Histoires courtes pour avoir peur

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La PEUR ! Ce terme évoque des situations très diverses : la peur devant une situation qu’on ne comprend pas ou qu’on ne maîtrise pas, la phobie d’un animal tel que le serpent ou l’araignée, le vertige, jusqu’à l’angoisse légitime d’un père ou d’une mère pour un enfant malade ou en danger, la crainte de ne pas être à la hauteur d’une tâche… C’est un sentiment souvent ressenti, à tort ou à raison. La peur nous paralyse, nous amoindrit, parfois même nous fait commettre des erreurs. Il est parfois possible de la surmonter. C’est en tout cas un ressort souvent utilisé dans la littérature et les films d’aventure ou d’horreur. Il s’appuie sur nos failles et nos faiblesses. Mais il nous arrive parfois d’aimer avoir peur, surtout si on sait que ce n’est pas « pour de vrai » comme disent les enfants. L’auteur nous propose quelques récits dont le thème central est la peur pour nous distraire et nous faire éprouver le grand frisson.

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Ajouté le 24 mai 2017
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Langue Français
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Le mystère du manoir hanté Le vent sifflait dans les branches enchevêtrées du parc touffu entourant le vieux manoir. Nul n’entretenait plus depuis longtemps ce domaine abandonné par ses propriétaires dont on ignorait d’ailleurs qui ils étaient. Depuis deux siècles, il était passé de mains en mains sans que personne ne se décide à venir l’habiter. Les murs commençaient à se lézarder et le toit devait laisser passer la pluie car des tuiles arrachées par les tempêtes jonchaient la cour, envahie de mauvaises herbes.
D’étranges histoires couraient dans le pays, transmises de générations en générations le soir à la veillée, qui faisaient dresser les cheveux sur la tête des enfants. On parlait de meurtres, de suicides, de fantômes qui hantaient les lieux, de bruits étranges certaines nuits, de gémissements et de cris horribles, de malédiction… Les pires horreurs y avaient été commises jadis, disait-on. Quelle était la part de vérité dans tout cela ? Nul ne le savait.
Au temps jadis, la demeure avait pourtant connu une période faste où les fêtes attiraient tous les nobles de la région en quête de divertissements. Les villageois voyaient passer des calèches transportant des dames et des messieurs dans leurs plus beaux atours et quelques-uns d’entre eux avaient eu l’occasion de pénétrer dans le manoir pour livrer des denrées ou des fleurs aux propriétaires des lieux. Ils avaient été impressionnés par le luxe, la profusion de tableaux et de tapisseries qui ornaient les murs, les riches tentures, les ravissants bibelots qui encombraient de magnifiques meubles…. Ils en avaient fait des descriptions dithyrambiques à leurs voisins qui rêvaient de s’y introduire à leur tour. Mais ce privilège n’était pas donné à tous, loin
s’en faut. Les invités étaient triés sur le volet.
3
Un soir d’hiver, dit-on, le manoir avait connu son premier drame. La jeune fille de la maison avait été séduite par un étrange individu de passage dans la région. Quelques mois après le départ de celui-ci, elle avait mis au monde un enfant mort-né. La pauvre malheureuse, rejetée par sa famille, avait attenté à ses jours en se jetant dans la rivière. On murmurait qu’elle avait maudit ceux qui l’avaient accusée de jeter l’opprobre sur les siens. Certains prétendaient même que c’était le diable en personne qui l’avait engrossée.
Les mois et les années qui suivirent ce scandale furent marqués par une série de faits bizarres ou douloureux pour les occupants du manoir. Les fêtes s’espacèrent puis il n’y en eut plus du tout jusqu’au jour où le propriétaire fut retrouvé pendu. Là encore, on se demanda s’il n’avait pas été un peu aidé. Les circonstances du décès étaient plutôt troubles et un doute subsista longtemps. Le manoir se vida peu à peu de ses occupants et fut abandonné aux ronces et aux intempéries.
Puis un jour un étranger arriva dans le village. Sa mine était patibulaire : sourcils broussailleux, nez busqué, menton proéminent, petits yeux chafouins, teint bistre, chevelure hirsute ; un fort boitement rendait sa démarche hasardeuse. Les enfants détalèrent en le voyant tant il était impressionnant.
A peine s’était-il installé dans l’unique auberge du lieu qu’il commença à poser des questions sur le domaine maudit et à rôder aux alentours. Les villageois le regardèrent avec circonspection et lui répondirent du bout des lèvres. Ils n’aimaient pas beaucoup les étrangers trop curieux. Qui était-il ? Pourquoi s’intéressait-il tant à ce manoir délabré ? Son insistance était pour le moins suspecte et intriguait tout un chacun.
Mais l’étranger ne se laissa pas arrêter par un accueil aussi peu hospitalier. Du reste quand on regardait ses yeux, on frissonnait tant son regard était dur, métallique, glaçant. Ce n’était manifestement pas le hasard qui avait guidé ses pas vers ce village. Il était là dans un but précis. Comptait-il racheter le manoir ? Les langues allaient bon train dans les chaumières.
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Au bout de quelques semaines, l’homme repartit et les habitants se sentirent soulagés, comme si un danger s’éloignait d’eux. La vie reprit son cours et on oublia l’étranger.
Quelques jours plus tard, des enfants qui jouaient près du manoir entendirent des cris stridents provenant de la vieille bâtisse. Telle une envolée de moineaux, ils s’égaillèrent dans la campagne, terrifiés. L’un d’entre eux, plus téméraire, resta à l’affût dans des buissons pour observer ce qui s’y passait. Au bout d’un moment, il vit sortir l’étranger. Il était donc revenu et avait pris possession de la vieille demeure !
L’enfant, effrayé, s’enfuit alors pour prévenir ses parents. Mais l’homme, surgi de nulle part, se dressa devant lui, lui barrant le passage.
- Voilà un jeune garçon bien indiscret ! Ne t’a-t-on pas appris que la curiosité est un vilain défaut, Tommy ?
Comment connaissait-il son nom ? Tétanisé, le garçon ne savait que répondre. Il avait l’impression que les yeux de l’homme fouillaient dans son cerveau pour savoir ce qu’il avait pu voir ou entendre. Il avait horriblement mal au crâne et mourait d’envie de crier mais il ne pouvait articuler aucun son. C’était une sensation étrange.
Puis soudain, l’étranger disparut tout aussi mystérieusement qu’il était apparu. Sans doute avait-il appris ce qu’il voulait savoir. Tommy resta encore un instant immobile puis prit les jambes à son cou et rattrapa ses camarades. Il leur raconta la scène mais ils ne voulurent pas le croire.
- C’est impossible, lui dit son frère, tu étais juste derrière nous. Je ne t’aurais pas laissé tout seul près du manoir.
Le garçon ne savait plus que penser. Il n’avait pourtant rien inventé ! Etait-il en train de devenir fou ? Il tremblait de tous ses membres. Il eut alors l’impression d’entendre un rire sardonique mais il était apparemment le seul. Les autres se moquaient de lui, persuadés qu’il cherchait à se rendre intéressant.
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