlinguistique demeure, quasiment, moins
nanti. Toutefois, l’œuvre dulinguiste gabonaisP. Ondo-Mebiame,Essai sur
les constituants syntaxiques du fàp-ptúmù,publiéerécemmenten2008, aux
ÉditionsRaponda Walker(Libreville-Gabon), està l’évidence, latoute
première qui portesurla langue fang. En effet, cette dernière ne possédait

24
A. Ratanga Atoz,L’immigration des Pahouins au Gabon au XIX e siècle- Histoire de leurs
relations avec l’administration et les tribusvoisines,Mémoire, cité parX. Cadet,op. cit.,p.
295.
25
Ndoume Assebe,Emane Tole et la résistance à la conquête française dans le Moyen
Ogooué,Mémoire de maîtrise, cité parX. Cadet,op. cit.,p.296.
26
B. Ndong,La marche des enfants d’Afiri-Kara à travers ses différents aspects dans la
e
culture traditionnelle fang,thèse de Doctoratde3cycle, cité parX. Cadet,op. cit.,p.295.
27
M. RopivLeia, «sfang danslesGrandsLacsetla Vallée duNil »,Présence Africaine;
« MigrationsBantuet tradition orale chezlesFang (Le Mvett) : interprétation crirtique »,Le
mois en Afrique,cité parX. Cadet,op. cit.,p.297.
28
N. Meteghe N’nah,L’implantation coloniale au Gabon, résistance d’un peuple,tome 1, cité
parX. Cadet,op. cit.,p.297.
29
S. Eno Belinga, K. Watanabe, folklore en Afrique d’aujourd’hui, ActesduColloque, cité par
X. Cadet,op. cit.,p.299.

15

pas, jusqu’à cette date,un manuel de linguistique pouvantfavoriser son
apprentissage de façon convenable.
C’estlaraison pourlaquelle j’aivoulucomblercevide en élaborantcet
ouvrage de conjugaison, le premierdugenre. Loin de moi la prétention
d’avoirexplorétouslesaspectsde la conjugaison fang, ce manuelse doit
d’être considéré, à justetitre, comme étant une petite contributionsurl’artde
conjuguerde la manière la plus sommaire quisoit. Étantmoi-même
nonspécialiste de la linguistique, j’aiseulement voulufaire œuvreutile.
Cependant, des spécialistesde cette questiontrouverontindubitablementdes
aspectsà approfondirétantdonnésa complexité aussi biensurle plan
syntaxique quesurle plansyntagmatique. Amateuren linguistique, je
demanderais, d’avance, la clémence des spécialistesde la langue fang pour
d’éventuelsmanquementsetmaladressesqu’ilsobserverontci etlà. Car tel
que lesouligne A. JacquotLe: «s travauxd’amateurs, mêmerécents,
souffrent tousde mêmesmaux: faiblesse ouabsencetotale de données
phonétiques,tonalité non perçue ouconfondue avec l’accentuation, étude
grammaticales’appuyant surla grammairetraditionnelle deslangues
européennesoumême deslanguesditesclassiques(latin etgrec) etignorant
30
despansentiersde lastructure deslanguesdécrites». Néanmoins, cet
ouvragesevoitinvesti d’une mission qui consiste à jeterlesbasesde
l’apprentissage dufang maiségalementà permettre auxlocuteursnaturelset
apprentislocuteursde mieuxappréhender ses richessesdans toutes ses
formes.
Pourmenerà bien cetimmense projet, je mesuisappuyésurlesystème
orthographique élaboré parSamuel Galleydans son miniDictionnaire
FangFrançais - Français-Fang.En effet, il futl’un despremiersmissionnairesà
avoirélaboréun manuel didactique de la langue fang. Il est vrai queson
caractèresuccincta faitensorte que nous restions,untantinet,surnotresoif
à cause de l’inexistence des règlespouvantfavoriser une bonne
compréhension et une maîtrise parfaite de nombreuxidiotismesetautres
tournuresidiomatiquesfang. Car, il existe dansl’étude de cette langueune
infinité detournuresqui nes’apprennentqu’aufuretà mesure que l’on
approfondit son étude. Surle plan lexicographique, le manuel didactique du
Guinéo équatorien Lorenzo Bacale Andeme,Vocabulario
Castellano-FangCatalàm’a égalementdonné matière àtraduire des vocables spécifiquesà la
fin de cetouvrage. Euégard à ce qui précède, leslecteurs verront
indubitablement une légère dissimilitude entre l’anciennetranscription de la
langue fang faite parlespremiersmissionnaireschrétiensetcelle que j’ai
utilisée dansce livre.

30
A. Jacquot,Le Gabon, dans Inventaire des études linguistiques sur les pays d’Afrique Noire
d’expression française et sur Madagascar,Paris, CILF, 1978, p. 496
16

Origines et migration du peuple Fang

« LesPahouinsarrivent!». Ce cri éveillaitautrefoischezlesNègresde la
côte comme chezlesEuropéenspresque autantd’effroi que dansla Rome
31
antique : « Hannibal ante portas» (« Hannibal està nosportes! »). Le débat
surl’origine dupeuple fangreste encore de nosjours un enjeupourla
recherchescientifique. Lesdifférentschercheursqui ont traité de cette
question etqui continuentdes’attelerà prouver sesoriginesnes’accordent
pas touslà-dessus. Les unsaffirmentque lesFangviennentde lavallée du
HautNil en Egypte etd’autres restent sceptiquesquantà lavéracité de ces
diresetpréfèrent, àtoutesfins utiles,retenirl’hypothèseselon laquelle les
Fangviendraientd’unerégion proche dufleuve Sanaga ouduSoudan.
Cependant, des travaux savantsetde grande érudition ontété publiés surla
localisation géographique dufoyerpréhistorique desFang et sur sa datation.
Selon Grégoire Biyogo,tousles spécialistesde cette questionsituentle
« berceauprimitif despopulationsfang » dansle Bahr-el-Gazal, prèsduNil;
32
dansle pourtourduSoudan ancien, dansl’Abyssinie, ancienne Nubie .Il
précise que ce n’estque danscetterégion duHautNil qu’auraientdébutées
33
lesmigrationsNoFang .uscomprenonsparlà qu’il n’ya paseuqu’une
migrationsinon desmigrationsfang partantd’Egypte jusqu’en Afrique
centrale. L’on évoque
égalementdesargumentsethnographiquesetethnohistoriques.À ce propos, P. Mba Abessolo écrit: « Après sesinvestigations,
LARGEAU estarrivé à la conclusion que le peuple Fangrevientdu sud du
Nil, passantparlesoudan,traversantpresque le milieude l’Afrique,
pourchassé etpourchassantd’autrespeuplesquivoulaientlui barrerlaroute.
Il étaitprévuqu’il devait rencontrer,venantducôté de la mer sansdoute leur
frère blanc, Joseph AMBOUROUET AVARO confirme que ce peuplevenait
dufontdesforêts tropicalesetque la couleurdesa peauétaitpresque
34
blanche .»
P. Ondo-Mebiame, quantà lui,souligne que : « danslespratiques
religieusesdesFà+, l’on constate desinfluencesantiques. Il estditen
l’occurrence que l’influence antique de lareligion égyptienne, oucelle d’un
peuple ayanthabité l’ancienne Egypte, paraîtavoirjouéunrôle assez
considérable dansla formation desidées religieusesde ceux-ci. Ainsi,
pense35
t-on, le peuple Fà+a eudes relationsavec l’EgyptRopie ».via (1981), cité
parP. Ondo-Mebiame, pense qu’« à partirde cerapprochementfaità lasuite
deson parcoursdu texte de Tsira Ndong Ndoutoume, délimité ce qu’il
appelle «l’œkoumène primit», ilif fangrésulte deson analyse que l’étude
géographique qu’il a faite, confirme la connaissance duNil etdeses sources

31
P. Laburthe Tolra, Christiane FalgayrettesLeveauetGünterTessmann,op.3 cit., p. 181.
32
G. Biyogo,Encyclopédie du Mvett Tome 1-Du Haut Nil en Afrique centrale,Bonneuil,
EditionsMenaibuc,2002, p. 165.
33
Idem.
34
P. Mba Abessole, Auxsources de la culture fap, Paris, L’Harmattan,2006, p.22.
35
P. Ondo-Mebiame,Essai sur les constituants syntaxiques du fàp-qtùmù,Libreville, Éd.
Raponda Walker,2008, p. 10.
17

par les Fà+anciens. Il paraît plus aisé, suite à cela, de circonscrire avec plus
de netteté, le domaine primitif dupeuple fà+;etmoinshasardeux, eten
réalité plus sûr, desoutenirqu’à l’origine, lesFà+étaientétablisdansles
régionsduHaut-Nil etde la Nubie antique; unvasteterritoire englobant
36
aujourd’hui quatre Etats: l’Egypte, le Soudan, l’Ethiopie etl’Ouganda ».
Pour renchérirce pointdevue, on comparesesdialectesetlezandése
rapprochantdescivilisationsduHautNil. Le père H. Trillesarassemblé
quelquesmotsde la langue égyptienne etla langue fang pourmettre leur
similitude lexicale enrelief. Il affirme qu’il nes’agitpaslà deressemblances
fortuites. Aussi,semble-t-il judicieuxde lesouligner, en 1941, la linguiste
LysiasHomburger soulève lesdeuxquestionsessentiellesde l’histoire des
Fang. Ellereconnaîtégalement une parenté entre lesdialectes zandé etfang
etclasse le Fang dans un groupe intermédiaire entre leslanguesbantuet
37
soudanaises. Pourtant, devantleslimitesdesa discipline, Homburger
38
préconise prudemmentde parlerdesemi bantouà proposdesFang .Bien
descomparaisonsontété faitesà ce niveau, maisil n’en demeure pasmoins
que deux visionsmanichéennes s’affrontent, à ce propos,surl’origine de la
langue fang.
Pourles uns, c’est une languesemi bantu, c’estlaraison pourlaquelle P.
Ondo-Mebiame précise que: «cettethèse estdéfendue parcertainsauteurs,
en particulierBaumann etWestermann (1948) d’une part, etHombert(1952)
d’autre part,refusentde classerla langue que parlentlespopulations
composantl’unité linguistique de composition, parmi leslanguesbantu ;en
raison essentiellementde la fréquence élevée deses syllabesfermées, et
certainesdesescaractéristiquesphonétiquescomme l’existence de
labio39
vélaires». Deson côté, P. Mba Abessole estencore plusferme etdéclare :
« lerécitde leurmigration indique clairementleurpaysd’origine. A partirde
là, il estbien évidentqu’ils[lesoriginesdufang] n’appartiennentpasau
groupe bantou. Maisil faut retenirqu’il estenrelation depuislongtempsavec
lesBantous. Desorte que la langue qu’il parle aujourd’hui aunetypologie de
langue bantoue dontellese distingue cependantparcertainsphonèmesque
l’on neretrouve qu’en Afrique de l’Ouest ;ils’agit, concernantles
consonnes: des vélaires/nk/, /p/;deslabio-vélaires:/kp/, /nkp/, /ngb/etpour
ce qui estdes voyelles: du/W/(le e muetfrançais) etde/ü/(leufrançais),
40
dontle pointd’articulation estcentrIl conal ».vientlà derappelerque P.
Mba Abessole,reprenantlesargumentsdéveloppésparH. Trilles, etHouis
rattache la langue fang à l’égyptien ancien.
Etpourd’autres, la langue fang estindubitablementd’origine bantu, au
demeurant,si l’onse fie à la classification de Guthrie (1953et1971), ellese

36
P. Ondo-Mebiame,op. cit.,p. 11.
37
X. Cadet,op. cit.,p.276.
38
Ibidem,p.277.
39
P. Ondo-Mebiame,op. cit.,p. 10.
40
P. Mba Abessole,op. cit.,p. 84.

18

classe dans lazone A dudomaine bantu, dansle groupe70(Yaunde-Fang
41
Group), et souslesigle A.75 .
Quantà moi, je pense que la langue fang, parletruchementdes récits
oraux,telsque le Mvett, lescontesetlégendesainsi que l’histoire desa
migration montrentque ce peuple avraiment vécuen Égypte. L’usage du
nom «Phardanaon »sleterme comparatif fang: «ane Pharaon», en
français, comme Pharaon, pourexprimerle comparatif dansle cadre d’un
litige, d’un pugilat, d’une dispute, etc., est révélateur. On dit: «one me tâ
ane Pharaon, maâbis ki,tupeuxm’injuriercomme Pharaon, je m’en
contrLebalance ».’emploi, donc, dunom Pharaon dansla langue fang n’est
pasfortuit, cela montre indubitablementetje l’affirme que lesFang
reviennentd’Égypte.
Parailleurs, certainsdocumentschronologiquesindiquentquelquesdates
de l’histoire migratoire fang. Certainshistoriens signalentque, dèsle milieu
e
duXIXsiècle, le peuple fang arrive en Afrique centrale etprécisémentdans
les régionscorrespondantauCameroun, Gabon, Guinée équatoriale et
Congo. L’historien français, X. Cadet, délimite, à cesujet, l’arrivée desFang
42
auGabonverslesannées1848-1863. Cesdates varient selon lesouvrages.
Audire d’A. Fourneau, lesFangsontarrivésauGabonverslaseconde moitié
e
duXVIIIsiècle, c’est-à-dire en 1760;Trezenem quantà lui place leurarrivée
e
dansle Moyen Ogooué (Gabon) audébutXIXsiècle c’est-à-dire en 1850
précisément ;à l’extrême pointe de leurpoussée, ilsatteignentlarégion de
Setté-Cama (abordsde la lagune Sounga)vers1890, attirésparlesfactories
4344
quis’y trouvaientalors ;sansocculterduChailluqui parle d’euxen 1856.
Or, lesconclusionsdes recherchesarchéologiquesmenéesparB. Clist,
dansla province duWoleu-Ntem, aunord duGabon, montrentque lesFangy
e e45
onthabité depuisle XVetXVIIsiècles. L’historien gabonaisN. Meteghe
N’nahsoutientla mêmethèse dans son ouvrage intitulé,Histoire du Gabon
46
des origines à nos jours.Les travauxde P. Laburthe-Tolra dans,Les Saints
de la forêtetceuxde Jan Vansina :Paths in the Rainforests,dansBrève
histoire de la Guinée Equatorialecoordonné parM. Liniger-Goumaz,
arrivèrentà la même conclusion.
D'autresexplorateursetanthropologuesontenvisagé l'hypothèse,
conforme à lavulgatescientifique de l'époque,selon laquelle lesFang
seraientdesBlancs venusde larégion desGrandslacs,voire duHautNil. La
même année, duChaillu soutientavec intensité et vigueurque lesFang
appartiennentàune «famille qui diffère de larace nègre dulittoral, aussi

41
P. Ondo-Mebiame,op. cit.,p. 9.
42
X. Cadet,op. cit.,p. 45.
43
G. Balandier,Sociologie actuelle de l’Afrique noire,Paris, Presse Universitaire de France,
1963, p.76.
44
P. Mba Abessole,op. cit.,p.18.
45
B. Clist,Gabon : 100 00ans d’Histoire,Libreville, Sépia, 1995, pp.211-212.
46
N. Meteghe N’nah,Histoire du Gabon des origines à nos jours,Paris, L’Harmattan,2006, p.
33.
19

47
bien que lesautres tribusque j'avaisdéjàvues». Il accentue :« LesFang
48
sontlesplusbeaux« nègres» d’Afrique équatorDiale ».’aprèsPoutrin, les
statistiquesanthropométriquesmontrentdes taux trèsélevésde
brachycéphalie chezlesFang alorsque lespopulationsgabonaises seraient
plutôtdolichocéphales. S’appuyant surces résultats, Cottes revient sur
l’identité bantudesFang etdéfend leur supérioritésurlespopulations
49
gabonaises. X. Cadet, àsontour, déclare dansl’introduction deson ouvrage
qudee : «touteslespopulationsd’Afrique noire etparticulièrementdu
Congo français, les« Fang »ou« Pahouins»sontlespluscélèbres. A
l’exemple desOcéaniens, Maori ouMarquisiens, ilsexercent une étrange
fascination quitientbeaucoup auparadoxe entre, d’un côté, la haute
esthétique de leurartquetraduisentlesaudacieuxpartispris stylistiqueset,
de l’autre, la brutalité de leursmœurs: on lesditcruels, féroces, conquérants
anthropophages, descendusdes rivesduNil jusqu’auGabon enun flux
continu, exterminantouassimilantlespopulationsqu’ilsenvahissent.
Certainsauteurs vontjusqu’à affirmerleur supérioritésurl’ensemble de la
50
«race nègr». Le »’arrivée dupeuple fang constitua, donc,untournant
décisifsurle plan nonseulementdémographique, politique, maisaussi
économique etculturel danscesdifférentspays. Cette migration ne laissa pas
indifférentslesColonsetlesethniesautochtonesqui, jadis,vivaientdansces
territoiresnouvellementenvahis.
Après s'être complaisammentattardésurle «cannibalis» pame fangrle
biaisdespréjugés relatifsà leursmutilationscorporelles(lataille desdents,
scarifications,tatouages, etc.), leurforce physique, etc., P. duChailluaffirme
en 1863:

LesFang paraissaientêtre le peuple le plus remarquable que j'eusse
encorevudanscette partiereculée de l'Afrique. D'une couleurplus
claire qu'aucune des tribusde la côte, forts, grands, bien bâtis, ils
témoignentd'une grande activité;leur regard mesemblaitaussi plus
intelligentque celui desAfricainsqui n'ontpasencore eudes rapports
51
avec lesblancs.

P. Laburthe-Tolra etJ.-P. Warnierpourleurpart soulignent, à proposde
lasymbolique desmutilationscorporellesdesFang, qu’ellesontpoureffet
d’inscrire (douloureusement) dansle corpsla mémoire de l’initiation, de
marquerdansl’ordre naturelun événementculturel. Leurbut,
poursuiventils, estdesignifierla « pubertésociale », l’obtention du statutcomportantles
droitsetdevoirsdesadultes, etnon la puberté physique, par rapportà
laquelle lerite est souventdécalé dans unsensoudansl’autre. Pour

47
F. Bernault,op. cit.,p.7.
48
DuChaillu, cité parX. Cadet,op. cit.,p. 52.
49
A. Cottes,La mission Cottes au Sud-Cameroun, (1905-1908),p. 99, cité parX. Cadet,op.
cit.,p.268.
50
X. Cadet,op. cit.,pp. 11-12.
51
F. Bernault:« Dévoreursde la nation: Lesfang auGabon ».In: Coquery-Vidrovitch &
Issiaka Mandé,Etre étranger et migrant en Afrique au XXe siècle, Paris, l’Harmattan, p.6.
20

l’initiationSodesBéti,une même promotion pouvaitassocierdespetits
garçonsimpubères(de l’âge deseptouhuitans) etdeshommesde plusde
52
vingtansdéjà mariés. C’était, donc, parignorance etàtortque l’ontraitait
lescannibaleFang de «s»,sousprétexte qu’ils taillaientleurdentition pour
la circonstance. Or, lataille desdentsn’étaitqu’un faitculturel, lié à
l’initiation auxdivers ritesde passage etd’intégration que l’onretrouve
encore de nosjoursen paysfang.
Toutl’intérêtportésurla compréhension etla connaissance desFang,
e
dèsle XIXsiècle jusqu’à nosjours,se justifie égalementparle nombre de
publicationsfaites sureuxaussi bien parlesAfricainsque parles
Occidentaux. Ony recense ainsi, prèsmille publicationsenvirons, partantdes
articles, ouvrages,thèsesde Doctorat, Mémoires, etc. Aussi, faut-ilrapporter
que les textesde plusieursadministrateurseuropéens, convertisen
anthropologuesamateurs,sont venusà larescousse desfantasmes
missionnairesen laïcisantla légende "hamitique" fang. C'est une première
tentative d'interprétation de la culture etlatradition fang jugées très
complexes.
Alors, poussésparlesinvasionsetlesdjihadsislamiques, etaprèsavoir
traversé la Sanagasurle pontprovidentiel au sujetduquel les récitsne
s’accordentpasquantà la nature de ce gué, ainsi que lesouligne M.-R.
Abomo-Maurin, lesFang débarquentdanslarégion Nanga Eboko, appelée
53
aussi deson nom originel Yom. Pour sa part, J. Ki-Zerbo, dans son ouvrage
Histoire de l’Afrique Noire, cité parPaul Mba Abessole, déclare:

LesPahouinsouFang, apparentésauxBéti etBoulouetaux
Ewondo,sont venusduNord-Est, peut-être par suite de
l’ébranlementcausé àtraversle Cameroun actuel parles vagues
Peul d’Ousman Dan Fodio. Ils traversentla Sanaga ense
bousculantavec lesBeti et s’enfoncentdansla forêt. Il continue en
disantque lesFang, qui fonçaient verslesud, Bouloumarchant
54
versl’Ouest, etNtoumououFang intermédiaires.

C’està l’issue desmultiples soubresautsqu’il a connudurantces
différentsfluxmigratoires, notammentlorsdel’Odzamboga, que le peuple
fangs’estdisséminé danscevasteterritoire d’Afrique centrale en assimilant
d’abord, dansce processus,tousceuxqu’ilrencontrait sur son chemin eten
se fondantensuite culturellementavec lespeuplesautochtonesqui
partagèrentavec lui lesmêmes territoires. Trezenem, cité parGeorges
Balandier, estime que la plupartdeslégendes situent trèsloin, aunord-est, le
premierpayshabité parlesFang;paysqui possèdeune faunetrèsdifférente
de celle duGabon, qui estpeuplé pardeshommesblancsdisposantde

52
P. Laburthe-Tolra, etJ.-P. Warnier,Ethnologie Anthropologie,Paris, PUF, 1993.
53
M.-R. Abomo-Maurin,Parlons Boulou langue bantou du Cameroun,Paris, L’Harmattan,
2006, pp.8-9.
54
P. Mba Abessole,op. cit.,p.23.
54
Idem.
21

55
chevauxetmaîtresdansletravail dufer. Il précise que l’arrivée dansla
région forestièreserait symbolisée parla légende, dite du troudel’adzap,
indiquantl’obligation où setrouvèrent touslesgroupesde migration de
56
passerau traversd’untroucreusé dansl’arbreadzap .Car, ilyavaitde part
etd’autre de cetarbreun précipice, en langue fangYe’e, qui barra le chemin
auxfilsd’Afiri Kara. Il fallaitdonc que cesderniersfrayassent un chemin au
milieude l’arbre afin de continuerleurodysséeverslaterre promise. Cette
légende,tel que l’évoque le Guinéo équatorien J. Bibang Oyee, a forgé le
caractère belliqueuxdesFang eta favoriséune meilleure préservation de leur
religiosité, notamment, le cultebyerou(biéri).Au-delà des récitslivresques
présentantla culture etlatradition fang de façon panoramique, nonobstant,
l’axe principal desareligiosité estbasésurle culte desAncêtres. En effet, Le
culteByerest renduauxmânesdesancêtresparletruchementde leurs
crânes. Il imposait un autel parnd’e botprééminent, établi dansla « case de
l’aîné »,Ntol famouauxabordsimmédiatsde celle-ci. Ilrequerraitdes
sacrifices(réguliersetcirconstanciels) etdemandaità être consulté avant
57
toute action d’intérêtcommun .
Pource qui concerne lesmouvementsmigratoiresdesFang,dulu,il
convientde noterque plusieursconséquencesfunestes s’observèrent, à
savoir: la perte des vieshumainesafférente à la guerre etla dislocation de la
famille d’Afiri kara,leurancêtre.Assurément, c’estàOdzambogaque les six
famillescomprenantles sixfilsd’Afiri Kara,en particulier,Fang Afiri,
Ntumu Afiri,Bulu Afiri,Nküign Afiri,Okak Afiriainsi que
lesjumeauxMevume-AfirietNden Afiri,qui formèrentlesdeux uneseule famille,se
fragmentèrent une foispour toute. Ils seséparèrentaprèsavoirfrayéun
chemin à l’intérieurde l’adzap. Nküign Afiri, quantà lui, décida dese
désolidariserdesescinq frèresaprèsleuravoirmontré le chemin de laterre
58
promise . Grâce auxguerres sanglantesetà larazzia, le peuple fang
construisit une personnalité ainsi qu’uneréputation de guerrier. C’estdonc
un peuple quivivaitde guerres. La pluspopulaire d’entre elles, c’est-à-dire
celle qui est restée danslesmémoirescollectives, c’estla guerre fratricide
que leshistoriensetlesFang appellentcommunémentl’Oban. Elle eutlieu
59
verslesannées1885-1895 etopposa lesBuluetEwondo auxNtumu,
60
Mvègn etOkak .
Caractérisésparleurnomadisme pendantleurmigration, l’administration
colonialese heurta longtempsà ce qu’elle nomme la « manie migratoire des
61
Fang .Il fautpenserque lesmigrationsàtraversle Gabonsontlesplus

55
G. Balandier,op. cit.,p.76.
56
Ibidem,p.77.
57
Ibidem,p. 143.
58
Ondua EnguruDulu Bong Be Afrikara (1954-1973).Traduiten espagnol parle
Guinéoéquatorien Julián Bibang Oyee,sousletitre:La Migración fang,Ávila, Editorial Malamba,
(1995),pp. 55-61.
59
Ibidem, p. 119.
60
P. Laburthe Tolra, Christiane FalgayrettesLeveauetGünterTessmann,op. cit., p. 182.
61
G. Balandier,op.cit.,p. 130.
22

récentes(sansdoute le pointde départd’une phase nouvelle destinée àune
plusgrande amplitude) etque l’Ogooué nereprésente la limite dupaysfang
(enréalité le frontavancé de ce peuple) qu’enraison de l’occupation
française. LesFang n’ont renoncé quetardivementàune politique de
conquête à laquelle ilsexcellaientdufaitde leur valeurcombattante etde
62
leurcapacité assimilatrJice .usqu’à laveille de 1914, l’administrations’est
heurtée à desassociationsguerrières, lesBizima, opérantauxabordsde la
rivière Okano à Mitzic. Selon Balandier, il estcertain que lesFang ont
longtempsfaitpression pouraccapareretcontrôlerles routesetlescentresde
latraite anciennementétablis;leslégendesqui lientàune marchevers
l’Ouest, la découverte des véritables richesses, le montrent. Dèsle milieudu
e
XIXsiècle, l’explorateurduChailluobserve commentcette pression
guerrière estcomplétée par une conquête pacifique, à la faveur
r
« d’alliances» forméesparlesmariagesavec lesétrangers. EtCle Dureau,
cité parBalandier, constate cinquante ansplus tard, que «le contrôle du
63
commerce de l’Ogooué estpassésousla coupe despopulationsfang ».
Pourmieuxconforterleurdomination etleur unité, lesFang de
lasousrégion de l’Afrique centraleseréunirentà Mitzic, dansle quartierdénommé
Feck Sole, en français, « lastratégie estcachée », en 1947, lorsd’un Congrès
qui portason nom etqu’on appela aussi,Elat Meyongoul’Unifang,afin de
trouverdes solutionsauxdifférentes revendicationsdespopulations.
Cellescitournèrentautourd’une politiquesanitaire etd’un enseignementde
l’hygiène, désirde contrôlerpuisde consoliderainla «famille »si qu’une
forteréaction face à l’étatmoderne de lasociété fang, latentation du retourà
un passé où toutétaitmieux, où« ilyavaitbeaucoup d’hommesetbeaucoup
d’enfants»;ces revendicationsexprimèrentlatconendance à la
«tre64
acculturation »,leretouraux sources, auxmœursde leursAncêtres ;la
préservation de leur unité,l’agnosse, l’obangametde leurcode moral, etc.,
cf.article intégralsurles sites:Monefang.com, l’Unifangetcelui de
l’histoire des Fang de Mitzic.
Quantà leurculture, particulièrementla danse ainsi que le chant, elle
constitueunrépertoiretraditionnelriche et varié. La danse, en fangabokh,
estpourle fang la mémoire du temps, la chronique desévénements, le
65
journal quotidien;elle estquelque chose quisetransmetde personne à
66
personne, de personne à groupe, de groupe à grouCipe .tonsparexemplele
fanki, l’esana, l’akom, l’akoma mba, le nlup, l’omias, l’ozila, le mengan, le
ngon ntang, l’élugh mengang, engem, etc.,quisontdesdanses très
populaireschezlesFang. Pource quiserapporte auchant, il est une
invitation au voyage,une exploration du temps, il estl’archéologie d’une

62
G. Balandier,op.cit.,p. 130.
63
Idem.
64
Ibidem,p 101.
65
P. Nguema Obam,Fang du Gabon. Les tambours de la tradition, Paris, Karthala,2005, p.
43.
66
Ibidem,p. 40.
23

mémoire, le passé etle présent y sontdépeintsenun langage dontl’opacité
67
estdetoute beauté .Leschantsafférentsà l’amour, à l’enfantetceuxayant
traità lavie quotidienne;l’épopée notammentcelle duMvettainsi quetous
lesautres référentsculturelsconstituent, de façon générale, le moyen par
lequel la culture fang a pu survivre et setransmettre jusqu’à l’heure actuelle.
Toutefois, nouspouvonsattester sanséquivoque que la prégnance de
l’eschatologie chrétienne, dèsle débutde la colonisation, a faitensorte que
lesFang acceptentlareligion chrétienne à plusde 80% etl’animisme
perdant, ainsi, de plusen plusde fidèles. C’estdire en bref que nonobstantla
vulgarisation des religionsditeschrétiennes, lesFang ontquasimentgardé les
fondementsde leurculture et tradition. Pourcomprendre l’origine de la
sauvegarde de la culture fang, il fautaller seressourcerdans sasociété
traditionnelle. Pource faire, P.-C. Zeng Ebomerappelle que : « cettesociété
aune histoire. Ellevit une autre histoire aujourd’hui. Elle esten butte à des
contradictions, à desincohérences surle plan culturel. Jeveuxdiresurle
plansocial. Nous sommesen butte à desagressions…, leterme agression ne
doitpasêtre prisau senslittéral. Toutpeuplesubitdesagressionsconscientes
ouinconscientesenraison deson ouverture aumonde. Etilsetrouve
malheureusementque certaines sociétésontdéveloppé desmoyensde
protection plusimportantsetplus sophistiquésque d’autres. Ornous sommes
encore danscette phase d’expectative oud’interrogation : quisommes-nous
aujourd’hui ?Est-ce que nous sommesdesOccidentauxdontnousavons
apprisla langue, lescoutumes, l’histoirSommee ?s-nousencore des
Africainsavec quelque chose despécifique à apporteraumonde ?Nousen
sommesencore à ce questionnement. Le parti que moi je prendsestde dire :
nousavons une civilisation maisqui nesera pas, loin de là,sans tache, parce
qu’ellereçoit, comme je l’ai dit toutà l’heure, desinfluences, desagressions
conscientesouinconscientes. Maispuisque nousl’aimons, nousdevons
montrer saspécificité, pourqu’elle puisse participerà la construction d’un
68
universalisme culturel. Pourqu’ellesurvive .»
« L’occidentalisation »dupeuple fang, parle biaisde la destruction de
ses traditionsetcroyances, parl’imposition de lareligion chrétienne, de la
langue, des usetcoutumesducolonisateur, ainsi quetoutesles tentatives
visantà le dépersonnaliseraussi bien physiquementque moralementont
montrétrès tôtleurslimites. Cetouvrage estdoncun parfaitexemple envue
d’illustrerl’énormetravail quireste encore à faire enrapportavec la
reconnaissance de la langue fang comme le moyen parlequel l’héritage
traditionnels’est transmisetdoitcontinueràsetransmettre aufil desannées.
C’estgrâce à l’intérêtcapital querevêtcette langue en Afrique centrale que
j’aitenté de cernerla portéesociologique, anthropologique et symbolique de
ce manuel au regard dunombre de locuteursqui n’a cessé d’augmenterces
quatre dernièresdécennies.

67
M. Mvé Bekale,Pierre-Claver Zeng et l’art poétique fang, esquisse d’une
herméneutique,Paris, L’Harmattan,2001, p.21.
68
M. Mvé Bekale,op. cit., pp. 102-103.
24

Importance de la langue fang en Afrique centrale

L’espace habité parlesFangs’étendsur unesuperficie de 18000km²: de
la moyenne Sanaga (430N) à l’embouchure de l’Ogooué (120.5) en latitude,
69
etde l’Atlantique (9.30E) à la moyenne Sanaga (14 E) en longituQde .uant
aux travauxde GünterTessmann, le paysdesPahouinsest situésurla côte
occidentale de l’Afrique, entre le premierdegré de latitudesud etle
cinquième degré de latitude nord, entre le neuvième etle quatorzième degré
70
de longitude est. Il couvre environ 176 600km²,soit un espace
correspondantau tiersde l’ancien empirEe allemand.uégard à lavision
coloniale, il est rattaché dans sa partie nord à l’ancien protectoratallemand du
Cameroun, dans sa partiesud à la colonie duGabon (Afrique Équatoriale
Française (A.E.F.), ancien Congo français). Unsecteurde la partiesud de
l’ancienterritoire allemand, depuisla côte jusqu’auonzième degré de
longitudesetrouvesouslasouveraineté espagnole etporte le nom de Guinée
espagnole, actuelle Guinée Équatoriale. La partie de larégion pahouine
71
rattachée auCameroun couvre 94000km². Face à la grandeurde ce
territoire, le nombre de locuteursfang estaussi considérable,surtout,si l’on
seréfère auxdifférentspaysdanslesquels setrouventlesFang.
En effet, la langue fang estparlée danscinq paysd’Afrique centrale,
c’est-à-dire : leGabon, Cameroun, Guinée Equatoriale, Congo etSão Tomé
etPrincipe. D’aprèsP. Ondo-Mebiame :

En effet, lescommunautéshumainesoccupantle Sud duCameroun,
un pan de la frontière nord-ouestduCongo/Gabon, la moitié nord du
Gabon, et toute la moitié estde la Guinée Equatoriale, peuventêtre
ditesconstituer uneunité linguistique de composition car, ilyaune
72
parfaite intercompréhension entre elles.

Cela constitueun grosavantage dansle cadre de l’internationalisation de
celle-ci danslasous-région. Le chiffre indiquantle nombre exactdeses
locuteurs varieselon les sources. D’après, P. Alexandre etJ. Binet: «On
arrive ainsi à des totaux variantentre650 000et1 500 000Pahouins, avecun
indice différentiel nettementpositif ounettementnégatifsuivantles
73
auteurs». J. Binetcontinue en disant: « ma propre estimation, environ 820
000netientcompte que desPahouinsau sensétroit, en laissantde côté les
74
tribusdontl’appartenance estcontestIlée ».termine en ces termes: « le
buluestdevenula langue commerciale de larégion de Kribi. En Guinée
Espagnole, fang etbulu serventde langue commune auximmigrants venant

69
P. Mba Abessole,op. cit., p. 15.
70
P. Laburthe Tolra, Christiane FalgayrettesLeveauetGünterTessmann,Fang,Paris, Ed.
Dapper,2001, p. 177.
71
Idem.
72
P. Ondo-Mebiame,op. cit., p. 9.
73
P. Alexandre etJ. Binet, le groupe dit Pahouin (Fang-Boulou-Béti), Paris, L’Harmattan,
2005p. 12.
74
Idem.
25

des territoiresfrançais. AuGabon, desdialectesMyénéreculentdevantle
fang, de plusen plus utilisé jusqu’auchemin de ferCongo Océan. Dansles
grandes villesDouala, Yaoundé, Libreville, Port-Gentil etmême Dolisie des
dialectespahouins sont utiliséspardesimmigrantsappartenantà d’autres
75
groupeslinguistiques». Or,si nousprenonsen compte cesdifférentes
tribusfang donton laissevolontairementde côté pourdes raisons souventes
foispolitiques, alors,selon l’extraitde l’ouvrage intitulé:Guinée
Equatoriale :Cadre Naturel,Économique et socioculturel,de l’Economiste
& Informaticien J. Manene Nspopogo, laulation fangs’étendraitàuntotal
de 5260900locuteurs. H. Trilles, à lasuite desa mission auNord-Gabon et
de la pénétration allemande auCameroun, n’hésite pasàréunir sousleterme
Fangtouslesgroupesqui leur sontapparentésdupointdevue linguistique et
à avancerle chiffre de plusde dixmillionspourl’ensemble, dépassantainsi
76
touteslesestimationsprécédentes. Parconséquent, la langue fangseraitla
langue la plusparlée de l’Afrique centrale en fonction ducritériumterritorial
etdémographique.
Pource qui atraità la bibliographie, il n’ya quasimentpasde manuel
didactique de la langue fang. Seulement, le Dictionnaire de Samuel Galley;
l’opusculeEléments de grammaire fangde l’Abbé A. Raponda Walker;le
manuel de linguistique de P. Ondo-Mebiame,Essai sur les constituants
syntaxiques du fàp-qtùmù;quelques thèses soutenuesci etlà, mais rangées
malheureusementdansles tiroirsparleursdifférentsauteurs sanspourautant
lespublierdemeurent, plusoumoins, les seulsdocuments,surle marché,
susceptiblesd’apporterquelques réponses surlesquestionslinguistiquesdu
fang. Néanmoins, j’aitoujoursété confronté à cesempiternel problème de
manque desourcesbibliographiques surla langue fang de façon générale. Par
conséquent, n’étantpas spécialiste de cesquestions, je leserine, ce manuel
contribuera, manifestement, à l’apprentissage dufang à partirdesa
conjugaison. Il est simple, élémentaire et visetouteslescouches sociales.
Surle planstructurel, ceuxqui ontété en contactavec la langue fangsont
aussi bien convaincusque moi qu’elle possèdeune multitude de parlersétant
donné la diversité desprononciationsqui existe entresesdiversgroupeset
sous-groupes(Zamane, Bene, Okak, Mekè, Ntumu, Mvègn, etc.). Pour
Raponda Walker, le groupe linguistique fangsesubdivise principalementen
huit sous-groupes, àsavoir: Betsi, Ntum (Ntumu), Bule (Bulu), Ewondo,
77
Fong, Nzamane, Mékè etBakwLélé .’ouvrage de Guthrie intitulé,The
classification of Bantu languagespublié en 1948 montre que le groupe
Pahouin compteseptdialectes, dont troisprincipaux, Alexandre etBinetn’en
décriventque lespointscommuns, gommant, ditX. Cadet, lesdifférencesen
78
les réduisantà desparticularismes secondaires. Cette forte

75
Ibidem,p. 19.
76
X. Cadet,op. cit.,p.262.
77
A. Raponda Walker,Eléments de Grammaire Fang, Libreville, ÉditionsRaponda Walker,
1995, p.3.
78
X. Cadet,op. cit.,p.283.
26

« dialectalisatqion »ue la langue fang connaitensonsein, a conduitle
linguiste gabonaisJ. Kwenzi-Mikaka à inférer, àson niveau, que «la
littérature produitesurle peuple fà+etl’idiome qui luisertde médium de
79
communicationsignalentla présence desixdialectesensonsein ».
En effet, la cause fondamentale de cette diversité de parlersfangserait
nonseulement sa cohabitation avec d’autrespeuplesbantumaisaussi des
influencesexogènesliéesauxinnombrablespéripéties rencontréespendant
leurmigration. Cela m’a paru une préoccupation énorme, celle qui a consisté
à larecherche d’une prononciationstandardisée qui feraitl’unanimité des
différentslocuteurs. C’estle fruitd’uneréflexion abyssale etd’une analyse
ardue que j’ai menée aucoursde l’élaboration de cetravail. Car,tel que le dit
P.-C. Zeng, le fang est une langue majeure qui doitêtre parlée, écrite, chantée
80
de façonsérieuse .Cela dit, pourillustrercette difficulté àtrouver une
prononciationuniforme, choisissonsle mothomme »: «dontla
prononciationvarieselon que l’onsetrouve en Guinée Equatoriale, au
Cameroun, auCongo ouauGabon.
Ainsi, lesNtumusetlesMekèsappellentMot, lesZamanesprononcent
MurouMour,lesMvègn quantà euxdisentMor, lesOkak etatsi à leur tour
le désignentparMortetlesBene l’appellentMôr, etc. Pource faire, dansle
souci derendre la langue fang plusaccessible etintelligible, il m’asemblé
utile de choisirla dénominationMot,quirépond à l’origine de l’appellation
deslanguesditesbantuou semi bantu, qui désignentl’être humain au
singulier, d’aprèsJ. Kwenzi-Mikala etS. Souindoula, cité parle professeur
81
N. NgouMvé, par« Mu-ntu» et« Ba-ntu» auplurAiel .utre exemple, « les
82
ragots»se disenten fang okak, mekè, mvbidbikobekobe ,ègn, «zôdzô ou
bitètè »,cependant, lesNtumude Bitam disent, «bikôbokôbo, bitiètiè, et
bidzôdzô », lesZamanesdisent« bikobekobe,bitietie, bidzuedzue », etc. La
prononciationvarieselon larégion, le dialecte etle pays. J’ai donc opté pour
la dénominatpaion «bikobekobe »rce qu’elle estla plus répandue en pays
fang. De plus, il m’a paruessentiel desoulignerque la langue fang estd’une
grande complexité notammentpourlasubtilité desa prononciation qui
83
connaîtplusieursaccents toniques, à l’opposé dufrançaismonotone .
Ainsi,un accentmal placé ou unevoyelle mal prononcée (ouverte ou
fermée) peuventdonnerlieuàune déformation du sensde la phrase oudu
mot. Même Trilles, mentionne X. Cadet, qui pourtantproduitd’importants
effortspourapprendre la languese fait raillerpar seshôtesalorsqu’iltente
84
des’exprimerdansleurlanguCe .’estdire combien la prononciation des
motsjoueunrôle crucial dansl’apprentissage dufang. Je leréitère,un mot
mal prononcé en fang, change complètementdesensetdesignification.

79
P. Ondo-Mebiame,op. cit., p.7.
80
M. Mvé Bekale,Pierre-Claver Zeng…, op. cit.,p. 105.
81
N. NgouMvé,L’Afrique bantu dans la colonisation du Mexique (1596-1640), Libreville,
CICIBA, 1995, p. 15.
82
L. Bacale Andeme,Vocabulario castellano- fang-català, Huesca, HU-160/99,1999, p. 13.
83
X. Cadet,op. cit.,p.254.
84
Ibidem,p.277.
27

Voyonsen guise d’illustration, la prononciation du vocable «zam » :zàm (la
lèpre oule palmier raphia),zám (le goût, le plaisir),zaâ-me (viensme) et
Zame (Dieu).
Ensomme, leslecteurs verrontdanscetouvrage l’influence de mes
originesntumud’Oyem, au village Mefoup, Canton Bissok ducôté maternel
etmon héritage okak etatsi, du village Miang, Canton Lalara à 100km de
Mitzic, mesoriginespaternelles, danslatranscription desmots. Car, la
population de Mitzicutiliseun parlerhybride, issude l’atsi, duntumu, etde
l’okak, d’aprèslesinférencesdes travauxde Flagel, Ondo, Ondo-Mebiame et
Medjo Mvé;cependant, le Mémoire de MaîtrisesoutenuparP. Nsime
N’nang en2007 vient trancher, pourneretenirque l’atsi majoritairementet
85
l’okak .Cette double identification m’a certainementinfluencé lorsqu’il
s’estagi d’illustrerles verbes simplesetcomposésetautresexpressions
idiomatiques toutaulong de cetravail. Cependant, la méthodologie choisie
ainsi que l’intérêtaccordé à lathématique qui faitl’objetde notre étude
doiventparticiperà lavalorisation de cetravail.

85
P. Ondo-Mebiame,op. cit.,p. 17.

28

Méthodologie et intérêt culturel du manuel

Pour une meilleure élaboration de ce projet, j’ai préféréune
méthodologie qui consiste enunetransposition des systèmeslinguistiquesde
la langue françaiseversla langue fang. Le choixde cettetranslittération, dans
ce manuel, concourraità ce quetouslesfrancophilesapprissentaisémentla
conjugaison fangsans yéprouver trop de difficultés.
Parailleurs, l’intérêtculturel et scientifique de cetravail estcelui de
luttercontre larecrudescence de l’aliénation culturelle qui caractérise, de nos
jours, la jeunesse africaine de façon générale. Une jeunesse qui cherche des
repèresetquise cherche entre latradition etla modernité. Ensomme, mon
butici n’estpasd’opposerlatradition à la modernité, maisplutôt, comme le
corrobore Aimé Césaire desoulignerl’interaction entre cesdeuxchamps, la
coexistence detraditionsdansla modernité, comme la possibilité d’avoir une
86
modernitétravaillée parlatraditMalheion .ureusement, l’aliénation
culturelle faitensorte que, pourcesjeunesafricains, l’incorporation des
modèlesdevie dictésparl’Occidentdeviennentpoureux un moyen
d’intégrationsociale, deréappropriation d’un monde qui échappe, de prendre
possession desoi etdeserestituerleur souveraineté personnelle. Toujours
dansla même optique, lesociologue gabonaisP. Nguema Obam, à proposde
l’aliénation desjeunesAfricainsqui négligentde plusen plusleurslangues,
nouslivre cetteréflexion:

LesjeunesAfricainsdes villesconnaissentde moinsen moinsbien
la langue de leursgrands-parents. Ilspourront toujours se dire
Africainsquantà la couleurde leurpeau. Maisil leurmanquera
toujourscette chance de pouvoirpenser,se comprendre dansla
langue qui, poureux,vientdufond desâges, chargée de mystères
etdesagesse. […] Celui qui ne connaîtpasla langue deses
ancêtresestcoupé deson passé etn’estjamais toutà
faitlui87
même .

Cesjeunes, qui, parmimétisme des valeursoccidentales, mélangent tout,
sanspourautantfaire letri entre ce qui estconciliable avec leurévolution
sociale etculturelle etce qui ne l’estpas. Ce processusmimétique est
performatif dansla mesure oùil influe directement surleurcomportementde
façon àrejeterleursparticularismes somatiques, phénotypiquesetculturels.
Ce qui lesconduitirréfutablementàs’interroger sanscessesurleuridentité,
leur rapportaumonde etleurhistoire. Nombre d’entre euxdénigrentles
croyanceset traditionsancestrales, ilsles rejettent systématiquement, parce
que disent-ils, ellesne concordentplusavec les réalitésactuelles. Ilsles
qualifientd’anachroniques, d’arriéréesetde désuètes. Ilsoublientque l’être
humain enrichit son patrimoine culturel en échangeantavec le monde
extérieur, etnon ens’aliénant, ouens’assimilantculturellement. C’est

86
A. Césaire,Nègre je suis, nègre je resterai, Paris, Albin Michel,2005, p. 85.
87
P. Nguema Obam,op. cit., p. 120.
29

pourquoi C. Wulf nous signifie que : « la formation desoi etla confrontation
avec l’extérieurontleurorigine dansle mêmesystème : le monde extérieuret
le monde intérieur sontajustésl’un à l’autre, en continuité l’un avec l’autre,
etne peuventêtre expérimentésque dansdes relationsd’échangesmutuels.
Des ressemblancesoudescorrespondancesnaissententre l’intérieuret
l’extérieur, des rapportsmimétiques se formententre eux. Leshommes
entrentdansdescomportementsderessemblance avec le monde extérieuret
setransformenteux-mêmesaucoursde ce processus,transformantdumême
coup leurperception dumonde extérieuretla perception
qu’ilsontd’eux88
mêmes». En effet, pouraborderdansle mêmesens, B. Mvé Ondo nous
rappelle quetouthomme cherchetoujoursàse comparerdans son être etdans
sa collectivité, àse démarquerpourmieux se fairereconnaître, àse
comprendre età comprendre d’oùilvientpourmieuxappréhenderoùil en
estaujourd’hui. Maiscette démarche,réaffirme-t-il, est toujourscomplexe,
multiforme, jamaisachevée etnaturellementidéologique. Elle procède par
allerset retours, fige certains repèreseten passe d’autres sous silence. Bref,
89
elle idéalise, mythifie et transforme .
En parlant singulièrementdesjeunesFang, P. Mba Abessole faitle même
constaten notifiantque :« beaucoup de jeunesFang, nesaventplusparler
90
leurlangue,surtoutceuxde la diasporToa ».uscesjeunesconnaissent une
crise identitairetrèsprofonde, ils sont, pourainsi dire, en conflitpermanent
avec eux-mêmesetnesaventpluscommentconcilierleurculture de départ,
c’est-à-dire l’africaine etleurculture d’arrivée, l’occidentale. Au regard de
cette lutte intérieure quise produitentre cesdeuxentités, nombreux sont
ceuxqui optentpourla culture la plusenvue, cherchantdansle mêmetemps
à oblitérerla moinsprisée. Sans vouloirbrocarderau terme «identité »son
amphibologiesémantique, je me limiteraiuniquementàsonsensprofondtel
que le mentlionne M. Edmond: «’identité oscille entre lasimilitude etla
différence, entre ce qui faitde nous une individualitésingulière etqui dansle
mêmetempsnous rendsemblablesauxautres. La psychologie montre bien
que l’identitése construitdans un double mouvementd’assimilation etde
différentiation, d’identification auxautresetde distinction par rapportà
91
eux. »
Etdansl’identité, comme lesouligne l’historien burkinabé J.
KiZerbo, la langue compte beaucoup. D’aprèslui, la lente asphyxie deslangues
africaines seraitdramatique, ceseraitla descente auxenfers, pourl’identité
92
afrIl affiicaine .rme qu’un peuplesansidentité, est un objetde l’histoire,un

88
C. Wulf,Une anthropologie historique et culturelle, rituels, mimésis sociale et
performativité,Paris, Téraèdre,2007, p.79.
89
J.-M. Aubame,Les Béti du Gabon et d’ailleurs, Tome I, Sites, parcours et structures,Paris,
L’Harmattan,200215., p.
90
P. Mba Abessole,op. cit.,p.33.
91
M. Edmond: « La construction identitaire de l’individu», in, Catherine Halpern
etJeanClaude Ruano-Borbalan, Identité (s), Auxerre, Ed. SciencesHumaines,2004, p.34.
92
J. Ki-Zerbo,Á quand l’Afrique ?Gémenos, Éditionsde l’Aube,2003, p. 10.
30

93
instrument utilisé parlesautres:unustensile .A ce propos, cesage africain
préconise qu’il faut« infrastructurernoscultures». Car, conclut-il,une
94
culturesansbase matérielle etlogistique n’estqueventqui passAe .u
demeurant, certainsauteurs, plushardis, ontessayé dese pénétrerde la
culture négro-africaine, mais sesontheurtésàunesérie d’obstaclesplusou
moinsinfranchissables: cadres,religions, langues, manque de documents
historiques,traditionsessentiellementoralesauxformesd’expressiontrès
95
complexes… Pourétayerlesallégationsde J. Ki-Zerbo, P. Mba
Abessole note qude même qe : «u’un homme ne peutpas vivresansmaison,
96
de même il ne peutpasbienvivresans savoirparler sa languToe ».ujours
dansla même perspective, M. Mvé Bekalerecommande que nousdevions
préservernosidentitésdans un espritd’ouverture à d’autrescivilisationsafin
de célébrerle métissage descultures, en ces termes:

En parlantde la préservation desidentitéspremières, […] Il
convientde préciserque la préservation nesignifie pasla quête
hitlérienne d’une pureté absolue etmeurtrière;elle doit seréaliser
dansl’interpénétration, la fusion, le métissage, afin de prévenirles
crisesexistentiellesqu’engendrerait un effacementde l’identité
97
première .

PourÉ. Glissant: «une desbeautésdumétissage estque l’intérêtdeses
mélangesest toujoursàvenir. Il nesertàrien derécapituleroud’analyser,
sauf à desfinspratiques, les résultatsd’un métissage. Le bonheurestdansle
processuslui-même etdanslespromessesqu’il faitnaître etqu’il entretient.
Autrementdit, les« créolisations», cesinattendusdetouslesmélangesetde
98
touslescontacts,sontl’accomplissementdesemprisesdumétissage .C’est
pourquoi les« créolisations»sont si difficilesà connaître, etleursprocessus
d’abordsi pénible à accepter. Quand letoutestmal perçu, il nousfautpasser
99
parl’exaltation légitime etdévorante descomposantes».
Toutcecirevientà dire quetoutAfricain devraitde prèsoude loin
apporter sa pierre à l’édification deson patrimoine culturel ainsi que pourla
préservation deson identité parletruchementdeslanguesancestrales. A cet
effet, le Père P. Mba Abessole nous remémore que noscultures ressemblentà
des vasescassésdontil faut retrouveret recollerlesdifférentsmorceaux.
Chacun en détient un etque leurassemblage est urgent. Nousne pouvonspas
attendre,termine-t-il, que d’autresle fassentà notre place parce que nous
100
sommes, plusque quiconque, habilitésà parlerde nous-mêmes.

93
J. Ki-Zerbo,op., cit.,p. 10.
94
Ibidem, p. 11.
95
T. Ndong Ndoutoume,Le Mvett époppée fang tome I,Paris, Présence africaine, 1970
première édition et1983 seconde édition, p. 9.
96
P. Mba Abessole,op. cit.,p.33.
97
M. Mvé Bekale,Gabon : La postcolonie en débat, Paris, L’Harmattan,2003, p.30.
98
É. Glissant,Mémoires des Esclavages,Paris, Gallimard,2007, p. 89.
99
Ibidem, p. 92.
100
P. Mba Abessole, op. cit.,p. 92.
31

En outre, la montée indéniable de la langue française en Afrique
francophone m’a permisdetraduire à chaque foislesexemplesen français
afin de faciliterla compréhension de noslecteurs. Dansle butd’uniformiser
l’écriture de la langue fang, j’aitenté de proposerauxlecteurs un modèle
relativementacadémique,standard, carj’ai personnellement remarqué que
chaque Fang écritcette langueselonsasensibilité phonétique et
phonologique. Vous trouverez, ainsi, danscette étude, monsouci derendre la
langue fang moinshermétique etmoins rigide.
Aussi, convient-il desoulignerque l’apprentissage de la langue fang
aujourd’hui danscertainslycéesetcollègesafricainsa constitué, pourma
part,unesource de motivationsupplémentaire. Son alphabet, jusqu’à présent,
se compose deslettresquelque peudifficilesà écrire età prononcer,surtout
pource qui estdesnon Fang. C’estpourcetteraison que lesphonèmes«ny
ñ,p, s» ontété moins usitésauprofitde «ng, gn, g, ss». Enrevanche, j’ai
conservé d’autresphonèmeset voyelles telsque «pw, bw, kw,ü, u» afin de
respecterlesparticularismesetl’originalité de cette langue. Etantdonné que
toute culture évolue, la langue fang a égalementévolué, la preuve en est
qu’elle possède, à l’heure actuelle,une kyrielle d’empruntsà d’autres
langues,tantoccidentalesque bantu. Cependant, comme lesoulignentP.
Alexandre etJ. Binet,si la langue fangs’estenrichie d’apportseuropéenset
africainsnon pahouins, ilsemble qu’ellesesoiten mêmetempsappauvrie de
certainesnuancesdesens, determes techniquesou religieux, detournures
littérairesoupoétiquesanciennes, ceci en grande partiesousl’influence
101
européenne, à cause de lascolarisation en particulier. La christianisation et
l’enseignement scolaire colonial ont, en faisant reculerouen détruisant
102
l’éducationtraditionnelle, entraînéune détérioration certaine de la langue .
C’esten partie ma principale préoccupation, celle qui consiste àsauverles
quelques vocablesquirestentencore envigueurdansle parlerfang actuel
afin de parvenirà lasurvie de celui-ci etde pouvoirletransmettre à la
postérité.
En conséquence, B. Mvé-Ondo attire notre attention lorsqu’il précise
qu’êtreun homme accompli, c’est reconquérirl’unité dansla hiérarchie des
valeursconstitutivesde l’être. L’homme, mentionne-t-il, condamné àvivre
divisé auplusprofond de lui-même à cause d’une activité qu’il ne maîtrise
plusoupasparfaitement, doit,sans se lasser, consacrer son existence àse
redonnercetteunité qui lui échappe. Lesensdesavie,termine-t-il, il ne peut
letrouverque danscette quête etnon pasdansl’immobilisme qui estlesigne
103
de la mort spirituelle .

101
P. Alexandre etJ. Binet,Le groupe dit Pahouin (Fang-Boulou-Béti), Paris, L’Harmattan,
2005, p.21.
102
Idem.
103
B. Mvé Ondo,Sagesse et initiation à travers les contes, mythes et légendes fang,Paris,
L’Harmattan,2007, p.28.
32