Les déchets mis en mots

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Français
244 pages
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Des chercheuses et chercheurs proposent ici une réflexion sur la notion de "déchet". L'analyse des mots et des termes, de leurs paradigmes et collocations apporte un éclairage inédit sur des pratiques, des techniques et des concepts nouveaux liés aux déchets. L'analyse du discours offre des pistes originales pour prendre en compte la parole de nombreux acteurs dont les intérêts, les connaissances technico - scientifiques et les finalités ne sont pas toujours concordants.

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Date de parution 15 mars 2017
Nombre de lectures 30
EAN13 9782140031908
Langue Français
Poids de l'ouvrage 2 Mo

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Sous la direction de Cécile Desoutter et Enrica Galazzi
LANGUE et PAROLE
Les déchets mis en mots
Les déchets mis en mots
Langue et Parole. Recherches en Sciences du langage Collection dirigée par Henri Boyer (Université de Montpellier 3) Conseil scientifique : C. Alén Garabato (Univ. de Montpellier 3, France), M. Billières (Univ. de Toulouse-Le Mirail, France), P. Charaudeau (Univ. de Paris 13, France), N. Dittmar (Univ. de Berlin, Allemagne), V. Dospinescu (Univ. "Stefan cel Mare"de Suceava, Roumanie), F. Fernández Rei (Univ. de Santiago de Compostela, Espagne), A. Lodge (St Andrews University, Royaume Uni), I.-L. Machado(Univ. Federal de Minas Gerais, Brésil), M.-A. Paveau (Univ. de Paris 13, France), P. Sauzet (Univ. de Toulouse-Le-Mirail), G. Siouffi (Univ. de Montpellier 3, France).  La collectionLangue et Parole. Recherches en Sciences du langagese donne pour objectif la publication de travaux, individuels ou collectifs, réalisés au sein d'un champ qui n'a cessé d'évoluer et de s'affirmer au cours des dernières décennies, dans sa diversification (théorique et méthodologique), dans ses débats et polémiques également. Le titre retenu, qui associe deux concepts clés (et controversés) du Cours de Linguistique Générale de Ferdinand de Saussure, veut signifier que la collection diffusera des études concernant l'ensemble des domaines de la linguistique contemporaine : descriptions de telle ou telle langue, parlure ou variété dialectale, dans telle ou telle de ses/ leurs composantes; recherches en linguistique générale mais aussi en linguistique appliquée et en linguistique historique; approches des pratiques langagières selon les perspectives ouvertes par la pragmatique ou l'analyse conversationnelle, sans oublier les diverses tendances de l'analyse de discours. Elle est également ouverte aux travaux concernant la didactologie des langues-cultures.  La collectionLangue et Parolesouhaite ainsi contribuer à faire connaître les développements les plus actuels d'un champ disciplinaire qui cherche à éclairer l'activité de langage sous tous ses angles. Rappelons que par ailleurs la CollectionSociolinguistiquede L'Harmattan intéresse les recherches orientées spécifiquement vers les rapports entre langue/langage et société. Dernières parutions Stéphane GIRARD,Autopsie de l’hétérogène chez Christine Montalbetti, 2016. Henry HERNANDEZ-BAYTER, Carmen PINEIRA-TRESMONTANT et Denis VIGNERON,La transition espagnole, 40 ans après,Quels enjeux, quels acquis, quels enseignements ?,2016. Sihem HASNI,Anaphores, cohésion et mouvements textuels, 2016. Takuya NISHIMURA, La personne, sujet appelant. Esquisse d’une anthropologie pragmatique, 2014. Kyriakos FORAKIS,Structures complexes du français moderne, 2014.
Sous la direction de Cécile Desoutter et Enrica Galazzi es déchets mis e Ln mots
Cet ouvrage est publié avec le soutien financier de l’Università di Bergamo (Dipartimento di Lingue, Letterature e Culture straniere)et avec la contribution de l’Università Cattolicadel Sacro Cuore di Milano. Il a également bénéficié de la contribution indirecte duDoRiF Universitàle thème descolloque sur , qui a permis la tenue d’un discours sur les déchets, et dont cet ouvrage est en grande partie la suite éditoriale. Chacun des chapitres de l’ouvrage a fait l’objet d’une double lecture anonyme par des experts du domaine concerné. Mise en pages : Valeria Orecchia. © L’Harmattan, 2017 5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris http://www.harmattan.fr diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr ISBN : 978-2-343-11181-0 EAN : 9782343111810
Sommaire
Cécile DESOUTTER Enrica GALAZZI Présentation
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Florimond RAKOTONOELINA15 La notion de « déchet(s) » : structuration sémantique dans les discours lexicographiques et configurations discursives sur les sites institutionnels et associatifs français
Michela MURANO33 De la déperdition à la valorisation :déchetsetrecyclagedans le Petit Robert
Loredana TROVATO53 Les déchets en tranchée : « zincs », « chocotes », « crottes » et d’autres ordures dans le lexique des Poilus
Chiara PREITE69 La terminologie juridique européenne du domaine des « déchets » entre définition juridique et application judiciaire
Micaela ROSSI 85 Le paradigme des termes issus de l’anglaisjunk dans quelques domaines spécialisés : transferts, métaphores et diffusion des savoirs
Lorella SINIQu’estce qu’un « journalpoubelle » ?
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Elodie VARGAS 123 Déchets, problèmes environnementaux etGreenwashing: analyse discursive et sémiotique de discours publicitaires manipulateurs
Nadine CELOTTI 145 La gestion des déchets radioactifs ou déchets nucléaires mise en mots, la démocratie mise en déchet (?)
Françoise RIGAT 161 Analyser l’espace d’information de l’Agence nationale pour la gestion des déchets radioactifs
Cécile DESOUTTER 183 Ne jetez pas ce sac dans la nature !Le sac plastique : un objet discursif graphique
Laura SANTONE203 Tri des déchets et traitement du discours :consensus, écomots et écogestes au prisme de la publicité
Giovanni TALLARICO « Un cercle vertueux et écoresponsable » : d’entreprise autour de la valorisation des déchets
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les
219 discours
1 Présentation
e Au tournant du XXIsiècle, une sorte de « pensée verte » a envahi notre univers géographique et mentalse propageant dans tous les secteurs de l’activité humaine. On en prendra pour preuve la publication d’un ouvrage lexicographique qui permet de prendre le pouls de la situation :Dictionnaire de la pensée écologique, Dominique Bourg & Alain Papaux, PUF 2015 : 357 articles, rédigés par 260 auteurs.La langue s’adaptant à cette nouvelle donne,l’adjectif« vert » connait un suremploi et une extension sémantique sans précédent (Galazzi, Jullion, 2007, 2011, 2015).Néanmoins, si l’on regarde de plus près les mots et les choses, il apparait quele vert n’est pas que la couleur de l’espoir et de l’optimisme. Toutle « vert »de nos sociétés occidentales,qui s’affiche en économie comme enpolitique(avec des bio, des éco et des agro à la clé),n’atil pas un revers de la médaille plus ou moins avouable qu’on essaie soigneusement de cacher ou d’oublier? Que penser des entreprises qui verdissent leur image sans changer leurs pratiques ? Que faire des « marées vertes » polluantes et dangereusespour la vie de l’homme et des animaux? Comment être sûr que les générations futures ne verront pas ressurgir les déchets nucléaires stockés dans des sites souterrains ?Comment interdire la circulation des bateauxpoubelles qui se vident au large des côtes ?Au confluent de la géographie, de la sociologie et de l’économie, la rudologie envisage le déchet comme un indicateur social, une photographie des modes de vie (Gouhier, 2000). La quantité excessive de déchets et les atteintes à l’environnement qui en résultent constituent un fléau pour la planète. Leur élimination a des implications sur la santé humaine, l’économie, la flore, la faune, etc. Face au défi à relever, la notiond’écoconception évoque une limitation des déchets à la source tandis que celles de réemploi, de
1 Cécile Desoutter,Università di Bergamo Enrica Galazzi,Università Cattolica del Sacro Cuoredi Milano.
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recyclage, de valorisation, etc. laissent entrevoir une frontière audelà de laquelle un déchet peut cesserde l’être pour devenir une ressource.Et la langue suit le mouvement ens’enrichissant ainsi de mots ou d’acceptions, de termes spécialisés nouveaux pour dénommer de nouvelles pratiques, techniques, disciplines ou professions liées aux déchets. Quant aux discours sur ce thème, ils mobilisent de nombreux acteurs dont les intérêts, les connaissances technicoscientifiques et les finalités ne sont pas toujours concordants.Que l’onparte des mots, des termes ou des genres discursifs, de leurs énonciateurs et destinataires, une lecture critique de ces discoursne peut qu’aider à mieux comprendre les enjeux soustendus par la question et, espérons le, à développer une approche citoyenne.
Cet ouvrage réunit les contributions de chercheuses et chercheurs provenant de domaines divers, mais relevant tous des sciences du langage, qui ont réfléchi à la notion de « déchet » en l'appréhendant dans ses dimensions lexicale, terminologique et discursive. Chaque texte apporte ainsi un éclairage différent. Florimond RAKATONOELINA choisitl’entrée lexicale pouraborder la notion de « déchet(s)» sous l’angle d’une analyse du discours qui s’intéresse autant à la dénomination en langue qu’à la nomination en discours. Après avoir montré comment se construit la notion dans les discours lexicographiques, il étend son investigation aux discours institutionnels et associatifs en ligne, adressés au « grand public », aux entreprises et aux collectivités. Ce double terrain d’exploration permet à l’auteurde mettre en évidence une différence sensible entre le « déchet lexical » et le « déchet discursif ». Il ressort ainsi que le premier peut être représenté comme une matière en lien avec une autre matière par le jeu des hyperonymes, alors que le second apparaitcomme une matière que l’on doit conscientiser, dont on doit limiter la quantité et/ou que l’on doit traiter.Michela MURANO se concentre pour sa part sur le domaine lexicographique et observe enparticulier les motsdéchetetrecyclage dans les cinq éditions duPetit Robertpubliées entre 1972 et 2014. Elle retrace ainsil’évolution, sur unepériode deplus dequarante ans, du traitement de ces deux mots,leurs dérivés et des lexèmes de relevant de leurs réseaux analogiques.L’analyse de la macro et microstructure, inspirée de la méthode de latriple investigation dictionnairiqueproposée par Jean Pruvost, s’avère particulièrement
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fructueuse car elle tireprofit de la dimension analogique duPetit Robert. La fouille permet donc de compléter les observations de Florimond Rakatonoelina en révélantl’accroissement progressif des champs dérivationnels des deux mots pris en considération, avec en particulier la productivité de la baserecyclet une tendance croissante à la représentation du déchet comme ressource potentielle. Les déchets d’aujourd’hui ne sont pas nécessairement ceux d’hier et les mots pour les dénommer ou les désigner ont aussi évolué. Loredana TROVATO en fait une claire démonstration avecl’argot des Poilus de la Première Guerre mondiale dont on retrouve la trace dans des dictionnaires spécialisés de l’époque. En regroupant les mots selon trois acceptions du lexème « déchet » relevées dans leGrand Robert de la langue française,elle confirme que la guerre est un grand propulseur d’innovation langagière et de création lexicale. Toutefois, la plupart des mots créés à l’époque l’étaient en relation au conflit et à la quotidienneté des soldats. Un siècle plus tard, bien peu de ce vocabulaire instable, parce que lié aux besoins contingents des troupes engagées au front, a résisté au temps, et le français actuel n’a retenu que quelques mots de l’époque.A partir d’unautre terrain, celui des discours juridiques et judiciaires de l’Union européenne, Chiara PREITE offre une étude de terminologie sur la question. Après avoir pris en considération les définitions du terme « déchet » et les réseaux notionnels et lexicaux construits parle règlement et les directives de l’UEtraitent de la qui question, elle porte son regard sur la jurisprudence de la Cour de Justice (CJUE), afin d’observer les emplois quecette dernière en fait. La différence de traitement du termequi ressort de l’analyse des deux corpus amènel’auteure à observer que les deux sources primaires du droit européenne sont pas exclusives l’une de l’autre et que «la double consultation s’avère nécessaire pour la manipulation (cognitive et linguistique) correcte du langage juridique européen des déchets ». Micaela ROSSIaborde également les déchets sous l’aspect terminologique en se concentrant sur lestermes issus de l’anglais junk. Partant du constat que le paradigme morphologique enjunk est particulièrement productif dans de nombreux domaines spécialisés, l’auteure propose une réflexion sur les mécanismesde sélection néologique et les enjeux de l’actede dénomination dans les cas de termes produits par transfert métaphorique. Elle montreà l’aide de 4 exemples (junkDNA,junk food,junk bond,junk space) que ce
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