Mille ans de civilisation méso-américaine

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Ajouté le 01 janvier 1995
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EAN13 9782296299481
Langue Français
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Mille ans de civilisations

mésoaméricaines

Des Mayas aux Aztèques

DANSE AVEC LES DIEUX

@ L'Harmattan,

1995

ISBN: 2-7384-3066-X

Mélanges en l'honneur de Jacques Soustelle réunis par Jacqueline de Durand-Forest et Georges Baudot

Mille ans de civilisations mésoaméricaines Des Mayas aux Aztèques

DANSE AVEC LES' DIEUX
Pr~face de Pierre CHAUNU de 11nstitut

Ouvrage publié avec le corlcours du ministère de l'Enseignernent supérieur et de la Recherche

Éditions

L'Harmattan

5-7, rue de L'École Polytechnique 75005 Paris

PRÉFACE

C'est un bien grand honneur, ajoutez redoutable, dont m'accablent l'amitié si précieuse de Jacqueline de Durand-Forest et l'indulgence de Georges Baudot. Rien ne me qualifie, le sentiment de mon insuffisance aurait dû m'arrêter, mais cOlnment aurais-je pu résister sans trahir et l'amitié, d'une part, et la respectueuse admiration que m fa inspiré, depuis ma jeunesse, le savant, le citoyen et l'homme, dont 44 américanistes des deux mondes ont voulu et surhonorer la mémoire en soulignant le lien de confraternité et pour la plupart de filiation qui les liait à Jacques Soustelle trop tôt arraché, et pourtant toujours présent, toujours vivant.

Je ne dirai pas ce qu'apporte ce livre. Les spécialistes soupèseront mieux que moi la gerbe, elle contient beaucoup de bons grains à moudre. Et la quête continue. Jacques Soustelle s'est peu livré. On disait Jacques et Georgette. Le savant, l'épouse, la compagne, qui a tant partagé qui a défriché et qui sait mieux que quiconque nous donnera, peut-être, les mémoires, le journal d'une œuvre que Jacques, même si la mort ne l'avait trop tôt cueilli, ne nous aurait pas donné. Et pourtant une ceuvre scientifique de cette importance, dans un domaine qui ne suscite pas facilement la curiosité des médias gagne à être, existentiellement, expliquée. Georges Dumézil, quand on lui demandait d'expliquer sa route, se défendait et contestait l'utilité des Egohistoire:;. Et pourtant, sans les Confessions, l'œuvre de Saint Augustin serait tronquée. Je commencerai donc par ce vœu respectueux que cet Hommage s'achève sur le cadeau que Georgette Soustelle, seule, peut nous faire d'une suite.

Jacques Soustelle, donc, ou la fascination du Mexique, lato sensu, de la MesoAtnérique. Cette fascination est la clef d'une vie. On nous le rappelle d'entrée de jeu. Estee l'effet d'un pur hasard, hasard singulièrement intelligent alors, carnine celui qui est,

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Danse avec les dieux

bien imprudemment, censé avoir créé le monde? Cette fascination, peut venir de quelque lointain atavisme cévenol. Jacques Soustelle est issu de ces sols rocailleux, d'un peuple de paysans persécutés au cou roide. Cette mémoire est-elle pour quelque chose dans l'invincible attirance? Vers le tragique et le malheur. Je penche vers une autre explication. Le Mexique cache, peut-être, dans son sol fragile, instable et tourmenté quelque secret de notre commun destin. Jacques Soustelle et le Mexique. Tout être a deux patries, on le dit, la France et son pays. Quand on a le privilège d'être né français, il faut bien que l'on se donne une seconde patrie. Cette patrie seconde, cette patrie de la seconde naissance, celle de la naissance, à 20 ans, de l'âge adulte et de la pleine conscience de soi et de son destin, ne pouvait être logiquement que le lointain et si proche Mexique. On ne peut séparer l'homme de l'œuvre. Et c'est l'homme et l'reuvre, l'homme et l'œuvre partie d'une vie qui ont suscité tant de fidélités: il fallait qu'elles fussent enracinées solidement au cœur de ceux qui l'ont nourrie pour avoir résisté à tant d'occasions de traverses, de dérobades, tant de facilités qui inclinent à l'oubli. n y avait, chez Jacques Soustelle, comme une haine de la facilité, derrière le masque qui se voilait d'un sourire et qui savait si bien cacher la tetnpête intérieure. La voie difficile, dont d'autres ont pu dire qu'elle était la meilleure, il l'a choisie plusieurs fois, suivant une logique, une continuité que beaucoup ont eu quelque mal parfois à discerner. On a racheté dans la connaissance qu'il avait d'une réussite mexicaine la raison du choix difficile qu'il fit, à contre courant, devant le second drame auquel il fut si intimement mêlé. Le choix qu'il fit alors, il le paya d'un prix élevé: il sacrifia tout (~tbien plus qu'une carrière qui pouvait le porter au sommet du pouvoir, de la considération et du respect qui se porte, dans un premier mouvement, vers la consécration évidente. comme à l'œil, du succès. Non, il a choisi la voie de loin la plus difficile, la voie d'une fidélité intérieure, dont il a su très tôt qu'elle ne pouvait le conduire qu'à l'accompagnement du malheur dans un malheur que beaucoup ne lui pardonneraient pas, parce que ce tnalheur, il ne l'avait pas reçu, comme d'autres, au berceau, mais qu'il l'avait choisi. J'ai dit que Jacques Soustelle avait deux patries, la France et le Mexique, je viens de découvrir qu'il en eût trois, la France, le Mexique et le malheur, pellt-être, aurais-je dû écrire, la France, le Mexique et la grandeur. Il aura toujours choisi la voie difficile. Peu, sans doute, auront (otnpris que ce fut toujours pour lui, la meilleure. Du moins, ceux qui, aujourd'hui, ont r{pondu à l'appel de Jacqueline de Durand-Forest et de Georges Baudot ont choisi une voie qui n'était pas celle de la facilité et de l'oubli. Vous voyez bien qu'il existe entre les êtres. . que les distançes rapprochent... d'étranges et efficaces affinités électives. Ce livre cie la fidélité, de la mémoire et de la grandeur permet d'en éprouver la solidité. Ma plume s'égare. Je vous avais dit Jacques Soustelle et le Mexique. C'est le choix adulte, le choix de la seconde naissance, de la claire naissance à soi-tnêroe que je retiens.

Reportez-vous à l'œuvre et vous aurez compris que ce choix, derrière l'écume que ceux qui restent à la surface qualifie,sans nécessité, hasard, que ce choix s'enracine dans le

Préface

VII

destin, qu'il est métaphysique. Car c'est le rapport au Destin des anciens Mexica que, toute sa vie, Jacques Soustelle a creusé. Relisant, hier, Jean de Mandeville que Christiane Deluz a présenté et commenté dans une Roue à Livres qu'un éditeur intrépide (Les Belles Lettres) a l'imprudence de pousser dans la tourmente de notre édition en loques, je me suis laissé aller à rêver au Mexique. Jean de Mandeville, écrit en 1356, il est avant la machine de Gutenberg et pour plus d'un siècle depuis l'édition d'Augsbourg chez Anton Sorg de 1478 à 1600, avant et après Pierre Martyr de Anghiera qui fait connaître Colomb et les Cartas de Cortès. le best-seller de la littérature de voyage. Son "voyage autour de la terre" qu'on lisait à voix haute de la Cour des Princes à l'échoppe et jusque dans la cellule des moines... 'permet de mesurer, existentiellement, le choc déstabilisateur du Novus Mundus. C'est à Rome, en 1500, que Copernic qui étudiait eut vent de ce qui se disait aux Lincci et dans la rue sur ce qui était apparu à l'Ouest, là où sont, peut-être, les morts, ad occasunz, ce dont Ptolémée n'avait jatnais rien su, et que devant l'oubli du géographe il se mit à douter de l'infaillibilité de l'astronome. Mandeville voyage autour de la Méditerranée, il a séjourné, sûretnent, en Terre Sainte au-delà de ce qui fut le limes, il compile et... l'Asie du grand Khan sur-dimentionnée mêle quelques bribes d'information aux jeux fascinants de l'itnagination des auteurs qu'il a compilés. Son voyage est familier, l'espace qu'il parcourt est tissé d{. toute la mémoire commune. Son voyage à la surface est un voyage dans le temps,... vous y rencontrerez Dieu parlant à Moïse, la Vierge fuyant Hérode,... les restes vénérés de la Croix du Christ et des hommes les yeux sur l'épaule ou sur la poitrine qui ont déjà parcouru deux millénaires au Inoins avant de nous atteindre, sans parler du Paradis terrestre que Christophe ColoInb a entrevu dans son 3e voyage mais dont Mandeville vous dit que VOllSne pourrez vous approcher sans danger. "Ils sont nus comme leur mère les a enfantés". Colomb est le seul déçu. Il ne s'attendait pas à trouver ces Adamites égarés de quelque paradis terrestre oublié là, sans doute, depuis avant la chute. Vous suivez de jour en jour ses efforts héroïques pour raccorder à la mémoire commune ce Mundus dont il faudra bien se résoudre à comprendre qu'il est Novus, un voyage chez des hommes qui n'ont pas votre tnémoire, dont on aura bien du mal à admettre qu'il pouvait avoir une mémoire. Mais les Mexica eux avaient une mémoire. C'est pourquoi la pren1ière déstabilisation celle des Adamites de Colotnb n'est rien à côté de celle des hon1nlès paradoxalement achevés de Cortès. Colomb a pu tricher avec lui-même, le plateau m,e:oca c'est le Mundus Novus c'est vraiment le doublement de la création que Voltaire attribue généreusement à Colomb qui a toujours refusé la conséquence de son acte de foi. Dieu répond toujours, mais souvent au-delà et à côté de ce qu'on lui demande. Fascinant Mexique. concrètement? Que l'histoire soit, par essence, tragique où le mesurer plus

- Le collapsu..ç de ce monde sous le choc d'une rencontre? N'en av~Lient-ilspas COt1lIne l'étrange prétnonition ?

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Danse avec les dieux

Il m'est souvent venu à l'esprit que l'Ancien Mexique nous avait placé sous le regard des moments enfouis ailleurs dans la pierre muette. D'autres civilisations ont été englouties. Nous avons vu l'engloutissement. Il a eu des témoins dont le témoignage est parvenu. Le drame mexicain est un drame qui a valeur d'exemplum. De même que leur étrange cosmologie. Nulle part l'angoisse de lalTIort non plus de la conscience individuelle au sein du groupe, mais de la cité menacée sur un sol mouvant, l'angoisse d'une mort totale, n'a été aussi durablement perçue et COJnme tissée dans la quotidienneté de la vie au jour le jour. Nous savons que les hommes de la Conquista, que la Chrétienté désenclavante est secouée par une bouffée d'angoisse d'imll1inence de la fin du monde, qui re~ire tous les écrans protecteurs qu'au cours de notre histoire nous avions tissés. Je me suis souvent exprimé sur cette dimension souvent négligée dans les premières décennies de notre riche XVIe siècle. C'est une dimension supplémentaire faut intégrer à la rencontre avec la culture mexica. qu'il

La solution de l'exorcisme par le sacrifice collectif sanglant a exist<~ailleurs. Il semble qu'elle n'ait jamais été portée à ce niveau qui a fini par fragiliser ceux: qui le pratiquent quand elle est devenue insupportable. Une lecture attentive des textes de la Conqui..çta du Mexique prouve que Cortès bien conseillé a su jouer intelligemment d'une lassitude à la périphérie de la Confédération aztèque. Le Mexique. Oui, c'est, au sens absolu, le Novus Mundus. L'intégration de cette étrange mémoire à la mémoire ancienne celle du berceau de notre unique Méditerranée est infiniment plus difficile, plus perturbatrice et plus riche de leçc\ns que celle de la conquête physique d'hommes que le gradient des technologies inégales avait livré sans trop de mal à une intrépide, en tout état de cause, sans égale. Dans ce recueil où s'expriment quelques uns des Chanlpollion de ces commencements d'une écriture, nous découvrons une des chances offertes à la connaissance par l'exemple unique mexicain: je l'ai dit souvent le voyage ad occasurn vers l'Ouest ne fut pas un voyage dans l'espace mais dans le temps. Colomb a vu à Guanahani et à Saint-Domingue comme une scène du jardin d'Éden,... Don Miguel Leon Portilla et Jacqueline de Durand-Forest nous cOllduisent, aussi, en pensée à la naissance d'une écriture, c'est-à-dire à un des moments les plus décisifs de notre parcours qui vole, se fige... et que la puissance de la mémoire est soudain multipliée par 10, 100, 1 000 et... combien plus encore. Comment Jacques Soustelle aurâit-il pu résister? À travers l'anl0ur du Mexique c'est l'amour de notre tragique et séduisant destin qui s'exprime. Sachons, à jamais, lui en garder la gratitude. Merci à Lui et à ceux qui, dans la lancée, ont gardé la flamme.

Pierre CHAUNU de l'Institut

INTRODUCTION

I

Parmi les plus grands ethnologues français de notre siècle, spécialiste des langues et des civilisations anciennes du Mexique, Jacques Soustelle fut connu tOllt d'abord pour ses recherches sur les Gtomi-Pame du Mexique central et sur les Lacand<>ns. Sous-directeur du Musée de l'Homme à la veille de la Seconde Guerre mondiale, puis à partir de 1951 directeur d'études à l'École des Hautes Études en Sciences Sociales (chaire des civilisations autochtones de l'Amérique) où il enseignait comme spécialiste de l'ethnohistoire du Mexique, Jacques Soustelle était avant tout pour moi un maître, un tlal1l£ltini : "le savant", "le sage" comme ses élèves aimions à le nommer, et ce malgré les vicissitudes d'une activité politique intense depuis 1940 et son engagement dans les Forces Françaises Libres à Londres. À vrai dire, nous n'avions que très peu à connaître de ses responsabilités, sauf quand il voulait bien évoquer avec nostalgie ses souvenirs de la Résistance et l'épopée de la France Libre, ou alors lorsque nous recherchions un conseil ou ses leçons et qu'il était, hélas! absent, loin, parfois très loin dans le temps sinon dans l'espace, et qu'il devenait délicat de l'approcher. Mais, rendu à l'activité scientifique "normale", h~grand maître qu'il était s'avérait être toujours disponible, chaleureux, d'une générosité presque étonnante qui nous séduisait toujours, tous, à coup sûr. Tous ceux qui avons travaillé sous sa houlette nous lui devons beaucoup, en encouragements et en gentillesses d'abord, mais aussi tant dans le domaine des choix docuInentaires difficiles que des approches méthodologiques opportunes. En outre, il savait voir loin et juste quand il s'aInusait avec beaucoup de bienveillance des aspérités ou des rudesses de ceux qu'il estimait et qu'il savait encore trop jeunes. Lorsqu'il présida à l'Université de Toulouse le Jury qui devait en 1975 m'accorder le grade de Docteur d'État ès-Lettres et Sciences humaines, il me donna alors, dans le feu de la soutenance, un conseil que j'ai depuis toujours tenté, tant bien que mal, de suivre: celui d'éviter les polémiques inutiles, les disputes vaines, les éclats de voix, et de laisser le temps étayer le bien-fondé d'une conduite, d'une démarche, d'un choix. Et il était orfévre en la matière!

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Danse avec les dieux

En juillet 1989, à l'UNESCO, lors du symposium sur la documentation en langue nahuatl qu'avait organisé Miguel Leon-Portilla et qu'il co-présida avec le savant mexicain, il me confia en quelque sorte un conseil complémentaire: celui de ne prendre en compte, après tout, que les écrits que les hommes laissent derrière eux, de ne tenir pour sérieux que les textes, et si possible les meilleurs textes de chacun. C'est pourquoi, pour lui rendre hommage aujourd'hui du mieux que je peux et que je sais, je ne vois qu'un recours aux deux écrits de son œuvre qui m'avaient le plus impressionné lorsque je travaillais sous son conseil: La pensée cosmologique des anciens Mexicains (Représentations du monde et de l'espace), Paris, Hermann, 1940. Réed. dans L'Univers des aztèques, Paris, Hermann, 1979 et Les Quatre Soleils. Paris, Plon, 1967. Ils sont aussi, pour une bonne part, ma nostalgie de lui. La vision du monde propre aux peuples historiques du plateau central du Mexique, en particulier à ceux qui ont habité la Vallée de Mexico, et cela dans les trois ou quatre siècles qui ont précédé la conquête espagnole, est analysée dans le premier ouvrage en usant des sources les plus sûres en l'état actuel des connaissances. Fondée Sllr les données des codex figuratifs amérindiens qui ont réussi à nous parvenir, sur les textes en langues américaines transcrits en alphabet latin après la conquête corn Ille les Annales de Cuauhtitlan ou les Codices matritenses, puis sur les diverses chroniques "ethnographiques" élaborées par les évangélisateurs franciscains tels, André de Olmos, Toribio de Benavente Motolinia ou le grand Bernardino de Sahagun, tout carnIne sur les données de l'archéologie, l'analyse des conceptions du monde qui structuraient la pensée cosmologique des Mexicains y est rigoureusement exposée, avec finesse et clarté. En particulier, les points d'appui linguistiques qui procurent une cOinpréhension en profondeur de certaines données con1plexes sont ici particulièrelnent mis en valeur à partir d'une excellente connaissance des mécanismes de la langue nahuatl, et surtout du système d'association d'images symboliques qui ordonne l'expres.,,jon de la pensée philosophique mexicaine. La naissance du monde actuel fondé sur la recherche du Centre de ce monde, seul point stable de l'Univers, permet de présenter le 111the fondateur des y quatre Soleils, c'est-à-dire des quatre ères qui ont précédé la né»tre. Ces époques disparues, les quatre mondes qui ont précédé notre Histoire: Ocelotonatiuh : "Soleil de Jaguar", Ehecatonatiuh : "Soleil de Vent", Quiauhtonatiuh : "Soleil de Pluie" nommé aussi l1etonatiuh : "Soleilde Feu" car il prit finsous un déluge de feu, er enfinAtonatiuh : "Soleil d'Eau" qui s'écroula sous les inondations, ont préparé notre époque qui est née en

4 Ollin : "4 mouvement", ou "4 tremblement de terre", le mouvement étant à la fois la vie,
symbolisée par le cœur humain, et les secousses sismiques qui doivent détruire cette vie à la fin des Telnps. Mais, ce Inouvement vital est surtout celui du Soleil qui éclaire notre Inonde et qui a repris sa course à Teotihuacan grâce au sacrifice rituel des divinités assemblées autour de la fournaise sacrée pour fonder le Cinquième Soleil. Ce sacrifice par le feu COlnnle préliminaire à une résurrection a pour corollaire indispensable l'idée que le sang hUlnain est nécessaire à la vie de l'astre et à son bon fonctionnenH~nt. Ce sera donc le devoir des hommes de prendre la suite des Dieux pour assumer cette lourde Inission cosmique. La Lune, à son tour, signifiera le modèle de ce qui Ineurt et renaît périodiquement: la végétation et la fécondité qui impliquent disparition et renaissance selon les saisons, le sang menstruel des femmes qui est promesse de vie sans cesse

In trod uction

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renouvelée, et même l'ivresse qui est d'abord sommeil puis réveil. Mais. par dessus tout, le soleil et le sacrifice humain sont étroitement associés, et les textes enseignent presque tous que le lever de l'astre symbolise à la fois le guerrier sacrifié tout comme le guerrier qui sacrifie, en une sorte d'holocauste qui signifie et fonde le monde. À la rigueur, on pourrait voir dans le couple soleil-lune la transposition du très vieux couple primordial, le feu et la terre: Tonacatecuhtli et Tonacacihuatl, dualité suprême à l'origine de toutes les constructions cosmogoniques mésoaméricaines. Bien entendu, l'édifice cosmologique des anciens Mexicains y est complété par des structures dérivées plus complexes, et on y reconnaît l'existence de treize cieux superposés au sommet desquels se tient le couple primordial: Ometeot/, dont l'existence, animée ou inanimée, dépend. Dans cet édifice, dieux célestes et déesses terrestres organisent la vie des hommes en une profusion d'images Inythiqlles et une diversité multicolore que les prêtres aztèques avaient tenté d'ordonner pOllr en procurer une représentation cohérente. La plus remarquable de ces tentatives tenait à l'effort consenti pour tenir compte des directions de l'espace dans cette redistribution divine et dans cette mise en scène cosmique, pour essayer de bâtir une théorie des e~paces, malgré des contradictions et des bigarrures parfois déroutantes. Chacun des "orients" ainsi définis constituait alors des blocs d'images aux résonances particulières. L'Est érait Tlauilcopa, "le côté de la lumière" où se lève le soleil, mais aussi où Quetzalcoatl, "Le Serpent à Plumes" ressuscité commence sa course comme planète Vénus. C'est donc le pays de la résurrection ou TUllan Tlapallan : "le pays de l'encre rouge et noire". de la mort et de la renaissance, mais également de la connaissance et du savoir. Le Nord, était Mictlampa : "le côté du pays des morts", la plaine divine ou encore les "neufs plaines" de l'enfer là où les morts sont enfouis, séjour de la nuit, du froid, dont le signe est le tecpatl : le silex ou le couteau sacrificiel en silex. L'Ouest se nommait Cihuatlampa : "le cÔté des femmes" où résidaient les déesses terrestres et la féminité primordiale, d'où naturelJelnent étaient issus les hommes. C'était donc le pays de la fécondité, là où la végéta Lion vieillie donne naissance aux nouvelles générations végétales et humaines, dont le signe est à la fois la vieillesse, la reproduction, la fécondité et l'eau de pluie. Enfin, le Sud était Uitztlampa : "le côté des épines", "à la gauche du Soleil", le pays de la IUlnière de Hanlme et du soleil de feu qui parfois aussi pouvait s'expritner par un aspect plus souriant: }(ochitlampa : "le côté des fleurs". Pour finir, la cinquièlne direction de l'espace, était le Centre, cccur du monde vécu aujourd'h ui et lieu de rencontre des autres espaces où iIs se totalisaient. A chacune de ces directions étaient associées des couleurs, soit fondamentales soit secondaires, aux implications essentielles pour la symbolique, la pictographie et la compréhension des codex aztèques et donc pour leur lecture correctE'. Et, bien entendu, chacun des espaces était en rapport crucial avec un temps particulier. La chronologie et le calendrier divinatoire, ainsi, n'exposaient que des périodes de temps li(~esà des directions de l'espace. Les quatre points cardinaux correspondaient aux quatre signes porteurs symboliques d'une année, COlnlne l'Est au Roseau (acatl), l'Ouest à LIMaison (callz), le Nord au Silex (tecpatl) et le sud all Lapin (tochtli). De Inême les cinq grandes directions (les quatre points cardinaux et le Centre) correspondaient aux cinq signes porteurs d'année de la planète Vénus. Certaines dates étaient dominées par un seul espace et d'autres étaient imprégnées d'une série d'espaces dûment hiérarchisés. En réalité, la

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Danse avec les dieux

cosmologie des anciens Mexicains mêlait intimement l'espace et le temps en des "lieuxinstants" qui déterminaient implacablement l'ordre des événements et des vies humaines d'une façon inlassablement cyclique. La leçon de Jacques Soustelle a ordonné ces mécaniques célestes et ces concepts parfois si délicats à démêler d'une façon si magistrale qu'aujourd'hui elle fonde encore l'essentiel de notre compréhension. Le second ouvrage est à la fois une réflexion critique fondée sur les souvenirs et les constatations scientifiques d'un travail d'ethnologue au Mexique au cours de trente-cinq ans de recherches et une méditation sur l'aventure humaine. Prenant pour titre le mythe qui organise la vision du monde et du passé chez les anciens Mexicains, chez les Mexicah du haut plateau central, celui des Soleils ou des époques qui ont précédé notre Histoire, Jacques Soustelle y déborde très largement le cadre historique et mênle géographique du Mexique pour s'interroger sur notre connaissance des civilisations, sur leur durée et leur précarité, comme pour remettre" en question les synthèses historiques trap ambitieuses ou trop superficielles dont nous avons hérité pour apprécier globalement le passé humain. Remarquant que les grandes synthèses à l'échelle mondiale sont trop souvent bâties sur des connaissances partielles, approfondies pour une ou deux grandes civilisations mais par trop réduites pour toutes les autres, à l'image de Toynbee ou de Spengler souvent vagues ou arbitraires, contestant aussi et à la fois Teilhard de Chardin et son schéma d'une évolution unique et continue vers un "point oméga", comme la théorie marxiste d'un progrès indéfini tendu vers l'idéal messianique d'une société sans classes, Jacques Soustelle constate l'extrême diversité des cultures hun1aines et les aléas imprévisibles de leur passage au niveau des civilisations. En 1993, après les effondrenlènts que l'on sait à l'Est de l'Europe, ses propos ont acquis une bien surprenante actualité. Tant l'étude des hommes de la forêt en pays Lacandon, aux confins du Mexique et du Guatémala, que celle des Otomis qui habitent les terres froides du ba~sin de Toluca dans le Mexique central, confortaient Jacques Soustelle dans l'idée que le passage de la culture paysanne au phénomène urbain, du village à la ville, résulte de mécanlsl11es imprévisibles encore très mal connus. S'interrogeant sur les raisons qui ont pu faire surgir deux des grandes civilisations mésoaméricaines, celle des Olmèques et celle des Maya, d'un environnement aussi hostile que la forêt tropicale humide où elles se sont construites contre leur milieu naturel, alors qu'ailleurs des conditions plus favor~lbles sur des terres froides ou tempérées n'ont jamais pennis le passage au fait urbain éltlboré, il concluait à l'énigme qui préside encore aux lois de notre développelnent. Enfin. frappé par la durée litnitée de toutes les civilisations qui se sont succédées sur notre planète, par leur caractère éphémère même si certaines d'entre elles ont pu durer au plus un millénaire, tout comme par leur limitation dans l'espace, Jacques Soustelle reroarquait aussi que toutes les civilisations empruntent aux autres qui les ont précédée;; ou avec qui elles coïncident, et que cette assimilation d'éléments parfois contradictoire~i mène à une sorte de schizophrénie sociale qui porte en elle les germes d'une disparition future. L'ouvrage prend fin sur une réflexion générale à propos de l'aventure hUlnaine et s'interdit la formulation de jugements de valeur qui permettraient un é\Tentuel classement des civilisations ou des cultures. L'illusion du progrès général de l'h umanité, d'un soidisant "sens de l'Histoire", ne paraît bâtie que sur des erreurs ou des abus de langage. Tant le finalislne biologico-mystique de Teilhard de Chardin que la (ecture matérialiste

Intraduction

XIII

prédéterminée des marxistes ne tiennent pas compte du caractère original et irréductible du fait culturel en tant qu'expression de l'homme. L'avenir imprévisible de notre civilisation, tout aussi condamnée que celles qui l'ont précédée et la méditation qu'inspire ce futur, les considérations que son examen suggère, permettaient ;'1 Jacques Soustelle pour conclure, d'atteindre à une connaissance libératrice où à travers les autres on peut tenter de se retrouver soi.même. Ce n'est pas la moindre des leçons qu'il nous a laissées.

Georges BAUDOT

INTRODUCTION

II

Dans les "Quatre Soleils", Jacques Soustelle a rendu un hommage appuyé à ses maîtres Marcel Mauss et le Dr. Paul Rivet en particulier pour le dynamisme intellectuel que l'un et l'autre impulsaient, à leur manière respective, chez leurs disciples. Lui-nlême devait mettre en pratique cette faculté d'abord à l'École Nationale de la France d'(>utre-mer, puis, en 1939, au Collège de France pour les Conférences qu 'il donnait dans le cadre de la Fondation du duc de Loubat -, sur la Pensée cosmologique des anciens Mexicains; enfin à partir de 1952, à l'École des Hautes Études en Sciences Sociales (à l'époque VIè Section de l'École Pratique des Hautes Études), comme Directeur d'Études pour la Chaire sur les Civilisations autochtones de l'Amérique. Mais comme cela avait déjà été le cas lors de la deuxième guerre Illondiale, en 1955 puis en 1958, de hautes responsabilités politiques allaient encore tenir Jacques Soustelle apparetllment éloigné du Mexique, au grand regret de ses étudiants dont j'étais. Puis ce fut l'exil politique. Cette période d'éloignement forcé, pour contraignante qu'elle ait pu être, ne se révéla pas stérile, puisque Jacques Soustelle fit paraître deux ouvrages d'archéologie : "L'Art du Mexique ancien" chez Arthaud et "Mexique" (Archaeologi~' Mundi), ainsi que "Les Quatre Soleils" déjà mentionnés. Dans ce livre de réflexion sur le tnétier d'ethnologie et sur la philosophie de l'Histoire, on sent poindre chez l'auteur au 1110insune méfiance sinon une répugnance à l'égard des théories et de la théorisation jugées futiles voire dangereuses. Aux yeux de Jacques Soustelle l'exhun1ation du passé - l'archéologie - et l'examen des cultures actuelles étaient deux voies d'accès à la connaissance des cultures et des civilisations de la Mésoatnérique. Ce fut d'ailleurs à l'étude des grandes civilisations mésoaméricaine~ à leur découverte comme à l'analyse de leurs vestiges archéologiques, qu'il consacra par la suite plusieurs cours annuels.
~

D'autres thèmes furent égaletnent abordés: la Société aztèque, son systètne politique,

son mode de gouvernetnent, le rôle des "Pochteca" (nlarchands), celui des sages-femnles,

XVI

Da nse avec les dieux

la religion, enfin. Fêtes religieuses, fêtes mobiles du calendrier divinatoire, divinités, furent à Inaintes reprises étudiées. Ainsi, Jacques Soustelle se plaisait à souligner l'opposition entre les divinités terrestres des vieilles populations du Haut Plateau central et les divinités astrales des tribus guerrières récemment arrivées. La rivalité entre "Tezcatlipoca" et "Quetzalcoatl" souvent évoquée donna lieu plusieurs fois à des analyses subtiles autant qu'irréfutables de la tendance des anciens Mexicains à projeter sur un écran céleste des réalités terrestres. Le passage de l'histoire vécue à l'histoire mythique et cosmologique était ainsi brillamment démontré. Les cantiques aux divinités faisaient également l'objet de commentaires d'allusions aux multiples associations d'idées qu'ils impliquaient. prolongés et

Cependant, l'un des problèmes qui retint à maintes reprises J'atrention de Jacques Soustelle fut celui des "Écritures mésoaméricaines" (olmèque, zapotèque, maya, teotihuacane, mixtèque, aztèque), de leur origine, de leur étroite relation avec le calendrier. Suivant de près les progrès accomplis dans le déchiffrement de ces écritures, Jacques Soustelle fut donc amené d'une part à souligner les analogJes que présentent entre eux les signes calendaires n1aya et aztèques, d'autre part à relever la présence de glyphes comm uns à ces écritures, dont certains lui semblaient avoir une origine olmèque. Quels que fussent les sujets traités, Jacques Soustelle avait l'art de les exposer avec clarté et méthode, sans jamais recourir au jargon et aux modes tenant trop souvent lieu de pensée à d'aucuns. L'étendue, la diversité, la subtilité de ses relnarques pouvaient s'en trouver atténuées aux oreilles de certains, mais une très longue familiarité avec ses cours, et, oserai-je le dire, avec sa pensée ln 'a convaincue du contraire. Il ne tnanquait jamais à l'occasion de rappeler ses expériences de terrain. Son enthousiasme pour le Mexicanisme, pour l'Américanisme tnêlne, sa quête du savoir en général étaient comlnunicatifs et l'ouvraient aux idées différentes des siennes. Ne semblant jatnais douter des capacités de ceux qui travaillaient sous sa direction à l'EHESS ou au CNRS, ou des étudiants chargés de présenter des exposés à son Séminaire, Jacques Soustelle s'employait à leur donner confiance en eux, les iunenant ainsi bien souvent à se surpasser. Éloignée de toute mesquinerie, sa critique savait s'attacher d'abord à l'ensen1ble, sans perdre de vue pour autant le détail. Derrière cette grande personnalité scientifique, on découvrait un homme de cceur sensible aux difficultés qu'étudiants et chercheurs pouvaient rencontrer et toujours prêt à les aider, même durant la grave maladie qui devait l'emporter et qu'il supporta avec ce courage dont il avait fait preuve en d'autres circonstances critiques de son existence. Par son esprit humaniste et encyclopédique, Jacques SoustellE' a très largement contribué à ouvrir notre univers o1ental et culturel aux civilisations autochtones de l'Amérique tnoyenne, considérées jusqu'alors surtout cOlnme des réservoirs d'exotisme. Ce ne fut pas le moindre Soustelle. mérite de l'enseignelnent et des Travaux de Jacques

C'est à la mémoire du "huey tlamatini", du grand savant/sage qu'il fut que certains de ses collègues, an1Îs et anciens étudiants ont voulu dédier ces Mélanges.

Introduction

XVII

Qu'il nous soit permis, enfin, d'associer à cet hommage Georgette Soustelle, son épouse, qui fut à ses côtés sur le terrain et sut durant de nombreuses années mettre au service des jeunes américanistes sa bienveillanteet chaleureuse expérience. Que soient relnerciés d'une manière toute spéciale: Danièle Cavaleri, Françoise et Michel Davoust, Carole Duclot Renaud, Jean-Michel Ducros, Marc Eisinger, Martine Fettweis-Vienot,DrJoaquin Galarza,BirgittaLeander de Silva,Guilhem Olivier,EricRoulet, E.J. de Durand et Christiane Baudot.
Jacqueline de DURAND-FOREST

N.B. : 1) Pour se conformer à un usage de plus en plus fréquent aujourd'hui, nous avons opté pour la marque habituelle du pluriel en français et en espagnol,

en dépit du caractère peu linguistiquede ce procédé, s'agissant d'un mot
autochtone.

2) Les Editeurs regrettent de ne pas avoir été en mesure d'uniformiser la
présentation des notes de renvoi et des bibliographies.

Bibliographie

de Jacques Soustelle

XIX

BIBLIOGRAPHIE

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HOjVljYl74fjES

REMEMBRANZAS

Eduardo Director

MATOS MOaEZUMA

del Museo del Templo Mayar

I La primera vez que oi el nombre de Jacques Soustelle fue en la Escuela Nacional de Antropologia de México. Corcia el ano de 1960 y yo cursaba el segundo ano de la carrera de Arqueologia. Lei con avidez un libro que me pareci6 fascinante: La vida cotidiana de los Aztecas. Su contenido Ine llevo a conocer una de las sociedades mesoalnericanas para la que era necesario leer tanto de fuentes historicas como de arqueologia. Lejos estaba de itnaginarme en aquel entonces que muchos anos mas tarde Ine dedicacia al estudio de esta sociedad. Debo confesar que mi interés por la arqueologia parti6 de los anos en que cursaba el Bachillerato y fue gracias a la lectura de un libro : Dioses, tumbas y sabios de C. W.Ceram.Sin embargo,10que me apasion6 de este libro era la parte que hablaba de Egipto. Esta lectura me llevo a ser arque610go.Pero ellibro de Soustelle me abriolapuerta a las sociedades mesoamericanas. Fue asi como Egipto qued6 atras y las culturas deI centro de Méxicocobraron una importancia fundamental.

4

Danse avec les dieux

II
La decada de los anos sesenta fue de grandes cambios. Acababa de triunfar la revolucion cubana que muchos de los jovenes de esa época consideramos nuestra revolucion. En Francia ocuman sucesos politicos muy importantes. Argelia queria liberarse y el gobierno de De Gaulle fue receptivo a ello. Por aquel entonces volvi a oir deI nombre de Soustelle en boca de algunos antropologos mexicanos. Protestaban por la posicion que él tenia en relacion a ese problema. Apoyaba a la Argelia Francesa. Nunca me convencio 10 que escribio en relacion a su posicion en aquel conflicto que 10 llevo finalmente a romper con De Gaulle, de quien habia sido cercano colaborador durante la segunda guerra m undial. Mos después, en 1968, se desato el movimiento estudiantil en Francia que tuvo repercusiones en México. Aquî participamos activamente en contra deI gobierno de Diaz Ordaz, que termino con el movimiento estudiantil el 2 de octubre de aquel ano después de la cruenta matanza de Tlatelolco. Par 10 vista este lugar esta destinado a jugar un papel especial en la historia: Alii cayo el ultimo reducto azteca y fue ton1ado prisionero el emperador Cuauhtémoc. AlIi fue la matanza de los estudiantes en '68 yen él se desato con especial violencia el tembor de 1985. La vieja ciudad mexica de Tlatelolco ha sida lugar de desastres a 10 largo de su existencia. Desde que fue conquistada en 1473 por Axayacatl, hasta el momenta actual, su destino ha estado ligado, de lnanera itnpresionante, (al
infortunio.. .

III
1978. En febrero de ese ano se encontro por parte de obreros de la Campania de Luz y Fuerza una enorme escultura que representa a Coyolxauhqui, hija de Coatlicue y hermana de Huitzilopochtli, que en colosal combate va a ser vencida, en lucha fraticida, par el dios de la guerra. Después deI rescate de la diosa, se inicia el Proyecto Telnplo Mayor. Se divide en tres fases la investigacion ; la segunda de ellas comprendia la excavacion dei area. Un dia llega a las excavaciones el Dr. Jacques Soustelle. Me dice que esttl preparando guiones para peliculas de contenido historico. Lo acompano par los lugares que estamos excavando y también 10 invita a que visite la parte inferior de la Catedral, en donde se ha encontrado 10 que podrian ser los restos deI Templo deI Sol. Vamos juntos allugar y los ingenieros nos ponen cascos amarillos para protegernos. Alii pudo observar, cerca de la esquina de uno de los edificios prehispanicos el enorme glifo de un chalchihuite en piedra con restos de pigmentos. Su interés es enorme, su entusiasmo también. Me manifesta que seria Îlnportante que alul11nos suyos interesados en Mesoamérica vengan a colaborar en los trabajos del Templo Mayor. Hablo de esto con Gaston Garcia Cantu, Director del Instituto Nacional de Antropologia e Historia, y éste accedio. Poco después don Gaston lue comunica que van a venir dos jovenes arqueologos discipulos de Jacques Soustelle a incorporarse a los trabajos. Algunos lneses después llegan Daniel Levine y Françoise

Hommages

5

Laffite. El primero se incorpora de inmediato a México. Igual que Gonzalo Guerrero, se apasiona y se queda con nuestro pais. Investigador distinguido deI Museo deI Hombre, Daniel sigue aportando su conocimiento sobre las viejas culturas mesoamericanas. Donde quiera que vaya, sabemos que Ileva mucho de México con él. Françoise no continuo sus estudios. Desaparecio en el mundo cosmopolita de Paris.. .

IV
Visita deI Presidente Giscard D'Estaing a las excavaciones deI Templo Mayor. Lo acompafIa Jacques Soustelle. Hacemos el recorrido y pueden ver las ofrendas que estan siendo excavadas en aquel momento. Entre Soustelle y yo explicanl0s al mandatario los hallazgos. La emocion que se adivinaba en el primero es evidente.

v
Soustelle vuelve una vez 111aS visitar las excavaciones deI TeInplo Mayor. En broma le a digo que 10 voy a llevar a ver Tula y Teotihuacan dentro deI principal templo mexica. Se Ine quedo viendo y Ine pregunto -lAqui?, - Si -le contesto. Y vamos a ver el templo rojo del norte y el Huehueteotl encontrado a pocos metros de éL ambos con fonnas teotihuacanas. Después 10 Uevo al Recinto de los Guerreros Aguilas, en donde ve, incrédulo, las banquetas decoradas con guerreros similares a los de Tula. Su comentario final fue interesante :

- Tenias

razon.

Es Teotihuacan

y Tula presentes

en Tenochtitlan.

y a continuacion una serie de valiosas opiniones sobre aquellas presencias. . .

VI
Reunion en Dumbarton Oaks los dias 13 y 14 de octubre de 1979. La coordinaJacgues Soustelle. El teIna : "El sacrificio - ritual humano en Mesoamérica". Me invita y presento la ponencia "El Templo Mayor de Tenochtitlan : economia e ideologia". En la introduccion de la publicacion correspondiente, Mayor casi la mitad de los comentarios. Entre otras cosas sefiala : Soustelle le dedica al Telnplo

"The excavations of extraordinary interest which have been coordinated in the late 1970s by Eduardo Matos Moctezuma in Mexico City have brougtht to light a tremendous amount of new data. Some of the recently excavated

6

Danse avec les dieux

sculptures and ceramics are aesthetically outstanding, especially the Tlaloc representations, the Olmec mask, and the serpents. Apart from these, the Templo Mayor itself the thousands of objects found in its ruins lead to several conclusions" .

Esta reunion es para mi como un preambulo a la que se va a celebrar, cuatro afios después, en el mismo lugar dedicado al Templo Mayor.Laproposicion se la hice a George Kubleren una visitaque hizo a las excavacionesdel Templo Mayor.Laidea fue acogida con entusiasmo por el Dr. Gordon Willey y por Elizabeth Boone. Esta ultima dijo en su ponencia :
"In a dramatic reversal the 1978-82 excavation of the Aztec Templo Mayor, coordinated by Eduardo Matos Moctezuma, has changed all this and given a nex itnpetus to Aztec research. The ritual heart of the Aztec empire, previously known only through description and analogy with other archaeological remains, has been revealed for the first time, and the attention of the public as well as the scholarly community has been turned once again to Aztec studies. In México this shift has already been marked by countless newspaper notices and lectures, a dozen or more monographs, and several exhibitions of the recently discovered material, as well as the preliminary excavation reports themselves.

VII
1981 va a ser un ano de gran importancia para mi. En 10 personal tOlné decisiones que transformarfan mi vida; también en ese ano viajé dos veces a Paris. La primera, en febrero, fui acompafiado de Maria Luisa, "La Bruja", quien por primera vez viajaba a Europa. Nos alojamos en un hotel en la plaza de la Sorbone a media cuadra del Blvd. Saint Michel. Visitamos el Jardin de Luxemburgo, donde la fuente de Maria de Medicis nos recibia todas las tardes. Fuimos a escuchar el silencio a Notre Dame. Fue en aquellas tardes y noches en que escribi El Erectario, conjunclo de pensamientos en que estaban plasmadas nuestras vivencias. . . Daniel Levine nos dice que el Dr. Soustelle nos invita a ton1ar una capa a su oficina de Blvd. Saint Germain. Cuando llega el fin de nuestro viaje, el mismo Daniel nos dice que par instrucciones dei ancien Ministre la cuenta deI Hotel ha quedado cubierta. En noviembre de aguel ana regresan10S a Paris. Se trataba ahara de la exposicion dei Templo Mayor en el Petit Palais. Cuatro ministros inauguraron la Inuestra Mexique d'Hier et d'Aujourd'hui. Fue todo un éxito, si bien el d'hier resulto n1(ls interesante que el d'aujourd'hui, pues habia expectaciôn par conocer las piezas dei Telnplo Mayor, ya que la noticia de los hallazgos habia dado la vuelta al mundo.

Hommages

7

VIII Me conceden las Palmas Académicas, y mas tarde dos condecoraciones mas: la Nacional al Mérita y la de Chevalier des Actesy Letras de las Universidades francesas. Al recibir estas honores siempre digo que las recibo a nombre dei equipo de trabajo dei Templo Mayor,10que luego me trae los reclamos de mis colegas : .."ldonde estan nuestras
condecoraciones. . . ?".

IX
Recibo invitacion de Christian Duverger para dar un curso de tres Ineses en l'École des Hautes Études sobre Metodologia dei Templo Mayor. El curso conlenzara en noviembre de 1983 y terminara a principios dei siguiente ano. Forma parte dei Seminario deI Dr. Soustelle que éste dicta en Trocadero. Asi, llegamos a Paris la Bruja y yo después de un viaje que empezo en Zaragoza, Espana, siguio con conferencias en Berlin y Bonn, quedando una semana libre antes de llegar a Paris. Aprovechalnos aquellos dias para bajar en tren por el Rhin y llegar a Basilea, Suiza. De alli nos dirijimos, - sielnpre por tren -, a la pequena poblacion de Rarogne, en los Alpes suizos. Alii esta enterrado el gran poeta Rainer Maria Rilke yen su busca ibamos. Recuerdo que llegamos a la pequena estacion y ni siquiera taxis habia. Dejamos nuestras casas en el unico hotel dei puebla y fuitnos de inmediato a la unica iglesia que se ubicaba sobre un escarpado, en el interior de la cual hay un mural que representa el infierno el purgatorio. Llegamos con, gran elnocion y de inmediato dimos con la tumba dei poeta. Aquella tarde en aquel puebla perdido de los alpes vali6 par m uchos anos de existencia cotidiana, intrascendente. . . Llegamos a Paris. El curso comenz6 con una presentaci6n dei Dr. Soustelle ya la vez su despedida, pues tenia que viajar al extranjero. Me auxili6 en la traduccion Christian

Duverger. Par cierto, antes de mi curso habia otro de lengua nahuatl. Laprofesora : Mine
de Durand..Forest.

x
Van a pasar algunos anos sin ver a Jacques Soustelle. En 1984 Ine solicita par carta diapositivas para su libro sobre Los Olmecas. Par aquel en tances estoy como Director General del Centro de Investigaciones y Estudios Superiores en Antropologia Social (CIESAS).A principios de 1988 recibo en el recientemente inaugurado Museo dei Templo Mayor la visita dei Dr. Toni Hackens, especialista en numismatica y Secreta rio dei PACT, deI que es Presidente Jacques Soustelle. El encuentro es Inuy agradable y con un fonda de musica de Mozart platicamos de varias casas, entre elias, de la reunion que se va a lIevar a cabo en Ravello, Italia, para conmemorar los 250 anos dei inicio de la Arqueologia Clasica, a raiz de las excavaciones que los Borbonicus realizaran en POlnpeya r Herculano. Acepto