La rencontre des cultures : un défi pour l'école

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Français
210 pages
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Description

Les textes rassemblés ici s'interessent au défi que constitue pour l'école le fait d'avoir à assurer la cohésion sociale dans des sociétés hétérogènes et en tension. La plupart des sociétés se définissent comme assemblages de "minorités" dont les origines sont à chercher dans une histoire où les rapports de force ont joué un grand rôle. Ce livre porte des regards croisés sur ce défi (France, Suisse Afrique du Sud, Brésil, Chine, Sénégal).

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Date de parution 01 mars 2012
Nombre de lectures 129
EAN13 9782296484412
Langue Français
Poids de l'ouvrage 2 Mo

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La rencontre des cultures:un défi pour l’école Regards croisés
CollectionRacisme et eugénisme Dirigée par Michel Prum La collection "Racisme et eugénisme" se propose d'éditer des textes étudiant les discours et les pratiques d'exclusion, de ségrégation et de domination dont le corps humain est le point d'ancrage. Cette problématique du corps fédère les travaux sur le racisme et l'eugénisme mais aussi sur les enjeux bioéthiques de la génétique. Elle s'intéresse à toutes les tentatives qui visent à biologiser les rapports humains à des fins de hiérarchisation et d'oppression. La collection entend aussi comparer ces phénomènes et ces rhétoriques biologisantes dans diverses aires culturelles, en particulier l'aire anglophone et l'aire francophone. Tout en mettant l'accent sur le contemporain, elle n'exclut pas de remonter aux sources de la pensée raciste ou de l'eugénisme. Déjà parus : Michel PRUM,Sexe, race et mixité dans l’aire anglophone, 2011. Marius TURDA,Modernisme et eugénisme, 2011.Michel PRUM,Métissages,2011. Amélie ROBITAILLE-FROIDURE,La liberté d’expression face au racisme. Etude de droit comparé franco-américain, 2011. John WARD,Le mouvement américain pour l’hygiène mentale (1900-1930) ou Comment améliorer la race humaine, 2010. Catherine UKELO,Les prémices du génocide rwandais. Crise sociétale et baisse de la cohésion sociale, 2010.Claude CARPENTIER et Emile-Henri RIARD,Vivre ensemble et éducation dans les sociétés multiculturelles, 2010. Dominique CADINOT, Michel PRUM et Gilles TEULIE (dir.), Guerre et race dans l’aire anglophone, 2009. Michel PRUM (dir.),Ethnicité et Eugénisme, 2009. Michel PRUM (dir.),La Fabrique de la « race ». Regards sur l’ethnicité dans l’aire anglophone, 2007. Lucienne GERMAIN et Didier LASSALLE (sous la direction de),Les politiques de l’immigration en France et au Royaume-Uni : perspectives historiques et contemporaines, 2006.
Sous la direction de Claude CarpentierLa rencontre des cultures : un défi pour l’écoleRegards croisés
L’Harmattan
Comité scientifique Abdeljalil Akkari Claude Carpentier Catherine Coquery-Vidrovitch Françoise Lorcerie Pierre-Jean Simon Maryse Tripier Petronilha Beatriz Conçalves e Silva Ouvrage publié dans le cadre du programme APITSCAPI soutenu par le Conseil régional de Picardie. Université de Picardie Jules-Verne© L’Harmattan, 2012 5-7, rue de l’École-Polytechnique ; 75005 Paris http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr ISBN : 978-2-296-56378-0 EAN : 9782296563780
La rencontre des cultures : un défi pour l’école. Regards croisés L’universalisme républicain à la française est souvent montré du doigt pour son formalisme. L’égalité de droit entre les citoyens et entre les hommes est censée protéger les plus faibles. Alors qu’un nombre important de sociétés se définissent comme multiculturelles, c’est-à-dire caractérisées par la rencontre entre cultures, groupes ethniques ou raciaux politiquement construits, la France s’est toujours refusée à reconnaître l’existence de minorités. Ce refus se manifeste particulièrement aujourd’hui sur la question de la « discrimination positive » ouaffirmative actionsur critères ethniques ou raciaux. La crispation a pris dans le passé la forme du déni et de l’occultation à peu près totale, notamment dans le domaine de la scolarisation. Ainsi, laRevue pédagogique, qui a été une publication importante soutenue par le Musée pédagogique depuis les débuts de la Troisième République, ne s’est jamais intéressée à la scolarisation des enfants amenés sur le sol national par les flux migratoires de provenance européenne (Belges, Polonais, Italiens). Sortes de passagers clandestins de l’école française, ces élèves sont véritablement passés inaperçus. Plus localement, les bulletins départementaux de l’enseignement primaire, à l’instar de celui du département de la Somme, ont pratiqué le même mutisme. Le sujet méritait-il d’ailleurs d’être évoqué ? Faut-il voir dans ce silence une occultation liée à l’universalisme républicain évoqué plus haut ou au contraire l’indice d’un non-problème ? La première éventualité est la plus plausible si l’on prend en compte la réalité vécue dans l’expérience quotidienne de la minorisation des « Ritals » ou des « Polaks ». De même, le célèbre manuel Le tour de France de deux enfantsprésente aux jeunes lecteurs une diversité française, celle de la France des terroirs qui se limite aux contours de l’Hexagone, délimitant une frontière plus ou moins invisible circonscrivant l’espace de la « francité ». Quoi qu’il en soit, l’irruption de la question multiculturelle à l’école est relativement récente et à peu près contemporaine des vagues d’immigration que nous qualifierons de post-coloniales qui présentent des caractéristiques sensiblement différentes des précédentes par leur caractère ethno-racial ou religieux. Dans le débat public, ceux qui mettent en avant la question de savoir si l’islam est soluble dans la République ouvrent avec brutalité la voie aux affrontements idéologiques. Longtemps refoulées dans le discours officiel consacré à l’école, l’hétérogénéité et la diversité culturelle n’en sont pas moins des réalités. L’universalisme républicain qui caractérise la France a donc pu être perçu comme l’une des figures de l’assimilationnisme, héritage d’une période coloniale tournant de fait le dos à l’universalisme par le statut de l’indigène et réservant à une partie minime des colonisés les « bienfaits » de la civilisation.
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La question de la rencontre des cultures prend donc en France une configuration singulière et originale au sein des nations qui partagent avec elle un passé colonial. Les sociétés multiculturelles du monde occidental portent les stigmates de l’esclavage et de la colonisation qui sont historiquement la matrice de la plupart des situations de rencontres entre cultures, de leur « interpénétration », selon la formule de Roger Bastide. Que l’on accepte ou non le concept de minorités, que l’on décide ou non de les instituer comme groupes minorisés susceptibles de bénéficier de mesures réparatrices ou compensatoires, les faits sont là : la hiérarchisation des différences dans un monde où le maître mot est celui de diversité génère dans les sociétés contemporaines des tensions considérables qui constituent autant de défis pour la cohésion sociale et la construction d’une culture commune déjà évoquée par Durkheim. Sous d’autres cieux, la question des minorités nationales associée à d’autres formes de constitution et de désagrégation des empires pose des problèmes similaires dans des contextes socio-historiques radicalement différents (Brésil, Chine, Afrique du Sud, Sénégal). C’est sur cette toile de fond que s’inscrivent les textes rassemblés ici. A des degrés divers et sous des formes différentes, ils s’intéressent au défi que constitue pour l’école le fait d’avoir à assurer la cohésion sociale dans des sociétés hétérogènes et en tension tant sur le plan des rapports sociaux en général que sur le plan culturel et ethno-racial en particulier. Cette cohésion sociale, rebaptisée aux couleurs du « vivre ensemble », relève de deux thématiques qui, bien que distinctes, n’en sont pas moins liées. La première touche à l’inégalité, plus spécifiquement aux inégalités de réussite scolaire qui conditionnent pour une large part les réussites ultérieures. La seconde, peut-être davantage en relation avec l’éducation qu’avec l’instruction proprement dite, est relative à l’exercice de la citoyenneté, aucune société n’étant mono-culturelle, comme l’a bien montré C. Lévi-Strauss. Les deux thématiques se rejoignent sur le constat que, généralement, les « minorités » ou les groupes minorisés sur le plan historique, sont en même temps celles/ceux qui subissent les inégalités ou les discriminations les plus criantes. Trois contributions ont un lien avec la question de l’immigration en France. Francine Nyambek Kanga se penche sur la différenciation et la hiérarchisation de la citoyenneté par les collégiens en France: entre identité politique et identité(s) culturelle (s) alors que Florence Cesbron se demande si les enseignants liés aux immigrations sont des témoins de la diversité, des vecteurs de métissage ou les « hussards de la citoyenneté » et que Halima Aït-Mehdi revient sur la question de l’enseignement de l’histoire coloniale et des représentations des élèves sur ce sujet. Ces recherches sont complétées, hors de France par la contribution de Stéphanie Bauer, Colleen Loomis et Abdeljalil
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1 Akkari relative aux identités jeunes dans la Genève multiculturelle dans le monde globalisé. Cinq autres textes concernent des contextes sociopolitiques radicalement différents : celui de l’Afrique du Sud confrontée à l’objectif d’avoir à assurer, en particulier par son école, l’unité de la diversité (Claude Carpentier), celui du Brésil dont l’évolution politique depuis l’abolition de l’esclavage a entraîné des reconfigurations spectaculaires descurricula( Sabine Saraiva), celui scolaires de la Chine enfin, impliquée dans une politique scolaire qui, tout en mettant en œuvre des mesures de « discrimination positive » envers les minorités (Lijuan Wang), se heurte à la question du statut des langues « minoritaires » dans l’enseignement et dans la société (Ma Rong). C’est également sur la question linguistique que Tidiane Sall porte son attention à travers une étude consacrée à la réémergence du multiculturalisme linguistique dans les politiques scolaires du Sénégal. Claude Carpentier
1 Cette recherche a été possible grâce au financement de la Fondation Jacobs. Son contenu est de la responsabilité des auteurs et ne représent pas nécessairement le point de vue de la fondation. Nous remercions les participants de la recherche pour avoir partagé leurs expériences de vies avec nous. Des pseudonymes sont utilisés pour faire référence à ces derniers.
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Chapitre 1Différenciation et hiérarchisation de la citoyenneté par les collégiens en France: entre identité politique et identité(s) culturelle (s) Nyambek Kanga Francine, Université de Picardie Jules Verne -Amiens Introduction En dépit du projet républicain visant la transcendance des particularismes, 2 c’est une tout autre réalité qu’expriment les processus d’ethnicisation scolaire . Mais devant un tel paradoxe, c’est moins la citoyenneté républicaine que son processus de formation à l’école qu’il semble utile d’interroger. Si l’on 3 considère la complexité du contexte sociohistorique français , il semble qu’un regard croisé sur l’application concrète du principe universaliste de la citoyenneté, sa traduction didactique et pédagogique et enfin son interprétation par les élèves, soit susceptible de contribuer à l’éclairage de quelques zones d’ombre. Autrement dit, cela revient à explorer le curriculum scolaire y relatif 4 sous toutes ses facettes, formelle, réelle, cachée (Perrenoud P. 1993) . Le présent article, dont l’objet est de décrire les représentations par les élèves en fin de scolarité obligatoire de la citoyenneté républicaine, s’inscrit dans le cadre analytique ainsi posé. Leur expérience de la citoyenneté se rapporte-t-elle au partage des valeurs démocratiques ? Est-ellea contrarioà des associée appartenances particulières? Quelle valeur le principe politique revêt-il en définitive dans leurs constructions du sens de la citoyenneté ? L’article analyse les constructions discursives des élèves autour du substantif « Français » en tant que catégorie d’identification et d’appartenance.
2 Cf. entre autres Françoise Lorcerie,Le défi ethnique. Education et intégration, Paris, ESF INRP, 2003, Georges Felouzis, Françoise Liot, Joëlle Perroton,L'apartheid scolaire. Enquête sur la ségrégation ethnique dans les collèges, Paris, Seuil, 2005.3  Cf.Nicolas Bancel,Pascal Blanchard,Sandrine Lemaire,La fracture coloniale. La société française au prisme de l’héritage colonial, Paris, La Découverte, 2005, John Rex,Ethnicité et citoyenneté.La sociologie des sociétés multiculturelles, Paris, l’Harmattan, 2006 trad. Christophe Bertossi.4  Philippe Perrenoud, « Curriculum: le formel, le réel, le caché », in Jean Houssaye, (dir.),La pédagogie : une encyclopédie pour aujourd’hui, Paris, ESF, 1993, pp. 61-76.
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Cette approche en privilégie les différents usages et permet d’éclairer leurs conceptions de la citoyenneté. Elle contribue en outre à en saisir la structure cognitive. Les représentations collégiennes de la citoyenneté sont-elles déterminées par les parcours scolaires? Sont-elles plutôt induites par les tensions qui jalonnent d’un point de vue sociohistorique les notions de nationalité et de citoyenneté en France ? Autrement dit, dans quelle mesure peut-on y déceler le corollaire de la tension entre identité culturelle et identité politique, 5 consubstantielle de l’Etat-nation (Delannoi G. 1999) ? Avant d’examiner ces points, commençons par poser une distinction analytique entre les notions de citoyenneté et de nationalité. 1. De la citoyenneté à la nationalité : problématisation des processus de différenciation et de hiérarchisation de la citoyenneté Les sociétés démocratiques se sont construites sur la base d’un projet politique commun porté par une conception ouverte de la citoyenneté 6 (Schnapper D.1994) . Symbole triomphant des Révolutions américaine et française contre les inégalités établies par l’ordre monarchique, la citoyenneté moderne a permis une nouvelle expérience de la relation à l’Autre, beaucoup plus tolérante. Pour autant, si les principes démocratiques qui structurent cette nouvelle conception de la citoyenneté sont partagés par les Etats-nations, leurs interprétations et modalités d’expression sont inscrites dans deux traditions nationales contrastées. Tandis que le modèle anglais privilégie le respect des identités spécifiques et communautaires, la conception française s’en démarque par « l’ambition de créer une société politique abstraite, en transcendant par la citoyenneté, les enracinements 7 concrets et les fidélités particulières de ses membres» (Schnapper D. 2002) . La spécificité tient ici alors de la contractualisation des rapports sociaux, de la promotion d’un principe d’homogénéité (sociale et politique) et du rejet de la communautarisation, qui s’imposent comme « des conditions de 8 possibilité de la citoyenneté » républicaine (Savidan P. 2009) . Dans cette forme politique, seule la raison est censée instituer la citoyenneté par le biais de la scolarisation. Toutefois au-delà des principes décrits, une problématisation de « l’évidence normative » des attributs civiques et 5  Gil Delannoi,Sociologie de la nation. Fondements théoriques et expériences historiques, Paris, Armand Colin, 1999. 6 Dominique Schnapper,La communauté des citoyens. Sur l’idée moderne de la nation, Paris Gallimard, 1994. 7  Dominique Schnapper,La démocratie providentielle. Essai sur l’égalité contemporaine, Paris, Gallimard, 2002, p.19. 8 Patrick Savidan,Le multiculturalisme, Paris, PUF, coll. « Que sais-je ? », 2009, pp. 3-4.
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