Les emprunts du créole haïtien à l'anglais et à l'espagnol

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Français
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L'emprunt, passage d'un élément (phonologique, morphologique ou lexical) d'une langue à une autre, est un moyen d'enrichissement d'une langue quand il est bien contrôlé. Il provient du contact de langues, de l'expérience migratoire et d'autres facteurs... Cet ouvrage est divisé en 3 parties : 1. les emprunts du créole haïtien à l'anglais : environ 1400 entrées ; 2. une étude sur des mots créoles d'origine anglaise terminés en -mann (de man signifiant homme en anglais) ; 3. les emprunts du créole haïtien à l'espagnol : plus de 300 entrées.

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Date de parution 01 avril 2014
Nombre de lectures 101
EAN13 9782336343747
Langue Français
Poids de l'ouvrage 4 Mo

Informations légales : prix de location à la page 0,0005€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

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Les emprunts du créole haïtien
Renauld GOVAINà l’anglais et à l’espagnol
L’emprunt, passage d’un élément (phonologique, morphologique ou
lexical) d’une langue à une autre, est un moyen d’enrichissement (lexical)
d’une langue quand il est bien contrôlé. Il provient du contact de langues,
de l’expérience migratoire et d’autres facteurs. Comme le rapport entre les
langues n’est guère très diff érent des rapports de force sociopolit ques, les
langues les plus fortement structurées et porteuses d’avantages sociaux sont
les plus prêteuses. Aussi le créole haït en (CH) fait-il des emprunts plus ou
moins massivement à l’anglais et à l’espagnol. Le premier est plus infl uent Les emprunts du
sur le CH en dépit du fait qu’Haït partage une front ère longue de 360 km
avec la République dominicaine qui a l’espagnol comme seule langue offi cielle
et de communicat on. Cet e dominat on de l’anglais est due notamment à
l’infl uence des mass media américains et à l’usage d’out ls technologiques et créole haïtien
de télécommunicat ons qu’Haït importe des USA et dont le métalangage de
manipulat on est en anglais.
Le livre est divisé en 3 part es : à
1. les emprunts du CH à l’anglais : environ 1400 entrées ;
2. une étude sur des mots créoles d’origine anglaise terminés en -mann
(de man signifi ant homme en anglais) ;
3. les emprunts du CH à l’espagnol : plus de 300 entrées. l’anglais
et à
l’espagnol
Docteur en Sciences du Langage, Renauld GOVAIN est
enseignantchercheur à l’Université d’État d’Haït (Faculté de Linguist que Appliquée).
Ses recherches portent sur la sociolinguist que, la descript on du créole et le
français haït ens. Il travaille sur deux autres publicat ons : 1) Plurilinguisme,
prat que et avenir du français en Haït ; 2) Les rituels de contact dans la
communicat on interpersonnelle en Haït .
ISBN : 978-2-336-30253-9
46 euros
Les emprunts du créole haïtien
Renauld GOVAIN
à l’anglais et à l’espagnol







Les emprunts du créole haïtien
à l’anglais et à l’espagnol














Renauld GOVAIN





Les emprunts du créole haïtien
à l’anglais et à l’espagnol

et

Une analyse de mots créoles formés
à partir du suffixe anglais -mann
et de la présence de l’anglais dans la nomination
des ensembles musicaux



















































© L'HARMATTAN, 2014
5-7, rue de l'École-Polytechnique ; 75005 Paris

http://www.librairieharmattan.com
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr

ISBN : 978-2-336-30253-9
EAN : 9782336302539




Aux disparus du séisme du 12 janvier 2010 en pleine activité
d’enseignement et d’apprentissage à la Faculté de Linguistique Appliquée de
l’Université d’Etat d’Haïti : le feu Doyen Pierre VERNET, au Vice Doyen
Wesner MERANT, aux professeurs Yves ALVAREZ et Nelson JEAN-FELIX,
aux plus de 200 étudiants dont ma sœur Mariline… pour que vous viviez à
travers nous !

Pour que le FLAmbeau de la FLA et sa FLAmme ne s’éteignent jamais et
pour que ne cesse de s’étendre la FLAmille dont vous fûtes membres !




Remerciements
Ce livre ne serait pas possible sans l’aide des collègues Louvael
VALAUBRUN, Kendson’n DANJOU, Flossie H. PIERRE, Jean-Eric JOSEPH,
Alex J. LAFORET, Rony MÉNARD, Junior Fils RENÉ, Daniel PROPHETE,
Ethson OTILIEN, Pierre Michel CHÉRY et Jean-Baptiste REMARAIS dont le
gracieux et généreux apport dans la mise en forme du travail est difficile à
évaluer. Qu’ils trouvent ici l’expression de mes plus vifs remerciements !

Je remercie aussi mes amis Pierre Paulson DEVILIEN, Claudy MORISSEAU et
Jean Méric JEAN pour leurs conseils et assistance !

Mes remerciements s’étendent aux professeurs Adrien FRANÇOIS,
JeanWhig NOËL et Sainfurmé DORGIL de la Faculté de Linguistique Appliquée
de l’Université d’État d’Haïti d’avoir bien voulu réviser le manuscrit et me
prodiguer des conseils qui n’ont fait qu’enrichir la présentation.

Les conseils et suggestions du professeur Michel DEGRAFF m’ont permis
d’avancer dans la bonne direction. Qu’il veuille bien trouver ici l’expression
de mes profondes gratitude et considération.

Mais je suis le seul responsable de toutes fautes et erreurs qui seraient
glissées dans le livre.









Pour mon fils
Carlhensky Renauld GOVAIN





Introduction générale
Le créole haïtien est une langue dont le lexique est français à 85%
(Pompilus, 1985). On y trouve aussi un certain nombre d’éléments d’origine
anglaise mais encore, en quantité moins importante, des mots ou expressions
provenant de l’espagnol. Cela fait que la pratique du créole haïtien
contemporain est marquée, particulièrement dans le parler des jeunes, par
des termes et expressions d’origine anglaise et espagnole. Ces emprunts
traduisent, à un certain niveau, le rapport que les Haïtiens développent avec
l’anglo-américain et l’espagnol (de la République Dominicaine et de Cuba
en particulier). Dans la mesure où la grande majorité de ces mots ne se
retrouvent pas dans le Haitian creole-english-french dictionnary (Valdman,
1981), et qu’un nombre non négligeable est absent du Diksyonè Kreyòl
Vilsen (Vilsaint & Heurtelou, 2005, 2008) que nous présentons ici sous le
sigle DKV, on pourrait retenir l’idée que ces éléments sont nouveaux dans la
pratique de la langue. Certains se trouvent dans le DKV, mais pas dans A.
Valdman (op. cit.) qui est plus ancien. Il y a là raison de croire que le créole
haïtien (désormais CH) évolue en se constituant d’éléments (linguistiques)
nouveaux résultant de son contact avec d’autres langues, dans le cas qui nous
concerne, l’anglais et l’espagnol.

L’emprunt est un phénomène naturel que connaissent toutes les langues
naturelles. Il est si fréquent dans les langues que cela a amené Claude
Bruidant (1980: 59) à écrire que « le latin est devenu une langue morte du
jour où il a cessé d’emprunter ». Le même constat du caractère naturel de
l’emprunt a conduit Hugo Schuchardt à souligner, en 1917, que « le mélange
traverse tout le développement linguistique ; il intervient entre langues
distinctes, entre parlers proches, entre langues parentes et langues non
parentes, qu’il s’agisse de mélanges ou d’emprunts, d’imitation, d’influences
étrangères, nous sommes toujours en présence de phénomènes
1essentiellement semblables » .

Comment définir la notion d’emprunt si présente dans le
2fonctionnement des langues ? L’emprunt est un mot, un morphème ou une

1 SCHUCHARDT, Hugo, cité par NICOLAÏ, Robert, 2008, Hugo Schuchardt : un marginal ? Une
icône ? Un modèle ? Consulté le 20 décembre 2012, sur
<http://www.unice.fr/ChaireIUFNicolai/TextesRN/Hugo%20Schuchardt_Prague.pdf>.
2 Le morphème « désigne le plus petit élément significatif individualisé dans un énoncé, que
l’on ne peut diviser en unités plus petites sans passer au niveau phonologique. C’est donc
l’unité minimale porteuse de sens que l’on puisse obtenir lors de la segmentation d’un énoncé
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expression qu’un locuteur ou une communauté emprunte à une autre langue,
sans le traduire. Il consiste en le passage d’un élément (phonologique,
morphologique ou lexical) d’une langue à une autre. On distingue l’emprunt
de parole de l’emprunt de langue. L’emprunt de parole consiste en ce que
l’individu au contact de plusieurs langues intègre parfois dans son énoncé
produit dans une langue des mots d’une autre langue, qui ne figurent pas
dans le répertoire des individus monolingues. L’emprunt de langue consiste
en ce qu’une langue au contact d’une autre lui emprunte des termes. On peut
penser que l’emprunt de parole précède l’emprunt de langue dont il serait
une étape. L’emprunt est ainsi une conséquence du contact de langues. Si ce
contact n’est pas immédiatement physique où deux ou plusieurs langues se
partagent une même communauté, il l’est dans la tête des locuteurs qui eux
sont au contact de ces langues dans leurs pratiques linguistiques. L’individu
est ainsi le lieu de la manifestation du contact des langues : c’est dans les
pratiques linguistiques des locuteurs que ce contact se manifeste.

L’emprunt de parole est à distinguer de l’alternance codique (ou
alternance de langues). Dans l’emprunt de parole, un locuteur s’exprimant
dans une langue fait intervenir dans son discours des formes appartenant à
un autre système linguistique. Mais, ces éléments issus de l’alternance de
langues ne deviendront pas (facilement), même à long à terme, des lexèmes
de la langue emprunteuse. Selon le Dictionnaire de didactique du français
langue étrangère et seconde (2003 : 17) l’alternance codique est « le
changement, par un locuteur bilingue, de langue ou de variété linguistique à
l’intérieur d’un énoncé-phrase ou d’un échange, ou entre deux situations de
communication ». Selon J. Dubois et al. (1994 : 30),

On appelle alternance de langues la stratégie de communication par laquelle
un individu ou une communauté utilise dans le même échange ou le même
énoncé deux variétés nettement distinctes ou deux langues différentes (…). On
parle à ce sujet d’alternance de code ou de code-switching.

En effet, P. Gardner Chloros – dans un article « Code-switching :
approches principales et perspectives », cité par Baylon (2002 : 152-153) –
indique qu’on peut distinguer trois types d’alternance codique :

Le « code-switching », où le changement de variété s’associe à « une attitude,
l’intensité des émotions, ou différents types d’identité » ; le « code-mixing » où
des unités linguistiques sont transférées d’un code à un autre, mais toujours en
suivant des règles fonctionnelles et formelles (un locuteur de la variété en
question serait donc en mesure de juger une phrase contenant du « code-

sans atteindre le niveau phonologique » (Dubois et al., 1994 : 310), c’est-à-dire sans atteindre
le phonème qui lui n’est pas segmentable en unités plus petites.
12


mixing » comme étant plus ou moins acceptable ; et enfin le « odd-mixing »
qui n’est pas régi par de telles règles ».
« La distinction entre code-switching et code-mixing est difficile à comprendre
puisque la définition du premier est donnée en termes psychologiques et celle
du deuxième en termes linguistiques ; quant au odd-mixing qui n’a ni raison
psychologique, ni régularité linguistique, il semblerait représenter une
catégorie « fourre-tout » pour les cas de changement de variété qui paraissent
encore incompréhensibles ».

Par exemple, il est remarqué dans le parler de certains jeunes
animateurs d’émissions socioculturelles de radio et télévision une forme
d’alternance codique anglais-créole avec des segments de discours en anglais
alors que l’essentiel du discours est réalisé en créole, langue principale des
émissions en question. Ce sont ces cas d’alternance de langues à valeur
idiolectale et les emprunts auxquels cette alternance donne lieu qui risquent
de ne pas se « lexicaliser » dans la langue. En d’autres termes, ils resteront
des emprunts de parole sans devenir des emprunts de langue.

On pourrait aussi distinguer l’emprunt de parole de « l’emprunt de
discours ». Celui-ci peut être observé dans des discours prononcés en
situation formelle où le locuteur (ou l’orateur) est bien conscient de la forme
empruntée dans un but déterminé, celui de produire un certain effet sur
l’assistance ou une partie de cette assistance. L’emprunt de discours se
diffère de l’emprunt de parole en ce sens que le premier est tout à fait
conscient et participe d’une stratégie de communication alors que le second
ne l’est pas forcément. L’emprunt de parole peut aussi répondre à une
3certaine exigence de l’urgence communicative où le locuteur, confronté à
plusieurs langues, se retrouve, à un certain moment du processus discursif,
dans la difficulté de trouver le terme exact dans la langue dans laquelle il
s’exprime pour communiquer des informations sur un objet ou une idée
concrète ou abstraite. Pour pallier le fait que le processus de communication
a horreur du silence – sauf si celui-ci a une valeur communicative et dans ce
cas, il sera compris comme tel par le ou les interlocuteur(s) – il recherche
dans son répertoire plurilingue des termes qui correspondent à cet objet ou
cette idée à exprimer et les emploie dans son discours. Mais dans l’emprunt
de discours, le locuteur n’improvise pas autant. Au contraire, ce type
d’emprunt est une forme de comportement communicatif planifié de la part
du locuteur en vue d’un effet particulier en termes de rétroaction.

3 Nous entendons ici par « urgence communicative » la situation de communication dans le
face-à-face à travers le discours-en-interaction, qui est manifestée par la nécessité de trouver
des mots permettant d’éviter que des blancs (des espaces de silence) se produisent dans le
processus. C’est-à-dire que cette situation est marquée par l’urgence de trouver des mots (plus
ou moins justes) capables de « tuer le silence » que le fait de ne pas parler pendant un laps de
temps pourrait provoquer.
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L’emprunt de discours dépasse le simple cadre du lexème pour
concerner davantage des segments discursifs plus grands tels des phrases,
des énoncés entiers ou des slogans. C’est le cas, par exemple, du slogan
« Haiti is open for business » qu’on entend dans les discours du président
haïtien Michel Martelly (élu en 2011 et dont le mandat devrait s’achever en
2016) notamment quand son discours vise des gens de la communauté
internationale ou quand il s’adresse à la diaspora haïtienne des États-Unis.
Ce slogan, qui peut être considéré comme un leitmotiv rencontré aussi dans
le discours formel d’autres officiels de son gouvernement, est employé à
chaque fois pour produire un effet précis, celui de convaincre les
investisseurs étrangers potentiels à venir investir dans le pays qui est prêt,
selon ces gouvernants, à les accueillir en mettant à leur disposition les
conditions nécessaires à l’activité d’investissement. Le choix de l’anglais
semble stratégique : dans l’imaginaire collectif, il est considéré comme « LA
langue des affaires », dire dans cette langue que « Haïti est ouvert aux
affaires » c’est lancer au « monde des affaires international » l’invitation à
venir investir dans le pays. Parfois, ces officiels ajoutent à l’intérieur de
l’énoncé l’adverbe « still » pour « actualiser la valeur de vérité » du référent
de l’énoncé, soit « Haiti is still open for business ». La plupart des ministres
du gouvernement ont même l’habitude de dire sur un ton on ne peut plus
assuré « Haïti est plus que jamais open for business ». Dans cette optique, on
peut aussi signaler que dans son discours d’investiture, le président avait
surtout dit : « Haiti is open for business now ».

On pourrait encore considérer l’exemple suivant tiré d’un discours d’un
homme politique haïtien, alors Premier ministre (l’emprunt à l’anglais étant
en italique et le signalement en gras indiquant que les segments concernés
appartiennent au français) : « … lè sa a yo kapab fè kontwòl sa yo rele an
anglè check and balance pou(r) que pouvwa exécutif la pou w ka kontwole
4li… » Il ne s’agit pas d’un emprunt fortuit mais d’un choix délibéré du
locuteur d’exprimer un message à partir d’une expression fréquente dans le
jargon sociopolitique du monde anglo-saxon en particulier des États-Unis.
L’orateur a eu le soin de souligner que c’est un emprunt à l’anglais. Il
l’emploie en vue de mieux argumenter ce qu’il veut exprimer et faire
comprendre. Mais ce n’est pas parce qu’il ne saurait pas qu’elle ne fait pas
partie des ressources du CH dans lequel il s’exprime.


4 Traduction en français : « … à ce moment, ils pourront pratiquer ce qu’on appelle en anglais
« check and balance » afin de contrôler les activités du pouvoir… ». Cet exemple est tiré du
corpus que nous avons traité à l’occasion de la rédaction d’un mémoire de maîtrise des
sciences du langage (Govain, 2005 : 59).
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Nous considérons comme alternance codique dans ce cas précis, le fait
par un locuteur, en s’exprimant en créole, de faire intervenir des mots ou
expressions anglais dans son discours. Ce type d’alternance se rapproche
davantage du « code-mixing », c’est-à-dire que le locuteur ne fait pas une
alternance de type « créole-anglais / créole-anglais… » mais choisit de
préférence de mélanger le créole à l’anglais. Il s’agit donc plus du mélange
que de l’alternance à proprement parler.

Lorsque deux langues sont en contact – que le contact soit médiat ou
immédiat – il est rare qu’elles s’empruntent mutuellement la même quantité
d’éléments. La proportion d’emprunts traduit généralement un rapport de
force entre les communautés, celle qui est dominée sur le plan politique,
technique, économique ou socioculturel, faisant davantage appel aux
ressources linguistiques de celle qui est dominante. L’emprunt influence la
langue sur le plan phonologique, morphologique et grammatical.

Phénomène de contact, l’emprunt est collectif, ce qui le distingue de
l’interférence. Les emprunts lexicaux sont les plus fréquents et les plus
significatifs. Ils peuvent être utilisés à peu près tels quels dans la langue
emprunteuse, sans adaptation (on peut alors parler de xénisme) ou au contraire
adaptés dans leur graphie et leur phonétisme. Le refus d’intégration phonique
observé par certains locuteurs est généralement la manifestation d’un désir de
distinction, voire une espèce de snobisme (Dictionnaire de didactique du
français langue étrangère et seconde, op. cit. : 81).

Il est posé dans Ducrot et Schaeffer (1972 : 20) la différence entre
emprunt et héritage.

Il y a emprunt si b a été consciemment formé sur le modèle de a, qu’on est
allé exhumer : ainsi hôpital a été fabriqué, à une époque déterminée, par
imitation du latin hospitale (plus exactement, on a fabriqué, très anciennement
hospital, devenu hôpital). Il y a héritage en revanche, lorsque le passage de a à
b est inconscient, et que leur différence, s’il y en a une, tient à une progressive
transformation de a (hôtel est le produit d’une série de modifications
successives subies par hospitale).

L’emprunt est un transfert constitué d’un mot ou d’unités lexicales
d’une langue à une autre par effet de contact linguistique. Ce contact, en
effet, peut être immédiat, c’est-à-dire que les langues sont pratiquées dans
une même communauté, ou plus ou moins médiat : les langues sont en
contact indirectement, mais au moyen des locuteurs de chacune d’elles.
C’est à peu près le cas des emprunts qui nous concernent ici. Qu’il s’agisse
de ceux que le CH fait à l’anglais ou de ceux qu’il fait à l’espagnol, le
contact se fait par l’entremise de locuteurs haïtiens et locuteurs anglophones
ou hispanophones. La plupart des éléments qui vont être présentés au fil des
15


pages ne sont pas des emprunts directs à l’anglais ou à l’espagnol. Il ne
s’agit pas non plus d’éléments étymologiques au sens rigoureusement
lexicologique du terme, mais d’éléments qui sont dérivés de l’anglais ou de
l’espagnol soit par la forme, soit par le sens. (On comprendra davantage cela
dans la partie consacrée à l’étude des mots terminés par « -mann »).
Certains, on le verra, se comportent plutôt comme des calques. La plupart du
temps, ils sont des éléments provenant de l’une ou l’autre langue mais qui
synchroniquement peuvent ne pas avoir le même sens que leur étymon
anglais ou espagnol. Cela revient à dire que, si on cherche leur sens dans leur
étymon, il sera difficile de comprendre ce qu’ils veulent dire. Leur sens est,
dans ce cas, à rechercher dans le créole synchronique. Ces éléments tiennent
davantage de l’héritage plutôt que de l’emprunt à proprement parler.

Ces types d’emprunts sont l’expression de la qualité du contact des
langues. Comme nous le verrons dans la conclusion générale, il existe, selon
nous, trois situations de contact linguistique qui peuvent influencer la
pratique de langues en présence. C’est en fonction de ces trois types de
contact qu’il faut chercher à comprendre la fréquence de ces emprunts et
aussi l’importance de l’influence de la langue prêteuse. On verra aussi qu’un
pays qui produit assez peu et qui importe beaucoup, consomme en même
temps les produits et la langue dans laquelle est développé le métalangage
auquel l’utilisation de ces outils fait appel. C’est le cas de tous ces éléments
que le CH emprunte à l’anglais dans les domaines des technologies et des
télécommunications, ou encore de la mécanique ou de l’informatique.

L’emprunt nous renvoie aussi au calque qui est une forme linguistique
causée par une interférence en situation de contact de langues. Selon J.
Darbelnet cité par J.F. Hamers (1997), le calque est un mode d’emprunt d’un
genre particulier : il emprunte du syntagme ou de la forme étrangère avec
traduction littérale de ses éléments. Il peut être utilisé par snobisme ou pour
exprimer la volonté de paraître à la mode. Quant à l’interférence
linguistique, selon le Dictionnaire de la linguistique (2004), elle tient aux
changements ou aux modifications résultant dans une langue des contacts
avec une autre, du fait du bilinguisme ou du plurilinguisme des locuteurs.
Elle peut se manifester dans les deux articulations du langage. Au niveau de
la première articulation, dans le domaine du lexique, elle détermine
l’emprunt. Dans le domaine de la syntaxe, elle détermine en particulier des
changements de règles syntaxiques. Au niveau de la deuxième articulation,
l’interférence peut conduire à des systèmes simplifiés dans le sens des
identifications des phonèmes. Les interférences peuvent se constater à
l’échelon de l’individu lors de l’emploi occasionnel d’une langue étrangère
et au cours de l’apprentissage d’une langue…

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Nous pouvons partir du présupposé que la quantité des éléments
empruntés à l’une ou à l’autre langue est fonction de l’intensité du contact
des langues en question, de l’ampleur du rapport et des interactions
migratoires entre les Haïtiens et le pays où la langue en question est
pratiquée comme langue de communication.
Remarque importante
Nous rangeons sous la dénomination générale d’emprunt des termes ou
expressions employés en créole par des locuteurs haïtiens et qui ont un lien
direct ou historique avec l’anglais ou espagnol. Le CH peut avoir fait
l’emprunt directement à l’anglais ou à l’espagnol, ou bien, il peut l’y avoir
emprunté via le français, qu’il s’agisse d’un certain état diachronique du
français – le français colonial, par exemple – ou du français synchronique ou
contemporain. De ce point de vue, nous ne faisons pas de différence formelle
entre emprunt, anglicisme ou hispanisme. Ce que certains pourraient appeler
anglicisme ou hispanisme est considéré ici comme emprunt à l’anglais ou à
l’espagnol.

Nous définirons ainsi l’anglicisme comme un « emprunt à l’anglais » ou
par extension « à l’anglais d’Amérique » (Petit Robert 2011). Dans cette
deuxième acception, le terme est synonyme d’américanisme. Dans notre cas
précis, l’anglicisme est un terme ou une expression que le CH a emprunté à
l’anglais par le biais du contact de locuteurs haïtiens avec l’anglais ou par le
recours aux outils technologiques et des télécommunications. La
consommation de ces outils importés des États-Unis d’Amérique, dont le
métalangage d’utilisation est en anglais, favorise le passage en CH d’un
nombre très important de termes anglais.

Le terme d’hispanisme désigne, toujours selon le Petit Robert 2011, une
construction ou un emploi propre à la langue espagnole. Dans le contexte qui
nous préoccupe ici, l’hispanisme est un mot ou une expression que le créole
a emprunté à l’espagnol mais qui devient lexicalisé ou est en voie de
lexicalisation dans la langue (le CH en l’occurrence).

Ce que nous cherchons à démontrer dans ce travail, ce sont les traces de
l’anglais et de l’espagnol dans le parler CH tant en diachronie qu’en
synchronie. Mais, un constat est que la majeure partie des termes et notions
empruntés à l’anglais dans notre corpus appartiennent au CH contemporain.
Cela revient à dire que l’influence de l’anglais sur le CH est plus forte ces
dernières années qu’il y a longtemps. Cela étant, on pourrait même titrer le
livre, par exemple, Les traces lexicales de l’anglais et de l’espagnol dans le
créole haïtien.

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De ce point de vue, cette étude ne fait pas de différence entre l’emprunt
à proprement parler et l’étymologie qui est « la recherche des rapports qu’un
mot entretient avec une autre unité plus ancienne qui en est l’origine »
(Dubois et al., 1994 : 187). En un mot, elle concerne l’origine des formes
d’une langue donnée. Nous voyons dans l’emprunt, dans un premier temps,
un procédé qui consiste pour un locuteur à adopter intégralement ou
partiellement dans la langue dans laquelle il s’exprime un mot ou un
morphème appartenant à une autre langue. Dans un second temps, nous
pouvons le considérer comme le résultat du procédé en question, c’est-à-dire
que le terme ou le morphème adopté désigne l’emprunt. C’est notamment
cette deuxième acception de l’emprunt qui nous intéresse ici. L’étymologie
est du domaine de la linguistique diachronique alors que l’emprunt peut être
du domaine de la linguistique synchronique.

Sur le plan phonologique, on remarque aujourd’hui une influence
certaine de l’anglo-américain sur le CH, notamment dans le parler des
jeunes, des filles particulièrement. Cette influence concerne notamment les
phonèmes /l/ et /r/ en particulier quand ces derniers se retrouvent en finale de
mots. Mais nous ne traiterons pas de ce phénomène particulier dans ce
travail.

Dans la présentation des équivalents anglais des entrées créoles, c’est de
manière volontaire que nous avons omis l’élément « to » en compagnie de la
forme infinitive complète du verbe en anglais.
Quelques généralités
Le CH est une langue formée au cours de la période de la colonisation
ème èmefrançaise de Saint-Domingue entre les 17 et 18 siècles. S. Sylvain
(1936), dans sa thèse africaniste, fait très peu de cas à l’apport de l’anglais et
de l’espagnol à ce niveau. Évidemment, le lexique du CH – comme c’est le
cas des autres créoles à base lexicale française – est à dominante française
mais l’apport de l’anglais et de l’espagnol n’est pas négligeable. On peut
aussi admettre qu’à cette époque-là l’influence de l’anglais et de l’espagnol
n’était pas aussi significative qu’elle est aujourd’hui. P. Pompilus (1985) ne
nie pas l’apport de ces deux langues dans la constitution du CH mais n’y
insiste pas assez : « Quelles que soient d’ailleurs ses origines, le CH est
synchroniquement une langue mixte. Son vocabulaire est français à 85%
(entendez : moyen français et français moderne) et à 15% caraïbe, espagnol,
anglais, portugais et africain » (Pompilus, op. cit. : 54-55). Dans
l’introduction de sa Philologie créole, J. Faine (1937) présente le créole
comme une langue néo-romane issue de la langue d’oïl en passant par les
anciens dialectes normand, picard, angevin, poitevin, et composée, en outre,
de mots empruntés à l’anglais et à l’espagnol et, dans une faible mesure à
18


l’indien caraïbe et à des idiomes africains. Il souligne que l’anglais et
l’espagnol ont un apport considérable dans la constitution de la grammaire
de la langue créole en expliquant qu’il n’y a rien d’étonnant dans la mesure
où le normand, qu’il considère comme le père du créole, fut pendant quatre
siècles la langue officielle de l’Angleterre. Il reconnaît aussi que le
vocabulaire du créole comprend des hispanismes qu’il appelle, lui, des
« espagnolismes ».

Et P. Pompilus (op. cit. : 17) résume la thèse de J. Faine comme suit :
« Le créole, sorte de lingua franca de la Méditerranée, créée bien avant la
colonisation française des Antilles et dont la grammaire doit peu de choses
aux langues africaines, mais bien plus à l’anglais et à l’espagnol ». Déjà, en
1883, Lucien Adam, cité par A. Valdman (1978 : 17), réfléchissant sur
l’origine des langues créoles en général, a avancé que « le créole est
l’adaptation du français, de l’anglais, de l’espagnol au génie pour ainsi dire
phonétique et grammatical d’une race linguistiquement inférieure ».
De quelques observables
La plupart des emprunts que le CH fait à l’anglais proviennent des
domaines de la mécanique ou de l’expérience de l’utilisation de
l’automobile : estatèmann, klòtch, derik, gasket, chòk absòbè, brek, blowè,
bouldozè, djip, etc. ; des nouvelles technologies et des télécommunications,
en particulier du domaine informatique et de la téléphonie mobile : dichaj,
sev, skenn, printe, printè, bakòp, kòl, kòlbak, chòtdawonn, òpgred,
dawonnlod, konmpitè, wòkitòki, pedjè, tinèl, djingèl, etc. ; de la musique :
rege, rap, djaz, djazmann, mizikmann, etc. ; du sport : foutbòl, andispò,
bitchvole, gòlkipè, penalti, oki, etc. ; des jeux divers : azamann, djak, djapòt,
jokè, pokè, etc. ; du commerce : biznis, chòp, dil, makèt, etc. ; de
l’électronique : radyomann, kamera, ayfay, baf, tep, watèkoulè, zewòks, etc. ;
de l’électricité : adaptè, inpout, pawè, maykowev, fyouz, awoutpout, etc.

Ce recours à l’anglais – notamment dans le cas de l’alternance de
langues chez les jeunes locuteurs – participe parfois d’une stratégie de la part
de ces locuteurs qui veulent se montrer à la mode. Mais le fait de recourir à
l’anglais pour se montrer à la mode caractérise davantage les emprunts de
parole qui, à force d’être utilisés par un nombre important de locuteurs,
peuvent devenir des emprunts de langue. En effet, ce qui est à la mode
aujourd’hui, ce sont les nouvelles technologies, les télécommunications dont
internet et le téléphone portable sont deux exemples parfaits. Ainsi, pour se
montrer à la page, ils utilisent non seulement ces outils, mais aussi le
métalangage qui va avec l’usage de ce type de technologie. En général, ces
outils proviennent des États-Unis d’Amérique et amènent avec eux la langue
dans laquelle ils sont fabriqués : l’anglais. Ce qui prolonge l’impérialisme
19


culturel américain diffusé un peu partout par les mass medias. Quand on sait
que la langue d’une communauté est le véhicule par excellence de sa culture,
l’imposition des outils technologiques produits par cette communauté, de sa
culture et l’adoption de ces éléments par les autres pays consistent en partie
en une certaine adhésion à tout un pan de la culture de ce pays y inclus sa
langue. L’on se souvient de combien de temps la Francophonie a dû mettre
pour proposer et faire utiliser le terme ordinateur en lieu et place de
computer. En Haïti, aujourd’hui encore, on continue d’entendre computer au
lieu d’ordinateur. Il en est de même pour le terme walkman que la France a
mis longtemps à remplacer par celui de baladeur. Après des années, le mot
devient un peu courant dans le monde francophone, même si des jeunes et
des adolescents continuent d’utiliser walkman. En Haïti, les locuteurs ne
connaissent guère le mot baladeur. Donc, c’est surtout walkman qu’ils
utilisent en parlant en français ou en créole.

L’emprunt de termes provenant de l’anglais constitue, à bien des
égards, l’une des conséquences de l’utilisation d’outils matériels mais
surtout technologiques fabriqués aux États-Unis. Cela fait aussi partie du
prix à payer. Et le métalangage informatique est fortement influencé par
l’anglo-américain. Aussi, en Haïti, n’entendra-t-on pas facilement
« sauvegarder » ou « enregistrer » mais « save », pour « éteindre
l’ordinateur », on entendra plus facilement « shut down », ou encore pour
« démarrer » on entendra « start », etc. Les jeunes ont tendance à montrer
qu’ils connaissent les nouvelles technologies et l’anglais qui va avec : deux
expériences constituant aujourd’hui une certaine panacée en matière de
mode. Comme ils ne peuvent pas se munir tout le temps d’outils
informatiques ou de télécommunications dans les rues, exception faite pour
le téléphone cellulaire qui devient un indispensable et nécessaire instrument
de communication, le meilleur moyen de montrer qu’ils sont des utilisateurs
de ces produits technologiques est d’utiliser le métalangage qui s’y rapporte,
lequel est justement hérité de l’anglais.

De même, un certain nombre de termes que les locuteurs emploient en
CH sont des emprunts à l’espagnol. Certains sont des emprunts anciens qui
sont bien acclimatés dans la langue. C’est le cas, par exemple, de termes
comme « vyewo », « dekabès », « gwayabèl », « gwayil », « karabala »,
« wondonmon », « twèt », « pye tòtòy », « repondong », « pit », « pikwa »,
etc. D’autres sont des emprunts plutôt récents, c’est-à-dire que le CH les a
faits à l’espagnol depuis relativement peu : « tigele », « èlninyo »,
« parada », « lougal », etc.

La plupart des toponymes haïtiens sont des hispanismes. En voici
quelques exemples suivant le département auquel appartient le lieu en
question :
20



- Département du Centre : Hinch (Hincha), Wanarya (Juanaria),
Agwayedyonnde (Aguahedionde), Savann Grande (Savana Grande),
Narang (Naranja), Kabral (Cabral), Lawòy (La Hoya), Ladora (La
dorada), Sèka (Cerca), Gwayab (Goyable > guayaba), Wanmpas
(Juampas), Bèladè (Belladère > veradero), Riyaribès (Riaribes),
Laskcawobas (Lascahobas), Lòs Palis (Los Palis), Sèkalasous
(Cerca-laSource), Sèkakavajal (Cerca-Cavajal), ;

- Département de l’Artibonite : Platana (platano), Lalomas (la loma / las
lomas), Lacedras (acedera), L’Atalay (L’Attalaye > Atalaya) ;

- Département de la Grand’Anse : Matadò (matador), Tibiwon (Tiburón) ;

- Département du Nord : San-Yago (San-Yago), Matadò (matador) ;

- Département du Nord : Karakòl (Caracol), Maribawou (Maribahoux >
Mahibahù), Wanament (Ouanaminthe > du patronyme espagnol Juana
Méndez) ;

- Département de l’Ouest : Palma (palma) ;

- Département du Sud : O Kay (Cayes > cayo) ;

- Département du Sud-est : Pedènal (Perdernales), Lawoka (la roca) ;

- Département du Sud-est : Lawoka (la roca) :

- Département des Nippes : Miragwàn (Miragoâne > mira iguanos).

Selon des témoignages, le lac de « Péligre » situé dans le département
du Plateau central (« Pelig » en créole) devrait son nom au fait qu’il est
considéré comme dangereux où, à un certain moment, des habitants de la
zone s’y noyaient de temps en temps. « Péligre » serait, dans ce cas, une
adaptation phonologique de l’adjectif espagnol « peligroso » qui, sur le plan
sémantique, correspond à l’adjectif français « dangereux ». De même, la
municipalité de Saint-Michel-de-l’Attalaye tiendrait son nom au fait que,
durant la période espagnole, des Espagnols avaient construit une tour à une
certaine hauteur en vue de dominer une certaine partie du département du
nord, cette commune étant située à l’extrême pointe nord du département de
l’Artibonite. Or, en espagnol, la tour (de guet) se rend par le terme
« atalaya ». D’où l’origine hispanique de nom de Saint-Michel-de-l’Attalaye.

21


En général, ces locuteurs ne parlent pas forcément l’anglais ou
l’espagnol. Même s’ils étaient parfaitement anglophones, ils ne pourraient se
faire comprendre sans difficultés dans cet environnement intrinsèquement
créolophone dans lequel ils sont immergés et où la vie se réalise
littéralement en créole. Même en s’exprimant dans la « langue des
technologies et des affaires », ils ne pourraient se mettre en valeur puisque
les gens ne les comprendraient pas. C’est ainsi qu’ils utilisent ce métissage
linguistique (à l’anglo-américaine) en s’exprimant en créole (ou même en
français). C’est pour cette raison qu’on retrouve dans leur parler créole un
nombre important de termes anglais relatifs à la technologie et à
l’informatique que l’on retrouvera plus tard dans le parler de
Monsieur-Toutle-Monde et de Madame-la-Foule.

Les mots du CH dérivés de l’espagnol sont en nombre inférieur par
rapport aux emprunts à l’anglais. Si ces derniers sont classables par des
thèmes appartenant à des domaines sémantiques spécifiques plus ou moins
indiscutables, ceux qui proviennent de l’espagnol appartiennent à des thèmes
différents relevant surtout de la langue familière.
Méthodologie
Cette étude répertorie, comme le titre l’indique, les termes que le CH
emprunte ou a jadis empruntés à l’anglais et à l’espagnol. Certains de ces
mots se sont maintenant intégrés au parler CH. La plupart des locuteurs qui
les utilisent n'ont aucune intuition sur leurs origines. C'est-à-dire que
beaucoup de ces emprunts sont maintenant utilisés comme des mots créoles
à part entière. Vu l’étroit rapport que le lexique entretient avec la sémantique
et eu égard à la démarche privilégiée ici qui consiste à insérer les mots traités
dans un énoncé (en les contextualisant) en vue de bien faire ressortir leur
sens, on peut dire que le travail s’inscrit dans une perspective
lexicosémantique. C’est-à-dire qu’il est à l’interface de la lexicologie qui est le
domaine linguistique s’occupant de l’étude des mots et de la sémantique qui
prend en charge l’étude du sens des mots en contexte.

Pour la constitution du corpus, nous avons observé le parler créole des
Haïtiens dans divers contextes et situations de communication. Ces
observations ont montré que des termes empruntés à l’anglais sont très
fréquents dans le parler des jeunes et des adolescents. Il serait peut-être
important de souligner que la plupart de ces éléments retrouvés dans ce type
de parler – que nous n’avons pas pris en compte ici – sont des emprunts de
parole qui pourraient ne pas devenir des emprunts de langue intégrés au
lexique du CH parce qu’ils sont employés de manière idiolectale dans le
parler de ces locuteurs. Mais il reste un fait qu’ils sont couramment utilisés
par cette catégorie de jeunes, notamment les animateurs d’émissions
22


radiophoniques ayant trait à la musique et aux informations socioculturelles.
En outre, nous nous sommes servi du Diksyonè Kreyòl Vilsen (DKV) comme
référence principale. Le choix de ce dictionnaire comme référence (au
contraire de Valdman (2007), par exemple, qui parait plus complet) tient au
fait qu’il est présentement le dictionnaire monolingue du CH le plus
volumineux. Ce qui ne veut pas dire qu’il est le mieux présenté. Les deux
autres cités ici sont des dictionnaires bilingues créole-anglais.

Les entrées qui se trouvent dans ledit dictionnaire sont signalées par le
sigle DKV entre parenthèses. Cependant, une bonne partie des éléments de
ce corpus ne s’y retrouve pas. Certains n’y ont pas été pris en compte parce
qu’ils n’étaient pas d’une utilisation courante au moment de son élaboration.
D’autres, encore, lors même qu’ils existeraient, feraient peut-être l’objet
d’hésitation de la part du lexicographe quant à savoir s’il devait les
considérer comme des termes bien motivés en CH. Un certain nombre de
mots sont signalés comme figurant dans le Leksik elektwomekanik kreyòl,
fransè, anglè, espanyòl (lexique électromécanique créole, français, anglais,
espagnol) réalisé par la Faculté de Linguistique Appliquée, de l’Université
d’État d’Haïti. Il s’agit d’un document inédit de 16 pages comprenant 516
entrées traduites en ces quatre langues, mais dont l’impression a eu lieu en
2003. Les entrées provenant de ce lexique sont signalées par le sigle LEM
entre parenthèses, mis pour Leksik elektwomekanik.

Notre souci, dans cette recherche, est de rendre compte des traces de
l’anglais et de l’espagnol dans le lexique du CH synchronique. L’inventaire
sera suivi de quelques commentaires sur des éléments que nous aurons
observés dans la présentation des entrées en termes de régularités ou
d’irrégularités. Il sera aussi question de comparer, en termes quantitatifs, les
résultats obtenus pour les entrées d’origine anglaise avec celles d’origine
espagnole. Ces commentaires seront aussi assortis d’analyse selon ce que
nous aura suggéré l’observation.

La deuxième partie du livre est formée de mots créoles composés selon
un procédé particulier qui consiste à prendre un mot créole considéré comme
base lexicale à laquelle on ajoute le suffixe d’origine anglaise mann (de man
= homme). Ce procédé particulier de formation de mots relève plutôt du
domaine de la morphologie. Le CH emprunte le morphème « man » qu’il
adapte à sa phonologie (et qui devient « mann ») et l’emploie comme suffixe
sur des bases nominales créoles pour former des termes qui sont créoles au
même titre que n’importe quel autre terme indigène de la langue. On verra
que ce suffixe est si bien acclimaté dans la langue qu’il est à l’origine de la
formation d’un nombre important de mots. Les mots qui contiennent cet
élément seront traités normalement à l’intérieur de l’étude mais une analyse
assortie de commentaires sur leur comportement lexico-sémantique et
23


phonologique sera présentée avec une dimension plus « textualisée ». La
majorité des éléments de cette partie ne se trouve pas dans le DKV parce que
5ce sont pour la plupart des néologismes qui sont utilisés par des groupes
particuliers de locuteurs.

Quand nous l’aurons estimé nécessaire, certaines entrées seront suivies
de commentaires explicatifs qui seront présentés soit sous l’étiquette de
« remarque » soit sous celle d’« observation » ou d’« histoire ». L’objectif de
cette présentation explicative est d’éclairer la compréhension du lecteur sur
la manière d’aborder le sémantisme de l’entrée en cause.

Précisons que nous avons aussi considéré dans notre corpus des
éléments d’origine anglaise ou espagnole que le CH n’emprunte pas
directement à ces langues mais via le français qui, lui-même, les a, à un
certain moment, empruntés à l’anglais ou l’espagnol. C’est le cas, par
exemple, pour l’anglais, de : chèk, enflasyon, foto ou fotografi, kanif, klonaj,
komite, kontredans, plastik, rasyo, resital, vantilatè, vejetaryen, vitamin,
etc. ; ou pour l’espagnol : aza, chokola, kabòch, kanibal, karamèl, manchèt,
pakoti, platin, sakit, sigarèt, tabak, tomat, womans, etc.
Présentation du livre
Le livre est divisé en trois parties. La première présente les emprunts du
créole à l’anglais. Dans la deuxième présente une étude sur une catégorie
particulière de mots créoles d’origine anglaise formés selon la formule
« nom créole + le suffixe –mann » (de man en anglais signifiant homme). La
troisième présente les emprunts du CH à l’espagnol. Viennent ensuite des
éléments de synthèses sous la forme de discussions des résultats de l’étude et
la conclusion générale.

Les entrées sont présentées par ordre alphabétique avec leur traduction
en anglais ou en espagnol suivant leur origine, puis en français. Elles sont
d’abord données en créole, puis est proposé le terme anglais ou espagnol
dont elles sont dérivées avant de donner leurs équivalents en français. Pour
passer du créole à l’anglais ou à l’espagnol, nous utilisons un slash et un
double slash pour passer au français. Chacune des entrées est explicitée par
un énoncé en créole qui est d’abord traduit en français avant de l’être en
anglais ou en espagnol. Les exemples sont traduits du créole au français puis
à l’anglais ou l’espagnol. Nous passons ainsi de la langue première des

5 Soulignons que la néologie, plus que l’emprunt, est un phénomène naturel de la langue et de
la communication. Du grec neo = nouveau et logos = étude ou discours, la néologie est une
discipline de la linguistique qui s’occupe d’étudier les mots nouveaux d’une langue, mais
aussi le(s) sens nouveaux qu’un mot vient à prendre dans la langue.
24


Haïtiens à leur langue seconde pour aboutir à la langue étrangère : anglais ou
espagnol suivant le cas.

La traduction en français a un double intérêt. Elle permet de faire
remarquer la distance entre le créole et le français en montrant aussi que les
deux langues sont différentes et ne courent pas sur un même rail, aussi
proches ou parentes qu’elles soient. Les traductions en anglais et en espagnol
montrent que, souvent, en synchronie, le terme ou l’expression créole dérivé
de l’anglais ou l’espagnol peut subir des modifications sémantiques et
phonologiques. Aussi, comme il est fait remarquer dans le Dictionnaire de la
linguistique (2004 : 124),

Les problèmes linguistiques posés par l’emprunt sont surtout : l’intégration au
système phonologique de la langue emprunteuse, les modifications de sens, et
le réajustement des paradigmes lexicaux troublés par le mot nouveau.

Autant dire que le travail est présenté en quatre langues : créole,
français, anglais, espagnol. La traduction des exemples sert à montrer des
choses intéressantes. Par exemple, les traductions permettent de montrer la
distance sémantique qui sépare le créole des autres langues convoquées.
Parfois, le sens du terme créole se rapproche de celui de l’anglais dont il est
dérivé mais s’éloigne du terme français correspondant. En outre, elles
témoignent du fait que le mot créole peut être dérivé d’un mot anglais ou
espagnol sans toutefois garder le même sens de l’une à l’autre langue. Mais,
il y trouvera, si on le cherche bien, au moins un sème commun entre les
différentes unités considérées d’une langue à l’autre.

Les entrées créoles sont suivies par leur transcription phonétique afin de
permettre à ceux qui ne connaissent pas très bien la graphie du CH et la
prononciation qui va avec elle de pouvoir lire les entrées. La prononciation
notée à partir des signes de l’Alphabet phonétique international est suivie de
l’identification de la classe grammaticale de l’entrée. Pour la plupart des
entrées, quand la nécessité se fait sentir, le sens général est précisé entre
parenthèses : il est indiqué si le sens du mot que représente l’entrée s’oriente
vers la mécanique, l’automobile, le commerce, l’informatique, l’électricité,
l’électronique, le sport, etc. La classe grammaticale et l’orientation
sémantique générale sont indiquées à partir d’une abréviation se retrouvant
dans la liste suivante.




Abréviations et autres signes significatifs
Nous employons les abréviations et les signes ou symboles significatifs
suivants dans notre travail :

abrév. : abréviation

acron : acronyme

adj. : adjectif

adm. : administration

adv. : adverbe

autom. : automobile

CH : créole haïtien

ciném. : cinéma

CNRTL : Centre national de Ressources textuelles et lexicales

com. : commerce

comm. : communication

culin. : culinaire

DKV : Diksyonè kreyòl Vilsen

écon. : économie

électr. : électrique

électron. : électronique

expr. : expression

fam. : familier

27


fig. : figuré
info. : information

inform. : informatique

interj. : interjection

LEM : Leksik elektwomekanik (lexique électromécanique)

LGRLF : Le grand Robert de la langue française

loc. : locution

méc. : mécanique

mode : mode

mus. : musique

n. : nom

onom. : onomatopée

p. : page

pp. : pages

rel. : religion

télécom. : télécommunication

sport : sport

subst. : substantif

v. : verbe

vulg. : vulgaire

± est utilisé pour indiquer un sens contextuel, c’est-à-dire le sens qui est
celui qui correspond à celui que le terme créole a généralement ;

= indique le mot français correspondant au sens du mot créole considéré

28


/ marque le passage du créole au français ;

// indique le passage du créole à l’anglais ou à l’espagnol après le passage au
français.

* indique que le mot en cause est une entrée dans le livre.




Première partie :
Les emprunts à l’anglais





A
Adaptè [adaptè] n. (électr.) / adaptor // adaptateur
Se yon adaptè 6 vòl ki kapab rechaje telefòn selilè mwen an. / Mon
téléphone cellulaire se recharge au moyen d’un adaptateur 6 volts. // My
cellullar phone can be charged with a 6 volt adaptor.

Admisyon [admisJI] n. (adm.) / admission // droits d’admission (DKV)
Òkès Twopikana ap fè yon konsè samdi pwochen nan Klèb*
Entènasyonal. Admisyon an se 200 goud. / L’orchestre Tropicana se
produira en kermès ce samedi au Club International. Le billet d’entrée se
vend à 200 gourdes. // Tropicana orchestra will perform in a concert next
Saturday at the International Club, the admission is 200 gourdes.

Observation : Il ne fait aucun doute que le mot « admisyon » est d’origine latine.
Mais l’acception qu’elle prend dans cette glose précise est empruntée à
l’angloaméricain.

Aftèchev [aftèHév] expr. / after shave / crême après rasage
Depi Mezidò ap sèvi avèk aftèchev la li pa gen bouton nan figi ankò lè li
fin fè bab li. / Depuis que Mezidò utilise la crême après rasage il ne se
développe plus d’acnée sur son visage. // Since Mezidò starts using after
shave, he has never had pimples on his face.

Aftèskoul [aftèskUl] expr. / after school / « after school »
Apre 2 semèn egzamen, mwen pral pran plezi mwen nan yon aftèskoul
vandredi sa a. / Après deux semaines d’examens, je vais m’offrir une
partie de plaisir ce vendredi à un « after school ». // After two weeks of
exams, I’ll have fun to an « after school » this friday.

Observation : Cette expression désigne une activité festive visant des élèves ou des
étudiants qui reviennent de l’école ou de la faculté. Elle est nouvelle dans
l’expérience linguistique haïtienne. Elle s’est popularisée à partir d’un spot
publicitaire que le Parquet du tribunal civil de Port-au-Prince fait diffuser à la radio
pour lutter contre la délinquance juvénile. Elle exprime une partie de plaisir à
laquelle prennent part des élèves en revenant de l’école en fin de journée.

Akè [akè] n. / hacker // pirate informatique
Sistèm enfòmatik antrepriz la viktim yon aksyon malonèt yon akè pèsonn
pa rive idantifye. / Le système informatique de l’entreprise est victime
d’une action malhonnête d’un hacker que personne n’est parvenu à
33


identifier. // The enterprise’s computer system is victim of a dishonest
action from an unknown hacker.

Aki [aki] n. / akee // akee
Mwen sitèlman anvi manje yon aki mwen ap oblije planifye pou mwen
ale Okap ayisyen pou mwen kapab jwenn li. / J’ai tellement envie de
manger de l’akee que je suis obligé de planifier de me rendre au
CapHaïtien en vue d’en trouver. // I feel like eating akee to such an extent
that I’m obliged to plan to go to Cap Haitian to find it.

Observation : Le terme « aki » est un régionalisme du nord. Il serait d’origine
jamaïcaine. Il désigne dans le domaine culinaire un plat spécial à la manière de la
soupe au giraumont en Haïti le Jour de l’An. Il est préparé avec un fruit du même
nom dont la chair jaunâtre est savoureuse.

Alawonnbadè [alawInbadè] expr. // all around by there / tout le
monde à la fois (DKV)
Se pou tout moun alawonnbadè vini lamès dimanch, sinon yo ap pran
pinisyon. / Tout le monde sans distinction doit venir assister à la messe ce
dimanche, sinon on sera puni. // Everybody, without discrimination, must
participate in this Sunday mass, otherwise punishment will be applied.

Alo ! [alo] interj. / hallo ! ou hello ! // allô ! (DKV)
Telefòn nan ap sonnen. Dekwoche epi di « alo ! » pou reponn. / Le
téléphone sonne. Décroche et dis « allô ! » pour répondre. // The phone is
ringing. Pick up and say « allo ! » to answer.

Alowin [alowin] n. / Halloween // Halloween (DKV)
Alowin se yon fèt fòklorik yo fete nan peyi anglosakson yo pandan yo ap
distribye sirèt nan nuit 31 oktòb pou rive premye novanm, lavèy
Latousen. / Halloween est une fête folklorique célébrée dans les pays
anglo-saxons, en distribuant des bonbons, dans la nuit du 31 octobre au
er1 novembre, la veille de la Toussaint. // Halloween is well known
folkloric holiday celebrated in the English speaking countries during
which people distribute candies in the nights of October 31, and
November 1, the eve of All Saints’ Day.

AM [aèm] abrév. / AM (amplitude modulation) // modulation
d’amplitude
An Ayiti, se de sèl estasyon radyo ki fonksyone sou bann AM. Tout lòt
yo fonksyone sou bann FM*. / En Haïti, deux stations de radio seulement
fonctionnent sur la bande AM. Toutes les autres fonctionnent en FM. // In
Haiti, only two radio stations function on AM Band. The others work on
FM Band.
34


Amonika [amonika] n. (mus.) / harmonica // harmonica (DKV)
Gen yon seri chanson, pou ou jwe yo sou amonika, li mande pou ou pa
gen souf kout. / Il y a des chansons, pour les jouer sur un harmonica, il
faut avoir du souffle. // There are songs, to play them on harmonica, it
requires not have short breath.

Andikap [Bdikap] n. / handicap [hand et cap] // handicap (DKV)
Gen plizyè nivo andikap : avèg, soud, bòy, estwopye, malfòmasyon nan
kò oswa menm nan kè, elatriye. / Il y a divers degrés de handicaps :
cécité, surdité, être borgne, être estropié, malformation au niveau du
corps et même au niveau du cœur, etc. // There are many kinds of
handicaps : blindness, deafness, one-eye, crimple, congenital deformation
in the body, and in the heart, etc.

Observation : Le terme « andikap » est un mot composé formé de deux mots
anglais « hand » (main) et « cap » (chapeau). Il semble fonctionner comme une
forme métaphorique où le sujet serait atteint d’une certain dysfonctionnement
moteur qui le contraint à porter sa main à son chapeau constamment : d’où
l’association anglaise « hand-in-cap ».

Andispò [BdispO] n. (sport) / de handicap + sport // handisport
Malgre Polito gen yon andikap, li kanmenm rive chanpyon nan
chanpyona nasyonal andispò ministè pou espò ak lajenès te òganize a. /
Malgré le handicap de Polito, il arrive à être champion au championnat
national de handisport que le ministère des sport et de la jeunesse avait
organisé. // In spite of Polito’s handicap, he becomes champion in the
national championship of handisport that the ministry of sport and youth
had organized.

Anmbègè [Bmbègè] n. / hamburger // hamburger (DKV)
Mwen grangou men mwen pa ta renmen manje anmbègè. Mwen ta
prefere jwenn yon diri a lalo. / J’ai faim mais je n’aurais pas aimé manger
de hamburger. Je voudrais de préférence me trouver du riz au « lalo ». //
I am hungry but I shouldn’t like to eat hamburger. I would like to have
rice with the Haitian vegetable called « lalo ».

Anplifayè [BplifaJè] n. (électron.) / amplifier // amplificateur
Pi fò moun nan asistans lan p ap kapab tande diskou direktè a. Anplifayè
a an pàn, vwa li p ap kapab rive touche tout moun. / La majorité des
membres de l’assistance n’entendra pas le discours du directeur.
L’amplificateur étant en panne, sa voix ne pourra pas atteindre tout
le monde. // The most of the assistance members won’t hear the principal
speech. The amplifier is broken down, so he won’t be able to reach all the
assistance.
35


Antreprenèchip [BtréprénèHip] n. / entrepreneurship // esprit
d’entreprise, dynamisme commercial
Mesye Malivè monte gwo antrepriz sa a se vre, men mwen pa sèten li ap
reyisi paske li manke konprann antreprenèchip. / M. Malivè a certes
monté cette grande entreprise mais je ne suis pas sûr qu’il réussisse car il
n’a pas un esprit d’entreprise éclairé. // Mr Malivè has certainly built this
big business but I’m not sure he’ll succed for he doesn’t have an
entrepreneurial spirit.

Aplikasyon (fè yon) [fèJIaplikasJI] expr. (adm.) // fill an application
form / postuler (DKV)
Depi ou al mande travay nan yon enstitisyon yo oblije ou fè yon
aplikasyon nan lang fransè. / Dès qu’il s’agit de postuler à un emploi dans
une institution, on vous oblige à remplir un formulaire en français. // As
soon as you apply for a job, you must fill an application form in French.

Arawout [arawUt] n. / arrow-root // arrow-root (DKV)
An Ayiti nou sèvi avèk farin arawout pou fè manje pou ti bebe. / En
Haïti, on se sert de la farine d’arrow-root pour nourrir les bébés. // In
Haiti, they use arrow-root flour to feed babies.

Observation : Le terme est formé de deux mots anglais « arrow » = flèche et
« root » = racine. Il désigne une racine dont on se sert du tubercule pour nourrir des
bébés après avoir été râpée et transformée en fécule.

Areya [aréJa] n. / area // zone, espace, parage
Depi de (2) zè mwen ap chèche ou Jakiso mwen pa ka wè ou, ki kote ou
te ye ? – Se nan areya la a mwen te ye wi ! / Depuis deux heures je te
cherche Jakiso et je ne peux pas te trouver, où étais-tu passé ? – J’étais
dans les parages ! // I have been looking for you since two o’clock and I
can’t see you, Jakiso, where were you ? – I was in the area.

Areyakòd [aréJakOd] n. / area code / indicatif téléphonique
Mwen dwe rele premye pitit gason mwen an ki ap viv nan eta Nouyòk. Ki
areyakòd Nouyòk ? / Je dois téléphoner à mon fils aîné qui vit à New
York. Quel est l’indicatif téléphonique de cet État ? // I have to call my
elder son who is in New York State. What is the area code of New York ?

ATM [atéèm] ou [étiJèm] n. (électron.) / Automatic Teller Money //
distributeur de billets de banque
Rele teknisyen an pou mwen byen vit ! ATM nan kenbe kat bankè mwen,
li pa livre li. / Appelez-moi le technicien tout de suite ! Le distributeur de
billets (de banque) a retenu ma carte qu’il ne me rend pas. // Call the
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technician for me right away ! The ATM has kept my bank card, it hasn’t
pushed it out.

Awo [awo] n. / arrow // « aussi droit qu’une flèche » (DKV)
Chemiz la awo ! Li chita sou Lison tankou si se sou li yo te taye ! Li fè li
byen anpil ! / La chemise est très bien faite (elle est aussi parfaite qu’une
flèche). Elle épouse le corps de Lison comme si elle était taillée sur lui.
Elle lui va comme un gant ! // The shirt is very « arrow » ! It fits Lison as
it was made for him !

Awout [awUt] n. (sport) / out // hors de, dehors
Balon an awout epi jwè yo kontinye ap diskite sou fot abit la sifle a. / Le
ballon est hors du champ de jeu tandis que les joueurs continuent de se
disputer sur la faute que l’arbitre a siflée. // The ball is out of the field and
the soccer players continue to discuss the fault committed.

Awoutlèt bòks [awUtlètbOks] n. (életr.) / outlet box // boîte de
dérivation (LEM)
Kouran pa sikile nan tout kay la : awoutlèt bòks la fonksyone mal. / Le
courant ne circule pas dans toute la maison : la boîte de dérivation est
défectueuse. // The house is out of current : the outlet box doesn’t work
properly.

Awout òf mayk [awUtOfmaJk] n. / out of mike // hors du
micro(phone)
Mwen ta renmen oditè a pa rakwoche, mwen genyen yon enfòmasyon
mwen ap mande li awout òf mayk. / J’aurais aimé que l’auditeur ne
raccroche pas, j’ai une information à lui demander hors micro. // I’d like
the listener not hang up, I’ve an information to ask him out of mike.

Awout òf rikòd [awUtOfrikOd] n. / out of record // hors du
micro(phone)
Voir l’entrée « awout òf mayk ».

Awoutpout [awUtpUt] n. (életr.) / Output // output, sortie (de courant)
Li difisil pou nou fè aparèy la jwe paske li pa gen awoutpout. Nou p ap
kapab voye kouran ladan. / Il est difficile d’allumer l’appareil parce qu’il
n’y a pas de sortie de courant. Le courant ne pourra pas y entrer. // It is
difficult to turn on this set because it has not an output. We cannot input
the current.

Awoutsay [awUtsaJ] n. (sport) / outside // hors jeu
Gòl la pa bon ! Abit la te gentan siyale atakan an te awoutsay ! / Le but
n’a pas été validé ! L’arbitre a signalé que l’attaquant était hors jeu. // The
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gaol is not good ! The referee has already whistled that the striker was
outside !

Awoutsaydè [awUtsaJdè] n. (sport) / outsider // outsider
Abit la soufle awoutsay epi li bay awoutsaydè yon katon jòn. / L’arbitre a
signalé un hors-jeu et il a donné un carton jaune à l’outsider. // The
referee whistled outside and then he gave a yellow card to the outsider.

Aydonkè [aJdIkè] expr. / I don’t care // cela m’importe peu
Aydonkè ! Ou vle vini, vini, ou vle rete, rete. Se sèl ou ki konnen sa ki
bon pou ou. / Cela m’importe peu, si tu veux venir, tu viendras, sinon,
tant pis. Tu es le seul à savoir ce qui est bon pour toi. // I dont’t care !
You’ll come if you want, if not, you stay. You are the only one who
knows what is good for you.

Aydonmay [aJdImaJ] expr. / I don’t mind // cela m’importe peu
Ou vle etidye pou ou pase, se ou ki konnen. Si ou pa vle etidye pou ou
pase tou, se ou ki konnen. Aydonmay ! / Si tu veux étudier pour réussir tu
le feras, si tu ne veux pas, c’est ton affaire. Cela m’importe peu ! // If you
want to success you have to study. If not, it is up to you. Anyway, I don’t
mind.

Ayfay [aJfaJ] abrév. (électron.) / hi-fi (de high fidelity) // haute-fidélité
Aparèy ayfay yo gen yon gwo kalite son. / Les appareils hi-fi
(hautefidélité) possèdent une haute qualité sonore. // The hi-fi sets have a great
sound quality.

Ayfòn [aJfOn] n. (électron.) / i-phone // i-phone
Aparèy telefòn pòtab mwen an se yon ayfòn, se pa yon blakberi*. / Mon
appareil de téléphone portable est un i-phone, mais non un BlackBerry. //
My cellular phone is an i-phone, it’s not a BlackBerry.

Ayik [aJik] adj. / hiked // épuisé, exténué par une activité (DKV)
Ti moun nan kriye jouktan li ayik. Kounye a, menm vwa li ou pa kapab
tande ankò. / L’enfant devient exténué à force de pleurer. À présent on ne
peut même plus entendre sa voix. // The child cried until he becomes
hiked. Now, he is out of loud voice.

Aypad [aJpad] n. (électron.) / i-pad // i-pad
Mesye Mirabo fenk achte yon aypad. Ti aparèy la sanble ak yon ti bijou
entelijan ki genyen yon pakèt fonksyon. / Monsieur Mirabo vient
d’acheter un i-pad. Le petit appareil ressemble à un petit bijou intelligent
aux fonctionnalités multiples. // Mr Mirabo has just bought an i-pad. This
little set looks like a multipurpose smart jewel.
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Aypòd [aJpOd] n. (électron.) // i-pod / i-pod
Aypòd mwen an gen yon kapasite 8 jiga bay. Mwen gen plis pase nèf san
tit mizik sou li. / Mon i-pod a une capacité de 8 giga bites. Il y a plus de
neuf cents titres de musique. // My i-pod gets a capacity of 8 jiga byte. I
have more than nine hundred music titles on it.

Azamann [azamBn] n. / aza + man / joueur de hasard
Doriska se yon azamann. Li toujou ap jwe pokè ak lòt jwèt aza pou kòb. /
Doriska est un joueur de hasard. Il joue toujours au poker et autres jeux
de hasard en vue de gagner de l’argent. // Dorisca is an « azamann »
(gambler). He always plays poker and the other games of chance for
money.
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B
Ba [ba] n. / bar (room) // bar (DKV)
Pandan m ap pase sou Channmas la, mwen wè Jano chita nan yon ba ap
rafrechi kè li. / J’ai vu Jano au Champ-de-Mars en train de se rafraîchir
dans un bar. // While going through Champs-de-Mars, I saw Jano
hanging out at a bar room.

Babay [babaJ] adv. / bye // au revoir (DKV)
Se te yon plezi pou mwen te pale ak ou. Mwen espere nou va wè demen !
Babay ! / C’était un plaisir de discuter avec vous. J’espère que nous
pourrons nous revoir demain. Au revoir ! // It was a pleasure to talk to
you, I hope we will see each other tomorrow. Bye !

Babèchòp [babèHOp] n. / barber shop // salon de coiffure
Bonjou, ki kote mwen kapab jwenn yon babèchòp pou mwen fè bab
mwen nan zòn nan ? / Bonjour, où puis-je trouver un salon de coiffure
afin de me faire raser la barbe ? // Good morning ! Where could I find a
barber shop in order to have my beard cut, please ?

Babekyou [babékJU] n. / barbecue // barbecue
Hm ! Sant babekyou a fè dlo kouri nan bouch mwen : brezye a tèlman
byen chofe ! / Mh ! Le barbecue sent bon ! Cela me met l’eau à la
bouche : le braisier est tellement bien chauffé ! // Hm! The smell of this
barbecue makes my mouth water : the charcoal is so hot !

Observation : Le CH retient le mot babekyou de l’anglais (la prononciation surtout
est de l’anglo-américain) qui lui-même l’aurait emprunté à l’espagnol (de barbacoa
= viande grillée). Le terme est passé au CH via l’anglo-américain à travers des
activités touristiques notamment à Port-au-Prince vers les années 1970.

Badbòy [badbOJ] n. / bad boy // malin
Depi maten mwen ap flate Jakso pou li ale avèk mwen nan mache a men
li pa vle, li pito fè badbòy ak mwen. / Depuis ce matin je flatte Jakso pour
qu’il m’accompagne au marché, mais il ne veut pas, il préfère jouer au
« bad boy » avec moi. // I have been persuading Jakso to go to the market
with me since this morning, but he doesn’t want to, he prefers acting like
a bad boy.

Observation : Dans le parler de beaucoup de jeunes et adolescents, aujourd’hui on
entend davantage la prononciation « badbway ». Ces derniers estiment cette forme
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plus populaire que « badbòy » car, au fond, ce qu’ils cherchent dans ce type
d’emprunt, c’est le côté populaire.

Badj [badj] n. (adm.) / badge // badge
Pou yon moun rive antre nan lakou lekòl la fòk li montre badj li pou yo
kapab idantifye li kòm elèv lekòl la. / Pour que quelqu’un ait accès à la
cour de l’école, il faut qu’il montre son badge afin qu’on puisse
l’identifier comme un élève. // You have to show your badge in order to
identify yourself before entering the school.

Badmintonn [badmintIn] n. (sport) / badminton // badminton
Gen yon chanpyona badmintonn ki ap kòmanse nan Jimnazyòm Vensan
wikenn* pwochen. / Un championnat de badminton débutera au
Gymnasium Vincent le week-end prochain. // A badminton tournament
begins this week-end at Vincent’s gymnasium.

Badtrip [badtrip] expr. / bad trip // mauvaise plaisanterie
Aa, monchè ! Mwen envite w nan fèt la ou fin asire mwen ou prale epi
kounye a ou di ou pa prale ankò. Ou ap fè badtrip ! / Ah, mon cher ! Je
t’ai invité à la fête, tu m’as rassuré que tu y irais et maintenant tu dis que
tu n’iras plus. Tu fais une mauvaise plaisanterie ! // Hey, man ! You made
sure that you would go to the party I invited you to and now you say that
you won’t go anymore. That’s a bad trip !

Observation : Si, en général, des locuteurs se donnent l’habitude de prononcer
« badtrip », on entend souvent des jeunes et des adolescents prononcer davantage
« badtchwip », sans doute en essayant de se rapprocher de la prononciation
angloaméricaine.

Baf [baf] n. (électron.) / baffle (loudspeaker) // baffle, haut-parleur
Vwa predikatè a pa rive kouvri tout legliz la nèt. Baf yo gwo se vre men
yo manke repete. / La voix du prédicateur n’arrive pas à couvrir toute la
salle. Les hauts-parleurs sont géants certes, mais la hauteur du son qu’ils
émettent n’est pas proportionnelle à leur taille. // We can’t hear the
preacher’s voice. The speakers are big but they don’t provide the audible
sound that they should, they just don’t work properly.

Bagaj [bagaj] n. / baggage // bagage (± malèt)
Pasaje yo rive ta : avyon an te dekole aprè twa zè reta. Sa ki pi rèd la, pi
fò nan yo pa jwenn bagaj yo. / Les passagers sont arrivés tard : l’avion a
décollé après trois heures de retard. Qui pis est, la majorité d’entre eux
n’ont pas retrouvé leurs bagages. // The passengers arrived late : the plane
had taken off three hours late and what is the worse, most of the
passengers could not find their baggages.
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1. Bak [bak] n. / back // recul, retour (DKV)
Pandan chofè a ap fè kamyon an fè bak li kraze yon ti machin ki te kanpe
dèyè a. / Tandis que le chauffeur faisait le camion faire marche arrière il a
écrabouillé une voiturette qui stationnait par là. // The driver crashed a
parked car while he was backing his truck.

2. Bak [bak] v. / be back // retourner, être de retour
Ou pa bezwen depasyante, mwen ap bak nan yon ti moman. / Ne
t’impatiente pas. Je suis de retour dans un tout petit moment. // Don’t be
impatient, I’ll be back in a few moment.

1. Bakgrawonn [bakgrawIn] n. / background // arrière-plan
Pandan atis la ap pale, didje* a te ap pase yon mizik enstrimantal Kenny
G an bakgrawonn. / Tandis que l’artiste parlait, le disc-jockey diffusait en
arrière-plan une musique instrumentale de Kenny G. // While the artist
was talking, the Dj was playing one of Kenny G’s instrumentals as a
background music.

2. Bakgrawonn [bakgrawIn] n. / background // formation
Mesye Wozantal se yon nèg ki gen gwo bakgrawonn : li etidye syans
jiridik, teyoloji epi li pwofesè nan inivèsite. / Monsieur Wozantal est
quelqu’un qui a une bonne formation : il a étudié les sciences juridiques,
la théologie et est professeur à l’université. // Mr Wozantal has a strong
personal background : he studied law, theology and he is professor at the
university.

Bakofis [bakofis] n. (adm.) / back office // service de saisie de données
Wozita travay nan sèvis bakofis nan bank lan. Ou gen dwa antre nan
biwo a ou pa wè li. / Wozita travaille au service de saisie de données à la
banque. Il est possible que tu entres au bureau et que tu ne la voies pas. //
Wozita is working at the back office of the bank. It is possible not to see
her when you enter the office.

Observation : En octobre 2008, une société privée de banque haïtienne fait publier
une offre d’emploi (en français) dans le quotidien haïtien Le Nouvelliste en vue de
recruter de nouveaux employés pour son service de micro crédit. Dans cette
annonce, il fait mention que les nouveaux recrutés allaient être attachés aux services
de « back office » et « front office ».

1. Bakòp [bakOp] v. (inform.) / back up // sauvegarder
Tout moun dwe bakòp dokiman enpòtan yo anka òdinatè a ta vin gen yon
pwoblèm. / Tout le monde doit sauvegarder ses documents importants sur
un support sûr au cas où l’ordinateur cesserait de bien fonctionner. //
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Everyone must back up his/her important files in case the computer stops
working.

2. Bakòp [bakOp] n. / backup // support
Ou fè òdinatè a twòp konfyans ! Ou ta dwe anrejistre tout dokiman
enpòtan ou yo sou yon bakòp tankou kle USB, CD, etc. / Tu fais trop de
confiance à l’ordinateur ! Tu devrais enregistrer tous tes documents
importants sur d’autres supports tels clef USB, CD, etc. // You should not
trust your computer too much ! You should use a USB, a CD as a backup
to keep your important files safe.

3. Bakòp [bakOp] n. / backup // renfort
De polisye senk bandi t ap eseye dezame mande yon patwouy lapolis ki te
tou pre yo a bakòp, lè yo debake, yo rive arete twa nan bandi yo ki pa te
gen tan sove. / Deux policiers que cinq bandits cherchaient à
désarmer ont demandé du renfort à une patrouille de policiers qui étaient
dans le voisinage ; à leur arrivée, ils ont arrêté trois d’entre eux qui
n’avaient pas eu le temps de s’enfuir. // Two police officers whom five
gansters tried to disarm called for backup from a police patrol that was
nearby ; when they showed up, they finally arrested three bandits who
didn’t have time to escape.

Bakspes [bakspés] n. (inform.) / backspace // retour en arrière
Apiye sou bakspses pou ou kapab ale sou yon lòt liy pou fòme yon nouvo
paragraf. / Appuie sur la touche « backspace » en vue d’aller sur une
autre ligne et former ainsi un nouveau paragraphe. // Press backspace to
go to another line to elaborate a new paragraph.

Bamann [bamBn] n. / barman // barman (DKV)
Oo ! Papa Bondye ! Mwen bliye bay bamann nan tep* ! Bon se pa grav,
mwen va ba li kichòy lè mwen retounen nan restoran an yon lòt fwa. /
Oh ! Mon Dieu ! J’ai oublié de laisser du pourboire au barman ! Bon, ce
n’est pas grave, je lui donnerai quelque chose une fois de retour au
restaurant. // Oh ! My god ! I forgot to give a tip to the barman. Anyway,
it doesn’nt really matter, I’ll give him something when I get back to the
restaurant.

Bandjo ou bendjo [bBdjo] ou [bCdjo] n. (mus.) / banjo // bandjo
(DKV)
Bendjo ak gita se enstriman ki fonksyone avèk kòd, men yo pa gen
egzakteman menm karakteristik. / Le banjo et la guitare sont deux
instruments à cordes mais ils n’ont pas exactement les mêmes
caractéristiques. // Bandjos and guitars are stringed instruments, but they
are two different musical instruments.
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