Les éducateurs face à la radicalisation

Les éducateurs face à la radicalisation

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Français
109 pages

Description

Cet ouvrage tente de chasser le mythe de la radicalisation en s'appuyant à la fois sur un travail théorique et sur le terrain de la prévention spécialisée. L'auteure s'appuie sur son itinéraire de vie comme point de départ qui, si l'on se réfère à la grille de lecture actuelle construite par les services de renseignement et de sécurité, indique qu'elle est une ancienne radicalisée. Cette découverte tout à fait surprenante, pour cette éducatrice en prévention spécialisée, l'amène à se questionner et à interroger cette notion de radicalisation au prisme des sciences humaines qu'elle nommera phénomène dit de radicalisation. Elle examine, à travers lui, les pratiques des acteurs de la prévention spécialisée qui entrent parfois en contradiction avec soixante-dix ans d'histoire et de lutte pour préserver leurs spécificités.

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 11 juillet 2019
Nombre de lectures 1
EAN13 9782336877174
Langue Français
Poids de l'ouvrage 1 Mo

Informations légales : prix de location à la page €. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

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Éducateurs et Préventions
Collection dirigée par Pascal LE REST
Les éducateurs travaillent dans l’ombre et contribuent dans le quotidien à la résolution de situations
complexes, souvent dramatiques et douloureuses. Ils interviennent dans des internats pour enfants, pour
adolescents et pour adultes, dans des institutions pour déficients visuels ou auditifs, en direction des
personnes handicapées physiquement ou mentalement. Dans la rue, ils travaillent, sans mandat et dans le
respect de l’anonymat, à restaurer des liens affectifs, sociaux, psychologiques. Ils sont missionnés par la
justice pour accompagner des enfants en difficultés ou sont présents en milieu carcéral pour aider les
détenus à la réinsertion sociale et professionnelle. Tous, avec courage et détermination, luttent à l’aide
d’outils spécifiques, de méthodes et de pratiques de terrain élaborées pour améliorer les conditions de
vie des usagers et de leurs familles et prévenir des risques de récidive, d’inadaptation, de désaffiliation,
de rupture scolaire ou familiale.
La collection veut donner la parole aux éducateurs pour mettre en lumière leur finesse d’intervention,
les lignes de force qui sous-tendent l’étayage des préventions et transmettre la mémoire des pratiques.
Dernières parutions
Pascal LE REST, Mais qui veut la mort de la prévention spécialisée ?, Des premiers pas aux derniers
jours, 2019.
Ludovic LAVERLOCHERE, L’insertion professionnelle face au handicap psychique et mental, 2019.
Claire FLEURY-GORKOWSKI, De l’insertion à l’exclusion, 2018.
Véronique DURAND et Odile BOUDJELLOU LF ,amilles, pas sans vous !, Place et accompagnement
des familles dans le secteur médico-social, 2017.
Christine MAUREY, Chroniques d’une assistante sociale en milieu médico-social. « Cette nuit que je
n’dormais pas », 2016.
Tahar BOUHOUIA , La contre-productivité des institutions socio-éducatives. De l’émancipation à
l’assignation, 2015.
Hanane Bouseta






Les éducateurs face à la radicalisation
Le cas de la prévention spécialisée































© L’Harmattan, 2019
5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris
http://www.editions-harmattan.fr
EAN Epub : 978-2-336-87717-4R e m e r c i e m e n t s
À mon cher père,
À ma petite maman,
À ma précieuse et grande famille.
Je remercie Tahar Bouhouia d’avoir partagé mon aventure, de m’avoir ouvert une porte et de
m’avoir convaincue d’être une « tu peux ».
Je remercie également toutes les personnes qui m’ont accueillie dans le cadre de mon enquête.
Je remercie chaleureusement tous ceux qui ont participé à ce projet de livre par des relectures, des
mises en forme en particulier Pierre et Joanna, Lucie, Sabrina, Elsa, Aude, Franck, Nabil, Nazim,
Ibrahim, Cinthya, Mohamed, Amel, Martine.
Je remercie infiniment Françoise qui m’a conseillé et s’est rendue disponible pour moi, merci
pour ta générosité.Avant-propos de l’auteure
Le passé pour éclairer le futur
Cet ouvrage est issu d’une recherche élaborée dans le cadre du mémoire du Diplôme d’État en
Ingénierie Sociale ainsi que du Master de Recherche en travail social. La soutenance de ce travail a
obtenu les félicitations du jury ce qui a littéralement coupé le souffle de la candidate.
La candidate c’est moi, Hanane ! Moi qui pensais être atteinte du syndrome de l’imposture. J’étais
persuadée lors de ma formation que je n’étais pas à ma place, que je l’avais usurpée ou bien qu’il y
avait eu une erreur lors de la sélection. Moi qui avais obtenu mon baccalauréat au rattrapage et qui
avais passé quatre années pour obtenir mon DEUG au lieu de deux, j’étais là, tout en haut de
l’échelle. Ma seule conviction était de savoir que j’étais une combattante, non pas parce que je
pratiquais la boxe française, mais parce que j’avais l’envie furieuse d’apprendre et de sortir de mon
ignorance.
Le mémoire constituait le travail le plus conséquent de la formation. Et le choix du sujet était
difficile. Pour y parvenir, j’ai dû faire un travail d’auto-analyse afin d’identifier un fil conducteur.
L’objectif était de sortir de l’émotion et d’objectiver mon itinéraire social. Ce travail m’a permis
d’identifier les « traces » laissées dans mon parcours de vie, qui traversaient des noyaux de sens
importants. J’ai repéré que le phénomène dit de radicalisation était non seulement déjà inscrit dans
ma trajectoire sociale, mais qu’il était également déjà inscrit dans les fondements de la prévention
spécialisée avant d’apparaître dans les préoccupations politiques et médiatiques.
En effet, si je me réfère à la grille de lecture construite par les services de sécurité et du
renseignement que l’on retrouve dans le guide interministériel de prévention de la radicalisation,
alors il apparaît clairement que mon comportement dans ma période adolescente correspond à la
catégorie « radicalisation ». Cette grille qui prend la forme de tableau des indicateurs de basculement
est transmise à chaque service ou administration en contact avec la jeunesse. Dans cette logique,
l’association dans laquelle je travaille s’est retrouvée confrontée à ce phénomène et a décidé de s’en
emparer en proposant des séminaires de formation. Ma participation à ces instances m’a apporté
davantage de questionnements que de réponses. J’ai éprouvé un sentiment de frustration en tant
qu’actrice engagée dans l’accompagnement de jeunes qui tiennent des discours inquiétants avec des
velléités de départ en zone irako-syrienne. Car j’espérais trouver des outils, mais je me suis rendu
compte que cette thématique est très complexe.
C’est ainsi que j’ai décidé d’investir une posture de praticienne-chercheure afin d’éclairer d’une
part un phénomène qui me semblait très flou. J’ai souhaité observer et étudier le phénomène dit de
« radicalisation » en mobilisant des outils dédiés à la démarche scientifique.
Et j’ai souhaité d’autre part, étudier une organisation, la prévention spécialisée qui semble
s’inscrire dans une démarche réactive et instrumentée par les politiques publiques au lieu de jouer
son rôle d’interface. Cette démarche provoque ainsi un changement de destinataire de l’action et par
la même occasion une incompréhension et une démobilisation de l’actrice que je suis.
Cette recherche a particulièrement contribué à ma propre évolution en matière d’identité
professionnelle. Elle m’a amenée à forger une forme d’expertise concernant mon objet d’étude, et ce
grâce à la mobilisation des savoirs théoriques adéquats, mais aussi grâce à la production et à
l’utilisation d’outils dédiés à l’enquête de terrain.
L’un des effets inattendus de cette recherche est l’apaisement de ma souffrance au travail. Cette
distanciation me permet d’observer les dynamiques qui s’opèrent au sein de l’association dans
laquelle je travaille, et d’en comprendre le sens afin d’agir différemment.
En y réfléchissant, je me rends compte qu’au début je cherchais à comprendre les raisons qui
poussaient la prévention spécialisée à disparaître du paysage social. Au fur et à mesure de ma
recherche j’ai fait le choix de considérer ma question sous un angle constructif : au lieu de me
limiter aux contraintes qui conduisent le changement, j’ai choisi l’angle du pouvoir d’agir deséducateurs, des stratégies créatives qui permettent de réduire les écarts entre le travail prescrit et le
travail réel.
Dans cet ouvrage, j’ai ajouté une partie importante qui n’avait pas sa place dans le mémoire, mon
parcours social. Je prends le risque d’exposer mon itinéraire de vie aux lecteurs afin qu’ils
comprennent bien d’où je viens et d’où je parle.