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L'AFRIQUE DANS LA MONDIALISATION

De
246 pages
Qu'est-ce que la mondialisation ? Comment se manifeste-t-elle ? A quand remonte le phénomène ? La mondialisation est-elle le résultat d'une évolution naturelle et linéaire, procédant des seules forces du marché ? Ou bien, est-on en présence d'une stratégie dont les véritables maîtres d'œuvre opèrent dans l'ombre ? Ce livre cherche à apporter des éléments de réponse à ces questions, particulièrement au niveau de l'Afrique ciblée par la mondialisation tant dans son économie que dans sa culture.
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L'AFRIQUE DANS LA MONDIALISATION

Du même auteur

Echange inégal, ordre économique international, Nouvelles Editions Africaines, Dakar, 1977 : épuisé. Economie politique, Dakar 1979 : épuisé. tome 1: Economie descriptive, NEA, Théorie économique, NEA, africaines, Publisud

Economie politique, tome 2: Dakar, 1981 : épuisé.

Intégration économique. Perspectives (Paris), NEA (Dakar), 1985, épuisé. Economie politique pour l'Afrique, (Dakar), 1992 : épuisé.

UREF (Paris), NEAS

Sénégal. Les ethnies et la nation, L'Harmattan, Paris, 1994.

Makhtar DIOUF

L'AFRIQUE DANS LA MONDIALISATION

Préface de Samir AMIN

L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique 75005 Paris FRANCE

L'Harmattan Hongrie Hargita u. 3 1026 Budapest HONGRIE

L'Harmattan Italia Via Bava, 37 10214 Torino ITALlE

@L'Hannatlan,2002 ISBN: 2-7475-1975-9

Préface

Pendant la "période de Bandung" (1955-1975) les Etats du tiers monde avaient mis en œuvre des politiques de développement à vocation autocentrée (réelle ou potentielle), à l'échelle nationale presque exclusivement, précisément en vue de réduire la polarisation mondiale (de "rattraper"). Le résultat du succès inégal de ces politiques a été de produire un tiers monde contemporain fortement différencié. On doit distinguer aujourd'hui: Les pays capitalistes de l'Asie orientale (Corée du Sud, Taiwan, Hong Kong et Singapour) mais également derrière eux d'autres pays du Sud est asiatique (en premier lieu la Malaisie et la Thaïlande), comme la Chine, qui ont enregistré des taux de croissance qui se sont accélérés alors qu'ils s'affaissaient dans presque tout le reste du monde. Au delà de la crise qui les frappe depuis 1997 ces pays comptent désormais parmi les compétiteurs actifs sur les marchés mondiaux de produits industriels. Ce dynamisme économique s'est généralement accompagné d'une moins grande aggravation des distorsions sociales (point à nuancer et à discuter au cas par cas), d'une moins grande vulnérabilité (du fait de l'intensification des rapports intra-régionaux propres à l'Asie de l'Est, qui est du même ordre que celle qui caractérise l'Union Européenne) et d'une intervention efficace de l'Etat qui conserve un rôle déterminant dans la mise en œuvre de stratégies nationales de développement, fussent-elles ouvertes sur l'extérieur. Les pays d'Amérique latine et l'Inde disposent de capacités industrielles tout aussi importantes. Mais l'intégration régionale y est moins marquée (20 % pour l'Amérique latine). Les interventions de l'Etat sont moins cohérentes. L'aggravation des

inégalités, déjà gigantesques dans ces régions, est d'autant plus dramatique que les taux de croissance demeurent modestes. Les pays d'Afrique et des mondes arabe et islamique sont dans l'ensemble demeurés enfermés dans une division internationale du travail dépassée. Ils restent des exportateurs de produits primaires, soit qu'ils ne soient pas entrés dans l'ère industrielle, soit que leurs industries soient fragiles, vulnérables, non compétitives. Ici les distorsions sociales prennent la forme principale de gonflement des masses paupérisées et exclues. Pas le moindre signe de progrès de l'intégration régionale (intraafricaine ou intra-arabe). Croissance quasi nulle. Bien que le groupe compte des pays "riches" (les exportateurs de pétrole peu peuplés) et des pays pauvres ou très pauvres, il ne compte aucun pays qui se comporte en agent actif participant au façonnement du système mondial. Dans ce sens ils sont bel et bien marginalisés. Pour ces pays on pourrait proposer une analyse dans les termes de trois modèles de développement (agro-exportateur, minier, rentier pétrolier) et la renforcer par celle de la nature des différentes hégémonies sociales issues de la libération nationale. On verrait alors bien que "le développement" en question ici n'était guère qu'un\e tentative de s'inscrire dans l'expansion mondiale du capitalisme de l'époque et que, dans ces conditions, la qualification reste pour le moins qu'on puisse dire douteuse. Le critère de la différence qui sépare les périphéries actives de celles qui sont marginalisées n'est pas seulement celui de la compétitivité de leurs productions industrielles; il est aussi un critère politique. Les pouvoirs politiques dans les périphéries actives et derrière eux la société dans son ensemble (sans que cela n'exclut les contradictions sociales à l'intérieur de celle-ci) - ont un projet et une stratégie pour la mettre en œuvre. C'est le cas d'évidence pour la Chine, la Corée et à un degré moindre pour certains pays d'Asie du Sud-est, l'Inde, quelques pays d'Amérique latine. Ces projets nationaux se confrontent avec ceux de l'impérialisme dominant mondialement et le résultat de cette confrontation façonnera le monde de demain. Par contre les périphéries marginalisées n'ont ni projet (même lorsqu'une 6

rhétorique comme celle de l'Islam politique le prétend) ni stratégie propres. Ce sont alors les cercles impérialistes qui "pensent pour elles" et ont l'initiative exclusive des "projets" concernant ces régions (comme l'association CEE-ACP, le projet "Moyen Orient" des Etats Unis et d'Israël, les vagues projets méditerranéens de l'Europe), auxquels ne s'oppose en fait aucun projet d'origine locale. Ces pays sont donc des sujets passifs de la mondialisation. La différentiation croissante entre ces groupes de pays a fait éclater le concept de "Tiers Monde" et mis un terme aux stratégies de front commun de l'ère de Bandung (1955-1975). Néanmoins, les appréciations concernant la nature et les perspectives de l'expansion capitaliste dans les pays de l'ex tiers monde sont loin de faire l'unanimité. Pour certains les pays émergents les plus dynamiques sont sur la voie du "rattrapage" et ne sont plus des "périphéries" même si dans la hiérarchie mondiale ils se situent encore à des niveaux intermédiaires. Pour d'autres (dont moi même) ces pays constituent la périphérie véritable de demain. Le contraste centres/périphéries qui avait été de 1800 à 1950 synonyme de l'opposition économies industrialisées/économies non industrialisées, est aujourd'hui fondé sur des critères nouveaux et différents qu'on peut préciser à partir de l'analyse du contrôle des cinq monopoles exercés par la triade (contrôle des technologies, de l'accès aux ressources naturelles, du capital financier mondialisé, des communications, des armements de destruction massive). Quid des régions marginalisées? S'agit-il d'un phénomène sans antécédent historique? Ou au contraire de l'expression d'une tendance permanente de l'expansion capitaliste, un moment contrariée, dans l'après seconde guerre, par un rapport de force moins défavorable aux périphéries dans leur ensemble? Cela aurait été cette situation exceptionnelle qui avait fondé la "solidarité" du tiers monde (dans ses luttes anti-coloniales, ses revendications concernant les produits primaires, sa volonté politique d'imposer sa modernisation - industrialisation que les puissances occidentales tentaient de contrarier), en dépit de la variété des pays qui le composaient. C'est précisément parce 7

que les succès remportés sur ces fronts ont été inégaux que la cohérence du tiers monde et sa solidarité ont été érodées. En tout état de cause, même là où les progrès de l'industrialisation ont été les plus marqués, les périphéries contiennent toujours de gigantesques "réserves", entendant par là que des proportions variables mais toujours très importantes de leur force de travail sont employées (quand elles le sont) dans des activités à faible productivité. La raison en est que les politiques de modernisation - c'est à dire les tentatives de "rattrapage" - imposent des choix technologiques eux mêmes modernes (pour être efficaces, voire compétitifs), lesquels sont extrêmement coûteux en termes d'utilisation des ressources rares (capitaux et main d'œuvre qualifiée). Cette distorsion systématique est encore aggravée chaque fois que la modernisation en question est assortie d'une inégalité grandissante dans la répartition du revenu. Dans ces conditions le contraste entre les centres et les périphéries demeure violent. Dans les premiers cette réserve passive, qui existe, demeure minoritaire (variable selon les moments conjoncturels, mais sans doute presque toujours inférieure à 20 %) ; dans les seconds elle est toujours majoritaire. Les seules exceptions étant ici la Corée et Taiwan qui, pour des raisons diverses, sans oublier le facteur géostratégique qui leur a été favorable à l'extrême (il fallait les aider à faire face au danger de la "contamination" du communisme chinois), ont bénéficié d'une croissance sans pareille ailleurs. Dans l'hypothèse où les tendances dominantes en cours demeurent la force active principale commandant l'évolution du système à la fois dans son ensemble et dans ses différentes parties composantes, comment pourrait alors évoluer les rapports entre ce que je définirai comme l'armée active du travail (l'ensemble des travailleurs engagés dans des activités compétitives sur le marché mondial, au moins potentiellement) et la réserve passive (les autres, c'est à dire non seulement les marginalisés et les chômeurs mais également ceux employés dans des activités à faible productivité, condamnés à la paupérisation) ? 8

Selon certains les pays de la triade poursuivraient l'évolution amorcée par leur option néo-libérale et de ce fait une forte armée de réserve du travail serait reconstituée sur leur territoire même. J'ajoute que si, pour maintenir leur position dominante à l'échelle mondiale, ces pays se réorganisaient principalement autour de leurs cinq monopoles, abandonnant par là même des segments entiers des productions industrielles "traditionnelles" banalisées, reléguées aux périphéries dynamiques mais soumises par l'exercice de ces monopoles, la reconstitution de cette armée de réserve en serait d'autant plus importante. Dans les périphéries en question nous aurions également affaire à une structure duale caractérisée par la coexistence d'une armée active (ici employée dans les productions" industrielles banalisées ") et d'une armée de réserve. D'une certaine manière donc l'évolution rapprocherait les deux ensembles centre/périphéries, quand bien même la hiérarchie serait maintenue par les cinq monopoles. On a beaucoup écrit sur ce sujet et sur ce qu'il implique de révisions profondes concernant tant le concept même de travail que celui d'homogénéité relative produite par un système productif national et même de contraste centres/périphéries. La "fin du travail" annoncée dans cet esprit, et la "nouvelle société (dite) de réseaux" comme le projet sociétaire d'une recomposition de la vie sociale par et autour de l'interaction de "projets" (ce que certains appellent la "société de projets" par opposition à la société industrielle fordiste) constituent quelques uns des problèmes mis à l'ordre du jour par la futurologie. Dans toutes les formes de leur expression ces thèses n'envisagent plus la possibilité que les sociétés demeurent homogénéisées, fut-ce relativement, par la généralisation d'une forme dominante de rapports sociaux. Economies et sociétés à plusieurs vitesses s'imposeraient partout, tant dans les centres que dans les périphéries. On retrouverait ici et là un "premier monde" de riches et d'aisés, bénéficiant du confort de la nouvelle société de projets, un "second" monde de travailleurs durement exploités et un "tiers" (ou "quart") monde d'exclus.

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Les plus optimistes sur le plan de leurs espoirs politiques diront peut être que la juxtaposition d'une armée active et d'une armée de réserve sur les territoires des centres et des périphéries crée les conditions du renouveau de luttes de classes conséquentes, capables de radicalisation et d'internationalisme. Les réserves que j'exprime, concernant cette réflexion, tiennent à deux observations que je résume ici: Dans les centres il sera probablement impossible de reconstituer durablement une armée de réserve importante et de recentrer les activités sur celles reliées aux cinq monopoles. Le système politique de la triade ne le permet guère. D'une manière ou d'une autre des explosions violentes feront alors bifurquer le mouvement hors des sentiers tracés par l'option néo-libérale (de ce fait non tenable), soit à gauche dans la direction de nouveaux compromis sociaux progressistes, soit à droite dans celle de national populisme fascisants. Dans les périphéries, même les plus dynamiques, il sera impossible que l'expansion des activités productives modernisées puisse absorber les gigantesques réserves logées dans les activités à faible productivité, pour les raisons invoquées plus haut. Les périphéries dynamiques resteront donc des périphéries, c'est à dire des sociétés traversées par toutes les contradictions majeures produites par la juxtaposition d'enclaves modernisées (fussent-elles importantes) entourées d'un océan peu modernisé, ces contradictions favorisant leur maintien en position subalterne, soumise aux cinq monopoles des centres. La thèse (entre autres développée par les révolutionnaires chinois) que seul le socialisme peut répondre aux problèmes de ces sociétés reste vraie, si l'on entend par socialisme non une formule achevée et prétendue définitive, mais un mouvement articulant la solidarité de tous, mis en œuvre par des stratégies populaires assurant le transfert graduel et organisé de l'océan des réserves vers les enclaves modernes par des moyens civilisés; cela exige la déconnexion, c'est à dire la soumission des rapports extérieurs à la logique de cette étape nationale et populaire de la longue transition.

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J'ajoute que la notion de "compétitivité" est galvaudée dans le discours dominant qui la traite comme un concept microéconomique (c'est la vision, myope, du chef d'entreprise), alors que ce sont les systèmes productifs (historiquement nationaux) dont l'efficacité d'ensemble donne aux entreprises qui les constituent la capacité compétitive dont il est question. Les pays africains dans leur ensemble sont dit-on, « marginalisés». L'expression, trompeuse, suggère que la solution à leurs problèmes passe par une plus forte intégration dans le système mondial tel qu'il est et que, vulnérables, ils ne sont pas en mesure d'en négocier les conditions. Toute résistance de leur part n'aurait pour effet que d'accentuer le « désintérêt» des puissances à leur égard, puisqu'ils n'auraient «rien à offrir». Chantage sur toute la ligne, car en fait les centres dominants ne peuvent négliger les ressources naturelles d'aucune région du monde, pas plus qu'ils ne peuvent ignorer les conséquences géopolitiques de cette option. L'Afrique «marginalisée» est loin d'être «hors du système» comme l'expression le suggère. En fait la proportion que le commerce extérieur extra régional du continent représente par rapport à son PIB s'élève à 46 % contre 13 % pour l'Europe et l'Amérique du nord, 15 % pour l'Asie et 24 % pour l'Amérique latine. Paradoxe sans secret: les régions périphériques du système sont plus intégrées dans le système global (parce que leurs économies n'ont pas été construites comme des systèmes productifs autocentrés) que ses régions centrales (qui sont elles ouvertes certes, et même agressivement ouvertes, mais néanmoins tout également autocentrées). Et les périphéries les plus pauvres sont en termes relatifs les plus intégrées. Mais elles le sont dans des conditions et des formes qui sont précisément à l'origine de leur misère, c'est à dire de leur marginalisation apparente (la faiblesse de leur contribution au commerce mondial etc.). Ces formes historiques successives, pour l'Afrique, ont été celles de la traite négrière, puis de la colonisation qui a enfermé les pays en question dans la production de matières premières.

Il

L'association CEE-ACP a, par la suite, contribué à maintenir ces pays dans une division internationale du travail caduque. Au-delà de l'argument moral avancé en faveur de réparations dues au titre des ravages de la traite négrière, les destructions économiques et sociales dont ces formes d'insertion dans la mondialisation sont à l'origine justifieraient à elles seules la revendication d'une compension financière dont le calcul démontrerait qu'elle devrait être certainement considérablement plus importante que tout ce que le volume des aides publiques a pu représenter. Les formules d'insertion dans le système mondial proposées aujourd'hui par la vulgate néo-libérale sont de nature à aggraver la marginalisation des ACP, non à la réduire et la « globalisation» néo-libérale ne peut rien produire d'autre qu'un « apartheid à l'échelle mondiale ». Le combat pour une autre forme de mondialisation s'impose pour tous les partenaires d'une coopération authentique, capable de réduire les écarts et non de les approfondir. Une manière efficace d'engager le monde sur ce chemin consisterait à poser d'emblée le problème de la nature du droit qu'exige la mise en œuvre d'un projet de mondialisation humaniste alternatif. Les institutions du système international du moment ont placé au devant de la scène l'adoption d'un « droit international des affaires» (international business law) et s'emploient à faire admettre la suprématie des exigences d'une telle loi sur toute autre considération sociale ou nationale. C'est exactement le moyen le plus sûr d'organiser l'apartheid à l'échelle mondiale et d'enfermer les ACP dans une dégradation aggravée. Ce dont le monde a besoin, c'est de tout autre chose, d'un « droit mondial des peuples ». Dans cet esprit peut-on espérer développer un nouveau droit supérieur qui garantisse à tous sur cette planète un traitement digne, condition de leur participation active et inventive à la construction de l'avenir? Un droit plein, multidimensionnel, qui traite des droits de la personne humaine (hommes et femmes bien entendu, en tant qu'êtres pleinement 12

égaux), des droits politiques, des droits sociaux (travail et sécurité), des droits des communautés et des peuples, enfin du droit régissant les relations inter Etats. Voilà certainement un agenda qui occupera des décennies de réflexion, débats, actions et décisions. Le principe du respect de la souveraineté des nations doit rester la pierre angulaire du droit international. Et si la Chartre des Nations Unies a choisi de le proclamer, c'était précisément parce que ce principe avait été nié par les puissances fascistes. Dans son discours poignant prononcé en 1935 devant la SDN l'Empereur Hailié Selassié avait clairement fait comprendre que la violation de ce principe - lâchement acceptée par les démocraties de l'époque - sonnait le glas de cette organisation. Qu'aujourd'hui ce principe fondamental soit à nouveau violé avec autant de brutalité par les démocraties elles mêmes ne constitue pas une circonstance atténuante, mais au contraire aggravante. Au demeurant elle a déjà amorcé la fin aussi peu glorieuse de l'ONU, traitée en chambre d'enregistrement de décisions prises ailleurs et mises en œuvre par d'autres. L'adoption solennelle du principe de la souveraineté nationale en 1945 s'accompagnait logiquement de l'interdiction du recours à la guerre. Les Etats sont autorisés à se défendre contre celui qui viole leur souveraineté par l'agression, mais ils sont condamnés à l'avance s'ils sont les agresseurs. Aujourd'hui ce sont les puissances de I' OTAN qui, à ce titre, devraient être condamnées, conformément au droit en vigueur. Sans doute la Charte des Nations Unies avait-elle donné une interprétation absolue du principe de la souveraineté. Qu'aujourd'hui l'opinion démocratique n'accepte plus que ce principe autorise les gouvernements à faire n'importe quoi avec les êtres humains qui sont placés sous leur juridiction constitue un progrès certain de la conscience universelle. Comment concilier ces deux principes qui peuvent entrer en conflit? Certainement pas par la suppression d'un de leurs termes - soit la souveraineté des Etats, soit les droits humains. Car la voie choisie par les Etats Unis et derrière eux leurs alliés européens subalternisés, non seulement n'est certainement pas la bonne, 13

mais encore cache les objectifs véritables de l'opération, qui n'ont rien à voir avec le respect des droits humains, en dépit du matraquage médiatique qui veut le faire croire. L'ONU doit être le lieu de l'élaboration du droit international. Il n'yen pas d'autres qui puissent être respectables. Que celle-ci implique des réformes de l'organisation, qu'on réfléchisse aux voies et moyens (y compris d'innovation institutionnelle) qui permettent aux forces sociales réelles d'y être représentées aux côtés des gouvernements (qui, au mieux, ne les représentent que très imparfaitement), qu'on s'assigne l'objectif d'intégrer dans un ensemble cohérent les règles du droit international (le respect de la souveraineté), celles qui concernent les droits des individus et des peuples et celles qui concernent les droits économiques et sociaux, oubliés dans la vulgate libérale, lesquels impliquent nécessairement la régulation des marchés, voilà de quoi meubler un agenda lourd de questions auxquelles je ne chercherai pas à donner ici des réponses qui seraient fatalement trop brèves. Il s'agit d'un processus long sans aucun doute. Mais il n'y a pas de raccourci; l'histoire de l'humanité n'est pas parvenue à son terme, elle continuera à progresser au rythme de ses possibilités. On peut revenir maintenant aux questions concernant une éventuelle association Nord-Sud, singularisée par un « projet» de coopération de type nouveau associant l'Europe, l'Afrique et le monde arabe La géographie et I'histoire ont associé étroitement, pour le meilleur et surtout le pire (l'impérialisme colonial) l'Europe dominante d'une part, les ACP dominés d'autre part. Peut-on imaginer une « coopération» de type nouveau associant les uns et les autres dans la perspective de la construction du monde démocratique multipolaire? Quelles sont les conditions d'un tel projet? La Convention de Cotonou n'amorce pas une avancée allant dans ce sens. Tout au contraire. L'Europe telle qu'elle est aujourd'hui s'est soumise au projet de la mondialisation néolibérale préconisé par les Etats Unis dont il assure I'hégémonie. Dès la conférence de Cancun (1981) le nouveau Président des 14

Etats-Unis - Reagan - dictait ses conditions, soutenu par ses partenaires du G7, mettant un terme au dialogue Nord/Sud négocié pour lui substituer des programmes d'ajustement structurel unilatéraux non négociables. La convention de Cotonou entérine ce choix, imposant aux ACP la libéralisation version OMC. Les gigantesques problèmes sociaux générés par cette option sont ignorés ou dilués dans le discours inconsistant de la «lutte contre la pauvreté », tandis que les stratégies d'affaiblissement systématique des Etats (au bénéfice exclusif du renforcement de l'Etat politique et militaire hégémonique) ferment la porte à toute évolution sérieuse dans le sens de la démocratisation, à laquelle on substitue alors le discours tout également inconsistant de la «bonne gouvernance ». Les choix faits par les partenaires de ce Nord/Sud particulier n'ouvrent aucun avenir acceptable pour les peuples des ACP, mais seulement davantage de «marginalisation» (dont certains partenaires du Nord n'ont au demeurant aucune cure). Bien entendu on entendra dire à cet endroit que les gouvernements des ACP eux mêmes ont rallié le camp du noélibéralisme mondialisé et signé les accords en question (Cotonou, OMC, PAS etc.). Mais comme l'avait rappelé un jour un grand homme d'Etat africain (Lamine Guèye en l'occurrence) «le oui n'est valable que lorsque le non est possible ». Les problèmes générés par ces soumissions ne sont pas de la nature de «difficultés passagères de transition », mais des problèmes permanents appelés à s'aggraver. En marge de la Convention de Cotonou, la gestion des pressions migratoires provenant des sociétés ACP ruinées par ces choix, est laissée au seul partenaire européen. La dette insupportable n'est pas discutée. Pourtant les fractions de celle-ci qui sont indécentes (les emprunts du gouvernement de l'apartheid utilisés pour perpétuer sa domination, que le peuple sud africain serait contraint d'honorer !) ou douteuses pour le moins qu'on puisse

dire (les dettes pour lesquelles la responsabilité des créanciers Banque Mondiale au premier chef - est plus évidente que celle des débiteurs) constituent la part dominante du fardeau. Il 15

faudrait tout simplement les abroger. Le plan inacceptable concernant les pays Pauvres Très Endettés ne l'envisage pas. Les options néo-libérales mondialisées servent-elles les intérêts du partenaire européen? Oui si le projet de ce dernier accepte les conséquences de sa double dilution au plan économique dans la mondialisation néo-libérale et au plan politique et militaire dans la soumission aux exigences de l'hégémonisme nord américain. Mais dans ce cas les relations « spéciales» UE-ACP sont appelées à leur tour à perdre leur portée éventuelle, comme l'annonce d'ailleurs l'initiative de Washington amorçant la création d'une zone de libre échange Etats Unis/Afrique. Non si les Européens s'inquiètent de l'effacement de leur propre projet que les choix en cours impliquent: l'abandon définitif de la perspective de donner au projet européen un contenu social acceptable pour les peuples concernés (et cet abandon fragilise à son tour la perspective politique d'une Union européenne durable), l'abandon définitif parallèle de la perspective de construction d'une mondialisation alternative pluricentrique. Il ne manquera pas de lecteurs critiques pour qualifier les principes des propositions alternatives faites ici « d'irréalistes» et de ce fait en refuser la discussion qu'ils jugeront inutile. Leur « réalisme» consiste à croire que le bricolage au sein du système tel qu'il est et quoiqu'il soit est le seul choix possible qui permette de faire avancer. L'histoire donne rarement raison à ce type de bricolage. Les politiciens « réalistes» de l'Afrique coloniale se comportaient de cette manière et refusaient de suivre l'avant garde minoritaire qui osait proclamer que l'indépendance était la seule perspective pour laquelle on pouvait s'engager dans la lutte. L'histoire a donné raison à cette avant garde. La politique politicienne est peut être l'art d'agir intelligemment dans le cadre de rapports de force donnés. La grande politique est l'art de modifier ces rapports de force. Le rôle des intellectuels est d'oser penser, oser dire, oser proposer. C'est à cette condition que l'utopie créatrice permet de découvrir la seule perspective véritablement réaliste, c'est à dire celle qui, dès lors que le mouvement social en amorce la 16

prise de conscience, peut rallier rapidement des forces sociales puissantes qui finissent par en imposer la logique. S'il Y a une utopie au sens plat et négatif du terme, c'est bien celle des « réalistes» qui n'imaginent pas devoir et pouvoir sortir des logiques dominantes. Leurs interventions sont sans portée. Il n'est pas encore trop tard pour espérer voir les partenaires des deux côtés (Europe et ACP) réagir à la dégradation de leurs relations. Un dialogue authentique, ouvert et franc, hors des sentiers battus et des contraintes que les postulats du néo-libéralisme mondialisé imposent, constitue le point de départ d'une réflexion critique et autocritique (pour les deux partenaires) digne de ce nom. Le faux dialogue en cours cache de plus en plus difficilement le cynisme de quelques uns des uns et des autres. Cet ouvrage est produit dans le cadre des activités du Forum du Tiers Monde. Nous renouvelons donc ici nos remerciements à nos donateurs, en particulier la NORA D, la Coopération Néerlandaise, la Rosa Luxemburg Stiftung et Christian Aid. Bien entendu, selon la formule d'usage, les opinions formulées ici n'engagent que leur auteur.

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Introduction

La mondialisation 1, bien que revêtant des aspects multiples, est généralement perçue d'abord comme un phénomène économique. A ce niveau, la mondialisation se manifeste comme un processus d'intégration des différentes économies nationales, en vue de constituer une seule entité économique, régie dans son fonctionnement par les mécanismes du marché. Cette intégration est réalisée par les mouvements de biens et de services, les mouvements de capitaux (investissements directs et placements), les transferts de technologie et les moyens de communication. On assiste ainsi à un rétrécissement du monde, dû à la forte baisse dans les coûts des transports et des télécommunications. En dépit de la prééminence de l'instance économique, la mondialisation interpelle tous les aspects de la société, d'où l'intérêt que lui manifestent différents spécialistes des sciences sociales (économistes, sociologues, historiens de l'économie, politologues des relations internationales, environnementalistes...). Mais l'unanimité est loin d'être faite lorsqu'on passe à l'analyse du phénomène. Les divergences apparaissent déjà lorsqu'il s'agit de situer la mondialisation dans le temps (à quand remonte la mondialisation? ), dans l'espace (quelles sont les zones géographiques touchées? ), et d'identifier les forces qui en sont à l'origine. Dans quelle période se situe le début de la mondialisation? La thèse selon laquelle la mondialisation est d'apparition
1 Pour les puristes de la langue française, le terme français équivalent approprié au terme anglais" globalization" est' 'mondialisation" et non " globalisation". Autrement dit, lorsqu'on s'exprime dans la langue française, il faut parler de "mondialisation" et non de " globalisation".

récente est certainement la plus répandue. Ses défenseurs , argumentent, en faisant la distinction entre' l'économie internationale" dans laquelle les relations économiques sont développées entre des Etats-nations séparés l, et " l'économie mondialisée" dans laquelle les différentes économies nationales sont intégrées, articulées dans un système plus vaste, par des processus internationaux le passage de l'économie internationale à l'économie mondialisée est un saut qualitatif. La mondialisation est alors l'intégration et la fusion des économies nationales, en tant que résultat des activités transnationales des firmes (Arzeni 1994 : 175). Certains n'hésitent pas à se placer dans le très classique courant sociologique de la modernisation de Lewis Morgan et de Talcott Parsons, pour avancer que la mondialisation actuelle n'est rien d'autre qu'une manifestation de modernité: à nouvelle situation, nouvelle analyse. C'est ainsi que les , recherches des théoriciens du ' système-monde" comme Wallerstein, Samir Amin... , entreprises pourtant depuis les années 70, sont écartées comme n'entrant pas dans le cadre des études actuelles sur le phénomène de mondialisation (Robertson 1992 : 115). Quelques chercheurs situent la mondialisation bien avant la période actuelle. Les uns la font remonter aux quinzième et seizième siècles (Waters 1995 : 4). Les plus nombreux mettent l'accent sur le dix-neuvième siècle, compte tenu de l'essor du commerce mondial permis par le progrès dans les transports et les mouvements de capitaux facilités par la stabilité monétaire du régime de l'étalon-or: l'expansion du commerce relie le monde en quelque chose de similaire à une unité économique (Ashworth 1975 : 219) ; il se forme des marchés aussi libres que ceux créés par le FMI et le GATT, avec en outre la plus grande migration humaine de tous les temps (Foreman, Peck 1995 : 116) ; I'histoire des deux derniers siècles est celle de
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Le livre de l'économiste suédois Gunnar Myrdal Une Economie

Internationale, Problèmes et Perspectives, publié en 1956, pourrait bien correspondre à une telle situation

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l'élargissement, de l'approfondissement et de l'accélération de la mondialisation (Scholte 1993 : 8). C'est d'ailleurs le dixneuvième siècle qui sert d'argument pour critiquer la thèse selon laquelle la mondialisation est un phénomène récent (Hirst et Thompson 1996). Pour tous ces auteurs, la nouveauté dans la mondialisation des années 1990 se situe surtout dans la révolution des technologies de l'information et de la communication et dans la structure des échanges commerciaux, avec la prépondérance des services par rapport aux marchandises. Quelles sont les forces qui déclenchent et propagent la mondialisation? Les Etats, ou les agents économiques privés? Dans l'approche conventionnelle de la discipline telle qu'elle est enseignée dans les universités, l'étude des relations internationales est présentée comme étude des relations entre Etats, considérées comme des relations d'anarchie, du fait de l'absence d'un système formel de gouvernement au niveau mondial (Brown 1997 : 6). L'Etat est perçu comme l'acteur-clef des relations internationales. Les autres entités comme les organisations internationales (gouvernementales et non gouvernementales), les entreprises, les groupes de pression, les individus, peuvent exercer une certaine influence et agir de façon indépendante, mais l'Etat reste l'acteur principal. C'est par l'intermédiaire de l'Etat que dans chaque pays, ces groupes agissent. C'est d'ailleurs l'Etat qui procède à leur régulation (Brown 1997 : 33). S'il en est ainsi, c'est parce qu'il n'existe ni un gouvernement mondial, c'est à dire une source mondiale d'autorité légitime, ni un empire mondial, c'est à dire une source mondiale de contrôle effectif (Brown 1997 : 86). La mondialisation étudiée dans un tel cadre, est inévitablement perçue comme une création des relations internationales à travers le comportement des Etats. Elle est considérée à l'origine comme une annexion économique et militaire du reste du monde par l'Europe. Même la mondialisation financière actuelle n'est pas le résultat de marchés inconscients: elle est activée, encouragée par les politiques des Etats (Helleiner 1994 : 165-72) ; la thèse d'une économie mondiale maintenant 21

totalement libérée de toute politique et de contrôles structurels est difficilement acceptable (Clark 1997 : 188); ... la mondialisation est dans sa substance un processus politique interne et international, façonné et véhiculé par les Etats les plus puissants, pour leurs propres fins (Clark 1997 : 197). Seulement, il faut bien reconnaître que les relations économiques et financières internationales s'effectuent pour l'essentiel en dehors des Etats. Ce qui a amené d'autres auteurs à faire intervenir l'autorégulation par le marché pour en expliquer le fonctionnement (Brown 1997 149). La mondialisation est alors présentée comme un processus exogène qui a sa propre logique inexorable, poussé par la technologie, l'organisation économique, indépendamment des relations politiques internationales; les gouvernements et les Etats ne sont que des spectateurs, les forces réelles du mouvement étant les marchés; la mondialisation économique suit ainsi sa propre rationalité, et les lois économiques prévalent sur les pouvoirs politiques (Hirst and Thompson 1996 : 188). En d'autres termes, la mondialisation est le résultat d'une évolution naturelle, procédant des forces du marché, un marché en train de réussir là où ont échoué les empires et les religions, en fusionnant l'ensemble des êtres humains dans une communauté globale (Mattelart 1999)1. Cette approche économique se situe aussi dans le cadre du courant libéral orthodoxe. Lorsqu'on s'en tient à cette conception académique des relations internationales, on passe inévitablement à côté d'une donnée importante de la mondialisation, ce qui ne permet pas une bonne compréhension du phénomène. Cette donnée, c'est l'existence de groupes privés extrêmement puissants qui se sont toujours employé à façonner l'économie mondiale dans le sens de leurs objectifs. Ceci depuis que le monde géographique a commencé à coïncider avec le monde des relations économiques vers la fin du 19èmesiècle. Ces groupes sont les stratèges de la mondialisation. Ils se situent à deux niveaux: les
1 Armand Mattelard, auteur de Histoire de l'utopie planétaire, ne se rallie pas à cette approche néolibérale

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maîtres-d'oeuvre, c'est à dire les initiateurs superviseurs du projet et les agents d'exécution. Dans quel espace géographique se déploie la mondialisation? Le centre d'initiative de la mondialisation étant l'Occident, la tentation est grande d'en faire le lieu exclusif de manifestation du phénomène. C'est ainsi que les pays à industrialisation avancée sont présentés comme étant pratiquement les seuls membres de l'économie mondiale (Hirst 1995 : 7). L'argument brandi en faveur de cette thèse est que les mouvements de capitaux, surtout les investissements directs, ont tendance à se focaliser autour du triangle constitué par les Etats-Unis, l'Europe de l'Ouest et le Japon. Si l'on adopte cette approche, l'Afrique est exclue de la mondialisation, et bien entendu, une étude comme celle-ci n'a pas sa raison d'être. Cela dit, la mondialisation est inséparable de son contraire, la fragmentation. La mondialisation s'est toujours opérée de façon discontinue. Elle peut être freinée ou ralentie par des événements inattendus: guerres, crises économiques, apparition de système socio-économique alternatif au capitalisme comme le socialisme. Au point qu'on risque de s'en désintéresser lorsque la fragmentation s'étend sur une durée assez longue, comme cela a été le cas. Au plan de la conceptualisation, ce qu'on appelle actuellement "mondialisation" correspond en tous points à ce que d'autres ont auparavant appelé" impérialisme". Dans la , période des temps modernes, le terme" impérialisme' est d'abord utilisé par les historiens, pour désigner les grandes découvertes ayant conduit à l'apparition du capitalisme commercial et financier au seizième siècle. Le terme est repris par l'économiste anglais John A. Hobson, dans son ouvrage Imperialism. A Study (1902), pour décrire les relations entre la Grande-Bretagne et son empire colonial blanc (Australie, Nouvelle-Zélande)l ; il s'agit là sans doute du premier ouvrage
lA Hobson (1858-1940) qui était un autodidacte, ne s'est jamais réclamé du marxisme, même s'il s'est vigoureusement opposé à l'orthodoxie de l'analyse économique néoclassique, sorte de pensée unique dans l'Angleterre de l'époque, avec comme chef de file Alfred Marshall à l'Université de 23
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de la littérature économique qui porte un tel intitulé. C'est depuis que le terme est passé dans l'analyse marxiste avec Lénine, que certains lui ont conféré une connotation idéologique et péjorative, à la limite non scientifique. Pourtant Lénine, dans l'Impérialisme stade suprême du capitalisme (1916), ne rompt nullement avec la démarche d'analyse économique des auteurs dont il s'inspire: Hobson et le marxiste autrichien Rudolf Hilferding (Le Capital Financier, 1912). Pour présenter l'impérialisme, Lénine met l'accent sur la concentration de la production et du capital à l'origine des monopoles dont le rôle est décisif dans la vie économique, la mise en place du capital financier par la fusion entre le capital industriel et le capital bancaire, la prééminence des exportations de capitaux sur les exportations de marchandises, la formation d'unions capitalistes monopolistes internationales ayant fini de se partager le monde. L'impérialisme, selon Lénine, n'est rien d'autre que le capitalisme parvenu à une certaine phase de son évolution. L'analyse de Lénine, avec l'accent mis sur le rôle des firmes transnationales et les mouvements de capitaux, rend bien compte du phénomène de mondialisation tel que vécu et perçu dans les pays industrialisés. Mais, la mondialisation telle qu'elle s'est jusqu'à présent manifestée en Afrique rentre t-elle vraiment dans ce schéma? La présente étude cherchera à situer l'Afrique par rapport à toutes ces approches. Il faut reconnaître que l'Afrique est rarement au centre des nombreuses études consacrées à la mondialisation, généralement trop globales et circonscrites à la seule période des deux dernières décennies. L'étude cherchera à voir si l'implication de l'Afrique dans la mondialisation ne présente pas quelques particularités par rapport à l'Europe et à l'Amérique. Il ne s'agit pas de se livrer ici à un simple exercice académique. L'objectif poursuivi est de contribuer à la

Cambridge. C'est ce qui l'a amené à développer la théorie de la sousconsommation dont s'inspirera Keynes gui est un dissident de l'école de Marshall, et qui le reconnaît comme un de ses précurseurs.

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